Facinet/Alpha : toute la Basse Côte dans la farine !
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- Publié le jeudi 1 mars 2012 16:25
- Écrit par Saïdou Nour Bokoum
Mais quand on nous dit que tous les Partis doivent se fondre dans le RPG-Arc-en-ciel, je ne dirai à aucun ressortissant de la Basse Guinée de respecter ce diktat (Facinet).
Jeudi 8 février 2010, à l’appel de sa jeunesse, la Coordination de la Basse Guinée a tenu une réunion d’explication à Conakry autour des dissensions qui la secouent. A l’occasion, le Général Facinet Touré, l’un des personnages les plus influents de cette région et actuel Médiateur de la République, a cru devoir s’expliquer en long et en large, en soussou, sur le rôle qu’il a joué dans l’engagement de la Basse Guinée aux côtés du candidat Alpha Condé pour la bataille du second tour de l’élection présidentielle. Dans la foulée, il a aussi étalé ses déboires au grand jour, écartelé qu’il est entre l’ostracisme de ses « oncles » du Fouta déçus, les avanies du président Alpha Condé, qui le considère comme une simple Mouche du coche, et les diatribes de ses « parents » de la Basse Guinée qu’il a entraînés dans une bataille ingrate. Un exercice pathétique pour trouver un exutoire chez cet octogénaire que son âge range parmi les sages, dans nos coutumes gérontocratiques, sans qu’il en ait forcément le discernement ni la retenue. Le sort dérisoire que ses engagements lui ont valu ne serait-il pas finalement une rançon bien méritée ? Quand on cède à un opportunisme nimbé de légèreté, doit-on s’étonner si on finit Grosjean comme devant ? En tout cas, comme le général Alcibiade, le général Facint Touré se retrouve exécré par le ban et l’arrière-ban. Au reste, l’on ne peut lire ce grand déballage sans frémir, car on se rend compte à quel point certains imams se sont compromis dans le temporel et les coordinations régionales (malencontreusement agréées par le ministre Gomez il y a vingt ans) se sont dévoyées dans leur mission de développement socioéconomique, pour glisser vers le terrain purement politique et concourir dangereusement au repli ethnico-régional en ramenant les Guinéens aux identités précoloniales, pré-nationales voire antinationales. De bas instincts sur lesquels, malheureusement, surfent les politiques et même le Président de la République. Pauvre Guinée !
« L’actualité a évolué de façon considérable. Il faut qu’on s’entretienne, qu’on se donne des idées. C’est pourquoi je suis ici. Donc si ça ne vous dérange pas, vous allez me laisser d’abord vous présenter le but de ma visite. Après, vous allez continuer votre programme car je suis attendu à mon bureau. Je ne savais pas que je devais présider la séance. Donc, c’est ce que j’aimerais faire si c’est possible.
C’est nous qui avons été choisis aujourd’hui par Dieu, à cause de notre âge, pour être les sages de la Basse Guinée. Donc si nous n’arrivons pas arranger quelque chose, personne d’autre ne pourra le faire. Mais je crois qu’on n’est pas en train d’arranger la situation. Si on ne se donne pas la main en ayant les mêmes idées et en suivant le même chemin, on ne fera pas un bon travail. Il y a beaucoup parmi nous qui ont la barbe longue et les cheveux blancs, mais jusqu’à aujourd’hui ils ne savent pas comment la coordination de la Basse Guinée a été fondée. Donc si les anciennes bouches n’attirent pas l’attention des nouvelles oreilles pour leur expliquer cela, ça ne marchera pas. Toute la coordination de la Basse Guinée ici présente sait qu’à l’époque où le feu commandant Sylla était président, j’étais le premier vice président. Donc, à part moi, personne d’autre ne peut mieux plaider la cause de ces personnes.
Alors, je vais vous donner tout de suite les détails. Tout le problème c’est à propos de l’élection présidentielle de 2010. A ce moment je venais de perdre ma maman et la campagne du 1er tour de l’élection venait de débuter. L’Union des imams de la Basse Guinée a délégué sept personnes pour venir me rencontrer afin que je puisse convoquer tous les leaders politiques de la Basse Guinée chez moi pour leur faire un compte rendu. Je leur ai dit que je venais de perdre ma mère et que si ça ne les dérangeait pas, nous pouvions aller le faire chez Elhadj Sèkhou Soumah à Dabondy. Ils m’ont prié au nom de la coordination de les laisser faire la rencontre chez moi. Comme je n’avais pas le choix et que je ne savais pas pourquoi ils tenaient à rencontrer ces hommes politiques, j’ai accepté. Je leur ai demandé comment je pourrais mettre la main sur ces candidats étant donné que la campagne a déjà commencé. Ils m’ont dit de faire de mon mieux. Entre temps, j’ai pu les joindre tous au téléphone. Somparé était à N’Zérékoré, Kassory à Gbenko, Sidya à Dabola, Mamadou Sylla à Tanènè et Abé Sylla à Farmoriah. Et je leur ai dit après, qu’il y a une réunion chez moi. Ils m’ont dit :
« Nous sommes en pleine campagne et nous avons programmé des meetings dans d’autres préfectures. Mais comme tu es notre sage, nous allons essayer de t’obéir ».
Mais le jour convenu, seul Mamadou Sylla a pu respecter le rendez-vous, tous les autres étaient empêchés. Ils m’ont appelé pour me demander de choisir une autre date. La date que j’ai choisie a coïncidé avec la veille du vote du 1er tour de l’élection présidentielle. Et Dieu a fait qu’ils se sont tous rendus ce jour-là chez moi. Les imams eux aussi sont venus au nombre de 52 de Fria, Boké, Boffa, Coyah et Kindia. Ils m’ont remercié puis ils ont fait le compte-rendu. Ils ont dit :
« On a vu que nos frères sont décidés à gouverner ce pays, ils ont débloqué chacun 400 millions de francs. Celui qui gagnera cette élection l’aura gagnée pour lui-même, mais la notoriété nous reviendra en tant que fils de la Basse Guinée ».
Nous avons fait ce que Dieu nous a permis de faire. Nous avons acheté un bœuf avec nos cotisations. On en a fait une sauce pour 40 grands plats de riz. Après avoir mangé, nous nous sommes retranchés pour implorer la grâce divine afin qu’il nous révèle la vérité. Qu’est-ce que nous avons vu à l’issue de notre conclave ? Si toute la Basse Guinée se réunit pour choisir un seul candidat, nous gagnerons, mais si nous partons en rangs dispersés, nous échouerons. J’ai dit aux imams :
« C’est demain le vote, qu’est-ce qu’on peut changer aujourd’hui. Nous avons tout fait pour qu’on s’entende, en vain. C’est dans cette mésentente que nous sommes aujourd’hui, mais si l’un d’entre eux arrivait à passer au second tour, restons tous derrière lui. Dans le cas contraire, retrouvons-nous tous immédiatement ici pour nous donner des idées ».
Finalement, puisqu’on ne s’était pas entendus, on n’a pas accédé au second tour. Je les ai tous rappelés. C’est à cette occasion que Sidya m’a répondu qu’il ne viendra à aucune réunion. Cependant, les autres sont venus et on a échangé des idées. Si mes souvenirs sont bons, c’est Abé Sylla qui m’a dit :
« Mon général, tu avais raison. Maintenant, comme ce sont deux autres candidats qui vont au second tour, on va voir ce qu’il faut faire ».
Les imams ont donné leur aval et ils sont partis. Nous étions vendredi. Le lundi deux imams sont revenus me voir mais je préfère garder le secret sur ce qu’ils m’ont dit. Toutefois, ils nous ont conseillé de suivre le Pr Alpha Condé. C’est ainsi que j’ai rappelé au téléphone tous les leaders sauf Sidya. Après ce coup de fil, ils se sont tous réunis chez Somparé. Ils ont dit :
« Les sages nous demandent de rester derrière le Pr Alpha Condé. On ne trouve rien à redire, mais en cas de victoire quelle sera notre récompense ? Il faut qu’on signe un pacte ici dans ce sens ».
Ce qui fut fait. A l’issue d’une réunion chez Mamadou Sylla, on nous a lu le pacte signé en disant :
« Comme vous nous l’aviez ordonné, nous acceptons de rester derrière Alpha Condé mais en cas de victoire voici ce que nous voulons. C’est vous qui savez maintenant s’il faut y ajouter ou diminuer quelque chose ».
Mais les leaders ont aussitôt soupçonné une certaine division entre les sages et les imams. Par la suite ils m’ont envoyé Somparé afin que je réunisse les imams et les sages à nouveau pour laver le linge sale en famille.
Ensuite j’ai appelé les leaders, les imams, les sages et le bureau politique du Pr Alpha Condé autour d’une table. A l’issue de cette réunion qui a eu lieu un dimanche chez moi, de 10h à 14h, les imams, les sages et les leaders se sont entendus. Il restait maintenant à voir Alpha Condé et son bureau politique. Arrivé chez moi, les sages l’ont bien accueilli. C’est quand il a pris la parole que j’ai su que la mère d’Alpha Condé était de Boké et que lui-même a grandi à Sandervalia et fait ses études coraniques auprès d’Elhadj Aye Fodé. Il a dit :
« Il y a tant d’années que je cherche le pouvoir sans l’avoir, parce que mes oncles maternels ne m’avaient pas soutenu. C’est pourquoi je suis venu vers vous pour avoir votre soutien afin que mes ennemis ne m’abattent pas ».
Les sages ont réfléchi et approuvé séance tenante. Après quoi la parole m’a été donnée. Je lui ai dit :
« Nous te soutiendrons mais, selon un adage soussou, les chevaux ne courent jamais sans concourir. En cas de victoire, voici ce que tu dois nous donner, voici le pacte :
« Le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG), représenté par son président, le Pr Alpha Condé, d’une part, et les candidats de la Basse Guinée à l’élection présidentielle du 27 juin 2010 et la coordination de la Basse Guinée, d’autre part, ont convenu de ce qui suit :
Article 1er : Les candidats de la Basse Guinée à l’élection présidentielle 2010 et la coordination des sages décident de soutenir le Pr Alpha Condé, président du RPG, au second tour.
Article 2 : En conséquence de ce qui précède, les partis prennent les dispositions suivantes :
1- Donner des consignes de vote à leurs militants et sympathisants au profit du Pr Alpha Condé.
2- Utiliser les moyens de propagande et de sensibilisation de leurs militants et sympathisants.
3- Mettre en œuvre les moyens de sécurisation du vote, y compris les représentants dans les bureaux de vote.
Le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) s’engage à l’issue du vote, en cas de victoire avec l’aide des candidats de la Basse Guinée et de la coordination de sages, à travailler loyalement et conjointement avec les candidats de la Basse Guinée et la coordination des sages dans la gestion des affaires publiques.
A ce titre, le président du RPG s’engage à :
Article 3 : La nomination d’un Premier ministre ressortissant de la Basse Guinée. (C’est pourquoi le Premier ministre qui est là aujourd’hui, c’est vous qui l’aviez nommé et Alpha Condé a entériné par un décret.).
Article 4 : L’attribution du quart des membres du gouvernement aux ressortissants de la Basse Guinée.
Article 5 : La nomination d’un ressortissant de la Basse Guinée au poste de secrétaire général des Affaires religieuses durant tout le mandat.
Article 6 : L’attribution du quart du personnel diplomatique guinéen aux ressortissants de la Basse Guinée.
Article 7 : L’attribution du quart des directions nationales aux cadres ressortissant de la Guinée Maritime.
Article 8 : L’attribution du quart des postes de l’administration territoriale aux ressortissants de la Basse Guinée.
Article 9 : Favoriser l’émergence de nouveaux opérateurs de la Basse Guinée dans le commerce des denrées alimentaires. (C’est ainsi que nous lui avions dit de donner un fond de commerce à certains ressortissants de la Basse Guinée pour qu’en cas de victoire les autres ne nous affament pas.)
Article 10 : Au cas où l’une des parties signataires du présent accord manifesterait le désir de se retirer, elle s’engage à négocier à l’amiable les conditions de son retrait avec les autres parties contractantes. Les parties signataires s’engagent à respecter l’esprit et le dispositif du présent accord d’alliance. Tout litige né de l’interprétation ou de l’exécution du présent accord sera réglé à l’amiable.
Fait à Conakry le 10 juillet 2010 en langue française en autant d’exemplaire originaux qu’il ya de signataires.
Sont signataires : le Pr Alpha Condé, Général Faciné Touré, Elhadj Algassimou Cissé, président des imams, Elhadj Sèkhou Soumah, président de la Coordination, Elhadj Aboubacar Somparé, candidat du PUP. ».
N’étaient pas présents : Sidya Touré, Ibrahima Kassory Fofana, Elhadj Mamadou Sylla. Ibrahima Abé Sylla, lui, devait voyager le même jour, mais il a laissé consigne à Kassory qu’il est d’accord sur tout ce que nous déciderons. Abraham Bouré, Joseph Bangoura, M’Bemba Traoré, Fodé Mohamed Soumah aussi n’étaient pas présents.
Donc c’est ce papier là qui a été signé avant d’entrer dans le champ de bataille.
Quand Alpha Condé a gagné, il m’a téléphoné en me disant « merci grand frère » à plusieurs reprises. Des propos qu’il a tenus à maintes reprises. Je lui ai dit :
« Remercions tous le bon Dieu ».
C’est ainsi que les choses ont débuté. Mais qu’est ce qu’on a vu par la suite ? Ce n’est pas le contenu de l’accord d’alliance qui est en train d’être mis en exécution. C’est chez moi que la réunion s’est tenue et on m’a confié la lourde tâche de la diriger, mais toutes les parties ont signé cet accord d’alliance. A mon entendement, mon rôle devait être de veiller à sa mise en exécution. Sinon je n’aurais pas de raison d’être ici. Ainsi, c’est cette lutte qui a abouti à une mésentente entre le président Alpha Condé et moi. Si vous entendez que le Président et Facinet ne sont pas d’accord, c’est autour de cette affaire de la Basse Guinée. Et pourtant il venait chez moi deux ou trois fois par jour. Il m’appelait jour et nuit, parfois même il venait chez moi sans m’avertir. Un jour il est venu avec Biriki Momo chez moi sans m’avertir, à ma grande surprise. Je lui ai dit :
« Monsieur le Président, en venant chez moi il faut m’avertir au moins ».
Il m’a répondu :
« En venant chez le grand frère on n’a pas besoin d’avertir ».
Nous nous sommes assis et avons beaucoup échangé. Il m’a dit :
« Grand frère, prépare-toi à prendre la place de Sory Doumbouya car il n’est pas bon ».
Je lui ai dit que je n’accepte pas ça, il m’a demandé pourquoi. Je lui ai dit que c’est Conté qui a signé le décret qui m’a envoyé à la chancellerie, mais c’est Sory Doumbouya qui est allé plaider chez ma maman pour que je vienne lui apporter assistance à l’administration de la chancellerie qu’il disait ignorer. Donc c’est Sory Doumbouya qui m’a envoyé à la chancellerie, et il reste notre grand frère, à Conté et à moi. En plus il a une maladie cardiaque et d’autres maladies plus graves. Il ne compte que sur ce poste, moi je vais lui enlever ça ? Non, non, je ne le ferai jamais. Il m’a répondu :
« Mais Sory Doumbouya n’est pas bon ».
Je lui ai dit que même s’il n’est pas bon, il est un des sages de Kouroussa et moi-même je suis la personne à qui Lansana Kouyaté avait présenté des colas pour que je sois son grand frère adoptif. Je lui ai dit :
« C’est pourtant Sory Doumbouya et moi qui avons forcé Kouyaté à te rejoindre au second tour de l’élection. Donc c’est toi seul qui sais pourquoi tu dis que Sory Doumbouya n’est pas bon. ».
Il m’a dit :
« Ok si tu n’acceptes pas ce poste, je vais y mettre une autre personne. ».
Je lui ai répliqué :
« D’accord, il faut le faire mais en tout cas moi je n’en veux pas. ».
Il a baissé un moment la tête, en la relevant il a dit alors :
« Grand frère, et le poste du Médiateur de la République ? ».
Je lui ai répondu que je n’en suis pas demandeur et que je n’en veux pas. Biriki Momo m’a dit :
« Non, grand frère, ça tu vas accepter ! ».
Je lui ai dit :
« Je n’ai pas cherché ça. Si tu t’occupes bien de mes parents que j’ai mobilisés pour te soutenir, cela me suffira largement ».
Vous pouvez demander à Biriki Momo, il en est témoin.
Donc on s’est séparés sans s’entendre, après je suis allé présenter Mohamed Saïd à Forécariah. C’est de là que j’ai appris ma nomination. A mon retour, je suis allé lui demander :
« Monsieur le Président, c’est quoi médiateur de la République ? ».
J’ai compris alors que lui et moi nous étions tous les deux profanes en la matière.
Je lui ai dit donc que je vais aller à l’école de médiateur de la République à Bamako, Dakar et Paris. Il a ajouté le Burkina et le Bénin. C’est ainsi que j’ai fait le voyage dans les 5 pays en un mois. En quittant Conakry nous étions bien d’accord. Mais à mon retour, quand je l’appelais au téléphone ça ne sonnait pas, et les quelques rares fois que ça sonnait, il ne décrochait pas. Ceci pendant deux jours. J’ai appelé ensuite le Premier ministre, qui m’a dit :
« Grand frère vous êtes de retour, soyez le bienvenu, vous nous aviez vraiment manqué ».
Je lui ai demandé de dire au Président que je suis de retour et que je voulais le rencontrer. Il m’a dit (oui, ndlr) tout de suite. Je me suis adressé au directeur du cabinet et au chef du protocole, et je suis resté pendant trois jours sans suite. J’ai réitéré à trois reprises, en vain. J’ai dit que selon un adage soussou,
« Le nombre des pierres de cuisine se limite à trois ».
Comme mes trois tentatives ont été vaines, la quatrième c’est un autre Facinet qui la fera, pas moi. Je suis resté tranquille.
C’est à quelques heures d’un de ses voyages sur Bamako qu’il m’a téléphoné la nuit. Ça faisait déjà deux semaines depuis que j’étais de retour à Conakry. Il m’a dit :
« Grand frère j’ai appris que tu es de retour, sois le bienvenu ».
J’ai dit :
« D’accord, mais je suis arrivé depuis deux semaines et trois jours. ».
Il m’a dit : « Grand-frère il y avait plein de délégations ».
Je lui ai dit :
« Ah bon, il y a plein de délégations au point de ne pouvoir m’accorder au moins cinq petites minutes après mon retour d’un mois de mission ? Monsieur le Président, je ne suis pas content. ».
Il m’a demandé pourquoi, je lui ai répondu :
« Quand mes oncles peuls m’apercevaient avant, même dans ma voiture, ils se levaient et me saluaient avec respect. Mais aujourd’hui, quand ils me voient, ils me tournent le dos. Egalement, mes parents soussous que j’ai mobilisés pour te soutenir pleurent chez moi, parce qu’ils ont accompli pour leur part la mission que je leur avais confiée. Mais, en retour, ils n’ont pas eu la récompense à laquelle ils s’attendaient. Et cela me fait mal au cœur. J’ai enduré tout cela à cause de toi et c’est toi-même qui me traites de la sorte aujourd’hui ? Donc, je ne suis pas content. ».
Il m’a demandé :
« Pourquoi tes parents ne sont pas contents ? Pourtant j’ai tenu toutes mes promesses en nommant un Premier ministre, un secrétaire général aux Affaires religieuses et un médiateur de la République qui viennent tous les trois de la Basse Guinée ».
Je lui ai répondu :
« Ne parle pas de mon cas, puisque je ne t’avais rien demandé. Si c’est de cela que tu te vantes, mon poste de médiateur de la République, reprends-le ».
Ensuite, il m’a dit :
« D’ailleurs, comme tu es devenu médiateur de la République, tu ne devrais plus t’occuper que de la Basse Guinée mais plutôt de toute la Guinée parce que la Guinée est plus grande que la Basse Guinée ».
Je lui ai répondu :
« Monsieur le Président, dans une certaine mesure je dirai que la Basse Guinée est plus grande que la Guinée toute entière ».
Il m’a demandé comment. Je lui ai dit :
« C’est la Basse Guinée qui t’a soutenu et qui a répondu à mon appel à moi. Donc rien ne pourra être plus grand chez moi que cette confiance et ce respect ».
Il m’a dit que le rôle de Médiateur et cela ne vont pas ensemble. Je lui ai répondu :
« Ça ne se contredit pas d’après les cours que j’ai suivis. Mais fais ton voyage, si tu veux à ton retour on en parlera ».
A son retour, j’ai encore cravaché dur pour qu’on s’asseye autour d’une table… Laissez-moi tout expliquer parce qu’on est là pour ça. Car je me tue pour la Basse Guinée et c’est la même Basse Guinée qui me crache dessus. On m’accuse partout :
« Facinet a fait ceci ou cela ! ».
Je vous explique donc ce que j’ai fait. C’est ainsi que les choses ont évolué jusqu’à maintenant.
Quand le Président voyage à l’extérieur, mon nom figure toujours sur la liste des personnalités qui doivent l’accompagner à l’aéroport, mais je n’y vais pas. Et quand les gens me demandent pourquoi je ne suis pas allé à l’aéroport, je réponds :
« C’est le médiateur qui est appelé à l’aéroport, pas moi ».
On me réplique :
« Ce n’est pas toi le médiateur ? ».
Je réponds :
« Sur papier oui. Je ne suis pas encore vraiment devenu Médiateur, car la loi dit que pour que le Médiateur prenne fonctions, il doit d’abord prêter serment devant le Président de la République. Et cela n’est pas encore fait. La loi dit également qu’un médiateur ne doit recevoir d’ordre de personne, fût-il le président de la République ou le Président de l’Assemblée nationale. Je suis appelé à faire appliquer la loi. Faudrait-il que je sois le premier à violer cette même loi ? Alors après avoir prêté serment, si vous m’appelez j’irai. En attendant, si vous voulez que j’aille à l’aéroport, appelez-moi tout simplement Général Facinet Touré, et j’irai en courant. Mais si vous dites médiateur de la République, je n’irai jamais ! ».
C’est après moult tiraillements qu’il m’a finalement reçu. D’abord, il m’avait dit de prêter serment. Il est allé informer la Cour suprême et le ministre de la justice qui lui ont dit que ce n’est pas comme cela que ça doit se faire. Il faut ceci et cela. Il a demandé si une négociation n’était pas possible, le président Syma lui a répondu :
« Le général Facinet a été mon ministre, il est exigeant. Si on ne fait pas les choses comme ça se doit, il ne nous suivra pas ».
Le Président a répliqué :
« Mais il y a longtemps que je l’ai nommé, il faut qu’il commence à travailler ».
C’est ainsi que vous m’avez vu, ils m’ont emmené et m’ont fait passer à la télévision. On s’est assis mais on n’a rien dit de concret, sauf dire que j’ai pris fonctions. Donc jusqu’à présent c’est dans cette situation que je me trouve.
Mais les imams et les sages de la Basse Guinée ont dit que, puisque, d’après le Président de la République, le rôle de Médiateur et celui de leader de la Basse Guinée ne vont pas de pair, ils me libèrent afin que je confie la direction de la Coordination de la Basse Guinée à quelqu’un d’autre. Je l’ai confiée donc à celui avec qui je travaillais nuit et jour et qui a créé le concept « won yètè fé », le Dr Ousmane Bangoura. Bien qu’il n’ait pas eu le poste qu’il souhaitait, il continuait toujours à se battre pour la cause de la Basse Guinée. D’ailleurs, tout le monde a dit que c’est lui que nous voyions tous, parce que le travail que vous m’avez confié, je n’ai pas fait de sacrifice pour l’avoir. C’est vous qui m’avez investi de votre confiance et j’ai accepté à cause de la Basse Guinée.
Tout le monde a convenu que c’est Ousmane qui assumera ces fonctions jusqu’à la fin de mon mandat et que les réunions se tiendront chez moi en attendant de trouver un endroit plus adéquat. J’ai dit une seule chose à la communauté de la Basse Guinée, c’est que nous avons conduit le Président Alpha Condé à la victoire finale. C’est Dieu qui l’a voulu ainsi. Et ça c’est devenu une fierté pour la Basse Guinée. Mais ce n’est pas ça notre victoire. Notre victoire, c’est notre union. J’ai dit donc de renforcer cette union car c’est seulement grâce à cela que rien ne se passera en Guinée sans nous consulter. Mais j’ai dit qu’à la faveur du scrutin parlementaire, je veux voir les élus de la Basse Guinée à l’Assemblée.
Mais quand on nous dit que tous les Partis doivent se fondre dans le RPG-Arc-en-ciel, je ne dirai à aucun ressortissant de la Basse Guinée de respecter ce diktat.
Ils m’ont demandé de consulter les leaders de la Basse Guinée pour en parler. Je leur ai répondu que nous avons des leaders chez nous qui sont suffisamment mûrs pour en décider eux-mêmes.
C’est jusque-là que j’ai assumé ma mission en tant que leader de la Basse Guinée. Pendant tout le reste du temps, on ne me fait que des comptes-rendus sur la manière dont ils ont travaillé. Comme les leaders ne s’entendent plus sur quelque chose et les choses retardent, ils ont dit de voir nos leaders selon un certain nombre de critères qu’on va distiller dans toutes les préfectures de la Guinée. Qu’ils y rajoutent ou y diminuent quelque chose, c’est en tout cas en fonction de ces critères là que nous allons choisir les candidats. C’est ce qu’ils ont fait.
Parmi eux, il y avait des imams et des leaders de la coordination de la Basse Guinée. Un jour ils sont venus me dire que tous les critères convergent en faveur de Kassory Fofana. Ils m’ont dit qu’ils sont tombés d’accord sur sa personne. J’ai répondu :
« Si vous êtes tous d’accord sur ça, moi aussi je suis d’accord. Que ce soit Paul ou Pierre, entendons nous tous sur la même chose ».
Ce qui a été diffusé, mais il n’y a pas eu d’entente.
Sèkhou Amadou et Sidya sont venus vers moi. Je leur ai dit que nous et vous les sages de la Basse Guinée, nous avons déjà trouvé un chemin pour notre région. Si vous nous rejoignez, c’est ce chemin que vous devrez suivre. En venant, il ne s’agit pas d’avoir un pied dedans et un autre dehors. Ils ont répondu d’accord. Malheureusement, nous avons constaté que c’est un seul pied qui est parmi nous, l’autre est dehors. Et ça, ça ne peut pas marcher. Eux et nous, nous ne pouvons pas aller ensemble.
Dans cet accord, le poste de coordinateur du secteur privé était proposé à Elhadj Mamadou Sylla. Mais le président Alpha Condé a dit que c’est un poste électif, donc son attribution doit résulter d’un vote. Etant donné que ce poste ne figure nulle part sur cette terre, c’est le feu Général Lansana Conté et Mamadou Sylla qui l’ont créé dans ce pays.
Finalement, puisque Mamadou Sylla n’a pas obtenu ce poste, il s’est fâché et il a démissionné du pacte, tout en précisant :
« Je suis toujours de la Basse Guinée mais je ne fais plus partie de votre pacte ».
Mais qu’est ce qu’on a vu par la suite ? Mamadou Sylla est allé réunir 42 petits partis politiques, puis il s’est rendu chez le Président pour lui dire qu’il a des formations politiques à sa guise. Quand nous avons appris cela, nous l’avons appelé. C’est Kassory Fofana qui est allé à sa recherche. Tout le monde dit Basse Guinée mais dans la vie chacun opte pour un comportement, qu’il soit bon ou mauvais. Mais Dieu voit tout ce qui se passe à longueur de journée. Donc nous sommes en train de nous diviser à travers le mauvais comportement de certains hommes. C’est dans ce cadre que vous avez appris que des gens sont allés assister au sacrifice du feu Président Lansana Conté dans son village. A cette occasion, les mêmes gens ont décidé à Bouramayah d’installer le Président de la coordination de la Basse Guinée.
Quand le moment est venu d’installer les fauteuils présidentiels, j’ai demandé à ce qu’il y ait 4 fauteuils : un pour le président des sages, un pour la haute autorité morale, un pour le président des imams et le quatrième pour le représentant des catholiques, puisqu’il y a des catholiques dans la mouvance de la Basse Guinée. Mais ils sont allés raconter cela autrement au président Alpha Condé, en disant qu’il n’est pas en bons termes avec le général Facinet, donc il faut mettre ce problème de fauteuils présidentiels à côté. Comme si le Président avait quelque à voir dans l’organisation de la Basse Guinée. Eux ils ont choisi leur leader, cela s’est passé devant tout le monde à la télévision. Même dans les jours passés, je ne sais pas si c’était à Kérouané, ils ont célébré l’installation de leur leader au Palais du peuple. Nous on est là à dire qu’il faut que Facinet s’entende avec le Président.
Or, la guerre qu’il y a entre le Président et moi n’est rien d’autre que celle de l’exécution du pacte qu’il a signé avec la Basse Guinée. C’est tout.
Alors je suis venu pour vous dire aujourd’hui que tout le problème dans lequel je me trouve est dû aux imams car ce sont eux qui ont conduit la délégation chez moi. Et tout ce qui se passe aujourd’hui c’est leur faute car moi j’ai voté pour mon parent au premier tour et comme il n’avait pas gagné, j’allais rester neutre. Mais ils sont venus m’obliger à prendre un bagage puis ils m’ont abandonné en pleine mer. Pour preuve, ils n’assistent plus aux réunions qui se tiennent maintenant les mercredis. Et pourtant ce n’est pas de moi qu’on parle à ces réunions mais de la Basse Guinée. Comme ils n’assistaient pas aux réunions chez moi, Kassory a demandé à Elhadj Sèkhou Soumah de tenir les réunions chez lui, ou si cela ne leur convenait pas, ils n’ont qu’à chercher une maison dont il va payer la location afin que les réunions se tiennent là bas. Ainsi on saura si c’est à cause de Facinet qu’ils n’assistent pas aux réunions.
Un jour, j’ai vu à la télévision quelqu’un que je ne connais pas qui parlait au nom de la coordination de la Basse Guinée. Le feu Général Lansana Conté avait confié les affaires de la Basse Guinée à Mamadou Sylla. Il avait dit :
« Pour que les affaires de la Basse Guinée puissent marcher, je les confie à un richard, qui est Mamadou Sylla ».
C’est ainsi que tout le monde me voyait chez Mamadou Sylla à l’époque. Les autres se réunissaient à Dixinn, chez Fodé Sylla, c’est moi qui suis allé vers eux pour leur dire :
« On est en train de faire l’affaire de la Basse Guinée, et vous vous êtes là, nous nous sommes de l’autre côté alors qu’on est tous en train de se battre pour la même cause ».
C’est ainsi qu’ils sont venus et on leur a donné un bureau. Alors l’affaire a atteint la phase politique. Elhadj Sèkhouna m’a appelé pour me dire :
« Tu nous as appelés pour la coordination de la Basse Guinée mais aujourd’hui on parle de politique. Qu’est ce que cela veut dire ? ». Je lui ai dit de quitter.
« Donc c’est ainsi que les choses se sont déroulées. J’ai fait tout cela dans l’honnêteté et la transparence mais je n’ai pas été bien récompensé et je n’ai pas eu une bonne réputation. Et pourtant je n’ai pas mené ce combat pour autre chose mais pour que la Basse Guinée soit unie prospère. ».
Mouctar Diallo
Source : l’Obs Guinée
