Mali : En attendant le vote des bêtes sauvages
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- Publié le samedi 24 mars 2012 04:12
- Écrit par Saïdou Nour Bokoum
Il leur a suffi de faire un petit tour à Katibougou, situé à 15 km du palais présidentiel de Koulouba, où ils se sont emparés de du Dépôt d’armes. Katibougou, l’historique faubourg où certains auteurs de coups d’Etat ou seulement de futurs dictateurs ont fait leur premiers « présentez armes ! » et autres « gardawous, repos, gardawous !.. » ; de simples lacourous qui quelques décennies plus tard se sont autoproclamés généraux, voire maréchal.
De l’armurerie, évidemment direction l’ORTM, la Télévision malienne, là où les chefs à vie se fabriquent une autre vie, à vie. Jusqu’à 4h du matin, les Maliens terrés dans leurs salons cossus ou leurs entrées-couchers se demandaient si c’est AQMI, dirigeant les rebelles touaregs qui avait eu raison de la démocratie naissante du Mali ou au contraire, l’incroyable laxisme d’ATT devant ce qu’on ne peut plus considérer comme de simples incursions. Sinon comment comprendre qu’ATT aille à la frontière du Niger faire accueillir par près d’une demi-douzaine de ses ministres, cette rébellion qui n’en est plus une mais est devenue maintenant une véritable tentative de conquête, faisant entrer du matériel lourd et sophistiqué au Mali avec ce qui ressemble à un silence coupable d’un Général couvert de lauriers, ATT ? Rêve brisé des Almoravides, rêve éconduit d’un grand Maroc qui irait de Rabat au Cap. Entre temps, on n’oubliera pas l’insoumission d’El Bekay et les Kuntas qui pourtant devaient tribut au Roi du Macina depuis le Grand Chaïkou Amadou à Amadou Amadou qui finit par en découdre avec El Hajj Omar à l’occasion d’une éphémère et hypocrite coalition avec les Kuntas qui n’avaient que mépris pour les Cheiks, qu’ils aient nom Oumar ou Amadou.
Depuis plusieurs mois, il faut être de mauvaise foi ou ne pas s’intéresser à cette étrange passivité d’ATT qui traîne la main pour donner les moyens adéquats aux soldats maliens pour en finir avec cette affaire; au lieu de cela, il pourvoit l’armée en plus de 70 généraux alors que Moussa Traoré et Alpha Oumar Konaré pendant toutes leurs « mandatures » ont nommé moins de 20 généraux. 18 si les chiffres que je possède sont exacts.
Ce n’est pourtant pas faute de moyens ? C’est un secret de polichinelle qu’ATT fait partie de nos « Pères de la nation » qui ont bénéficié des largesses de Kadhafi, qu’ils n’ont vraiment lâché que lorsque ce dernier s’est fait charcuter par Sarkozy dont il a financé les élections. A l’époque, les bégaiements d’ATT m’ont paru louches. D’où la hâte de Sarkozy à en finir avec ce témoin gênant. Au prix de 300 000 à 350 000 euros le missile tueur. Avec parfois près de 6 sorties journalières. Wade au moins peut se targuer d’avoir été ingrat avec le Guide. Et pour la mauvaise cause par-dessus le marché : il voulait mal finir comme son bailleur de fonds.
Il faut que les Nègres cessent de se bercer d’illusions. ATT n’était plus pour les Maliens-eux-mêmes ce qu’il était. Ce vendredi noir qui amené cet ATT-là et ses compagnons à dire à la soldatesque de Moussa Traoré :
Stop, ça suffit !
C’était au seuil des années 90.
Il l’a pris le pouvoir et comme promis l’a rendu à temps. Il a attendu et démocratiquement, le peuple malien a eu besoin de lui, comme les Français sont allés cher De Gaulle à Colombey-les-deux Eglises, ils l’ont élu démocratiquement.
Mais le pouvoir est doux, me dit souvent un ami qui n’en est plus très loin. Il devait ajouter, et l’appétit vient en mangeant!
Le pouvoir est une drogue, disait Michel Jobert, petit de taille, mais inversement grand ministre des Affaires étrangères. Ce qui explique son fameux « moi je suis ailleurs », répondant à la question de savoir sil était vraiment un homme de droite, puisque ministre de Gaulle et de Pompidou quoiqu’atypique dans certaines de ses positions sociales ou en matière de politique étrangère.
A sa place, j’aurais répondu, « j’essaie d’être un homme de droiture ».
Tsiranana, « père de l’Indépendance » de Madagascar disait, lui :
L’indépendance ?
« Nous on n’en voulait pas hein, c’est De Gaule qui.
Et il ajoutait :
« D’ailleurs, entre nous, comme vrais présidents il n’y a qu’Houphouët et Senghor, nous autres, on se débrouille ».
Bref, et c’était sa définition du pouvoir : il faut l’exercer pour savoir ce qu’il en est.
Fin de citations comme disent nos journalistes.
L’usure du pouvoir disait Giscard d’Estaing qui s’y connaît en vieillissement précoce, conduit au pouvoir solitaire. Il pensait à De Gaulle qu’il avait pratiqué, en tenant bon pendant au moins dix ans, gérant d’une main de fer le Plan de stabilisation qui en effet, il faut mettre cela à son compte, a relativement consolidé le franc français confronté à l’hyper solidité du mark allemand.
La solitude, ATT, redevenu hélas, Amadou Toumani Touré, il l’a connaît aujourd’hui à Djikoroni où il s’est réfugié. 70 généraux sans troupes ne peuvent rien contre des troupes armées, même si ces dernières s’étaient précisément révoltées de n’en posséder pas suffisamment pour venir à bout d’un irrédentisme qui date du premier empire noir que « ceux du Nord » n’ont jamais voulu reconnaître depuis la nuit des temps.
On n’attend plus que le coup de sifflet de la « communauté internationale » pour appeler au vote les bêtes sauvages (Amadou Kourouma).
Sur le plan familial, il ne sera probablement pas seul. Une des ses femmes, ceci est peut-être lié à cela, une Touarègue pourrait être elle, bien placée pour minimiser cette « mutinerie », selon un mot d’ATT, sur un ton qui se voulait serein, dans le silence des Maliens, et celui de l’ORTM, qui pourrait tout de même nous ramener l’immortel Banzoumana, l’aveugle qui jouait de son ngoni (harpe luth) oublié dans sa case, depuis sa cour.
J’ai soudain sommeil, comme l’Afrique, depuis cette de nuit de gésine..(Cheik Hamidou Kahn)
Mais voilà que des Maliens voudraient nous ramener vingt ans en arrière, après l’historique conférence nationale et le fameux vendredi noir, après qu’on a saccagé ce bijou, une usine emblématique du Mali qi ne voulait pas baisser les bras devant la dictature d’un Moussa Traoré.
Et c’est reparti. « Un pas en avant, deux en arrière !
Des milliers d'anti-putschistes sont sortis lundis. 48h après, c'étaient encore des milliers de Maliens qui sortaient pour crier vive les putschistes ! Pendant ce temps, ATT est terré dans un camp à Djikoroni, protégé par ses fidèles dont sans doute certains des quelque 70 généraux qu'il a fait nommer, alors que Moussa Traoré et Konaré au cours de leurs "mandatures" (20, 30 ans ?) n'en n'ont pas désigné 20. Pendant ce temps, les grandes formations se font discrètes. Or on sait qu'ATT, bien qu'élu lors d'élections "transparentes, démocratiques et crédibles" selon la formule consacrée, n'en était pas moins un président de consensus. En effet ATT n'était pas alors à la tête d'un Parti politique. C'est cette majorité consensuelle qui semble avoir volé en éclats, exacerbée, comme une grande majorité de Maliens, par la façon "laxiste" dont le Président qui n'était pas candidat lors de la prochaine présidentielle, a géré ce grave problème du Nord. Des soldats écœurés par un manque d'équipements, face à des rebelles touaregs massivement soutenus, armés et peut-être devenus une tête de pont d'un AQMI qui veut quoi ? Conquérir le Mali ? Tentatives des Almoravides, et d'un certain rêve d'un Grand Maroc ?
Même s'il vit avec une femme touarègue !
Des élections (prévues en avril !) sans ATT, au moins pour arbitrer (car on le chuchote dans certains milieux politiques maliens) ? Avec cette junte qui en rappelle une autre qui vient de laisser dans les bras des Guinéens les souvenirs horribles du Stade du 28 Septembre 2009, (150 morts, des dizaines de femmes violées par des militaires, des milliers de blessés, non loin du Camp Boiro où ont péri des milliers d'innocents (certains parlent de 50000 suppliciés morts de la diète noire), autre souvenir sur lequel des bulldozers viennent de cracher du ciment, en rasant le Pont des pendus, symbole d'une répression où une soixantaine de Guinéens ont péri à travers tout le pays, pendus pour l'exemple, en réaction au "complot" du 22 novembre 1970, qu'auraient fomenté des opposants guinéens exilés. L'officier Sanogo rappelle tristement, dans sa verbosité, le Capitaine Dadis Camara, reclus à Ouagadougou sur le chemin du TPI, Président du CNDD (Conseil National pour la Démocratie et le Développement), auteur des massacres du 28 Septembre à Conakry, en Guinée.
II est temps que les acteurs politiques maliens qui ont fait élire ATT sortent du bois à visage découvert, sans se camoufler derrière des pancartes qui clament le maintien de la Junte ou au contraire qui veulent son départ.
Wa Salam

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