L’opposition brave l’interdiction

Interdits de se retrouver dans un endroit fermé, facile à encadrer, les leaders de l’Opposition réunis au sein du Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition et l’ADP (Alliance pour la démocratie et le progrès), ont fait quasiment le tour des quatre sur les cinq communes que compte la capitale Conakry. A savoir : Ratoma, Matam, Dixinn et Matoto. Le 17 mars, à 10h, heure préalablement indiquée pour tenir le meeting au Stade de Bonfi, les responsables des deux blocs se sont retrouvés au siège de l’UFC (Union des forces du changement) d’ Aboubacar Sylla, à Ratoma centre. Où ils se sont concertés sur la décision à prendre, après avoir été informés de la fermeture du Stade de Bonfi, avant de finalement rallier Bonfi.

Dans le cortège, Lansana Kouyaté du PEDN, Sidya Touré de l’UFR, Fodé Mohamed Soumah de Géci, Faya Milimono, vice-président de la NGR d’Abé Sylla, Mouctar Diallo de NFD et son vice-président Etienne Soropogui, Fodé Oussou Fofana, vice-président chargé des Affaires sociales de l’UFDG de Cellou Dalein Diallo (absent du pays), les Doyens Charles Pascal Tolno du PPG et Mamadou Oury Ditinn Diallo. Pour rallier Bonfi, ils ont préféré emprunter un itinéraire tordu. Le cortège bouge de Ratoma centre pour le Centre émetteur de Kipé, remonte à Bambéto, revient au carrefour Concasseur de Hamdallaye, met cap sur Gbessia-Kondébounyi avant d’atterrir à Bonfi. Sur place, l’escale durera environ une demi-heure. Le temps de communier avec la foule massée là, constater de plus près l’important contingent de sécurité et humer du gaz lacrymogène. Le cortège a continué à Kénien, puis Belle-vue pour rallier le siège de l’UFDG, à la Minière où les militants étaient massivement mobilisés. On y chante et danse la réussite de la journée. Fodé Oussou Fofana laisse la parole à ses hôtes :

« Nous avons été à Bonfi où vos camarades militants de l’ADP et du Collectif nous attendaient a déclaré Lansana Kouyaté. Vous avez voulu, nous avons dit et nous avons fait. Aujourd’hui, c’est un jour exceptionnel pour notre peuple. Soyez sûrs que ce mouvement ne s’arrêtera pas. Les revendications formulées en votre nom seront satisfaites. Une CENI crédible et un fichier électoral nettoyé…Ceux qui pensent qu’ils vont nous diviser ne le réussiront pas. La Guinée est une sur ses 245.857 Km2 et elle le restera ».

 Sidya Touré de renchérit :

« Le peuple de Guinée a voulu élire quelqu’un qui pourra faire son bonheur. Au lieu de cela, on veut détourner la volonté de la population, en menaçant les Guinéens, les responsables politiques et en envoyant la gendarmerie. Nous n’avons rien demandé, sinon des élections législatives où tous les Guinéens seront représentés. Ceux qui ne veulent pas cela, veulent instaurer un régime que nous n’accepterons pas. Il n’y aura pas de régime autocratique en Guinée ni de parti ou chef unique. Nous allons faire en sorte que les législatives représentent la totalité des partis politiques. La lutte continue et ne s’arrêtera pas ».

Le cortège, devenu plus gros, quitte le siège de l’UFDG pour rallier via Bambéto et Cosa le domicile de Lansana Kouyaté à Matoto, où la mobilisation était aussi sans faille. Le leader du PEDN reprend la parole pour introduire ses hôtes :

« Je n’ai pas besoin de vous dire ce qui s’est passé à Bonfi. Le gaz lacrymogène a plu et a touché nos militants. Mais qu’importe ? Nous poursuivrons notre marche pour la vraie démocratie, la vraie liberté et le vrai développement ».

Fodé Oussou Fofana a, quant à lui, réitéré que la journée a été une réussite :

 « Nous avons dit que l’Opposition représente plus de 80 % de l’électorat. Ceux qui avaient des doutes ont eu leur réponse. Ceux qui pensaient aussi que l’Opposition n’était pas unie, ont aussi leur réponse. Ce qu’on a voulu ce matin, c’est un meeting. Il avait pour objectif d’informer nos militants de ce qui se passe concernant le processus électoral. Les manifestations doivent continuer ».

Mouctar Diallo de NFD appelle à la mobilisation contre l’exclusion, la dictature et la violation des droits de l’homme. Il doute de la capacité du président Alpha Condé et son gouvernement à sortir le pays de sa léthargie :

« On demande au Président Alpha Condé de démissionner, de prendre acte de son incapacité à unir les Guinéens et à leur donner le bonheur qu’il mérite. Son pouvoir est devenu impopulaire. Je vous assure s’il organise un référendum, les Guinéens de Conakry à Yomou voteront à 99,99 % pour son départ ».

Faya Milimono a brandi la demande adressée aux autorités communales de Matam, pour démentir la déclaration de la maire :

« On vous a dit hier soir à la télévision nationale que l’Opposition n’avait pas informé. Je vous présente trois signatures dont celle du représentant de la mairesse de Matam. Nous avons versé deux millions de francs pour la location du stade…Nous disons merci au professeur pour la journée d’aujourd’hui. Nous avions voulu réunir cinquante mille personnes au stade de Bonfi, mais il nous a donné l’opportunité de rencontrer des millions de Conakrykas. La prochaine fois, nous commencerons la caravane au Palais de Sékoutouréyah pour remonter jusqu’à Yomou. Alpha se trompe de pays et d’époque ».

Le vice-prési de la NGR dénonce les voyages du président de la République:

« C’est son propre fils qui s’occupe de la location des avions. Quand ça devait nous coûter cinquante mille dollars, on met un million. La prochaine fois, on va lui dire de rester là-bas, parce qu’ici vous nous avez suffisamment menti et divisé s».

Aboubacar Sylla et Fodé Mohamed Soumah ont bouclé la série des discours, après qu’Etienne Soropogui ait entonné la chanson « La Guinée va mal » du vice-président de la NGR.

A noter qu’hier 16 mars, le RPG Parti au pouvoir, a paisiblement tenu son meeting couvert par la télévision d’Etat, au quartier Minière dans la commune de Dixinn.

Diawo Labboyah

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