Bakary Fofana patron de la CENI : Elisabeth Cotet doit quitter IFES Guinée ! (El Béchir, Opinion)

En raison des liens serrés et notoires qui existent entre Bakary Fofana, le nouveau président de la CENI, et Élisabeth Cotet, la représentante d’IFES en Guinée, celle-ci n’a plus les aptitudes morales requises pour faire son travail. Elle doit être remplacée !

Sartre, ayant quitté le monde éthéré de la philosophie pour devenir un intellectuel engagé, fut la cible de diatribes sans merci, y compris en ce qui concerne sa vie privée (il était le concubin de l’écrivaine-philosophe Simone de Beauvoir, chose inadmissible à l’époque de la part de deux si grands intellectuels). Jean-Paul Sartre dut admettre philosophiquement qu’« un personnage public est une chose publique » et essuya les critiques avec philosophie.

Je pense pour ma part que si la vie privée d’une personne publique peut influencer négativement la vie nationale, il faut l’étaler sur la place publique. Le nouveau président de la CENI, Bakary Fofana, va jouer un rôle prépondérant dans le scrutin législatif prochain que les observateurs – et même les protagonistes– perçoivent comme un scrutin de tous les dangers. Or, la liaison amoureuse qu’il a avec Élisabeth Cotet, la représentante d’IFES (International Foundation for Electoral Systems) en Guinée, est longue et notoire.

D’un côté, cette vieille demoiselle canadienne sédentarisée en Guinée est l’œil et le bras technique du contribuable américain dans les élections guinéennes. De l’autre, Bakary Fofana est un homme du sérail, il a appartenu au gouvernement de transition de Jean-Marie Doré dont il est un ami fidèle. Ce gouvernement était manifestement acquis à Alpha Condé et a contribué sans fard à sa victoire. À ce compte, l’opinion nationale et internationale doit craindre que le couple intime et puissant Fofana-Cotet ne floue – comme en 2010 – à la fois le peuple guinéen et le contribuable américain au bénéfice de Jean-Marie Doré, d’Alpha Condé et de son RPG Arc-en-ciel, une alliance politique qui, comme chacun sait, n’a apporté au RPG qu’une liste de micro-leaders politiques sans autres militants qu’eux-mêmes et peut-être deux membres de leur famille. Au total, ce sont trois pelés et un tondu qui ont rejoint le RPG du premier tour de la présidentielle de 2010, avec son score tournant constamment autour de 18 pour cent en dix élections depuis 1993 !

Pour rappel ou pour information, c’est l’ONG américaine IFES qui avait formé les cinquante mille assesseurs des dix mille bureaux de vote installés à travers la Guinée pendant la présidentielle de 2010. Au second tour, où Dalein super favori (44 pour cent) s’était retrouvé face à Alpha super toquard (18 pour cent), l’ambassade des États-Unis avait demandé à IFES de centraliser parallèlement les résultats en utilisant les services d’assesseurs secrètement choisis dans chaque bureau de vote. Les États-Unis et leurs partenaires de l’Union européenne pourraient ainsi connaître les vrais résultats. À la surprise générale et dans une indifférence totale des autorités de la transition, les ordinateurs de la CENI avaient été volés pour être truqués par le général Toumani Sangaré avant d’être rapportés à la CENI avec des résultats programmés à l’avance en faveur du candidat Alpha Condé. Puis, comme par hasard, ce général tartuffe, informaticien spécialisé dans les fraudes électorales, que l’OIF envoie dans tout pays africain où elle veut aider un ami à devenir président, fut nommé à la tête de la CENI en remplacement de Louncény Camara, vigoureusement contesté par l’alliance Cellou Président. Celle-ci ne vit que du feu dans ce plan B d’Alpha Condé et de ses deux amis de l’Internationale Socialiste, Abdou Diouf de l’OIF et Bernard Kouchner, chef de la diplomatie française (cf. la rubrique ‘’Confidentiel’’ des numéros d’octobre 2010 de Jeune Afrique qui révéla le pot aux roses).

Ce sont ces deux personnalités étrangères qui avaient demandé au général Sékouba Konaté, président de la transition, de nommer le général malien à la tête de la CENI. Dès lors, certains leaders indiscrets de l’alliance Arc-en-ciel se mirent à dire à qui voulait les entendre, qu’ils avaient déjà fini d’arranger la victoire d’Alpha Condé. D’ailleurs, l’on vit celui-ci se rasséréner subitement et devenir moins vindicatif, alors qu’il semblait tenir à Louncény Camara comme à la prunelle de ses yeux. Il n’avait plus à paniquer devant la montagne abrupte qu’il devait gravir pour obtenir la magistrature suprême dans ce pays où la démocratie n’est (et ne sera pendant longtemps) qu’un vœu pieux : le vote prévu pour le 7 novembre 2010 n’était désormais qu’une formalité pour proclamer sa victoire miraculeuse contre un adversaire qui l’avait laminé au premier tour.

Que fit Élisabeth Cotet pour remplir la mission confidentielle que lui avait confiée l’ambassade des États-Unis ? Alors qu’elle était tenue au secret absolu, elle s’ouvrit cependant à son petit ami Bakary Fofana, qui brûlait de voir son« parent » Alpha Condé dans le fauteuil présidentiel. Ce concubin ministre d’État aux Affaires étrangères et à la Coopération internationale lui demanda d’avaliser les résultats préparés à l’avance par le général Toumani Sangaré qui mit dix jours à proclamer les résultats provisoires. Élisabeth Cotet, faisant fi des résultats des bureaux de vote qui étaient parvenus à IFES dans les 48 heures après le vote, déclara à l’ambassade des États-Unis qu’Alpha Condé avait battu Cellou Dalein Diallo à 52 contre 48 pour cent. Ce résultat fut communiqué aux gouvernements occidentaux plusieurs jours avant la proclamation des résultats officiels.

Donc cette femme a trahi son serment prêté devant le drapeau américain, elle a trahi le peuple guinéen qu’elle était censée aider à accéder à une véritable démocratie après le départ des militaires du pouvoir. Son petit ami ayant été imposé à la tête de la CENI par un tour de passe-passe, elle n’est plus moralement habilitée à continuer de représenter IFES en Guinée. Comme à la présidentielle, elle pourrait jouer un mauvais rôle dans les législatives. Sa présence est donc un danger potentiel pour la paix dans ce pays marqué par des tensions politico-ethniques extrêmes. Elle doit être impérieusement remplacée par une personne incorruptible moralement et financièrement, car les autorités politiques guinéennes ne lésinent pas sur les moyens ni sur les bakchichs pour obtenir une majorité parlementaire.

La mobilité géographique des cadres est un moyen éprouvé dans la lutte contre la corruption sous toutes ses formes. Comment IFES a-t-elle pu laisser Élisabeth Cotet se sédentariser en Guinée sans se dire qu’elle y tisserait forcément des liens affectifs profonds, donc susceptibles d’influencer son travail et sa moralité ? Une suspicion légitime pèse aujourd’hui sur son impartialité dans le scrutin législatif à venir. Pour l’intérêt supérieur du peuple guinéen, il est temps qu’elle s’en aille !

El Béchir

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