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2014/6/5
A la tête d'un mouvement naissant dénommé "Je n'en veut plus", le reggae-man guinéen, Elie Kamano a accordé un entretien à notre rédaction. L'artiste y explique sa motivation et dit militer pour l'alternance en 2015.
Lisez!
- Elie Kamano Bonjour
- Bonjour
Vous êtes annoncé à la tête d’un mouvement ‘’Je n'en veut plus’’. Qu’est-ce que c’est ?
Elie Kamano : Aujourd’hui, la forme qu’on prend pour mener un combat ne compte pas. Je crois que c’est le résultat qui compte. Le mouvement est à l’image du mouvement ‘’Y’en a marre’’ du Sénégal. Il n’y a pas de complexe à le dire. On a vu le printemps arabe et c’est ce qui s’est passé là-bas. Nous sommes dans une situation qui nous pousse nous jeunes à prendre nos responsabilités.
On nous a vendu un rêve. Ce rêve, on s’est rendu compte qu’aujourd’hui, c’était des mensonges, de la corruption, de l’enrichissement familial. Je pense que la jeunesse doit se lever parce que c’est maintenant son avenir pas demain. Comme on nous dit souvent l’avenir appartient aux jeunes, c’est faux ! L’avenir appartient aux enfants.
Vous avez l’habitude de dénoncer ce genre de tares de la société dans vos chansons. Pourquoi créer un mouvement maintenant ?
Ecoutez, on n’a pas forcément la même façon de marquer l’histoire. Il y a des artistes qui sont restés des chanteurs jusqu’à leur mort ou jusqu’à la fin de leur carrière. On a vu quand même Fela Kouti au Nigeria. Il avait créé un maquis où il ne parlait que de la révolution. Il ne dénonçait que le système et parfois descendait dans la rue. Fella a été un vrai révolutionnaire.
Aujourd’hui, les situations ne sont pas pareilles. Je ne peux pas comparer la situation que je vis dans mon pays à celle d’un jeune artiste sénégalais ou d’un artiste burkinabé. Parce que ce n’est pas le même contexte. Nous, depuis 1958, on est indépendants. Et on a eu que des dirigeants qui ont martyrisé le peuple, bâillonné le peuple.
S’il y a aujourd’hui des voies et moyens par lesquels on peut passer pour mobiliser des milliers de jeunes autour d’un idéal, je crois que ce n’est pas un crime. C’est ce que nous allons faire pour qu’il y ait une alternance en 2015. On ne veut plus que ces situations se répètent (référence à la plainte déposée contre le régime en place).
Vous venez de faire allusion au mouvement ‘’Y’en a marre’’ du Sénégal. En même temps, vous parlez d’alternance. Avec quels moyens et avec qui, vous comptez mener ce combat ?
Pour le moment, nous avons des ressources humaines. Ensuite les moyens viendront. Pour le moment, je mène ce mouvement avec mes maigres moyens. La raison ! L’alternance, on ne voudrait pas assister à des élections bâclées. Comme cela a toujours été le cas en Guinée.
Je suis contre cette philosophie qui dit qu’on ne peut pas organiser les élections et les perdre. Nicolas Sarkozy a fait un mandat. Quand les Français ont voulu le mettre dehors, il est parti. Il faut donner cette place au peuple qui est habilité à choisir son leader. En 2015, nous allons veiller au grain pour ne pas qu’il y ait des élections bâclées. Dès qu’il y aura des élections bâclées, cela nous amène à des confrontations entre militants.
C’est ce genre de situations que nous allons essayer de contrecarrer pour ne pas qu’on arrive au point de rwandaniser ou de somaliser notre pays. Parce que je le disais tantôt, 80% des guerres en Afrique ont pour origine ou cause, des conflits ethniques. On sait le niveau que cela a atteint, la méfiance qui s’est installée entre Guinéens. Je pense que notre mission n’est pas de combattre une personne mais un système. Ce système, c’est le système Alpha Condé qui l’a imposé depuis le temps de Lansana Conté parce que ce sont les mêmes qui sont revenus autour de lui et ce sont les mêmes qui ont pris le pays en otage.
Vous parlez d’alternance, dénoncez une mal gouvernance. Bref, vous avez un discours qui se rapproche de celui de l’opposition. Ne redoutez pas d’être taxé d’opposant ou d’être en complicité avec l’opposition ? Ne pensez-vous pas qu’on risque de lier votre mouvement à la tension qui prévaut au sein des états-majors des partis politiques ?
Moi, j’ai été clair. On m’a parlé d’un mouvement TSA (Tout Sauf Alpha). Je ne suis pas là pour combattre une personne. Mon mouvement a un caractère apolitique. Je ne peux pas sacrifier tout le combat que j’ai mené toutes ces années pour des miettes parce qu’aller me rallier à un opposant, c’est comme si je mettais à l’eau, tout mon combat, toutes les années contre les régimes qui se sont succédé en Guinée à travers ma musique. Je suis un artiste impartial et centriste.
C’est dans mon intérêt de rester neutre dans ma position, en menant mon mouvement citoyen sans me mêler des manigances politiques. Quand je chantais contre Lansana Conté, les gens me taxaient d’artiste politicien et quand je chantais contre le Capitaine Dadais, j’étais proche de la politique, etc. …Hier, ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui, ce sont eux qui m’acclamaient, j’étais en train de dénoncer le système de Dadis. Aujourd’hui, ce sont eux qui sont contre parce que je suis en train de dénoncer leur système. Il y a toujours des mécontents quand tu poses des actes.
Ne redoutez-vous peur d’être mal compris et être en mauvais terme avec le pouvoir en place ?
On est déjà alerté. Donc un homme averti en vaut autant qu’il veut. J’ai été accompagné mon vice-président à la sûreté, Blacky Soumah, de la radio Espace FM. Là-bas, ils l’ont isolé et lui ont posé des questions sur le mouvement : quels sont ses rapports avec le mouvement d’Elie Kamano, quels ses rapports avec Elie Kamano en personne ? Pourquoi est-il dans ce mouvement ? Nous sommes très avertis mais nous avons pris des dispositions. Nous avons décidé d’officialiser cela et de pointer du doigt les gens qui nous avaient convoqués.
Au cas où, il nous arrivait quelque chose, que le peuple de Guinée sache comme mon grand-père le disait ‘’meurs, n’ait pas peur de mourir’’ ‘’mais meurs pour que les gens sachent les circonstances dans lesquelles tu es mort’’. Je préfère mourir pour un peuple qui est hypocrite comme les gens le disent que de mourir comme un chien est rentré dans la poubelle de l’histoire. J’aimerai poser des actes …comme Nelson Mandela, Mahatma Ghandi, Thomas Sankara même s’ils ne sont pas de ce monde aujourd’hui. Mais leurs enfants, l’Afrique et le monde sont plus de fiers des enfants de ceux-là que des enfants de Mobutu, bref des enfants des dictateurs que nous avons connus.
Etes-vous optimiste pour la réussite de votre mouvement ?
Il faut toujours s’attendre à des obstacles. Mais ce qui est sûr, je suis déterminé, j’ai des objectifs. Et dans ma tête, je pense que rien ne peut me détourner de ces objectifs.
Est-ce que vous avez d’autres artistes qui vous accompagnent dans ce mouvement ?
Les artistes sont déjà au courant. Ils ne peuvent pas faire le travail du terrain que je fais. Le moment de la mobilisation, ils seront là avec moi.
Quelle est l’ampleur de ce mouvement ?
Les échos sont extraordinaires. J’ai reçu l’appel de deux grands leaders politiques dont je ne dirai pas le nom ici. Il y a beaucoup de personnes qui nous ont appelés qui veulent adhérer au mouvement….
Quelle a été la suite de la convocation de votre vice-président ?
L’objectif était de l’intimider pour qu’il baisse le bras afin qu’il arrête de suivre Elie Kamano. On voulait qu’il démissionne du mouvement. Blacky Soumah continue de travailler avec moi. Je pense que c’est des hommes comme ça que j’ai besoin. Il appartient à la jeunesse guinéenne de se lever pour trouver les solutions qu’il faut. Sinon on continuera toujours à nous dire que l’avenir nous appartient, on attendra vingt ans, l’avenir ne viendra pas.
Guineeinter avec lejourguinee
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