le départ d’Alpha Condé ?
Une fois les idées claires, il faut procéder par ordre et ne pas courir plusieurs lièvres à la fois, surtout si les objectifs sont contradictoires, parce que non simultanés.
Faire constater les nombreuses violations constitutionnelles et légales
Personne ne peut prétendre posséder une solution qui satisfasse tout le monde, puisque les intérêts sont opposés. Par rapport aux 3 questions précitées, il faut modifier l’ordre des élections, pour retrouver l’esprit de la Constitution et un État de droit. Si cela doit reculer les élections présidentielles de 4 mois, pourquoi pas, on a déjà connu cela en 2010 et Alpha Condé ne s’en est pas plaint. La Communauté internationale cependant, devra veiller au respect du consensus en l’absence de légalité constitutionnelle.
S’il faut faire partir Alpha Condé – et c’est aussi mon souhait – il faut le faire proprement, par des élections libres, crédibles et transparentes, et non par la violence. La Guinée doit cesser ce genre de modèle et œuvrer réellement par la mise en place d’une démocratie, car un État de droit est ce qu’il y a de plus précieux pour l’avenir du pays, y compris au niveau économique.
Concrètement, Alpha Condé ira jusqu’au bout de sa manœuvre, car il ne peut faire autrement s’il veut gagner les élections. Toute décision inverse aboutirait à sa chute. Au pire il peut proposer de coupler les deux élections, ce qui ne résout pas le problème de l’opposition. À partir de là, les marches ne feront que grossir le camp des victimes, même si la responsabilité ultérieure en incombera aux criminels, qui seront irrémédiablement poursuivis malgré leur sentiment d’impunité. Mais à quoi servira aux victimes d’avoir raison plus tard, s’ils ne sont plus là pour le constater ?
Dès lors la bonne attitude consiste à intenter une multitude de recours pour faire prévaloir le droit, même sans garantie de succès, mais avec l’idée que ceux qui ignorent la situation guinéenne en seront informés. Il y en a beaucoup plus que l’on s’imagine, car malgré la propagande, la Guinée n’existe pas sur le plan international en dehors d’ébola (même les invitations récentes d’Alpha Condé à l’extérieur du pays le sont au titre d’ébola). Évidemment il ne faut plus utiliser la justice guinéenne qui s’est compromise.
Cet État de droit passe par le respect du droit, mais l’opposition n’a jamais – du moins officiellement - utilisé cette voie. On va l’y obliger indirectement. On saura alors si le pouvoir qui n’a même pas honte de parler de démocratie en Guinée s’y plie ou non. Dans l’hypothèse favorable, une grande avancée aura eu lieu pour l’avenir, ce qui permettra aussi de décourager toute tentative éventuelle ultérieure de prise du pouvoir par la force. Dans l’hypothèse négative, les masques tomberont pour les naïfs et personne – y compris la Communauté internationale - ne pourra blâmer une violence, qui aura alors malheureusement sa raison d’être.
S’organiser comme de vrais partis politiques
Les différents partis de l’opposition sont suffisamment divers pour couvrir tout le territoire guinéen. Il faut apprendre à partager le pouvoir en 4. Cela permettra de s’organiser à tous les stades de la procédure pour faire respecter le Code électoral régulièrement bafoué en amont (affichage des listes électorales, récupération des cartes électorales dans les délais, révision du fichier…), mais surtout en aval (vérification du nombre de votants, transmission des PV, respect de la présence des observateurs…).C’est à ce moment là seulement, lorsque la population sera informée des manœuvres du pouvoir, et que des élections constateront la fraude, que des marches pacifiques prendront tout leur sens, y compris pour chasser Alpha Condé du pouvoir, ce dernier ayant montré qu’il ne veut pas se soumettre à la volonté populaire. Ce n’est pas lui qui décide ce qu’est la volonté populaire, ce sont les Guinéens qui l’expriment.
Un programme succinct mais clair
L’opposition doit saisir la chance et l’intelligence qu’elle a eu, de mettre au second plan l’intérêt particulier de ses leaders. L’opposition a montré à Paris qu’elle pouvait taire ses différences. Mais elle doit aller plus loin en expliquant qu’elle a définitivement enterré ses divergences et qu’elle est prête à gouverner ensemble. En 2010, l’UFDG n’avait d’yeux que pour l’UFR et n’avait rien à proposer au PEDN ou aux partis représentant la forêt.
Elle pourra faire un bilan rapide – sans euphémisme, ni pléonasme – de ce régime et proposer un programme clair de ce qu’elle fera, sans faire de promesses démagogiques.
Au titre du bilan, la jeunesse guinéenne peut constater que des décisions se prennent en son nom, par des dirigeants, davantage préoccupés par leur sort personnel, que par celui de la population. Chacun est capable de comprendre cela, en dépit des diversions du RPG pour décourager les volontaires. Qui ose dire aujourd’hui que la jeunesse guinéenne (plus de 60% de la population) a résolu ses problèmes d’emploi, de logement et donc de « mariage » qui sont les 3 préoccupations essentielles d’un jeune aujourd’hui ? Qui peut dire qu’avec les différentes mesures prises par ce gouvernement, ces 3 objectifs ont été pris en compte ?
Des hôtels, des logements hors de prix, des casernes, des commissariats et des préfectures, des routes, c’est bien, mais non seulement cela ne résout pas le quotidien de la majorité de la population, mais cela ne suscite aucun espoir ultérieur pour cette jeunesse. Serrer la ceinture n’est pas un objectif, surtout si cela ne débouche sur rien. On promet encore des milliers d’emplois (c’est gratuit) – mais seulement si des étrangers viennent.
Les marches pacifiques comme ultime recours
Les marches populaires doivent donc être utilisées avec parcimonie, car si cette méthode n’aboutit à rien – et elle ne peut aboutir pour l’instant à mon sens -, et ne reconfigure pas le logiciel mis en place par le pouvoir pour frauder, la justice bafouée ne pourra laisser place qu’à la seule violence. L’opposition ne peut plus se laisser faire, mais elle doit lutter pacifiquement pour se faire entendre, et c’est seulement si elle n’obtient rien, ou si elle fait face à un régime qui refusera les condamnations évidentes qui ne manqueront pas de pleuvoir, qu’elle ne devra plus reconnaître qui que ce soit, y compris le PRG5, car une partie de l’opposition aura enfin compris qu’avec des gens sans foi ni loi, il faut se comporter de la même façon, sous peine de se faire rouler une nouvelle fois dans la farine, par le boulanger de Guinée. Mais cette fois, et cette fois seulement, personne n’y trouvera à redire.
Pour l’instant on n’a pas tout essayé, mais même si certains pensent que c’est inutile de procéder par la voie judiciaire. De nombreux citoyens silencieux préfèrent néanmoins privilégier l’intérêt général du pays aux désirs immédiats des politiciens. En outre la Communauté internationale ne pourra plus dire que tout n’a pas été fait…
Gandhi, citoyen guinéen
« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace ». (Robespierre, Discours sur la liberté de la presse, Mai 1791).