Fodé Oussou : « nous allons installer nos maires… On va faire la pagaille »

L’assemblée générale de ce samedi 14 mars 2015 vient de s’achever au siège de l’UFDG. Présidée par Fodé Oussou Fofana, cette assemblée générale a enregistré une intervention téléphonique du président du parti, Elhadj Cellou Dalein Diallo, depuis Dakar, la capitale sénégalaise, a constaté Guineematin.com sur place.

« Il est hors de question qu’on aille aux élections présidentielles sans les communales. Dès la semaine à venir, nous allons mettre en application nos décisions. Nous allons mettre en place nos maires et chefs de quartier. Comme Alpha Condé veut la pagaille dans ce pays, nous allons le faire… », a notamment dit Fodé Oussou Fofana, aux nombreux militants présents à l’assemblée générale de ce samedi, promettant que l’opposition n’acceptera pas d’élections présidentielles sans communales.

A rappeler que le président de l’UFDG, Elhadj Cellou Dalein Diallo, est intervenu en direct de Dakar, la capitale sénégalaise. Dans sa communication, le président du parti a appelé ses militants à être prêts, à se mobiliser et de se mobiliser puisque que l’opposition n’est pas prête à accepter le chronogramme de la CENI.

Guineematin.com vous proposera, dès que possibles, des vidéos de l’assemblée générale de ce samedi 14 mars 2015.

Aïssatou Diallo pour Guineematin.com

Le Pouvoir de Conakry applique le terrorisme d’État par des assassinats ciblés

 Très tôt le samedi dernier, je suis réveillé par une funeste nouvelle: l'assassinat de Thierno Aliou DIAOUNE à Conakry. Incrédule ,je demande à ma fille d'appeler la fille aînée de DIAOUNE pour s'enquérir de la véracité de la tragédie. Comme il fallait s'y attendre, ce n'était pas un mauvais rêve.

 

Les assassins et leurs commanditaires ont tué Thierno Aliou DIAOUNE . Ils ont privé ses jeunes enfants d'un père et d'un soutien au moment où ceux-ci en ont le plus besoin. Ils ont également privé la Guinée d'un cadre engagé pour la cause nationale. Ils ont aussi éteint une intelligence qui ne demandait qu'à servir loyalement la Guinée. En une fraction de secondes ,le crépitement des balles tirés par les kalachnikov des tueurs ont soustrait à la vie Thierno Aliou , brisant ainsi « une tête » qui a été façonnée par plusieurs décennies de travail ,de sacrifices ,d'expériences et d'engagements pour les droits des citoyens et pour la démocratie. Les tueurs croient avoir réduit au silence DIAOUNE. Ils se trompent. Sa mort tragique , est comme un cri strident qui résonne aujourd'hui au quatre coins du monde.

 

Cet assassinat porte une signature qu'il n'est pas difficile de reconnaître. Les tueurs portent l'uniforme des militaires guinéens. D’après certains témoignages , ils ont agi avec un sang froid remarquable qui indique qu'ils bénéficient d'un sentiment d'impunité totale. Thierno Aliou DIAOUNE savait que sa vie était menacée. La cause est à rechercher dans le cadre de son environnement professionnel comme coordonnateur national du Fonds de Consolidation de la Paix des Nations Unies pour la Guinée. Son travail l'a amené à être au courant des dérives crapuleuses et mafieuses de la gestion des fonds alloués à la riposte contre Ebola. M.Alpha CONDE a toujours montré un intérêt pour la gestion de cette manne financière qui pour lui «  Ebola est une opportunité ». Comme vous le savez ,également le précédent coordonnateur des nations Unies contre Ebola en Guinée a été trouvé mort dans son hôtel dans des conditions mystérieuses. Il n'est pas étonnant dans ces circonstances que le Secrétaire Général des Nations Unies aient exigé qu'une enquête diligente puisse faire la lumière sur cet assassinat. M.Ibn Chambas ,le représentant des Nations Unies pour l'Afrique de l'Ouest ne manquera pas de d'exprimer aux autorités guinéennes les inquiétudes et les préoccupations de l'organisation onusienne devant la persistance d'un climat d'insécurité et la multiplication des assassinats ciblés de leaders d'opinion en Guinée.

 

Aux lendemains de l'assassinat d'El hadj Amadou Oury DIALLO, Président de la section des motards de l'UFDG en septembre dernier dans des circonstances similaires , tout le monde a été averti que la gouvernance d'Alpha CONDE est prête à user du terrorisme d’État pour conserver le pouvoir par tous les moyens. Sa stratégie est simple : l'assassinat ciblé des élites originaires du Foutah, exactions massives contre les populations de la Guinée-Forestière et de la Moyenne-Guinée et achat des consciences pour certains et intimidations physiques pour les «  récalcitrants » en Basse-Côte. Pour ceux qui étaient septiques par rapport à la dangerosité du régime d'Alpha CONDE , la succession des assassinats doit leur ouvrir les yeux.

 

Le terrorisme d’État qui règne à Conakry s'est manifesté également par la brutale répression d'une « marche pacifique autorisée » à Labé. Le pouvoir ne cherchait qu'un prétexte pour s'abattre sur les populations civiles et leur « donner une leçon » . Détruire le siège local de l'UFDG, violer le domicile de El hadj Mamadou Cellou Daka le 1er responsable du parti , rouer de coups un des imams de la ville , pénétrer manu militari dans l'hôpital régional pour y extraire des blessés et les jeter en prison , bastonner les agents hospitaliers et tirer à balles réelles contre les manifestants sont les actions des forces dites de « l'ordre ». Les autorités n'ont pas digéré le camouflet qu'elles ont reçu à Lélouma où la population a exigé le remplacement du préfet local en organisant des manifestations pacifiques de grande envergure. Cette violence à Labé n'est pas banale . C'est un message en direction de l'UFDG , à savoir « par le feu et le sang » , le pouvoir restera entre les mains d'Alpha CONDE. En conséquence ,tout le monde doit en tirer tous les enseignements.

Les notables toujours prêts à caresser les puissants du moment doivent être interpellés sur leur responsabilité de porte-parole des humbles et des faibles. Une attitude complaisante avec ceux qui tuent ,violent et pillent le pays n'est plus permise ! « Plus jamais ça ! » doit amener à la résistance et à la lutte ouverte contre les assassins et les commanditaires. La restauration des libertés démocratiques et citoyennes est plus que jamais un impératif patriotique.

 

Les morts de Thierno Aliou DIAOUNE, d' El hadj Amadou Oury DIALLO de l'UFDG, de Mme BOIRO du Trésor, du caporal Koulibaly défenestré au camp Samory TOURE, de Zakariaou DIALLO , du commissaire Pascal BANGOURA,de GHUSSEIN ,des dizaines de jeunes de l'axe hamdallaye- Cimenterie, des villageois de Zogota, de Gallapaye,et de Womé , et des centaines d'autres anonymes ne doivent pas être vains. Beaucoup de sang est versé depuis l'accession au pouvoir d'Alpha CONDE. Il porte l'entière responsabilité de ces drames. Il devrait méditer ce précepte des Saintes Écritures « Qui règne par l'épée, périra par l'épée » !

 

Pour sauver la Guinée du désastre , la mobilisation de tous est impérieuse pour changer maintenant la gouvernance de notre pays.

 

 

BAH OURY

Ancien Ministre de la Réconciliation Nationale

1er Vice-Président de l'UFDG

ÉLECTION SANS FINEX : CACPHONIE ENTRE ALPHA CONDÉ ET CERTAINS MINISTRES !

Élection sans finex : Alpha Condé désavoué par un ministre !
 

Faut-il appeler cela un désaveu ou une bourde ? Difficile de trouver le mot qui sied. Ce qui est évident, à propos des élections sans financement extérieur, Alpha Condé et certains de ses ministres ne sont pas sur la même longueur d’onde. Le président guinéen dit clairement que son gouvernement organisera seul les prochaines élections.

Damantang Camara, dans un entretien qu’il a accordé à la presse locale, souligne qu’Alpha Condé « n’a fait que rappeler un principe élémentaire : un Etat qui souhaite un minimum de respectabilité doit être capable de financer l’un des événements les plus fondateurs de son indépendance : l’élection de ses représentants politiques. Voilà pour le principe. D’un autre côté, c’est le même Président qui a souhaité la présence d’observateurs internationaux pour contrôler la sincérité du scrutin. » Et le porte-parole du gouvernement d’enfoncer : « De toute manière, le Président a clairement dit qu’il ferait appel à la communauté internationale pour des appuis précis sur certains points relatifs aux élections. » Et mieux que cela, Damantang tranche : « Le Ministre d’Etat, ministre de l’Economie et des Finances a d’ailleurs informé les députés que notre budget ne permettait pas un financement intégral du processus électoral. Nous auront donc forcément besoin d’un appui. »

Soit Alpha Condé a juste fait une fausse annonce, soit il est ignorant, ou tout simplement ses ministres cherchent à le recadrer. Dans l’un ou l’autre cas, tous les regards sont tournés vers les urnes. Et l’UE se dit prête à envoyer des observateurs. Même si leur premier passage n’aura pas été des plus tendres avec le régime en place.

Jeanne Fofana, Reçu de www.kababachir.co

Crise politique et sécuritaire : Députés, montrez-vous enfin !

 

Crise politique et sécuritaire : Députés, montrez-vous enfin !
 

Par où sont passés nos députés, pendant que le pays est menacés, dangereusement menacé par une implosion qui ne dit pas son nom : la crise politique et sécuritaire. Les parlementaires sont introuvables. Des citoyens sont zigouillés comme des fauves, sans aucune autre forme de procès. De hauts responsables de l’administration publique sont la cible d’inconnus armés et habillés en uniforme militaires ou cachés derrière d’autres attirails.

Le Parlement n’y fait rien. Même pas une session extraordinaire pour se pencher sur une loi devant au moins réduire la criminalité dans la cité. Surtout que plus personne n’est épargné par la recrudescence. Les députés restent aphones et chacun se trouve une garde rapprochée et le reste, on s’en fou. Au sein du Parlement, on « s’occupe que de primes, d’honoraires, de voitures de fonction, de budgets scandaleux, d’attributions de fonds, etc. le tout dans une sainte pagaille, à l’image du reste de la République. Dans cette enceinte, jamais les réels sujets de l’heure n’auront été débattus – outre cette affaire d’Ebola, initiée par Sydia Touré – pour penser un peu aux citoyens. »

La sécurité des citoyens et de leurs biens n’est l’affaire de personne. Mais dès qu’il est question de vote, des leaders politiques viennent affluent de partout pour soûler le bétail électoral. Députés, montrez-vous enfin ! Faites du bruit, pour rappeler à l’Etat que vous existez non pas à cause de lui, mais à cause des citoyens. Sydia Touré veut prendre les devants, si ce n’est une simple annonce copiée d’Alpha

Condé : « Dès l’ouverture de la cession des lois, je ferai en sorte qu’il y ait une résolution sur les questions de sécurité en Guinée ». Ce qui est évident, Députés, vous devez montrer vos dents pour tenter de sauver vos mandants. On n’a compris que la crise politique ne trouvera jamais de solution au Parlement, mais de grâce, la sécurité des citoyens doit être garantie.

Crise politique : le Parlement, curieusement aphone !

La crise politique perdure et se corse. Les opposants et le pouvoir en place ne parviennent point à s’accorder sur l’essentiel. Sans battre le pavé. C’est souvent à l’issue d’âpres marches souvent réprimées dans le sang que le pouvoir cède. Curieusement, le Parlement reste aphone. Pourtant, il n y a nulle part où soumettre des propositions de lois si ce n’est dans ce temple des députés.

L’opposition républicaine a compris à ses dépens que ce Parlement-là ne saurait trouver la solution à la crise. Cette Ceni qui divise est régit par des lois. Or ces lois ne semblent point refléter les réalités du moment. De l’avis d’Aboubacar Sylla, porte-parole de l’opposition républicaine, « On a voulu passer par le parlement parce que cette loi est une loi organique qu’il faudrait voter au niveau de l’assemblée. Nous avons demandé à ce qu’une session extraordinaire du parlement, depuis le mois d’août, la session a été refusée. Cette session devrait se consacrer exclusivement à la loi sur la CENI, au code électoral et au règlement intérieur de l’assemblée nationale qui est aujourd’hui vieux de vingt-quatre ans depuis qu’elle a été adoptée. Nous n’avons pas obtenu cette session extraordinaire. »

L’opposition ne s’est pas limité en si bon chemin. Elle a en effet demandé lors de la session de la session budgétaire que celle-ci soit rallongée de quelques jours pour que des questions cruciales qui minent le climat politique soient discutées à l’Assemblée, parce que la loi permet d’avoir une session de quatre-vingt-dix jours au lieu des soixante jours qui avaient été consacrés à la session budgétaire. Mais, regrette Aboubacar Sylla, « on s’est heurtés à un fait de non-recevoir de la part de la mouvance présidentielle. Ils veulent que le statu quo soit conservé. Car ce statu quo leur permet de poser des actes qui vont aller vers une fraude généralisée pour leur permettre d’avoir de façon indue une majorité aux élections communales et à l’élection présidentielle à venir. » Ce Parlement-là est aussi est favorable à l’escalade de la violence. Du moins, c’est ce qu’elle laisse voir.

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

Grève générale en Guinée : le peuple, dos au mur ! (par Bah Oury)

Les principales centrales syndicales du pays dont la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG) et l’Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG) ont lancé les 05 et 06 janvier 2015, sur l’ensemble du territoire national une grève générale. Leurs revendications s’articulent autour de la mise en application effective des statuts  particuliers des agents de l’Éducation Nationale et de la Santé , l’adoption d’une nouvelle grille salariale qui devra définir  le salaire indiciaire de base avec une augmentation de 150 % ramenée par la suite à 50 % , la résolution des crises qui perdurent à l’usine de Fria où les travailleurs sont réduits à la mendicité  et au Port Autonome de Conakry où la position monopolistique du Groupe Bolloré se traduit par des pertes d’emplois. La baisse du prix du litre du carburant à la pompe, au regard de la chute du prix du baril sur le marché international est un autre point d’achoppement entre les syndicats et le gouvernement guinéen. Le soir du mardi 06 janvier, la grevé générale est suspendue avec une augmentation annoncée de 40 %. Cette suspension inattendue de la grevé ne résout nullement la crise sociale et ne fait que de retarder une future déflagration de plus vaste ampleur.

Les racines d’une décennie de crise sociale

La grève générale du mouvement social en ce début d’année est l’aboutissement d’un  processus qui a débuté en 2012. Toutefois ses racines remontent au début des années 2000 qui ont été marquées par des allers-retours imprévisibles dans la gestion économique et financière par les gouvernements successifs du Général Lansana CONTE. Durant cette période, profitant de la maladie du Chef de l’État, son entourage ne cherchait qu’à siphonner les ressources publiques. Cette frénésie d’enrichissement illicite, était incompatible avec une sérieuse définition des objectifs macro-économiques à atteindre. Ceci explique la longue attente de la Guinée pour  l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative des pays pauvres très endettés. Une gouvernance prédatrice, en dépit des multiples privations imposées à la population n’était pas en mesure de conforter les partenaires financiers de Brettons Woods. Étranglée par le poids de la dette et ses faibles capacités financières, la Guinée n’a pas pu appliquer par conséquent,  les accords de 2006 ,2007 et  2008 entre les centrales syndicales, les patronats et le gouvernement  portant sur les statuts particuliers et les réformes structurelles.

La longue marche du combat syndical

Alpha CONDE au pouvoir, montra très tôt une hostilité manifeste contre les syndicats en cherchant à les intimider et à les diviser. C’est à ce moment que le secrétaire général de la CNTG, Amadou DIALLO échappa de peu à une tentative d’assassinat. Par la suite, pour gagner la pause sociale, Alpha CONDE caressa au ras du poil l’opinion en promettant  monts et merveilles «  patientez-vous !bientôt avec  l’atteinte du point d’achèvement de l’IPPTE, chacun de vous  aura de jolis boubous !! ». C’est dans la foulée de l’atteinte du point d’achèvement  le 25 septembre 2012, que le gouvernement accorda une augmentation salariale de 50 % échelonnée comme suit ,10 % au 01 octobre 2012, 15 % au 01 janvier 2013 et 25 % au 31 décembre 2013. Les syndicats quant eux réclamèrent  200 % d’augmentation des salaires indiciaires des agents de la fonction publique.

Ce n’est qu’en avril  2014 que les principales centrales syndicales déposèrent un préavis de grevé générale. Pour stopper la grogne, un protocole d’accord fut signé  le 29 avril 2014. Le gouvernement s’engage à prendre en charge financièrement et administrativement au 31 mai  2014 le statut particulier des agents de la santé qui a été adopté depuis le 17 septembre 2008. Une commission technique est mise en place pour élaborer une nouvelle grille salariale qui devra être appliquée à compter du 01 janvier 2015. Les autorités s’engagent aussi à faire respecter les dispositions de l’accord  de Paris sur le règlement des salaires des travailleurs de l’usine de Fria. Les travailleurs de la SOTELGUI devront aussi être désintéressés conformément à la loi au plus tard le 30 juin 2014.  Contre toute attente aucun des points signés par  le gouvernement n’a été honoré.

Par contre la menace de l’Association  des Magistrats de Guinée de débrayer à partir du 08 décembre 2014 pour exiger l’application du statut particulier des magistrats a été très rapidement prise au sérieux. Ainsi à compter de juillet 2014 le salaire des magistrats oscille entre 8 et 20 millions de francs guinéens par mois. Cette politique de   deux poids et de  deux mesures d’une part et le sentiment d’avoir été roulés dans la farine par les autorités guinéennes d’autre part sont parmi les raisons qui expliquent le courroux des travailleurs grévistes.

Dans un communiqué lu au soir du  lundi 05 janvier sur les ondes de la RTG, le gouvernement déclare ne pas pouvoir satisfaire les revendications des travailleurs arguant que l’économie est en récession à cause de la fièvre Ebola et que les partenaires extérieurs ne pourront pas accompagner la Guinée dans ce sens. L’argumentaire de la fièvre Ebola pour justifier l’immobilisme gouvernemental est devenu récurrent. Cette posture   est elle crédible et de bonne foi au regard des principales revendications ?

La mal-gouvernance frein structurel aux réformes sociales

L’adoption des statuts particuliers de l’Éducation et de la Santé est un acquis des mouvements sociaux de 2006 et de 2007 qui avaient enregistré  des centaines de  tués notamment  le 22 janvier 2007. Pour le chantre du changement tel qu’il s’est présenté, M. Alpha CONDE , n’a jamais daigné magnifier cette importante épisode de l’histoire nationale . La persistance de la fièvre Ebola en Guinée loin d’être un handicap pour l’adoption des mesures sociales est un argument de poids pour les agents de la Santé pour réclamer l’effectivité de leur statut. Plusieurs dizaines de médecins et d’infirmiers sont  morts de cette dangereuse épidémie. Aussi, il est une obligation morale et une exigence politique de conforter les milieux sanitaires du pays et rompre avec l’abandon de ce secteur vital. En effet, les budgets successifs  ne lui accordent qu’à peine 3 % des dépenses totales de l’État alors que la recommandation de la CEDEAO fixe ce part à 15 %. Dans le même ordre, l’Éducation Nationale n’est pas mieux lotie. Les allocations budgétaires qui lui sont allouées sont de l’ordre de 10 % des dépenses du budget, alors qu’elles sont de 25 %  pour l’ensemble des pays de la CEDEAO. Le Sénégal de son côté consacre prés de 40 % de son budget à la formation de ses enfants. En déclarant son impuissance, le gouvernement guinéen confirme ainsi son échec dans la gestion des finances publiques du pays. En effet les retombées de l’annulation de la dette à hauteur de 2 milliards de dollars US de l’Initiative PPTE sont jusqu’à présent sans aucun impact positif. Alors qu’il en est autrement pour tous les autres  pays qui ont bénéficié de ce programme. Ces pays ont également enregistré des rebonds conséquents de leur croissance économique et une amélioration perceptible des conditions de vie de leurs populations. En Guinée, rien de tout cela ! La raison est simple. Du fait de la crise politique larvée et des manifestations pacifiques de l’opposition qui furent noyées dans le sang tout au long des années 2012 et 2013, la situation économique se dégrada davantage. Le budget de 2013  enregistra conséquemment  un manque de recettes de l’ordre de 1400 milliards de GNF soit l’équivalent de  3,2 % du PIB. Ces tensions endogènes que le gouvernement s’était rendu responsable en refusant d’organiser les élections législatives dans un cadre apaisé et consensuel avaient ruiné les chances de la Guinée de tirer profit de l’annulation de la dette par la réaffectation de ressources additionnelles pour les services sociaux de base. Ainsi la vision bassement politicienne   des dirigeants actuels du pays est l’explication irréfutable de ce vaste et profond  gâchis social.

De faux alibis pour ne rien faire

Le gouvernement invoque aussi à tort les partenaires multilatéraux pour refuser une augmentation substantielle des salaires des agents de la fonction publique .En effet le ratio des salaires par rapport aux recettes fiscales ne doivent pas excéder 35 % selon les  experts des finances publiques. Cette logique induit nécessairement l’augmentation et la sécurisation des recettes fiscales guinéennes comme un préalable, car la masse salariale totale est à 31 % des recettes fiscales. En dépit de l’insistance du FMI et de la Banque Mondiale pour une réforme de la gestion des finances publiques à travers  le recouvrement des recettes fiscales et le contrôle de la chaîne des dépenses, les autorités traînent le pas pour une raison évidente, à savoir « la chèvre broute là où elle est attachée ». Au fil des ans, l’administration financière du pays est devenue une pieuvre avec des multiples tentacules qui plombe toute possibilité de réformes structurelles profondes et orientées vers des politiques de transparence et d’équité. La mise en place avec beaucoup de fanfaronnade de la « caisse unique » s’est révélée à l’aune de la durée comme  une vaste escroquerie au service exclusif des tenants du pouvoir.

En dépit des contraintes financières proclamées, il est difficilement compréhensible que le gouvernement guinéen refuse les 26 millions d’euros de l’UE (250 milliards de GNF) alloués pour le financement des élections présidentielles, en clamant que c’est un acte souverain de financer ses propres élections. En prenant à la lettre les propos de M.Alpha CONDE, celui ci  montre que son gouvernement dispose de moyens pour financer à hauteur de 500 milliards de GNF sa « réélection », mais qu’il ne dispose  selon lui d’aucune marge de manœuvre pour payer un salaire décent aux agents de la fonction publique.

De même l’examen de la partie dépense du budget fait ressortir les priorités de la gouvernance d’Alpha CONDE. En 2014, la présidence s’est adjugé plus de 3 % du budget soit plus d’un milliard de franc guinéen par jour. Les ministères de la défense, de la sécurité et de l’administration du territoire se partagent prés 20 % des dépenses totales. Cet aperçu invalide totalement les déclarations gouvernementales et pointe du doigt les vraies priorités de sa gouvernance  à savoir se maintenir au pouvoir en renforçant son dispositif sécuritaire et administratif en étouffant les libertés et les droits des citoyens. La justice sociale, l’équité, la réduction de la pauvreté et la riposte contre Ebola ne sont alors dans le discours officiel que vœux pieux.

Bradages du patrimoine national et destruction des outils de travail

Les syndicats ont à juste titre pris mis en exergue, la défense catégorielle des travailleurs qui se sont retrouvés dans la précarité comme ceux de l’usine d’alumine de Fria ,de la SOTELGUI, d’Enco5 et du  Port Autonome de Conakry. Chacun de ses dossiers pris séparément, recouvre un scandale contre les intérêts de la Guinée.

Ainsi il n’est pas admissible de constater que la Guinée a été condamnée par la Chambre arbitrale de Paris de payer à Russal 250 mille euros. Cette condamnation surprise laisse un goût amer pour tous ceux qui se sont mobilisés pendant des années pour sauver l’usine Péchiney d’alumine de Fria. Ceci est d’autant plus étonnant que le rapport du Cabinet Alex Stewart International commandité par l’État guinéen en 2009 stipulait que «  la Guinée est habilitée à demander des dommages et intérêts d’un montant allant de 950 millions à 1 milliard de dollars US à Russal ». Les conditions opaques de la prise de possession en 2004 de l’usine  le minier russe sont les sources de la controverse  et des conflits d’aujourd’hui.   Les rancœurs sont d’autant plus vives que l’une des exigences de Russal portant sur la concession sur la bauxite de  Dian-Dian a été acceptée par les autorités guinéennes, en contrepartie du redémarrage et de l’extension des capacités de production de l’unique usine d’Alumine en Afrique Occidentale. Jusqu’à présent Russal n’a pas honoré ses engagements contractuels. L’usine  aux arrêts depuis avril 2012, se détériore, et à vue d’œil, la ville de Fria se meurt dans l’indifférence  générale. Les mauvaises langues racontent que les comptes bancaires à l’étranger de M. Mohamed CONDE fils de M. Alpha CONDE ont  été grassement approvisionnés en échange d’une gestion complaisante du  dossier.

En relation à la gestion du Port Autonome de Conakry, notre pays a été condamné à payer 38 millions d’euros à Getma International. Ce contentieux est né lorsque  la société Getma International, concessionnaire  légal du  terminal à conteneurs de Conakry a été  manu-militari vidé du Port pour faire place au Groupe BOLLORE dés les premiers jours d’Alpha CONDE au pouvoir. A ce contentieux juridique et financier s’est greffée actuellement une main mise totale des installations portuaires par les amis du Président. Avec la bénédiction très intéressée de la présidence guinéenne, d’avenant à avenant, tout le port de Conakry est sous leur tutelle. Ce monopole de fait élimine des entreprises portuaires et des sociétés de transit avec son corollaire social  de pertes d’emplois. Des centaines de travailleurs se retrouvent ainsi  du jour au lendemain dans le chômage et sans aucune possibilité de retrouver du travail. Ces conflits illustrent la boulimie avec laquelle la gouvernance d’Alpha CONDE s’approprie à sa guise le patrimoine national  pour« rendre service  aux amis».

Un prix du carburant  hors-norme

Dans le rapport 14/244  du Fonds Monétaire International publié en novembre dernier, il y est écrit : « Les autorités ont instauré un nouveau mécanisme d’ajustement automatique des prix à la pompe. Elles ont procédé en février 2014 à une augmentation de 500 FG sur le litre de carburant. Selon elles, l’évolution du coût des importations a appelé d’autres augmentations des prix, en application du mécanisme au cours des mois suivants. Celles-ci n’ont cependant pas été pratiquées, ce qui a entraîné de nouvelles pertes de recettes. Ainsi il était  prévu de modifier le mécanisme en juillet dernier pour éviter de devoir procéder fréquemment à de faibles ajustements. »  Tout ceci peut paraître compliqué pour le profane. Soyons clair ! La variable qui permet de fixer le prix du carburant à la pompe est la parité du dollar US par rapport au franc guinéen qui en principe dépend de la fluctuation de l’offre et de la demande en devises sur le marché local pour le règlement des importations. Or l’offre en devises en Guinée est actuellement suffisante puisque les réserves internationales représentent 3,9 mois d’importations pour un  objectif fixé  de 2,9 mois d’importations. Ce qui paraît paradoxal, le franc guinéen ne s’est jamais réapprécié  par rapport au dollar pour faire baisser en conséquence le coût du carburant pour les ménages guinéens. La politique de change des autorités est par conséquent inexplicable, car les mécanismes du marché de change  sont totalement bridés. La parité du franc guinéen par rapport aux principales devises est une parité « administrée » à la hausse (1 dollar vaut 7500 GNF et 1 euro 9500 GNF). La chère du dollar entraîne ipso-facto celle du carburant sur le marché local. Les thuriféraires du pouvoir vont arguer que la BCRG n’a que les devises de ses clients et ne peut donc pas influer sur les cours. Dans ce cas, on pourrait légitiment se poser la question où est passé le don d’Abu Dhabi de 90 millions de dollars us. Cette illustration suffit pour montrer le peu de volonté des autorités guinéennes de  prendre en compte les intérêts de la population et de l’économie nationale même si techniquement des facteurs favorables existent.

Aux lendemains des mouvements sociaux de 2007 et de la nomination de M. Lansana KOUYATE comme Premier Ministre de consensus, mécaniquement  le franc guinéen s’était apprécié de prés de 50 % par rapport aux principales devises. Les agents économiques avaient ainsi accordé par anticipation leur confiance à la nouvelle équipe gouvernementale et salué leur croyance  en sa capacité de réformer en profondeur le pays .  Cela s’est traduit par une augmentation substantielle du pouvoir d’achat de la population. Hélas, cet élan vertueux n’avait pas duré pour de multiples raisons que je ne développerai pas ici. Par contre  aucune dynamique vertueuse analogue n’a été constatée avec l’arrivée au pouvoir d’Alpha CONDE, malgré l’annulation de la dette guinéenne par les institutions de Bretton Woods , la collecte de plus d’un milliard de dollars US auprès des géants miniers comme Rio -Tinto  et l’offre satisfaisante de devises sur le marché depuis 2011.

En guise de conclusion

Il est évident que des pistes existent pour répondre de manière profonde et durable aux revendications des travailleurs de Guinée, mais jusqu’à preuve du contraire aucune bonne volonté n’est perceptible du côté d’Alpha CONDE. Par conséquent les forces vives nationales n’ont d’autre alternative que de repenser leurs stratégies respectives.

Le mouvement syndical malgré la puissance de ses capacités de mobilisation n’est pas encore parvenu à aller au delà des revendications essentiellement salariales. Le maintien et la sauvegarde des outils de travail, les politiques économiques et sociales du gouvernement et l’environnement global du pays sont « pudiquement » délaissés sous prétexte que « les syndicats ne font pas de politique ».  Cette erreur d’appréciation est l’une des raisons qui expliquent que les bouleversements sociaux de 2007 et 2007 n’ont pas apporté des solutions durables. Dans un contexte d’une mauvaise gouvernance endémique , il n’est pas permis de fermer les yeux sur l’indispensable nécessité de prendre totalement en charge les intérêts des travailleurs qui se confondent aux intérêts bien compris de toute la Guinée. A la lumière des échecs du passé, une remise en cause responsable permettra de préparer les succès de demain.

Les politiques quant eux doivent abandonner la posture « en dehors des élections, il n’existe rien d’autre ». Pour sauver le pays de l’implosion, il faut prendre en compte les fondamentaux de toute politique à savoir  «  tout ce qui est profondément humain nous intéresse ». De ce fait l’élargissement de la plate-forme de l’opposition démocratique pour intégrer les revendications du mouvement social , l’angoisse des jeunes devant l’impasse qui leur est présentée aujourd’hui et le désespoir de tout un peuple qui se débat pour survivre, est impérieux et urgent. Déserter ce chemin amènera fatalement une frange de la jeunesse à rechercher des illusions de solutions dans la religion ou encore le crime organisé. Des pays autour de nous en sont actuellement victimes.

Le dépassement de la  situation actuelle exige une offre politique pragmatique, innovante et courageuse. C’est, ce qui nous intéresse pour sauver notre pays d’un désastre complet. Les deux  journées de grevé générale sont comme l’hirondelle qui annonce le printemps. Une nouvelle aube pointe à l’horizon, parce que nous avons foi en la combativité et la détermination des jeunes de Guinée. Comme ceux du Burkina en octobre dernier, ils  prendront sous peu leur destin entre leurs mains.

BAH Oury

Ancien Ministre de la Réconciliation Nationale

1er Vice-Président de l’UFDG

NB : la fonction publique compte environ 100 000 agents

  • Le salaire moyen mensuel n’excède pas cent dollars US
  • le litre de carburant à la pompe 1,3 dollar us soit 1 euro pour 10 mille francs guinéens
  • le salaire moyen permet d’acquérir 3 sacs de riz ( 1 sac pèse 50kg)
  • la taille moyenne d’une famille guinéenne est de 8 à 10 personnes dont plusieurs enfants