Guinée : grande interview de Sadio Barry dans le journal Sanakou
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- Mis à jour le lundi 31 octobre 2016 22:42
- Publié le lundi 31 octobre 2016 22:42
- Écrit par Idrissa Sampiring DIALLO
Guinée : grande interview de Sadio Barry dans le journal Sanakou
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| A. Sadio Barry |
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| L'alternative crédible |
2016-10-31 19:44:36
Dans son N°062 de ce 31 octobre 2016, le Magazine d’informations de proximité de la Moyenne Guinée, Sanakou, a publié la grande et importante interview qu’elle a réalisée avec Sadio Barry, le Président du parti Bloc Pour l’Alternance en Guinée (BAG), afin de connaître son opinion sur des questions brûlantes du pays et l’accord inter-guinéen du 12 octobre 2016. Ci-dessous, l’intégralité de l’entrevue :
1) - Bonjour M. Sadio Barry ! Voulez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
• Je m’appelle Abdoulaye Sadio Barry. Je suis né à Siguiri de père et de mère guinéens, eux-mêmes tous deux de père et mère guinéens et j’ai grandi à Kankan. Je suis marié à une femme guinéenne et père de 3 enfants.
• J’ai fait l’école primaire et le collège à Kankan, le lycée à Fria et l’université à Conakry (Electromécanique).
• Membre du Comité de Coordination des étudiants (CC) de 1991-1992
• Membre du Conseil des Œuvres Universitaires de Conakry (1991-1992)
• Ancien responsable du grand mouvement des étudiants de Guinée (1991-1992),
• Diplômé d’Informatique, fondateur du site www.guineepresse.info,
• Vice-président du Conseil d’Intégration de Aachen en Allemagne, regroupant les partis politiques allemands, les organisations de la société civile et l’administration (2010),
• Président du Conseil d’Intégration de Aachen en Allemagne (2010-2014),
• Délégué de Aachen à la Commission Nationale d’Intégration de l’Etat NRW (Rhénanie-Du-Nord-Westphalie), l’Etat le plus peuplé de la Fédération Allemande avec 18 millions d’habitants,
• 14.06.2015 – 04.09.2015 : Secrétaire Général du Bureau Exécutif National du parti UFD (Nous avons démissionné de ce parti en bloc quand son président a voulu rejoindre Alpha Condé).
2)- Monsieur Barry, après avoir essayé beaucoup d'alliances, vous avez décidé finalement de lancer votre propre parti. Quels sont vos atouts pour réussir là où vos aînés ont échoué ?
Notre premier atout est d’abord la Crédibilité.
La jeunesse, des sages et intellectuels jamais compromis en Guinée et les Guinéens de la diaspora constituent les supports-clés et fondateurs du parti. Et un parti supporté par la diaspora est nécessairement innovateur et plus démocratique en Afrique, tout en jouissant d’une meilleure crédibilité auprès des populations et ayant une vue multi-perspective (intérieur et extérieur).
Tous les anciens Ministres de Conté ont échoué face à leur adversaire voire ennemi commun Alpha Condé venu de l’extérieur, parce qu’ils ne s’aiment pas entre eux et ne se font pas confiance.
Le candidat de l’UFDG a échoué en 2010 parce que d’un côté, ses amis d’enfance, tous ses collègues de travail et leaders politiques n’ont pas eu confiance en lui et se sont ralliés à Alpha Condé contre lui, et de l’autre, il n’a pas écouté les conseils et avertissements qui lui ont été donnés même par les autorités françaises qui le soutenaient à l’époque, ce que beaucoup ne savent pas en Guinée. Ce n’est pas la France qui a mis Alpha au pouvoir en Guinée comme certains le pensent, mais c’est bien Cellou Dalein qui a été lui-même le principal artisan de tous ses échecs politiques en Guinée.
Politiquement, Cellou Dalein n’a aucune compétence. Il ne fait que jouir de la frustration et de la mobilisation de la communauté peule de Guinée. Et même ça, il ne sait malheureusement pas comment le capitaliser. Soyez-en certain, si les Guinéens me mettent à la place de Cellou Dalein Diallo aux prochaines législatives, il n’y a aucun doute que je serai à la place d’Alpha Condé à la prochaine présidentielle.
Ceux qui en ont marre du statuquo actuel et de la mauvaise gouvernance, ceux qui se soucient de l’avenir du pays et qui aspirent à un véritable changement démocratique, qu’ils soient du RPG ou de l’UFDG, ils doivent simplement voter le BAG aux prochaines législatives.
Notre deuxième atout est notre force et l’espoir que nous apportons enfin par :
- Des jeunes et des femmes dynamiques et engagés, mus par des idéaux et principes
- La volonté de changement du côté population
- La perte de crédibilité de la vieille ou actuelle classe politique dans son ensemble.
- La transversalité de notre équipe politique (parti alternatif national).
- Le fait d’être nouveau dans l’arène politique, justifié par l’échec des anciens partis tant sur le plan social que politique.
Enfin, un troisième atout réside dans mes liens sociaux et mon passé.
La principale conséquence de la gestion actuelle du pays est l’ancrage et le refuge ethnique de la population et il est très important d’en tenir compte. Malheureusement, les conditions de vie actuelles de cette population qui ne cessent de se détériorer, les frustrations qui ne font que s’accumuler, indépendamment de l’appartenance politique ou ethnique, au lieu d’unir et réunir les gens, sont entrain plutôt de renforcer cet ancrage, seul possible refuge ou recours pour la survie. Chacun regarde l’autre en chien de faïence et, connaissant ou ayant appris à tort ou à raison le mal que lui et les siens ont infligé ou pensent avoir infligé aux autres, redoute et est effrayé et terrorisé à la simple idée de leur colère et désir de vengeance et refuse d’accepter l’alternance.
Moi je suis de la Haute Guinée, appartenant aux deux villes les plus importantes, stratégiques voire problématiques de la région malinké (né à Siguiri et grandi à Kankan).
A Fria en Basse Côte, ma famille adoptive où je fis mes études secondaires jusqu’à l’université est soussou. C’est une grande famille notable de Boffa.
Je fais partie des responsables des mouvements de jeunes et étudiants des années 90 auxquels on doit le multipartisme et le processus démocratique en cours en Guinée. Je fus un des proches compagnons d’Alpha Condé dans la fondation et l’implantation du RPG en Guinée. C’est en signe de protestation contre les dérives et pratiques ethniques de la direction nationale du RPG que j’ai quitté le mouvement politique d’Alpha Condé en aout 1991.
En 2015, j’étais la deuxième personnalité du parti UFD (Secrétaire Général du BE). Dès que nous avions soupçonné les velléités du Président de ce parti de rallier le pouvoir, nous avions alors démissionné en bloc avec plus de la moitié du bureau exécutif du parti derrière moi. C’est cette équipe, jouissant d’une grande crédibilité politique et d’estime auprès des jeunes et, aujourd’hui, dans les milieux guinéens, qui a décidé de fonder son propre parti afin d’accomplir la mission politique qu’elle s’est assignée en Guinée.
3)- Pouvez-vous nous parler du choix du nom et du logo du parti ?
L’emblème du B.A.G est l’Aigle brun avec en fond le Soleil (Article 5 des Statuts).
Le soleil, symbole de pouvoir, par sa lumière éclaire et voit tout. Nous avons choisi le lever du soleil qui symbolise la renaissance et la régénération. L’aigle, quand à lui, est symbole de majesté, de courage et de vision. L'aigle est souverain, il est puissant, il est rapide et voit très loin, il possède de grandes serres et des pattes puissantes pour saisir ses proies. Il ne perd jamais ce qu’il a gagné. Il ne fait pas que voler, mais il peut s’élever très haut. Intelligent et courageux, il affronte les obstacles, il sait saisir des opportunités et convertir une situation défavorable à son avantage. C’est ainsi que l’aigle vole à travers la tempête. Le seul animal, le seul être vivant qui ose chasser dans la tempête.
Fidèle à ses amitiés et à ses convictions, l’aigle s’en fout de rester seul, tant qu’il ne trouve pas le bon partenaire. Il se marie une fois et pour la vie. Il ne se lance pas dans une aventure juste parce qu’il a vu les autres le faire. Quand il vise un objectif, il reste fidèle à ses engagements.
Nous avons été séduits par ce que cet oiseau représente : les idées de beauté, de fidélité, de rapidité, d’audace, de détermination, de force et de prestige.
Autre raison pratique du choix de l’aigle dans la symbolisation du parti B.A.G (Bloc pour l’Alternance en Guinée):
Le parti au pouvoir (RPG) a inconsciemment choisi le coq, c'est-à-dire le poulet comme symbole. Cela lui va vraiment à merveille ! Parce qu’au fait, le poulet et le corbeau symbolisent la paresse et la saleté. Quoi de mieux qu’un aigle pour chasser les poulets qui souillent actuellement notre pays ? Notez bien qu’il ne s’agit pas ici du petit épervier qui attrape les poussins, mais bien de l’aigle qui prend les coqs, les poules et même les renards. Car, c’est le coq lui-même et son fauteuil qui nous intéresse en Guinée, pas les poussins que nous allons convertir après.
Comme notre emblème, le B.A.G veut symboliser la clairvoyance, l’audace, la force, l’espoir pour l’alternance, qui permettra enfin à la Guinée de prendre son envol et de la hauteur vers la lumière, la renaissance, la régénération. Nous voulons rendre à la Guinée sa souveraineté, sa dignité, sa grandeur, sa fierté et son prestige perdus.
4- Comment appréciez-vous les accords issus du récent dialogue politique inter guinéens?
Décevant, car mauvais et même dangereux pour la démocratie en Guinée !
Les anciens ministres leaders n’ont pas la maitrise des choses et ne sont pas à la hauteur de leurs titres. Même quand on a jamais participé à une grève ou dirigé un mouvement de revendication avant d’être leader politique, on doit être capable de tirer des leçons du passé, de par simplement le bon sens. Mais malheureusement, l’opposition guinéenne, sous la direction du président de l’UFDG, répète de façon systématique, périodique et aux mêmes occasions, les mêmes fautes et erreurs! Cet accord n’est pas seulement un échec comme les précédents, c’est un coup de poignard contre le peuple et la démocratie en Guinée.
5)- Concrètement, qu'est-ce qui sent mauvais dans ces accords?
Premier constat : la baisse des prix que l’opposition avait promise en appelant à manifester en aout et en s’engageant dans le dialogue a été oubliée. L’opposition n’a non seulement rien obtenu sur les 5 points qu’elle a présentés, pire encore, dans sa volonté de prouver sa bonne foi de vouloir collaborer avec le pouvoir, elle lui a fait des concessions dangereuses en acceptant la suppression du droit de vote des citoyens dans les quartiers et districts. Un droit pourtant prescrit par la Constitution.
Quand on veut agir en homme politique, il faut mesurer les conséquences avant de poser certains actes. Par cet accord, l’opposition dirigée par Cellou Dalein Diallo encourage et entérine le principe de la violation de la loi et de la modification de la Constitution en Guinée pour satisfaire ses intérêts personnels et égoïstes. Si Alpha Condé tente à son tour de modifier la Constitution pour une raison quelconque, ils ne seront plus crédibles pour le dénoncer ou être entendus par la communauté internationale.
Ils ont poussé la bêtise jusqu’à écrire : « 7. Les parties au Dialogue observent que l’état actuel du fichier électoral permet son utilisation sans trop d’incidences pour les prochaines élections locales ».
Comment le Président de l’UFDG peut oublier dans quelles conditions ce fichier a été constitué et surtout que beaucoup de ses militants et sympathisants ont perdu la vie ou leurs biens en contestant ce fichier sur son appel ?!
L’accord stipule au point 8 que: « Les parties au Dialogue s’accordent pour les élections nationales à venir, sur le recrutement par la CENI, sur la base d’un Appel d’Offres International, d’un Cabinet pour réaliser un Audit complet du Fichier Electoral, afin de formuler des recommandations permettant d’assainir davantage le Fichier et le rendre plus performant et consensuel ».
Ainsi, c’est la CENI actuelle que l’opposition avait déjà récusée, source de tous les problèmes et de la corruption du fichier qui est encore chargée d’en faire la correction après avoir organisé son audit !!! Pire encore, c’est elle-même qui doit recruter le cabinet auditeur. Manifestement, la coalition dirigée par le leader de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo, n’a tiré aucune leçon du passé et de l'affaire GEMALTO, l'opérateur électoral à la présidentielle de 2015.
Coté Justice et dédommagement, les victimes depuis fin 2013 jusqu'à nos jours ne sont malheureusement pas prises en compte! Les cadres et militants de l’UFDG de Conakry, Labé, Banankoro et de Boké ainsi que les commerçants de Madina ont donc tous été sacrifiés à l’hôtel du partenariat que Cellou Dalein souhaite avoir avec Alpha Condé. Ils apprécieront !
6)- Qu'est-ce que vous préconisez pour infléchir la tendance en faveur du renforcement de la démocratie à la base?
Que le peuple se lève pour défendre ses droits, sanctionner ceux qui trahissent et nous aide à faire émerger un leadership nouveau et crédible ! Le pouvoir et son nouveau partenaire UFDG ont décidé de supprimer les élections à la base, dans les quartiers et districts afin de se partager ces postes par simple nomination après les élections communales. Alors que la loi et la Constitution interdisent aux partis politiques la participation aux élections communautaires.
En effet, la Constitution guinéenne en vigueur, stipule à son article 136 alinéa 2, que : « Les Collectivités Locales s'administrent librement par des Conseils élus, sous le contrôle d'un délégué de l'Etat qui a la charge des intérêts nationaux et du respect des lois »
Et le code électoral, à son article 109 alinéa 2 stipule que : « Aucun candidat ou liste de candidat, ne doit faire campagne sous le couvert d’un parti politique ou de toute autre organisation gouvernementale ou non gouvernementale (ONG) ».
Il s'agit là d'une garantie constitutionnelle de la démocratie à la base que le RPG et l’UFDG veulent démanteler à leur profit en violation flagrante de la Constitution ! Nous devons l’empêcher par tous les moyens.
Cet accord apporte les preuves que parmi les partis et leaders que les Guinéens ont jusque-là soutenus, parfois au prix de leur vie, beaucoup ont échangé volontiers l'honneur contre les honneurs et l’intérêt personnel. Ceux qui parlent et décident en notre nom n’ont pas tenu leurs parole, ils n’ont pas respecté leurs engagements. Alors si nous voulons nous en sortir en Guinée, nous devons comprendre, comme l’a dit Albert Einstein, que : « Ce n’est pas avec ceux qui ont créé les problèmes qu’il faut espérer les résoudre ».
Ou encore, comme l’a dit Mhairi McFarlane : « Ne rien faire, et rien ne se passe. La vie ne se passe pas comme ça. Elle est faite de décisions. Vous faites des choix ou on les fait pour vous, mais vous ne pouvez pas les éviter »
Et enfin, comme le dit Diana Ross : « Vous ne pouvez vous asseoir et attendre que des gens réalisent pour vous votre rêve. »
Pour Alpha Condé, il n’y a que deux choses normales en politique : la conquête du pouvoir et la conservation du pouvoir. Et pour les anciens ministres leaders politiques, la politique n’est autre qu’un moyen de participer au partage du gâteau, de garder et préserver des privilèges, d’échapper à la justice et de jouir impunément des biens mal acquis.
Les pertes et douleurs que nous allons subir en nous dressant dès maintenant pour le respect et l’application stricte de la Constitution et des lois du pays, pour la justice et le traitement égal des Guinéennes et Guinéens, pour un fichier correct avant l’organisation de toute élection en Guinée, sont incomparables a celles que nous subirons après en allant aux élections avec ce fichier et cette CENI.
En réalité, les anciens ministres leaders de l’opposition guinéenne sont toujours en retard et surtout allergiques à la démocratie. Ils sont lents à comprendre les choses et sont incapables de réagir de manière adéquate et judicieuse quand enfin ils les comprennent. Ils ne font que constater des faits accomplis, se lamenter et verser des larmes de crocodiles.
Jusqu’à quand leur permettrons-nous de commettre impunément ces erreurs? Elles sont trop nombreuses et nous n’en avons déjà que trop souffert ! Que de malheurs et de pertes à cause de leurs faux pas, de leurs hésitations, de leur incompétence et de leur trahison !
Comme le dit une sagesse européenne, agissons pour chasser le renard et nous mettre à l’abri de ses soucis. Si le renard t’échappe, tu n’y verras que de la poussière.
7)- Dans l’accord, il est également question de reformer la CENI et la remplacer par un organe plutôt technique. Votre position sur cette question ?
La reforme de la CENI est un point qui relevait déjà des accords passés depuis 2014. Ce n’est donc pas un acquis de ce nouvel accord.
Je suis pour le retrait total et définitif des soi-disant membres de la société civile des affaires et institutions politiques du pays. On leur a accordé l’honneur et le privilège de diriger des institutions sensibles comme la CENI pour garantir la neutralité de ces institutions et le succès du processus démocratique. Fort malheureusement, ils ont toujours trahi et se vendent au plus offrant. Ils font leur carrière, non plus sur la base de leurs CVs, mais plutôt dans la traitrise et sur le dos du peuple. Tous ceux d’entre eux qui ont été mis à l’épreuve ont prouvé qu’ils sont opportunistes, corrompus et incompétents.
Il faut désormais clarifier les choses en Guinée : on a des fonctionnaires ou agents de l’Etat, des partis politiques ainsi que des entreprises ou ONG (organisations non gouvernementales). Que chacun reste à la place qu’il a librement choisie et assume pleinement son choix ! Les partis politiques ne doivent plus accepter qu’une soi-disant société civile soit associée à des négociations politiques, de même que les partis ne doivent pas décider pour les organisations apolitiques. Personne n’est et ne pourra être neutre aujourd’hui en Guinée et ceux qui sont portés par l’intérêt personnel sont les plus nombreux.
8)- Votre point de vue sur le statut du chef de file de l’opposition qui va jouir désormais des avantages en Guinée en tant qu’institution ?
C’est la pire des aberrations politiques que nous vivons en Guinée. Dans le pluralisme politique, il est aberrant et absurde de nommer le leader d’un parti, chef et porte-parole de tous les partis de l’opposition. Chacun est chef de son parti et défend ses intérêts qui peuvent être opposés à ceux des autres. La situation actuelle où d’un côté le leader de l’UFDG et chef de file de l’opposition, Cellou Dalein Diallo, se propose d’être le meilleur partenaire du Président Alpha Condé, selon ses propres termes, et de l’autre la contestation des accords politiques qu’il a signés au nom de l’opposition par beaucoup d’autres partis importants de cette opposition et des organisations citoyennes, montrent que ce statut de chef de file de l’opposition n’a pas sa raison d’être et n’est qu’un piège et un cadeau empoisonné que l’opposition dirigée par des anciens ministres a avalé sans réfléchir. Depuis quand le Président de la République a promulgué cette loi ? Pourquoi ce n’est que quand il a voulu engager un dialogue et avait besoin d’obtenir quelque chose de Cellou qu’il est revenu sur cette loi et a promis de la mettre en application pour, a-t-il publiquement dit, accorder des privilèges à son nouvel ami ?
Un opposant qui reçoit des locaux, des véhicules de service et un salaire mensuel ou budget de fonctionnement du chef de l’Etat est quoi selon vous ?
Alpha Condé a réussi à faire de son principal opposant, le chef de tous les autres partis de l’opposition et un de ses ministres. Comment s’étonner donc que les conclusions du dialogue soient la légalisation de ce que le pouvoir a toujours voulu forcer : la nomination des conseils et chefs de quartiers et de districts, le maintien du fichier de la fraude et la reconnaissance de la CENI de Bakary Fofana ?
Un constat : même ce statut de chef de file de l’opposition nous apporte la preuve que le leader Cellou Dalein Diallo ne pourra jamais défendre même ses propres droits. Dans le rang protocolaire, on cite toujours le Haut Représentant du chef de l’Etat (Sidya Touré) avant le Chef de File de l’Opposition (Cellou Dalein Diallo), sans qu’il n’ose dire un mot. Alors que le poste du Haut Représentant du chef de l’Etat n’est pas une Institution contrairement à celui du Chef de File de l’Opposition.
Par ailleurs, au cours d’un mandat présidentiel, les partis politiques se préparent pour trois élections : communales et communautaires, législatives et présidentielle. Donner un budget de fonctionnement et des véhicules de service au leader d’un parti politique, c’est violer le principe de l’égalité de chance des partis en compétition sur le terrain. J’invite donc le parlement guinéen à corriger le tir en annulant la loi portant sur le statut du chef de file de l’opposition. Au moins le groupe parlementaire de l’UFR devrait avoir la sincérité d’en faire la demande au Parlement.
9)- Comment comptez-vous vous y prendre pour vous impliquer efficacement dans le débat politique guinéen à partir de l'extérieur du pays?
Alpha Condé et le RPG, comme la plupart des oppositions africaines des années 80 et 90 l’ont réussi à un moment où la communication à distance était presqu’inexistante en direction de l’Afrique. Aujourd’hui, nous avons la possibilité de tenir une réunion à Conakry avec la participation interactive des membres du parti dans les quatre coins du monde. Mais pour ce qui est du Bloc pour l’Alternance en Guinée (BAG), nous avons fondé le parti et élu le Bureau Exécutif National à Conakry. Je suis le seul membre du BEN qui n’est pas en Guinée en ce moment et ce, pour des raisons professionnelles et familiales, en attendant que le parti soit en activité intense. C’est le parti qui participe au débat politique et non le Président en tant que personne. Le BAG est bien structuré et les tâches sont reparties en fonction des compétences. Le parti est donc bien représenté à tous les niveaux et dans chaque domaine pour participer pleinement et efficacement à l’animation de la vie politique en Guinée.
10)- A quand votre retour définitif en Guinée ?
Le plutôt que cela sera possible et nécessaire.
Propos recueillis par
Idrissa Sampiring DIALLO
Bilan des accords politiques, deal entre amis ou avancée politique ? (partie 2)
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- Catégorie : Politique
- Mis à jour le dimanche 30 octobre 2016 17:03
- Publié le dimanche 30 octobre 2016 16:56
- Écrit par Haroun Gandhi Barry
Les accords politiques signés mercredi 12 Octobre par le gouvernement et l'opposition suscitent de nombreuses réactions, justifiées parfois, mais pas toujours. Je suis parti du contenu des accords et des débats qui s'en sont suivis, pour tenter de comprendre, et donc d'expliquer ensuite, les tenants et aboutissants. Comme il sera facile de le constater, chacun peut interpréter à sa façon les différents points traités et/ou reportés par le dialogue entre la mouvance et l'opposition, et c'est la raison pour laquelle il était d'autant plus important de faire le point, que des membres de la société civile se sont également exprimés sur le sujet.
Le bilan a été fait en deux parties, l'une consacrée au contenu de la quasi-totalité des accords (déjà publié), l'autre plus polémique, relative aux élections locales. Pour comprendre clairement les données du problème, il faut partir de ce qui existe dans la Constitution et le Code électoral de 2010 (voir les articles importants en annexes), et ce qui a été acté en Octobre 2016. Il conviendra d'examiner également les positions de certaines organisations pour tenter d'en comprendre les fondements et les desseins.
Que disent la Constitution et le Code électoral de Mai 2010 ?
Il ne s'agit pas d'aligner l'ensemble des articles qui régissent les élections locales, mais simplement de rappeler ceux qui sont essentiels pour comprendre les discussions qui ont eu lieu. Au niveau de la Constitution comme du Code électoral, les articles qui figurent au bas de cette page (en annexes), et qu'il convient d'énoncer, sont essentiels.
Une première réaction rapide fait 2 constats : d'une part, les quartiers et les districts ne constituent pas des collectivités locales, donc ne sont pas des circonscriptions électorales (le Code précise que ce sont des sections des collectivités locales) ; d'autre part, le Code électoral et la Constitution présentent des contradictions, voire des incohérences qu'il conviendra de préciser. À titre d'illustration, on peut évoquer l'article 102 du Code électoral, qui précise que les élections au niveau des quartiers doivent se faire à main levée, alors que l'article 2 de la Constitution dit que le vote est secret.
Contenu du dialogue d'Octobre 2016
Les positions initiales de la mouvance et de l'opposition
La mouvance ne souhaitait pas d'élections de quartier, mais des nominations de chefs des quartiers, parce que selon elle, d'une part dans la plupart des pays de la région, il n'y a pas d'élections au niveau des districts et quartiers, et que d'autre part, les districts et les quartiers ne sont pas des collectivités locales1 (contrairement aux communes). Il y a fort à parier que les véritables raisons, même si cela n'est pas exprimé, correspondent à la vision totalitaire du RPG, qui veut tout contrôler. Jusqu'alors sa position a pu s'imposer, parce qu'il existe de nombreuses contradictions entre les différents textes régissant les élections... que la mouvance n'a pas voulu corriger, sans doute pour les raisons ci-dessus évoquées.
À l'origine, Cellou Dalein Diallo avait rappelé la position de l'opposition, à savoir qu'il fallait organiser 2 élections le même jour, une pour les communes (38 urbaines et 302 rurales) et une pour les 3.763 quartiers et districts du pays.
Le compromis final
Jusqu'à présent, la mouvance a toujours réussi à s'imposer, sans que l'opposition n'y trouve à redire, autrement que verbalement. De la même façon, à l'issue des discussions d'Octobre 2016, un compromis a été convenu entre les 2 positions initiales, à savoir l'organisation des seules élections communales, et la désignation ultérieure des conseillers locaux et responsables de quartiers et de districts, au prorata des résultats obtenus dans les quartiers et les districts par les listes de candidats à l'élection communale, idée qui s'inspire du précédent des délégations spéciales2.
Concrètement selon cet accord, les seules élections communales désigneront une liste vainqueure, et les bureaux des quartiers et districts seront composés à la proportionnelle en fonction de ces résultats. Ensuite la liste arrivée en tête (en fait vraisemblablement un parti) au niveau de chaque quartier ou district désignera son responsable. Le résultat du vote, servira donc à la fois pour le quartier et district, et pour la commune. Selon les 2 grands partis que sont le RPG et l'UFDG, ce n'est ni le préfet, ni le maire actuel, ni l'administration, qui nommeront le chef de quartier.
La contestation de ces accords
Pour les groupes qui prétendent parler au nom de la société civile, et d'autres partis (notamment l'UFR, le PEDN et le BL), cela revient à aider les 2 grands partis à garder le monopole de la gestion et des décisions politiques sur l'ensemble du territoire national, et donc à bloquer les listes indépendantes, voire empêcher l'émergence de nouveaux partis politiques en Guinée. Ils vont même jusqu'à dire que cela constitue un déni du droit constitutionnel des citoyens guinéens par les 2 blocs politiques.
Ils précisent encore que les élections communales seront organisées sans révision du fichier électoral, en violation de l'article 17 du Code électoral, qui précise que « la période de révision des listes électorales est fixée du 1er Octobre au 31 Décembre de chaque année ». Il est vrai que la CENI n'a jamais respecté cette obligation depuis sa création.
S'en suivent de nombreux points de contestations que je ne rappellerais pas ici, d'une part parce qu'ils ont fait l'objet de nombreux textes et qu'ils sont donc connus, mais surtout parce qu'ils sont le plus souvent démagogiques et sans aucun intérêt juridique, j'y reviendrai.
Ce qu'il faut en penser
Je ne rentre pas dans la polémique sur les raisons – juridiques, politiques, personnelles, d'égo ? - qui poussent tel ou tel leader de parti à rejeter le contenu des accords. Il est vrai que l'objectif n'est pas toujours clair. En effet, un accord politique ne reste qu'un bout de papier (qu'on se rappelle les accords de Juillet 2013 ou d'Août 2015). Pourquoi s'empresser de critiquer des accords dont il est coutume de constater qu'ils ne s'appliquent pas ? Sauf à croire que cette fois-ci il en ira différemment ? Sauf si les raisons officielles cachent des motivations moins glorieuses ?
Je vais donc m'attacher à rappeler l'histoire, mais surtout le droit, sans négliger les non dits ou les vides juridiques.
Un peu d'histoire
Sauf erreur de ma part, jusqu'à maintenant, c'est-à-dire il y a près de 25 ans, des élections de CRD ont eu lieu en 1992 et indirectement en 2005 (puisque c'est le pouvoir exécutif qui nommait les responsables). Concernant les élections communales urbaines, elles ont eu lieu en 1991, en 2000 et le 18 Décembre 2005 pour les dernières, sans que personne ne se plaigne de ces situations (périodicité, nominations), sauf à l'occasion de la mise en place des délégations spéciales en 2011. Pourquoi en va t-il autrement aujourd'hui ?
Au niveau juridique
Là les choses sont claires : aucune décision n'a violé quoi que ce soit, puisque aucune décision n'a été prise sur le fondement de ces accords. Tout juste peut-on dire que les accords ont violé l'esprit de la Constitution et/ou du Code électoral. Cependant les accords doivent permettre la modification de la loi avant les élections, ce qui est évidemment permis, et permettra de corriger les contradictions et autres incohérences. En effet, la mouvance a rappelé que les parties au dialogue « ont invité l'Assemblée nationale à procéder à la révision du Code électoral, lors de la session budgétaire 2016 [d'Octobre à Décembre 2016], et ont convenu de reporter la tenue des élections communales au courant du mois de Février 2017 pour permettre l'appropriation par les acteurs des nouvelles dispositions et leur mise en œuvre ».
Par ailleurs, le principe de hiérarchie des normes implique que tous les textes doivent respecter la norme supérieure qu'est la Constitution. Par conséquent la loi, qui s'exprime dans le Code électoral, trouve sa validité de sa conformité à la Constitution. Dès lors, tout ce qui est écrit dans le Code électoral et contradictoire avec la Constitution, n'est pas valide. Ainsi par exemple, tout suffrage indirect n'est pas valable en vertu de l'article 2 alinéa 3 de la Constitution (voir ci-dessous).
Sans faire la liste exhaustive des nombreuses contradictions entre la Constitution et le Code électoral, tant sur la durée des mandats (5 ans pour les conseils communaux, et 4 ans pour les conseils de quartiers et de districts3), que sur la nature des candidatures (les élections nationales sont exclusivement réservées aux partis politiques4, cependant que les élections locales sont ouvertes aux candidats indépendants5, non seulement pour les Conseils de quartier et de district6, mais également pour les élections communales), il faut juste se rappeler le principe que la Constitution prime la loi.
Au niveau économique
Il est clair que la loi électorale n'est pas adaptée aux réalités du XXIème siècle, et sans moyen supplémentaire, il n'est pas utile de créer des structures budgétivores. Les avantages de ce compromis sont surtout économiques – même si je ne néglige pas les arrière-pensées politiques -, à savoir l'organisation de 2 élections pour le prix d'une seule.
Souvent la décentralisation a d'ailleurs conduit à une augmentation parallèle des niveaux de déconcentration (représentants de l'État, tels des sous-préfets et gouverneurs) avec un risque financier plus important (il faut les financer) et de nombreuses confusions sur le rôle et les responsabilités de chacun. Enfin, il n'y a pas de transferts financiers de l'État aux collectivités locales.
De toute façon, la loi de décentralisation n'est pas encore appliquée, les régions n'ont aucune consistance pratique et il faudrait un véritable débat national pour trancher de son utilité et de sa mise en œuvre concrète. Sans détailler outre mesure, il faudra se poser des questions sur les pouvoirs transférés par l'État aux régions, sur les éventuels conflits de compétence entre un préfet, un sous-préfet, un gouverneur, un député, un maire ou un chef de district par exemple, mais également sur leurs ressources (mobilisation et gestion).
Ce qu'il est possible de faire pour satisfaire tout le monde
Un amendement aux accords dont on garde la volonté de faire des économies
Aujourd'hui, il semble utile d'arbitrer entre les réalités guinéennes actuelles, qui n'ont pas encore poussé très loin la décentralisation, et la nécessaire démocratisation du pays. Il est heureux de constater une décentralisation ralentie, car à quoi servirait de créer de nouvelles structures (la région notamment), qu'il faudra financer grassement, et qui ne seront que des chambres d'enregistrement supplémentaires, n'apportant rien aux débats, au vu du niveau global actuel de la plupart de nos députés.
Mais à l'inverse, il faut bien faire avancer la démocratisation locale, et la plus efficace se situe justement au niveau des quartiers ou des districts, les responsables devant être des citoyens de ces zones, choisis par les habitants locaux. Les citoyens ont vraiment besoin de choisir leurs propres dirigeants locaux, ne serait-ce que pour que ces derniers aient des comptes à leur rendre, et non plus à des responsables de partis peu préoccupés par la mise en valeur des communes, la gestion des déchets à Conakry ou ailleurs en témoigne. La décentralisation permet la mise en œuvre de responsabilités, permettant aux citoyens d'intervenir et de contrôler l'action publique de manière plus directe. Enfin les échanges et les rencontres entre habitants, véritables experts de leur quartier ou district, seront favorisés et permettront progressivement la formation des habitants à la gestion collective, tout en renforçant leur citoyenneté.
Les solutions concrètes à entrevoir
Voter pour un maire et en tirer la conséquence indirecte de la désignation d'un militant de parti pour la direction d'un quartier ou d'un district, n'est pas concevable, car ce dernier ne sera ouvert qu'aux injonctions du parti qu'il représente, et non de ses voisins directs pour des problèmes purement domestiques : un comble !!!
Pour que les quartiers fonctionnent, en matière de sécurité et de propreté notamment, les électeurs doivent pouvoir choisir leur représentant. C'est la raison pour laquelle, 2 solutions doivent être envisagées.
En premier lieu, il faut appliquer de manière stricte l'article 192 du Code électoral, qui prévoit un cautionnement à verser au Trésor Public par les candidats, pour les élections présidentielles et législatives, mais à aucun moment, il n'est question d'une caution à payer pour les élections locales. Un non dit n'est pas forcément synonyme de vide juridique, et la CENI n'est donc pas habilitée à créer du droit en outrepassant les dispositions de la loi (article 2 alinéa 7 de la Constitution, déjà cité). Ainsi cela permettra à tout citoyen voulant se présenter aux élections de districts et de quartier (mais pas à la commune toute entière) de pouvoir le faire, sans contrainte financière (autre que le financement éventuel des bulletins de vote7).
Pour que cette première règle (pas de caution) soit mise en œuvre, il faut que les électeurs puissent, voter pour un maire où notamment des compétences managériales sont attendues, et pour un chef de quartier ou de district, où les qualités requises sont différentes (médiation, consensus par exemple). Or pour les élections législatives, les électeurs élisent un député au scrutin uninominal et votent parallèlement pour une liste à la proportionnelle. Il faudra donc également prévoir 2 bulletins, un pour la commune et un pour le quartier ou le district. On imagine facilement un électeur voter pour un chef de quartier, mais ne pas le juger apte à diriger une mairie. Le sens des 2 scrutins est donc bien différent. Il serait en effet inadmissible que le choix des chefs de quartier appartienne aux seules personnes, qui ont la capacité financière de créer une écurie politique (il n'y a pas de partis politiques dignes de ce nom en Afrique en général, en Guinée en particulier), et dont l'unique qualité serait la soumission à un politicien, et non la compétence ou la capacité à animer et à gérer son quartier ou district. La démocratie s'en trouverait bafouée.
En outre rien n'est précisé dans les accords du 12 Octobre sur la personnalité de l'heureux élu dans un quartier ou district. On pourrait imaginer dans l'absolu que le parti majoritaire :
choisisse un chef de quartier ou de district qui n'est même pas du quartier (j'ai cru comprendre que des Conakrykas voulaient se faire élire à « l'intérieur », en province ou en région), voire pire, qui ne serait même pas sur la liste,
change de chef de quartier ou de district en cours de mandat, pour des raisons liés au fonctionnement du parti (à l'image des délégations spéciales), indépendamment des intérêts locaux.
De même on doit prévoir si la tête de liste devient obligatoirement le chef de quartier, de district ou le maire, ou si ce sont les conseillers élus, qui se réuniront ensuite pour élire à bulletins secrets un maire, sachant que parmi la liste de conseillers élus, certains non affiliés à un parti seraient peut-être plus compétents à en assumer la fonction. Que ceux qui doivent être élus, le soient à travers leurs compétences et leur intégrité, et non pas sur la base de leur appartenance politique.
Enfin il paraît nécessaire de couper court aux rejets liés aux contraintes juridiques et/ou administratives, que ne manqueront pas d'évoquer les partisans de l'accord du 12 Octobre. La session budgétaire doit permettre de réviser le Code électoral pour le rendre conforme à la Constitution. Quant aux contraintes administratives liées essentiellement au manque de magistrats, il suffit de s'en passer, en rappelant que leur présence n'a pas empêché les nombreux litiges et fraudes qui ont existé depuis 2010 (voir les rapports des observateurs de l'Union européenne). La présence de magistrats dans les scrutins ne vise qu'à donner un semblant de crédit aux résultats, eu égard à leur rigueur et probité supposées, ce qui n'est évidemment pas le cas. Il y a donc lieu de rappeler l'article 100 du Code électoral qui permet l'élection des conseillers au scrutin majoritaire uninominal à un tour pour les districts (où les électeurs sont peu nombreux et peuvent donc se gérer eux-mêmes), et au scrutin de liste à la représentation proportionnelle pour les quartiers » (où les futurs élus peuvent appartenir à plusieurs listes, d'où leur intérêt à se gérer eux-mêmes parce que tout le monde y gagne).
Conclusion
Les accords ont été signés dans un climat d'apaisement, dont tout le monde s'est félicité – au moins officiellement – et cela constitue la première raison pour laquelle il faut s'en réjouir. Par ailleurs, ce qui n'avait pas été réalisé depuis 2011, la révision du Code électoral, devrait se faire en moins de temps qu'il ne faut pour le dire (2 mois maximum), à savoir en Décembre 2016 au plus tard. Cela permettra de corriger les nombreuses contradictions et autres incohérences existantes entre la Constitution et le Code électoral, et de préciser certains non dits ou vides juridiques. Enfin vu le coût des élections en Guinée avec une CENI anormalement budgétivore, et par ailleurs incapable et soumise à l'exécutif, faire des économies, ne constitue pas le moindre des avantages.
Néanmoins, il ne faut pas profiter de la relecture des textes pour faire régresser une démocratisation progressive inéluctable, alors que les élections locales constituent des scrutins très intéressants pour les citoyens, parce qu'elles permettent notamment la formation de nombreux citoyens à la gestion de leurs problèmes communs et quotidiens. Par conséquent, il faut permettre à toute initiative citoyenne, de ne concourir que pour son quartier ou district, et ne pas décourager ceux qui ne se sentent pas encore compétents pour gérer une commune pleine et entière.
Pour cela pas de caution (d'ailleurs non prévue par la loi), à l'exception du financement (à prix coûtant) des bulletins de vote, et une seule élection mais avec 2 scrutins séparés, comme pour les législatives.
Les citoyens comptent sur la sagesse des députés pour amender les accords du 12 Octobre, dans le sens d'une plus grande ouverture aux citoyens, ce qui constituerait une réelle bouffée d'oxygène, avant d'imaginer ce que pourraient être les réactions concrètes à l'entêtement des députés. Dès que le Code électoral sera révisé, via une loi organique adoptée par 2/3 des députés (RPG + UFDG), il conviendra de les féliciter ou d'agir rapidement pour les empêcher de créer de fait une bipolarisation, qui n'est éventuellement avantageuse, que pour autant qu'elle respecte l'expression citoyenne.
Gandhi, citoyen guinéen
« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace ». (Robespierre, Discours sur la liberté de la presse, Mai 1791).
1Ce qui suppose un budget autonome par exemple.
2Dans l'accord du 20 Août 2015, les négociateurs avaient décidé d'installer des délégations spéciales dans 128 communes du pays au prorata des résultats obtenus par chaque partie aux élections législatives.
3Articles 104 et 113 du Code électoral.
4Articles 29 et 61 de la Constitution.
5Article 115 du Code électoral.
6Article 109 du Code électoral.
7À Conakry le nombre d'électeurs est plus important. Il sera par ailleurs nécessaire de préciser le statut des 5 communes de Conakry assimilées à des préfectures, et la disparition d'un gouverneur dont on ne perçoit pas d'utilité autre que répressive.
Annexes : extraits de quelques articles cités dans le texte
Extrait de la Constitution
Article 2 : « ... le suffrage est universel, direct, égal et secret... Toute loi, tout texte réglementaire et acte administratif contraires à ses dispositions sont nuls et de nul effet ».
Article 3 : « les partis politiques concourent à l'éducation politique des citoyens, à l'animation de la vie politique et à l'expression du suffrage. Ils présentent seuls les candidats aux élections nationales ».
Article 134 : « l'organisation territoriale de la République est constituée par les Circonscriptions Territoriales et les Collectivités Locales. Les Circonscriptions Territoriales sont les Préfectures et les Sous-préfectures. Les Collectivités Locales sont les Régions, les Communes Urbaines et les Communes Rurales ».
Article 135 : « la création des Circonscriptions Territoriales, leur réorganisation et leur fonctionnement relèvent du domaine réglementaire. La création des Collectivités Locales et leur réorganisation relèvent du domaine de la loi ».
Article 136 : « les Circonscriptions Territoriales sont administrées par un représentant de l'État assisté d'un organe délibérant. Les Collectivités Locales s'administrent librement par des Conseils élus, sous le contrôle d'un délégué de l'État qui a la charge des intérêts nationaux et du respect des lois ».
Article 137 : « la loi organise la décentralisation par le transfert de compétences, de ressources et de moyens aux Collectivités Locales ».
Extrait du Code électoral
Article 63 : « les circonscriptions électorales sont, selon le cas :
le quartier ou le district pour l'élection des Conseils de quartiers ou de districts,
la commune pour l'élection des Conseils communaux... ».
Article 85 : « ... le recensement des votes d'une circonscription électorale sera le décompte des résultats du scrutin présentés par les différents Bureaux de vote de ladite circonscription... ».
Article 98 : « conformément aux dispositions de l'article 138 alinéa 4 de la Constitution, les districts et les quartiers sont des sections des collectivités locales. À ce titre, elles s'administrent par des conseils élus ».
Article 100 : « les conseillers sont élus :
au scrutin majoritaire uninominal à un tour pour les districts,
au scrutin de liste à la représentation proportionnelle pour les quartiers ».
Article 102 : « pour le scrutin uninominal à un tour, le vote se fait à main levée ou par alignement. Est élu le candidat qui obtient la majorité simple des suffrages exprimés. En cas d'égalité de voix le siège est attribué au candidat le plus âgé ».
Article 105 : « sont électeurs et éligibles tous les citoyens majeurs résident dans le quartier ou district concerné et jouissant de leurs droits civiques et politiques ».
Article 106 : « la déclaration de candidature pour le conseil de district, se fait le jour du scrutin et au cas par cas, sous la supervision d'un délégué de la CESPI. Pour le conseil de quartier, la liste des candidats est déposée par un mandataire désigné auprès de la CECI concernée, au plus tard 15 jours avant la date du scrutin. Chaque liste doit comporter autant de candidats que de sièges à pourvoir... ».
Article 109 : « la campagne pour l'élection du conseil de quartier dure 7 jours avant la date du scrutin. Aucun candidat ou liste de candidats, ne doit faire campagne sous le couvert d'un parti politique ou de toute autre organisation gouvernementale ou non gouvernementale (ONG) ».
Article 113 : « les conseils communaux sont élus au scrutin proportionnel de listes à un tour, pour un mandat de 5 ans renouvelable ».
Article 115 : « ... cette liste, qui doit comporter, au moins, un quota de 30% de femmes, est présentée par des partis politiques ou par des candidats indépendants ».
Cellou Dalein Diallo V Sidya Touré: adversaires politiques, mais pas ennemis
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- Mis à jour le mardi 25 octobre 2016 19:42
- Publié le mardi 25 octobre 2016 19:42
- Écrit par Abidine Bayo
A ce regain subit d'intérêt, pour la défense de la cause nationale par tous les belligérants (Pouvoir et Opposition), il y a lieu de voir que moins qu’une prise de conscience collective sur la nécessité de préservation de la quiétude et de l’harmonie sociale, c’est aussi et surtout les enjeux liés à la succession du Prof-Prési, qui suscitent toute cette effervescence actuelle, sur la scène politique guinéenne.
Sans être dans les confidences du palais Sékhoutouréya, on imagine bien que le Président Alpha Condé, de guerre lasse et sans dauphin politique désigné et/ou pressenti au sein de la mouvance présidentielle, a jugé nécessaire d’assurer ses arrières, en tendant une main fraternelle à ses opposants, pour mener à bien, le reste de son second et dernier quinquennat. Et, pour convaincre ses adversaires politiques, même ceux jusqu’alors, jugés irréductibles, à calmer le jeu, il a certainement dû les assurer de ne point être candidat à sa propre succession en 2020 (question primordiale), aiguisant davantage, leur boulimie du pouvoir. Dès lors, chacun de ces leaders, croit fermement en ses chances de l’emporter sur ses adversaires, dans une compétition électorale libre et transparente (le jeu reste ouvert).
On les croyait alors résolument engagés à déposer les armes, à la faveur du dialogue politique inter-guinéen qui vient de s’achever, mais voilà que l’UFDG (2ème) et l’UFR (3ème) forces politiques du pays, en tous cas selon les résultats des dernières élections (seul baromètre á ce jour, pour juger du poids électoral des partis), deviennent de facto, les principaux protagonistes, à même de se la disputer au plus haut niveau, avec le Rpg-Arc-en-ciel.
A cet effet, les dirigeants de ces deux grandes formations politiques (anciens alliés devenus adversaires), lancés dans un combat sans merci pour la conquête du pouvoir suprême, se donnent ces derniers temps, en spectacle désolant au public, sur fond de suspicions et d’invectives. La cause de ce remue-ménage, serait liée aux conditions de conclusion du dialogue politique. Des divergences de forme, plus que de fond, quand on sait qu’ils ont été tous les deux, parties prenantes des pourparlers, avec des représentants dans les deux blocs constitués (Pouvoir et alliés - Opposition et dépendances). Faut-il rappeler que la NRG d’Abe Sylla et la Géci d’ElHadji Fodé Mohamed Soumah, pour ne citer que ces deux partis (aussi anciens membres de l’opposition Républicaine), avaient bien avant l’UFR, rejoint le camp de la mouvance, sans que ces ralliements ne fassent trop de grabuge, à cause sûrement de la faiblesse de leurs poids électoral.
De l’organisation des élections communales et communautaires, les accords prévoient que le conseil de quartier/district soit composé au prorata des résultats obtenus dans les quartiers/districts par les listes de candidatures à l’élection communale. Une solution « consensuelle », qui laisse présager le fait que les « grands partis », se taillent la part belle dans ce que les « petits partis » qualifient à tort ou à raison, de deal entre Pouvoir et Opposition Républicaine, pour le partage du pouvoir.
Du partage du pouvoir justement, il faut reconnaitre que le fond du problème réside à ce niveau et dans le cas spécifique de la Guinée, où le leadership est souvent associé à un individu assimilé à son ethnie, l’exercice solitaire des responsabilités étatiques par un parti au pouvoir, est vite stigmatisé comme manœuvre d’exclusion (Le RPG et l’UFDG en savent quelque chose).
C’est pourquoi, indépendamment du positionnement et de l’obédience (de par le jeu des alliances électorales et de l’alternance démocratique, un parti politique peut se retrouver dans l’opposition, comme du côté du pouvoir, ou deux anciens adversaires devenir partenaires, (tout dépend des enjeux et des intérêts du moment), il s’avère impératif pour le maintien du climat de confiance entre les différents acteurs, d’associer dans la gestion du pouvoir, toute entité politique concourant aux joutes électorales sur sa propre bannière et dont le poids électoral lui assure valablement la légitimité d’une représentativité nationale, dans les instances dirigeantes du pays.
Pour l’intérêt national, « le Haut Représentant et le Haut Partenaire du Chef de l’Etat » se doivent de mettre en sourdine, leur querelle d’égo en cette période d’accalmie avec le pouvoir et s’impliquer davantage dans la résolution des questions en suspens (Révision du code électoral et éventuellement de la constitution, Réforme de la CENI, Révision du fichier électoral, Finalisation du processus de réconciliation nationale…). Il y va de leur crédibilité en tant que prétendants du fauteuil présidentiel et c'est la Guinée qui gagne avec.
BAYO Abidine
Réflexions sur un «partenariat» politique
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- Mis à jour le dimanche 19 mars 2017 19:08
- Publié le mercredi 26 octobre 2016 00:00
- Écrit par Ourouro
Le spectre des mots
Face à des oppositions au «partenariat» politique, le président de l’UFDG a déclaré : «bien sûr la Guinée a des ennemis, …. Il y en a qui n’aiment pas la Guinée. Beaucoup, peut-être, vont s’investir pour la non-application des décisions, pour qu’on renonce au dialogue et qu’on aille à la confrontation.»
Parallèle : dans son style débridé, Donald Trump a dit qu’une alliance de banquiers et de magnats de la presse œuvrent à sa défaite. Les juifs - bien que pas nommés expressément et nonobstant le fait que la fille de Trump est mariée à un juif – ont aussitôt vivement condamné l’allusion qui rappelle les campagnes nazies qui précédèrent et accompagnèrent les pogroms.
Un rapide coup d’œil sur notre histoire devrait soulever les mêmes alertes à la mention des «ennemis de la Guinée». Le concept «d’ennemis de la Guinée» a été le socle de la violence politique dans notre pays. Il est une tricherie par laquelle les tenants du pouvoir s’approprient la notion de patrie pour ostraciser l’adversaire, le diaboliser et en faire une vermine à éliminer. Poussée à son paroxysme, la notion fit des Peuls de Guinée une aberration qui œuvre à la ruine de la nation. Naguère, la propagande d’Alpha Condé déversait les slogans «d’ennemis de la Guinée » et de «saboteurs» - responsables de ses faillites - sur tous ceux qui étaient opposés à sa politique. Une simple réminiscence de ces blessures à notre nation devrait interdire de véhiculer ces dangereux slogans.
Disculper les vrais coupables
L’opposition post-électorale est secouée par des querelles de personnes et de positionnement sur l’échiquier politique pour le futur. Les récents accords ne pouvaient donc échapper à des dénonciations de la part de certains leaders politiques et de la société civile. Ainsi fonctionne la démocratie. Traiter les dissidences « d’ennemis de la Guinée » n’est pas que de la surenchère verbale. Ultimement, ces déclarations fourre-tout servent à noyauter les vrais débats et à implicitement disculper les vrais ennemis de la Guinée : ceux qui responsables de crimes imprescriptibles dont un large spécimen gravite autour d’Alpha Condé depuis six ans.
Les principes, le compromis et la générosité.
La démocratie est un parcours ardu où se jouent des principes intransigeants, le sens du compromis et celui de la générosité. L’intransigeance doit s’inspirer de l’histoire, avec une lecture lucide des desideratas et des souffrances des citoyens, pour déboucher sur des principes clairs. À défaut, il est impossible d’éviter les pièges de l’adversité. Le sens du compromis doit camper sur ces principes pour exploiter toutes les possibilités de les traduire en réalité, eût égards aux rapports des forces politiques du jour. En aucun cas le compromis ne doit taire ou dévier des principes. Pour ne pas subir les rejets de l’histoire, le compromis doit être gouverné par la magnanimité envers les bafoués et les victimes. Si on se montre tant soit peu conciliant envers l’adversaire qui couve des criminels dans sa basse-cour et véhément envers les alliés jugés moins populaires, on ne fait que s’éloigner de cette trajectoire ténue.
Ourouro Bah
Bilan des accords politiques, un dialogue de sourds (partie 1)
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- Mis à jour le lundi 24 octobre 2016 11:29
- Publié le lundi 24 octobre 2016 11:29
- Écrit par Gandhi Haroun Barry
Les accords politiques signés mercredi 12 Octobre par le gouvernement et l'opposition suscitent de nombreuses réactions, justifiées parfois, mais pas toujours. Je suis parti du contenu des accords et de ces débats, pour tenter de comprendre, et donc d'expliquer ensuite les tenants et aboutissants. Comme il sera facile de le constater, chacun peut interpréter à sa façon les différents points traités et/ou reportés par le dialogue entre la mouvance et l'opposition, et c'est la raison pour laquelle il était d'autant plus important de faire le point, que des membres de la société civile se sont également exprimés sur le sujet.
Le bilan sera fait en deux parties, l'une consacrée au contenu de la quasi-totalité des accords, l'autre plus polémique, relative aux élections locales.
Concernant la Haute Cour de Justice
Elle devait être installée 6 mois après l'élection de l'Assemblée Nationale et permettrait aux ministres et au président lui-même, de répondre de leurs actes devant cette Institution, car c'est la seule structure qui permet de les poursuivre judiciairement, notamment en cas de haute trahison, c'est-à-dire lorsque le PRG a violé son serment, les arrêts de la Cour constitutionnelle, ou est reconnu auteur, coauteur ou complice de violations graves et caractérisées des droits humains.
Selon l'opposition, il a été décidé que des dispositions seraient prises à l'ouverture de la session budgétaire1, pour que l'Institution soit mise en place.
Le gouvernement affirme au contraire que « dans le cadre de la mise en place des institutions républicaines déjà amorcée, les parties recommandent la mise en place de la Haute Cour de Justice dans les meilleurs délais...».
En définitive et contrairement à l'optimisme de l'opposition, le gouvernement précise dans les meilleurs délais (après 2020 probablement !!!), mais il n'existe aucune date impérative et chacun comprend bien pourquoi. Le gouvernement viole donc la Constitution, car absolument rien n'empêche sa mise en place… en dehors de la volonté politique de ce régime.
Concernant le fichier électoral
Le fichier comporte de nombreuses anomalies2, l'opposition a demandé à ce qu'il soit revu et corrigé. Il a été décidé pour les élections nationales qu'un « Comité technique paritaire comprenant l'opposition et la mouvance, sera mis en place pour l'élaboration d'un cahier de charges y afférent, au plus tard le 30 Novembre 2016, pour rédiger les termes de référence, en vue du recrutement sur la base d'un appel d'offres international, d'un cabinet international, qui fera l'audit complet du fichier électoral et formulera des recommandations, permettant d'assainir davantage le fichier et le rendre plus performant et consensuel ». Ce Comité technique pourrait se faire assister d'une expertise étrangère en cas de besoin.
La mouvance rappelle que « l'état actuel du fichier électoral permet son utilisation sans trop d'incidences pour les prochaines élections locales ». Il n'y a donc pas lieu de se précipiter dit-elle, même si « les conclusions de l'audit devraient être disponibles au plus tard le 31 Mai 2017 ». Autrement dit, les élections communales seront organisées sans révision du fichier électoral. Ce n'est pas la première fois que la CENI viole la Constitution en ne révisant pas le fichier électoral, peu importent les raisons. Oser même demander à la Cour constitutionnelle une « autorisation » de ne pas réviser avant ces élections, est tout simplement incroyable, car cette dernière ne peut décemment pas l'y autoriser sur le plan juridique.
Là encore, contrairement à l'optimisme de l'opposition, on reporte l'examen du fichier électoral à partir de Juin 2017, fichier que l'opposition aurait du contester dès 2015 à la Cour de la Cedeao. Comment imaginer qu'on pourra vérifier ce fichier rapidement, alors que les élections locales constituaient une occasion parfaite pour l'examiner. Tous les électeurs d'une commune sont en effet capables de contrôler la réalité physique des électeurs, alors qu'il n'est pas évident de le faire à partir d'un fichier numérique à Conakry. En matière d'élections, le fichier constitue pourtant la plus grande anomalie permettant la fraude, que manifestement l'opposition n'est pas pressée de corriger. Il est vrai que les incidences sont moins évidentes sur le résultat des scrutins, mais reporter systématiquement, montre le manque de conviction de l'opposition.
Concernant la réforme de la CENI
En premier lieu, tout le monde s'accorde pour que la CENI termine l'organisation des élections communales et locales. L'opposition avait demandé l'application de la disposition de l'accord du 20 Août 2015, qui stipulait qu'après l'élection présidentielle, l'Assemblée nationale devrait revoir la loi pour mettre en place une nouvelle CENI. L'opposition considère que c'est obtenu, puisqu’à la session des lois d'Avril 2017, l'Assemblée nationale devra voter une loi pour mettre en place une nouvelle CENI.
L'opposition souhaitait que cette loi soit votée à la session budgétaire3, et qu'on fasse une dérogation, parce que la session budgétaire n'est pas de voter les lois (sic), et précise qu'une nouvelle concession a été faite par elle, pour reporter à la session de Printemps4. Doit-on rappeler à l'opposition que la loi électorale va être modifiée pendant cette session, et qu'on pouvait très bien y acter les textes relatifs à la CENI ? Oser affirmer que sa passivité coupable est une concession en dit long sur son inconsistance.
En définitive, il a finalement été décidé que la CENI serait modifiée et restructurée selon les points sur lesquels sont convenus les acteurs du dialogue politique, mais que c'est l'Assemblée Nationale qui déciderait, autrement dit Alpha Condé (règle de la majorité oblige). L'opposition a donc tort de croire que le principe d'une nouvelle CENI, technique cette fois, est déjà acquis.
D'ailleurs la déclaration finale est rédigée comme suit : « les parties conviennent que la révision de la loi doit permettre la mise en place d'une CENI plus technique pour une meilleure gestion du processus électoral. La proposition de loi introduite par l'opposition à l'Assemblée Nationale, pourra servir de base de discussion en vue de l'adoption d'une loi lors de la session des lois d'Avril 2017 ».
On a l'impression que l'opposition n'a tiré aucune leçon du passé et cela en devient désespérant.
À titre personnel, je considère que le MATD devrait être responsable de la gestion du fichier électoral sous le contrôle, et de l'opposition et des citoyens. On y gagnerait financièrement et politiquement, car dès que les citoyens sont déclarés à la naissance, il suffit ensuite de suivre automatiquement leur parcours.
Concernant l'identification des auteurs et commanditaires des crimes commis lors des manifestations
D'abord cela ne concerne que les élections législatives de 2013, et on se demande bien pourquoi. Quid des crimes d'Avril 2011 (Zachariou Diallo) à Octobre 2016 sous le mandat d'Alpha Condé ?
Les déclarations d'intention sollicitant la diligence des enquêtes judiciaires, ne fera pas oublier la responsabilité pleine et entière d'Alpha Condé, Ministre de la Défense.
Concernant les indemnisations
Relativement aux indemnisations, on a l'impression que la mouvance présidentielle et l'opposition sont tombées d'accord, davantage pour faire oublier le fait que les enquêtes n'aboutiront probablement pas, que pour parvenir réellement à un dédommagement équitable.
Il est prévu effectivement, la création de 2 fonds d'indemnisation ; un premier fonds pour les ayant-droits des personnes décédées ainsi que des personnes handicapées ; un deuxième fonds pour les victimes de pillages à l'occasion des manifestations politiques enregistrées lors des législatives de 2013 conformément à l'accord du 20 Août 2015.
Les parties prenantes au dialogue proposent que les indemnisations se fassent graduellement et puissent avoir lieu au plus tard le 30 Juin 2017 après que ces fonds aient été budgétisés dans la loi de finances.
Des structures vont être crées et domiciliées au MATD et alimentées par l'État ainsi que les partenaires techniques et financiers. Les 2 parties sont convenues de formuler des modalités qui seront retenues ultérieurement sur le fonctionnement des différents fonds. Autrement dit on verra plus tard, comment cela va fonctionner. Donc rien ne dit en effet, que même si le principe est acquis, l'indemnisation ne sera pas quasiment symbolique et partagée entre des victimes de la mouvance et de l'opposition.
À titre personnel, je considère que cela ressemble à un « deal entre amis », car deux problèmes majeurs restent en suspens :
- d'une part, pourquoi se limiter aux crimes d'Août 2013 et non ceux d'Avril 2011 à Octobre 2016 ?
- d'autre part, comment identifier les victimes et les responsables du dommage ?
Dès lors qu'on laisse la possibilité à des politiciens de régler la situation, des marchandages ont lieu. D'ailleurs Lansana Komara (Secrétaire du RPG), précise que « on ne peut pas indemniser une victime si elle n'est pas identifiée, il faut que la victime soit identifiée alors, la question est de savoir qui va identifier les victimes. D'ailleurs, quand nos amis d'en face nous disent qu'ils sont victimes, nous sommes aussi victimes et le gouvernement est également victime car, pendant les manifestations des élections législatives de 2013, les gens ont tiré à bout portant sur les hommes en uniforme. C'est clair et visible, il y a eu des blessés de balles. Donc, chacun est entrain de trier la couverture de son côté donc, pour se faire, il serait bon de commettre la justice pour savoir qui a tiré sur qui et qui a perdu quoi et qu'est ce qu'il faut pour évaluer les pertes ».
En résumant, la mouvance considère que les victimes des manifestations sont ceux du RPG et du gouvernement, ce qui sous-entend soit que ceux-là recevront de l'argent en dédommagement, soit qu'il faut laisser tomber cette demande d'indemnisation en vertu du principe inique selon lequel les coupables deviennent des victimes et inversement. Non seulement, il met en avant une liste de victimes datant de Mars 2012, alors qu'on parle des élections législatives de 2013, mais on ne sait pas d'où elles sortent. Enfin, Lansana Komara, spécialiste des fumisteries, précise que « ses » victimes le sont, à cause des partis d'opposition, oubliant qu'en Guinée, un parti ne peut être poursuivi pénalement.
D’ailleurs, le RPG a pris les devants pour expliquer qui sera chargé de l'identification des victimes, tout en précisant que « nous sommes tous victimes, les victimes ne sont pas seulement dans un seul camp… Donc, le problème d'identification des victimes revient au MATD, au ministère de la justice, à celui de l'économie et des finances » car « on ne peut pas confier cela à un groupe d'hommes, sinon ils vont faire des chiffres faramineux et on ne s'en sortira pas », argumente Lansana Komara.
En conclusion, il n'est pas du ressort des politiciens de décider de l'indemnisation de certaines victimes (et pas d’autres), mais plutôt à la justice, à l'issue d'un procès équitable et contradictoire, car seul le juge est habilité à identifier les responsables de pillage, ceux-ci ayant alors l'obligation de réparer financièrement.
Concernant la libération des prisonniers politiques »
La déclaration finale est la suivante : « afin d'apaiser le climat socio-politique, les parties sollicitent que des mesures d'indulgence soient prises pour libérer les personnes arrêtées et condamnées à l'occasion des manifestations politiques, conformément à l'esprit du Dialogue. Cependant, ces mesures de libération ne concernent pas les personnes condamnées pour des crimes de sang. De même, les parties sollicitent la diligence des procédures pour les personnes poursuivies à l'occasion desdits évènements conformément à l'esprit du dialogue ».
L'opposition considère donc que ce point est résolu alors que le gouvernement précise au contraire que ces mesures de libération ne concernent pas les personnes condamnées pour des crimes de sang, et qu'on ne peut que solliciter la diligence des procédures pour les personnes poursuivies à l'occasion desdits évènements. Autrement dit, on ne va pas les libérer comme cela, mais après jugement… et si les magistrats le décident.
Comme la date des jugements est à la discrétion « illégale » du gouvernement, qui viole systématiquement la loi (se référer à l'affaire Nouhou Thiam), rien n'est fait encore. Ceux qui osent affirmer que la Guinée est une démocratie, ne sont pas gênés pour détenir des prisonniers politiques.
Concernant les garanties de l'application des accords
À la question de savoir quelle garantie l'opposition possède, pour que ces accords soient respectés, Cellou Dalein Diallo a répondu que l'opposition disposait de 2 garanties :
- la première est que le PRG s'est engagé publiquement devant tous les Guinéens et la communauté internationale,
- la seconde est que l'UFDG ne renoncera jamais à son droit à la manifestation.
On rappelle qu'Alpha Condé s'est engagé maintes fois devant les Guinéens, mais cela n'a pas été suivi d'effets. Quant au droit à la manifestation, il est malvenu. À titre personnel, je considère qu'il faut utiliser la voie pacifique judiciaire (à la Cedeao), et n'utiliser ensuite la manifestation que pour chasser un régime, qui ne respecterait pas les décisions judiciaires.
Enfin, il est prévu la mise en place d'un Comité de suivi de la mise en œuvre du présent accord, présidé par un magistrat de l'ordre judiciaire, et composé de 3 représentants de la mouvance, 3 représentants de l'opposition et un représentant du MATD. Des représentants de la société civile (2) et de la Communauté Internationale (Cédéao, OIF, ONU, Union Européenne, Ambassades des États-Unis et de France) y participeront en qualité d'observateurs). Chacun observera immédiatement que la parité n'est déjà pas respectée.
Conclusion
Le seul aspect positif de ces accords, est le fait de discuter de façon apaisée de certains points litigieux, mais il aura fallu montrer ses muscles pour y parvenir. Mais on a la désagréable impression que ce dialogue n'a pour but que d'offrir à Alpha Condé le temps de se refaire une « santé » sur le plan financier (actuellement la situation est désastreuse) et politique, pour préparer la fraude qui lui fera gagner, aux prochaines législatives, la majorité absolue. Et cette majorité pourrait lui permettre de prolonger « légalement » son mandat, voire de modifier la Constitution pour rester à vie au pouvoir.
En effet, comme d'habitude, l'opposition s'est contentée de prendre pour argent comptant les déclarations d'intention du pouvoir. Quelqu'un peut-il m'expliquer en effet, quelle est la différence entre les engagements d'Août 2013 et ceux d'aujourd'hui ?
Venue avec un tas de revendications, l'opposition n'a pu – comme à l’accoutumée - obtenir satisfaction, se contentant d'un compromis (ou d’un diktat), en se conformant aux propositions de l'adversaire tout préparé à le mener en bateau, ce qui fut fait, de main de maître :
- la réforme de la CENI, on verra plus tard,
- la refonte du fichier électoral, on verra après les élections,
- l'indemnisation de certaines victimes, c'est le MATD qui s'en occupe,
- la création de la Haute Cour de justice, c'est comme si c'était fait (mais ce n'est pas fait),
- la libération des prisonniers politiques, la justice s'en occupe,
- l'identification des criminels, la justice va s'en occuper…
Bref, mis à part les élections locales, sur lesquelles la mouvance et l'opposition se sont entendues (voir texte à venir), rien de concret à se mettre sous la dent. Tout à l’air de dépendre que de la seule volonté d’Alpha Condé. Or moi je ne crois pas un seul instant en cet individu (je rêve de me tromper), d’autant qu’il doit s’appuyer sur le RPG, apparemment hostile à ces évolutions, qui consacreraient leur défaite.
Mais il convient également d’examiner pourquoi de nombreux partis contestent des violations constitutionnelles, mais uniquement celles relatives aux élections et pas celles – nombreuses - évoquées ici !!!
Gandhi, citoyen guinéen
« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace ». (Robespierre, Discours sur la liberté de la presse, Mai 1791).
1 À partir du 5 Octobre pour 2 mois maximum.
2 On rappelle que les 6 préfectures de la Haute Guinée, ainsi que celle de Beyla et de Matoto suffisent pour faire élire Alpha Condé, quels que soient les résultats des autres préfectures.
3 La session budgétaire d'Octobre est notamment, mais pas exclusivement, relative au vote de la loi de finances. Elle démarre le 5 Octobre pour 2 mois maximum.
4 À partir du 5 Avril pour un mois maximum.


