Tribune d'un guinéen révolté : pour qui roulent-ils ? (Ousmane Bah)

Actualités de Guinée Conakry, 16/08/2016. www.nrgui.com Nouvelle République de Guinée. Un exercice s'impose aujourd'hui à tous ceux qui parcourent la presse guinéenne. Que ce soit les médias audiovisuels, les sites d'information en ligne ou la presse écrite, vous êtes amenés à vous demander pour qui roulent-ils. Les lecteurs attentifs et prévenants savent que souvent derrière un article au vitriol se cache la main d'un entrepreneur qui souhaite en déstabiliser un autre, celle d'un fonctionnaire qui lorgne le poste d'un autre, ou d'un homme politique qui souhaite régler ses comptes avec un autre.  Faire passer "sa" vérité est devenu facile: il suffit de payer! Et la pratique est un secret de polichinelle.
La marchandisation de l'information est devenue un élément central dans le modèle économique de nombreux médias. On ne jettera pas le discrédit sur tous, mais il faut reconnaître que de nombreuses publications ont perdu de leur crédibilité aux yeux du public. Mais que vaut la crédibilité d'un média dans un contexte économique difficile?
Le débat sur la responsabilité sociale des médias en Afrique fait ressortir toujours cet argument : il faut bien vivre. On excuse souvent les dérives éthiques et déontologiques par les mauvaises conditions économiques que connaissent les médias. Mais cela peut-il justifier qu'on vende aux enchères la crédibilité de son site, de sa télé ou de sa station de radio?


La crédibilité, c'est le fonds de commerce du média. Choisir d'écouter, de regarder ou de lire un média est intimement lié à la confiance qu'on lui porte. On veut être sûr que ce qu'on lit, ce qu'on écoute ou ce qu'on regarde n'est pas une construction de mensonges destinés à manipuler l'opinion publique. La crédibilité, c'est le gage, le Graal, de ceux qui travaillent avec l'information. La seule manière pour un média responsable de développer et garantir son audience, c'est de maintenir intacte la relation de confiance avec son public.


Il faut bien vivre c'est vrai. Mais les médias qui s'éloignent de l'éthique et de la déontologie, ceux dont les modèles économiques ne reposent essentiellement que sur la vente d'espaces commerciaux informatifs, n'ont pas longue vie.  Le public n'est pas dupe et finira toujours par se détourner de médias peu fréquentables. 


Un média est avant tout redevable au public, aux populations qu'il est censé informer le plus objectivement possible. Il ne peut se sentir redevable de ses annonceurs qui, très souvent, ont des intentions inavouables. Sa bienveillance doit avant tout concerner les populations, l'opinion publique et non les hommes politiques et les groupes d'intérêts qui agissent dans bien des cas que dans leurs seuls intérêts. Un sou donné par une entreprise, une subvention offerte par un État ou une ONG doit toujours nous amener à nous remettre en question.


Un média a des responsabilités vis-à-vis de la société. Sa mission est de la protéger des abus dont elle peut faire l'objet de la part des gouvernants, mais aussi des agents économiques. Il la protège en dénonçant la corruption, les crimes, les exactions et les pillages. Cependant, la dénonciation ne doit pas être faite dans le but de nuire à quiconque, mais d'amener la société à corriger les tares. Quand l'information est de nature à nuire, alors le média est en droit de s'interroger sur la nature des intentions de ses sources. Car, faut-il le souligner, certaines sources ne sont pas du tout innocentes. 
Beaucoup de jeunes journalistes cherchent encore des références au sein de l'environnement médiatique guinéen. Ils veulent s'identifier à des modèles crédibles parce qu'ils ont conscience que notre société ne peut se développer sans une presse libre, indépendante et objective. Ils ont besoin qu'on leur montre le chemin de la bonne pratique journalistique parce qu'ils souhaitent des lendemains meilleurs pour leur Nation. Et c'est aux hommes de médias d'aujourd'hui de cultiver et d'entretenir les valeurs cardinales du journalisme afin que ceux de demain s'y appuient. C'est aux médias d'aujourd'hui de montrer l'exemple du journalisme au service des faibles et non à la solde des argentiers peu scrupuleux , pour que ceux qui seront créés demain comprennent la véritable mission qui les attend. Autant la plume d'un média peut être salvatrice, autant il peut devenir une arme fatale. À chacun de choisir de quel côté il veut se positionner : celui du bien ? Ou du mal ?   

Tribune d'un journaliste guinéen révolté, 

Face à ce qu’elle désigne comme « l’application du deux poids deux mesures, dans le cadre d’une justice à deux vitesses.. », la Coordination Hal Poular déclare

Actualités de Guinée Conakry, 13/08/2016. www.nrgui.com Nouvelle République de Guinée. Soucieuse de la préservation de la paix et de l’unité nationale de notre cher pays, la Guinée, la Coordination Nationale Haal Poular de Guinée se fait de nouveau le devoir d’attirer l’attention de tous les guinéens, de quelque origine ou de quelque bord politique qu’ils soient, ainsi que des gouvernant et de la communauté internationale, sur les exactions, les dénis de justice, subis par de simples citoyens et par certaines communautés jusque dans leur dignité et intégrité depuis l’élection présidentielle de 2010. Sans prétendre à l’exhaustivité, nous citerons :

• Les violences physiques, pillages et destruction de biens mobiliers et immobiliers subis par les ressortissants du Fouta, notamment à Siguiri, Kouroussa entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2010, sous le prétexte fallacieux d’eau de boisson empoisonnée.

• L’assassinat à balles réelles par les forces de l’ordre de plus de 70 guinéens, en majorité jeunes, coupables d’oser jouir du droit de manifester pour obtenir la tenue des élections législatives, communales et communautaires.

• les mêmes forces ont pillé depuis 2010 de nombreux commerces, de domiciles et se sont rendus coupables d’atteinte à la dignité et à l’honneur des citoyens, hommes et femmes, du seul fait qu’ils soient habitants de l’axe Hamdallaye-Bambéto-Cosa. Les pertes se chiffrent en centaines de milliards.

• Les tueries sélectives en masse du bétail appartenant à des ressortissants du Fouta, ainsi que l’incendie de leur habit à Beyla, puis à Kassadou, dans Kisidougou et ne trouvaient eux-mêmes le salut que dans la fuite, ne bénéficiant d’aucune protection des autorités.

• Les répressions sauvages des populations à Saoro, à Galapaye, à Lola et à Womey en Guinée Forestière, répressions accompagnées parfois de tueries inqualifiables.

• Durant la campagne électorale de 2015 les guinéens ont assisté médusé à la répression des ressortissants du Fouta à Banankoro et à Kérouané, à la destruction de leurs biens et à l’arrestation de certains d’entre eux. Les forces de l’ordre s’abstenant invariablement de porter secours à personne en danger.

• La répression et les arrestations sélectives orientées lors de la campagne électorale à Koundara, ont été suivies par une condamnation hâtive et tout aussi sélective de responsables d’un seul bord politique. Ils croupissent toujours en prison à Boké.

• Nous ne passerons sous silence la stigmatisation et l’ostracisme dont la communauté Haal Poular a été l’objet et entrain de l’être, notamment à travers les discours, les interviews de hauts représentants de l’Etat, de responsables du parti au pouvoir, sans parler des tentatives vouées à l’échec de divisions de la communauté Haal Poular en vue de mieux la combattre, voire l’agenouiller depuis 2010.

Pour tout dire, fort malheureusement, les différentes communautés du pays sont mises dos à dos, dans le cadre d’une politique de division qui ne dit pas son nom. Ce qui constitue un net recul, notamment au plan social et politique.

La constante dans les faits ci-dessus énumérés et bien d’autres, c’est l’application en règle du deux poids deux mesures, dans le cadre d’une justice à deux vitesses, la non-intervention des autorités judiciaires et administratives en vue de poursuivre les coupables et procéder à des condamnations ou des indemnisations.
Si des promesses d’instruction, de jugement ont été parfois faites pour les affaires ci-dessus, elles sont pour l’essentiel restées en l’état sans aucune suite au grand dam des victimes.

Tous ces faits et actes répréhensibles et regrettables ont fait l’objet en leur temps de déclaration par notre coordination.

Le vendredi 17 juin 2016, le summum de la barbarie à visage découvert a été atteint à Mali, dans la commune urbaine, lorsque des militaires, sous la direction du colonel Issa Camara, se sont acharnés sur des populations ans défense, coupables à travers quelques uns de ses membres d’avoir dit assez lorsqu’un des leurs a été l’objet de violences.

En dépit des déclarations du Procureur général de la Cour d’appel de Conakry, il y a de cela plus d’un mois sur le sujet, il est aujourd’hui permis de se poser la question de savoir, s’il y bien une justice militaire ou une cour martiale en Guinée. Aucune autorité militaire ne s’est exprimé sur le sujet, alors même que la population de Mali, vit son calvaire et réclame toujours que justice soit rendu et que les dommages subis soient connaissent une juste réparation. Au même moment, tous les indices montrent que le sieur Issa Camara n’est en rien inquiété.

La coordination nationale Hal Poular ose espérer que la justice guinéenne fera un sursaut pour gérer avec équité cette affaire de Mali, comme elle l’a fait pour celles concernant les affaires domaniaux à N’diaaré, dans Mamou.

La coordination réaffirme que tous ces faits et actes déplorables, de la plus haute gravité ne sont pas de nature à préserver l’unité et la cohésion nationales, la paix si sont nécessaires pour le salut et le développement de notre pays.

La coordination interpelle le gouvernement de la république et l’invite à prendre les mesures idoines afin que les coupables de ces faits ignobles soient jugés et condamnés à la mesure de leur forfaiture. Elle lance par ailleurs un appel au chef de l’Etat, aux institutions républicaines, à l’opposition, aux chefs religieux afin qu’un véritable dialogue s’instaure le plus rapidement possible dans le respect des engagements souscrits et éviter à la Guinée la résurgence des démons de la violence.

En tout état de cause, la Coordination Nationale Hal Poular, y compris à travers ses démembrements, observe de près cette situation et estime que l’inaction et le manque d’équité face aux dénis de justice, sont susceptibles de conduire à des conséquences désastreuses. Que Dieu dans sa miséricorde, nous mène sur le chemin de la vérité et fasse que le droit soit dit et appliqué pour le plus grand bien de notre pays et de nos populations.

Conakry, le 13 août 2016,
Le président

 

Y'en a marre, trop c'est trop...

Un procureur « dur de la feuille 1»

Il y a peu Nantou Chérif (Coordinatrice Nationale du RPG et députée), Bantama Sow (Ministre conseiller à la Présidence de la république), Malick Sankhon (Directeur de la CNSS) et Hady Barry (membre de la Direction Nationale du RPG) ont été impliqués dans un vaste programme d'organisation de contre-manifestations et la planification d'expéditions punitives contre les manifestants de l'opposition, avec des expressions telles que :

  • « t
  • il nous a été dit que Cellou Dalein a envoyé beaucoup de lance-pierres et qu'ils ont fait des bois avec clous, donc il doit comprendre que le RPG a plus de 25 ans d'expérience. S'ils recrutent 1 500 jeunes, qu'ils sachent que le RPG est un vieux parti qui a été officiellement agréé depuis 1992. S'ils mobilisent 1 000 personnes, nous allons mobiliser 10 000 personnes ».

Réaction du procureur, qui peut se saisir d'office - autrement dit, qui peut poursuivre sans plainte de qui que ce soit - : RIEN du tout.

Ces 4 individus soutenus par Alpha Condé, par le Ministre de la Justice (étrangement resté coi) et par le RPG, ont crié publiquement leur détermination à punir tout manifestant de l'opposition, soit la préméditation d'une violence éventuellement meurtrière – eu égard au passé. Or la volonté de ces individus d'empêcher la manifestation, voire de blesser, et même tuer… d'autres Guinéens est insensée, mais surtout délictuelle, voire criminelle. Une contre-manifestation est en effet une rencontre organisée contre la manifestation, or elle est illégale si elle se déroule à la même heure et au même endroit que la manifestation principale, car elle suppose qu'on veut l'empêcher physiquement. Or l'article 10 de la Constitution permet la manifestation, dont le gouvernement ne peut préjuger le déroulement violent, sauf à l'organiser lui-même volontairement par des éléments infiltrés, ce en quoi il est spécialiste !!!

Un procureur zélé qui retrouve l'ouïe

Selon certains sites guinéens, le Procureur se serait autosaisi, un comble eu égard à mes remarques précédentes, pour outrage au chef de l'État. En effet, ce délit serait constitué parce qu'Ousmane Gaoual Diallo aurait rappelé à Alpha Condé son devoir de protéger les citoyens ainsi que leurs biens. « J'ai entendu le président Alpha Condé dire que l'opposition fait sortir les enfants pour qu'ils soient tués... Un chef d'État n'a pas le droit de dit cela… Il n'a pas pour mission de tuer les Guinéens. Son devoir, c'est de nous protéger, protéger nos biens et créer l'harmonie entre nous. Mais, en déclarant que les gens qui manifestent, manifestent pour être tués, Alpha dit à la face du monde qu'il est l'ordonnateur des assassinats qui se passent dans notre pays », aurait-il dit.

Il est clair qu'Alpha Condé est un criminel et que sa responsabilité est engagée, non pas en tant que chef d'État, car plus délicate à mettre en œuvre lorsqu'il s'agit de prouver un lien direct avec les meurtres et assassinats de manifestants (près de 70 depuis qu'il est à la tête du pays), mais en tant que Ministre de la Défense, donc hiérarchiquement responsable des gendarmes, ceux qui tuent les manifestants.

En outre, l'absence d'enquêtes lors de ces crimes constitue un élément à charge supplémentaire. Disons que pour le moment, Alpha Condé est protégé par une immunité, d'autant que ses complices directs2, ne sont pas encore en mesure de se retourner contre lui.

Des affidés sans honte

Le plus incroyable – on marche sur la tête - est que ce sont les « délinquants » du RPG cités plus haut, qui se sont associés à ce dossier pour porter plainte au TPI de Dixinn, sans aucune gêne, pour la réponse d'Ousmane Gaoual Diallo à leurs propos inadmissibles.

Il est vrai que la réponse du député est tout aussi scandaleuse, même si le contenu est de plus en plus partagé par une frange elle aussi de plus en plus importante de Guinéens – évitons l'hypocrisie. Même s'ils répondent aux agressions verbales des 4 dirigeants du RPG, ces propos peuvent et doivent être sanctionnés – au moins pour le principe -, car de tels propos exprimés publiquement par des hommes politiques sont indignes. Par ailleurs, il est inutile de se mettre au niveau de tels individus malfaisants, qui n'ont aucune utilité et dont c'est l'unique vocation. Enfin la responsabilité pénale est individuelle et ne concerne donc pas les familles respectives de ces individus.

En réaction à ce double scandale (des déclarations incendiaires de RPGistes et l'absence de réaction du Procureur, voire du Ministre de la Justice), il faut aussi que l'UFDG porte plainte pour les mêmes motifs que ceux reprochés à Ousmane Gaoual Diallo, à savoir :

  • menaces de mort sur les manifestants,
  • diffamation du chef de l'opposition,
  • manœuvres (organisation de contre-manifestations) et actes de nature à compromettre la sécurité publique ou à occasionner des troubles politiques graves ou à jeter le discrédit sur les institutions constitutionnelles ou leur fonctionnement.

Pourquoi plusieurs affaires ? il y a un dossier pour outrage au chef de l'État et un dossier concernant les dirigeants du RPG. Cela permet de multiplier les actes de procédure, d'augmenter les délais de garde à vue (car ils sont renouvelables), de sorte que l'humiliation et/ou l'intimidation du député est de mise. Parce que franchement, quel est l'intérêt de garder quelqu'un en garde à vue dans une affaire aussi limpide ?

À propos d'immunité et de flagrance

Je n'insisterai pas sur ces notions, je l'ai déjà fait il y a un an à propos de la première affaire d'Ousmane Gaoual Diallo, mais je tiens à corriger certaines déclarations un peu trop rapides, ou erronées surtout lorsqu'elles viennent de juristes censés former nos futurs hauts fonctionnaires !!!

On peut discuter de la réalité du délit d'outrage (voir ci-dessus), en revanche la flagrance est réelle, et un à 2 jours constituent un délai raisonnable, d'autant qu'en Guinée, ce délai peut durer 10 jours voire davantage dans certaines conditions. En France le délai de flagrance peut-être prolongé à 8 jours, voire de façon tout à fait exceptionnelle à 15.

De même si l'immunité parlementaire est un principe constitutionnel, elle ne s'exerce pas dans tous les cas, et notamment en cas de flagrance. Un flagrant délit permet en effet de poursuivre un député comme un justiciable « normal », sans l'intervention du Bureau de l'Assemblée Nationale.

Quel est le problème, alors ?

Comment comprendre que des hauts cadres du RPG se livrent en toute impunité à des menaces, à des accusations graves et diffamatoires contre le Président de l'UFDG, allant jusqu'à lui attribuer l'intention de préparer un coup d'État militaire ?

Comment interpréter l'indifférence des autorités administratives et judiciaires face à la décision assumée par le RPG, de recruter et d'entretenir des milices privées et des jeunes contre-manifestants en vue de s'opposer par la force aux marches pacifiques de l'opposition ?

Comment interpréter cette justice à 2 vitesses, qui signifie que pour un même fait, les résultats soient différents, bref une impunité totale. Tout le monde se rappelle que lorsqu'Alpha Condé s'en était pris à l'ethnie malinkée en Mai 2016, Ousmane Kaba avait indiqué que « Alpha Condé a bu de l'alcool... Un buveur dit toujours ce qui est dans son cœur ». Le procureur n'a pas considéré qu'il s'agissait d'outrage au chef de l'État.

De même Alpha Condé prononce souvent des propos aussi graves au siège du RPG, comme l'a fait Ousmane Gaoual Diallo à l'UFDG. Donc n'étant dans aucune fonction officielle de chef d'État, Alpha Condé s'exprime en tant que président du RPG (ce qui est anticonstitutionnel en vertu de l'article 38 de la Constitution), mais manifestement cela ne dérange aucun procureur.

Comme le rappelle Benn Pépito, dans sa dernière production, Bantama Sow est l'auteur de la menace suivante faite devant ses partisans : « Mr le PM, nous sollicitons auprès de vous de dire au président de la république de faire respecter la loi dans toute sa rigueur. Il y a des partis loubards dirigés par des leaders loubards. Ils pillent, ils cassent, ils brûlent, ils brisent. Les forces de sécurité n’en sont pour rien... Désormais », poursuit-il, « jeunes de l’arc-en-ciel, si un jeune loubard dirigé par un parti loubard s’attaque à nous, nous allons le poursuivre jusque chez lui. « Ils doivent savoir que la récréation est terminée. Désormais, c’est dent pour dent et œil pour œil ».

???

Quid de l'UFDG ?

Par ailleurs, il va falloir que l'UFDG imagine d'autres réactions plus efficaces que ses déclarations stériles, voire des manifestations tuées dans l’œuf.

Dans sa déclaration de réaction à la garde à vue de son député, l'UFDG se plaint que les auteurs et commanditaires des crimes et délits commis à Banankoro et plus récemment à Mali se promènent librement alors que les responsables de l'UFDG de Koundara sont arbitrairement détenus et sans jugement depuis bientôt un an. C'est entièrement vrai, mais à part prendre en charge les familles – ce qui est un minimum – qu'a fait l'UFDG sur le plan judiciaire ? Absolument rien. Et après 6 ans de régime d'Alpha Condé, elle espère encore que celui-ci va évoluer favorablement, alors que justement son régime va se crisper de plus en plus.

Quant aux manifestations, que se passera t-il si comme les dernières l'ont montré, les leaders sont confinés à leur domicile ?

On espère que l'affaire d'Ousmane Gaoual Diallo va montrer à certains leaders, qu'ils ne sont pas à l'abri de violations de leurs droits dans la démocrature d'Alpha Condé, et que cet épisode leur servira de leçon…

Et la suite ?

Concernant l'affaire Ousmane Gaoual Diallo proprement dite, il y a plusieurs solutions possibles, de la plus dure (une peine de prison ferme possible mais risquée à l'orée de la manifestation du 10 Août), à la plus souple (une nouvelle sanction avec sursis, avec mise à l'épreuve cette fois). Je ne rentre pas dans le détail pour le moment, car de nombreuses conditions entrent en ligne de compte et des vices de procédure sont susceptibles d'exister, qui pourraient remettre en question le jugement.

Il est certains toutefois que si l'opposition ne réagit pas avec les outils qui conviennent, la société civile au sens large (pas celle de Guinée) devra prendre ses responsabilités pour faire ce que cette opposition s'évertue à ne pas faire… avec constance.

Une sanction contre le député est normale, mais elle doit être de principe, car elle ne paraîtra admissible aux yeux de TOUS les Guinéens, que pour autant que l'équité soit observée, ce qui est loin d'être le cas. Et dès lors que la violence des propos récents a pour conséquence une radicalisation des positions des uns et des autres, il faut être prudent. Personne n'a intérêt à ce que la situation s'envenime (notamment le gouvernement), d'autant que l'économie va de plus en plus mal – contrairement aux déclarations fantaisistes du gouvernement. Or on sait qu'en Guinée les populations se moquent des droits de l'homme, des libertés publiques et de démocratie… qui n'intéressent que les intellectuels, mais en revanche des difficultés économiques conjuguées à un blocage politique peuvent susciter des réactions incontrôlables.

La bouteille d'eau se remplit progressivement, donc attention à la goutte qui ferait déborder le vase, attention à l'étincelle que pourrait constituer l'accumulation sans fin d'injustices… flagrantes.

Donc le VRAI procureur serait avisé de constater qu'il y en a marre et que trop c'est trop...

Gandhi, citoyen guinéen

« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace ». (Robespierre, Discours sur la liberté de la presse, Mai 1791)

1Se dit d'une personne qui a du mal à entendre.

2 Et notamment Abdoul Kabélé Camara, Mouramani Cissé, Mamadouba Toto Camara et Mohamed Diané.

Urgence pour notre Justice malade (Alpha Saliou Wann)

Actualités de Guinée Conakry, 10/08/2016. www.nrgui.com. Nouvelle République de Guinée. L'affaire Ousmane Gaoual Diallo a suscité une controverse entre les spécialistes du droit en Guinée. Ce fût d'abord les avocats d'Ousmane Gaoual et le populaire juriste Mohamed Camara qui contesteront la décision du procureur de la République d'avoir engageé des poursuites de flagrance contre le député en arguant qu'il n'y a pas de flagrant délit. Puis, ce sont les avocats des responsables du RPG et enfin les magistrats du parquet dans leurs conférences de presse de confirmer qu'il y a bel et bien flagrant délit. Nous étions confus.

Toutefois, j'ai confronté les arguments de ceux qui confirment le flagrant délit aux arguments détaillés du doyen Elhajj Saidou Nour Bokoum dans son article Ousmane Gaoual ou l'ordre judiciaire dans le Titanic publié sur son sitenrgui.comet ceux du juriste Ibrahima Sory Makanera dans son article Affaire Ousmane Gaoual : Quand le parquet de Conakry au grand complet confond "le flagrant délit " et "l'enquête de flagrant délit " publié sur le site Le guepard.net

J'avoue que j'ai été plutôt convaincu par les arguments de ces deux derniers.

Ce qui me fait penser que soit nos magistrats sont incompétents, soit ils se croient obligés d'obéir aux injonctions du pouvoir en tordant le droit par des interprétations qui ne tiennent pas, car comme le reconnaît le porte-parole du ministère de la justice M. Ibrahima Beavogui, "Ce n'est pas tous les juristes qui peuvent faire une interprétation des lois...Surtout, le droit pénal est d'interprétation stricte. C'est-à-dire qu'il ne faut pas aller au-delà de ce que le législateur a dit". Or, curieusement, c'est le parquet sensé bien interpréter ce que le législateur a dit qui va au-delà dans ce cas précis. Ils confondent certainement à dessein flagrant délit et enquête de flagrant délit.
Comme il est établi, selon l'interprétation stricte de l'article 50 du Code de procédure pénale guinéen qui définit le flagrant délit, qu'il n'y a pas dans cette affaire de flagrant délit, et par conséquent, le député Ousmane Gaoual Diallo ne doit pas être convoqué, arrêté ou jugé sans la levée préalable de son immunité parlementaire conformément à l'article 65 de notre Constitution.

Ce n’est pas une première en Guinée où en 1998, les députés de l'UNR Bâ Mamadou, Mamadou Barry, Thierno Ousmane Diallo et le député du RPG Alpha Condé tous incarcérés sans que leur immunité parlementaire ait été levée.
En droit, la forme commandant le fond, et en raison des vices de procédure constatés dans ce dossier, le juge aurait dû purement et simplement classer cette affaire en prononçant un non-lieu.

Nous ne pouvons pas continuer à subir les conséquences d'une justice inféodée au pouvoir exécutif. C'est une situation extrêmement grave que nous vivons depuis l'indépendance de notre pays en 1958. Le mal vient de  loin.
L'indépendance Judiciaire est l'élément fondamental de la primauté du droit, car elle donne au public la confiance dans une application impartiale et équitable des lois. Nulle part cet intérêt n'est plus évident que dans la protection judiciaire des droits de l'homme. Nous savons tous que cette confiance du public n'a jamais existé en Guinée depuis 1958. En effet, dès l'indépendance, le chef de l'exécutif s'est employé à domestiquer les deux autres pouvoirs législatif et judiciaire, ce qui a ouvert la voie au viol systématique de tous les droits humains dans notre pays jusqu'à nos jours. Voici ci-dessous quelques articles de notre Constitution du 10 novembre 1958 dont le non respect est une preuve éloquente de la dérive dictatoriale des dirigeants Guinéens. Il faut rappeler que ces articles ont été repris par les constitutions de 1990 et 2010.
Article 10 : aucun membre de l'Assemblée Nationale ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé à l'occasion des opinions ou vote émis par lui dans l'exercice de ses fonctions.
Article 11 : Sauf en cas de flagrant délit, un membre de l'Assemblée nationale ne peut, pendant la durée de son mandat, être poursuivi en matière criminelle qu'avec l'autorisation de l'Assemblée.
La détention ou la poursuite d'un député est suspendue si l'Assemblée le requiert.
Article 35 alinéa 4 : Dans l'exercice de leurs fonctions judiciaires, les juges n'obéissent qu'à la loi.
Article 36 : Les audiences de juridiction sont publiques, sauf dans les cas particuliers prévus par la loi.
Le droit à la défense est reconnu à l'accusé
Article 37 : L'autorité judiciaire, gardienne de la liberté individuelle assure le respect des droits des citoyens dans les conditions prévues par la loi.
Article 40 : Les citoyens de la République jouissent de la liberté de parole, de presse, de réunion, d'association, de cortège et de manifestation dans les conditions prévues par la loi.
Article 42 : Nul ne peut être arbitrairement détenu.
Article 43 : Le domicile des citoyens de la République de Guinée est inviolable.
Le secret de la correspondance est garanti par la loi.
Article 45 : Tout acte de discrimination raciale, de même que toute propagande à caractère raciste ou régionaliste sont punis par la loi.Aucun de ces articles de la Constitution de 1958 et leurs équivalents des Constitutions de 1990 et 2010 n'ont été respectés en Guinée. Sur la base de ces textes et de leurs actes liberticides, qui peut contester la forfaiture morale et politique des dirigeants qui se sont succédé à la tête de notre pays?

En violation de la Constitution, l'Assemblée Nationale, sur instruction du chef de l'exécutif, s'est érigée en tribunal pour condamner à mort des centaines de Guinéens sans leur présence et la défense de leurs avocats. Des milliers de Guinéens fuyant la misère et les persécutions ont été froidement abattus à nos frontières sous le régime PDG. En 1984, on avait crié "Plus jamais ça», malheureusement dès 1985, des dizaines d'officiers accusés de coup d'Etat et les anciens bourreaux du PDG furent sommairement exécutés sans procès. En 2007, ce sont des centaines de jeunes manifestants qui furent massacrés par l'armée. La commission d'enquête constituée à cet effet pour faire la lumière sur ce crime abominable a été empêchée par le pouvoir de faire son travail. Ce crime est entré dans l'oubli. Ce qui a permis à l'armée de récidiver en massacrant encore le 28 septembre 2009 les manifestants. Une preuve de plus de la domestication du Judiciaire par l'Exécutif, malgré l'inculpation des officiers militaires par la justice, Alpha Condé n'en a cure, il les maintient en fonction et fait obstruction à la justice. Comme pour le massacre de 2007, il espère que celui de 2009 finira aussi dans les placards de notre amnésie nationale. Les dizaines de jeunes assassinés ces cinq dernières années et les villageois de Zowota tués dans leur sommeil nous rappellent que nous n'avons pas encore fini avec nos démons de la violence d'Etat que certains veulent masquer dans une malhonnête opération de réconciliation nationale sous le contrôle de nos bourreaux.

A la lumière de ce passé et présent sanglants, nous voyons bien que personne n'est à l'abri de la fureur meurtrière d'individus sans foi ni loi.

Nous constatons aussi les graves conséquences d'un Judiciaire aux ordres.
Alexandre Hamilton, l'un des auteurs de la Constitution américaine, dans l'article 78 des "Federalist papers", défend le rôle du pouvoir judiciaire dans la structure constitutionnelle. Il y soutient "qu'il n'y a point de liberté si la puissance de juger n'est pas séparée de la puissance législative et de (la puissance) l’exécutive (...) La liberté n'a rien à craindre du Judiciaire seul, mais surtout à craindre de son union avec l'un des deux autres pouvoirs".

En Guinée, il faut être aveugle pour ne pas voir où nous a menés la confusion de ces trois pouvoirs entre les mains d'un seul : des milliers de vies humaines brisées et la faillite morale et économique de notre pays.

Lors de la première conférence de presse annonçant la création de notre parti L'Alliance des Forces Démocratiques (AFD) le 20 octobre 2014, j'ai insisté sur la nécessité d'une vaste réforme de la Justice. Nous devons engager de profondes réflexions sur l'organisation générale de notre système judiciaire et sur sa place dans notre Constitution. D'ores et déjà, pour garantir l'indépendance du Judiciaire par rapport à l'Exécutif, le président de la République et le ministre de la Justice doivent être exclus respectivement de la présidence et de la vice-présidence du Conseil Supérieur de la Magistrature ou de toute autre future institution supervisant notre appareil judiciaire.
Ce sont les deux principes essentiels d'indépendance et de responsabilité du Judiciaire qui doivent garantir la primauté du droit.

C'est une question de vie ou de mort pour nous tous, mais aussi elle conditionne notre développement économique. Mais le pessimisme est permis dans la mesure où notre classe politique dans son ensemble, ne nous encourage pas à croire à leur farouche volonté d'instaurer un Etat de droit, car les vœux pieux ne suffisent pas. C'est un problème de fond qui interpellent tous les acteurs de notre société sur notre ferme volonté de mettre fin à ce système hideux qui a détruit notre pays.

Alpha Saliou Wann

Déclaration officielle de l'UFDG suite à la convocation du dépunité uninominal, Ousmane Gaoual

Nous avons été informés de la convocation de l’Honorable Ousmane Gaoual Diallo par les autorités judiciaires avec semble-t-il l’intention de le mettre en état d’arrestation. Il serait reproché au député de l’UFDG, d’avoir tenu des propos considérés comme outrageants à l’endroit du Chef de l’Etat.
La Direction Nationale de l’UFDG profondément choquée par cette décision arbitraire qui ne vise qu’à neutraliser un adversaire politique et affaiblir l’Opposition.
Sinon comment comprendre que des hauts cadres du RPG arc en ciel se livrent en toute impunité à des discours antirépublicains, des menaces et des accusations graves contre le Président de l’UFDG, allant jusqu’à lui attribuer l’intention de préparer un coup d’Etat militaire.
Comment interpréter l’indifférence des autorités administratives et judiciaires face à la décision assumée par le RPG, de recruter et d’entretenir des milices privées et des jeunes contre-manifestants en vue de s’opposer par la force aux marches pacifiques de l’Opposition Républicaine.
Comment expliquer que les auteurs et commanditaires des crimes et délits commis à Banankoro et plus récemment à Mali se promènent librement alors que les responsables de l’UFDG de Koundara sont arbitrairement détenus et sans jugement depuis bientôt un an.
L’instrumentalisation de la justice pour intimider les responsables de l’UFDG et affaiblir l’Opposition devient de plus en plus évidente ; cette volonté de faire taire l’honorable Ousmane Gaoual Diallo n’en est qu’une autre illustration.
L’UFDG condamne énergiquement cette justice à deux vitesses et ces pratiques d’un autre âge qui constituent des violations flagrantes des règles et des principes de l’Etat de droit.
La Direction Nationale de l’UFDG attire l’attention du peuple de Guinée et de la communauté internationale sur cette situation préjudiciable à la paix sociale et à l’unité nationale.
L’UFDG invite tous ses militants et sympathisants à rester mobilisés pour la défense des droits de l’Honorable Ousmane Gaoual et de tous les citoyens victimes de l’instrumentalisation de notre justice

Conakry, 02 Août 2016

La Direction Nationale de l’UFDG