Plus de 3 000 livres appartenant à Doris Lessing, prix Nobel de littérature en 2007, ont été légués à la plus grosse bibliothèque de la ville d'Harare, au Zimbabwe. La famille de la romancière britannique a annoncé le transfert prochain de ces ouvrages, qui sera effectué par l'ONG Book Aid International. L'écrivaine, disparue en novembre 2013 à l'âge de 94 ans, était propriétaire d'une « merveilleuse variété de livres de référence, essais, documents, romans, poésie, biographies et livres d'histoire », selon l'équipe de l'ONG. Une collection dans laquelle figurent notamment Au pays, de Tahar Ben Jelloun (Gallimard, 2009), ou encore La Mort intime, de Marie de Hennezel (Laffont, 1995).
Le maire d'Harare, Bernard Manyenyeni, a manifesté son contentement par voie de presse : « Cela nous réchauffe le cœur de savoir que Doris Lessing, par ce geste magnifique, témoigne de son amour pour notre pays par-delà la mort », a-t-il déclaré.
ENFANCE AFRICAINE
Ce legs vient sans doute clore une histoire longue et compliquée entre Doris Lessing et le Zimbabwe. L'auteure du Carnet d'or (publié chez Albin Michel en 1976, prix Médicis du roman étranger la même année), y avait passé ses jeunes années, de 1925 à 1949, alors que le pays, à l'époque colonie britannique, s'appelait encore la Rhodésie du Sud. Il est d'ailleurs le théâtre de son premier roman, en 1950, Vaincue par la brousse (édité en France chez Flammarion en 2007). Doris Lessing y retourne en 1956, mais sera interdite de séjour pour avoir critiqué le régime.
En 1982, elle est de nouveau autorisée à s'y rendre ; elle consignera ses observations dans Rires d'Afrique : Voyages au Zimbabwe, paru en France en 1993 (Albin Michel). En 2002, lors du Festival de littérature d'Edimbourg, la romancière, à l'époque âgée de 82 ans, avait, avec sa franchise légendaire, vivement critiqué le régime de Robert Mugabe : « Ce qui se passe au Zimbabwe est terrible », avait-elle déclaré, affirmant que la plupart des gens, dans le pays, estimaient que le dictateur zimbabwéen était « fou ».
Doris Lessing, auteure de plus de soixante ouvrages, était très sensible au manque d'ouvrages disponibles dans les écoles et les bibliothèques du Zimbabwe. Elle avait longuement abordé la question lors de son discours de réception du prix Nobel de littérature. Un texte où elle évoque des souvenirs de son voyage du début des années 1980, faisant part de sa tristesse à la vision de ces écoles démunies : « Il n'y a pas d'atlas, pas de globe terrestre, pas de manuels scolaires, pas de cahiers ni de stylos-billes ; la bibliothèque ne contient pas le genre de livres qu'aimeraient lire les élèves, seulement des ouvrages de rebut des bibliothèques des Blancs », écrit-elle, ajoutant : « Afin d'écrire, afin de s'engager en littérature, il doit exister une relation intime avec les bibliothèques, les livres, avec la Tradition. »
Chaque année, Book Aid International envoie plus de 50 000 livres au Zimbabwe, ce qui représente, selon l'ONG, près de 80 % du fonds des bibliothèques, écoles et universités du pays.
