Une femme, dite la « Vénus noire », tournant sur un podium, exhibée aux regards comme un phénomène de foire. Une « odalisque » assise nue sur le lit de la chambre d’un officier français à Brazzaville, chaîne au cou. Une autre femme, tenant dans ses mains un panier rempli des mains coupées par le colonisateur belge aux esclaves qui ne rapportaient pas leur quota de latex…
Depuis 2010, l’artiste sud-africain, blanc de peau, Brett Bailey, à la fois metteur en scène et plasticien, présente dans toute l’Europe Exhibit B, une série de douze tableaux-performances représentant des scènes issues de l’histoire coloniale et postcoloniale. Troublante, dérangeante, l’œuvre l’est d’autant plus que les performeurs noirs présents dans ces tableaux vivants mettent le spectateur/visiteur (blanc, en grande majorité) en position de voyeur : obligé de regarder en face une histoire coloniale encore mal digérée. Mais obligé, aussi, de regarder ces performeurs noirs (amateurs, et recrutés localement) comme leurs ancêtres l’ont été dans les « zoos humains » et les foires jusqu’au début du XXe siècle.
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Depuis quatre ans, l’installation a été présentée un peu partout en Europe, à Vienne (Autriche), à Bruxelles, à Avignon (Le Monde du 15 juillet 2013), à Paris (au 104, en novembre 2013), sans faire l’objet de polémiques. Partout elle a été un choc émotionnel. Le public n’avait – à juste titre – pas le moindre doute sur le sens du message délivré par l’artiste quant à l’idéologie colonialiste.
Mais à Berlin, déjà, en octobre 2012, certaines formations d’extrême-gauche se sont émues de la position dans laquelle se retrouvaient les performeurs. La controverse a véritablement commencé quand Exhibit B est arrivé au Royaume-Uni, au Festival d’Edimbourg en août, puis à Londres, où l’installation devait être présentée au Barbican Centre en septembre, et où elle a été déprogrammée à la suite de pressions accusant l’œuvre de racisme.
Une pétition pour interdire l’œuvre
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La suite : Le Monde
Fabienne Darge
Journaliste au Monde
