Le Musée de l’histoire de l’immigration sort de la clandestinité
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- Catégorie : Culture
- Mis à jour le mercredi 17 décembre 2014 11:23
- Publié le lundi 15 décembre 2014 22:49
- Écrit par Carine Fouteau
Un dossier de Médiapart
Méconnu et peu fréquenté, le Musée de l'immigration attend depuis sept ans d'être inauguré. François Hollande devrait y remédier ce lundi en y prononçant un discours sur l'immigration. L'ex-président du conseil d'orientation Jacques Toubon a laissé à son successeur Benjamin Stora un établissement en piteux état.
Voilà sept ans que le Musée de l’histoire de l’immigration, ex-Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI), situé en bordure du bois de Vincennes dans le XIIe arrondissement de Paris, attend ce moment. L’offense d’une ouverture au public sans reconnaissance officielle devrait être réparée ce lundi 15 décembre, à 18 h 05 précises selon le programme prévisionnel de l’Élysée. François Hollande doit s’y rendre, accompagné de Bernard Cazeneuve, ministre de l’intérieur, et de Fleur Pellerin, ministre de la culture, pour prononcer un discours sur l’immigration, l’un de ses premiers sur le sujet. À cette occasion, il dévoilera la plaque inaugurale. Enfin.
La façade du musée, alors Cité nationale de l'histoire de l'immigration, en 2008.
Le président de la République sera-t-il le sauveur de cet établissement public marqué par une existence quasi clandestine ? Le nouveau président du conseil d’orientation (chargé de fixer les grandes orientations), l’historien Benjamin Stora, proche du chef de l’État, saura-t-il éviter le naufrage à ce « musée fantôme à la dérive », comme le qualifiait son collègue Pascal Blanchard dans un article du Monde, qui, en 2010, constatait la désaffectation du public ? En 2014, les lieux restent méconnus, peu fréquentés, sans influence.
S’il est peu probable que le geste symbolique que représente l’inauguration infléchisse (dans un sens ou dans l'autre) le nombre de visiteurs, il constitue un préalable. La proximité du président de la République avec Benjamin Stora, nommé en août 2014 en remplacement de Jacques Toubon lui-même désigné Défenseur des droits, n’est pas étrangère à ce revirement. Jusqu’à présent, la défiance des pouvoirs publics a empêché le musée d’assumer le rôle qui lui a été confié par ses concepteurs : présenter la réalité du « creuset français », selon l’expression de l’historien Gérard Noiriel, donner aux immigrés la place qui leur revient dans la construction de la nation, faire de l’immigration une fierté.
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Par Carine Fouteau
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Après une quinzaine d’années de gestation, la Cité a été lancée au pire moment pour elle. En 2007, Nicolas Sarkozy remporte l’élection présidentielle après avoir fait campagne en défendant l’idée d’une identité nationale mise en péril par l’immigration. S’ensuit la création d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale, compris comme la volonté d’opposer deux termes que le musée se donne pour mission de rapprocher. En signe de protestation, plusieurs des historiens les plus importants du dispositif – Nancy Green, Gérard Noiriel, Patrick Simon et Patrick Weil entre autres – démissionnent du conseil scientifique.
Sans soutien politique, le musée perd aussi sa substance intellectuelle. Principalement financé par le ministère honni, il ouvre ses portes, en toute discrétion, le 10 octobre 2007. Le public n'est toujours pas au rendez-vous. Personne ne le conteste, y compris Benjamin Stora. « Quand on se promène dans les couloirs, on ne voit pas grand monde. C’est un problème », admet-il évoquant 100 000 visiteurs annuels. Un chiffre difficile à vérifier depuis la fusion des caisses du musée avec celles de l’Aquarium logé au sous-sol dans le même bâtiment art-déco, le Palais de la porte Dorée, qui a accueilli l’Exposition coloniale de 1931, avant de devenir le Musée des colonies puis le Musée des arts d’Afrique et d’Océanie. Les agents aux guichets sont les premiers à reconnaître que les requins font plus recette que les immigrés. « La valise d’une réfugiée espagnole attire moins qu’un autoportrait de Rembrandt », observait de son côté Jacques Toubon en comparant la fréquentation des autres musées nationaux comme le Louvre, Versailles ou le Quai Branly.
« On part de bas, on part de zéro », insiste Benjamin Stora qui se désole de l’absence de signalisation dans la station de métro à proximité. Sur le plan de la RATP listant les musées incontournables, le Musée de l'immigration n’apparaît pas. Les cars de touristes n’ont aucune raison de s’y arrêter car les tour-opérateurs ne l’inscrivent pas dans leur programme. Les expositions font rarement l’objet de recensions dans la presse. Et quand les journaux s’emparent du sujet, c’est pour constater que Luc Gruson, directeur général (chargé de la gestion managériale) nommé lors de la mandature de Nicolas Sarkozy, est un proche de la famille de Carla Bruni-Sarkozy. Mauvaise publicité.
La gestion par l’établissement de la longue occupation par plusieurs dizaines de sans-papiers en octobre 2010 participe à brouiller l’image du lieu. Contre-ministère de l’immigration ? Aux ordres après la décision de faire appel aux policiers pour déloger les grévistes ? Certains visiteurs ayant trouvé portes closes ne reviennent pas. D'autres pensent pouvoir y faire renouveler leurs visas.
« L'histoire de l'immigration en France est ghettoïsée »
(…)
A suivre à Médiapart
Par Carine Fouteau

