Sur scène, Pierre Kwenders porte la tenue de son pays de naissance, la République démocratique du Congo (RDC), et chante en lingala, en français et en anglais. Ce dimanche 5 avril, le chanteur né à Kinshasa et vivant au Québec jouera sur scène au festival Chorus des Hauts-de-Seine son premier album, Le Dernier Empereur bantou, publié en 2014 au Canada. Tout au long de ses onze morceaux, il ne cesse de faire le grand écart entre la rumba congolaise, le rap, l’électro et la musique acadienne.
Elancé, des dreadlocks attachées en chignon, le musicien et son « afro-futurisme » se sont déjà fait remarquer au Québec, où il a été nommé aux Victoires de la musique locales, les Juno, mais aussi en France, aux dernières Transmusicales de Rennes : « L’afro-futurisme est un mot que j’ai inventé pour définir ma musique, expliquait-il le 2 avril. Je ne peux échapper à mes racines africaines ni au multiculturalisme canadien. Je vis dans la modernité, dans le futur, l’électro. »
Quand il n’est pas sur scène, Pierre Kwenders travaille pour le fisc québécois à Laval et fait le DJ dans des soirées afro house de Montréal, mixant l’électro venue d’Afrique du Sud, du Nigeria, du Ghana ou de l’Angola : « Eh oui, s’amuse t-il, on n’a pas d’intermittence du spectacle au Canada ! »
De son vrai nom José Luis Modabi, ce fils de fonctionnaires congolais a rejoint sa mère à Montréal à l’âge de 16 ans. Il apprend par cœur, en deux mois, l’histoire de la province du Québec et s’inscrit dans une chorale catholique de la communauté congolaise.
A l’université, il rencontre les membres acadiens du groupe de rap Radio Radio, venus, eux, du Nouveau-Brunswick, et finira par travailler avec le compositeur du groupe, Alexandre Bilodeau dit « Nom de plume ». Ouvert à toutes les musiques, le Congolais craque pour un hymne célébrant le Mardi gras dans la communauté cajun – ces descendants d’Acadiens déportés en Louisiane au XVIIIe siècle. Le titre est remixé à la mode hip-hop, les violons cajuns étant mis en valeur par le chant en lingala de Kwenders et le rap de Jacobus de Radio Radio.
Comptine amérindienne
Fort de ce succès, le chanteur enrichit sa recette. Ses collègues au fisc lui font découvrir Ani Kuni, une comptine amérindienne qu’il reprend en version électrifiée.
Après deux EP en 2013, son album en 2014 est aussi une tentative de faire découvrir aux jeunes Canadiens la musique et l’actualité de la RDC, avec des chansons comme Cadavere, évoquant les enfants soldats, ou Kuna Na Goma, dénonçant les atrocités dans l’est du pays. « J’ai appelé mon album Le Dernier Empereur bantou, dit-il, pour attiser la curiosité des gens sur l’histoire de l’Afrique. Au Canada comme en Europe, on ne parle pas de ce qui s’est passé avant la décolonisation. » Un afro-futurisme tout de même bien ancré dans son passé.
Le 5 avril à 18 heures, au Festival Chorus des Hauts-de-Seine, Esplanade de la Défense. Tél. : 01-47-74-64-64. Le 7 avril à 20 heures au Plan, 1, avenue Louis-Aragon, Ris-Orangis (93). Tél. : 01 69 02 09 19. Le Dernier Empereur bantou (Bonsound) disponible sur les plates-formes de téléchargement payant.
