Les Etats-Unis et le mythe de l’homme noir en colère

 

Le président Barack Obama à Bethesda, Maryland, le 2 décembre 2014Le président Barack Obama à Bethesda, Maryland, le 2 décembre 2014

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, l'élection du premier président noir de l’histoire des Etats-Unis a fait remonter un racisme latent aux USA. Mais comment expliquer une telle flambée de violence et de telles manifestations réclamant l’égalité entre Blancs et Noirs au pays d’Obama ?

Un Noir à la Maison Blanche. Pour beaucoup, le symbole était fort, historique. Le gage d’une Amérique qui voulait redevenir un modèle de société pour le reste du monde. Mais tout le monde ne voyait pas les choses comme ça. Chez les Républicains notamment, la pilule n’est jamais vraiment passée. Obama « le socialiste» (ce qui aux USA équivaut à dire dangereux anarchiste) ; Obama qui « dévalue la fonction présidentielle ». Voilà les critiques les plus courantes que l’on peut entendre depuis des années.

Mais au fond, ce qu’ils ne disent pas franchement, c’est que voir un Noir à la Maison Blanche, ça les débectent. Dernier exemple en date : la semaine dernière, la responsable de communication du parti républicain a critiqué les filles Obama, qui se «tenaient mal lors des fêtes de Thanksgiving » : « Habillez-vous comme si vous méritiez le respect, pas comme si vous étiez au bar » a-t-elle écrit. Comme si vous méritiez le respect ; on voit que dans son esprit, ça ne va pas soi.

Le racisme est là. Mais les récentes affaires policières ont en plus  appuyé sur un mythe profondément ancré dans les subconscients aux USA : « The angry black man ». L’homme noir en colère, l’esclave qui se libère de ses chaines et se venge des Blancs. Le célèbre joueur de basket américain Charles Barkley, armoire à glace des parquets américains, avait d’ailleurs intitulé ses mémoires Je ne suis pas un homme noir en colère. Mais l’idée qu’un grand Noir est potentiellement dangereux parce qu’il a un compte à régler avec les Blancs reste profondément enracinée dans les mentalités. Au fond, un Noir est un individu dangereux.

Dans les affaires récentes de violences policières, la thèse de la légitime défense a toujours été retenue. Même surarmés, même plus nombreux, les policiers « ont eu peur ». Voilà ce que l’on entend dans les grands jurys qui les disculpent. La vidéo d’Eric Gardner qui tourne sur Internet est explicite. Il écarte les mains, n’est pas armé mais c’est un colosse noir et les policiers se jettent sur lui comme s’il était un danger public.

Un homme noir en colère parvenu à la Maison Blanche : voilà l’image qu’Obama voulait à tout prix éviter. D’où sa présidence très cool et les concerts où la jet set black se retrouvait à chanter en cœur. Mais les a priori ont la vie dure.

Méditez ce chiffre. Aux Etats-Unis, 2% des Blancs se disent prêts à vivre dans un quartier noir. Mais seuls  5% des Noirs sont prêts à vivre dans un quartier blanc ! Dans son livre La marche vers la liberté, Martin Luther King écrivait : « Souvent, les hommes se haïssent les uns les autres parce qu'ils ont peur les uns des autres ; ils ont peur parce qu'ils ne se connaissent pas ; ils ne se connaissent pas parce qu'ils ne peuvent pas communiquer ; ils ne peuvent pas communiquer parce qu'ils sont séparés. ». C’était en 1958.

Olivier Ravanello 

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