Abdul-Rahman Ibrahim ibn Sori

Abdul-Rahman IbrahDans la série de ces musulmans noirs africains devenus esclaves, voici le portrait du premier d’entre eux, Abdul-Rahman Ibrahim ibn Sori.

Aussi appelé Abd ar Rahman of Mississipi, il est né en 1762, à Timbo, dans le Fouta Djalon, l’actuel Guinée.

Très jeune, il partit étudier à Timbuktu, au Mali, avant de servir dans l’armée de son père.

Alors prince en sa contrée, remportant une bataille qu’il dirigeait, il fut capturé sur le chemin du retour et vendu pour finir dans une plantation de coton au Mississipi. Racheté par Thomas Foster, sa maîtrise de la culture du coton, apprise en Afrique, fit qu’il devient rapidement indispensable pour ce dernier. Si indispensable que son »maître » refusera de céder aux avances du Dr Cox, plaidant pour sa libération. Ce dernier, chirurgien irlandais travaillant sur un bateau anglais, dut, à cause de sa maladie, rester à terre un temps.

Il passera ainsi les dernières années de sa vie, jusqu’en 1826 au sein de la famille d’Abd ar Rahman. En effet, six ans après son arrivée, il s’était marié avec Isabella, une autre esclave de la plantation, et eut neuf enfants.

Il parle alors le mandingo, le bambara et le jallonke. Les premières années seront très difficiles, au point qu’il tentera de s’évader, avant de revenir à la plantation, faute de pouvoir survivre en dehors.

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Image tirée du film TV »Prince among slaves » retraçant sa vie
Les Maures sont à cette époque, bien que musulmans, considérés comme des humains à part entière. Un statut dont les noirs, subsahariens, ne bénéficient pas ou peu. C’est ce qui jouera en la faveur de quelques autres esclaves également.

Le sultan Abd ar Rahman du Maroc parvient à lire la lettre et fait ainsi demander sa libération au président américain Adams. Thomas Foster finira par le libérer en 1829, sans aucun dédommagement, afin qu’il retourne en Afrique parmi les siens.

Avant de partir, avec sa femme, ils parcourent de nombreux États afin de récolter la somme nécessaire au rachat du reste de sa famille. Son ancien propriétaire considère alors que le contrat n’est pas respecté, et l’affaire sera même utilisée contre le président Adams, en sa défaveur, par son successeur Andrew Jackson durant la campagne présidentielle. Dix mois plus tard, la somme n’est toujours pas réunie, leur départ pour Monrovia au Libéria est reporté, mais Abd ar Rahman meurt quelques mois après de fièvre à l’âge de 67 ans, sans avoir revu ses enfants ni sa terre d’origine.

Sa femme parviendra tout de même à racheter deux de ses fils et leur famille et rejoindre Monrovia. Les enfants restés aux États Unis, n’ayant pas eu la possibilité de bénéficier de ce même rachat, finiront dispatchés ici et là, dans différentes plantations, dans tout le Mississipi.

Un portrait d’Abd Ar Rahman est toujours présent dans la Library of Congress, et deux de ces autobiographies ont pu nous parvenir. Un de ses fils se distinguera notamment par des études poussées, quant un autre finira par diriger plus de 2000 hommes dans l’armée en devenant capitaine.

im ibn Sori

ET SI L’ON RENDAIT À L’AFRIQUE SON PATRIMOINE ?

Statues royales, Abomey, Musée du quai Branly, Paris.

Un jour de 2009 qu’il était d’humeur plus grandiloquente que d’habitude, l’ex-président sénégalais Abdoulaye Wade a décidé d’ériger à Dakar un Musée des civilisations noires. Le bâtiment, financé et construit par la Chine, est terminé depuis des mois. S’il n’a pas encore été inauguré, c’est que personne ne sait que mettre à l’intérieur : 90 % des pièces majeures d’art africain classique se trouvant hors d’Afrique.

Inspirés par les procédures de réclamation d’œuvres volées par les nazis ou par la restitution de sarcophages à l’Egypte par de grands musées américains, certains Africains estiment désormais que le continent a besoin de son patrimoine pour avancer. Mais comment le récupérer ?

Il y a d’abord la manière douce, celle de Marie-Cécile Zinsou, directrice de la fondation qui porte son nom à Cotonou. Ses parents, Marie-Christine et Lionel, l’ancien banquier franco-béninois ayant été brièvement premier ministre du Bénin puis candidat malheureux à la présidentielle de mars 2016, ont commencé une collection. « Ils ont peu de pièces, mais les bonnes », dit leur fille de 34 ans dans sa villa de Cotonou. Elle parle du grand Janus dogon, offert en 1966 par Léopold Sédar Senghor à André Malraux, ou du trône de Béhanzin, racheté dans une vente aux enchères en 2004.

Arrêtons-nous un instant sur Béhanzin, onzième roi du Dahomey (1844-1906). Non pas pour la figure de la résistance africaine qu’il incarne désormais, ayant longtemps tenu en échec les armées coloniales françaises, mais parce que sa reddition, en 1894, fut l’occasion d’un pillage important des œuvres du Dahomey. Trônes, tentures, bas-reliefs, portes du palais, récades, armes, autels portatifs, figurines, bijoux, masques et statuettes ont été expédiées en France par le général Dodds et ses hommes et se retrouvent aujourd’hui, en partie, au Musée du quai Branly, qui compte 5 556 objets béninois.

La méthode dure de Sindika Dokolo

Sur eBay, Marie-Cécile a d’abord acheté des cartes postales et des journaux de l’époque. « Et j’ai continué », dit-elle. Sur Facebook, elle cherche les descendants des soldats, légionnaires et tirailleurs sénégalais de Dodds. Elle négocie. « Je leur demande s’ils n’ont pas, dans la cave, au grenier, de vieux objets africains qu’ils aimeraient vendre. » Elle achète deux sacs Ikea d’objets dans un HLM du 20arrondissement de Paris. Et à Rouen retrouve les jarres en cuivre qui servaient à récupérer le sang des sacrifiés de la cour d’Abomey.

CES STATUETTES ONT UN TRAIT COMMUN AVEC LES DICTATEURS AFRICAINS. QUAND IL FAUT LES SOIGNER, C’EST À PARIS QUE L’ON PENSE

Il y a aussi la méthode dure, celle de Sindika Dokolo, banquier et diamantaire, gendre du président angolais José Eduardo dos Santos. M. Dokolo, qui a grandi en Belgique et en France, lance des ultimatums à ceux qui possèdent des objets volés en Angola pendant la guerre civile (1975-2002). Il vient ainsi de récupérer deux masques et une statue. « Je veux leur montrer que nous sommes organisés et que nous irons jusqu’au bout, dit-il en évoquant un marchand d’art parisien qui renâcle. C’est le genre d’attitude méprisante et raciste que j’exècre. »

Il y a enfin la façon radicale, pour l’instant théorique. C’est celle du CRAN, le Conseil représentatif des associations noires de France, que préside Louis-Georges Tin. « Il y a une forme de cruauté à garder des objets qui ont si peu de valeur pour la France, mais tant de valeur pour les Béninois, tout en se prétendant amis », dit-il à propos des collections du Quai Branly. Pour lui, la seule issue honorable est une restitution « complète ». En d’autres mots, vider le musée voulu par Jacques Chirac. Pour l’heure, le CRAN a réuni des lettres des rois traditionnels du Bénin exigeant le retour des œuvres. « Vous imaginez si les Français devaient aller en Allemagne pour voir les reliques de Saint-Denis ou le sceptre de Charles V ? »

Le musée d’Abomey se vide

Pourtant, au Bénin, c’est un autre musée qui se vide, celui d’Abomey, au centre d’un site pourtant classé en 1985 par l’Unesco. Quarante-sept hectares et des palais, construits par 12 rois successifs, autrefois protégés par un large fossé que peuplaient crocodiles, serpents vénimeux et plantes maléfiques. Salles sombres et mal entretenues, vitrines poussiéreuses. La veille de notre visite, une famille de souris a été délogée de la vitrine contenant la tunique d’une amazone, les fameuses guerrières de Béhanzin, dont elle se régalait.

Le directeur, Urbain Hadonou, en fonctions depuis 2004, est assis à l’extérieur, sur un muret. Des écoliers passent, jettent des emballages plastique par terre. On entend du rap nigérian : une fête se prépare dans la cour voisine du palais du roi Ghézo (1818-1868).

Musée d’Abomey au Bénin.

Urbain Hadonou se lamente. « On a eu jusqu’à 30 000 visiteurs par an. Maintenant, à cause d’Ebola, à cause de la géopolitique, à cause des djihadistes, ce n’est plus que le tiers. » Les pièces du musée, aussi, diminuent. Pour les vols les plus importants, comme le sabre de Gou, le dieu de la guerre et du métal, en 2001, des copies ont été faites. Il n’empêche, le musée contient encore des trésors, mal gardés. « Je n’ai que sept gardiens, dit le directeur. Payés au smic, 49 000 francs CFA par mois (75 euros). Il y a deux palais et quatre cours. Je ne peux en mettre qu’un par cour. » La nuit, et parfois le jour, il arrive que ses gardiens s’endorment. « On leur fait des surprises, dit Urbain Hadonou. Si on les trouve, on diminue leur salaire, on fait une mise à pied. » Mais il ne parvient pas à se rappeler la date de la dernière « surprise ».

300 vols en quelques années

L’ennui, quand une pièce disparaît, c’est qu’il n’y a pas d’inventaire photographique du musée pour la rechercher dans les ventes aux enchères. « On a commencé l’inventaire en 2003, dit le directeur. On n’a pas terminé. »

En ville, les mauvaises langues affirment que cet inventaire inachevé sert à préserver le business consistant à vendre des objets du musée. Ce serait de la réserve que les pièces disparaissent le plus fréquemment, 300 en quelques années. « Sans complicité interne, ces vols seraient impossibles », dénonce un personnage bien informé, préférant conserver l’anonymat.

A quelques kilomètres de là, le garage de Gabin Djimassé est plein. Pour combien de temps encore ? Le directeur de l’office du tourisme d’Abomey, 57 ans, reçoit dans son jardin. Il a commencé il y a une trentaine d’année à acheter des statuettes et des objets du culte vaudou aux artisans des palais royaux qui les vendaient sous le manteau aux touristes. Puis aux habitants de toute la région. Avec le temps, sa collection est devenue spectaculaire. Mais elle se détériore. « Les statuettes ne sont pas faites pour être enfermées ! », dit-il. Le raffia des colliers s’effrite, les perles se perdent. Les insectes et les rongeurs ont pris leur part. Que faire ?

Le Quai Branly traîne les pieds

Tous les visiteurs de Gabin tombent en pâmoison devant ces centaines de pièces. Mais, à Abomey, cette collection ne vaut rien. Lui-même, pourtant ardent défenseur du retour en Afrique du patrimoine africain, se prend parfois à rêver de la vendre aux enchères chez Sotheby’s, ou que le Quai Branly lui en propose un bon prix.

Car ces statuettes ont un trait commun avec les dictateurs africains. Quand il faut les soigner, c’est à Paris que l’on pense. Pour ces bâtons sculptés, ces bochio (statuettes), ces écharpes, ces assen (autels portatifs), ces plateaux de divination, ces colliers et ces manchettes de danse, le Quai Branly est une destination cinq étoiles. Elles y seraient restaurées, documentées, photographiées. Ah vraiment, le Quai Branly est un paradis. Seulement, il est au bord de la Seine, à Paris.

Malgré la mission de faire circuler les œuvres dans les pays d’origine que lui a confiée Jacques Chirac, une seule exposition a eu lieu au Bénin. C’était trente pièces, en 2006, prêtées à la Fondation Zinsou. « Et l’exposition de photos patrimoniales tirées sur bâches géantes que nous avons réalisée au Musée d’Abomey à la même période, s’empresse d’ajouter Stéphane Martin, président du Quai Branly, c’était également une façon de rapprocher les Béninois de ce patrimoine. » Une de ses collaboratrices précise qu’elle discute avec le Musée des civilisations noires de Dakar « pour voir ce qu’[ils peuvent] leur proposer en dépôt ».

Le Quai Branly vante sa coopération internationale, mais traîne les pieds. « C’est un bon musée mais un mauvais partenaire, dit un conservateur africain qui ne souhaite pas être nommé, dont l’institution a pourtant été reconnue comme susceptible d’accueillir des dépôts du musée parisien. Ils trouvent toutes sortes de prétextes, notamment le climat  comme si ces œuvres n’avaient pas été faites ici, en Afrique ! »

La demande officielle Bénin

L’argument récurrent du Quai Branly, c’est en effet que les musées africains ne sont pas aux normes de sécurité et de conservation. « Ça, c’est n’importe quoi, s’emporte Louis-Georges Tin.C’est comme si le voleur d’un bijou disait à sa victime : “Je ne peux pas te le rendre, parce que ton coffre-fort n’est pas assez sécurisé.” Les pays se débrouilleront. Il y a désormais en Afrique des mécènes prêts à construire de vrais musées. »

Stéphane Martin tente de noyer le poisson. « Je suis confiant quant au potentiel de coopération qui peut être encore développé, au Bénin, comme avec d’autres pays africains, dit-il. Le dialogue est en place. »

Le dialogue, justement, semble assez limité, à lire la réponse d’Hélène Le Gal, conseillère Afrique de l’Elysée, à Serge Guézo, prince d’Abomey. « Je vous informe que les objets auxquels vous faites référence, écrit-elle le 26 juin 2015, notamment ceux que conserve le Musée du quai Branly, sont entrés dans les collections nationales de manière régulière. Désormais devenus inaliénables, la plupart d’entre eux ont été acquis il y a longtemps et en conformité avec le droit international en vigueur. »

« [Cette lettre est] un morceau d’anthologie néocoloniale, tonne Louis-Georges Tin. Quel droit international ? Malheureusement, Mme Le Gal n’a jamais pu nous fournir les factures ou les documents témoignant de l’insigne bénévolence qui aurait poussé le roi Béhanzin, défait, puis déporté par les armées françaises, à leur donner, ou à leur vendre, son trône, son sceptre et les statues sacrées de son royaume… »

Les autorités françaises répètent volontiers que jamais le Bénin n’a officiellement demandé le retour de ses œuvres. Ce qui était, en effet, le cas, jusqu’au 27 juillet 2016. Ce jour-là, le conseil des ministres, à Cotonou, a décidé d’entreprendre les démarches nécessaires. Un coup de tonnerre en plein été, qui a pris les Français de court. « L’idée du retour est une absurdité, dit souvent en privé Stéphane Martin. Les Belges ont rendu des pièces qui ont ensuite disparu. » En langue plus officielle, cela donne : « L’histoire des œuvres et la vie des collections ne sont bien entendu pas gravées dans le marbre. Si des décisions intergouvernementales se prenaient en ce sens, les présidents de musée se devraient alors d’accompagner de façon constructive ces décisions politiques. »



AMAZONES AFRICAINES À L’ÉTANG DE THAU (Le Monde, avec vidéo))

Par Patrick Labesse (Mèze (Hérault), envoyé spécial)

Kandia Kouyaté et Rokia Koné du collecticf Amazones d’Afrique.

Un collectif de chanteuses africaines mobilisées pour dénoncer les violences faites aux femmes et promouvoir leurs droits a chanté sur les rives de l’étang de Thau, à Mèze, le 22 juillet. Elles étaient invitées dans le cadre de la 26e édition du Festival de Thau (18 au 24), rendez-vous musical éclectique éclaté sur plusieurs communes du bassin.

Le groupe Les Amazones d’Afrique réunit des voix célèbres du Mali, dont Mamani Keita, les griottes Kandia Kouyaté et Rokia Koné, Mariam Doumbia, Pamela Badjogo, gabonaise bamakoise d’adoption, accompagnées par leur compatriote Mouneissa Tandina à la batterie et associées à quatre musiciens. D’autres artistes féminines (Inna Modja, Nneka…) ont pu ou pourront enrichir ce « all stars » ailleurs. Oumou Sangaré, qui dès 1989, à 21 ans, osait, dans Moussolou (les femmes) – récemment réédité – dénoncer les mariages arrangés et la polygamie, a participé à la première en France du collectif, à Marseille, en octobre 2015, lors de la Fiesta des Suds. Elle a depuis quitté l’aventure, occupée par la préparation de son prochain album, prévu pour 2017.

Lire aussi : Les Amazones d’Afrique : quand la musique donne le pouvoir aux femmes

Le projet est à géométrie variable. « Une création, c’est quelque chose qui est toujours un peu en mouvement », justifie Didier Granet, de l’agence artistique 3D Family, dont la directrice, Valérie Malot, est à l’origine de ce projet. En juin, a été lancé sur la toile le single des Amazones I Play the Kora et une campagne de crowdfunding. Deux opérations destinées à contribuer au financement de la Fondation Panzi en République démocratique du Congo (RDC) qui accompagne le travail du docteur Denis Mukwege pour aider les victimes de viols collectifs dans la région des grands lacs.

Générosité communicative

Repéré pour ses arrangements sur From Kinshasa, le disque du groupe congolais Mbongwana Star, formé par les dissidents de Staff Benda Bilili, le musicien électro Liam Farrell a travaillé sur l’album des Amazones d’Afrique qui doit paraître en 2017. Délivrée avec un parti pris instrumental rock (guitares saturées, batterie en mode binaire véhément), et un son brouillon, la proposition (pas suffisamment rodée ?) déçoit à Mèze. La générosité communicative des chanteuses sauve l’affaire.

Devant la scène, on danse, on boit (entre autres le vin des vignerons de Picpoul de Pinet, partenaire de la manifestation) et on festoie. Producteurs locaux et produits bios sont privilégiés ici. C’est l’un des fondamentaux du festival, qui s’implique depuis plus de dix ans dans une sensibilisation au développement durable. Ont été organisés lors d’éditions précédentes des débats et tables rondes avec des artistes (Abd al Malik, Gilberto Gil, Mouss et Hakim) sur des questions sociétales, raconte Monique Teyssier, directrice du festival. Et d’ajouter : « Les Amazones d’Afrique envoient un signal fort à travers ce projet. »

Pamela Badjogo nous explique travailler avec des associations impliquées dans la dénonciation de l’excision : « Les politiques commencent à nous écouter. » Mamani Keita ajoute en écho :« Il est temps de stopper l’excisionMa fille, 19 ans aujourd’hui, est née en France, mais j’ai eu peur de l’envoyer en vacances au Mali, car ma famille aurait été capable de l’exciser. » Et les deux de lancer en chœur : « C’est notre devoir de lancer des messages pour dénoncer toutes les violences physiques et morales faites aux femmes. » D’autres chanteuses mènent ces combats, chacune à leur manière. Rokia Traoré (elle a chanté à Mèze la veille), sa compatriote Fatoumata Diawara et la Guinéenne Sayon Bamba, ou encore la Béninoise Angélique Kidjo. Elles sont nombreuses, les « amazones d’Afrique », en fait, femmes debout plaidant pour un monde moins brutal, plus sensé.

Concerts : au Festival du Bout du monde, à Crozon (Finistère) le 5 août, à la Philharmonie de Paris le 12 mars.

Patrick LabesseMèze (Hérault), envoyé spécial

Le Monde



LA MODE ÉCOLO « TRASHION » DÉBARQUE À LAGOS

Dernier phénomène en date, le mouvement « trashion », né de la fusion excentrique entre « trash » (déchet) et « fashion » (mode). Un cocktail déconcertant qui s’établit progressivement entre la capitale, Abuja, et la mégapole Lagos. Sur les podiums comme dans les rues, des créations cent pour cent issues du recyclage viennent concurrencer la haute couture et le prêt-à-porter. Papier journal, sacs de riz, cannettes à boissons ? Pour les audacieux stylistes nigérians, rien n’est trop « trash ».

Défilé de mode « trashion » au Nigeria.

La mode comme vecteur d’idées

« C’est pour la bonne cause », explique Aida Pierrel, créatrice de mode à Abuja. Originaire du Burkina Faso, la couturière s’est installée dans la capitale nigériane il y a trois ans pour y faireprospérer sa marque. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela a marché : « Le marché est très prometteur », affirme-t-elle. En revanche, pour ce qui est de la protection de l’environnement, Aïda Pierrel avoue se sentir mal à l’aise : « Partout le sol est recouvert déchets. Le Nigeria, c’est crade de chez crade », déplore la styliste qui assure ne jamais avoir vu cela ailleurs.

Voir aussi le portfolio Trashion… la mode recyclée

En participant à son premier défilé « trashion » à Abuja, Aïda Pierrel espère faire bouger les choses : « Quand il est question de mode, les gens viennent, s’intéressent. Le trashion, ici, c’est le meilleur de moyen de sensibiliser les Nigérians à l’écologie. » Elle a présenté ses collections originales entièrement issues du recyclage : « J’ai utilisé surtout des journaux, aussi des lambeaux de papiers issus de machines à broyer, des sacs de riz en plastique et d’autres matériaux. »

La mariée lors d’un défilé « trashion » au Nigeria.

Le mouvement « trashion » a fait ses débuts au milieu des années 2000 à New York. L’objectif : contrecarrer une industrie très polluante avec des créations tendances, puisées dans des matières recyclées. Mais au Nigeria, où la mode est aussi sacrée qu’à New York ou Paris, le phénomène y a encore plus de sens. La prise de conscience écologiste est urgente, et les fashionistas, influentes, détiennent les clés pour faire bouger les choses.

La ville la plus polluée du monde

A l’image d’Aida Pierrel, douze des plus innovantes stylistes d’Abuja se sont passé le mot et font désormais converger leur passion du style avec une conscience écologiste. Première étape : sensibiliser les Nigérians. Ensuite, les créatrices espèrent obtenir le soutien du gouvernement pour que le recyclage soit introduit de manière organisée dans tout le pays.

Lire aussi : Le destin du piéton kényan : « Marche et crève ! »

Le recyclage n’est pas complètement absent du Nigeria, mais ne suscite pas un intérêt massif. Seules quelques structures éparses commencent à se développer. La grosse majorité des déchets est soit brûlée, soit entreposée dans des décharges, parfois récupérée au marché noir pour être alors recyclée de façon hasardeuse.

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Un mannequin lors d’un défilé « trashion » au Nigeria.

Pour l’heure, les 180 millions de Nigérians qui forment le pays le plus peuplé d’Afrique produisent bien plus de déchets que leurs infrastructures ne sont capables de gérer. Selon un rapport de l’OMS datant mai, la métropole la plus polluée du monde est Onitsha, une ville portuaire sur la rive gauche du fleuve Niger, dans le sud du Nigeria. Le niveau de particules fines en milieu urbain y dépasse 500 microgrammes par mètre cube (µg/m3). Elle est suivie de près par Kaduna, Aba, Umuahia, toutes dans le top 20 des villes les plus polluées du monde.

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Michel Brunet : « Nos ancêtres étaient noirs, même en Europe »

 

Quelle est l'origine de l'humanité ? Les connaissances sur les singes concernent-elles l'homme ? Quelle est la place de l'Afrique dans ces recherches ? Éléments de réponse avec le découvreur de Toumaï au Tchad.

Professeur au Collège de France, directeur de la mission paléoanthro-pologique franco-tchadienne, Michel Brunet dirigeait l’équipe qui découvrit Toumaï, le plus ancien représentant de l’humanité connu à ce jour. Malgré quelques fractures consécutives à ses récents voyages dans les terres les plus froides de la planète, il a accepté de répondre aux questions soulevées par son nouveau livre, Nous sommes tous des Africains.

À la recherche du premier homme. Un voyage dans le temps qui nous entraîne plus de 7 millions d’années en arrière, à rebours des idées reçues.

Jeune Afrique : Votre nouveau livre a pour titre Nous sommes tous des Africains. Mais l’on y apprend que les premiers singes ne le sont pas !

Michel Brunet : Que les singes les plus anciens, à savoir les anthropoïdes, ne soient pas africains, c’est clair. Les formes les plus anciennes du continent se trouvent au Fayoum, en Égypte, et elles ont entre 35 et 36 millions d’années. En Asie, au Myanmar ou en Chine méridionale, des formes ayant quelque 50 millions d’années ont été découvertes.

Ces anthropoïdes sont passés très tôt en Afrique, sûrement il y a 40 millions d’années. À cette époque, une forêt tropicale humide s’étendait sur les pays que j’ai nommés, couvrait l’Afrique, se prolongeait sur l’Antarctique et remontait en Amérique du Sud.

C’est pour ça qu’après le Tchad vous fouillez désormais en Antarctique ?

Obligé de lever le pied en Afrique pour des raisons que je ne contrôle pas [les problèmes politiques au Sahel], je suis en effet allé voir en Antarctique, où la calotte glaciaire a recouvert la forêt tropicale. Je reviens tout juste de la Patagonie chilienne…

Comment procédez-vous dans vos recherches ?

On cherche dans des niveaux qui ont plus de 37 millions d’années, sur les Shetland du Sud ou sur la péninsule. On ne creuse pas la glace. On regarde en bord de rivage la coupe qui se fait naturellement. C’est comme dans le désert du Djourab (Tchad), ce sont le vent et les éléments qui creusent pour nous.

Vous cherchez quoi, et pour démontrer quoi ?

Les formes que l’on va trouver ne sont pas de la taille du gorille, elles font entre 500 grammes et quelques kilos et leurs dents ont la taille de celles des rongeurs, deux millimètres environ ! Quand vous partez chercher ça en Antarctique, il faut vraiment y croire !

Mais, à l’heure actuelle, certaines théories soutiennent que les anthropoïdes seraient passés d’Afrique en Amérique du Sud sur un radeau naturel dérivant entre les côtes de Guinée et celles du Brésil ! Ce n’est pas sérieux !

Les anthropoïdes seraient donc passés par l’Antarctique ?

En Libye, nous avons trouvé trois formes différentes d’anthropoïdes, dont une exactement identique sur le plan dentaire à celle que l’on trouve au Myanmar. Cela veut dire que ces anthropoïdes ont migré. Mieux, on a découvert à proximité des dents de rongeurs typiquement sud-américains.

Il n’est donc pas complètement idiot d’imaginer que ces formes qui nous viennent d’Asie ont gagné l’Amérique du Sud en passant par l’Afrique et l’Antarctique, avant l’englacement de ce continent il y a trente-cinq millions d’années.

L’évolution est imprévisible, c’est un phénomène contraint, contingent

Améliorer notre connaissance sur les ancêtres des singes, c’est important ?

Quand vous expliquez aux enfants qu’on ne descend pas du singe mais d’un ancêtre commun et que nos cousins les plus proches sont les chimpanzés, je vous assure que vous avez l’air malin quand un gamin vous interpelle en disant : « Dis, tu nous les as pas montrés, les chimpanzés fossiles ! » Et de fait, on ne connaît pas de chimpanzés fossiles. Moi, je crois avoir trouvé des coins où poussent des chimpanzés fossiles…

Au nord du Cameroun ?

Par exemple, oui. Mais il faut voir ce que l’on peut y faire, d’autant que je représente sans doute un bon parti pour Boko Haram…

Dans votre livre, vous parlez souvent d’une « évolution buissonnante ». Que voulez-vous dire ?

Il y a 15 000 ou 18 000 ans, nous étions deux espèces. Les néandertaliens se sont éteints il y a 27 000 ou 28 000 ans. Avec eux, l’homme de Florès et nous, ça fait trois espèces. Et il y a des époques, vers 4 millions d’années, où quatre ou cinq espèces différentes coexistaient.

On est très loin de cette image d’Épinal où vous voyez le singe qui descend de l’arbre et cette lignée qui se redresse petit à petit pour se terminer par un jeune homme en costume ou par une jeune dame en tenue plus légère. Ça, c’est scientifiquement faux ! L’évolution est imprévisible, c’est un phénomène contraint, contingent !

Nous sommes là parce que, entre autres, un astéroïde a éliminé une partie de la faune, il y a 65 millions d’années, dont les dinosaures, nous faisant passer d’un monde de reptiles à un monde de mammifères.

Et pour en revenir à notre groupe, tout part d’Afrique ?

Pour faire court, le plus ancien des hominidés connus, c’est Toumaï, avec 7 millions d’années. Deux millions d’années plus tard, il y a plein de préhumains, ils sont tous en Afrique et aucun ne quitte l’Afrique. Tous ceux que l’on connaît avant sont asiatiques, mais ils n’appartiennent pas au rameau humain. Celui qui a la bougeotte et va se déployer hors d’Afrique, c’est le genre Homo, et les premiers migrants sont des représentants du genre Homo.

Par où Homo sort-il du continent africain ?

Il y a sans doute deux points de sortie : le premier certainement via le Moyen-Orient et le second via Gibraltar, mais il faudra affiner notre connaissance. Je le redis, on n’a pas assez de fossiles, même si nous avons fait des progrès extraordinaires. Avec Yves Coppens, nous avons eu un même maître en paléontologie humaine à la Sorbonne, Jean Piveteau.

Quand il nous parlait d’hommes fossiles, il avait sous la main des néandertaliens de la Dordogne, c’est-à-dire dans le meilleur des cas des pièces de moins de 100 000 ans – disons entre 40 000 et 80 000 ans. Aujourd’hui, on est rendu à 7 millions d’années !

Ça s’est accéléré parce que dans les années 1970, quand Lucy a été mise au jour, on a pris conscience que nos racines étaient longues dans le temps et africaines. Aujourd’hui, Lucy, qui est considérée comme la grand-mère de l’humanité, avec 3,2 millions d’années, est à 4 millions d’années de Toumaï. Elle est plus proche de nous que de lui !

Vous dites « lui », mais au moment de sa découverte il y a eu des polémiques sur son appartenance au rameau humain, certains ont parlé de « gorillette »

Ce genre de polémique ne conduit à rien, sinon à affaiblir notre discipline. C’est de l’ordre de la croyance, et vous remarquerez que je n’ai rien écrit sur le sujet dans mon livre.

Mais notre moyen de locomotion, au départ, quel est-il ?

Dans la famille humaine on est bipède, mais bipède grimpeur. Ce n’est pas étonnant ! Un jeune homme comme Toumaï, au Tchad, vivait dans un environnement – on en connaît une centaine d’espèces – où l’on comptait trois tigres à canines supérieures en lames de sabre, dont l’un pesait environ 500 kg. Quand vous avez un voisin de ce type, il n’est pas inutile de savoir grimper aux arbres.

Cette aptitude va perdurer jusqu’à l’émergence du genre Homo, premier bipède terrestre strict. Enfin, je simplifie, c’est sûrement plus complexe que cela…

La théorie de l’East Side Story, qui plaçait le berceau de l’humanité sur la côte Est de l’Afrique, c’est terminé ?

Totalement. Si on résume, c’était le scénario selon lequel la savane originelle aurait nécessité le redressement afin de voir plus loin. Mais dans la savane, quand on se redresse, on ne voit pas beaucoup mieux, et les félins qui sont quadrupèdes ne se débrouillent pas si mal.

On n’a pas assez de fossiles

Il existe un scénario de remplacement ?

Moi, je crois qu’il est urgent de ne pas se presser. Sinon, vous vous comportez comme Idriss Déby ! Après la découverte de Toumaï, il m’a dit : « Avant, c’était East Side Story, maintenant, c’est West Side Story ! » Je lui ai répondu : « Tu veux que je remplace une théorie dont on vient de montrer qu’elle était inexacte par une autre théorie qui se révélera tout aussi inexacte lors de la prochaine découverte ? »

J’insiste : on n’a pas assez de fossiles ! On a besoin de gens qui aillent en chercher sur le terrain ! Ce que l’on sait demeure tout petit à côté de ce que l’on ne sait pas. Cette histoire qui est la nôtre, tout le monde veut la connaître, mais ce n’est qu’un livre avec un certain nombre de chapitres manquants… Et dès que l’on en ajoute un, il faut réécrire tout le livre.

La recherche de fossiles en Afrique, par des équipes africaines, c’est possible ?

Quand je suis arrivé au Tchad, on m’a demandé : « Tu fais quoi ? » J’ai expliqué mon travail et on m’a dit : « On n’a pas ça ici, c’est un métier de riches. » Quand j’ai rencontré Idriss Déby et que je lui ai expliqué mes projets, il a cru en moi. Longtemps après, il m’a complimenté en disant : « Professeur, tu es un homme formidable. »

Je l’ai regardé en riant et j’ai demandé pourquoi. « Tu te souviens pas ? Quand on s’est rencontrés la première fois, tu m’as dit que tu trouverais le plus ancien au Tchad. Ça n’a pas été facile, mais tu as tenu parole. » Au départ, comme il n’y avait pas de paléontologie au Tchad, je lui ai proposé de former des paléontologues jusqu’au doctorat. Je voulais les deux meilleurs, un de culture musulmane, l’autre de culture chrétienne.

On a mis en place un laboratoire de paléontologie, et ces deux jeunes sont venus à Poitiers pour leur maîtrise et leur thèse. L’un est devenu ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Mackaye Hassane Taïsso. Je n’étais pas content, mais quelque part, je suis fier d’avoir monté ce département de paléontologie.

Dave EINSEIL/GETTY IMAGES

Mais, depuis, la recherche paléontologique se poursuit-elle au Tchad ?

Il était hors de question pour moi d’aller dans un pays, de prendre et de ne rien donner. Je crois qu’on a construit une vraie collaboration. On a formé un médiateur scientifique, un sédimentologue, un préparateur de fossiles, accompagné six thésards…

Mais ce dont je suis le plus fier, c’est que la partie tchadienne de mon équipe a commencé, il y a deux ou trois ans, quand ça s’est gâté pour nous, à aller seule dans le désert. Et ils y ont fait une découverte merveilleuse qui n’est pas encore publiée : ils ont trouvé des restes qui viennent compléter ceux connus pour l’australopithèque Abel ! On a donc réussi à monter une équipe autonome qui peut trouver des fossiles, les ramener au laboratoire et les étudier.

Parallèlement, Déby a agrandi le Musée national [à N’Djamena] et créé une aile baptisée Toumaï. Je me suis battu à Poitiers pendant trente ans pour avoir un musée. Je n’en ai toujours pas, et le nom de Toumaï a été attribué au pôle multimodal, c’est-à-dire à la gare et au parking…

Et ailleurs en Afrique, on cherche des fossiles ?

Je connais deux autres pays africains qui ont des équipes compétentes, l’Éthiopie, où des élèves de mon collègue et ami le professeur Tim White, de l’université de Californie, à Berkeley, ont monté des structures. Et le Kenya, où la famille Leakey est très active.

Cette communauté d’origine devrait nous conduire à plus de tolérance, à plus de fraternité, à plus de respect, à plus d’empathie

L’intérêt des pays pour la paléoanthropologie reste tout de même modeste, non ?

L’intérêt est modeste, mais il faut mettre la machine en route. Ce que l’Histoire retiendra, c’est qu’on a ouvert un champ d’investigations énorme qui n’est plus restreint à l’Afrique du Sud et à l’Afrique orientale… Je compare ça à la mission de Neil Armstrong sur la Lune.

Il y a posé le pied et planté un drapeau. Ce n’est pas pour ça qu’il connaissait la Lune, mais il avait montré qu’on pouvait y aller et qu’on pouvait la connaître. Les hominidés les plus anciens sont au nombre de trois : Orrorin, au Kenya, Ardipithecus, en Éthiopie, et Toumaï, au Tchad.

Ce qui compte, c’est d’avoir ouvert cet immense territoire à la recherche. Après, vous prêchez un convaincu, il est dommage que toutes les équipes ne favorisent pas la transmission et la formation.

Malgré les évolutions, nous formons une seule espèce…

Nous sommes tous issus de la même communauté ancestrale, tous sans exception. Cela veut dire que nous sommes tous sœurs et frères, frères et sœurs. Cette communauté d’origine devrait nous conduire à plus de tolérance, à plus de fraternité, à plus de respect, à plus d’empathie.

Une autre chose est certaine, nous sommes tous des Africains et des migrants. Quand nous sommes arrivés en Europe – nos plus anciens ancêtres sont connus en Géorgie, dans le Caucase, à Dmanisi, et ils ont 1,8 million d’années – nous étions noirs. Pour des raisons que j’ignore, ça ne plaît pas.

Comment pouvez-vous savoir que nous étions tous noirs il y a 1,8 million d’années ?

En sciences, la seule certitude, c’est notre incertitude. Mais la probabilité qu’ils aient été noirs est plus forte que toute autre probabilité. L’adaptation à un climat chaud, c’est d’avoir une peau brune, l’adaptation à un climat froid, c’est d’avoir une peau blanche.

La couleur est due à un pigment qu’on appelle la mélanine. On pourrait penser qu’un Noir en produit beaucoup et qu’un Blanc comme moi en produit moins. Ce n’est pas vrai ! Nous en avons autant ! C’est une question de répartition. Dans un cas elle est répartie équitablement, dans l’autre elle est en paquets.

Vous vous rendez compte de toutes les larmes et de tout le sang que cela a fait couler ? Vous vous rendez compte ? Et après, certains prétendent que nous sommes intelligents !

JA