LES MALGACHES, MÉTIS AFRICANO-INDONÉSIENS

Bordé par l’Afrique et le Sud-Est asiatique, l’océan Indien fut, durant des siècles, l’une des plus importantes zones d’échanges et de commerce du monde. Dès le IIIe millénaire avant J.-C., l’ouverture de routes maritimes et l’installation de comptoirs y favorisèrent les migrations. D’ouest en est, en raison du transport des esclaves. Mais également d’est en ouest, comme le confirme une récente étude internationale.

Nicolas Brucato, chercheur au laboratoire d’anthropologie moléculaire et imagerie de synthèse (AMIS) du CNRS et des universités Paris-V et Toulouse-Paul-Sabatier, et ses collègues ont étudié le peuplement de Madagascar par le truchement de la génétique. Ils affirment, dans le dernier numéro de la revue Molecular Biology and Evolution, que les Malgaches sont le produit d’un métissage, survenu voici un millier d’années, entre des individus originaires d’Afrique et d’autres ­issus de l’un des nombreux groupes de l’espace insulaire indonésien. En l’occurrence, les Banjar, dont les descendants actuels ­vivent dans le sud de Bornéo, à plus de 7 000 km de là !

Thèse crédible

A peine 400 km séparent Madagascar de la côte africaine. Et pourtant, constate François-Xavier Ricaut, généticien au laboratoire AMIS, « le malgache parlé par les habitants de l’île est classé dans la famille des langues dites “austronésiennes” dont l’usage est répandu dans le Sud-Est asiatique et dans le Pacifique. Il est proche du ma’anayan, l’un des dialectes de Bornéo ».

Non moins bizarrement, on ­retrouve dans la culture malgache des traditions répandues dans plusieurs régions de l’Indonésie, comme la pratique du « retournement des morts » ou l’emploi de certains instruments de musique, tels que des cithares ou des xylophones d’un genre spécifique.

D’où l’idée avancée depuis longtemps par les anthropologues que des populations austronésiennes ont, dans un passé lointain, colonisé Madagascar. Une thèse crédible si l’on tient compte de la puissance de certains royaumes maritimes malais médiévaux – comme celui de Srivijaya (VIIe-XIIIe) dont faisait partie Bornéo – mais qui, faute d’indices supplémentaires, est longtemps restée à l’état d’hypothèse.

Audacieux colons

En effet, à l’inexistence des sources écrites s’ajoutait l’absence de traces archéologiques de cet événement. Du moins était-ce le cas jusqu’au mois de juin, date à ­laquelle une équipe a annoncé dans la revue PNASavoir découvert, à Madagascar, des restes d’anciennes cultures de riz,de soja vert et de coton, clairement originaires d’Asie et datées de 700 à 1 200 ans.

Nicolas Brucato et ses confrères voulaient aussi en avoir le cœur net. Dans le cadre du projet multidisciplinaire « Oceo-adapto » de l’Agence nationale pour la recherche (ANR), ces biologistes ont comparé le profil génétique de trois groupes de population du sud de Madagascar à celui d’une soixantaine d’autres d’Asie insulaire dont une trentaine provenant d’Indonésie.

En recherchant les similitudes entre les génotypes et les haplotypes de ces centaines d’individus actuels, ils ont pu établir que les ancêtres asiatiques des Malgaches étaient des Banjar. « La langue actuellement parlée par les Banjar étant le malais, nous nous sommes intéressés à l’origine de ce groupe et avons démontré qu’il ­résulte lui-même d’un mélange de populations entre Malais et Ma’anayans. Un peuple autochtone de Bornéo qui parle un dialecte proche du malgache », explique Nicolas Brucato.

Les scientifiques font remonter à un millier d’années, soit à peu près le moment où l’occupation humaine de Madagascar serait devenue pérenne, cet épisode de migration des Banjar. Il aurait concerné une poignée d’individus et aurait pu s’appuyer sur la présence connue dans leur ­région d’origine d’un important comptoir de commerce.

Comment ces audacieux colons ont-ils réussi à atteindre leur destination à plus de 7 000 kilomètres de leur point de départ ? « Nous n’en savons rien. Aucune trace d’un séjour n’a pour l’instant été observée sur les côtes de l’Afrique. On ne peut ­exclure qu’ils aient effectué le trajet en direct. » Des études récentes sur les courants marins auraient démontré que l’aventure est possible.

Par Vahé Ter Minassian

 



Esclavage : la course de quatre pays africains au tourisme mémoriel

Des hommes défilent durant la fête du Vaudou de Ouidah au Bénin, le 20 janvier 2015.

C’est encore une piste côtière, nimbée de poussière et bordée de cocotiers souples au vent. Coincée entre la plage et quelques villages où se côtoient pauvres pirogues et villas de luxe. Bientôt, ici, pourraient régner le bitume et les lampadaires alignés au cordeau. La Route des pêches qui longe sur une quarantaine de kilomètres le golfe de Guinée entre la lagune de Cotonou et celle de Ouidah, au Bénin, est au cœur d’un colossal projet de réaménagement censé faciliter l’accès à la Porte du non-retour, symbole de la mémoire de l’esclavage. Son coût est estimé à 1 200 milliards de francs CFA (1,8 milliard d’euros).

Lire aussi : Le Bénin voulait classer Ouidah au patrimoine mondial de l’Unesco, mais ne retrouve plus le dossier

Il s’inscrit dans un projet beaucoup plus vaste soutenu par l’Unesco, intitulé « La Route de l’esclave : résistance, liberté, héritage », dont l’une des ambitions est de promouvoir des sites porteurs de traces de la traite négrière déjà inscrits au Patrimoine mondial de l’humanité. Parmi lesquels on retrouve les palais royaux d’Abomey, au Bénin, classés depuis 1985, l’île de Gorée, au Sénégal, depuis 1978, ainsi que les forts et châteaux de la côte ghanéenne, entre Keta et Beyin, depuis 1979. En attendant le classement très attendu de Ouidah elle-même et de la route de quatre kilomètres qu’empruntaient les esclaves pour rejoindre les bateaux des négriers occidentaux, sur lequel le Bénin travaille depuis dix ans.

Retombées économiques

De fait, Ouidah, l’un des principaux départs des flux d’esclaves pour la grande traversée de l’Atlantique, se rêve désormais en place forte du tourisme mémoriel. Pour l’Afrique, ce « tourisme de mémoire », comme on l’appelle aussi, tourne principalement autour de la traite et du désir croissant des descendants d’esclaves en Amérique du Nord et du Sud de remonter la trace de leurs ancêtres. Avec plus d’un million d’esclaves passés par Ouidah, le Bénin a une carte à jouer. Entre 2011 et 2015, le nombre de visiteurs dans ce pays a progressé de 209 000 à 250 000, selon les chiffres de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT).

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La porte du non-retour à Ouidah, au Bénin, construite par l’Unesco en 1992.

Le Bénin part avec quelques longueurs de retard sur le Sénégal. Ce pays a connu une affluence croissante de touristes ces dernières années, passant de 495 000 visiteurs en 2003 à 836 000 en 2014, selon les chiffres de la Banque mondiale. S’il est impossible de faire le compte exact de ceux venus spécialement en pèlerinage sur les traces de la traite négrière, le ministère de la culture précise que 500 personnes se pressent chaque jour aux portes de la Maison des esclaves, sur la minuscule île de Gorée.

Face à cette vitalité touristique qui promet des retombées économiques substantielles, d’autres sites oubliés sont entrés dans la course. Au Cameroun, Bimbia, un petit village au-dessus de la mer à une centaine de kilomètres de Douala fut aussi, jadis, un port négrier. Redécouvert en 1987 et classé au patrimoine national du Cameroun, Bimbia aurait vu passer plus de 10 % des 12 millions d’Africains déportés entre le XVIe et le XIXe siècles, selon les travaux de la chercheuse américaine Lisa Marie Aubrey.

Lire aussi : Au Cameroun, l’ancien port négrier de Bimbia veut sortir de l’oubli

Le Ghana n’est pas en reste, avec le fort de Cape Coast, datant du XVIIe siècle, et celui d’Elmina, du XVe siècle, l’un des plus anciens construits par les Portugais. Ces lieux névralgiques du commerce triangulaire des esclaves au XVIIIe siècle ont reçu la visite de Barack Obama en 2009, lors de son premier voyage en Afrique en tant que président. Sa venue a littéralement dopé le secteur : le nombre de touristes par an au Ghana a bondi passant de 698 000 en 2008 à 931 000 en 2010. Quant aux revenus liés au secteur, ils ont gonflé de 20 % durant la même période.

Kits de tests ADN

Si la prise de conscience mondiale du crime qu’a représenté la traite négrière a été longue, les tour-opérateurs, principalement américains, se sont aujourd’hui engouffrés dans la brèche mémorielle.

La communauté afro-américaine reste la cible privilégiée de ces agences de voyage. Selon un rapport de la Banque mondiale de 2013, 50 % à 70 % des touristes américains en Afrique passent par une agence.

Une statue, symbole de l’esclavage, trônant dans une rue de l’île de Gorée, au large du Sénégal.

Elles s’appellent African Travel Seminar, Ebony Heritage Travel ou encore African Heritage Tour et affichent toutes le même objectif de « contribuer à l’expérience afro-américaine » et d’aider « la diaspora africaine à se reconnecter avec son héritage et sa culture ». Un message qui semble séduire. « Le Sénégal et le Ghana représentent aujourd’hui 25 % de notre chiffre d’affaires annuel », affirme Georgina Lorencz, directrice de l’agence African Travel Seminar. « Après la visite [au Ghana] de la famille Obama, explique June Spector, de l’agence Spector Travel, il y a eu une nette augmentation sur la destination. En 2013, il s’est passé la même chose avec le Sénégal mais la destination était déjà bien plus installée sur la carte du tourisme mémoriel. ».

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L’analyse de l’ADN du potentiel touriste à la recherche de ses racines est devenu le principal produit d’appel de ces agences de voyage. Grâce à plusieurs entreprises américaines, des tests ADN promettent aux individus désireux de découvrir leur patrimoine familial de leur apporter des réponses. L’entreprise américaine African Ancestry, qui commercialise des kits de test ADN au prix de 299 dollars (268 euros), a permis à 8 000 personnes de découvrir leurs origines « camerounaises ». Parmi eux le musicien Quincy Jones, l’acteur Chris Tucker ou encore la chanteuse India Ari. Le géant 23andMe, filiale de Google, commercialise lui aussi des tests salivaires au prix de 145 dollars avec la promesse pour les acheteurs de « découvrir ce que dit notre ADN à propos de nous et de notre famille ».

Infrastructures nécessaires

Le développement du marché prometteur du tourisme mémoriel passera pourtant par l’extension de l’offre des transports aériens, très en retard sur le continent, la valorisation du patrimoine et des infrastructures d’accueil.

Selon les estimations de la Banque mondiale, à peine 10 % des 390 000 chambres d’hôtel du continent répondent aux normes internationales et plus de la moitié d’entre elles se trouvent en Afrique du Sud. De fait, l’hôtellerie se développe au Sénégal, mais les coûts sont élevés du fait des frais de construction en Afrique et des emprunts à des taux plus importants. « A titre de comparaison, les coûts de construction moyens dans le monde s’élèvent à 200 000 dollars la chambre pour un hôtel offrant des services complets. Au Ghana, celui-ci s’élève à 250 000 dollars », précise le rapport.

Le président américain Barack Obama marche sur le site de Cape Coast, lors de sa visite au Ghana le 11 juillet 2009.

Qui remportera la course au tourisme mémoriel ? Si le secteur est encore en pleine élaboration et verra sans doute d’autres circuits se développer, il a déjà sa cérémonie de récompenses organisée de l’autre côté de l’Atlantique. Les African Diaspora World Tourism Awards (ADWTA) tiendront leur deuxième édition à Atlanta (Georgie) en août, capitale d’un Etat du Sud américain qui fut jadis un grand « importateur » d’esclaves pour la culture du coton. Les ADWTA distingueront, notamment, la personnalité, le site et le circuit mémoriel de l’année. Un « label » dont pourront se prévaloir les tours-opérateurs pour attirer de nouveaux « slave tourists » et motiver les acteurs africains à valoriser davantage leur patrimoine. La boucle est presque bouclée.

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Parlez-vous le « guinéen » ? top 10 des mots et expressions français aux couleurs locales

 

wordle 2D’emblée, je préfère lever toute équivoque : de manière générale, les Guinéens s’expriment très bien en français. Certains intellectuels ont un niveau irréprochable, surtout les fonctionnaires à la retraite vivant en zone rurale, qui parlent encore un français raffiné d’inspiration coloniale. Ce constat m’a été confirmé par de nombreux amis étrangers qui séjournent ou ont séjourné en Guinée.

Mais comme partout ailleurs où le français, langue étrangère, s’est imposé comme langue officielle au détriment des dialectes locaux, les Guinéens, au fil des générations, ont acquis leurs « tics » de langage, leur façon de parler. Le résultat est éloquent. Des mots ordinaires ont fini par revêtir un sens qui peut soit dérouter, choquer ou faire sourire l’expatrié qui débarque pour la première fois à Conakry et qui engage la conversation.

Voici, en toute subjectivité, un « top 10 » des mots et expressions français du jargon guinéen.

  • Chose : Le mot qui choque l’étranger. Dans la bouche d’un Guinéen ayant un mot au bout de la langue, « chose » est l’équivalent de « truc » ou « machin ». Quelqu’un qui a un trou de mémoire et qui cherche à se rappeler le nom de quelque chose voire de quelqu’un, utilise « chose ». Les plus embêtés les alignent comme des perles qu’on enfile en se donnant de violents coups de poing à la tête : « euh … chose, chose » Pan ! « euh … chose-là » tchipp. Ceux-là ont poussé l’audace jusqu’à créer le verbe « choser » qui ne veut absolument rien dire !
  • L’autre-là : C’est la version de « chose » se rapportant au nom d’une personne. Un individu dont on oublie le nom ou le prénom devient « l’autre-là ». Ce qui a le don d’agacer certains expatriés qui peuvent l’assimiler à du mépris, pire : à la chosification. Alors qu’il n’en est rien. C’est juste une panne sèche de vocabulaire qu’on essaie de compenser par une traduction directe d’un concept de sa langue maternelle en français. Évitez donc de blâmer l’autre.
  • C’est mesquin : Dans le dictionnaire français, le mesquin est celui qui manque de générosité, l’avare. En Guinée, on dit souvent d’un travail qu’il est mesquin lorsqu’il demande de la concentration et de beaucoup de temps. C’est-à-dire un travail complexe, voire compliqué. Un problème mathématique : « c’est mesquin ». Un tableau croisé dynamique en Excel : c’est mesquin ». Pour souligner la complexité de la tâche, on tire sur la dernière syllabe du mot : « c’est mesquiiinnn » !
  • Escroc : Le Larousse définit l’escroc comme quelqu’un qui commet une escroquerie, c’est-à-dire qui trompe la confiance de quelqu’un en vue de le voler. Chez nous, dans le langage courant, un escroc c’est quelqu’un qui manque de franchise, qui rapporte, c’est-à-dire un hypocrite, un fourbe, un menteur. Et le pire des hypocrites est appelé ici par le nom bizarre de « Escroc-di-menteur ». Allez savoir d’où ça vient.
  • En cas de cas : Cette expression guinéo – guinéenne signifie en bon français « le cas échéant », c’est-à-dire si le cas se présente. Je m’excuse d’être aussi simpliste mais il faut préciser également que dans l’entendement de beaucoup de mes compatriotes l’expression « le cas échéant » signifie « le cas contraire » ! Vous ne trouvez pas que c’est mesquin tout ça ?
  • Moins un / moins cinq : Chez nous, ces deux expression servent à souligner la très forte probabilité de la survenue d’un évènement ou d’une action. Elles sont l’équivalent de « il a fallu de peu », « in extrémis », etc. Un joueur qui rate un penalty, c’est moins un il n’a pas marqué. Un camion qui manque d’écraser un piéton, c’est moins cinq le camion ne l’a pas tué. J’ignore si ces deux entiers négatifs sont utilisés puisque se rapprochant de zéro. D’ailleurs pourquoi ne dit-on pas par exemple moins trois ou moins sept… ?
  • Missionnaire : En réalité, nous ne donnons pas un sens très différent de ce mot de celui qu’il a dans le dictionnaire. Mais son emploi est si galvaudé en Guinée qu’il rappelle les Missions évangéliques en Afrique dans la période pré-coloniale. Il est très courant et désigne quelqu’un investi d’une mission officielle. Ainsi, un professeur qui se rend dans une université de province pour dispenser un cours en quelque temps est un missionnaire (Étudiants, nous disions que le prof balance le cours par la fenêtre). Des hôtes venus de l’étranger en mission dans le pays sont des missionnaires. Ce sens du mot est sans doute une survivance d’un vieux vocabulaire colonial.
  • C’est doux : Pour apprécier la saveur d’un mets, les Français s’exclament : « c’est bon » ! En Guinée, nous disons « c’est doux ». Le riz est doux, la sauce est douce, etc. En stage dans une rédaction parisienne fin 2011, cette expression faisait marrer mes collègues stagiaires qui ont fini par l’adopter pour me vanner régulièrement.
  • (Petit) plat : Attention, dans les foyers en Guinée, préparer un plat signifie faire la cuisine à l’occidentale. Ou en tout cas, cuisiner un aliment autre que ce qu’on mange habituellement à la maison, à savoir le riz et ses différentes variétés de sauces dont la débauche de couleurs rivaliserait un arc-en-ciel de fin de saison. Donc, un plat ou un petit plat c’est soit du poulet rôti, de la grillade, des spaghettis façon-façon ou quelque chose dans le genre un peu exotique. Dans les couples analphabètes, les possibles déclinaisons de l’expression sont « petit pilâ », chez les femmes peules, ou « petit pilan » chez les Soussou.
  • Pagaille : C’est bizarre, mais pagaille n’a pas toujours le sens de « désordre » ou de « confusion » dans la bouche de nos élèves et étudiants. Au contraire. En milieu scolaire, pagaille est assimilée à la plaisanterie. Le verbe « pagailler » made in Guinea désigne donc le fait de s’amuser, de faire de plaisanteries ou de se moquer gentiment.

Bon, j’arrête de pagailler. Mais j’ai une question: vous retrouvez-vous dans cette belle pagaille de mots et expressions ? En connaissez-vous d’autres ? En cas de cas, partagez-les ci-dessous dans les commentaires. Ce n’est vraiment pas mesquin ça !

Alimou Sow

Africajarc 2016

La 18e édition de ce festival sur les cultures d’Afrique est organisée du 21 au 24 juillet à Cajarc (Lot) avec quatre jours de concerts, de spectacles et de rencontres. Pour la première fois, deux soirées thématiques auront lieu en amont du festival, les 19 et 20 juillet.

Jeudi 21 juillet

A 21 heures, un spectacle musical Voyage sans visa, avec Boubacar Ndiaye, Pape Amath Ndiaye et Baye Cheikh Mbaye.

A 22 h 30, projection du film Espoir et voyage, en présence du réalisateur Michel K. Zongo.

Vendredi 22 juillet

Soirée Africa groove à partir de 21 heures avec Kundé, Jupiter and Okwess International et Pat Thomas et Kwashitu Area Band.

Samedi 23 juillet

Soirée les messagères d’Afrique avec, à partir de 20 h 30, des artistes ambassadrices des droits des femmes : Sahra Halgan, Awa Ly, les Amazones d’Afrique et Ester Rada.

Dimanche 24 juillet

A partir de 20 heures, destination Congo, avec un bal banquet.

wwww.africajarc.com

Le Monde

A Arles, l’Afrique « déchire un soutien-gorge » et danse comme à Bamako

Antoine Tempé, « Blow up » (Dakar, 2013), projet (re-)Mixing Hollywood, exposée à « Africa Pop » aux Rencontres de la photographie d’Arles, du 4 juillet au 25 septembre 2016. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

On imagine le message du conducteur de train qui annoncerait, avant le départ : « Ce train desservira le Mali, l’Ouganda, le Bénin, le Nigeria. » Soyons fous, soyons dadas, car le projet s’y prête : c’est à la sortie de la gare SNCF que commencent, géographiquement, les Rencontres de la photographie à Arles, avec une exposition intitulée « Africa Pop », contre-pied au photoreportage misérabiliste et marchepied pour la jeune création décalée, jusqu’au 25 septembre. Au sortir du wagon, les voyageurs n’y prêtent pas attention, pressés qu’ils sont de (re) trouver, sur la carte du centre-ville, les trésors du Théâtre antique ou de l’Espace Van Gogh.

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Alors on recommence : vous sortez de la gare et là, tout de suite, sur votre droite, vous entrez à « Ground Control ». Un nouvel espace de 1 000 m2, en accès libre, d’anciens bâtiments de la Sernam reconvertis par l’association La Lune rousse, juste ce qu’il faut pour accrocher des œuvres : comme ces photos colorées de Nollywood, l’industrie du cinéma nigériane, regroupées sous le titre humoristique « Tear my Bra ! » (« Déchire mon soutien-gorge »), un « hommage aux titres traditionnels de Nollywood, la plupart du temps aussi dramatiques qu’irrémédiablement ambigus », explique Azu Nwagbogu, le commissaire d’exposition.

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De Bamako à Cuba

Dehors, sous les arbres enguirlandés, des tables et des chaises de bric et de broc, un wagon-bar éventré et l’écran posé en plein air, comme un immense Polaroid. Le Rhône n’est pas loin, de l’autre côté de la gare routière. Quand la nuit tombe, l’air fraîchit et l’on respire enfin… la citronnelle anti-moustiques. On les avait oubliés, ceux-là, mais ils se déchaînent, comme le DJ qui lance la soirée « Africa Pop » en ce mardi 5 juillet.

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Le producteur de musique Richard Minier, barbe grisonnante, est aux platines le temps de faire monter l’ambiance. Il est l’un des commissaires de l’exposition « Swinging Bamako » (sur un autre site, à la Grande Halle) qui retrace l’épopée de sept jeunes Maliens partis à Cuba, en 1964, qui forment un groupe à La Havane (Las Maravillas de Mali) et créent un tube. On devait lui parler plus tard, on ne l’a pas retrouvé. Beaucoup de monde, ce qui ravit le maître de cérémonie, le directeur des Rencontres d’Arles. Sam Stourdzé avale un sandwich sur la scène qui accueillera bientôt le groupe Coup fatal. Son rêve : que le « gratin de la photo » et les Arlésiens se mêlent et se rencontrent, sur ce site qui n’est pas qu’un souvenir industriel. Il reste encore une activité de maintenance du réseau ferré, et trois agents sont présents à « Ground Control » pour laisser passer un véhicule, au cas où…

Du skate en Ouganda

Pour l’heure, c’est la découverte et la redécouverte de grands noms de la photographie, le temps de la projection nocturne. Des noms apparaissent sur l’écran, d’artistes ou de personnages que l’on note – c’est un grand mot – à toute allure, dans l’obscurité… La scène de Bobo-Dioulasso (Burkina Faso), dans les années 1960-1980, les punks marocains sur fond de l’envoûtant Lust for Life d’Iggy Pop…

Malick Sidibé, Regardez-moi!, 1962
. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la galerie MAGNIN-A, Paris.

Et connaissez-vous l’histoire du gars qui a introduit le skate en Ouganda, en périphérie de Kampala ? Le photographe suisse Yann Gross l’a rencontré, à la fin des années 2000, et nous montre cette envie de vivre, ces enfants qui ont construit brique après brique des pistes de skate, sans se faire prier. L’un d’eux explique, face caméra : « Si je travaille bien, je pourrai être médecin et skater professionnel. »

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L’Afrique, c’est tendance. « L’Afrique est pop ? Ou bien l’Afrique c’est trend ? », s’interroge Anna-Alix Coffi, créatrice de l’élégante revue Off the Wall, dédiée à la photo émergente, dont le dixième et dernier numéro est sorti pour les Rencontres d’Arles. Dix seulement, car c’était prévu comme ça, c’est un concept, explique la jeune Ivoirienne aux cheveux ultra courts qui a grandi à Paris. « L’événement Africa Pop est un bon premier pas. Mais j’espère qu’un jour on parlera de l’Afrique tout court, et pas pop ou je ne sais quoi. Et que cet art d’Afrique sera mêlé à la création internationale », ajoute-t-elle. Elle n’a pas encore vu toutes les expositions consacrées à l’Afrique durant ces 47e Rencontres d’Arles : outre « Swinging Bamako », on peut découvrir au couvent Saint-Césaire « Syrcas », de Maud Sulter : l’artiste écossaise, morte en 2008, qui n’a cessé d’interroger l’absence de représentation des femmes noires dans l’histoire de l’art, tente, avec « Syrcas », de réanimer l’histoire oubliée du meurtre de masse de Noirs européens pendant la Shoah.

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Réinventer le travail des pionniers maliens

Quand on quitte « Ground Control », vers minuit, la jeune photographe malienne Fatoumata Diabaté se pose enfin sur un tabouret, pour un repas Tupperware. Cela fait des heures qu’elle accueille le public, des Blancs essentiellement, pour une prise de « photo de rue » dans la tradition de Bamako des années 1950-1960, avec vêtements d’époque sur fond de tissu rayé. Son compagnon, Kwane Leduc, qui l’accompagne et administre la petite entreprise, raconte le parcours de Fatoumata Diabaté, ses dernières expositions.

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Avec ce studio photo, elle revisite et réinvente le travail des pionniers maliens, Seydou Keïta (1921-2001) ou encore Malick Sidibé, surnommé « l’œil de Bamako » (né en 1936 et décédé le 14 avril). « Fatoumata a toute cette mémoire visuelle en tête. Ces séances sont un moment d’échange. C’est elle qui choisit la tenue des gens qu’elle photographie, elle crée son univers. » L’artiste, qui se définit comme « photographe social », résume son projet d’une phrase, sur son site : « Monsieur et Madame Tout-le-monde se font tirer le portrait dans les conditions des années 1950-1960 et repartent avec leurs propres noir et blanc ». Belle métaphore du rêve de mixité arlésienne, en cet été 2016.

Le Monde