CONTINUEZ, MONSIEUR VALLS, CONTINUEZ ! (Monenembo, Renaudot 2008)

Ainsi donc Ali Bongo n’a pas été élu ! Ainsi donc, sa présence à la tête de l’Etat gabonais est parfaitement illégitime ! Votre révélation à l’émission « On n’’est pas couché », est une première, Monsieur Valls. Une première qui nous réjouit, une première qui nous frustre.

Elle nous réjouit parce qu’enfin, les miasmes de la Françafrique débordent des taudis de Conakry et de Libreville pour empester jusque sous les lambris de Matignon. Parce qu’enfin, un homme d’Etat français en exercice ose évoquer le nec plus ultra des sujets tabous : celui des financements occultes et des élections truquées

Elle nous frustre parce que c’est trop peu et peut-être trop tard. Parce que d’ores et déjà, vos collaborateurs se confondent en excuses et en circonlocutions comme à chaque fois que les petits dictateurs gâtés d’Afrique se sentent égratignés par leurs protecteurs Parisiens. …Parce que dans quelques jours, les effusions spectaculaires et les baratins au champagne auront gommé les susceptibilités et remis tout ce beau monde dans ses bonnes vieilles habitudes.

C’est peu mais c’est déjà un début même s’il est dû à la « fatigue » (vos propres services de presse) même s’il tombe du haut d’un lapsus linguae.

Monsieur Ali Bongo n’est pas un   cas isolé et vous le savez bien, Monsieur le Premier Ministre oui, vous le savez bien ! Les élections régulières en Afrique (dans l’aire francophone tout au moins), se comptent sur le bout des doigts. Peut-être le Bénin. Peut-être le Sénégal. Peut-être le Mali et le Burkina. Personne ne nous fera croire qu’Alpha Condé, Sassou Nguesso, Faure Eyadéma et compagnie ont été élus à la régulière.

Alors, de grâce, Monsieur le Premier Ministre, ouvrez d’avantage la bouche, continuez, continuez ! Vous avez commencé une œuvre de salubrité publique, allez donc jusqu’au bout ! Il est temps, grand temps de nettoyer les écuries d’Augias ! Il est temps de se regarder en face et de se dire le langage de la vérité.

Les liens entre la France et l’Afrique ont survécu aux vicissitudes de l’Histoire. Des deux côtés, on ne compte plus les couples mixtes et les binationaux. Il y a aujourd’hui en France des Peuls et des Mandingues qui n’ont jamais mis les pieds en Afrique, et en Afrique, des blonds aux yeux bleus qui ne comprennent plus rien à la neige. Yousou N’Dour et Alpha Blondy sont les grandes vedettes de la télévision française et en 2016, la langue française est dix fois plus parlée en Afrique qu’au temps colonial.

Tant- mieux, tant mieux ! Ce sont les rencontres et les brassages qui nous éloigneront des démons du passé.

Hélas, ces liens multiples et féconds, ce riche patrimoine en gestation a été infecté dès le début. Un petit club mafieux a réussi à le privatiser en détournant à son profit exclusif et les minerais d’Afrique et les institutions de la République française. Il y a des décennies que cela dure et curieusement, cela n’alerte personne : ni la conscience des hommes politiques, ni le talent des journalistes ni la vigilance des citoyens.

Décidément, le « machin » du père Foccart a la vie dure ! Nous avions pensé un moment que l’arrivée de la gauche au pouvoir aurait changé les choses. Que l’Afrique aurait eu enfin droit au respect, c’est-à-dire à une coopération d’Etat à Etat fondée, non plus sur le copinage et l’arnaque mais sur le sacro-saint principe de la transparence. Hélas, mille fois hélas ! Les socialistes, avec une rapidité déconcertante, ont chaussé les vieilles pantoufles de leurs prédécesseurs comme si elles avaient été faites à la mesure de leurs pieds.

Pauvre Jaurès ! Pauvre Blum !

La gauche et la droite, c’est bonnet blanc et blanc bonnet dès qu’il s’agit des Nègres ! La classe politique française tout entière se révèle incapable de renouveler son regard sur ses anciennes colonies. Les discours passent, les Bongo et les Eyadema restent ! Les professions de foi sont, juste là pour faire avaler la pilule et les bonnes intentions, ma foi, pour paver l’enfer des en- bas- de- en- bas.

L’année 2016 ressemble heure par heure à celles des années Foccart. Une seule chose a changé, peut-être : les élections truquées remplacent progressivement les assassinats et les putschs.

Et pour moi, l’élection truquée est sans aucun doute, la forme la plus lâche, la plus perverse, la plus insupportable du terrorisme. « Un homme, une voix ! », disait Mandela. Violer ce principe, c’est violer le genre humain tout entier.

                                     Tierno Monénembo (Prix Renaudot 2008)

LE SAVIEZ-VOUS ?

Ce matin en discutant avec un ami congolais avec lequel je   partage le même bureau à l’UFR de Maths –Info, à l’Université Félix Houphouët Boigny de Cocody, il me fit une révélation pour le moins surprenante :le président du Congo Sassou Nguesso aurait des ascendants Abbey d’Agboville, des résistants que les colons déportèrent au Congo au début du 2Oème siècle.

De retour à la maison, un simple clic sur Google me permit de découvrir ce qui va suivre. Lisez, appréciez et suivez mon regard…

« Les Nguesso et les Sassou seraient des « Sambissa », des descendants du peuple Abbey déporté au Congo par le colon en 1910.

                       

LA RÉVOLTE DES ABBEY EN 1910

Durant la période coloniale, une révolte laminaire du peuple Abbey en janvier 1910 (début 1905, fin 1918), conduit à la déportation de plusieurs ressortissants de ce groupe ethnique vers la Centrafrique et le Congo-Brazzaville. En effet, las des excès commis par les colons dans le cadre du portage, du travail forcé et des injustices dont ils sont constamment victimes (confiscation d’armes juste après le versement des lourdes taxes requises pour leur transport, actes arbitraires, piétinement de la dignité humaine etc..), les Abbey se révoltent. Ils sont laminés sans pitié par environ 1 400 tirailleurs venus du Sénégal non sans avoir eu à décapiter un commandant français du nom de Rubino.

La suite de la déportation des têtes de file de la révolte des abbey continue d’entretenir la polémique au sein des historiens et des anthropologues. Pour certains ces Abbey qui, pour l’essentiel ont été déportés en Centrafrique et au Congo-Brazzaville ont eu des descendants qui aujourd’hui jouent les premiers rôles dans ces deux pays.
L’on avance que les chefs d’Etat Jean Bedel Bokassa, Denis Sassou N’Guesso et Ange Félix Patassé sont des descendants de ces déportés abbey. Les tenants de cette thèse s’appuient sur les patronymes de ces hommes d’Etat dont les pays ont effectivement accueilli en 1910 des insurgés ivoiriens à l’époque coloniale à la suite de la révolte des Abbey. C’était une stratégie pour l’administration coloniale d’éloigner les meneurs de la résistance pour affaiblir ainsi les velléités de résistance.

Il se raconte aussi que ces trois personnalités portent toutes des patronymes abbey et ont des ascendants qui seraient originaires du village de Grand-Morié qui est situé à une dizaine de kilomètres et qui se trouve être également le village d’Ernest Boka. Les découpages sémantiques des patronymes laissent transparaître des consonances abbey, ce qui a conforté dans leur position les défenseurs de l’origine ivoirienne des présidents congolais et centrafricains.

Pour eux, la vraie identité de l’empereur Bokassa se décline comme suit : Boka Assa. Celle de Ange Félix Patassé est en vérité Pata Assé et le président Denis Sassou N’Guesso aurait pour vrai nom Souassou N’Gbesso. Comme on peut le voir, ces trois présidents selon le rapprochement qui ressort de ces études portent effectivement des patronymes qui sont proches de ceux que portent les peuples abbey de Côte d’Ivoire. Mais cela suffit-il pour confirmer la thèse de l’origine ivoirienne ou de leur appartenance à l’ethnie abbey ?" (Cliquer ici pour lire cette histoire).

Source : http://www.rezoivoire.net/cotedivoire/patrimoine/274/100-ans-apres-la-revolte-des-abbey-pourquoi-le-colon-rubino-a-ete-mange.html

Boubacar Doumba Diallo

Vidéos Le chanteur Michel Delpech est mort

Avec son sourire chaleureux, sa séduction tranquille dans la voix, bien posée, juste, assez économe d’effets, Michel Delpech aura été du milieu des années 1960 à la fin des années 1970 l’un des interprètes les plus populaires de la chanson française. Un « chanteur de variétés. Je n’offre pas une “œuvre” », avait-il confié à notre collègue Bruno Lesprit, en décembre 2000. Souffrant d’un cancer de la gorge et de la langue depuis 2013, le chanteur, parolier et compositeur Michel Delpech est mort le 2 janvier. Il était âgé de 69 ans.

Il restera l’interprète d’une bonne trentaine de grands succès, souvent de jolies romances, un rien nostalgiques, dont il signe les textes, allant parfois vers un léger commentaire social, aux mélodies bien tournées. Nombre de ces airs viennent du pianiste, compositeur et arrangeur Roland Vincent. Une collaboration qui débute dans les années 1960 et qui produit de nombreuses réussites, de Chez Laurette (1965) à Quand j’étais chanteur (1975, avec Jean-Michel Rivat pour le texte)

Né le 26 janvier 1946 à Courbevoie (Hauts-de-Seine), Jean-Michel Delpech, qui rapidement ne gardera que Michel comme prénom d’artiste, vient d’un milieu qu’il qualifie de « monde ouvrier […]. Mon père possédait un petit atelier de nickelage-chromage sur métaux. Nos manières étaient plus prolétariennes que bourgeoises, mais on était assez à l’aise financièrement ». Enfance et adolescence sans histoire. Le goût des livres, de l’écriture, l’amène un temps à se voir journaliste. La musique, il la fredonne, en écoutant Brassens, Aznavour, Bécaud, Sinatra aussi, un peu de jazz. Au lycée, il devient chanteur dans des groupes de copains. Ses premiers textes vont être enregistrés pour la compagnie Vogue, qui publie en 1963 son premier 45-tours, avec quatre titres.

Les premiers succès

Le succès n’est pas encore là, pas plus que pour les quatre chansons suivantes, composées cette fois par Roland Vincent, qui sortent sur Festival, un label de la maison Barclay, qui publiera les disques de Delpech jusqu’au début des années 1980. Delpech et Vincent vont alors participer à la pièce Copains clopant, « fantaisie musicale » de Christian Kursner. Le thème : la transformation d’un sympathique apprenti truand en chanteur vedette, avec jolies filles, imprésario, commissaire débonnaire… C’est là qu’il se fait repérer une première fois, dans un duo sur la chanson titre avec l’une des interprètes de la pièce, Chantal Simon, qui deviendra sa première femme en 1966. Au programme aussi, la chanson Chez Laurette, futur classique de son répertoire.

A partir de 1966 les choses s’accélèrent, avec Marie-toi Marie-Jo et surtout Inventaire 66. Une bizarrerie psyché, où les paroles évoquent des bottes Courrèges, des « cheveux longs, les idées courtes », Parly 2, le Palmarès de la chanson, le Drugstore Opéra, les chemises à fleurs, James Bond… Il y évoque son époque, avec comme leitmotiv – deux ans avant mai 1968 – « toujours le même président », De Gaulle, sans le nommer. Delpech en fera une autre version, actualisée en 1971, avec le même constat, adressé cette fois à Pompidou. En octobre de la même année, pour les adieux de Jacques Brel à la scène, Delpech est l’un des chanteurs en première partie des concerts à l’Olympia. Cette fois, c’est bien parti.

Il faut regarder les étoiles, un peu dans le swing jazz à la Sacha Distel, est son premier 45-tours pour Barclay. Suivent Poupée cassée (de Roger Dumas et Jean-Jacques Debout), Les Petits Cailloux blancs et l’énorme succès de Wight Is Wight, enregistré le 1er octobre 1969 au studio Davout, à Paris, évocation de la deuxième édition du festival de l’Ile de Wight, les 30 et 31 août, à laquelle participa Bob Dylan plutôt que d’aller à Woodstock : « Wight Is Wight/Dylan Is Dylan (…) Ils sont arrivés dans l’île nue/Sans un bagage et les pieds nus. » Delpech devient un invité régulier des émissions de variétés à la télévision, où il présente ses chansons qui deviennent vite des tubes. Ainsi Un coup de pied dans la montagne (1970), Pour un flirt (1971), La Vie la vie (1971), Que Marianne était jolie (1972) composée par Pierre Papadiamandis, le complice musical d’Eddy Mitchell, Les Divorcés (1973, texte de Michel Delpech et Jean-Michel Rivat)…

Même si Roland Vincent reste son compositeur principal, Michel Delpech commence à travailler avec Michel Pelay pour Le Chasseur (1974), Le Loir-et-Cher (1977) ou avec Claude Morgan pour Tu me fais planer (1976) dont le début inspirera musicalement La Dernière Séance chanté par Eddy Mitchell, en 1977. Quand j’étais chanteur en 1975, sera l’une des dernières compositions de Roland Vincent pour Delpech, avant des retrouvailles au début des années 1990…

La religion, moteur de son quotidien

Son divorce, en 1976, des interrogations sur sa carrière, vont amener Michel Delpech à se mettre en retrait à la fin des années 1970. Il s’intéresse au bouddhisme, approfondit sa pratique du christianisme, qui devient le moteur de son quotidien – il consacrera à ce « coup de foudre » un livre, en 2013, J’ai osé Dieu… (Presses de la renaissance). En 1979, il enregistre un album de reprises, 5 000 kilomètres, avec des adaptations de chansons de James Taylor, Paul Simon, Carole King, Elton John, Graham Nash…

En 1983, il rencontre Geneviève Garnier-Fabre, qu’il épouse en 1985. Fin 1984, la chanson Loin d’ici (texte de Jean-Jacques Burah, musique Michel Pelay) sera l’un de ses derniers succès chez Barclay. En 1985, il est l’un des chanteurs du collectif Chanteurs sans frontières qui interprète Ethiopie, de Renaud et Franck Langolff, destiné à recueillir des fonds pour les victimes de la famine dans le pays. En 1986, sort Oubliez tout ce que je vous ai dit, nouvelle collaboration avec Jean-Jacques Burah et Michel Pelay, mais ce sont désormais surtout des compilations de ses chansons qui continuent de se vendre. Il retrouve Roland Vincent en 1991 pour une exploration des musiques du Brésil qui figure dans le disque Les Voix du Brésil, publié par Tréma et qui donnera lieu à une série de concerts.

Une nouvelle période de retrait sera suivie d’une tentative de renouvellement en 1997 avec des collaborations avec la nouvelle génération (Obispo, Murat…) dans l’album Le Roi de rien, mais sans convaincre. Depuis le début des années 2000 il bénéficie pourtant d’un retour d’attention. Bénabar le revendique comme une influence, le cinéaste Xavier Giannolli utilise sa chanson Quand j’étais chanteur (parmi d’autres classiques de la variété) pour son film éponyme en 2006, année de la parution de Michel Delpech &… album de ses succès interprétés en duos avec Bénabar, Clarika, Cali, Alain Souchon, Julien Clerc ou Francis Cabrel. Un disque qui se vendra à 200 000 exemplaires dans les semaines de sa sortie. Il reprend la route des tournées.

En novembre 2012, Michel Delpech retrouve le cinéma, cette fois comme acteur de L’Air de rien de Grégory Magne et Stéphane Viard, dans le rôle d’un ancien chanteur à succès endetté qu’un huissier fan va aider. Début mars 2013 il doit annuler plusieurs de ses concerts, après qu’on lui a diagnostiqué un cancer de la gorge.

David Bowie, l'extraterrestre

La mort de l'étoile
britannique, qui venait de fêter ses 69 ans et de sortir un nouvel album, a été
annoncée lundi 11 janvier. Par sa voix, son attitude, ses personnages, ses
innovations, il a marqué l'histoire de la musique

Le dernier vidéoclip de David Bowie pour
la chanson Lazarus, diffusé le 7 janvier, montrait le chanteur,
le visage à moitié caché sous un bandeau sur un lit d'hôpital. Il avait
suscité quelques commentaires de fans qui y voyaient là comme une image
annonciatrice.

Le matin du 11 janvier, le compte
Facebook officiel de l'un des artistes les plus réputés du monde de la pop et
du rock, dont les approches musicales, le parcours auront été une constante
quête de renouvellement, d'expérience et d'attentions à de nombreuses
disciplines (théâtre, mime, musique, cinéma, peinture...) a annoncé sa mort, "
paisiblement, après une bataille courageuse de 18 mois contre le cancer
". Une information qui a laissé d'abord incrédule. Un nouvel
album de Bowie, Blackstar, venait d'être publié, le 8 janvier,
jour anniversaire de ses 69 ans, un spectacle musical était actuellement joué
dans un petit théâtre new-yorkais, à la conception duquel Bowie avait
participé. Les proches, dont des musiciens, avaient à ces occasions donné de
ses nouvelles, soulignant sa vitalité, son enthousiasme pour ses dernières
créations.

David Bowie aura parfois été présenté
comme un artiste caméléon, adaptant son travail, en particulier musical,
sinon complètement aux modes et aux airs du temps, mais en en ayant une
conscience aiguë, les faisant siennes. Le music-hall, le folk hippie, le
glam-rock, la soul, le funk, la pop, les musiques électroniques... auront été
quelques-unes des genres qu'il avait abordés, y donnant à chaque fois une
couleur, une personnalité. Sa voix passant de la caresse jusqu'au cri, dans
de nombreuses nuances, faisant passer une forme de dramaturgie dans
l'expression.

Au cours des années, il endossera aussi
le costume de personnage, des doubles possibles. Le jeune homme tranquille de
ses débuts, dandy et élégant, jouera sur le travestissement dans la fin des
années 1960, son personnage le plus célèbre pour le grand public, Ziggy
Stardust, sera comme un avatar représentant la star du rock avec paillettes,
dans l'ascension vers la gloire et la chute, Halloween Jack, sorte de pirate
annonciateur du punk, le Thin White Duke, probablement le plus proche de ce
qu'il vit alors, vers la fin des années 1970, miné par une consommation
importante de cocaïne, Pierrot lunaire au début des années 1980...

Né le 8 janvier 1947 à Londres,
David Robert Jones est le deuxième enfant d'Haywood Jones et Margaret Burns.
Il a un demi-frère, Terry, son aîné de dix ans, qui aura une importance
primordiale dans son éducation musicale. C'est lui qui l'emmène à ses premiers
concerts de jazz, qui l'initie à la culture. Plusieurs chansons de Bowie,
dont All The Madmen ou The Man Who Sold The World, évoqueront
cette figure fraternelle, qui se suicidera en 1985 après des années de
traitements pour troubles psychiques.

Le chant, Bowie le pratique d'abord dans
la chorale de son école. Il écoute aussi du rock. Il étudie la musique, prend
des leçons de saxophone, son premier instrument, dont il jouera dès ses
premiers groupes, au début des années 1960, The Kon-Rads, The King Bees, The
Mannish Boys ou The Lower Third, et qui restera un instrument de référence
dans sa discographie. Fin 1965, alors qu'il a déjà enregistré quelques
45-tours, il change de nom, Bowie, en référence à un modèle de couteau.

La carrière de Bowie, sous son nom
d'artiste, est encore balbutiante. Il rencontre le mime Lindsay Kemp, avec
qui il va parfaire son travail sur le corps, la gestuelle. Il enregistre un
premier album, David Bowie, publié en 1967, sans succès. Il
fréquente le milieu musical londonien, en pleine période psychédélique,
marqué en particulier par la personnalité de Syd Barrett (1946-2006), le
premier guitariste de Pink Floyd. C'est d'abord une vie de bohème, sans le
sou, avec des interrogations sur son futur, lui qui est mû par le désir d'être
reconnu.

Cela semble venir avec le succès de la
chanson Space Oddity, tirée de l'album du même nom publié en novembre
1969, qui raconte l'histoire d'un astronaute le major Tom. Elle a été
enregistrée avec celui qui deviendra le collaborateur régulier de Bowie, le
bassiste et producteur Tony Visconti. Bowie est alors encore dans une
ambiance folk, avec déjà des bizarreries musicales. En novembre 1970,
avec l'album The Man Who Sold The World, Bowie, qui a rencontré le
guitariste Mick Ronson, met plus de rock électrique dans sa musique. Sur la
pochette il pose vêtu d'une robe.

Périodes dépressives

Hunky Dory, en décembre 1971, avec la chanson Life On Mars, marque un
retour provisoire vers une manière plus folk et apaisée. Mais la révélation
au grand public et le début, en Grande-Bretagne d'abord, d'une bowiemania, se
feront quelques mois plus tard avec le personnage de Ziggy Stardust, et une
musique de pleine énergie rock, jouée avec le groupe The Spiders From Mars.
Maquillages, costumes flamboyants, paillettes, ambiguïté sexuelle, tout est
mis en œuvre pour conquérir le monde du rock. The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the
Spiders from Mars sort en juin 1972.

Bowie fait sensation, la presse se
l'arrache, les réactions d'adoration des fans à concerts sont comparées à
celles qui ont accompagné les Beatles au début des années 1960, lors d'une
longue tournée, qui passera par les Etats-Unis où l'accueil est similaire,
prendra fin le 3 juillet 1973. Un autre disque, Aladdin Sane,
plus construit, plus ambitieux dans ses sources musicales, avec des éléments
de jazz free et d'atonalité, paraît en avril 1973. Bowie, a pris le
temps de produire deux de ses idoles, Iggy Pop et Lou Reed.

Une nouvelle phase va débuter avec Diamond
Dogs, à l'origine pensé comme une adaptation du roman 1984, de George
Orwell. Avec des chœurs, des vents, une imprégnation de la soul music, qui va
être plus présente encore dans le disque suivant Young Americans (mars
1975), enregistré aux Etats-Unis et auquel participe une autre idole de
Bowie, John Lennon, pour deux chansons, Across The Universe, reprise
des Beatles, et Fame, cette dernière dans une approche funk qui va
être au cœur de Station To Station, grand œuvre de l'année 1976. Les
spectacles sont de formidables moments d'intensité. Epuisé par l'activité
incessante de sa gloire et la consommation massive de drogues, en particulier
la cocaïne, marqué par des périodes dépressives, Bowie apparaît au cinéma
dans le film L'Homme qui venait d'ailleurs, de Nicolas Rœg.

Suivra ce qui a été appelé la trilogie
berlinoise avec les disques Low (1977), Herœs (1978, le seul
enregistré à Berlin), et l'un de ses plus grands tubes, la chanson titre, et Lodger
(1979). Bowie a rencontré Brian Eno et Robert Fripp, il s'intéresse aux
musiques électroniques planantes, faites d'ambiances plus étales. Il part un
temps vivre à Berlin, où il décroche de son accoutumance, met de l'ordre dans
sa vie, commence à s'éloigner de la vie publique, pour réapparaître seulement
à l'occasion de la sortie d'un disque ou d'une tournée, ce qui sera, dès
lors, un mode de vie dominant.

A partir des années 1980, qui débutent
avec la parution du disque Scary Monsters et la chanson Ashes to
Ashes, qui le montre en Pierrot, souvenir des années de mime, David Bowie
est désormais une institution de la pop et du rock. Il est cité par des
dizaines de musiciens comme une influence majeure, tant par sa manière de se
mettre en scène, de jouer avec des personnages, que par sa musique. Il va
connaître son plus grand succès commercial avec l'album et la chanson Let's
Dance, en avril 1983, collaboration avec le guitariste et
producteur Nile Rodgers, combinaison parfaite de funk, de pop et de disco. La
tournée Serious Moonlight Tour l'amène à jouer dans des stades devant plus de
2 millions de personnes.

Ses disques suivants seront un temps
moins définitifs. Il n'a plus rien à prouver. Il sait parfaitement mener sa
manière pop dans laquelle il glisse toujours des touches particulières, un
son du moment, une couleur, qui permettent de l'identifier. Un sursaut
artistique aura lieu à la fin des années 1990 avec Oustide (1995) et Earthling
(1997), traversés par des rythmiques électro, des combinaisons complexes.

Lors d'une tournée en 2004, il est
victime d'un malaise. Il est opéré pour un problème cardiaque. Il fera
quelques fugaces apparitions lors de concerts dans les presque dix ans qui
suivront, mais semble alors avoir décidé de mettre fin à sa carrière.
L'annonce surprise de la parution d'un album en janvier 2013, The
Next Day, sorte d'évocation musicale de son passé, l'avait remis sous le
feu des projecteurs, quand bien même il n'avait accordé ni entretien ni
n'était remonté sur scène à cette occasion.

Sylvain Siclier

© Le Monde

Le monde arabe s'invite entre les deux rives de la Seine

25 décembre 2015 | Par LEGENDES PAR RACHIDA EL AZZOUZI Médiapart)

Le 10 novembre dernier, l’Institut du monde arabe (IMA) et la Maison européenne de la photographie (MEP) lançaient un événement inédit sur la scène culturelle parisienne : la première Biennale des photographes du monde arabe contemporain. Une radioscopie du monde arabe, loin des clichés qui collent aux voiles et djellabas de ce coin du globe en (r)évolutions. Rives droite et gauche de la Seine, comme un pont entre les deux rives de la Méditerranée, une cinquantaine d’artistes, du monde arabe ou « occidental », fixaient leurs travaux dans une dizaine de lieux de la capitale. Et puis, trois jours plus tard, Daech frappait Paris. Scènes de guerre dans la capitale. Deuil national. État d’urgence. Et des voix, de plus en plus affranchies dans les ténèbres, qui résument “le monde arabe” à la folie nihiliste de quelques barbares. Tout ce que combat la Biennale, visible jusqu’au 17 janvier 2016. Sélection. 

 
  1. 25 janvier 2011, Le Caire. Une jeune Égyptienne défie l’autorité, le régime Moubarak, et appelle à manifester pour la liberté, la démocratie. Cette image, emblématique du travail au long cours de Pauline Beugnies, photographe belge qui questionne depuis cinq ans les espoirs de la jeunesse égyptienne, était affichée en très grand format (8 × 3 mètres) sur les murs de la mairie du IVe arrondissement qui donnent sur la très chic rue de Rivoli. C’était osé et courageux de hisser une femme voilée appelant à la désobéissance civile dans cette artère prestigieuse où, il n’y a pas si longtemps, des riverains excédés, emmenés par un animateur télé vedette (Thierry Ardisson), s’étaient indignés de voir des kebabs fleurir sous les arcades « comme à Barbès ». Mais l’image a fait long feu. Elle a été retirée au lendemain des attentats à la demande du maire Christophe Girard, « compte tenu du climat de tension qui règne autour des questions relatives au monde arabe », a appris par mail la photographe.

    Voilà donc la Biennale qui tombe dans le piège de l’amalgame alors qu'elle veut le combattre. Voilà donc le monde arabe assimilé, réduit à son pire ennemi l’islamisme, l’obscurantisme, Daech. Avec lui, le raccourci : « Femme voilée-Islam-Terrorisme. » Contactée, la mairie du IVe balaie la polémique et invoque « le deuil national », « une exigence républicaine », « comme d’autres mairies ont renoncé aux décorations de Noël ». « Dans ces moments-là, les drapeaux sont en berne et les édifices publics, qui représentent la République, ont un devoir de sobriété et d'absence de message autre que celui du deuil national », explique Sarah Alby, la directrice de cabinet de Christophe Girard. « Il faut distinguer l’œuvre dans un musée qu’on va voir de son plein gré et l’œuvre dans une rue très passante qu’on vous impose », abonde Gabriel Bauret, le commissaire général de la Biennale, qui soutient cette « mesure d’apaisement vu le contexte ». À l’exception de cette image censurée, les autres portraits intimes de la Génération Tahrir (objet d’un très beau livre éponyme aux éditions Le Bec en l’air) sont exposés dans la cour d’honneur de la mairie du IVe, 2, place Baudoyer. Ils portent l'optimisme dans une Égypte qui n'en finit plus de broyer du noir sous le règne autoritaire et répressif du maréchal Sissi. 

  2. Wafaa Samir est une jeune photographe et plasticienne égyptienne formée en architecture à l’université des beaux-arts de Helwan, au Caire. L’identité, l’exploration de soi mais aussi la ville, autant de sujets qui la nourrissent. Ici, à l’Institut du monde arabe, elle dévoile sa série Ramadan, réalisée en 2013. Wafaa Samir se penche sur le jeûne, l’un des cinq piliers de l’Islam. Du lever au coucher de soleil, dans l’intimité de musulmans pratiquants, elle croque ce mois de renoncements, de spiritualité, de pardon, de solidarité. Un livre de prière, un toit, un bout de ciel, quelques beignets, une fenêtre, des grains de raisin…

  3. Vietnam, Cambodge, Irak, Koweït, Irlande… Le Français Bruno Barbey, coopté en 1966 à l’âge de 25 ans au sein de l’agence Magnum, a couvert les conflits les plus violents de ces cinquante dernières années, mais il a toujours refusé l’étiquette de photographe de guerre, « l’esthétique de la folie et de l’horreur », préférant le temps long au scoop. En noir et blanc ou en couleur, il a marqué l’histoire d'une écriture subtile, toujours bienveillante, jamais racoleuse. Dans le cadre de la Biennale, la MEP lui consacre une remarquable rétrospective : Passages, 55 ans de photographie. Parmi les 150 tirages, notamment, ses portraits lumineux du Maroc où Barbey a grandi entre Rabat, Marrakech et Tanger, jusqu’à l’âge de 12 ans (ci-dessus, le Mausolée de Moulay Ismaïl, Meknes, Maroc, 1985).

  4. Harcèlement sexuel, violences physiques, agressions collectives, excisions, viols, discriminations… En Égypte, les vio­lences envers les femmes sont un fléau endémique. Que ce soit dans la sphère publique ou privée, les femmes ne sont nulle part à l’abri. Et la situation ne s’améliore pas. En témoigne le dernier rapport d’Amnesty International. À l'IMA, Mouna Saboni, Franco-Marocaine installée à Paris, diplômée de l’école nationale supérieure de la photographie d’Arles, raconte le combat d’être une femme au pays des Pharaons, comment sortir de chez soi devient « un acte de résistance ». Son projet Je voudrais te parler de la peur est une série de portraits en couleur de femmes égyptiennes victimes de maltraitances. Poignant.

  5. Une ancienne source d’eau fraîche devenue un égout à ciel ouvert, des enfants qui jouent dans les décombres d’un château d’eau détruit lors de l’opération « Bordure protectrice », la guerre lancée par Israël contre le Hamas en juillet 2014… À la MEP, l’Italien Massimo Berruti, membre de l’agence VU, documente une problématique sanitaire ignorée : l’ampleur de la crise de l’eau dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. Un projet qui lui a valu de remporter en 2014, le grand prix AFD/Polka du meilleur projet de reportage photo. C’est l’une des expositions les plus saisissantes de cette biennale. Aggravée par l’opération « Bordure protectrice » qui a détruit un tiers des réseaux en eau et assainissement, la situation dans Gaza, sous blocus israélien depuis huit ans et dépourvue de système de traitement des eaux usées efficace, est encore plus critique et compliquée. Selon les estimations, il n’y aura plus d’eau potable dans toute la région de Gaza d’ici 2020. (Ci-dessus, dans la bande de Gaza, à Beit Hanoun, une fillette dévale avec son petit frère un escalier en ruines. Un jerrican à la main, elle va chercher de l’eau au point de ravitaillement le plus proche.)

  6. Après Empire, une immersion de deux ans dans le camp de réfugiés de Choucha en Tunisie, le Français Samuel Gratacap poursuit son odyssée sur les routes migratoires avec pour objectif de redonner une identité aux migrants d’Afrique subsaharienne qui risquent leur vie pour rejoindre la forteresse Europe. Il s’est posé cinq kilomètres plus loin que Choucha, en Libye, dans la prison de Zaouia où, dans des conditions inhumaines et dégradantes, des milliers d’exilés croupissent et espèrent passer de l’autre côté de la Méditerranée, prêts à tout pour réussir ce qui relève aujourd’hui de l’impossible. Sa série Les naufragé(e)s est à voir dans le patio de l’IMA.

  7. Avec La Chambre marocaine, un travail d’atelier construit sous forme d’exil, le Franco-Marocain Malik Nejmi, membre de l’agence VU, explore son histoire personnelle, sa double culture, sur fond d’universalité. Grâce à la photographie, il renoue le lien avec un Maroc où il lui est difficile de retourner. Son père en est parti « comme un voyageur ». Lui y est revenu « comme un fils d’immigré ». Mais le retour vers les racines n’est pas si aisé. En télescopant les temporalités, Malik Nejmi compose des scènes comme tirées d’albums de famille mais qui trahissent leur contemporanéité par le traitement photographique : plans cinématographiques, jeux de champs et hors champs et format carré, reproduction du cadre de la fenêtre de l’appartement familial d’Orléans d’où, petit, s’évadait son imaginaire. À voir à l'IMA.

  8. Comment raconter la Syrie autrement que par la guerre et la mort, devenues depuis 2011 le quotidien de ce pays ? En ravivant les imaginaires. Mohamed Lazare Djeddaoui, photographe et vidéaste français d’origine algérienne, a replongé dans les histoires et légendes racontées aux enfants de la région de la Syrie et du Levant. Elles lui ont inspiré une série de photographies intitulée Contes syriens dont La fille de l’ogre (ci-dessus). C’est au plus près du conflit, dans la région d’Alep, que Mohamed Lazare Djeddaoui a réalisé ces images avec le soutien et l’aide de la population syrienne qui, bien qu’ayant souvent tout perdu, reste optimiste et continue à voir la vie comme seule issue possible face à la guerre qui s’y développe. À voir à l’IMA.

  9. Irakienne née aux États-Unis, Tamara Abdul Hadi porte son regard dans des lieux à forte portée historique et symbolique, les cimetières. À l’IMA, elle expose son travail dans les allées de Wadi As-Salam, un cimetière de Nadjaf, à 160 kilomètres au sud de Bagdad, en Irak, considéré comme le second plus grand cimetière du monde et aussi le plus ancien. Plus de cinq millions de personnes sont enterrées dans ce lieu témoin de tant de guerres. Un travail dérangeant, qui s’inspire aussi d’un proverbe irakien selon lequel « Nadjaf est un lieu pour enterrer, pas pour vivre ».

    1. Médiapart

      L’artiste new-yorkaise Diana Matar photographie une Libye à première vue ordinaire. Un immeuble, un parking, des palmiers, la mer… Mais il faut lire les textes qui accompagnent ses images pour saisir l’Évidence, le titre de sa série : ces lieux ont été le théâtre d’exactions au cours de la révolution libyenne ou sous le règne dictatorial de Kadhafi. Ce parking sous nos yeux mène en réalité à une salle de torture à Benghazi, cette mer a accueilli les os brisés de 1 270 prisonniers politiques après un massacre perpétré le 29 juin 1996 sous Kadhafi… C’est la disparition de son beau-père, dissident politique au régime de Kadhafi, qui a marqué et inspiré Diana Matar dans sa quête de l’invisible et du souvenir. À voir à l’IMA.