Vidéos Elida Almeida, nouvelle pépite du Cap-Vert

 

   
Elida Almeida. Crédits : DR    

A seulement 22 ans, la cap-verdienne Elida Almeida vient de remporter le prix RFI Découvertes 2015. Nouvelle recrue du label Lusafrica, qui avait relancé la carrière de Cesaria Evora, elle s’apprête à conquérir le continent africain, après un premier tour de chauffe à Maputo, le 4 décembre.

Le visage poupin, la jeunesse débordante, Elida Almeida dégage une assurance qui frappe dès la première entrevue. Sur scène, elle se promène, et l’espace devient vite trop petit pour sa présence joyeuse. Son professionnalisme a fait la différence, d’après Oumou Sangaré, la présidente du jury qui lui a attribué le prix le 17 novembre. Véritable tremplin vers la scène africaine, d’habitude remporté par des francophones, Elida Almeida est la deuxième gagnante originaire du Cap-Vert. Un archipel de 350 000 habitants pauvre en ressources naturelles, mais où le taux de musiciens talentueux au kilomètre carré constitue une source d’énergie renouvelable.

A Maputo, face à la salle comble du Centre culturel franco-mozambicain, Elida a des choses à raconter. « Je suis née et j’ai grandi dans une zone qui n’a pas d’électricité, même maintenant. Notre seul divertissement était une radio à pile », amorce t-elle. Dans cet endroit reculé au milieu des montagnes de l’île de Santiago, « les personnes sont simples, éloignées de la mondialisation. Il n’y a pas d’internet, de télé, de tous ces trucs... » Un manque qui pousse à la créativité, le soir, en groupe, autour du feu : « Nous devions inventer des choses à faire ! »

 

A la mort de son père, elle rejoint sa mère sur une île voisine et chante à l’église, où elle se forme à la technique vocale. Puis elle travaille un temps sur une radio communautaire comme DJ et présentatrice. « Je passais mon temps à chanter par dessus les morceaux que je passais, je ne pouvais pas m’en empêcher », poursuit t-elle, malicieuse. Elle écrit déjà ses premières compositions, dont « Nta Konsigui » (« je vais réussir »), qui deviendra le générique de la télénovela portugaise culte A Unica Mulher.

Et puis le déclic. On l’encourage à se présenter à des concours locaux, qu’elle remporte. On l’appelle pour chanter dans des bars à droite et à gauche. Jusqu’à ce que le producteur franco-cap-verdien José da Silva la repère. Moins de deux ans plus tard, avec un premier album, Ora doci, Ora margos (2014), déjà dans les bacs, des premiers concerts en France et aux Etats-Unis, la voilà prête à croquer l’Afrique, grâce à la future tournée prévue par le prix RFI.

Dans les pas nus de Cesaria

Elida ne souffre pas de la comparaison avec Cesaria Evora, l’idole cap-verdienne très appréciée à Paris, que Da Silva a découverte en 1987 et produite jusqu’à sa mort en 2011. Un temps aiguilleur à la SNCF, la légende raconte qu’il a tout plaqué pour s’occuper de sa carrière, après l’avoir entendue chantant pieds nus dans un bar de Lisbonne. « Je l’apprécie maintenant encore plus, confie Elida. A travers José, je me rends compte à quel point elle était d’une simplicité incroyable. Je lui demande toujours : comment elle faisait, elle ? » Depuis, Da Silva a monté le principal label indépendant de musique du monde en France, et produit d’autres mastodontes comme Bonga, Lura ou encore Boubacar Traoré.

Elida Almeida.   
Elida Almeida.         Crédits : NKrumah LAWSON DAKU    

Elida aussi finit par envoyer valser ses talons au milieu du show. Elle-même dans un registre traditionnel, elle affiche son propre style, plus funana et batuque, des rythmes métisses et énergiques inventés par des esclaves déserteurs. Ses textes, qu’elle compose, abordent la vie quotidienne, les déboires amoureux, et des thèmes plus difficiles, pour elle qui est devenue maman à 17 ans. « J’étais là, à ressentir beaucoup d’amour. Et au Cap-Vert, ça donne ça, explique t-elle en mimant un ventre de femme enceinte, entre deux morceaux. Ma mère n’était vraiment pas contente. Ça a été très chaud. » Elle en tirera le morceau « Joana ».

 

La voilà qui attrape une écharpe pour faire une démonstration de batuque à l’assistance mozambicaine, manifestement emballée, connexion lusophone oblige. Elle demande à un « bel homme » du public de monter sur scène : « Juste pour danser, qu’est ce que vous croyez ! » Il s’exécute et elle s’esclaffe, en bonne copine. Le tout d’un naturel rafraîchissant.

Le Kaloum Tam Tam dans le roman Chaîne Les fils de Chaîne #3 Terrain d'archéologie littéraire (Nicolas Treiber)

Transmettre la résonance du roman Chaîne de Saïdou Bokoum paru en 1974 tout en en décryptant son écriture contextualisée, tel est l'objet de cette série d'articles qui lui est consacrée. Epuisé, l'ouvrage n'est pour le moment plus disponible. A partir d'extraits du livre, de la voix de l'auteur et de l'écriture documentée du chercheur en littératures francophones, Nicolas Treiber, Africultures explore la place de Chaine dans l'histoire de la littérature africaine contemporaine. Après « Dans l'atelier de Saïdou Bokoum et Chaine, le roman inconnu de Bokoum », voici un épisode qui poursuit les traces des origines du Kaloum tam-tam dans le roman.

"Du théâtre comme initiation"

Faute d'archives vidéos, difficile de se représenter la teneur exacte des spectacles de la troupe du Kaloum Tam Tam. Dans la photothèque de la ville de Tarragone, en Espagne, il y a bien cette poignée de clichés d'une représentation à l'auditorium du Champ de Mars lors du festival d'été, le 30 juin 1972 (1). Deux batteurs, parmi lesquels, à gauche, on reconnaît Saliou Sampil. Des danseuses entourant un homme. Une procession de danseurs surgissant côté cour. Un chœur de femmes altières vêtues de boubous. L'une qui s'avance vers le micro. Pour finir, une femme étendue sur la scène, agrippée par un « sorcier » portant masque en bois et jupe de raphia. Une succession de scénettes, de sketches et de danses, le rébus d'une histoire inconnue entremêlant l'amour et la mort.

L'esthétique d'un engagement

Le Kaloum tam-tam disposait d'un large répertoire. Parmi ses pièces, Kakilambé, Bi man Salou (les chefs d'aujourd'hui) et Cham, une grande fresque sur la domination des Africains, de la malédiction biblique aux luttes de libération. Dans Chaîne, le héros retrouve ses amis au moment où le groupe Kotéba monte Cham. À Kanaan qui vient de franchir la porte de son appartement, Kéfing offre ce résumé enflammé : "- On essaie en ce moment de mettre en scène l'histoire de la négraille prise par les deux bouts de la Chaîne : ‘Cham, aujourd'hui comme hier.' (...) Donc on essaie de revoir ça, de Canaan à Cabral, en passant par les captiveries, l'enculade de Berlin en 1885, la mascarade actuelle, depuis qu' « on a parlé d'indépendance »...."(2) Chaîne d'asservissement, Chaîne de transmission. Chaîne qui relie, Chaîne qui emprisonne. Ambivalente est la Chaîne. Une tension qui enchaîne les situations, mise en scène dans des riffs de guitare électrique et des roulements de djembé.

À l'origine, les spectacles du Kaloum tam-tam ne comportaient pas de scénario, à peine un script de départ. Saïdou Bokoum se souvient du premier : "Nous sommes partis d'un poème de Koly que récitait N'nady Conté. Il commençait par'Tam tam de Bandiagara, les 220 volts expulsés dans les sexes sanglants…' C'était la seule phrase écrite, tout le reste était improvisé." Le matériau était retravaillé soir après soir, le script prenait forme de représentation en représentation. Sur scène, le langage des corps, le mime et la danse l'emportaient sur celui des mots. Keita Fodéba, dont le Kaloum a repris et adapté un des poèmes célèbres, "Minuit", était déjà passé par là avec ses Ballets africains. Le Living Theatre aussi. Et Bokoum égrène les noms des créateurs et des troupes qui faisaient vivre le théâtre de l'époque : Jerzy Grotowski, Teatro campesino, Peter Brook, the Bread and Pupett Theatre, etc. Le Kaloum tam-tam a surgi dans l'avant-garde artistique avec une forme nouvelle, interactive, alliant l'humour à la critique, adaptée à la diversité de son public. "Les gens se disaient : ‘Tiens, c'est du Nouveau théâtre. Mais tout ce mélange renvoyait aux origines du Kotéba classique."

Nous y voilà. Bokoum lève enfin le voile : le nom du groupe dans Chaîne désigne en fait le fondement de la création du Kaloum tam-tam. Un roman, une troupe, le théâtre d'une lutte dont les échos se diffractent sur les parois du présent. Et, à présent, la clé du lieu d'où naît le feu.

Kotéba ou le fondement de la création

"Kotéba" est le nom d'un rituel baman-mandingue mêlant théâtre, musique et danse. Il désigne la partie théâtrale sécularisée d'un grand rituel d'initiation de la confrérie des chasseurs du Mandé, le Korè. Le Kotéba est traditionnellement joué durant les fêtes de fin des moissons. Dans des saynètes satiriques improvisées, les jeunes incarnent des figures familières.(3) "Le vrai Kotéba, précise Bokoum, commence par des personnages : le fou du village, le cocu, la femme volage, le poltron… C'est cette partie comique, détachée du rituel du Korè, qui a donné le Kotéba." Une farce villageoise, une manière de réguler par l'humour la vie de la communauté. "Le Kotéba repose sur une distanciation. L'initié doit apprendre à jouer la vie, à ne pas la prendre au sérieux." À la fin du spectacle qui dure toute la nuit, grâce aux échanges entre danseurs et comédiens, aux interactions avec le public, les acteurs disposent pratiquement d'un texte. Une technique de création dont s'inspire le Kaloum tam-tam.

Bokoum est allé plus loin encore dans ses cours de théâtre et de tradition orale à l'université de Paris-8 Saint-Denis, entre 2002 et 2010. Il considère que le Kotéba opère la synthèse des deux définitions du théâtre : la définition minimaliste de Brook - une situation avec un minimum d'aménagements -, et la définition maximaliste d'Aristote, comme spectacle chanté, mimé et dansé. Un art total donc, qui marque l'entrée dans un univers symbolique. "Koté", rappelle Bokoum, signifie "escargot". Le Kotéba se joue sur la coquille d'un gastéropode. Sur scène, la spirale s'exprime en cercles. Le maître du Kotéba et les batteurs se tiennent au centre, à côté du foyer où sont chauffées les peaux des tam-tams. Ce dernier symbolise la pointe du Koté, l'origine de la création du monde. Le Kotéba impulse un mouvement de retour en soi, de descente vers le feu qui mène la danse héliocentrique des planètes, vers le seuil du vortex d'où surgit le souffle d'un langage qui engendre la vie.

Le Kotéba retend la chaîne du sens, les liens entre l'être humain et l'univers. En quelques phrases, Saïdou Bokoum rend palpable la densité d'un secret initiatique. L'un des visages de l'universelle transcendance. Une balade dans la profondeur du temps, dans le palimpseste de l'espace. Pendant qu'il parle, la fiction du Kaloum se projette en transparence sur Paris. Des scènes, des sons, des mots de Chaîne. Les danseuses, les niamous, les niamas, la manifestation sur la place Contrescarpe qui se déverse dans la rue Monge, les batteurs, Fodé "dit Mazicien, dit aussi la Terreur de Marseille(4) " conduisant le chœur : "KOLON KALAN / SON YE MIN / KOLON KALAN / A KOUNTI (5)". Le roman et les mémoires se télescopent sur leurs orbites. Suivre leurs rebonds, d'ellipse en ellipse, happés par une tornade joyeuse. Au carrefour des astres dansants, entendre la poésie des traces.

(1)Photos visibles sur : http://web.tarragona.cat/fonsarxiu/fons_imatges/veurecataleg.php?id=2351. (2)Saïdou Bokoum, Chaîne, Paris, Denoël, 1974, p. 122. (3) http://www.africadence.com/dossier_oct.htm. (4) Saïdou Bokoum, op. cit., p. 268. (5) Ibid., p. 269. - See more at: http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=13372#sthash.qGgsXslo.dpuf

ODE POUR UN MARTYR : A EL Hadj Mouctar Bocoum

 Je reviens de Dinguiraye, ville sainte, ville d'un dépôt sacré, en passe de devenir un Dépotoir. En attendant d'y revenir dans mon "Cahier d'un routard", voici trouvé entre deux traverses des rails de la mémoire en faillite, une pépite qui fut piétinée par l'indécrotable canaille. Il y a sept ans donc, presque jour pour jour, poussé par les féaux de Dajjal,  Mouctar faisait l'ultime saut de l'ange.

« Celui qui meurt dans la pure innocence est un martyr » (El Hajj Mouctar Bocoum, source Trad. musulmane).

Mouctar, tu aurais pu aussi bien t’appeler Momo Wandel,Bouba Pessè, Fodé ContéOu Marcellin Bangoura, Pivi, Kendéka..

Tous artistes à qui il ne restait plus qu’à menacer D’aller planter leurs  lits au cimetière

Rien n’y a faitComme Bassamba éminent cadre banquier

Qui contrairement à  SassineN’a pas encore fini de trinquer

De se lasser de voir boire sa vie par la mal-vieOui,

Mouctar mon ami  mon frèreDis-moi comment taire

Cette colère qui me taraudeAu risque de fracasser mon âmeC

ontre la muraille de l’Empire

Du Maître de Puissance

Qui vient de t’envelopper dans son EssenceAu bout d’un long et « triste  petit matin »(1)

Qui dura plus d’une semaine

Une descente aux enfersTu t’es remis à t’alimenterAuparavant ta respiration chantonnait« 

Un prêté pour un rendu! »En entrant en clinique porté

Par le petit MouctarL’orphelin que tu avais adopté

Et porté comme une âme-sœur

Tu ignorais que l’on t’avait mis une sonde

Comme lui ton nom que tu lui avais donné

Qu’il portait aussi comme une sonde

Orphelin rejeté du monde

Qui n’a que faire des rejetons de ce monde

Oui, à dix-huit heures tout allait mieux

On allait enfin dénouer ce misérable nœud

Qui t’empêchait de goûter les mets

Que tu rendais aussitôt déglutis.

A vingt heures tu rendais l’âme.

A Paris autour de minuit le téléphone sonne

De Conakry à cette heure

On vous bip pour des banalités O

u alors on vous annonce Le Décret de la fatalité

Quelqu’un  est passé de l’autre côté du néant

Tu fus de la promotion des premiers

Qui furent les derniers Ceux à qui on a promis de gérer ce pays

Tu as choisi l’exil après huit mois de camp Boiro

Les années 60, 70,  comme tous les exilésTu as galéré  et atterri à la B.A.D.

Combien de jeunes fuyardsTu as abrités, nourris à Adjamé..

A Conakry quand ce fut l’ « Ouverture »

Tu as sauté avec armes et bagages

Dans un magbana, en disant ouf, « bolibana! »

C’était le début de la Fermeture

Quand  ton petit camarade

Qui t’avait laissé en rade

Dans la tourmente des eaux

De l’errance océane

Oui ton petit camarade

Devenu plus tard Phiraouna

T’a annoncé  la bonne nouvelle.

Il avait besoin de toi dans l’antre

Où l’on danse sur les louanges sataniques

Du maître de ce bas-monde

Le pendant de la communion des saints

Où les magiciens de Phiraouna

Dansent en chantant
“In God we trust”

Là il a fait avec toi

Comme Pharaon avec Annabi Moussa:

Te faire admettre l’immonde attestation

Que lui Phirouaouna
« Il est dieu et roi de ce bas-monde »

Qu’il ne souffre pas de contradiction

Or je t’ai connu ennemi des contorsions morales

Longtemps avant que tu ne te retires

Dans la sublime contraction solitaire du moi uni au Soi

De l’autre côté de la « transcendance de l’ego »(2)

Libéré des pugilats illusoires

Entre le pour-soi et l’en-soi

Tu ne pouvais que danser à contre-temps

Tout en disant aussi

“Yes in God we trust”

Tu avais l’outrecuidance de préciser“

But He’s neither green nor yellow”

« Mon Dieu est le Maître de l’Orient »

« Qui peut faire lever le soleil de l’Occident »!

Alors il crut pouvoir te précipiter dans les ténèbres

Tu en fis une chute libre de tout déshonneur.

Chef de service, assistant

Tu t’es retrouvé à la documentation

Minable euphémisme qui fit de toi

Un rat des archives pour ranger et chiffrer « Jeune Afrique », « Le Lynx »

Et je ne sais quelle autre feuille de choux.

T’ayant définitivement chapitréIl crut Phiraouna que pour toi

Fini la manne et la caille

Cela jusqu’à ta retraite.

Pendant que la canail

le creusait le gouffre

De nos finances en s’en mettant plein les entrailles

La retraite?

Au diable la racaille!

Moins de cinquante euros tous les trois  mois

Tu as voulu démissionner.

Nous n’avons pas eu de peine à t’en dissuader.

Tu as fait mieux.Un jour tu m’as dit

« Il y a longtemps que j’ai pardonné à Phiraouna ».

Après tout il avait mis de l’ordre, du tempo

Dans les rites sataniquesOù l’on transforme l’argile des courbettes

En  cette substance  mordorée qui brille

Comme cet or qu’on pille et que l’on empile

Dans les caves insatiables de ce bas-monde

Où grouillent  tant de viles mines

Apres aux gains illicites

Tu es allé à La Mecque  

Choisi par  la loterie humanitaire du personnel

J’avais peur pour toi

Tu n’avais « plus que les os et la peau »

Comme ce cheptel sahélien

Qui refuse l’herbe grasse

Surgie du fumier des entrechats et « couchats » (3)

De nos bureaux animés du tintamarre des pots-de-vin

Oui j’avais peur, tes jambes  ne te suivaient plus.

Au début de ton séjour au Hajj

Tu as perdu tout ton pécule

Des âmes bien nées dont l’ambassadeur d’alors

Qui a donné le ton

Ont eu  des gestes de solidarité

Le miracle du Hajj a fait le reste

Dès que tu es revenu

Tu t’es fait bâtir une grande maison

Agréable et simple où tu passais le temps

A te rapprocher de ton SeigneurAujourd’hui

Il t’a rappelé à LuiTu as pardonné à Phiraouna.

Ce n’est pas que j’aie la rancune tenaceVoilà je n’ai pas encore comme toi

Humé le parfum de la sainteté

Et hélas ou heureusement

Il y a des conditions au pardon

Ce qui n’est pas refus de l’abandon de la haine

Elles sont trois ou quatre

Dans la tradition musulmane

Reconnaître sa faute

Promettre de ne plus recommencer

Naturellement demander pardon..

Adossé aux pieds vermoulus

De nos hôpitaux et cliniques privées

Portails de mouroirs, de centres de transit

Vers les dépotoirs du siècle

Lever les bras au ciel

S’en remettre au Tout Puissant

Avant le saut hors des latrines

Et du  néant de ce mondePour disparaître dans les lettres lumineuses

Inscrites comme un sceau ineffable

Par les Mains de l’Etre

Avant dire ceci qui n’est ni  menace

Ni cri de haine et de vengeance

Mais petit rappel de l’Histoire

Chant d’espoirVous ne perdez rien pour attendre

O vous caïmans de la mort rouge
La jeunesse éternelle qui veilleAura votre peau de crocodiles!  
Mouctar et toutes les autres victimes
De ce pays devenu Empire du martyre
Puisse Le Tout Miséricordieux accueillir
Votre repentir en vous accordant Son Naîme!(4)
Amîne

Notes
(1) Cahier d’un retour au pays natal Aimé Césaire éd. Présence africaine
(2) J-P Sartre 1965 éd. Vrin
(3) pot-de-vin en « français de Moussa », Côte d’Ivoire
(4) Agrément divin

El Hajj Saïdou Nour Bokoum

Ghetto chic et silhouettes vaporeuses à la Black Fashion Week de Paris

 

La quatrième édition des défilés africains s’est tenue au Carreau du Temple les 12 et 13 décembre. Les vivats du public semblent aller à la créatrice guadeloupéenne Eliette Lesuperbe.

Faut-il se battre pour se faire une place ou créer son événement à soi ? Et pourquoi faire une Black Fashion Week à Paris en dehors de la Semaine de la mode ? La taille fine cerclée d’un tutu de mousseline noire, Adama Amanda Ndiaye a le sourire serein de ceux qui ne se posent plus la question. Fondatrice de la Dakar Fashion Week en 2002, l’ex-banquière sénégalaise devenue styliste a lancé ces dernières années des Black Fashion Week à Prague, Paris, Montréal et Bahia et s’apprête à faire de même à New York, Londres et Milan. « Si on existe, c’est parce qu’ils ne veulent pas nous faire défiler, explique-t-elle. En France, il y a un tel establishment dans le milieu de la mode que je ne pouvais pas trouver ma place. Alors, j’ai créé un défilé pour une mode qui me ressemble. »

Une des robes bleues du créateur camerounais Parfait Ikouba, privé de Black Fashion Week Paris, faute de visa. Crédits : Hélène Dres    

Balayant du regard les vestiaires du Carreau du Temple où, à quelques heures du défilé, des stylistes parisiens, guadeloupéens, brésiliens et congolais s’activent, on peine à plaquer une identité sur les tenues qui naviguent entre les portants et les modèles. Que met Adama A. Ndiaye derrière ce « nous » ? « Dans Black Fashion Week, le mot black n’exclut pas, il rassemble, réplique-t-elle. Ça ne désigne pas une couleur, mais une culture. Une jeune styliste française comme Elise Müller, qui s’inspire des cultures africaines et indiennes, ne pourrait pas défiler dans le cadre de la Semaine de la mode. Ici, on est ensemble ! »

« Black désigne une culture, pas une couleur »

Pour cette quatrième édition, qui s’est déroulée au Carreau du Temple samedi 12 et dimanche 13 décembre, trois membres de la famille manquent pourtant à l’appel. L’Ivoirien Zak Kone pour des raisons de santé, le styliste camerounais Parfait Ikouba à cause de tracasseries administratives – dont la collection bleue a fait le voyage grâce à un ami – et la prometteuse Nigériane Ejiros Amos Tafiri, parce que la France lui a refusé son visa. « Comme si elle voudrait rester en France, rigole un collègue journaliste. Les Nigérians sont accueillis à bras ouverts au Royaume-Uni et aux Etats-Unis et nous, on leur ferme la porte ! Quelle prétention, quelle honte... »

De gauche à droite, les créations de Saka Lek, Eliette Lesuperbe et Elise Müller.         Crédits : Hélène Dres    

Au sous-sol, les mannequins longilignes noires, métisses ou blanches patientent dans un îlot de fauteuils moelleux, entourées de coiffeuses et de maquilleuses. De lourdes cornes tissées sur la tête, l’une pianote sur son smartphone, l’autre, flottant dans une minijupe en wax, enfourne un menu de chez McDonald’s entre ses lèvres laquées de rouge. Guitare à la main, une troisième se lève et entonne une folk song d’une voix savamment brisée. A cinq minutes de l’heure annoncée du défilé, quelques garçons les rejoignent. Coiffures graphiques très 90’s, slim noir, veste cintrée, ils ont défilé la veille. Originaires pour la plupart de région parisienne, ces jeunes gens ont répondu à un casting diffusé sur Facebook. Etudiants en management ou en marketing, ils parlent du mannequinat comme d’un passe-temps ou d’un gagne-pain et se voient déjà travailler dans l’industrie de la mode. Pour l’heure, leur dilemme, c’est comment ôter ces cornes au plus vite pour filer à l’after.

Cuir rouge, chaîne et fourrure de lapin

A l’étage, photographes et cameramen jouent des coudes pour se tailler une place. Certains agitant la carte des 45 ans de métier pour griller la priorité aux plus jeunes. Le public est enfin invité à entrer et le off de la Black Fashion Week peut commencer : entre les rangées de chaises, c’est un défilé des VIP sapeurs ou rockeurs, blogueuses mode et universitaires médiatiques – François Durpaire prend la pose au pied du podium – et stylistes, dont le brillantissime Anggy Haif. Dans les coulisses, Saka Lek prodigue les ultimes conseils aux mannequins pour présenter sa collection Ghetto Chic, résolument « bad girls » : maquerelles en cuir rouge et fourrure de lapin, saltimbanques en tissu à carreaux et résille. « Soyez vibrantes, bougez sur le podium, crie-t-elle au-dessus de la musique. Pensez à cette fille qui a bossé dur pour sortir du ghetto ! » Née au Congo Brazzaville, Saka Lek vit et travaille au Texas. « Aux Etats-Unis, il y a une grande liberté de création, affirme-t-elle. C’est grâce au melting-pot qui est une réalité. Personne ne va regarder ma collection en se disant : Mais, je ne peux pas porter ça, moi ! »

 Les créations de Carol Barreto explorent la richesse de l’identité brésilienne. Crédits : Hélène Dres    

Retour au sous-sol où Carol Barreto repasse ses tenues en musique. Installée à Salvador de Bahia, la styliste brésilienne présente une collection militante. « Mes créations questionnent l’identité brésilienne qui mélange celle de l’ancien colon et de l’ancien esclave, explique-t-elle. En tant qu’afro-brésilienne, on ne peut pas savoir exactement de quel pays d’Afrique on vient. Alors, on cherche tout le temps des influences et on se crée une nouvelle identité. » Une heure plus tard, le défilé commence. Entre chaque créateur, le maître des cérémonies égrène le nom des sponsors. A l’applaudimètre, le prix du public semble aller aux robes très féminines d’Eliette Lesuperbe. Le premier rang averti, smartphone brandi, capture les silhouettes élégantes et vaporeuses. Avant de retourner l’appareil vers son propre minois. Tout va bien, nous sommes bien dans une semaine de la mode.

« Din wa Dunia », une nouvelle revue marocaine pour un islam universel

 

La couverture du premier numéro de la revue marocaine "Din wa Dunia".   
La couverture du premier numéro de la revue marocaine "Din wa Dunia".         Crédits :     

Lancée le 1er décembre, la revue Din wa Dunia est arrivée à point dans les kiosques du royaume : entre désaffection des lecteurs de la presse papier et le choc né des récents attentats revendiqués par des djihadistes, à Beyrouth, à Paris, à Bamako ou à Tunis. Le credo de ce nouveau mensuel : ne pas céder aux peurs et contribuer à une meilleure connaissance des religions et des cultures, qu’elles soient d’islam ou d’ailleurs.

Un projet au titre évocateur et ambitieux, din signifiant « religion » et dunia désignant le monde, l’univers, la société. L’islam est dit « Din wa dunia », c’est-à-dire porteur d’une polysémie, à la fois religion et civilisation, croyance et monde. L’expression s’oppose aussi aux lectures théocratiques qui avancent que l’islam est « Din wa dawla », religion et Etat. Tout un programme donc.

Lire aussi : « Le soufisme peut être un rempart à l’islam radical »

Agé de 35 ans, son fondateur est un enfant de la presse indépendante qui a éclos au Maroc à la fin du règne de Hassan II. Souleiman Bencheikh explique au Monde Afrique que son projet est le fruit d’une longue réflexion : « J’ai toujours chéri l’ambition de lancer un magazine culturel, mais j’hésitais entre les formats journalistiques et mes envies. La pertinence du thème des religions s’est imposée comme une évidence a posteriori. » Auparavant, le jeune directeur de la publication et de la rédaction de Din wa Dunia avait fait ses armes dans les rédactions francophones du Journal, de TelQuel, avant de participer à la fondation du mensuel historique Zamane.

Ilyas Al-Omari en « mécène »

L’idée de Bencheikh est d’installer Din wa Dunia au cœur des débats sur l’islam en tant que civilisation, en résonance avec les autres religions et cultures. Une ouverture pensée depuis le Maroc, dont il rappelle l’étymologie arabe maghrib, qui signifie « Occident musulman ». « La recette d’un projet solide est simple sur le papier, explique-t-il. Un concept novateur, de la qualité dans le fond et dans la forme, et un actionnariat stable. » Il ne restait qu’à passer au stade opérationnel.

Souleiman Bencheikh y travaille à plein-temps depuis plus d’un an. « J’ai rencontré un engouement formidable. Dans l’équipe de journalistes, de contributeurs et parmi les universitaires qui forment notre conseil scientifique, d’abord. J’ai aussi, sur la recommandation d’amis communs, contacté Ilyas Al-Omari, qui a immédiatement cru au projet et décidé d’y investir. »

Ilyas Al-Omari est l’homme fort du Parti authenticité et modernité (PAM) – créé en 2008 par un proche du Palais qui l’a quitté depuis – et aussi celui qui s’est le plus opposé à l’islamiste Abdelilah Benkirane, chef du gouvernement. « Je ne suis ni encarté au PAM, ni même ailleurs, poursuit Bencheikh. Ilyas Al-Omari est l’actionnaire principal de la société éditrice de Din wa Dunia, dont je détiens aussi des parts. » Une manière de marquer une distance avec l’engagement politique de son « mécène » – qui est aussi depuis septembre le président de la région Tanger-Tétouan-Al-Hoceima. « C’est un libéral avant tout. Il m’a fait confiance et n’intervient pas dans les choix éditoriaux du magazine », précise-t-il.

Une maquette audacieuse

De fait, le premier numéro propose un nouveau regard marocain sur les questions de religions. Le menu de décembre est copieux : une longue interview de Makram Abbès, traducteur du philosophe bagdadi Al-Mawardi, un dossier d’une vingtaine de pages dédié au choc historique islam-Lumières, un reportage sur une communauté de sœurs franciscaines en pays berbère à Midelt ; le portrait insolite d’un amiral aux temps des Ming ; des tribunes et même une chronique signée Sanaa Al-Aji, une journaliste star du Maroc.

Lire aussi : Au Maroc, le désarroi des journalistes indépendants

Ce lancement signe aussi le grand retour d’Ali Lmrabet, qui avait été interdit, en 2005, d’exercer sa profession pendant dix ans. Le tout, porté par une maquette soignée, parfois déroutante mais assurément l’une des plus audacieuses de la presse locale. Tiré à 10 000 exemplaires, ce magazine francophone – ce qui limite déjà son lectorat au Maroc – espère toucher une audience plus large.

A terme, explique son fondateur, Din wa Dunia devrait être accessible pour tous les lecteurs francophones. En Europe donc, mais aussi et surtout au Maghreb et en Afrique de l’Ouest. « Pour l’heure, une diffusion physique au Sénégal ou en Côte d’Ivoire nous a paru trop chère. Mais nous travaillons déjà à un site web qui permettrait de vendre le magazine sous format électronique, et nous privilégions les abonnemenYoussets », confie le fondateur de Din wa Dunia.

Youssef Ait Akdim

Le Monde