Les « cars rapides », un symbole du Sénégal au musée de l’Homme

 

 Un de ces cars rapides, à Dakar. Crédits : Moussa Diop    

Parfois utiles grâce à des prix défiant toute concurrence, généralement dangereux à cause de leur état de vieillissement avancé, les minibus dakarois appelés « cars rapides » sont intimement liés à la société sénégalaise au point d’en être le symbole au musée de l’Homme de Paris, rouvert le 17 octobre après six ans de travaux. De marques Renault SG2 et SG4, ils sont gérés par des transporteurs privés et peuvent accueillir de 23 à 32 passagers, selon le modèle. Avec un jaune et bleu chatoyant, les « cars rapides » arborent une décoration soignée marquée par un esthétisme kitch. « Original », rectifie Babacar Mbaye Diop, docteur en esthétique et philosophie de l’art et enseignant au département de philosophie de l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar. Couleurs vives, dessins de lutteurs, inscriptions et amulettes constituent le revêtement des « cars rapides ». « C’est une apparence qui symbolise les paradoxes de la société sénégalaise, analyse l’universitaire Babacar Diop. Les inscriptions sur les cars rapides mêlent des invocations religieuses et païennes ».

Références islamiques

Dans un pays composé à 95% de musulmans, les références islamiques confirment cette tendance. Ainsi, sur les « cars rapides » on peut lire « Al hamdoulilah » (Dieu merci), « Beugue Fallou » (disciple du deuxième khalife des Mourides) ou « Bonne Mère » en hommage à la femme africaine véritable source de toute réussite individuelle. Mais aussi « Sainte Marie » ou « Jésus », ce qui est beaucoup plus rare. Les incantations animistes ou païennes pour se préserver contre les mauvais sorts ou le mauvais œil (« Nélen car ») ne sont pas en reste. « C’est un syncrétisme religieux qui intègre des croyances différentes et pas forcément conciliables. C’est ce que Vincent Monteil appelait l’islam noir », explique le sociologue Djibril Diakhaté. Au-delà des croyances religieuses, les décorations sur les « cars rapides » mettent en avant des événements historiques. On y célèbre les résistances locales à la colonisation symbolisées souvent par Lat Dior, le roi du Cayor tué en 1886 et son mythique cheval Malaw.

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Les premiers pas du Sénégal indépendant sont matérialisés par les dessins de paons dont Léopold Sédar Senghor, premier président sénégalais, avait une passion pour leur élégance. Autant d’inscriptions qui côtoient une décoration aléatoire parfois faite de lanières, de cache-poussières, de bouteilles vides accrochées à des tuyaux de caoutchouc. « C’est assez diversifié mais la beauté est recherchée », reconnaît Ousmane Mané entre deux coups de pinceaux. Le jeune trentenaire qui tient un atelier de peinture pour « cars rapides » à Dakar revendique une forme d’art dans son travail. « L’art en général est une activité dont le but est la création d’œuvre exprimant un idéal de beauté », rappelle Babacar Mbaye Diop, l’enseignant en philosophie de l’art. La recherche du beau est alliée à celle de l’argent. « Pour bien décorer un car rapide, la facture peut aller jusqu’à 80 000 francs CFA », précise Mamadou Diallo, codirigeant de l’atelier de peinture. Longtemps lucrative, son activité s’essouffle.

Une disparition annoncée

Avec le déclin des services publics de transport, les « cars rapides » sont passés de quelques centaines au début des années 1980 à près de 3000 à la fin des années 1990, selon une étude financée par la Banque mondiale parue en mai 2010. En 1997, par exemple, les minibus privés avec une majorité de « cars rapides » assuraient 73 % du transport urbain des Dakarois. Avec l’état de délabrement avancé des minibus dakarois dont certains ont plus de trente ans, la décoration soignée des « cars rapides » est devenue un cache-misère. « On peut considérer qu’on est dans le registre de la simulation et de la dissimulation, explique le sociologue Djibril Diakhaté. C’est la dialectique du montrer/cacher (à la fois) que les Wolofs appellent le « Mbagne Gathié ». Ce sont des pratiques qui se développent dans « des sociétés de plus en plus matérialistes où le statut social de l’individu renvoie plus au personnage qu’à la personne », poursuit-il.

Symbolisant les gloires et tares de la société sénégalaise, la place des « cars rapides » risque d’être de plus en plus au musée. « Si toutes les conditions sont réunies, il ne devrait plus rester de cars rapides en circulation en fin 2018 », assure Alioune Thiam, Directeur général du Centre exécutif des transports urbains à Dakar (Cetud). Pour cela, un programme de renouvellement du parc autobus de Dakar a été mis en place. Pour chaque « car rapide » retiré de la circulation, le transporteur privé reçoit un bus d’un prix unitaire de 18 700 000 francs CFA dont est déduit l’apport de l’Etat sous forme de prime à la casse de 2 000 000 francs CFA. Le reste du crédit (16 700 000 francs CFA) est échelonné sur 60 mois.

Mort d’André Glucksmann, le philosophe en colère

Le philosophe André Glucksmann, né à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) le 19 juin 1937, est mort à Paris, dans la nuit du 9 au 10 novembre. Il faisait le lien entre deux générations d’intellectuels, celle des Sartre, Aron et Foucault et les « nouveaux philosophes » ayant formé un groupe en rupture avec le marxisme dans les années 1970.

André Glucksmann a grandi dans un milieu juif d’Europe centrale et orientale. Ses parents, venus de la Palestine mandataire, passent à l’Internationale communiste en se réfugiant en France à partir de 1933. Sous l’Occupation, André Glucksmann subit le sort des enfants cachés. Tandis que son père meurt au début de la guerre, sa mère s’engage dans la Résistance.

Après la Libération André Glucksmann, qui vit dans un quartier populaire, suit des études qui le mènent à l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud. Il obtient l’agrégation de philosophie en 1961. L’itinéraire de ce jeune homme qui évolue alors dans la galaxie communiste croise celui de l’un des rares intellectuels de centre droit de l’époque, Raymond Aron, dont il devient l’assistant à la Sorbonne alors qu’il participe aux événements de Mai 68. Avec lui, il se plonge dans les problèmes géopolitiques, nucléaires, notamment sur la philosophie de la dissuasion. D’où son premier livre, Le Discours de la Guerre (L’Herne, 1967).

Lire l'intégralité de la nécrologie :     André Glucksmann, philosophe de l’indignation

Avocat constant de l’interventionnisme

 

André Glucksmann et Jean-Paul Sartre, à l'Elysée, en 1979.  

 

André Glucksmann en 2008.  

Classé parmi les « maos », figures de la Cause du peuple faisant l’intermédiaire entre les intellectuels de renom et la base militante, il va se faire l’un des thuriféraires de la révolution culturelle chinoise avant de rompre spectaculairement avec le marxisme en publiant La Cuisinière et le Mangeur d’hommes (Seuil, 1975), qui se vendra à des dizaines de milliers d’exemplaires.

Son itinéraire est désormais marqué par l’aventure des « nouveaux philosophes », qui sont parmi les premiers à envahir les plateaux de télévision, dont celui d’« Apostrophes » en 1977, et à diffuser largement auprès du grand public leur pensée en rupture avec les idéaux communistes. La fin de cette période consiste en une initiative prise par cet homme de terrain autant que penseur : emmener aussi bien Sartre qu’Aron à l’Elysée pour demander au président Valéry Giscard d’Estaing d’intervenir en faveur des réfugiés vietnamiens, les boat people, quittant le Vietnam communiste.

Prompt à diffuser ses indignations, il sera l’une des voix qui, lors des guerres yougoslaves des années 1990, se feront entendre pour soutenir l’intervention contre la Serbie en 1999. Quoique se revendiquant toujours de gauche, il se convertit de plus en plus ouvertement à l’atlantisme et à des positions proaméricaine, fustigeant le « pacifisme ». Il est l’un des avocats constants de l’interventionnisme au nom des droits de l’homme, que ce soit en Libye ou, plus récemment, en Syrie. Vieil adversaire du président Vladimir Poutine, il prend également la parole en faveur des indépendantistes tchétchènes.

Par l’intermédiaire d’une tribune dans Le Monde du 29 janvier 2007, il annoncera son soutien à Nicolas Sarkozy pour l’élection présidentielle. « Il a posé le bon diagnostic sur le chômage, c’est le candidat le plus à gauche », dit-il alors. Il lui conseille même un ticket avec son ami Bernard Kouchner, futur ministre des affaires étrangères. Il s’éloignera ensuite du président, du fait du rapprochement de ce dernier avec M. Poutine.

Dans Une rage d’enfant (Plon, 2006), il avait, en racontant ses souvenirs, expliqué les ressorts de son style et de son action, toujours marqués de colère, face aux misères du monde.

 

André Glucksmann, invité à l'émission "Apostrophes", animée par Bernard Pivot, le 26 avril 1985.  
 

Salam ou petit slam pour des fils de charbonniers (Saïdou Nour Bokoum)

Nous croyions avoir dit Non !

Ils ont entendu un « ouiiii mon doudou, ch’est so’ti ? ! »

Digne de la retape indigène

Hourra pour le fils du cuisinier !

Champi, mon patronyme

Tant pis si vous n’y comprenez que dalle

Enfant trouvé sur une dallette dans un champ où prospèrent

Rats souris vomis racaille et toute la canaille des rails

Au secours !

Il est de retour

Y a bon banania

Il paraît que mon paternel fut boy d’un poète

Un Pouchkine sous le masque d’un Poutine

En vrai en vrac :

Amadou Mahtar Mbow fils du cordonnier

Ne fût-il pas un ténor de cette bande de jeunes Turcs

Quelle honneur de n’avoir pas été l’éternel nègre blanc !

Des cuisines je suis parti à Paris

Major des fils de cuisiniers

Loin devant les avortons

Fils de Signaras et des saigneurs de Saint-Louis

Sanie suintée d’entre-cuisses

Foutre de cuissage sauvé du forceps

Futurs cuistres

Excellents polycards

Devenus époux stériles d’une Guinée

Cousue dans une burqa

Vêture tendance polyandrie

Voilure d’une de ces fameuses entités

Ectoplasmes nous sommes tous

Depuis Gorée Boffa Ouidah

Holà plutôt Ebola

« Peau noire et masques blancs »
J’en connais qui furent boys d’un commandant

Soixante ans de courbettes

Attendant le vote des bêtes sauvages

Sous les rouets et la chicotte

Du vrai roi sur le trône des roitelets de la Brousse
Pas de quoi avoir le chagrin
On parle d’un autre fils de cuisinier

Loin d’être froussard
Devenu Empereur des mines..

Mo fâla lâmou soûssaï !

En vrai en vrac

Camus nobélisa sa mère femme de ménage

Des cracs lutteurs de classe

Pierre Mauroy fils d’ouvrier

Guy Mollet : fils de concierge

Jacques Delors fils d’employé..

Le Pouvoir n’est pas un cierge

C’est un boutefeu

Il faut se donner la peine

Une fois dans la surface de réparation

D’être technicien de surface

Pour que le petit Camus

S’émancipe des communs

Et ne s’attarde dans les sous-sols

Sous peine de croiser Le Pen

Hurlant de concert

Charlots Guignolots

Je suis Charlie !

Egrenant tous le chapelet de l’amnésie

Oublié Le dictateur de Chaplin

Ou « La résistible ascension.. » de Brecht

Vous voulez qu’on fasse un petit tour

Une petite brèche dans la muraille de la connerie

Sur les charniers fumants d’Alabama

Volcans éteints

Soudain rallumés à Fergusson

Bastards of pigs

Ou à Ground zero souvenir de deux tours

Brasillés comme ces cochons de lait

Qui voient la lumière

Le jour où on leur fait la fête

Renseignez-vous

Sur les progrès en matière de mort clean

L’humaniste Guillotin

N’est plus qu’un plaisantin

Refrain

Retour du refoulé des pendus du Pont Tombo

Ou de l’arbre de Touba

Peint aux couleurs du Klu Klux Klan ?

Ou qu’on mette une étincelle à la plaine ?

Kolon kalan son yé min

Kolon Kalan a Kounti

Ou fouiner dans les champs de coton

Pour déterrer les quarterons de négrilles

De moriscos, de neg’s marrons

Neg’s bois de campêche

Pour compter ceux qui ont pondu

Des qui ont eu la pêche

Comme Malcolm X

Ou Martin Luther,

King de mes deux ?

Entendu dans Jo c’est aussi l’Amérique

Si je mens !

Demandez à la Giroux !

La haine du Livre

Jaloux devant l’Eternel

Allez donc au motel

Ils poussent comme des Champis

Au pays fatal

Où motel rime avec bordel

A treize ans elles en ont treize

Canacrimes capitale et cimetière des calabraises..

J’en connais en Guinée

Des millions qui furent esclaves
Soixante ans à ôter le chef :

« Bonjour mon commandant ! »

Le crâne bouillant sous un soleil de plomb

Yah mon commandant

Disait  Le vieux Nègre et la médaille

Qui veut chevaucher un Nègre

N’oublie pas son chat à neuf queues

O père fouettard

N’en fais pas trop dans la sur-dimension

Dame nature n’est pas démocrate

Au grand dam des queutards

Qui voudraient bien là aussi

La voir donner dans le godan du faciès

La Baule c’est bon pour la Gaule

Pas pour des gueules grimaçantes

Va, bien grimées pour Halloween

Saint-gui tropicalisée

Quant aux élections

Barbes à papa

En veux-tu en voilà

Vastes barbes aux culs

Joyeux ou joieuses pique-nique

Où les uns piquent

Pendant qu’on vous nique

Zeb !

Premier Gaou n’est pas gaou

C’est second qui est Gnata

Tu votes, je vole

Un donso a tué le gibier

Un autre l’a levé

Parole de baptou

Comme ce bantou sans goût

Servi au lambda avide

Qui vient d’élire à vie

L’héritier du défunt clone de Doctor Folamor

Atomisé de pied en cape

De Tombouctou au Cap

Du Gondwana au Monomotapa

Ces Baboins du Zimbabwé

Se font monter par des sagouins

Le Mur de Berlin toujours dressé

Dans nos gorges et dorsales

Nangam nangam

Ad vitam aeternam

 Refrain

Daaka à Porêdaka

A force de sucer le pôrê de l’hévéa

L’effort de guerre

Qui nous éveilla à la grandeur de la soumission

Un kinpahoun au bec d’un calao

Contre le pinkahoun de Diego Cao ?

Ko mbîdha Kaou

Wone kono mbadha

Kono mbattata

Kélén waara donsokè

A sara bâguida

Langue secrète

Langue d’initié

Stop. Un barrage, Cabora Bassa

Wassa Wassa !

Voici le train

Qui nous aligna en milliers de traverses
Pour le serpent boa
Qui a nom Congo-océan
Ailleurs Dakar-Niger
Qui boit le sang nègre dans nos forêts
Pour aller le déverser

Dans les boyaux de fer du nord affamé

Qui transperce tous les vingt mètres
Les jeunes corps comme à Bambéto

Broient le génie créateur de L’enfant noir

Tombés in the ghetto d’un tunnel sans fin

Qu’ils ont creusé ces apprentis-sorciers

Abrutis qui ont oublié le Sésame de la sortie

Fourvoyés dans un nid de poule

Qui ne rendra gorge

Que lorsqu’elle aura des dents

Kourémalé Kasso gbèlèman
Toubaboukè wo diamani
Garadikè wo ma Allah lon

Refrain

Allons fils du cuisinier de
La raison est hellène
L’émotion nègre

Nous autres, Wangrin est témoin,
N’étions que boys de blakros

Marmitons Plongeurs

Ratons, laveurs de ratotos
Cuistots de fissiri wallè
Nous n’étions que « Des bouts de bois de Dieu »

Et de Sembène ! Sembène !
Qui a rendu fière « La Noire de.. »
Taillables et corvéables
Des fils de chefs « rivés à la glèbe »

Xaïsal avant la lettre où s’enferre l’Etre
Réduits à être mis en enclos par Jules Ferry
« L’école des otages »

Libérés au prix de leur âme transvasée

Nègre le cul déchiré entre L’Exil

Et l’excommunication !

Un bappa maudissant son petit :


« A beppaï beppéri ndiandi »
Kono a lâmotâko ka ma

Hâ soussa mboutôri

Rumeurs de Doumbélane

Pour déniaiser les thuriféraires de la Pucelle d'Orléans

Et pourfendre "La perfide Albion"

Acariâtre marâtre

Des reins de qui sortirent les flammes du Klu Klux Klan ?


Tel a baillé son Parti gratis à l’un,
Qui l’a vendu 3 milliards à l’autre !

Au fond je n’ai pas été gourmand..
A sa place j’aurais été milliardaire

Un autre a montré

Qu’Euclide n’était qu’un faux-cul
Qu’en calcul, 44 est inférieur à 18 !
On me gifle sur la joue droite
Je tends la joue gauche

Pas besoin d’être « fils de Dieu – Exalté !
Suffit d’appliquer l’autre théorème d’Euclide

Question de goût affaire culinaire

Encore un peu de cassoulet

Ou un chouia de fricassée ?

Une dent cassée vaut une mâchoire fracassée

Une histoire de Nègre :

Tel autre est coupable du vol de son Parti ! 

Je vous demande pardon ?

Parlons-en, surtout de ceux qui sont partis avec.

Martyrs passés à pertes et profits ?

Tout est à refaire
Puisque les zhéros sont fatigués

Il faut reprendre le tout de zéro

Je ne suis ni Zorro ni superman

Mais je dis wana mi matcha lagui few !

Simplement faites-moi un peu de place

Dans cet immense paillasson

Où se prélassent les mêmes

Qui prospèrent partout

Au zénith au nadir

A gauche à droite

J’irai les chercher jusqu’au magma

Ramener la pierre philosophale

Où il est écrit en lettres de feu

Pourquoi toi et pas moi ?

Nangam nangam, Was-Salam,

 

Saïdou Nour Bokoum

www.nrgui.com

PRIVATE Traduction (trahison ?) pour déndhi Bokar Thiam au Texas. Je prie Le Tout Miséricordieux depuis ma petite Kaaba imaginaire, que la poignée de main qu'Alpha et Oury ont eue hors du pays, se concrétise et se consolide en Guinée en une seconde poignée de main sur laquelle Le Tout Puissant viendra mettre La sienne, un sceau qui sauvera l'âme des morts, les prisonniers et surtout les morts-vivants, encore trop nombreux en Guinée. (C, S 48, v 1 :  "Ceux qui te prêtent serment d'allégeance ne font que prêter serment à Allah : la main d'Allah est au-dessus de leurs mains. Quiconque viole le serment, ne le viole qu'à son propre détriment; et quiconque remplit son engagement envers Allah, Il lui apportera bientôt une énorme récompense".

Koyo Kouoh, ambitieuse et influente

 

 Koyo Kouoh. Crédits : DR    

« Koyo Kouoh, il faudrait la cloner ! » C’est Rose Issa, galeriste londonienne invitée à une table ronde sur la foire 1:54 qui le dit. On comprend ce cri du cœur tant la fondatrice du centre d’art RAW Material Company, à Dakar, parvient à déplacer des montagnes. Son aura n’est pas étrangère au succès du salon londonien dont elle anime le forum. « Elle arrive à obtenir tout ce qu’elle veut. Son pouvoir de conviction est incroyable », insiste la galeriste parisienne Imane Farès.

Intimidante et altière, avec ces yeux mordorés qui scrutent et enjôlent son interlocuteur, cette Camerounaise n’est pas sans rappeler son confrère et mentor Simon Njami : même sens de la séduction, même goût de la confrontation. Même snobisme rajoutent ses proches. « Elle a besoin d’occuper le terrain, d’accrocher la lumière », murmurent-ils. Qu’importe les jaloux. Cette polyglotte irradie d’une aura naturelle qui lui permet de collaborer en 2007 et en 2012 à la prestigieuse Documenta de Cassel ou d’organiser pendant l’été 2015 une exposition sur le cinéma africain à l’ère soviétique au Garage à Moscou.

L’ambition, Koyo Kouoh l’a dans le sang. Tout comme la résilience, héritée d’une grand-mère qui n’a jamais chômé. « J’ai vécu dans un monde de femmes indépendantes », précise-t-elle. Pour gagner cette indépendance, ses parents la destinent aux filières habituelles de l’ascenseur social : droit, économie ou médecine. Elle opte sans conviction pour l’économie, qu’elle étudie à Zurich, où sa famille s’établit alors qu’elle n’a que 13 ans. Elle travaillera un temps dans la sphère bancaire avant que l’art ne la rattrape par le biais d’abord de la littérature. Elle biberonne au lait de l’écrivaine noire américaine Toni Morrison, tangue à la lecture du Baobab fou de l’auteure sénégalaise Ken Bugul. L’Africanité la rattrape.

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« Quand je suis arrivée en Suisse, je ne ressentais pas de choc. Tu ne veux pas être différent, tu fais tout pour appartenir à une société, confie-t-elle, en admettant n’avoir jamais souffert de racisme en Suisse. Il y a un temps de fermentation. Le choc n’est venu que sept ans plus tard. Je me suis rendu compte que j’étais Africaine et noire. Je me retrouvais dans un spectacle où je n’étais pas exclue, mais où je n’avais pas de rôle. » C’est alors qu’elle ressent « une faim d’Afrique ».

En 1995, elle part à Dakar pour interviewer le cinéaste sénégalais Ousmane Sembène. Séduite par la ville, elle décide de s’y installer un an plus tard. « Retourner au Cameroun, je trouvais ça redondant, explique-t-elle. Le Sénégal était plus cosmopolite. L’islam m’intéressait aussi. » Elle s’ancre dans le continent, se nourrit de l’inconscient africain. Une fois sevrée, la voilà prête à transmettre ses idées. De 1998 à 2002, elle coordonne le programme culturel de l’Institut de Gorée, devient co-commissaire des Rencontres de Bamako en 2001 et 2003 et collabore à la Biennale de Dakar.

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Son fait d’armes ? La création en 2008 du centre d’art RAW Material Company. Un libellé qui ne sonne pas très arty. « Je voulais que le nom même fasse poser des questions, sourit-elle. C’était très important pour moi de brouiller les pistes, qu’il n’y ait pas le mot Afrique dedans mais qu’on y trouve un mot africain. Raw signifie brut en anglais, mais en wolof cela veut dire pionnier. C’était tout aussi important qu’il n’y ait pas le mot art. » Company enfin renvoie à la fois à l’idée du collectif et de l’entreprenariat. Ce lieu à la fois d’exposition, de pensée et de débat, ne se claquemure pas dans des sujets faciles ou populaires.

« Ce qui est important, c’est qu’elle agit sur le continent, souligne la curatrice Marie-Ann Yemsi. Elle y traite des questions de genre, de féminisme, ce qui pour nous paraît acquis ou galvaudé et ce qui l’est moins dans son contexte. » Au moment de la Biennale de Dakar en 2014, le centre se voit contraint de fermer provisoirement ses portes suite au branle-bas de combat suscité par une exposition sur l’homosexualité. Ces incidents, pas plus qu’une certaine inertie ambiante n’ont entamé son énergie. Pour peaufiner son programme des cinq ans à venir, Koyo Kouoh a fermé le lieu au public pour une année sabbatique.

Bien qu’elle vive partiellement à Bâle en Suisse, et qu’elle orchestre des expositions aux quatre coins du monde, elle n’a guère l’intention de renoncer à l’Afrique. « C’est impossible, l’Afrique c’est mon moteur, c’est ce qui m’épanouit. Les gens disent qu’il n’y a pas assez en Afrique ? Il n’y a que de trop ! C’est tellement riche qu’on ne la saisit jamais totalement », insiste-t-elle.

Et d’ajouter, intarissable : « Il faut arrêter d’avoir une image dépréciée de nous-mêmes. Il n’y a rien de diminutif dans l’adjectif africain. L’Europe et l’Amérique, on s’y cogne pendant des années et on nous dévisage avant de nous laisser entrer. Je me fiche qu’on me laisse être ou pas à leur table. Je dresse ma propre table, à eux de venir manger à la mienne. On nous dit que l’Afrique est en vogue. Elle l’est depuis cinq cents ans ! »

« Body Talk », 30 octobre-17 janvier, Frac Lorraine, 1 bis, rue des Trinitaires, 57000 Metz, tél. 03 87 74 20 02, www.fraclorraine.org

Aboubacar Traoré primé aux Rencontres de Bamako (3)

 

Aboubacar Traoré, "Inch’Allah", 2015   
Aboubacar Traoré, "Inch’Allah", 2015         Crédits : Aboubacar Traoré, "Inch’Allah", 2015    

Un personnage, la tête résumée à un casque noir. Lors de la présentation de la Biennale de la photographie africaine à Arles à l’été 2014, cette photo du Malien Aboubacar Traoré avait servi de visuel au dossier de presse. Mais par mesure précaution, la direction a opté entre-temps pour un cliché moins litigieux de la Sud-Africaine Lebohang Kganye, lauréate le 2 novembre du prix du Jury.

« Je ne souhaitais pas que la question religieuse soit au centre de la Biennale ni que les musulmans perçoivent cette série comme une critique », justifie Samuel Sidibé, délégué général des Rencontres. Aboubacar Traoré, lui-même musulman, n’est pas pour autant amer. Il a reçu le prix de lOrganisation internationale de la francophonie (OIF) et son nom est sur toutes les lèvres. Sans doute parce que ses photos sont les seules à relater, sur un mode métaphorique, de la guerre qui a éclaté en 2012, lorsque les rebelles touaregs associés aux salafistes ont tenté de prendre le contrôle du nord du Mali.

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Ce photographe, qui avait déjà présenté son travail en 2009 aux Rencontres de Bamako, enseigne depuis six ans au Centre de formation photo de la ville. Les jeunes, il les connaît et les côtoie. Depuis quelque temps, la question de l’extrémisme religieux le taraudait. Mais ce n’est qu’en août dernier qu’il a trouvé la forme ad hoc avec une série qu’il a baptisée « Inch’Allah ». « Il y a trois ans, on était paniqué, on ne savait pas où aller, tous les jours on pensait que quelque chose allait survenir. Je me disais comment les gens se cachent derrière la religion pour servir leur propre intérêt », raconte ce grand gaillard au visage jovial cerclé d’une fine barbe. Et d’ajouter : « Beaucoup de jeunes, à cause de la pauvreté, sont attirés par le radicalisme. Ils n’ont rien à manger, ils sont influençables. Quand quelqu’un vient et s’occupe d’eux, ils succombent à l’appel. »

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Aboubacar Traoré illustre toutes les étapes de l’endoctrinement, du prêche aux exactions. Pour rendre compte du lavage de cerveaux, il a fait porter à ses personnages des calebasses évidées peintes en noir, comme des casques sans visière. Les compositions les plus choquantes, comme celle où il représente un intégriste brûler dans les feux de l’enfer n’ont toutefois pas été retenues par les commissaires. Il le comprend, « le temps est à la prudence ». Qu’il se rassure toutefois : les images les plus énigmatiques sont aussi souvent les plus entêtantes et efficaces.

Rencontres de Bamako, Jusqu’au 31 décembre, www.rencontres-bamako.com