Il suffirait de trois fois rien pour que la mode africaine habille tout le monde

 

   
Photo prise dans le magazine Fashizblack, octobre 2015.         Crédits : Urivaldo Lopes    

Il

Photo prise dans le magazine Fashizblack, octobre 2015.existe bon nombre d’idées reçues sur l’Afrique, notamment qu’elle a encore tout à construire. Depuis plus d’une décennie, le discours « Africa is the Future » laisse entendre que le continent entre tout juste en phase d’éveil. Nous sommes pourtant bel et bien debout, le dynamisme de la mode sur le continent en témoigne. Comment transformer ce secteur bouillonnant en industrie durable ?

  • Une fédération panafricaine de la mode

La mode africaine a besoin d’une union panafricaine de ses fédérations pour poursuivre sa croissance, réunir les syndicats nationaux ou favoriser leur la création. Avec plus d’une douzaine de « semaines de la mode » dans et hors du continent, et parfois deux à trois « semaines » par pays, difficile de s’y retrouver, même pour les initiés. Trop souvent, l’exécution est médiocre, les calendriers peu fiables. Quant aux designers, ils manquent de cadre et de ressources.

A court terme,un calendrier annuel, commun et officiel, permettrait d’éviter les chevauchements constants d’une « fashion week » sur l’autre, et à la presse internationale, aux acheteurs, aux stylistes locaux et aux sponsors de s’y préparer correctement. La Lagos Fashion & Design Week, la Johannesburg Fashion Week ou la Dakar Fashion Week sont déjà leaders et en tireraient profit. Cela servirait aussi de référence pour le reste du continent.

Une fédération aiderait à la normalisation de cet écosystème par la création de labels de qualité, et d’accès aux informations : propriété intellectuelle, ressources financières, documentation et formations. Il est impossible pour une industrie d’émerger d’un système opaque. Les professionnels et les acheteurs ont besoin de savoir qui est qui et qui fait quoi, avec une base de données claire (à l’instar d’AfricaFashionGuide.com, par exemple).

  • Les créateurs africains ont besoin de plus de formation

Les meilleures écoles comme la Lisof School of Fashion à Johannesburg, la Vogue Style School au Ghana ou l’Ethiopian Fashion Institute doivent être renforcées pour attirer les créateurs en devenir du continent. Les gouvernements pourraient pousser à la mise en œuvre des programmes mode dans les universités, complétés par des cursus de courte durée pour intégrer plus de jeunes sur le marché du travail dans les prochaines années.

Ce n’est pas irréaliste quand on connaît les habitudes de consommation africaines en matière de vêtements et la relation très particulière des Africains avec les artisans et les tailleurs de proximité. Des ONG et des organisations comme l’ITC Ethical Fashion Initiative, l’AFI Fastrack & Next Gen ou la LFDW Fashion Focus organisent également des formations et créent des emplois à travers le continent ; elles devraient être plus largement célébrées. Pour construire une industrie forte, nous avons besoin de mettre fin à cette conception de la mode folklore, qui ne constituerait pas un emploi à temps plein.

  • Plus d’exposition des médias africains

Il n’y a pas assez de médias qualitatifs de niche, spécialisés dans la mode ou le textile sur le continent. L’accès à une information précise est donc compliqué à obtenir pour le consommateur. Il est crucial de renforcer les médias existant en support papier, TV ou Web, tels que StyleMania, Africa Fashion TV, Fashizblack, Spice TV, Africa Fashion Guide, The Style HQ ou HauteFashionAfrica…

En complément d’aides financières, ils ont besoin d’une meilleure distribution, de modèles économiques adaptables à des marchés complexes et en plein essor, et bien sûr de ressources humaines qualifiées, ce qui reste un grand défi. D’autre part, les médias africains généralistes doivent reconnaître la mode comme une industrie essentielle, et lui offrir un tremplin.

  • La mode africaine a besoin d’un rendez-vous professionnel saisonnier

Les défilés de mode sont pléthore. Les organisateurs ajoutent parfois des rencontres avec les acheteurs dans leurs programmes, mais il est nécessaire d’avoir au moins un salon panafricain saisonnier, où des partenariats, contrats et négociations peuvent être conduits dans des conditions adéquates. Sur quelques jours, sans défilés et avec une ferme volonté de prendre part à des discussions d’affaires ou des conférences ciblées, les créateurs, propriétaires d’usines et ateliers, acheteurs, expert en communication, journalistes, investisseurs et autres acteurs économiques pourront se rencontrer pour créer des opportunités communes et modeler ainsi l’industrie.

  • Les Africains doivent investir dans leur mode

Les questions de financement ne sont pas nouvelles, toute maison de mode fait face aux mêmes types de défis. Cependant, les créateurs africains manquent réellement de structures vers qui se tourner en cas de besoin. Les opportunités et initiatives sont relativement rares. Vlisco a créé son Fashion Fund en 2013, et la South Africa Fashion Week organise avec Renault un concours de talents chaque année. Le magazine Elle en Afrique du Sud aide aussi les jeunes créateurs à démarrer depuis plus d’une décennie. Mais les sommes à disposition restent modestes.

Alors qu’une fédération africaine aiderait certainement à rendre plus de ressources accessibles pour les créateurs et les autres parties prenantes de l’industrie, les capital-risqueurs et business angels doivent être prêts à investir davantage dans notre industrie de la mode pour qu’elle atteigne son plein potentiel. Un concours de jeunes créateurs plus important devrait être organisé chaque année, ainsi que la création d’un fonds de capital-risque afin d’assurer un bon suivi stratégique et financier de nos meilleurs talents.

Laura Eboa Songue est cofondatrice du média Fashizblack.

Le Monde

Music Africana

Music Africana sera désormais le nom de mon émission radio à Goddard College Community Radio qui passe ainsi du niveau local au niveau national.
Un organisme qui a pour nom « Local2National » offre chaque année la possibilité et une mesure d’accompagnement aux émissions de la radio WGDR et aux différents producteurs indépendants pour passer à une diffusion nationale.
Le fond alloué (Grant), permet aux producteurs gagnants de s’offrir un studio  personnel pour faciliter une production de qualité à tout moment car le studio de production de la radio n’est pas toujours disponible.
Parmi toutes les candidatures déposées cette année, mon émission fut classée top 1 à l’unanimité par le jury.  Il y a quatre admis et l’émission sera diffusée sous peu par différentes radios aux USA.
Sur le plan local le nom de mon émission est Paul Théa Show, je fais comme toujours, la promotion de la culture africaines à travers la musiques, les interviews, les histoires etc.
Dans le dépôt des candidatures, il y a des modifications souhaitées et pour donner un nom plus significatif qui correspond à mon objectif, j’ai tout simplement repris un label que j’ai créé il y a quelques années, Music Africana. Ceux qui se souviennent du site : musicafricana.com, un autre est en construction.
Je considère ce passage au niveau national comme une autre porte d’entrée des artistes africains sur le marché américain.
Depuis le décès du Pr Kapet de Bana, l’envie est encore plus grande de continuer à prendre les témoignages de nos anciens qui partent un à un. Avec un studio personnel, attendez-vous à beaucoup de témoignages de nos ainés (dans tous les domaines).
Ce prix est pour moi une reconnaissance de mes travaux aux USA et je tiens à remercier mon père Togbo Gérard qui m’encourage toujours dans mes entreprises, mes partenaires, mes amis, les différents sites qui diffusent mes articles et tous ceux qui m’aident et m’encouragent.
Paul Théa
NB : La lettre du directeur annonçant les gagnants.
All,
 
Please join me in congratulating this year’s winners of the Local2National grant! 
 
The winners are:
 
1. Paul Thea - Music Africana
 
2. Synnika Lofton (Goddard Alumnus) Guerilla Ignition Radio
 
3. Dennis Darrah - Trance-Formational Listening 
 
4. Tonio Epstein - Magical Mystery Tour
 
All of the submissions this year were really strong, which made for a very difficult job for the L2N Review Board. In the end, the board was very excited about the promise of these winning proposals, and believes in their promise for reaching national audiences.
Best, Kris
On behalf of the L2N Review Board 
 
Kris Gruen  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser."">//fr-mg42.mail.yahoo.com/neo/b/compose?to=Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser." class="yiv3236418027">Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Director, WGDR/WGDH, Goddard College Community Radio
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802.322.1721 | 802.272.5656, ext 329
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Le Pr Kapet de Bana n'est plus (Par Paul Théa) Vidéo

Le prince de Bana au Cameroun, a tiré sa révérence le Mardi 15 Septembre 2015.

Il fut un proche conseiller de Félix Roland Moumié, de Ben Bella, de Sékou Touré et  tant d’autres présidents. Connu des Guinéens pour son passage à la faculté de Droit à l’Institut Polytechnique et pour son incarcération pendant 10 ans, au camp Boiro.
Je vous propose de lire ici les témoignages de l’ingénieur suisse Jacques Rivkine et du Pr Yochanan BWEJERI.
« Le Prince « Rebelle » le Pof Kapet de Bana est décédé aujourd’hui en terre d’exil à Paris. Lui le Panafricaniste et l’Humaniste du Droit, de la Liberté, le Défenseur du droit de la vie, nous quitte et nous laisse orphelins.
Merci de passer le message à ceux de nos frères et amis pour qui la liberté en Afrique s’écrit avec un grand « L ».  En mémoire aussi de tous ceux qui ont laissé leur vie dans les camps et sous la torture jusqu’à être enterrés vivants par ceux dont ils partageaient alors la couleur et le sang (camp Boiro – Guinée).
Au Camp Boiro
En hommage écoutez le témoignage et la voie du Prof. Kapet de Banahttps://youtu.be/8u2wOZIuuok
Les messages peuvent être envoyés à "Mémoire d’Afrique "
Jacques Rivkine shalom
« Le Prof. KAPET de BANA n'est plus de ce monde. Un Géant de l'Afrique, un Témoin d'Exception, un Combattant de la LIBERTE confisquée, vient de rendre l'Ame.
 Entre 2004 et 2005, le Professeur KAPET de BANA a été deux fois l'hôte de marque du PRINCE DE JUDA, le Prof. Yochanan BWEJERI (EBEN EZER), Exilé alors en Belgique. Alors que ce dernier planchait sur les travaux Encyclopédiques qui devaient meubler la prestigieuse ENCYCLOPAEDIA JUDAICA de 2008 (voir : Vol.20, Entrée "TUTSI"),  les deux Géants de l'Encyclopédie Mondiale ont discuté, entre autres, du projet de Publication d'une gigantesque ENCYCLOPEDIE DE L'AFRIQUE en 240 Volumes.
Le Professeur YOCHANAN, PRINCE de JUDA a accepté, à la demande expresse de cet Homme d'Etat et de Combat Camerounais en Exil à Paris, de diriger la production de 12 Volumes sur les 240 prévus, spécifiquement centrés sur les JUIFS d'Afrique, dont les TUTSIM du Burundi, Rwanda, Congo, Uganda, Tanzanie, Kenya et Sud-Soudan font partie, en Afrique Centrale et de l'Est.
Que la Mémoire et l'Héritage Intellectuel du Prof. KAPET de BANA reste vivace parmi les meilleurs fils et filles d'Afrique, et parmi tous les hommes de Bonne Volonté, épris de PAIX et de LIBERTE dans le Monde ».
On renonnaît ici Ben Bella
Prof. Yochanan BWEJERI,
Prince de Juda,
President-Havila Institute 
Paul Théa

Ousmane Bangoura (Manè) dit Garrincha, n’est plus.

Un autre sociétaire du Hafia 77 qui est parti dans une indifférence totale.
 
Dans mon documentaire sur le Hafia, Ousmane Bangoura raconte, dans un français limpide, son parcours. 
Quand je faisais ce documentaire avec le cameraman Souleymane Bangoura, hors camera, il y avait  des joueurs qui exprimaient leur gratitude et leurs étonnement de voir un Guinéen s’intéresser à eux, à leur passé.
 
C’est dans le studio de montage aux USA que l’idée me vint de les honorer; un cousin me conseilla alors de faire une collecte de fonds pour l’achat des médailles. Une campagne fut alors lancée et quelques interviews dans certaines radios, beaucoup d’émotion mais quatre personnes seulement, cotisèrent. Il y a même un ancien conseillé d’un chef d’Etat africain qui promit $1000 (j’attends  toujours).
 
Comme j’étais décidé à aller jusqu’au bout, je fis des heures supplémentaires au boulot pour payer les médailles et la coupe, en plus de mon billet pour la Guinée.
La location du Centre culturel francoguinéen était fixée à quatre millions de fg,  Lucien Guilao m’aida à l’obtenir sans frais.  Alpha Diangolo Barry participa aux frais de location de la maison de la presse.
 
C’est encore Diangolo Barry qui me présenta à Antonio Souaré de Guinée Games, qui me donna deux millions de fg et Alexandre Camara un ami de promotion, me donna aussi deux millions ; voilà la somme que j’ai utilisée pour les boissons, le carburant et l’argent de poche de l’équipe qui m’aida.
 
Je tiens à remercier encore ces bonnes âmes, je préfère taire certaines excuses d’un autre âge
 
Au paravent, j’avais fait le tour de certains amis de promotion, qui sont bien placés dans l’administration, je préfère taire certaines excuses d’un autre âge ; j’ai dû arrêter cette démarche qui me donnait le sentiment d’être un mendiant dans des bureaux.
 
J’ai rencontré le ministre de la communication de l’époque, qui fit la promesse de donner des consignes pour faire passer un clip du documentaire à la radio et la TV afin d’inviter la population à honorer les joueurs ; à défaut de la lettre du ministre qui n’arrivait pas, ils me demandèrent de payer pour la diffusion.
 
C'était hors de question ! Je suis allé au ministère des sports bref, silence radio.
 
La projection et les remises des  médailles furent un grand moment d’émotion relayé par les médias, cela dit en passant.
Revenons à Ousmane Bangoura qui en tant que secrétaire général de l’association Hafia77, était allé avec Petit Sory (président de la dite association), dans un ministère, pour trouver un visa afin que Youssou Sylla Jeansky parte se faire soigner.
Ils furent frustrés d’entendre la secrétaire dire « qu’ils » ne retrouvent pas le dossier et qu’il fallait en reconstituer un autre.  
 
Après le décès de Jeansky, grande cérémonie au Palais du peuple.
 
Figurez-vous que la TV guinéenne qui voulait me faire payer pour passer mes images, ne se gêna pas de les diffuser  pour parler de Jeansky, sans demander ma permission !
 
Il y a bien longtemps que Garrincha était  malade, cela se voyait dans ses déplacements et dans sa respiration quand il fournissait un effort. Qui l’aida ? Allez savoir.
Que faut-il faire ou dire pour que les Guinéens en général et les autorités guinéennes en particulier, prennent des mesures d’accompagnement pour les anciennes gloires du football guinéen ?
 
Je tiens à présenter mes condoléances à la famille de Manè, à l’association Hafia77 et aux amateurs du football guinéen.
Ousmane Bangoura fut un grand joueur et ce fut un honneur de l’interviewer et de le décorer. RIP.
Dans une vidéo des anciens du Hafia lors d’un tournoi organisé à leur honneur à Koba, on voit bien la démarche de Garrincha qui en dit long, image de Souleymane Bangoura.
 
Paul Théa
 
 

Mort de Guy Béart, troubadour intransigeant


Guy Béart en 2012.

Guy Béart était né au Caire et vivait à Garches, dans les Hauts-de-Seine. A 80 ans, Guy Béart avait publié un nouvel album, Le Meilleur des choses, après onze ans d’un silence qui aurait pu avoir raison de sa carrière. Ce mercredi 16 septembre, frappé par une crise cardiaque, il est tombé en sortant de chez le coiffeur, à Garches, il n’a pu être réanimé.

A 84 ans, en janvier 2015, il avait tenu l’Olympia pendant près de quatre heures, sans vouloir décoller de la scène, aidé par Julien Clerc ou par sa fille Emmanuelle Béart, affolant la twittosphère des amateurs de chansons française – admiration et moqueries confondues.

Depuis Bal chez Temporel écrit en 1957, d’abord chanté par Patachou, l’auteur-compositeur avait écrit un chapitre entier de la chanson française (Qu’on est bien, Chandernagor, L’Eau vive, Suez, Les Grands Principes…) et accumulé un catalogue de près de 250 chansons. Guy Béart s’était parfois absenté, mais en vérité, il n’a jamais décroché. Il s’est parfois mis en retrait, pour cause de maladie (cancer avoué), mais aussi parce que le chat Guy était échaudé par les pratiques « des maisons de disques », majors ou labels indépendants, toutes dans le même sac.

Le chanteur et auteur-compositeur n’avait pas toujours bon caractère, c’est de notoriété publique. Et quand il brocardait les hommes pressés de l’industrie musicale, la radio et la télévision, cela donnait Télé Attila, une chanson déclinée à charge déclinée sur son ultime album, en 2010, en version longue (5’56) et en version courte (3’27) pour en rajouter une louche.

Guy Béart à l'Olympia en 1988.

La télévision, il l’avait pourtant pratiquée de l’autre côté du décor, en présentant « Bienvenue », créée en 1966, où il invita Jacques Duclos, Robert Boulin, Aragon, Devos, Brassens, Michel Simon ou Duke Ellington. Un rêve de télévision réalisé « sans fric » (en juin 1970, il avait enregistré vingt-deux émissions en un mois), expliquait-il au Monde en septembre 2003. C’est aussi à la télévision qu’il avait commis l’un de ses plus beaux esclandres, face à Serge Gainsbourg – « un petit-maître, à l’occasion plagiaire » – qui en bon Gainsbarre, l’avait traité de « blaireau » sur le plateau d’« Apostrophes », en 1986. Guy Béart n’avait pas supporté qu’on dise de la chanson française qu’elle était un art mineur.

Ingénieurs des Ponts et chaussées

Né le 16 juillet 1930 au Caire, en Egypte, comme Georges Moustaki, Claude François, Dalida ou Richard Anthony, il était le fils d’un expert-comptable qui voyageait à travers le monde par profession, entraînant sa famille vers la Grèce, Nice, le Liban, où le petit Guy Béhart (le h a sauté par la suite) passa son enfance, puis au Mexique et enfin à Paris, où il entre à 17 ans au lycée Henri IV. Guy Béart avait gardé de ces années de transhumance un attachement à l’Orient et des envies d’ailleurs, qu’il traduit dans une des chansons françaises les plus célèbres, L’Eau vive, hymne à la liberté composé pour le film militant (contre les barrages) de Jean Giono et François Villiers.

Guy Béart, qui se voyait en troubadour rêveur fut dans un premier temps un bâtisseur, membre du prestigieux corps des Ingénieurs des Ponts et chaussées, spécialiste de l’étude des cristaux et de la fissuration du béton. Il écrit des pièces de théâtre, travaille de-ci de-là, et chante avec sa guitare pour les copains de La Colombe, un bistrot du Quartier latin, dirigé par Michel Valette. Le patron des Trois Baudets Jacques Canetti l’embauche dans son cabaret de Pigalle, avec Mouloudji, Brel, Devos, Pierre Dac et Francis Blanche.

Guy Béart a une voix particulière, un ton, un accent chaud, et ses chansons sont déjà excellentes. En 1955, Brassens le reçoit et l’écoute dans sa loge du Théâtre de verdure de Nice en lâchant « une autre ! », après chaque chanson et en glissant à son copain Jacques Grello : « Ecoute ! Il sait les faire ! ». Zizi Jeanmaire, Patachou, Juliette Gréco, Yves Montand, Colette Renard, Marie Laforêt, Maurice Chevalier : tous adoptent le style Béart et l’interprètent. Avec Qu’on est bien, Le Quidam, Bal chez Temporel, Chandernagor, Le Chapeau, l’originalité de son talent éclate dès son premier disque 25 cm enregistré, à 27 ans, en présence de Boris Vian qui chantait dans les chœurs. « En 1957 j’étais une vedette, mais en 1963, le twist devant « régner sur le siècle », j’étais un has been. A 33 ans, je n’avais plus qu’un renom », confiait-il en septembre 2003 à notre confrère Robert Belleret. « Contrairement à Brel ou Brassens, je ne me destinais pas à la chanson, et, comme le succès a été immédiat, je n’ai pas connu les vaches maigres, je n’ai pas été obligé de me constituer un réseau ni un clan et je n’ai jamais eu à jouer un personnage ».

« Les paroles et les musiques viennent du rêve. Je prends des notes pendant la nuit. Pas pratique pour garder une femme, car on la réveille », nous disait-il en 2010, alors qu’après quinze ans de retraite anticipée, il avait accumulé les cahiers, les notes, les projets : « une centaine. J’en ai gardé quarante, puis j’ai réuni les femmes que j’ai connues dans ma jeunesse, des amis, afin de sélectionner, et j’en ai enregistré douze dans mon home studio ». Il avait ensuite reçu chez lui les prétendants à l’édition d’un disque, de chez lui, une magnifique maison d’architecte, parce que « rhumatisant depuis quarante ans », il recevait dans son salon. Pour le voir, il fallait traverser le vestibule, ses alignements de pipes et de guitares, les salons encombrés de cartons d’archives, de livres, « tous vitaux », et de vidéos, avant d’arriver au canapé tigré du living à verrière.

Une succession de transferts et de procédures

Sa maison de Garches était un lieu de pèlerinage. Des grands noms des arts et de la musique, des hommes politiques, peut-être même son ami Georges Pompidou, ont plongé dans la piscine, pris le frais sous les arbres centenaires et admiré l’esthétique Bauhaus de cet édifice de 1 200 m2, ancienne demeure de l’ambassadeur d’Autriche. Guy Béart l’avait achetée en 1967, après le succès de Vive la rose, titre phare d’un album consacré à la reprise de chansons du patrimoine français.

Sa carrière phonographique est une succession de transferts et de procédures, dont celle qui l’opposa à Philips de 1963 à 1978, afin de récupérer les droits de ses chansons. « J’ai monté ma maison d’édition, Espace, très tôt. Puis Philips a viré Canetti [qui y était directeur artistique]. J’ai emprunté des sous à la Banque de Paris et des Pays-Bas, et j’ai fondé l’Auto Production des Artistes au Micro, une structure autogérée par les artistes. J’ai présenté l’affaire à Jean Ferrat, Anne Sylvestre, Claude François, Pierre Perret. Ils ont trouvé l’idée si bonne qu’ils ont tous créé leur propre société. » Il fonde alors Temporel, sa société de production phonographique, devenue Bienvenue.

 

 Véronique Mortaigne