Kolonkola ma douleur !

 

Là-bas, on vivait à l'orée des plages

Et du sable immaculé on observait les nuages

Bercé du clapotis des eaux dans les ruisseaux

Qui accouraient à leurs demeures dans les eaux.

Là-bas, le zéphyr soufflait matin et soir

Et la pleine lune baignait la nuit noire

On y écoutait la belle chanson des océans

Accompagnée de la suave mélodie des pélicans.

Kolonkola ma douleur

Aujourd'hui rayé de la terre

Mon cœur frémit de pleurs

La douleur me monte aux yeux

Mes yeux vers le MAITRE des cieux

  Se tournent hagards et malheureux.

N'as-TU pas vu la montagne de souffrances

Qu'escaladent mes pauvres frères en errance ?

N'as-TU pas vu le désert de malheurs

Que traversent les Guinéens sur cette terre ?

Pourquoi o mien SEIGNEUR !

Pourquoi o mien SEIGNEUR !

Pourquoi o mien SEIGNEUR !

A-t-il fallu aussi une pluie de pierres ?

Kolonkola ma douleur

Aujourd'hui rayé de la terre

Je pleure ton tragique destin à toute heure

Je pleure tous les morts des geôles de Guinée

Je pleure tous les crimes commis sur les flancs des montagnes de Guinée.

Ah si seulement Kakoulima et Gangan pouvaient témoigner !

Je pleure chaque victime enfouie dans cette terre de Guinée.

Kolonkola ma douleur

Tu es certes rayé de la Géographie

Mais tu resteras éternel dans l'Histoire!

Madina Masriah Sow

Esclave d'Allah

Les Bouffes du Nord, scène à part

                                     
 
               

Le Théâtre des Bouffes du Nord, qui rejoint le festival du Monde, a un charme fou. Il est aussi à part. Et donc il nous intéresse. Loin des beaux quartiers, caché derrière une façade anonyme, avec des murs et balcons lépreux, une scène à la couleur rouge sang, des acteurs si proches qu’on peut presque toucher, des places à prix doux et des bancs durs pour le fessier. A part, avec des spectacles qui marient le théâtre et la musique. A part, enfin, par son statut et son projet, à la fois dans le service public et dans l’économie privée. Bref, un bon laboratoire au moment où l’argent de la culture manque.

Lire aussi :     « Battlefield », le nouveau « Mahabharata » de Peter Brook

Les Bouffes, c’est d’abord le metteur en scène britannique Peter Brook qui, en 1974, avec Micheline Rozan, relance une scène tombée dans l’oubli. Il paie un loyer, il est chez lui, il bâtit la réputation du lieu à coups de spectacles d’anthologie, reçoit des subventions mais dégage de solides ressources propres en faisant tourner ses créations.

« On a appliqué le modèle Brook à d’autres metteurs en scène. »

En 2010, Peter Brook cède le bail des Bouffes à ­Olivier Mantei et Olivier Poubelle, qui en assurent la codirection. C’est peu dire que le tandem a été mal accueilli par la famille du théâtre. Parce qu’ils viennent du privé, sont entrepreneurs de spectacles et gérants de salles. On les a même qualifiés de « commerçants » – plutôt une insulte dans la culture.

Un autofinancement à 85 %

Après cinq ans, le regard sur les « commerçants » a pas mal changé. Les spectacles, creusant le sillon du théâtre musical, ont souvent épaté. « On a appliqué le modèle Brook à d’autres metteurs en scène », explique Mantei. Alors que la tendance est à réduire la voilure, crise oblige, les Bouffes ont intensifié les créations, soit une dizaine chaque année.

Le lieu est autofinancé à 85 %, grâce surtout aux tournées – pas moins de 300 dates par an. Un spectacle cristallise le style Bouffes : Le Crocodile trompeur, opéra foldingue d’après ­Didon et Enée, de Purcell. Un gros pari et un triomphe en 2013. « On aurait pu le jouer six mois, ce qu’aurait fait un théâtre privé classique, pour le rentabiliser au mieux, explique Mantei. Mais notre philosophie est de privilégier plusieurs créations durant l’année. »

Olivier Mantei, 50 ans, a toujours évolué entre le privé et le public, le théâtre et la musique, le savant et le populaire. Il est autant proche du compositeur arty Pascal Dussapin que de la star de la musique à ­Hollywood Alexandre Desplat. Il va désormais devoir apprendre à vivre entre deux lieux prestigieux.

Aux Bouffes, donc. Mais aussi à l’Opéra-Comique, où, fin juin, l’Etat l’a bombardé directeur à la place de Jérôme Deschamps. Cette double vie, pour le moins atypique dans la culture, l’a obligé à faire des choix : il n’est plus directeur des Bouffes, et n’y est pas rémunéré. Mais il reste actionnaire et garde « un œil attentif » sur la programmation.

Un « social traitre » ?

Tout ce que Mantei a créé, dirigé, comme le chœur de chambre Accentus, de Laurence Equilbey, vise à faire vivre des spectacles que l’on voit plutôt dans des théâtres publics, mais avec des moyens du privé. Il a développé ce modèle dans un livre, Public/Privé (Archimbaud Editeur-Riveneuve Editions, 2014).

« On peut défendre l’exception culturelle en augmentant les ressources propres. »

Il s’en explique : « La France vit sur une fracture entre deux modèles, et cela se voit surtout dans l’école et la santé. Dans la culture aussi, où l’Etat soutient ce qui n’existerait pas sans lui, et n’aide pas les œuvres qui n’ont pas besoin de lui, celles qui attirent le plus de monde. Ce principe, depuis Malraux, a forgé l’exception culturelle, qui vise à défendre notre création contre le modèle américain et l’invasion d’œuvres commerciales. C’est un concept formidable qui a permis de faire vivre pendant cinquante ans une création de qualité, via la subvention, la protection et l’intermittence du spectacle. »

Mais Mantei constate que ce modèle est fragilisé par la mondialisation et le manque d’argent public. Avec cette conséquence : « Le système se crispe autour d’une conviction : la qualité des œuvres baisse quand l’argent du privé se substitue à l’argent du public. C’est faux. On peut défendre l’exception culturelle en augmentant les ressources propres. » Olivier ­Mantei peut vite être qualifié de « social traître ». Il le sait. Et il répond : « J’ai les mêmes objectifs que les ayatollahs de l’exception culturelle. J’emprunte juste d’autres voies pour y parvenir. Et je sais qu’il est plus ­facile de demander de l’argent à l’Etat quand on arrive à sa table avec 1 million d’euros. »

Un « OpéraOké »

On aura compris que discuter avec le grand capital n’effraie pas Mantei. En 2014, le trio formé par ­Bouygues, TF1 et Sodexo a répondu à un appel ­d’offres pour gérer la Cité musicale de l’île Seguin (Hauts-de-Seine). Mantei a conçu pour eux le projet, à la demande de Pierre Lescure. Quand le trio lui a demandé ce qu’il fallait faire, il a répondu : « Comme ­Total avec sa fondation sur l’environnement : de la qualité. Et c’est cohérent, cette entreprise répond à sa manière aux accusations de polluer. »

Ou encore : « Faites de la qualité, les mécènes viendront. » Un responsable de TF1 a demandé : « Qui est ce malade ? » Mais c’est ce projet qui a été retenu. Un autre projet risque de faire jaser. Pendant le championnat d’Europe de football, qui aura lieu en France en juin 2016, Olivier Mantei, avec le concours de l’UEFA, créera ce qu’il appelle un « OpéraOké » sur le Champ-de-Mars : des milliers de personnes chanteront le répertoire de l’Opéra-Comique. « Comme le ministère de la culture, je veux élargir les publics. Mais je le fais à ma façon. »

Dernier point, et pas mineur. La mutation en cours de l’économie de la culture renvoie, selon Olivier ­Mantei, à une mutation de la création. Autour d’un mot-clé : décloisonnement. « Le spectacle vivant a vécu pendant des décennies sur des labels cloisonnés : théâtre, musique, danse, cirque… Tout cela a moins de sens pour les créateurs de 25-30 ans, explique-t-il. Ils ont d’autres repères, marient les genres. Un compositeur pense à l’image de sa musique et un artiste au son de son installation. » Autant de questions qui pourraient être abordées dans les deux débats que Le Monde Festival organise aux Bouffes du Nord, les 26 et 27 septembre.

Le programme dans le cadre du Monde Festival :

« Le Mahabharata » (1991) Samedi 26 septembre

11 h 30 Présentation du film « Le Mahabharata » (1991) par Jean-Claude Carrière. 12 heures. Projection des deux premières parties, « La Partie de dés » et « L’Exil » (deux fois deux heures). 16 h30 Projection de la troisième partie, « La Guerre » (2 heures). 20 heures Rencontre avec Peter Brook, Marie-Hélène Estienne, Jean-Claude Carrière et des acteurs du film.

« Autour du “Mahabharata” » Dimanche 27 septembre

17 h30-18 h 30 Dialogue entre Peter Brook et Jean-Claude Carrière. 20 heures Spectacle « Battlefield ». 21 h 15 - 22 h 15 Rencontre avec Peter Brook, Marie-Hélène Estienne et l’équipe de « Battlefield .»

Changer le monde : c’est le thème de l’édition 2015 du Monde Festival qui a lieu les 25, 26 et 27 septembre à Paris avec Anne Hidalgo, Emmanuel Macron, Thomas Piketty, Matthieu Ricard, Evgeny Morozov, Jordi Savall… Comment réguler Internet ? Va-t-on vers la fin de la croissance ? Quels contre pouvoirs à la civilisation numérique ? La musique peut-elle changer le monde ? Retrouvez le programme sur

                                               Par Michel Guerrin

Angot, Enard et Liberati sur la liste du prix Goncourt

Christine Angot, avec Aurélie Filippetti, lors d'une cérémonie à Paris en juin 2013.

Pour l’édition, l’été s’est plutôt bien passé et les librairies françaises affichent même une progression de leurs chiffres d’affaires de 3,3 % depuis le début de l’année. Ceci est plutôt de bon augure, alors que démarre la saison des prix littéraires. Jeudi 3 septembre, l’Académie Goncourt, présidé par Bernard Pivot, a d’ailleurs rendu publique sa première sélection pour son prix qui sera remis dans deux mois, le mardi 3 novembre, au restaurant Drouant, à Paris.

Cette sélection comprend quinze romans français ou francophones. Parmi eux, figurent les poids lourds de la rentrée : Christine Angot, auteur d’Un amour impossible (Flammarion) qui a déjà reçu un accueil critique nourri et très élogieux ; mais aussi Mathias Enard, avec Boussole (Actes Sud) ; Alain Mabanckou, auteur de Petit Piment (Seuil) ; Delphine De Vigan, dont D’après une histoire vraie (JC Lattès) est le premier roman publié depuis le grand succès rencontré par Rien ne s’oppose à la nuit, en 2011 ; ou encore Simon Liberati, dont le roman Eva (Flammarion) a fait l’objet, au cœur de l’été, d’une demande de retrait qui a été rejetée par la justice.

Trois titres de Gallimard

La liste des Goncourt comprend en outre trois titres d’auteurs confirmés de la maison Gallimard : Jean Hatzfeld, avec Un papa de sang, Hédi Kaddour, avec Les Prépondérants et Boualem Sansal, avec 2084. Elle accueille aussi Au pays du p’tit, de Nicolas Fargues, un des fidèles auteurs de Paul Otchakovsky-Laurens (P.O.L.)

La navigatrice Isabelle Autissier, première femme à avoir accompli un tour du monde en compétition en 1991, figure également dans la sélection, avec Soudain, seuls (Stock), ainsi que l’ethnopsychiatre Tobie Nathan, pour Ce pays qui te ressemble (Stock). Un éditeur et romancier a été sélectionné : Denis Tillinac, auteur de Retiens ma nuit (Plon).

Trois romanciers peut-être un peu moins connus du grand public viennent compléter cette liste de quinze ouvrages : Thomas B. Reverdy pour Il était une ville (Flammarion), Nathalie Azoulai, Titus n’aimait pas Bérénice (P.O.L.) et Olivier Bleys, Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes (Albin Michel).

Quatre romancières et onze auteurs masculins

La sélection comprend quatre romancières et onze auteurs masculins. Aucun premier roman ne figure dans cette sélection, alors que repérer de nouveaux talents fait partie de l’héritage des Goncourt.

En termes de maisons d’édition, les groupes Madrigall et Hachette se tirent la part du lion. Le premier place sept titres, trois chez Gallimard, deux chez Flammarion et deux chez P.O.L. Le second en détient quatre (trois chez Stock et un chez JC Lattès). Albin Michel, Le Seuil, Acte Sud et Plon ferment la marche avec un titre chacun.

Parmi les grands absents de la sélection, figurent les éditions de Minuit, de L’Olivier ou encore Grasset. Laurent Binet, auteur de La Septième Fonction du langage (Grasset), qui a reçu, mardi 1er septembre, le prix du roman Fnac, n’a pas été retenu.


Voici la première sélection du Goncourt par ordre alphabétique d’auteurs :
- Christine Angot, Un amour impossible (Flammarion)
- Isabelle Autissier, Soudain, seuls (Stock)
- Nathalie Azoulai, Titus n’aimait pas Bérénice (P.O.L.)
- Olivier Bleys, Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes (Albin Michel)
- Mathias Enard, Boussole (Actes Sud)
- Nicolas Fargues, Au pays du p’tit (P.O.L.)
- Jean Hatzfeld, Un papa de sang (Gallimard)
- Hédi Kaddour, Les Prépondérants (Gallimard)
- Simon Liberati, Eva (Stock)
- Alain Mabanckou, Petit piment (Seuil)
- Tobie Nathan, Ce pays qui te ressemble (Stock)
- Thomas B. Reverdy, Il était une ville (Flammarion)
- Boualem Sansal, 2084 (Gallimard)
- Denis Tillinac, Retiens ma nuit (Plon)
- Delphine de Vigan, D’après une histoire vraie (JC Lattès)

« Le Monde Afrique » lance son festival à Abidjan

Oeuvre de la série Afro-Polis de l'artiste Pierre-Christophe Gam

C’est un chiffre passé presque inaperçu dans le déluge quotidien de statistiques. En 2014, selon une étude du cabinet EY publiée en juin, les investissements étrangers en Afrique (128 milliards de dollars, en hausse de 136 % par rapport à l’année précédente) ont enfin été consacrés en majorité aux services : 51,8 % des projets (pas encore des sommes brutes) ont visé les secteurs des technologies, des médias, des télécommunications, des services financiers et de la distribution des biens de consommation.

Pourquoi est-ce important ? Parce que ces investissements-là, comme en Chine dans les années 1990, sont une meilleure garantie du développement des classes moyennes et de l’emploi sur le continent que les matières premières, qui ne représentent que 3,5 % des projets d’investissements en 2014 – mais encore 25 % des fonds. Même si leur présence dans le sol africain reste considérable, celles-ci n’ont jamais vraiment bénéficié aux populations des pays concernés.

C’est sur cette question de la croissance au-delà des matières premières, essentielle pour le continent et pour le monde entier, que la rédaction du Monde a construit le programme de sa première édition des Débats du Monde Afrique qui a lieu à Abidjan les 10 et 11 septembre, neuf mois après avoir lancé Le Monde Afrique,un site dédié à l’actualité, aux sujets de fond et aux débats africains.

Parmi les moteurs de cette croissance, il en a été retenu trois pour ces débats publics : la jeunesse entrepreneuriale, les villes de demain et la créativité. Trois domaines d’avenir ayant recours à des nouvelles technologies, que l’Afrique s’approprie à un rythme saisissant et avec son génie propre, donnant naissance à certaines des meilleures start-up du monde.

Energie humaine

Le temps de l’émerveillement touche cependant sans doute à sa fin. Après une décennie d’afro-pessimisme et quelques années d’afro-optimisme, les appels à la lucidité se multiplient. Le continent a, bien sûr, mille façons déroutantes de se transformer, d’inventer ses propres solutions et de rattraper d’un saut les décennies perdues. Il a certes maintenu sa croissance, 5,5 % en moyenne ces dix dernières années, en dépit de la crise financière de 2008 et de conditions dans lesquelles nulle autre économie ne saurait croître, en particulier le déficit dramatique d’électricité.

Mais la chute brutale du cours des matières premières, après quinze années flamboyantes, intervient alors que la plupart des pays africains n’ont pas constitué les réserves ni pris les mesures nécessaires pour s’en prémunir, dans des domaines tels que l’éducation, la gouvernance ou l’industrialisation. Des pays comme la Zambie, qui a tout misé sur le cuivre, ou l’Angola, la Guinée équatoriale et le Congo-Brazzaville, trop dépendants de leur pétrole, connaîtront l’épreuve du feu dans les mois à venir. Ils ressentent déjà les premiers effets déstabilisateurs. D’autres, vertueux comme le Botswana, organisés comme le Rwanda ou dont les activités sont plus diversifiées, comme l’Ethiopie ou la Côte d’Ivoire, pourraient prendre le relais.

La correction des cours, accentuée par le ralentissement de la Chine, va sans doute mettre en évidence ce que nous avons tenu à souligner dans ce numéro et dans nos débats à Abidjan : l’énergie de l’Afrique est avant tout une énergie humaine. Une ressource infinie, fertile et intelligente, qui lui assure son avenir – et le nôtre.

Abidjan, plaque tournante de l’audiovisuel africain

 

Les actrices de "Chroniques africaines", saison 1.   
Les actrices de "Chroniques africaines", saison 1.         Crédits : DR    

Courant 2013, Boris Van Gils, le producteur belgo-congolais, enchaîne les allers-retours entre Paris et Abidjan pour la préparation du film Les rayures du zèbre dans lequel Benoît Poelvoorde joue le rôle principal. Aujourd’hui, Boris Van Gils est installé à Abidjan où il travaille sur de nombreux projets, dont l’organisation prévue pour la fin 2015 des Trophés du cinéma francophone. « Pour un producteur comme moi, c’est la Suisse, dit-il. Niveau formalités, autorisations de tournage… tout est facile. »

Une simplicité qui attire les tournages internationaux (comme Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu) et qui permet l’émergence d’une nouvelle generation. On pense notamment aux laureates du Fespaco 2015 dans la catégorie meilleure série TV, Alexandra et Marie-Christine Amon, pour la série Chroniques africaines, entièrement tournée à Abidjan.

Les anciens aussi reprennent du service. Akissi Delta s’apprête à tourner Ma Grande Famille, suite de Ma Famille, le mythique feuilleton ivoirien. Jean Hubert Nankam, producteur des séries Classe A et de Teenagers, revient avec Vert Olive.

Lire aussi : Hommage à Hailé Gerima, le bel insurgé

Après l’inertie des années 2000, c’est toute la machine qui se remet progressivement en marche. Le gouvernement s’investit grâce à la mise en place de mécanismes d’aides à la production. Les droits d’auteurs sont à nouveau payés et la RTI, chaîne nationale, accompagne dorénavant la production locale en multipliant les appels à projets.

Le point d’orgue sera la libéralisation du secteur de l’audiovisuel, prévue pour les prochains mois, et qui permettra l’apparition de nouvelles chaines TV.

En attendant, les groupes internationaux se positionnent : la chaine A+, dernière née du groupe Canal+, émet depuis le 24 octobre 2014 et est installée à Abidjan. La chaine Vox Africa vient d’y ouvrir un bureau, tout comme le groupe Lagardère qui lance deux nouvelles radios sur place et y installe sa société de distribution spécialisée dans le contenu africain (DIFFA).

Lire aussi : Nollywood se cherche encore en Afrique francophone

Les salles de cinéma réouvrent également avec le Majestic Ivoire. En juin, c’est Discop Africa - événement de réference pour le secteur audiovisuel - qui a posé ses valises sur les bords de la lagune Ebriée avec dans son sillage les rencontres du cinéma francophone.

Jadis capitale culturelle de l’Afrique de l’Ouest, Abidjan retrouve donc de sa splendeur. « On est au début de quelque-chose. Ça se sent… », dit un producteur. Si l’émergence de Babiwood (surnom donné à la production abidjanaise) est réelle, la balle est maintenant dans le camp des producteurs dont on attend beaucoup, car la concurrence n’a sans doute jamais été aussi féroce. De Dakar à Johannesburg en passant par Nairobi et Lagos, les scénarios abondent pour gagner les faveurs des téléspectateurs africains.