Ouologuem, météorite de la littérature française de retour ?

GUINEE: Conakry nommée Capitale mondiale du livre pour l’année 2017 par l’UNESCO

21 juillet 2015 – La capitale de la République de Guinée, Conakry, a été nommée Capitale mondiale du livre pour l’année 2017, a annoncé mardi l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).

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Cette nomination a été décidée par un comité international d’experts le 30 juin au siège de l’UNESCO à Paris, a précisé l’agence onusienne dans un communiqué de presse.

Selon l’UNESCO, le comité de sélection a souhaité distinguer Conakry « pour son budget maîtrisé et ses objectifs de développement qui mettent l’accent sur les jeunes et l’alphabétisation ».

Tout en se félicitant de la qualité des candidatures reçues par l’UNESCO, la Directrice générale de l’agence, Irina Bokova, a approuvé et salué la décision du comité.

« Les livres, l’apprentissage et la lecture sont essentiels à la vie. Le fort investissement de la République de Guinée dans la promotion des livres et de l’alphabétisation témoigne d’une vision claire de la culture et de l’éducation en tant que moteurs du développement, et l’UNESCO est déterminée à soutenir ces efforts », a-t-elle déclaré.

Chaque année, l’UNESCO et les trois organisations professionnelles internationales de l’industrie du livre que sont l’Union internationale des éditeurs (IPA), la Fédération internationale des libraires (IBF) et la Fédération internationale des associations et institutions des bibliothécaires (IFLA) désignent la Capitale mondiale du livre pour une période d’un an.

L’année commence le 23 avril à l’occasion de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, durant laquelle les principaux acteurs du livre se rassembleront afin de promouvoir et célébrer les livres et la lecture durant les 12 mois suivants.

Conakry succèdera à Incheon (2015), en Corée du Sud, et Wroclaw (2016), en Pologne.

Reçu de Afrique 2050

 

« La Vie d’Ebène Duta », itinéraire d’une BD 2.0

 

  Joëlle Ebongue et sa BD « La Vie d’Ébène Duta » Crédits : Joëlle Ebongue    

« Prenez une cuillère à soupe de ndem [poisse, échec], ajoutez une pincée de quiproquos, remuez puis mélangez dans un demi-litre de nguémè [dèche]. Chauffez, et vous obtenez... la vie d’Ebène Duta, le quotidien d’une jeune fille à la peau noire, qui vit à l’étranger ! » Voici la description que Joëlle Ebongue, plus connue sous le nom d’Elyon’s, dit de sa bande dessinée La Vie d’Ebène Duta. Samedi 18 juillet, l’auteur rencontrera son public français à l’espace L’Harmattan International, à Paris.

La Vie d’Ebène Duta, c’est l’histoire d’une jeune Camerounaise qui débarque en Belgique pour suivre ses études et qui n’a rien pour revendiquer son africanité dans son nouvel environnement. Cela commence par l’aspect physique : « Pas de fesses, pas de seins ». Elle est loin de la vision que l’imaginaire africain a de la « vraie Africaine »...

Dans cette bande dessinée, Joëlle Ebongue raconte sur un ton humoristique le parcours de la jeune femme qui, comme beaucoup d’africaines venues du continent, partagent son quotidien entre école, job étudiant et copines. Le réalisme est tel qu’on s’identifie très vite à ce personnage attachant.

La bande dessinée a vu le jour grâce au succès de la campagne de crowdfunding lancée en novembre 2013 à Douala (Cameroun). Il aura fallu 90 jours et 424 contributeurs pour récolter les 15 000 euros nécessaires à la production et la distribution des 3 000 albums, disponibles en français et anglais.

« C’est pas une arnaque »

« Le premier mois était le plus compliqué, car il fallait expliquer aux internautes que ce n’était pas une arnaque ivoirienne, que leur contribution était vraiment destinée pour la BD et non pour m’enrichir », raconte Joëlle Ebongue. Un an après la production de sa bande dessinée, l’auteur avoue ne pas  « en vivre » mais reste optimiste et déterminée : « Les librairies ou espaces culturels en France comme au Cameroun commandent simplement 4 à 5 numéros et attendent qu’ils soient vendus avant d’éventuellement recommander d’autres. »

Afin de sortir de nouveaux tomes, Joëlle Ebongue espère s’associer à un partenaire pour la distribution de sa bande dessinée. Elle est sur la bonne voie, les magasins Cultura, rencontrés lors de la dernière édition du festival international de la bande dessinée d’Angoulême, se disent intéressés. Ils ont acheté plusieurs exemplaires et l’ont invité en juin à venir rencontrer ses fans autour de séances de dédicace dans leurs magasins.

« Ce n’était pas facile pour mes parents de dire que leur enfant était partie en Europe faire de l’art graphique alors que tout le monde y allait pour apprendre du droit ou de la médecine »

A l’origine de cette bande dessinée, il y a une jeune femme de 32 ans diplômée de l’école supérieure des arts de Saint-Luc Liège où elle a obtenu une licence en arts graphiques, visuels et de l’espace avec une option bande dessinée.

C’est en 2008 qu’elle se rend en Belgique, loin de son pays natal, le Cameroun. « J’avais à l’époque 25 ans, mon entreprise venait de me proposer un CDI mais je voulais savoir ce que ma vie aurait été en auteur de bande dessinée », se souvient Joëlle Ebongue. C’est sa rencontre à Douala avec Eric Warnauts, auteur de bande dessinée belge et professeur dans cette école qui la poussera à choisir celle-ci. « Ce n’était pas facile pour mes parents de dire que leur enfant était partie en Europe faire de l’art graphique, alors que tout le monde y allait pour apprendre du droit ou de la médecine », explique l’auteur.

En 2011, après l’obtention de son diplôme, Joelle Ebongue rentre au Cameroun pour travailler comme concepteur rédacteur à l’agence de communication MW DDB. En décembre 2013, elle se consacre finalement à sa carrière d’auteur BD.

La question de la couleur de peau de ces personnages principaux n’est pas essentielle. « Nous avons grandi en lisant Lucky Luke, sans se demander pourquoi il n’y avait pas de noirs, lance-t-elle. Nous lisions simplement, nous profitions de l’expérience. Je souhaiterais que les lecteurs dépassent la couleur de peau et prennent simplement le plaisir de lire une bande dessinée. »

Un danseur ivoirien déjanté est la star du dernier clip de MIA (Vidéo)

«J’ai réalisé et monté mon premier clip pour Warriors sur mon dernier album, Matangi. Je le tenais à l’écart jusqu’à maintenant , car il m’a inspiré pour faire toute une série de chansons et de vidéos sur le concept de frontières», explique MIA dans un communiqué. Elle explique également que les vidéos ont «toutes été réalisées et éditées par elle-même (…) et filmées dans un pays différent à chaque fois». Dans ses clips, l'univers de la chanteuse britannique d'origine sri-lankaise MIA est souvent plein de fantaisie tout en s'imprégnant un maximum de la culture locale. C'est ce qu'on observe une nouvelle fois dans son nouveau projet audiovisuel intitulé "Matahdatah". Comme le rapporte le magazine Jeune Afrique, un danseur ivoirien en costume extravagant y fait une apparition remarquée
Capture d'écran du clip Matahdatah de MIA. Le mystérieux danseur ivoirien apparaît à partir de 3 minutes 10 secondes dans la vidéo ci-dessous.

Slate Afrique

La rédaction de Slate Afrique.

MORT DE JEAN LACOUTURE, JOURNALISTE ET BIOGRAPHE, VORACE ET HUMANISTE


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Jean Lacouture, à son domicile parisien, en 2000.

Il avait une allure de mousquetaire, un profil en lame de couteau, les sourcils fournis et les yeux plissés par un éternel sourire. Bluffant jusqu’aux plus brillants de ses collègues, c’est debout et en un quart d’heure que Jean Lacouture tapait à la machine l’éditorial de politique étrangère du Monde au début des années 1960. « C’est tellement amusant d’écrire », se plaisait-il encore à dire, élégant et svelte nonagénaire, lorsqu’il était interrogé ces dernières années sur son exceptionnelle facilité.

Mort le 16 juillet à l’âge de 94 ans à Roussillon (Vaucluse), selon sa famille, Jean Lacouture ne pourra donc plus « s’amuser ». Mais il laisse une œuvre : pas moins de 71 livres, dont une quinzaine écrits avec des cosignataires. Et une belle trace dans les annales du métier. Eminent journaliste et biographe, homme de gauche issu d’horizons conservateurs, c’est en témoin engagé qu’il avait embrassé la cause de la décolonisation dans l’immédiat après-guerre, à l’heure où celle-ci ne relevait d’aucune évidence.

Frisson rebelle

Né le 9 juin 1921 à Bordeaux, fils de bonne famille — son père est un chirurgien réputé — Jean Lacouture fait ses études secondaires à Saint-Joseph-de-Tivoli, chez les Jésuites. Sa mère, catholique intransigeante, est férue de récits historiques qui contribuent à forger son goût pour les grands personnages. Il a 14 ans en 1936 au moment du Front populaire, très mal vu dans son milieu.

Adolescent sportif et peu politisé, il est néanmoins un grand lecteur, notamment, non sans un frisson rebelle, de Bernanos puis de Malraux. En novembre 1939, le brillant jeune homme, qui vise la diplomatie, entre à Sciences Po à Paris. Dès l’appel du 18 juin 1940 ses parents sont de fervents partisans du général de Gaulle. Lui, bien que sympathisant, ne se sent pas vraiment concerné : il observe sans réagir les clivages qui, entre étudiants, séparent pétainistes et gaullistes. En 1942, son diplôme en poche, inscrit en lettres et en droit à l’université de Bordeaux, il ne s’engage toujours pas. Tout au plus, pour échapper au travail obligatoire en Allemagne, se cache-t-il dans une ferme. Et c’est en avril 1944, peu avant le Débarquement, qu’il rejoint un maquis. Résistance « tardive », se reprochera-t-il toute sa vie. En septembre, voulant compléter ce rattrapage patriotique, il rejoint en région parisienne la 2division blindée du général Leclerc, dont certaines unités sont encore en attente d’un départ pour l’Est. C’est en Allemagne qu’il apprendra, le 8 mai 1945, la capitulation des nazis.

L’expérience indochinoise

La guerre à peine terminée en Europe, la question coloniale se pose partout. Leclerc recrute pour le corps expéditionnaire français en Extrême-Orient. Motif : libérer l'Indochine des Japonais qui s'y sont installés. Le jeune homme se porte volontaire. Mais en fait de combat, son arme sera la machine à écrire : membre du service de presse du général, il rejoint la petite équipe de jeunes gradés qui réalise Caravelle, un journal pour les troupes. En octobre 45, il embarque à Marseille pour Saïgon : vingt-trois jours de mer.

A l'arrivée, l'adversaire n'est plus le Japon mais le Viet Minh, qui, dans le nord, à Hanoï, a proclamé l'indépendance le 2 septembre par la voix de Hô Chi Minh. Lacouture commence par exalter « la France libératrice » mais ne tarde pas à douter. Le camp français est divisé. Conseillé par le grand asiatisant Paul Mus, Leclerc penche pour une autodétermination négociée. Les rédacteurs de Caravelle aussi, et en 1946, tout en continuant leur journal militaire, lancent avec un mécène Paris-Saïgon, hebdomadaire civil et pacifiste. La ligne de Leclerc semble l'emporter : des discussions s'ouvrent avec les nationalistes. Et c'est en service commandé que le jeune Lacouture part rencontrer, à Hanoï, Hô Chi Minh et son stratège militaire Vô Nguyen Giap. Il en ressort définitivement impressionné et certain que la paix est à portée de main.

Le 6 mars 1946, un accord est signé : la France reconnaît le Vietnam comme un « Etat libre » bien qu'ayant vocation à rester « au sein de l'Union française ». Illusion ! Sapé par les durs des deux camps, l'accord finit par capoter : en décembre, commence la guerre d'Indochine qui va durer huit ans et se terminer par une déroute française. Après quatorze mois de séjour, c'est dans l'amertume que Jean Lacouture regagne la métropole.

De « Combat » au « Monde »

En 1982.

Au début de 1947, de retour d’Indochine, où il s’était rendu avec l’armée, le futur général Georges Buis, proche de Leclerc, lui propose un poste au service de presse de l’administration française au Maroc. Là, il se lie avec un grand orientaliste, Jacques Berque, futur professeur au Collège de France, alors fonctionnaire colonial en disgrâce pour cause de réformisme. Se sentant « dans le mauvais camp », il rentre en France en 1949, mais pas seul : au Maroc, il a rencontré son épouse, Simonne Miollan, journaliste à l’AFP, militante CGT et farouche anticolonialiste. De celle-ci, après sa mort survenue en 2011, il dira : « J’ai eu une veine incroyable dans la vie. Mes voiles ont été bien manœuvrées par Simonne. Elle était mon amiral. »

De retour à Paris, Jean Lacouture veut devenir journaliste à part entière. Il brûle d’entrer au Monde, créé cinq ans plus tôt par Hubert Beuve-Méry, mais c’est au quotidien Combat, plus à gauche, qu’une porte s’ouvre : il y passe deux ans, vécus comme « un enchantement ». Pour autant, il n’a pas renoncé au quotidien du soir qui, en novembre 1951, l’embauche pour traiter des « questions d’outre-mer ». Une fois dans la place, ce presque débutant de 30 ans n’a aucun mal à s’y affirmer. Il suit les crises de la Tunisie et du Maroc, effectue un nouveau séjour en Indochine… Sa stature professionnelle précoce ainsi que l’âge d’or que vit en ces années la presse écrite vont lui ouvrir une carrière faite de collaborations multiples et d’allers-retours, à son gré, entre différents titres.

En 1957, après avoir quitté Le Monde pour l’Egypte, il revient au quotidien du soir diriger le « service outre-mer ». Il reste à ce poste jusqu’en 1964, aussi brillant professionnel que, avouera-t-il plus tard, « médiocre chef de service ». La quarantaine venue, il accède à des sommets de reconnaissance et de notoriété. Il lance en 1961, au Seuil, sa collection « L’Histoire immédiate » (elle comptait 284 titres en 2013). A partir de 1964, il est à la fois une signature du Monde où, de chef de service, il est passé reporter, et du Nouvel Observateur, dirigé par son ami Jean Daniel.

Opéra, rugby, tauromachie

A l’hebdomadaire, il livre ses articles les plus engagés. Pour le quotidien, il touche à tout : aussi bien envoyé spécial en Ethiopie que couvrant un récital de Brassens à Paris ou les Jeux olympiques d’hiver de 1968 à Grenoble. Sans négliger ses trois passions — opéra, rugby, tauromachie — sur lesquelles sa plume séduit jusqu’aux lecteurs les plus profanes. A partir de 1976, ses collaborations au Monde se feront moins fréquentes. Son ultime article au quotidien, en septembre 2008, est consacré à un personnage de journaliste dans la littérature : Lucien de Rubempré dans Illusions perdues, de Balzac.

Journaliste et auteur vedette, Lacouture se démultiplie. De 1966 à 1972, il enseigne à Sciences Po ; de 1969 à 1971 à la « fac de Vincennes », future université Paris-VIII. En 1966, le voici research fellow (« chercheur ») à Harvard pour une thèse qu’il n’écrira jamais, son séjour se transformant en une succession d’interviews et de conférences contre la guerre du Vietnam. De 1969 à 1972, il collabore à des émissions de télévision avec Pierre Desgraupes et Joseph Pasteur, jusqu’à leur éviction par un pouvoir qu’il ne se prive pas de railler. Avec De Gaulle, estime t-il, les Français « suivaient le grand druide dans la forêt pour aller couper le gui avec lui ». Avec Pompidou, « nous avons un conseil d’administration qui nous annonce le cours des valeurs mobilières ».

Le reportage, une menace « pour les idées qu’on s’était faites auparavant »

Un tel succès, incarné avec une joyeuse voracité, ne pouvait faire l’unanimité. Son style d’écriture imagé, sensible à l’émotion et au détail, parfois emporté par son talent, exaspère les sobres. Ses scrupules humanistes énervent les tiers-mondistes. Son parti pris incommode les défenseurs de la neutralité, notion qu’il juge « absurde », car « toute enquête part d’un point de vue ». Pour autant, il a toujours nié être un journaliste militant et souligné que le reportage est par essence une menace « pour les idées qu’on s’était faites auparavant »

Il confessera cependant avoir « à trois ou quatre reprises (…) tu certaines choses pour ne pas nuire à un certain camp », et notamment avoir minimisé les divergences au sein du FLN algérien, pour ne pas faire le jeu des adversaires de l’indépendance : « Une faute professionnelle », insistera-t-il. Sur la Révolution culturelle — imposée par Mao Zedong de 1966 à 1976 —, il fut banalement aveugle, déclarant : « Il me semble qu’à long terme, ce sera une action positive. » Cécité également très partagée à l’époque, il salue en 1975 l’arrivée au pouvoir des Khmers rouges cambodgiens, puis tarde à constater leur dérive génocidaire, pour lui inimaginable venant d’intellectuels qu’il avait côtoyés. Reconnaissant dès 1976 ses torts sur le sujet, il s’efforce de les réparer, publiant Survive le peuple cambodgien ! (Seuil, 1978). Ses livres de souvenirs — sa longévité fait qu’il en publia à différentes époques — sont émaillés de références à ses interlocuteurs célèbres, de Nikita Khrouchtchev à Henry Kissinger, du prince Sihanouk à Robert Kennedy…

Sur un plan plus intime, la liste de ses fréquentations donne l’impression de tourner les pages d’un dictionnaire culturel et politique de la deuxième moitié du XXe siècle. Mais Jean Lacouture n’avait pas, si l’on ose dire, « que » du talent et des relations. Il incarnait aussi un journalisme fort, capable de peser sur les situations. Un journalisme qu’il jugeait ces dernières années en voie de disparition face au « pouvoir de l’argent ».