« Beauté Congo », l’exposition qui restitue l’énergie débridée de Kinshasa

 

Kiese na Kiese, huile et acrylique sur tissu, JP Mika, 2014   
Kiese na Kiese, huile et acrylique sur tissu, JP Mika, 2014         Crédits : Florian Keinefenn courtesy Fondation Cartier    

Chamarrée et musicale, tout en stridence et pizzicati, l’exposition

Chamarrée et musicale, tout en stridence et pizzicati, l’exposition « Beauté Congo-Congo Kitoko » restitue l’énergie débridée de Kinshasa. Elle offre aussi une leçon de regard, exhortant le visiteur à se défaire de ses œillères pour savourer un art hâtivement qualifié de folklorique, archaïque ou naïf.

Le pari est ambitieux : explorer quatre-vingt-dix ans d’une histoire morcelée. Il est aussi risqué car il retrace en filigrane une violente histoire coloniale sur laquelle le catalogue ne fait d’ailleurs pas l’impasse. En rendant

Chamarrée et musicale, tout en stridence et pizzicati, l’exposition « Beauté Congo-Congo Kitoko » restitue l’énergie débridée de Kinshasa. Elle offre aussi une leçon de regard, exhortant le visiteur à se défaire de ses œillères pour savourer un art hâtivement qualifié de folklorique, archaïque ou naïf.

Le pari est ambitieux : explorer quatre-vingt-dix ans d’une histoire morcelée. Il est aussi risqué car il retrace en filigrane une violente histoire coloniale sur laquelle le catalogue ne fait d’ailleurs pas l’impasse. En rendant hommage aux artistes précurseurs des années 1920 et 1940, le commissaire célèbre en creux des chercheurs d’art blancs, belges ou français, dont les passions africaines ne furent pas dénuées d’ambiguïté. Aussi lui fera-t-on sans doute les mêmes griefs qu’aux « Magiciens de la terre », exposition séminale de 1989 dont il fut co-commissaire : nostalgie du pittoresque, quête d’exotisme, tentation primitiviste.

Magiciens du quotidien

le commissaire célèbre en creux des chercheurs d’art blancs, belges ou français, dont les passions africaines ne furent pas dénuées d’ambiguïté. Aussi lui fera-t-on sans doute les mêmes griefs qu’aux « Magiciens de la terre », exposition séminale de 1989 dont il fut co-commissaire : nostalgie du pittoresque, quête d’exotisme, tentation primitiviste.

Magiciens du quotidien

restitue l’énergie débridée de Kinshasa. Elle offre aussi une leçon de regard, exhortant le visiteur à se défaire de ses œillères pour savourer un art hâtivement qualifié de folklorique, archaïque ou naïf.

Le pari est ambitieux : explorer quatre-vingt-dix ans d’une histoire morcelée. Il est aussi risqué car il retrace en filigrane une violente histoire coloniale sur laquelle le catalogue ne fait d’ailleurs pas l’impasse. En rendant hommage aux artistes précurseurs des années 1920 et 1940, le commissaire célèbre en creux des chercheurs d’art blancs, belges ou français, dont les passions africaines ne furent pas dénuées d’ambiguïté. Aussi lui fera-t-on sans doute les mêmes griefs qu’aux « Magiciens de la terre », exposition séminale de 1989 dont il fut co-commissaire : nostalgie du pittoresque, quête d’exotisme, tentation primitiviste.

Magiciens du quotidien

Cette ambivalence, les artistes congolais n’en sont pas dupes. « Nous Africains nous avons abdiqué devant la machine à écrire l’histoire, nous avait déclaré Chéri Chérin, à Kinshasa. Demain, nous devons nous confier à la pensée des Occidentaux qui détiennent nos œuvres, notre histoire. » Pas question pour leur complaire de devenir des suppôts de leur esthétique. Dans un tableau intitulé Non ! Comprendre, Cheik Ledy signifiait sa perplexité devant l’abstraction européenne alors que l’école populaire kinoise militait pour une figuration compréhensible par tous.

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Nonobstant les paradoxes inhérents à l’entreprise, il faut rendre grâce à l’exposition d’exhumer des artistes des années 1920 au talent fou comme Albert Lubaki, sa femme Antoinette ou Djilatendo. Inspirés des tapisseries kasaï et des motifs kuba, ces peintres de case ont porté la simplicité au rang de sublime, avec une économie de moyens et un trait rapide stylisant la vie quotidienne, la faune et la flore. On ignore ce que sont devenus ces magiciens du quotidien.

Forcément elliptique, l’accrochage fait un bond sans transition vers l’Atelier du Hangar, académie d’art populaire indigène établie en 1946 à Lubumbashi, ancienne Elisabethville, par le marin Pierre Romain-Desfossés. Chaque peintre fourbit son style. Mwenze Kibwanga use d’une palette terreuse pour représenter des mêlées humaines. Pilipili Mulongoy s’attache à une nature généreuse et foisonnante. Là encore l’histoire bégaie. On perd trace de la plupart de ces artistes.

Postmodernes et afrofuturistes

Fondu enchaîné sur Moké, pionnier de la peinture populaire, dont est accroché un surprenant tableau sur fond olive, représentant une paire de godillots et une chaussure isolée. On songe aux souliers de Van Gogh, gifle au bon goût bourgeois. Moké connaissait-il cette toile ? Difficile à dire. Une chose est sûre : comme le peintre néerlandais, ces artistes ont tiré le diable par la queue. Pas question de céder pour autant au pathos. Inconsciemment postmodernes, afrofuturistes avant l’heure, les deux maquettes de villes chatoyantes de Bodys Kingelez dessinent un avenir radieux, tout comme la Cité des étoiles clignotante de Rigobert Nimi.

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Humour et dialectique sont les deux mamelles des peintres populaires, en majesté au rez-de-chaussée. Le politiquement correct, ils ne connaissent pas. Cheik Ledy brocarde aussi bien le protectionnisme de l’Occident que les motivations des migrants. Il passe tout autant au crible les blocages de la société congolaise. Un tableau hilarant présente quatre personnes coincées à la table des négociations, la tête bourdonnant de points d’interrogations sans réponses.

Face à la verve haute en couleur des cadors de la peinture populaire tels que Chéri Samba ou Chéri Chérin, la jeune génération peine à se distinguer. Certains tâtonnent dans des explosions colorées, d’autres se complaisent dans le collage. Seul Sammy Baloji, vivant entre Lubumbashi et Bruxelles, a trouvé son langage propre en jonglant avec l’archive et le photomontage.

Dans la série Congo Far West accrochée à la Fondation Cartier, il mêle des aquarelles du peintre belge Léon Dardenne aux photos de l’expédition scientifique au Katanga effectuée au tournant du XXe siècle. Les indigènes toisent l’objectif, suspicieux, comme pour signifier au photographe blanc qu’il est aussi exotique à leurs yeux qu’eux semblent incongrus aux siens…

Beauté Congo, du 11 juillet au 15 novembre 2015 à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, à Paris

PALAIS DU PEUPLE : SOS pour un édifice en ruines

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Palais du Peuple 01

Sa stature majestueuse ne doit point faire illusion. Le palais du peuple, le seul digne de nom, est une fierté nationale qui est sur point de s’écrouler. Victime de l’abandon et de la déconsidération, il présente une image qui n’est pas du tout reluisante. Au-delà des apparences forcément trompeuses. Construit en 1967, l’édifice qui abrite l’Assemblée nationale sert aussi de lieux de spectacles artistiques ainsi que de centres de conférence pour ne citer que ces activités-là. Rénové en 2008, pour le cinquantenaire de l’indépendance du pays, il n’a depuis, connu aucune autre retouche.

Le palais du peuple est certainement l’un des édifices publics les plus sollicités de la Guinée. Servant de siège au parlement guinéen, il reçoit également la majeur partie des concerts, mariages, foires et autres rencontre nationales et internationales. Mais depuis quelques années, le palais du peuple n’est plus que l’ombre de lui-même, à cause de son état de dégradation poussée.

Pour Bakary Kourouma, directeur technique du palais du peuple, le sentiment t de désolation est le terme qui décrirait le mieux l’image que donne aujourd’hui le bâtiment

Nous avons des ascenseurs qui ne fonctionnent pas. Il y a des fuites d’eau et de faux plafonds qui commencent à tomber, etc.

Cet édifice, le plus courtisé du pays, nécessite un suivi régulier afin d’éviter une éventuelle catastrophe. Une précaution qui, à en croire Bakary Kourouma, ne serait même à l’ordre du jour

Le palais du peuple a droit à une rénovation tous les 4 ans. Depuis 2008 et la rénovation faite à l'occasion du  cinquantenaire,  on n'en parle plus. J’ai posé  le problème aux Chinois, ils suggèrent plutôt que le siège de l’Assemblée nationale soit construit ailleurs.  Le bâtiment en tant que tel (palais du peuple, NDLR) commence à s’affaisser. Vous savez,  il est construit entre deux bras de mer…

Il faut dire que les seules restaurations du palais du peuple sont les œuvres des personnes de bonne volonté et des ses responsables comme le confirme ici Mory Diabaté, administrateur de l’édifice. Selon lui, les fauteuils de  la salle VIP où sont reçus les ministres étaient tous en mauvais état.  A l’en croire, il a fallu son intervention auprès de mécènes comme Kaba Guiter et Antonio Souaré, pour qu’il y ait une certaine amélioration avec les moquettes qui s’y trouvent actuellement. Poursuivant, il confie également :

La loge des artistes n’en était plus une.  Les climatiseurs dans les deux loges réservées aux artistes ne fonctionnaient plus. J’ai passé une couche de vernis sur la scène. J’ai aussi remplacé les lampes manquantes. Comme c’est un travail de longue haleine, on le fait au fur et à mesure que nous avons les possibilités.  Les projecteurs sont vieux de 47 ans. On se bat pour avoir des pièces de rechange. Kaba Guitter m’a aidé à restaurer la grande toilette de la salle des banquets qui sentait énormément. Gui-co-pres s’apprête maintenant à venir restaurer tout l’alentour du monument et faire des toilettes publiques pour les visiteurs

Coté budget, le palais du peuple ne semble pas relever de la priorité. C’est du moins ce que confesse le directeur technique

Nous n’avons pas de budget. La part des recettes que nous gérons est répartie en deux. Une partie va au Trésor public, tandis que l’autre sert à nettoyer et à remplacer les lampes. Il faut retenir que le palais comprend 8730 lampes, toutes épaisseurs confondues et 4 niveaux. Il y a également 100 bureaux, des magasins. Ce n’est pas évident d’entretenir un si vaste bâtiment. Le personnel est brave, mais insuffisant. Ce sont des jeunes qui nous aident mais qui, en retour, n’ont rien

Outre tous ces problèmes, l’édifice souffrirait également d’un déficit de sécurisation.

Aminata Kouyaté

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Kendrick Lamar ou le syndrome du survivant

                                    Kendrick Lamar n’est pas un rappeur américain comme les autres. Sa tournée européenne – qui débute à Londres, où il sera du 3 au 5 juillet – ne passe pas par la France. On ne pourra donc pas vérifier in vivo la justesse des conclusions publiées fin avril dans la très respectée revue médicale The Lancet par des chercheurs du département psychiatrie de l’université de Cambridge. Selon eux, les textes de To Pimp a Butterfly, le dernier album de Kendrick Lamar, sorti en mars, peuvent aider des jeunes gens souffrant de dépression ou d’alcoolisme, grâce à ses textes décrivant avec talent ses propres humeurs noires et ses capacités de résilience.

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Rencontré début juin à Paris, Kendrick Lamar, 28 ans, n’a pas l’air dépressif. Mais son album est une plongée dans ses tourments, ses questionnements, ses pulsions de vie, ou de mort, mis en musique avec tout ce que la culture afro-américaine a produit de meilleur : le jazz, le funk, le spoken word, le rap. Petit de taille – il mesure 1,68 m –, Lamar a le regard franc et rieur, mais garde la réserve de ceux qui en ont trop vu, ou ne veulent pas trop en dire de peur de ne pas être crus.

« Quand j’étais en tournée à l’étranger, durant l’été 2013, j’ai perdu quatre de mes proches amis, finit-il par lâcher. A cause des gangs. J’ai dû revenir pour trois enterrements, il y en a un que j’ai raté. Je souffre du syndrome du survivant. » Le rappeur n’a pas supporté le décalage entre sa célébrité, gagnée grâce à son précédent album, Good Kid, M.A.A.D City, en 2012, et le meurtre de ses amis, cette violence toujours présente. « Mon ressentiment s’est transformé en dépression », répète-t-il comme une rengaine à la fin de ses morceaux où, à plusieurs reprises, il explique comment « chanter devant 100 000 personnes ne fait pas grand sens », pour lui qui n’a pas « été capable d’être au chevet d’un ami ». Dans le long monologue, U, il se met en scène, ivre, face à un miroir, hurlant dans une chambre d’hôtel à quel point il se déteste de « s’être contenté d’un FaceTime [application Apple d’appel vidéo] au lieu d’aller à l’hôpital », où son ami est mort.

 

Déni de réalité

Kendrick Lamar a grandi à Compton, commune au sud de South Central, à Los Angeles. Ses parents travaillent dans des fast-foods pour à peine cinq dollars l’heure, la mère héberge chez eux ses deux frères, dealers, membres de gangs – le père avait fui ceux de Chicago. Depuis le début des années 1980, les Crips et les Bloods s’entre-tuent à LA pour des trafics de drogue mais aussi pour un regard, pour une rue traversée, pour rien. Au plus fort de l’ère du crack, en 1991, les statistiques de la police comptabilisent jusqu’à 1 200 meurtres par an liés aux gangs. Aujourd’hui, la mortalité a baissé de plus des deux tiers, mais depuis juin 2009, le Los Angeles Police Department (LAPD) ne publie plus ses chiffres. Restent les témoignages de ses habitants, puis des artistes. Depuis quelques années, beaucoup étaient dans une sorte de déni de réalité.

Lui n’a jamais été affilié aux Bloods ou aux Crips, contrairement à son aîné Snoop Dogg : « Toutes les fois où j’aurais pu les rejoindre, explique Kendrick Lamar, mes cousins et mes oncles étaient tellement impliqués qu’ils m’en ont protégé. Je ne voulais pas y participer, j’étais déjà dedans : le petit garçon qui courait au milieu de tout ça, l’enfant de 6 ans qui écoutait les conversations des adultes. » Il a acquis ainsi son vocabulaire, la manière de raconter les histoires, de comprendre les enjeux et les ruses des joutes verbales. Son grand-père essaie de l’initier au jazz en lui racontant les jams interminables des musiciens sur Central Avenue, mais c’est le gangsta rap qui l’intéresse déjà : « A l’époque, je n’ai pas cru mon grand-père, mais maintenant je vais parfois dans ces petits clubs de Los Angeles à Leimert Park, et je les regarde jouer pendant des heures. Ma première idée pour mon album, c’était de faire un disque de jazz en ignorant le plus possible ses références. Je voulais que ce soit à la manière de Compton. C’est pour cela que j’utilise des mots impétueux, affirmés avec beaucoup d’arrogance, mais sur un triple mètre jazz. »

Lamar invoque d’autres références dans sa musique : Curtis Mayfield, Gil Scott-Heron, le proxénète Suga Free et DJ Quik. Aujourd’hui, ce qui l’intéresse, c’est d’utiliser au mieux sa célébrité : « Peu importe que je dise que j’aime ma communauté. Ça ne signifie rien si, quand je croise un ennemi, au plus profond de moi, j’ai envie de me venger de ce qu’il a fait à mes copains. Là, soudain, toutes les déclarations sur la fierté noire passent par la fenêtre. Je dois changer ça, je dois inverser ça en premier avant de pouvoir affirmer qui j’aime et qui je suis. » Pour ce travail qu’il fait sur lui-même, ses déclarations controversées où il appelle sa communauté à se regarder dans le miroir, le Sénat de l’Etat de Californie lui a remis le titre d’« icône d’une génération ». Une distinction méritée.

 

Kendrick  Lamar en 2015  

To Pimp a Butterfly, 1 CD Polydor. Du 3 au 5 juillet à Londres, le 9, à Liège, en Belgique, le 10, à Barcelone, le 20 août en Autriche. www.kendricklamar.com

 

Mémorial 4 juillet 1985 : Le Coup Diarra et la chasse aux Malinkés !

 

Mémorial 4 juillet 1985 : Le Coup Diarra et la chasse aux Malinkés!
 

Les faits sont têtus. Le « coup Diarra Traoré » et la chasse aux hauts cadres civils et militaires de l’ethnie malinké font partie des pages lugubres de l’histoire récente de la Guinée. Rétrospective.

Quelques mois seulement après la mort de Sékou Touré le 26 mars 1984 et la prise du pouvoir par l’armée le 3 avril 1984, un événement douloureux endeuille le pays. Le 4 juillet 1985, celui qui fut Premier ministre et numéro 2 du régime est accusé de tentative de coup d’Etat. Le colonel Diarra Traoré est ligoté, montré à la télévision puis exécuté. Sa résidence de la Minière pillée jusqu’au dernier carreau.

La violence d’Etat d’une rare férocité s’abat sur ses proches et son ethnie à Conakry. Passage à tabac, vendetta, exécutions sommaires, expropriations, humiliation. Certaines dignitaires du régime Sékou Touré paient eux aussi le lourd tribu.

Le fameux coup d’Etat Militaire de carrière, le colonel Diarra Traoré était gouverneur de Boké. A la mort de Sékou Touré, il participe au coup d’État du 3 avril 1984 qui évince le président de transition Louis Lansana Beavogui et porte le Comité militaire de redressement national (CMRN) au pouvoir. Il devient Premier ministre du président colonel Lansana Conté. Mais la cohabitation est de courte durée. Il est démis de ses fonctions le 18 décembre 1984, et le poste de Premier ministre supprimé.

Le 4 juillet 1985, alors que le Président Conté assiste au sommet de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) au Togo, le Colonel Traoré est accusé de coup d’Etat. Il est passé aux armes à 50 ans.

Liste des victimes célèbres

Au moins 200 personnes auraient été arrêtées suite au coup manqué du 4 juillet 1985, pour leur participation présumée à la tentative du coup d’Etat. Selon les témoignages, Un grand nombre d’entre elles n’auraient pas joué un rôle direct dans le coup d’État, mais auraient été arrêtées parce qu’elles étaient considérées comme des sympathisants de Diarra Traoré.

C’est ainsi que beaucoup de Malinkés ont été les cibles d’arrestations, car les dirigeants du coup d’état présumé de 1985 appartenaient à cette ethnie, celle de l’ancien président Sékou Touré, écrit Amnistie Internationale qui dresse une liste exhaustive des victimes libérées ou décedées.

Parmi elles, la veuve Sékou Touré, Andrée Touré et leur fils, Mohamed Touré, condamnés à 8 ans de prison pour avoir appuyé le coup d’Etat manqué, libérés à la fin décembre 1988. Ismael Touré, demi-frère de Sékou Touré, son neveu Siaka Touré et son frère aîne Amara Touré tous condamnés à mort. Ses soeurs, Ramata Touré et Nounkouba Touré, condamnées à 26 mois de prison.

Plusieurs autres ont été passés aux armes sans aucune forme de procès: Mamadi Keita, ministre de l’éducation, Seydou Keita, beau-frère de Sékou Touré, et Moussa Diakité, tous condamnés à mort. Bouche cousue sur le cas Damantang Camara, ancien président de l’Assemblée nationale condamné à 28 mois de prison, qui devait être libéré en mai 1987. Idem pour le sort de les anciens ministres Abraham Kabassan Keita, Lancinè Keita, Mamadou Bayo et Bakary Sako.

« Réhabilitation et réparation »

29 ans après, les victimes se souviennent dans le recueillement et la méditation. Ils exigent réhabilitaton et réparation. Dans ce sens, la Coordination des associations des victimes du 4 juillet 1985 a publié une déclaration signée par Elhadj Lansana Condé rappelant le souvenir de « la nuit du 4 juillet 1985 » après la diffusion d’un communiqué radiodiffusé annonçant la prise du pouvoir par le colonel Diarra Traoré.

« Depuis, un plan minutieux d’arrestation, d’inculpation, de torture et d’extermination de tous ceux qui se réclament de la même ethnie que le présumé auteur fut préparé, transmis à toutes les hiérarchies du commandement civil et militaire sur toute l’étendue du territoire national et coordonné par le CMRN, écrit la coordination.

C’est dans cette atmosphère de haine et d’esprit de vengeance que des centaines de citoyens en majorité de l’ethnie mandingue furent arrêtés, soumis à des traitements inhumains et jetés dans les geôles des trente deux escaliers du camp Alpha Yaya Diallo, Conakry.

Ainsi, après 3 ans de détention, d’humiliation et sans aucun contact avec les familles ni avec un avocat dans les conditions les plus exécrables que celles connues jadis au temps nazis pendant la seconde guerre mondiale, les survivants furent libérés sous la pression des parents des victimes et de la communauté internationale notamment les défenseurs des droits de l’homme.

A cet égard, nous rendons un vibrant hommage à la mémoire de nos illustres compagnons disparus ou exécutés sans procès ».

A présent, les victimes et les familles des disparus exigent «le rétablissement de la vérité historique, de la justice en vue de la réhabilitation, la réparation de tous les préjudices causés et la restitution des biens car les conséquences de ce massacre du 4 juillet 1985 continuent de détruire la structure sociale familiale des disparus ».

S’ils parviennent ce sera une voie balisée vers la réconciliation nationale après l’inique Wofatara (vous avez bien fait) que Conté a lancé à ses soutiens au palais du peuple après le coup manqué. S’ils se heurtent aux mentalités défavorables, il faudra alors redoubler d’efforts, car le pays en a plus que besoin pour assurer un présent et un avenir radieux à ses habitants.

In Le Populaire No 414 du 7 juillet 2014

Reçu de www.kababachir.com

 

A Bruxelles, Caetano et Gilberto roulent leur bossa

                                    

 

Caetano Veloso et Gilberto Gil en 2015.  

Caetano Veloso (1942, Santo Amaro da Purificaçao, Etat de Bahia) et Gilberto Gil (1942, Salvador de Bahia) sont au Forest National de Bruxelles le 29 juin. Caetano et Gil, frères en « tropicalisme », septuagénaires à l’air jeune, embastillés par la junte militaire (en 1968), exilés à Londres en 1970, toujours fidèles au génial fondateur, Joao Gilberto, capables des plus grandes scènes avec trois fois rien : deux guitares, une blonde, une auburn, et les chansons les plus belles du monde.

Bruxelles ouvre la tournée qui les conduira ensemble, à voix nues, selon l’art de la conversation et du relais,de la passe, sans ces rythmiques rock, à laquelle l’exquise musique brésilienne a cru devoir céder, au rétablissement de la démocratie : de Vienne à Marciac, en passant par Paris, Montreux, le Sporting de Monte-Carlo et Marseille. Du lourd pour un dialogue intime. Le sommet philosophique de l’amitié. Grand moment de l’été.

En un sens, le spectacle a commencé dans le taxi. Au volant, un joyeux drille célèbre Bruxelles, la Belgique, et enquille les blagues : « Je peux vous raconter une “histoire française” ? » A mon humble avis, il est payé par le Forest National comme ces comiques qui passaient en « vedettes américaines » : « J’y vais ! Ne le prenez pas mal, hein ? Vous savez pourquoi le Français, quand il se couche, pose deux verres, un verre d’eau et un verre vide, sur la table de nuit ? » Langue au chat de courtoisie. « Parce que, s’il se réveille, des fois il a soif, des fois, il n’a pas soif… » Pas mal, on connaissait la version symétrique, elle est moins drôle.

« Au fait, qui joue, ce soir, au Forest National ? » Pédagogue et prudent : « Deux grands artistes brésiliens, Gilberto Gil et Caetano Veloso. » Du tac au tac, nettement moins inspiré : « Excusez-moi d’être jeune… »

On lui fait valoir que, là, on change d’échelle. McCartney et Lennon, il voit ? Ce n’est donc pas une question d’âge. Pendant cinq ans où Jo le taxi était bel et bien de ce monde, même grand et d’ailleurs, de 2003 à 2008, Gilberto Gil a été ministre de la culture de Lula. Caetano Veloso est chanteur, poète, écrivain, cinéaste, il apparaît dans une séquence miraculeuse : Paloma (Cucurrucucu), chantée pour une poignée d’amis dans une maison si bien éclairée par Almodovar (Hable con Ella).

Petites fables bien troussées

Le second miracle, c’est que, dans une salle ingrate, surdimensionnée, à peu près potablement sonorisée à partir de la sixième chanson, l’intimité précieuse, la délicatesse, leurs petites fables si bien troussées que l’on croit les comprendre passent à merveille. Comme entre amis.

Ouverture, à tout seigneur tout honneur, Back in Bahia par Gilberto Gil, la chanson de l’exil, ses Regrets (Du Bellay) à lui, son Cahier du retour au pays natal (Césaire). Sur les accords et rythmes tropicalistes où danse la voix. Tropicalia viendra bientôt. C’est ce glissement, cet admirable tremblement du tempo, cette mise en place infinitésimalement bougée – tant de références à la photographie dans la « bossa-nova » –, cette poésie Rolleiflex qu’ils doivent tous deux, Caetano et Gil, à Joao Gilberto et Antonio Carlos Jobim.

Ce jeu avec l’exactitude n’est pas reproductible. Toute bossa-nova adaptée dans une autre langue redevient carrée. Seuls les jazzmen avaient compris l’affaire. Stan Getz au premier chef, dans ses trios avec Joao et Astrud Gilberto. Poussant l’intelligence du texte jusqu’à partir avec Astrud, ce que Joao prit très mal.

Caetano enchaîne sur Gil : Coraçao Vagabundo. Brève acclamation, comme pour la plupart des chansons, connues ou reprises en chœur (Tropicalia, Expresso 2222…) A Marginalia (Gil) succède une séquence de quatre chansons interprétées par Caetano, dont E de Manha et Sampa. Tout a l’air simple, spontané, réglé. Superbe Tonada de Luna Llena, version troublante de Come Prima, très enlevée, de Sao Joao, Xango Menino.

Le plus souvent, ils jouent et accompagnent ensemble. Parfois, Caetano pose la guitare. En fin de Eu Vim da Bahia, il se lève et esquisse quelques pas de danse. La grâce pure. Le temps n’existe pas. Il s’est lové dans le temps du tempo. Esoterico, Tres Palavras, Toda Menina, tout y passe. Les chansons de l’un sont à l’autre.

« Comme à la maison »

A partir du premier bis, Desde Que o Samba e Samba – Caetano Veloso, voix croisée avec Gilberto Gil –, grand délire. A la vérité, le délire, très contenu pendant l’interprétation des chansons, explose à la fin d’une trentaine de titres. De toute façon, les rappels, on ne les supporte qu’avec eux, les grands Brésiliens, comme on les aimait avec Brassens, Freddy Garcia à Mexico, Tom Waits au Palace.

Dans le « spectacle vivant » (on aimerait bien en voir du mort), le rappel est devenu une plaie, un vulgaire bonus, un dû puéril, le rabiot à la cantine. Ici, on en redemande. C’est devenu un cliché de prétendre – d’autant que c’est de moins en moins le cas – qu’ils jouent « comme à la maison ». C’est le cas, vérifiable, minuscules géants sur une immense scène qu’ils occupent de l’âme et des paroles, comme s’ils regardaient la mer. Parce qu’il y a la plage, Bahia, les vagues, le vague à l’âme, la saudade. Mais il y a aussi la double entente, les doubles sens, l’engagement sensible et la trace des luttes. Un des thèmes les plus célèbres de Sonny Rollins, paraphe de ses concerts, s’intitule Don’t Stop The Carnival ! On aimerait le dire. On y pense. Même si le destin de la fête, on ne le sait que trop, c’est sa fin.

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En concert le 3 juillet à Vienne (festival Jazz à Vienne) ; le 6 à Paris (Palais des congrès) ; le 15 à Montreux (Montreux Jazz Festival) ; le 23 à Monaco (Monte-Carlo Sporting Summer) ; le 24 à Marseille (Jazz des cinq continents) ; le 2 août à Marciac (Jazz in Marciac).