Ornette Coleman, un des derniers géants du Jazz est mort Coleman

 

Le saxophoniste Ornette Coleman au Festival de jazz Montreux, en Suisse, le 2 juillet 2006.

Angel Voice, la voix de l’ange, est une des premières compositions que grave Ornette Coleman en 1958. Génie de la grâce, du blues, de « quelque chose de bleu qui paraissait un ange » : tout contredit l’idée que l’on se fait de lui.

Ornette Coleman vient de mourir. Arrêt du cœur, jeudi 11 juin, à 85 ans, dans un hôpital de New York. Compositeur de l’instant, des groupes en fusion ou de l’écrit symphonique, peintre, alto sax pratiquant la trompette et le violon d’assez déroutante façon pour qui n’aime ni l’aventure ni la gaieté, encore moins l’insolite, il est un des acteurs du siècle, une de ses chances. Voir Jackson Pollock, Pierre Boulez, Jimi Hendrix, les frères Mekas, Jean-Luc Godard, Pina Bausch.

Après l’école de la rue, à Fort Worth, au Texas – où il est né en 1930 –, et celle de l’université, il fait le métier dans les groupes de blues ou de rhythm ’n’ blues pour public noir – les Blancs se chargeront bientôt de ramasser la mise avec le rock ’n’ roll. Lui, on l’oblige, c’est la mode, à chorusser, allongé sur le bar. Même traitement pour Sonny Rollins ou John Coltrane. Tempo, engagement, show, conservatoire impitoyable. Ne cherchez pas trop, vous trouverez encore des spécialistes assermentés pour soutenir qu’il ne « savait » pas jouer. En 1949, il participe à une tournée du « minstrel show », cette caricature du « jazz » qu’il déteste.

La question n’est pas là. La question, c’est comment un garçon quasi autodidacte (il apprend d’oreille), un fils d’ouvrier (« je l’ai peu connu, il était très noir ») et de Rosa, très digne employée des pompes funèbres du ghetto, aura rejoint le panthéon des artistes planétaires qui changent la vie ? Par quel arrachement ? Sonny Rollins : « On ne se posait pas la question. »

Un style sans précédent

Au bout de la rue, dans son garage, un musicien, Red Connors, joue ce que personne ne joue. Ornette Coleman et son voisin Dewey Redman (formidable saxophoniste méconnu) écoutent, apprennent, sortent des rails. Après un bref séjour à La Nouvelle-Orléans, Ornette Coleman s’établit à Los Angeles. Garçon d’ascenseur le jour, il potasse l’harmonie la nuit, ou l’inverse. Et met au point un style sans précédent, atonal, lyrique, qui rompt avec toutes les règles. Même celles, tout récemment renversées par les révolutionnaires du « jazz » – Parker, Mingus, Monk. A son corps défendant – il est doux, timide, gentil, un peu gauche, très de gauche sans le savoir –, il fait scandale.

Il s’en rend à peine compte, malgré les premiers titres téméraires de ses albums, à la fin des années 1950, cornaqués par Red Mitchell, Gunther Schuller et John Lewis : Something Else (1958), The Shape of Jazz to Come (1959), Change of the Century (1959), This is Our Music (1960)… On l’étiquette « free jazz ». Il n’aime pas plus le mot ambigu, un tantinet raciste (et très joli) de « jazz », que Louis Armstrong, Sidney Bechet, Duke Ellington, Charlie Parker ou Miles Davis. Il fait avec. De là à se retrouver en « père du free », plus tard, « père du funk free rock » (avec James Blood Ulmer ou Jamaaladeen Tacuma) et autres fariboles, il y a une marge… « Je veux que personne ne me suive, je tiens à ce que les musiciens qui jouent avec moi suivent leur propre route et se découvrent tels qu’ils sont. »

Avec les premiers compagnons, Don Cherry, l’archange de la trompette, Charlie Haden et Billy Higgins, la question ne se pose même pas. Ils inventent à quatre une forme éblouissante, une forme sans vieillesse. En 1959, le Five Spot, à New York, annonce : ce soir, « free jazz ». Les couillons du jazz veulent entrer gratos. Free jazz, c’est un mot d’ordre : libérons le jazz, libérons-le de sa sclérose et de la loi du marché. Les couillons font semblant d’entendre, free jazz, entrée libre !

Ornette, c’est son impérieux génie, n’entend rien aux scandales qu’il provoque. Déjà, un soir, à Bâton-Rouge, en Louisiane, dans un groupe de rhythm ’n’ blues, dix ans plus tôt, il s’était mis, sans y prendre garde, à chorusser selon son idée. Un type l’a traîné dehors sans ménagement. Avec quatre malabars, des « brothers », ils lui ont enfoncé le bec du ténor dans la bouche, dans le palais, avant de piétiner le ténor sur le parking. Ils en voulaient à Ornette Coleman de défigurer le « jazz ».

Ornette Coleman laisse là le ténor et passe à l’alto. Il se procure un Grafton blanc, comme celui de Parker à Toronto, en 1953. Le 4 novembre 1965, il le joue à la Mutualité, à Paris, remplie aux deux tiers (Sony Rollins en première partie, sono de gare…). C’est son premier concert en Europe, et le ressort, version luxe de chez Selmer, au début des années 2000.

Distinctions internationales

Ornette Coleman aura connu le mépris autant que la méprise. Doux comme un agneau, lunaire, lecteur de poésie, attentif aux autres, toujours tiré à cinq épingles, costumes chamarrés ou bariolés, il mérite infiniment moins ce traitement que le pire des salauds. Mais allez savoir… Il aura connu aussi la reconnaissance, les distinctions internationales (le Praemium Imperiale de l’empereur du Japon décerné au gotha des arts, en toutes disciplines), et, à la fin, cette chose incroyable : jouant au rappel, à Vienne (Isère), en 2008, à Nice, à Marciac, à Paris, sa chanson si troublante, Lonely Woman, des gamins, garçons et filles, se précipitant au pied de la scène pour lui toucher la main. Il pleurait et n’y comprenait goutte.

Ornette Coleman est mort. Irremplaçable. Dans l’attitude, le courage inconscient, la volonté d’aller ailleurs, d’autres se débrouilleront à la diable. Quant à mimer son geste et sa sonorité, plutôt créer une start-up de nouilles en ligne. Je ne vous dis pas ce qui s’est imprimé (pourvu, pour leurs auteurs, que les traces aient disparu…) lors de la publication en France de Free Jazz : A Collective Improvisation, en 1965. L’enregistrement datait de 1960. Sous couverture de Jackson Pollock, un double quartet, expérience stéréophonique à l’appui – doubles trompettes, Freddie Hubbard et Don Cherry, doubles anches, Ornette et Eric Dolphy, « double drums », Billy Higgins et Ed Blackwell, et doubles basses, Scott La Faro, l’oiseau du chant magique, et Charlie Haden, la rondeur tellurique –, huit musiciens inventent ensemble, sur des schémas bien réglés, l’art de décoller, de spiraler, de prendre les ascendances, de revenir au calme : « Très vite, on a senti que la musique jouait d’elle-même. C’était bouleversant, on n’avait plus rien à faire, juste se laisser porter par elle. »

« Free Jazz », dans l’esprit d’Ornette, venu des bas-fonds du Texas, cela n’avait rien à voir avec l’idée de la petite liberté des tout petits bourgeois. « Free Jazz », ça disait franco de port : Allez-y ! Foncez ! Déchaînez-le comme Charlie « Bird » Parker l’a déjà déchaîné !

Harmolodie

Coleman (nom d’esclave plutôt banal), Ornette, de son prénom, voit pour la première fois la nuit à Fort Worth le 9 mars 1930 : « Je suis né à la fin de la nuit. Ma mère m’a appelé Ornette. » Pourquoi Ornette ? « Parce que c’était son choix. » Nous sommes un peu plus de 6 milliards d’êtres humains sur cette planète, personne d’autre que lui ne s’est jamais appelé Ornette. Prénom plus féminin que mâle ? Germanique ou alors slovène ? Prénom donné par la mère, très afro-américain, pour le coup, au sens où Monk s’appelle « Sphere ». Prénom harmolodique.

A Fort Worth, un derrick orne aujourd’hui la place du centre. Le reste a l’air propret. Et en 1930 ? « La ségrégation régnait sur le papier, mais pas dans les cœurs. Une nuit, j’invite trois drôles à la maison pour leur faire un petit plat à ma façon. Ma mère dormait sur la rue pour m’entendre rentrer. Elle se lève : “Junior, tu sors, et tu ramènes des Blancs !” Moi, je les avais branchés parce qu’ils aimaient passionnément la musique que je jouais au club. C’est tout. De toute façon, la ségrégation tenait moins à la couleur de peau qu’à l’argent. A Fort Worth, vous aviez ceux qui en ont, ceux qui n’en ont pas et ceux qui n’en auront jamais. La mort n’a pas de couleur. Mais ce que j’ai compris, c’est que rien ne t’oblige à être injuste parce qu’on t’a maltraité. Si je peux faire partager ce sentiment aux musiciens qui jouent ma musique, l’essentiel est atteint. »

Ce sentiment, il l’appelle l’harmolodie. Les esprits sérieux se tapotent le menton. Ils attendent de pied ferme quelque grand traité musical. Or, l’harmolodie, Ornette l’annonce sur tous les tons, à voix douce, sans forcer, avec ce léger chuintement des sifflantes : l’harmolodie, c’est ce qu’il aura pratiqué, propagé et partagé pendant un demi-siècle : en « free jazz », dont l’étiquette le laisse indifférent, en inventeur de la musique funky hors piste, en compositeur contemporain (Skies of America, 1972), en peintre, en amoureux des êtres humains. En lien avec Jayne Cortez, poète dont il fut l’époux, ou Geri Allen, pianiste.

Un soir, il se retrouve au sud du sud, dans l’Andalousie profonde : « J’avais déjà écrit un peu de musique flamenco. On m’a conduit dans la campagne de Séville. On tenait à me faire rencontrer un guitariste. Je ne voulais pas donner l’impression de savoir jouer ce qu’il faisait. Je connais un peu la guitare, mais je ne voulais pas jouer comme je joue d’habitude. Je voulais juste lui montrer que je connaissais les formes, le style, l’idée générale. Alors il m’a dit : Ecoute, je chante et toi tu joues.Il s’est senti bien, à fond dans le truc. Je sais que le son peut surgir de n’importe où dans le monde. Du coup, j’ai joué dans mon style. C’était très ample, très profond. J’ai compris où l’on était. On est tombés vraiment amis. »

Lors de la mort de John Coltrane, le 17 juillet 1967, Albert Ayler, en larmes, appelle Ornette : « Ornette ? John est mort… Ce n’est pas possible… John était si bon… » Albert Ayler et Ornette Coleman jouent sur la tombe de Coltrane. Qui jouera demain pour Ornette ?

 

Vidéo Une militante blanche se faisait passer pour une noire

 

L'affaire secoue les États-Unis. Rachel Dolezal, présidente d'une section locale de l’association de défense des gens de couleurs se serait fait passer pour une noire depuis des années.

Les Américains n’y ont vu que du feu : depuis 10 ans, une militante de défense des droits des Noirs se serait déguisée, à grands renforts d’UV et de crêpage de cheveux, pour se faire passer pour une africaine-américaine.

Rachel Dolezal, 37 ans, présidente de la section locale Spokane (Washington) de l’association de défense des gens de couleur (NAACP) , enseigne également les études africaines à l’Université d’Eastern Washington. Engagée dans la lutte pour l’égalité des droits, elle s’est toujours prétendue victime de 8 agressions racistes. Jamais pourtant les criminels n’ont été identifiés. Déclarant des origines «blanches, noires et américano-indiennes» à la mairie de Spokane, sa ville de résidence, elle assume un style afro. Sur Facebook, elle vante ses boucles naturelles, pose avec son fils – noir – ou un homme noir qu’elle présente comme son père.

C’est lors d’une interview accordée jeudi par la jeune femme à la presse locale que le malaise sur ses origines s’est installé. Le journaliste lui tendant la photo de son père Larry, un homme blanc, lui demande de confirmer qu’il s’agit de son père. La jeune femme acquiesce. Le journaliste l’interroge : « Votre père est-il vraiment africain-américain? ». Troublée, elle répond: « Qu’est-ce que vous insinuez? », « Êtes-vous vraiment africaine-américaine », réitère le journaliste. La militante se mue dans le silence.

 

« Notre fille est caucasienne » 

Jeudi, sa mère Ruthanne Dolezal prend la parole et révéle à la presse locale l’incroyable subterfuge mis en place par sa fille. Selon Ruthanne Dolezal, sa fille aurait commencé à se déguiser en noire il y a dix ans, en 2006, date à laquelle elle aurait adopté quatre enfants africains-américains. Des enfants adoptés donc, qu’elle faisait passer pour ses fils naturels. La mère soutient que les Dolezal sont originaire de République tchèque, de Suède et d’Allemagne mais pas d’Afrique. « Notre fille est caucasienne », assure t-elle avant de dévoiler des clichés de la Rachel, plus jeune, blanche et blonde.

https://www.facebook.com/spokane.naacp/photos/a.1559933944253627.1073741829.1431901697056853/1559933930920295/?type=1

Capture d'écran  © Twitter

Sa mère regrette : «C’est dommage que Rachel n’ait pas osé être elle-même. Elle aurait été mille fois plus efficace et sa défense de la communauté africaine-américaine aurait été beaucoup plus crédible si elle avait été honnête.»

Interrogé par Buzfeed sur ses relations avec sa fille, le père de Rachel, Larry, confie qu’elle a coupé tout contact avec lui et sa mère. « Elle ne veut pas que les gens nous voient à Spokane parce que nous sommes blancs », dit-il.

Mythomane ou transracial  ? 

La polémique enfle sur les réseaux sociaux. Une page Facebook de soutien a été créée. Certains viennent à son secours : « Certains sont transgenre, tu es transraciale ». D’autres ne cachent pas leur déception : « Oui il y a de l’argent à faire en jouant sur la carte de la race ».

La jeune femme n’avait toujours pas réagi vendredi soir et  son compte Facebook a été supprimé.

Capture d'écran © Facebook

Capture d'écran © Facebook                                    Capture d'écran © Facebook

Jeune Afrique
 

Les invisibles montent sur scène

 

Classe préparatoire d'art dramatique, à Saint-Etienne : la comédienne Christel Zubillaga avec ses élèves Lucie Bonnefois et Bénédicte Mbemba.

Les murs des théâtres et des plateaux de cinéma sont en train de se fissurer. Ou bien est-ce le vieux plancher qui grince, ou la porte trop lourde que l’on ne sait plus comment ouvrir ni fermer ? C’est un peu tout à la fois, et les travaux ne font que commencer. Des artistes, des enseignants, des professionnels de la culture remontent les manches, dans les écoles de théâtre, de cinéma. Ne pas rester dans l’entre-moi, faire quelque chose. Et il s’en passe, des choses, à Saint-Etienne, à Paris, à Cannes, et plus largement en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il s’agit, ni plus ni moins, de faire émerger sur les planches ou à l’écran les fameux visages dits de la diversité sociale et culturelle, selon l’expression consacrée. La question n’est pas nouvelle. Mais certaines méthodes, très volontaristes, prennent actuellement la profession à rebrousse-poil.

Un dispositif unique en France

Commençons par la plus spectaculaire, qui est aussi la plus discutée. Le metteur en scène Arnaud Meunier, 42 ans, a sorti le marteau-piqueur, et il n’est pas mécontent de faire du bruit dans le ronronnement ambiant. Lassé d’attendre que le slogan « Liberté, égalité, fraternité  » produise ses effets, le directeur du Centre dramatique national (CDN) de Saint-Etienne, La Comédie, a créé un dispositif unique en France : une classe préparatoire intégrée a vu le jour, en 2014-2015, distincte de l’École supérieure d’art dramatique de Saint-Etienne qu’il dirige par ailleurs. Cette prépa, ouverte à cinq jeunes comédiens seulement – car le dispositif coûte cher –, est une sorte de sas qui vise à remettre à niveau des élèves ­ « défavorisés  », en vue de les préparer aux concours si sélectifs des écoles supérieures d’art dramatique (Conservatoire de Paris, écoles de Strasbourg, Lille, Cannes, Rennes, Lyon, Saint-Etienne, Montpellier, etc.).

Lire aussi : « Je m’étais mis un plafond de verre »

L’expérience est prometteuse. « On s’est principalement fondés sur deux critères de sélection : un, les candidats ont un désir fort de théâtre ; deux, ils sont issus de familles très, très modestes. L’enjeu est social, au-delà de la couleur de peau », résume Arnaud Meunier. Les cinq élèves de cette « mini-prépa  » ont entre 20 et 23 ans et sont tous originaires de Rhône-Alpes, sauf un. Et ces jeunes personnes ne sont pas venues pour rien, si l’on peut dire. Si l’une d’elles, une jeune fille, finit de passer les concours (certains établissements du réseau national n’ont pas encore achevé leur processus de sélection), les quatre autres ont été admis à l’une des grandes écoles supérieures d’art dramatique. Bénédicte Mbemba vient d’intégrer le saint des saints, à savoir le Conservatoire national supérieur d’art dramatique (CNSAD) de ­Paris  : elle sera l’une des 30 élèves de la promotion, sur un total de près de 1 300 candidats. Romain Fauroux a été admis à l’école de Saint-Etienne. De leur côté, Frederico ­Semedo et Mouradi M’Chinda ont intégré l’Ecole régionale des acteurs de Cannes, l’ERAC – autre établissement national supérieur.

La preuve par le terrain

« Ces deux jeunes sont entrés parce qu’ils avaient le même niveau que les autres. ­Arnaud Meunier a fait le job », salue Didier Abadie, le directeur de l’ERAC. Pourtant, d’autres professionnels voient d’un mauvais œil ce sas aux allures de cocon – les élèves sont fortement soutenus sur les plans financier et pédagogique. Selon eux, il y a une rupture d’égalité entre les candidats devant le concours. Le débat est vif.

Arnaud Meunier, nommé en 2011 à la tête du CDN, a voulu faire la preuve par le terrain. Selon lui, la démocratie culturelle demande des moyens adaptés, sur mesure, grâce auxquels des jeunes en difficulté peuvent réussir. Ce n’est pas faire œuvre sociale, dit-il. La société a besoin de ces nouveaux visages, de ces récits, tout autant que ces jeunes déclassés, blancs, noirs, asiatiques ou arabes, ont besoin d’un coup de pouce réparateur. « On se demandait si on était prêts, s’il ne fallait pas attendre d’avoir plus de moyens. Mais ­Fabien Spillmann, le directeur des études de l’école de Saint-Etienne, nous a dit  : c’est maintenant qu’il faut y aller. Et il a eu mille fois raison  », raconte-t-il. La scolarité de ces cinq élèves a été financée grâce au soutien de la région Rhône-Alpes et de la Fondation ­Culture & Diversité  : celle-ci, qui est déjà à l’origine de partenariats dans d’autres champs artistiques (histoire de l’art, architecture, métiers techniques du spectacle), sensibilise les enseignants pour les inciter à diffuser l’information et repérer les talents.

Le premier objectif, en effet, consiste à faire connaître les dispositifs à des jeunes qui les ignoraient. Ou qui n’imaginaient pas une seconde devenir comédien professionnel  : c’est ce que les experts de la culture appellent l’« autocensure  », d’ordre symbolique. Mais ­celle-ci n’est-elle pas également nourrie par le caractère excluant de certains grands établissements ? Sans parler de la question financière, pratico-pratique  : comment se payer le train et l’hôtel quand on veut tenter différents concours d’école de théâtre, aux quatre coins du pays, afin de maximiser ses chances ? La « classe prépa  » tente de combler ces failles. Mais le message ne passe pas partout. Et les cinq jeunes, quand est venue l’heure des concours, n’ont pas toujours été bien accueillis.

Réserves de fond

A l’Ecole du Nord, à Lille, en particulier, ils ont eu le sentiment d’être davantage interrogés sur leur parcours que jugés sur leur prestation scénique. Le directeur de l’École du Nord, le metteur en scène Christophe Rauck, s’en défend, de même que la comédienne Cécile Garcia-Fogel, qui coprésidait le jury et sera la marraine de la promotion 2015-2018. Surtout, elle émet des réserves de fond sur le dispositif. A-t-on besoin d’une classe prépa­ratoire financée par le privé – une fondation – pour mener la démocratisation culturelle, s’interroge-t-elle ? « Je ne comprends pas pourquoi on crée des classes prépa. On devrait plutôt renforcer les conservatoires de proximité déjà présents sur le territoire. C’est à eux de mener ce travail de repérage et de formation  », dit-elle. Tout le monde est d’accord là-dessus. Mais le problème est que ces conservatoires, municipaux, d’arrondissement ou régionaux, manquent souvent de moyens. La question du soutien des collectivités locales, et surtout de l’Etat, garant de la continuité du service public en cas d’alternance politique, est posée : au cabinet de Fleur Pellerin, on assure que la ministre de la culture et de la communication a pris la mesure de l’enjeu et devrait obtenir de nouveaux moyens pour financer des pratiques collectives, parmi lesquelles le travail théâtral. A voir.

Cécile Garcia-Fogel note un autre écueil : « Avec la crise économique, et ce recul du politique, il y a moins de créations, moins de spectacles. Je connais des étudiants qui sortent de grandes écoles et ne trouvent pas de travail. Je pense à cette comédienne coréenne qui est au RSA. Ces jeunes qui ont eu un parcours difficile vont-ils s’insérer ? Faisons attention à ne pas forcer des vocations. » Le souci de la diversité, rappelle-t-elle, n’est pas né d’hier. Elle cite en exemple la « classe ­libre  » du cours Florent, à Paris : un cursus parallèle au cours Florent privé, sans droits d’inscription, qui prépare depuis trente-cinq ans aux concours des écoles supérieures d’art dramatique.

« On a cinq jeunes de cette classe libre qui entrent à l’École du Nord cette année », pointe Cécile Garcia-Fogel. Le professeur et pilote de cette classe libre, Jean-Pierre Garnier, reconnaît tout de même qu’aucun critère de revenus n’est demandé aux étudiants. On peut donc parfaitement trouver dans cette classe des jeunes gens qui n’ont pas de problèmes d’argent et auraient pu se payer des études ailleurs. « Il n’empêche, la diversité est arrivée dans cette classe libre bien avant que le sujet devienne un enjeu national  », ajoute Jean-Pierre Garnier. Il n’est pas tendre avec la classe prépa de Saint-Etienne, qu’il qualifie de « ghetto  ». « J’espère que les jeunes de cette classe prépa ont été admis pour de bonnes raisons. Mais je ne suis pas sûr que ce soit le cas  », assume-t-il.

« Apporter de nouvelles histoires »

Le directeur du CDN de Saint-Etienne, pourtant, se défend de mener une politique de « discrimination positive  » : « En un an, avec cette classe prépa, on essaie de rattraper vingt ans d’inégalités. Ensuite, les élèves passent les mêmes concours que les autres, et non pas une épreuve parallèle. » Arnaud Meunier ajoute : « Soit on considère que tout est figé. Soit on fait le pari qu’une nouvelle génération va changer les plateaux, apporter de nouvelles histoires. Au cinéma, Abdellatif Kechiche ne raconte pas la même chose qu’Arnaud Desplechin. C’est très bien, et j’aime tout autant ces deux cinéastes  », plaide-t-il.

Ne fallait-il pas donner un petit coup de perceuse dans le système républicain, en espérant créer un déclic ? Preuve, en tout cas, que chacun s’interroge et cherche une voie, d’autres chantiers s’ouvrent. Ainsi, une autre initiative a porté ses fruits : le projet « Premier acte  », lancé par le Théâtre national de la Colline, dans le 20e arrondissement de Paris, soutenu – eh oui – par la Fondation Rothschild et la Fondation SNCF. Des jeunes repérés, entre autres, par le conservatoire de ­Bobigny, ont participé à des ateliers d’acteurs dirigés par Stanislas Nordey. Le metteur en scène, qui vient d’être nommé à la tête du Théâtre national de Strasbourg (TNS), dont il dirigera également l’École, n’a rien contre la discrimination positive. Dans l’appel à candidatures de « Premier acte », il était même indiqué que les stages sont ouverts aux jeunes « ayant fait l’expérience de la discrimination  ». « On a reçu des candidats qui se disaient discriminés parce qu’ils sont juifs, d’autres du fait de leur physique  », raconte-t-il. Les vingt jeunes gens sélectionnés sont pour la plupart issus de l’immigration. Deux d’entre eux ont intégré le Conservatoire de Paris : Souleymane Sylla, 23 ans, et Josué Mbemba Ndofusu, 20 ans.

« Le milieu de la culture n’est pas plus avancé qu’ailleurs sur ces questions d’égalité, d’homophobie, de sexisme ou de représentation culturelle, souligne Stanislas Nordey. Au cinéma, un médecin de 50 ans sera presque toujours joué par un Blanc. Et, au théâtre, une femme un peu forte fera plutôt la servante que la jeune première. » Il faut donc expérimenter, car « les évolutions législatives ont souvent été précédées par des mouvements activistes  ». Et puis le temps presse. « Lors de ces stages, à La Colline, on a entendu des jeunes évoquer le modèle anglo-saxon, ajoute le metteur en scène. Leur conclusion, c’est que si ça ne marche pas en France, ils iront à Londres. Au Royaume-Uni, cela ne pose aucun problème que l’une des trois filles du roi Lear soit incarnée par une femme noire. » L’initiative de La Colline fait des émules. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur vient tout juste de décider de mettre en place un dispositif similaire, lequel sera « mis en musique  » par le directeur de l’ERAC de Cannes – celui-là même qui a retenu les deux jeunes de Saint-Etienne.

« Une avancée démocratique puissante »

En fin de compte, si l’on prend comme témoin la promo 2015-2016 du Conservatoire de Paris, de nouveaux visages apparaissent, indéniablement. Il ne s’agit pas que de la couleur de peau, insiste la directrice du Conservatoire, Claire Lasne. Et d’évoquer ce jeune titulaire d’un CAP de serrurerie… qui a réussi à ouvrir les portes de la grande institution. Cette année, seuls quatre étudiants sur trente qui y ont été admis proviennent du cours Florent payant ; vingt viennent de la classe libre ou de divers conservatoires (trois de celui de Bobigny). « On note l’impact des forces conjuguées de la classe libre, de la classe prépa de Saint-Etienne et des stages de La Colline, et du travail remarquable du conservatoire de Bobigny  », détaille-t-elle. Elle interpelle désormais l’Etat pour que soient ouvertes, « dans les trois ans à ­venir, trois nouvelles classes préparatoires publiques en banlieue parisienne, à Bobigny, à Arcueil et à Melun-Sénart ». « Ce serait une avancée démocratique puissante  », insiste-t-elle.

Et dans le cinéma ? C’est au lendemain des émeutes de novembre 2005 que le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) a créé une aide sélective – Images de la diversité – en vue de soutenir des films qui proposent d’autres représentations. De Bande de filles, de ­Céline Sciamma, à Timbuktu, d’Abderrahmane Sissako, tous les types d’œuvres sont soutenus – courts ou longs-métrages, animation. « L’aide ne doit être ni cliché ni ghetto  », explique-t-on au CNC. La Femis, prestigieuse école de cinéma à Paris, avait pris conscience des enjeux en créant, dès 2008, un programme dit d’« égalité des chances », avec le soutien de la décidément incontournable Fondation Culture & Diversité.

L’objectif : aider des élèves à combler leurs lacunes culturelles ou sociales, afin qu’ils puissent déposer leur candidature dans « une logique de marchepied  », résume le directeur de la Femis, Marc Nicolas. « Le message est délivré dans les lycées ZEP pour que les jeunes se disent : pourquoi pas moi ? ». Mais pas de quotas, prévient-il ! Et pas question non plus de renoncer au critère du bac + 2, niveau d’études requis pour se présenter. « Chaque année, un ou deux élèves issus de ce programme d’égalité des chances intègrent la Femis, sur la cinquantaine de jeunes admis. Cette école n’est pas aussi excluante que certains le disent  : 25 % à 30 % des étudiants sont boursiers  », souligne encore Marc Nicolas.

Pour certains, il faut aller plus loin. Une nouvelle école de cinéma va voir le jour, à Lyon, en septembre. Son nom ? La CinéFabrique, 100 % publique, pour l’heure, en attendant le complément d’argent privé. Son directeur, Claude Mouriéras, réalisateur, a longtemps enseigné à la Femis. « Il faut interroger l’institution dans ce qu’elle a de bloquant. On parle beaucoup de l’intégration des jeunes depuis Charlie, alors allons-y ! », répète-t-il. La CinéFabrique sera ouverte aux jeunes, qu’ils aient le bac ou non. Un partenariat avec l’université Lyon-II permettra aux étudiants d’établir des équivalences pour accéder à l’enseignement supérieur.

Le chantier est parti pour durer. Se posera ensuite la question des rôles dévolus à ces jeunes, au cinéma ou au théâtre. Souleymane Sylla, jeune comédien d’origine sénégalaise qui vient d’être admis au Conservatoire de Paris, se souviendra toujours de la réponse de Stanislas Nordey lorsqu’il lui a demandé si certains rôles nécessitaient d’avoir un physique particulier. « Nous portons le monde en nous », lui a dit le metteur en scène. Osez, osez Marianne…

Sur le web
1 000 visages, association de Viry-Châtillon (Essonne) qui œuvre à rendre plus visible la « diversité » dans les arts cinématographiques et audiovisuels.
Tribudom, collectif de professionnels du cinéma réalisant des courts-métrages de fiction avec les habitants des quartiers du nord-est de Paris et de sa proche banlieue.

 
Le Monde

America today : Klu Klux Klan Kulture !

L'Amérique d'Obama, c'est cela aussi, depuis ses "Racines"..Aujourd'hui, de Fergusson à .. Albuquerque, ils tuent sans masque, sauf qu'ils se recrutent parmi les "corps habillés" comme on dit en Afrique. Ceux que les Black panthers ont appelé pigs (porcs). Une injure aux cochons.. 

   

source : Washington Post

Cineuropa aux Champs Elysées

For the third and final joint interview with the US in Progress participants, Cineuropa gathered together Jamund Washington (producer of Queen of Glory), Nana Mensah (producer of Queen of Glory), Baff Akoto (producer of Queen of Glory) and Gabe Klinger (director of Porto Mon Amour). The four young filmmakers, hailing from diverse backgrounds ranging from Ghana to Brazil, via London, exchanged their opinions on the current and future independent film environment during a chat characterised by idealisation and a smidgen of pessimism.

(The article continues below - Commercial information)

Cineuropa: What is your opinion of film festivals? What role do they play?
Jamund Washington:
Anything that gets people to go and sit and watch your story is great.

Nana Mensah: At this point, in the way the game has been shaped, it would not be possible to make independent films without festivals; they are great entry points for films outside the system. There is a sort of renaissance that allows people like me to make films now – the barriers are lower.

Why come here to Paris, to Europe?
NM:
In Paris, I can put my fingers on the pulse of European culture. I think Queen of Glory has more meaning here than perhaps in an American market. With its visual aspects and its African topic, our film has links with Europe. We have already received such a warm reception here in France, so I’m hoping that will continue.

JW: European audiences are more film-educated. We feel like the audience will better understand the stage that we are now at. Not that there are no places where you can find that audience in the United States… I’m just generalising.

Gabe Klinger: Parisian moviegoers are the most sophisticated in the world, and that’s a fact! No one can contest that.

Baff Akoto: The French would contest that (laughs). But seriously, film is culture here, as opposed to predominantly entertainment, which is the case in the US.

JW: Yes, culture in the US is like a small subculture of big entertainment.

Do you have an opinion on the European film-financing system?
BA
: I know that the co-production financing system is good. And the soft money in Europe attracts everybody in America from big studio productions to small indie films because it allows a lot of projects to get made that would not necessarily find money. And it provides a framework, too, alternatives that are available for films that would never get financed in America.

How do you feel about digitisation?
BA
: In England, a lot of films only get the chance to break out because of digital prints. Anything that helps smaller films to become more visible is good.

GK: I’m going to be the contrarian. Because digital is not an archival medium, and so we are risking losing all the digital information in 25 years, all these files and DCPs can be corrupted and become inaccessible. In terms of circulation, digital is going to be your best friend, but still… For Porto Mon Amour, we will use digital distribution and on-film copies. It is a luxury; a lot of producers would spend the money on something else. It is the way I want to engage with an audience that still appreciates watching a movie on film. It’s just more expensive.

How do you see the future for independent films?
JW: I wish I knew – it would make my life a lot easier.

BA: Netflix!

JW: I don’t know; I think a lot of stuff is going to happen… We should just keep telling stories.

GK: It is exciting because there is a lot of demand for content right now, and that’s because of the new platform for distribution. Unfortunately, most of it is not in theatres… We will see… The pessimist in me says that the content we are producing now is not going to live very long in cinemas.

BA: Cinema is not going to die, though. No one goes to church, and people still go to the cinema; it is the one place where we still commune.