Le blues du désert des Maliens de Songhoy

Guinée, ‘’il n’y a aucun progrès, on retourne en arrière’’, selon Takana Zion

Le reggaeman Takana Zion a squatté mercredi matin le studio des Grandes Gueules sur la radio Espace Fm. L’artiste qui vient de livrer un single sur l’unité nationale s’est prononcé sur la situation sociopolitique de la Guinée pendant près d’une heure d’horloge.

alpha takanaEn s’invitant dans l’émission de la radio Espace Fm, Takana n’est pas allé avec le dos de la cuillère. Il estime que la Guinée est un pays où tout se résume à la politique. ‘’Il faut arrêter ça et donner la chance aux gens qui excellent dans leurs domaines et qui donnent une image au pays pour aller de l’avant’’, a recommandé reggaeman.

Le problème en Guinée, soutient-il, ‘’c’est quand on est neutre, on est en danger. Parce que les Guinéens n’acceptent pas la neutralité, il faut forcément appartenir à un parti politique, à un groupe ou à un clan. Malheureusement, le comportement des politiciens a poussé les gens vers un repli identitaire et à parler de l’ethnie’’.

Tout ce qui est bien, jure le reggaeman, les Guinéens n’en veulent pas. ‘’Ils ne veulent pas de grands leaders ou de grandes stars. Ça me déçoit parce que je trouve que c’est une basse mentalité. Quand je chante une injustice qu’un leader politique a commise, on me traite de raciste. Quand je chante contre Alpha Condé, on me dit Takana tu es raciste mais on oublie que j’ai chanté contre le général Lansana Conté alors que mon papa militait dans son Parti’’.

Souvent, l’artiste Takana Zion a été aperçu aux côtés du chef de l’Etat. Certains estiment que cela prouve que la Grande gueule du reggae guinéen roule pour le pouvoir. Mais, rétorque Mohamed Mouctar Soumah, ‘’quand le Pr. Alpha Condé m’appelle, je réponds. Quand il m’invite, j’y vais. Pendant ce temps, il y a des Guinéens qui me jugent pour cela. Mais il est le président de la Guinée, comment veux-tu qu’il m’invite et que je n’y aille  pas ?’’ se demande le chanteur qui assure que les audiences que lui accorde le président de la République ne l’empêchent nullement  de critiquer le régime, s’il y a des problèmes.

’Il ne faut pas critiquer pour critiquer. Il y a pas d’électricité en Guinée, il n’y a aucun progrès-là, on retourne en arrière. C’est tout ce qui m’indigne et me pousse à chanter’’, a-t-il confié à la radio Espace Fm, avant d’indiquer qu’en Guinée, lorsqu’on est neutre, on se fait écraser. ‘’J’ai été neutre pendant 7 ans, les gens ne l’ont pas compris. On me dit que tu es par-ci, tu es par-là. Mais peut-être un oiseau quand il est l’arbitre entre un monstre et un dragon, si tu ne fais pas attention, tu te fais écraser. Donc je suis l’oiseau qui se trouve dans tous les camps. Je suis chez les Peulhs, les Malinkés, les Soussous, les Guerzés, bref, chez tous les Guinéens’’, conclut-il.

Ciré BALDE, pour VisionGuinee.Info

Dalia Chih, 17 ans, chanteuse, phénomène en Algérie

Révélée en Algérie lors de l’émission de radiocrochet « Arabs Got Talent » en 2012, la jeune chanteuse de 17 ans Dalia Chih est devenue une véritable star dans son pays après sa prestation remarquée dans « The Voice », cette année sur TF1. Si Dalia n’a pas été jusqu’en finale, elle a notamment reçu les honneurs de Florent Pagny, l’un des membres du jury de la compétition. L’adolescente revient sur ses premiers pas de chanteuse et explique préparer un premier album, à venir cet été.

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Le Monde
 

Du cheveu à retordre au salon « Boucles d’Ebène »

 

 
De jeunes femmes nappy lors du défilé de mode Mansaya, à l'occasion du salon Boucles d'ébène (30 mai au 1er juin) à Paris. Crédits : Helene Dres

Quiconque pense qu’une journée dans un salon au titre capillaire est une frivole promenade de santé s’est clairement trompé d’endroit. Bien sûr, au salon Boucles d’Ebène (du 30 mai au 1er juin), à Paris, on a croisé Miss Nappy 2015 et les grandes marques les plus recherchées pour cheveux crépus et frisés. Mais la beauté ne semble être ici qu’une porte d’entrée vers des questions plus profondes.

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Dimanche, 11 heures du matin. Sur la scène d’une grande salle du 104, un centre culturel situé au nord de Paris, Juliette Smeralda, donne une leçon d’estime de soi. Comment apprendre à son enfant à s’aimer avec ses cheveux crépus ? Que lui transmet-on quand on le coiffe ? Auteure de Peau noire, cheveu crépu, l’histoire d’une aliénation (éd. Jasor, 2005), la sociologue martiniquaise est devenue l’icône en France des « Nappy », ce mouvement prônant le retour au naturel. Dans son livre, elle explique comment le défrisage chimique et le blanchiment de la peau sont la perpétuation de traumatismes issus de l’esclavage.

Revenir aux techniques des ancêtres

Ce matin-là, Juliette Smeralda rappelle à un public principalement composé de femmes et d’enfants les séances de coiffure douloureuses de leur enfance, quand leur mère démêlait violemment leur « paillasse », maudissant la qualité du cheveu crépu. « Quand vous coiffez vos enfants comme ça, vous vous vengez sur eux. Vous êtes responsables du fait que vos enfants ne se sentent pas beaux. »

Pour la sociologue, il faut revenir aux techniques de coiffure des ancêtres africains. La foule approuve chaque parole comme un dimanche matin à Harlem. Racontant ensuite l’histoire d’une enfant métisse qui demande à sa mère pourquoi elle a du chocolat sur la peau, Juliette Smeralda affirme que l’enfant, dès l’âge de trois ans, sait qui est le dominant et le dominé chez ses parents et ne fait que reproduire la vision dominante. Et invite les parents à réfléchir à ce qu’ils transmettent à leur enfant afro-métisse.

« On dit que le métissage est l’avenir de l’humanité, poursuit-elle. Je ne crois pas. Le métissage aujourd’hui, c’est le groupe dominant qui reproduit le monde à son image. » Silence dans le public qui semble moins acquis. « On est en danger, ajoute Juliette Smeralda. Et quand on est en danger, je ne me soucie pas d’être aimée ou de ne pas être aimée», lance-t-elle, avant de conclure par l’importance de trouver une autre voie face aux limites du modèle d’intégration. « Il ne s’agit pas de s’opposer aux blancs, précise-t-elle. Chaque groupe humain a créé sa culture. Il n’y a pas de raison de supprimer notre diversité pour se faire accepter. Ce que nous devons nous demander c’est : comment nous construisons l’enfant noir de demain ? »

Lire aussi : Comment je suis devenue nappy

Pour sa cinquième édition, le salon Boucles d’Ebène, créé par les deux sœurs guadeloupéennes, Aline et Marina Tacite, s’impose comme un lieu d’échanges et de réflexion sur la femme et l’homme afro-caribéen de demain. Avec un enjeu en toile de fond : comment, en tant qu’Afro-descendants, se construire une identité dans la France d’aujourd’hui ?

Illustrer toute la beauté du monde

Relayé pendant trois jours par trois chaînes de télévision et quantités de blog, le salon proposait des performances, des librairies, des défilés de mode, mais aussi une trentaine de conférences et d’ateliers animés par des spécialistes reconnus dans leur activité. On a parlé dépigmentation volontaire de la peau avec Abd Haq Bengeloune, créateur de la gamme Inoya conçue pour diminuer les tâches sur les peaux noires ; représentativité avec l’expo d’Hugues Lawson Body Les Jeunes Parisiens qui a photographié les bandes de jeunes qui écument la capitale dans toute leur diversité.

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Des danseuses nappy dans une chorégraphie Marguerite Mboulé, lors du salon Boucles d'ébène (30 mai au 1er juin 2015), à Paris
Des danseuses nappy dans une chorégraphie Marguerite Mboulé, lors du salon Boucles d'ébène (30 mai au 1er juin 2015), à Paris Crédits : Helene Dres

On a discuté reconstruction avec des produits comme le T444Z ou le baume bio de Copaïba conçus pour favoriser la repousse du cheveu abîmé par le défrisage chimique ; laïcité aussi avec Tamega Kamia qui a conçu le « Beauty P », un foulard au motif traditionnel, en soie ou en satin, qui lui permet de porter le voile, sans abîmer ses cheveux et « sans que ça se voie ». On a aussi parlé vivre-ensemble, avec Fatou Sarr, la fondatrice de « True Colours Paris », une marque pour toutes les carnations de peau qu’elle a imaginée en pensant à « ces copines qui ne peuvent pas se faire maquiller dans les mêmes endroits, la plupart des instituts de beauté étant spécialisés peaux blanches ou peaux noires ». On a aussi fait « waouh » devant les créations de la marque Mansaya et XuliBët, la marque de Lamine Badian Kouyaté, qui a habillé Grace Jones et Janet Jackson dans les années 90.

Enfin, on a été ému par le spectacle de Marguerite Mboulé et Lydie Alberto. L’odyssée en danse, en musique et en images, de l’être afro-caribéen à travers son corps. Une phrase prononcée par une voix off très sobre nous a marqués : « Nos corps et ce qu’ils disent du monde/ Nos corps et ce qu’ils disent au monde. » On se souviendra longtemps de la noblesse des danseurs, des enfants aux aînés, dont les « peaux-parchemins » illustrent « toutes les couleurs du monde ». On dirait même, au risque de ne pas être aimée par certains, toute la beauté du monde.


De l’«islamisme», et de ses pourfendeurs

 

 

 

Censé définir l’ensemble des organisations politiques se référant à l’Islam et par extension leurs affidés, le mot « islamisme » ne constitue, au mieux, qu'un terme fourre-tout dont l’utilisation est à proscrire ; au pire, un concept dont le caractère flou sert finalement d’épouvantail à ses pourfendeurs, prompts à brandir une menace dont ils seraient bien incapables de préciser les contours.

L’islamisme n’existe pas. En tant que concept unique, uni et indifférencié, c’est un mirage, un raccourci, une illusion intellectuelle bon marché. Il n’y a rien, aucun texte, aucune doctrine, aucune influence, sinon la référence au Coran et à la littérature prophétique, qui permette d’unir en un seul et même champ les musulmans marxistes des manifestations turques de 2013, l’État islamique/Daesh présent en Syrie et en Irak, les Frères musulmans en Égypte, le parti Ennahda en Tunisie, et jusqu’aux djihadistes auteurs des attentats de Paris.

Ce référent au Coran est-il suffisant pour former un continuum idéologique ? Non, bien sûr, car viendrait-il à l’idée de quiconque, sous prétexte d’une référence commune à la Bible, d’associer au sein d’un même groupe, d’un même concept, d’un même mot, d’un même « isme », témoins de Jéhovah, démocrates chrétiens allemands et Ku Klux Klan ? Inquisition et théologie de la libération ? Pas plus que la Bible, le Coran ne suffit à faire naître un projet politique et social commun à tous les croyants. Au sein même de la mouvance djihadiste, le recours au Califat ne fait pas consensus. Des groupes ont ainsi fait allégeance à l’État islamique après sa proclamation (dont Ansar Bayt el-Maqdis, en Égypte), et d’autres, non (Al-Qaïda dans la péninsule arabique, au Yémen). En Syrie, deux groupes, Jabhat en-Nosra et l’État islamique, s'affrontent entre eux en plus de combattre le régime de Bachar el-Assad.

Censé définir l’ensemble des organisations politiques se référant à l’islam et par extension leurs affidés, le mot « islam-isme » ne constitue, au mieux, qu'un terme fourre-tout dont l’utilisation est à proscrire ; au pire, un concept dont le caractère flou sert finalement en lui-même d’épouvantail à ses pourfendeurs, prompts à brandir une menace dont ils seraient bien incapables de préciser les contours.

Pourquoi rappeler tout cela ici ? Et pourquoi cet article en forme de parti pris ? Parce que, cette semaine encore, un hebdomadaire français a cru bon de consacrer son dossier (24 pages) à la dénonciation de cet « islamisme », dont l’influence rampante menacerait notre modèle sociétal. Par souci d’originalité sans doute, tant il est vrai que nos kiosques débordent de unes sur l’islam et l’islamisme, Marianne est allé plus loin que les autres dans son « enquête », cherchant cette fois à dénoncer les « complices » de cet islamisme, stigmatisant au passage une radio, Beur FM, et une émission, les Z’Informés. La polémique suscitée par cette publication a très vite dérapé : se disant victime de « menaces de mort réitérées » et d'insultes sur les réseaux sociaux après la publication, le directeur de la rédaction de l'hebdomadaire a annoncé avoir déposé plainte contre X, jeudi 26 mai.

Sur le fond, parmi les réponses faites à ce dossier, l’association Acrimed s’était exprimée sur l’angle choisi et la méthodologie très contestable de nos confrères. Marianne a répondu. Acrimed aussi. De son côté, Beur FM a apporté un brin de légèreté au débat, tournant la thèse de l’hebdomadaire en dérision dans une vidéo. Voilà pour la critique du dossier.

Quid, donc, de l’« islamisme » ? À défaut de représenter un concept bien défini, l’islamisme fut parfois repris par des chercheurs spécialisés comme François Burgat, notamment dans son ouvrage L’Islamisme au Maghreb. De quoi s’agit-il ici ? Précis et précieux, ce livre paraît en 1988 : le nationalisme arabe a alors failli ; dans le sillon de la République islamique d'Iran, fondée en 1979, plusieurs organisations politiques se réclamant de l’islam postulent pour combler le vide laissé par cette idéologie défaillante. Baptisée dans un premier temps Mouvement de la tendance islamique (MTI), Ennahda en Tunisie est l’une de ces organisations. À la fin des années 1980, le champ « islamiste » est alors suffisamment restreint pour paraître présenter une cohérence. Dans l’introduction de son ouvrage, le chercheur considère ainsi l’islamisme comme une « nouvelle voix du Sud ». Personne ne parle encore d’Al-Qaïda, fondé en 1987. L’ouvrage n’aborde d’ailleurs que de manière marginale les premiers penseurs djihadistes d'alors, tels le Palestinien Abdallah Azzam. Ce n’est tout simplement pas son objet.

En 2015, près de 30 ans plus tard, le concept d’« islamisme » ne veut plus rien dire du tout : l’État islamique, la nouvelle « voix du Sud », a organisé à la fin de ce mois de mai deux attentats-suicides en Arabie saoudite pour tuer des musulmans chiites, et n’a rien à voir avec le parti Ennahda, élu en Tunisie en octobre 2011 dans le cadre d’un processus démocratique, et qui abandonna le pouvoir au printemps 2014 après avoir voté en janvier un texte constitutionnel proclamant la liberté de conscience.

Ce concept d’« islamisme » ne permet pas, non plus, de comprendre le processus en cours au sein de l’État islamique, lancé dans une quête performative que constitue l’établissement du Califat : « J’existe en tant qu'émir, se dit al-Baghdadi en proclamant l’État islamique à l'été 2014, j’ai mis en place ce Califat, donc je suis devenu la référence, un relais direct de Dieu, et je peux tout me permettre, en faisant fi des penseurs passés. » De ce point de vue, toutes les références, y compris celles du djihadisme que nous détaillions dans ce portrait idéologique des auteurs des attentats de Paris, deviennent marginales, obsolètes. L’État islamique produit ses propres martyrs et sa propre martyrologie, qu’il diffuse via ses « nasheed », ces chants diffusés via Internet (en voici un exemple ici). Cette idéologie radicale, autoréflexive, tourne en circuit fermé (lire, à ce propos, la dernière partie de notre entretien avec le chercheur Bernard Rougier) et nie en elle-même l’idée d’un « islamisme » uniforme, porté par une vision du monde et un but communs.

Déconnectés de la réalité, lâchés à tout-va, les mots « islamisme » ou « islamistes » servent avant tout en France à faire peur, à faire naître l’émotion, la crainte, pour déclencher, au choix, l’acte d’achat (dans le cas de l’hebdomadaire Marianne de cette semaine), le vote ou l’adhésion (dans le cas des discours récurrents sur « l’islamo-fascisme » du premier ministre Manuel Valls comme dans la rhétorique du Front national).

Las, tâchons de ne pas mettre tout le monde dans le même sac. Pour quelques-uns de ces dénonciateurs zélés, la cible derrière cet « islamisme » brocardé au nom des valeurs de la démocratie et du pluralisme, n’est sans doute qu’un autre concept, celui du conservatisme musulman. Car il y a bien un phénomène, un conservatisme conçu comme tel par des individus musulmans, un conservatisme au nom de l’islam. Il se fait parfois bigot lorsqu’il émane du président turc (« Pourquoi boire du vin lorsque l’on peut manger du raisin », expliquait-il notamment les premiers jours du mouvement de Gezi en 2013), parfois militant : il s’agit là par exemple des associations musulmanes françaises engagées dans la lutte contre la loi sur le mariage pour tous, aux côtés des organisations catholiques.

Regretter que ce conservatisme progresse en France, c’est le droit de chacun. Encore faudrait-il le documenter. À l’inverse, continuer à parler d’« islamisme », prétendre ainsi en creux qu’une proximité idéologique entre Daesh et Ennahda existe, s’en servir pour discréditer les musulmans de France et les empêcher de penser leur rapport à la politique, c’est à la fois tromper ses lecteurs, les distraire de la complexité de plusieurs champs politiques et sociaux qui nécessitent que l’on s’y intéresse de près pour les comprendre, et empêcher l’émergence d’une société pluraliste, représentative de ces composantes. Là est le vrai danger de cette pensée prémâchée d’une partie de cette presse française, jamais repue de ses concepts erronés dès qu’il s’agit d’évoquer l’islam et les musulmans

Pierre Puchot

Médiapart