« Much Loved », le film marocain mis en pièces sur la Toile avant d’avoir été vu

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Une image de "Much Loved", film marocain de Nabil Ayouch, présenté à la Quinzaine des réalisateurs.

C’était le mardi 19 mai, le soir de la projection de Much Loved, à Cannes, à la Quinzaine des réalisateurs : les festivaliers s’apprêtaient à découvrir cette fiction, très documentée, qui montre le milieu de la prostitution au Maroc de façon crue et lucide, avec une police complice du tourisme sexuel, de ses clients étrangers ou marocains, de ses organisateurs locaux. Sur la scène du Théâtre Croisette, le réalisateur Nabil Ayouch exprimait le désir que son film, une coproduction franco-marocaine, suscite un débat et secoue les mentalités. On en est très loin, pour l’instant. Comme l’a annoncé le ministère de la communication marocain, lundi 25 mai, Much Loved est frappé d’interdiction au Maroc, « vu qu’il comporte un outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine, et une atteinte flagrante à l’image du royaume ».

Pas de projection, pas de débat ! A la place, une déferlante de messages de haine inonde les réseaux sociaux émanant, entre autres, des milieux conservateurs marocains. Des pages Facebook ont été ouvertes, demandant l’exécution du réalisateur et de l’actrice principale, Loubna Abidar, avec des milliers de « Like » (« J’aime »), indique le cinéaste. Une association aurait déposé une plainte au pénal contre lui, mais il n’a pas encore reçu la notification écrite. A l’initiative de la Société des réalisateurs de films, organisatrices de la Quinzaine, une pétition de soutien circule parmi les cinéastes, déjà signée par Stéphane Brizé, Arnaud Desplechin, Pascale Ferran, Agnès Jaoui…

Comment a démarré cette folle croisade contre le film et son réalisateur, bien identifié au Maroc, et auteur, entre autres, des Chevaux de Dieu (2012), long-métrage qui évoquait les attentats de Casablanca ? Les extraits de Much Loved, mis en ligne à la veille de l’ouverture du Festival sur le site de la Quinzaine qui ont circulé sur les sites de partage de vidéos, hors contexte. « Alors, tu as fait fuiter des extraits ? », s’est entendu dire Nabil Ayouch, le 18 mai, sur la Croisette ? Bien sûr que non, a-t-il répondu. L’un des extraits, qui montre les prostituées filant en voiture vers une soirée arrosée organisée pour des Saoudiens, aurait été vu deux millions de fois, révèle le cinéaste, qui n’en revient pas encore. On entend les filles, dans un langage cru, se motiver avant l’abattage. Quelques rushs qui ne figurent pas dans la version finale circuleraient même sur Internet, ajoute-t-il, ce qui signifierait que des fuites aient été organisées dans le circuit de postproduction…

Le quotidien des prostituées

Mis à part ces miettes sur Internet, auxquelles s’ajoutent des copies piratées, le public marocain n’a pas découvert ce film dans toute son ampleur. C’est une plongée dans le quotidien de prostituées qui vivent sous le même toit : du matin où on les découvre en peignoir ou en pyjama de jeune fille jusqu’aux soirées sordides. Elles sont solidaires et savent pourquoi elles y vont. A la fois amazones et victimes, ces guerrières du sexe tentent de retirer un maximum d’argent de ces parties, quitte à subir des humiliations. L’image est travaillée, les scènes sont stupéfiantes. Seule Loubna Abidar est une comédienne professionnelle, les autres sont des « femmes qui connaissent le milieu de la prostitution mais n’en font pas partie », déclare l’équipe du film.

A Cannes, le film a reçu un accueil très chaleureux du public. Mais, dans la salle, des membres du Centre du cinéma marocain veillaient au grain. Dans son communiqué du 25 mai, le ministère de la communication s’appuie sur leur appréciation pour justifier la censure : c’est « suite aux conclusions d’une équipe du Centre cinématographique marocain qui a regardé le film lors de sa projection dans le cadre d’un festival international » que les autorités marocaines ont « décidé ne pas autoriser sa projection au Maroc ».

 

Le réalisateur de « Much Loved », Nabil Ayouch, travaille entre Paris et Casablanca.

Nabil Ayouch dénonce le procédé. « A ma connaissance, c’est une première, et je suis étonné par la méthode. Le ministère de la communication n’est pas compétent pour autoriser, ou pas, la sortie d’un film ; seule la commission de contrôle, laquelle dépend du Centre du cinéma marocain, l’est. Le débat porte désormais sur la liberté d’expression, chèrement acquise au Maroc depuis les années 1970 », déclare au Monde Nabil Ayouch, qui précise toutefois que « la majorité des journaux marocains soutiennent le film ». Il ajoute : « Les opposants se focalisent sur quelques extraits, et occultent la dimension artistique du film. Much Loved, c’est un an et demi de travail, toute une enquête sur le terrain. Je m’attendais à de telles réactions enflammées, aussi violentes. Mais un débat sociétal sur un sujet aussi présent ne peut être que positif. »

« Plein d’humanité »

La tension est montée toute la semaine, jusqu’au retour du réalisateur au Maroc, lundi 25 mai. Les ventes internationales se limitent, pour l’instant, à trois pays, « la France, l’Italie et l’ex-Yougoslavie », précise le vendeur international, Celluloïd Dreams, sis à Paris. On ne sait pas encore si le film sera sélectionné pour le Festival de Marrakech (du 4 au 13 décembre), financé en partie par le roi du Maroc, via une fondation. « Je ne veux pas me laisser influencer par cette affaire. Dans la compétition, je ne sélectionne pas toujours les films marocains présentés à Cannes », nous dit simplement Bruno Barde, qui assure la sélection. Le délégué général de la Quinzaine des réalisateurs, Edouard Waintrop, juge, dans un communiqué, « cette censure, cette atteinte à la liberté d’expression inacceptables », de la part d’« un pays qui accueille des tournages du monde entier et qui organise, justement à Marrakech, l’un des plus grands festivals du cinéma ».

Le distributeur Eric Lagesse, de Pyramide, n’avait pas prévu un tel chaos : il ne sait pas encore quand le film sortira en France. Les deux dates qui avaient été évoquées, à Cannes, le 23 septembre ou le 9 décembre, ne sont pas confirmées. « J’ai acheté le film le week-end avant Cannes. Je l’ai trouvé formidable. Mais ensuite, je n’ai pas maîtrisé la communication. Notamment le visuel provocant qui montre une comédienne avec un doigt dans la bouche. Cela ne me plaît pas. Si on ajoute à cela les extraits sur Internet, cela rend le film putassier, alors qu’il est plein d’humanité. » Bref, il faut le voir.

 

IN MEMORIAM BA MAMADOU

Dialogue post-mortem Ba/Cellou

Publié pour la première fois le vendredi 27 août 2010 03:36

PROLOGUE

Un laboureur politique se sentant vieux, désargenté, toujours rivé à la glèbe, s’en vint offrir son héritage à un jeune loup maître précoce dans les arts de la prédation en brousse, en bourse et en bourgs et faubourgs.

Tu es jeune, beau, tu as les griffes et les dents longues et acérées.

Surtout, tu es riche de tous les péchés d’Israël dont je te parlerai plus bas.

Mais il te manque le plus important que je viens t’offrir : une meute.

Juste ciel, maître !

Je vois que tu connais cette fable de la Fontaine.

Un loup n’avait que les os et la peau, tant les chiens faisaient bonne garde

Horrible époque pour les loups ! s’exclama le jeune loup.

Eh bien reprit le combattant à la tête « blanchie sous le harnais ».

Je t’offre une armée de chiens affamés, dressés comme des loups.

Ouf !

Tu seras leur chef.

Bon Cellou, au fond, vu que tu sais voler mieux que je ne l’ai fait à la Banque mondiale, au fond mes conseils de .. conseiller quand tu étais Premier ministre, étaient superflus. Quand l’élève est plus brillant que le maître, il a le droit de le bâtonner.

Oh Doyen, onon kadi !

Au fond tu as encore besoin d’un conseil. Débarrasse-toi de ta politesse, enfin de l’excès de pulaaku. Donc il faut prendre tout le pouvoir. Le donner à tout le peuple peul.

Quoi ?

Au fond, mais c’est trop tard, tu as beaucoup à apprendre. Le peuple peul s’étend depuis la Laponie jusqu’à Malabo. En passant par Djakarta. Comme Israël. Ils sont partout.

Doyen, Israël n’a pas, n’avait pas de terre, mais les Peuls..

Est-ce que les Peuls de Djakarta ont le Pouvoir ? Quand tu n’as pas le Pouvoir, tu n’as pas de patrie.

M. Ba, euh, El Hadj, la terre n’est pas la patrie.

Cellou oublie les détails. Si l'Autre avait fait dans le détail ! A quoi sert la patrie, l’argent, le nombre de Flakès si tu n’as pas le Pouvoir ?

Tu viens prendre la tête de l’UFDG, et tu seras le prochain Président des Peuls de la planète.

Avec le Pouvoir nous aurons tout. Trafic de drogue. Blanchiment d’argent. Et.. mais tu ne le dis à personne :

Il y a en Guinée une cellule déjà opérationnelle d’Al Quaeda. A Ratoma.

QUOI ??

Noir sur blanc : www.aujourdhui- en-guinee.com (édition juillet ou août ou septembre 2010)

Doyen, si c’est écrit , c’est que .. Les Américains sont au courant ?

Idiam ! Ils ne le savent pas encore. On a marabouté leurs satellites. Au fond les Blancs pensent trop, mais pas assez. C’est un adage dogon, il faut lire mon vieux.

Il y a des conditions :

Primo, empêche-les de profaner ma tombe. (Ils ont déjà oublié Mbalia, lol !)

Deuxio, apprends à frapper ta poitrine, le reste te sera donné de surcroit..

Tertio,

Au prochain épisode, je te raconterai comment la Ligue mondiale des Peuls doit mieux faire que la Ligue mondiale des Libanais, leurs équivalents juifs, ukrainiens, chinois, hindous, (tous présents en Guinée), l’émergence mouride et des Baol Baol sénégalais entrain d’appauvrir les Libanais de Dakar (ces derniers vont-ils réussir à les chasser ?), sursaut nègre qui va de Via Veneto à Rome, à Little Senegal (New York), le Plombier polonais, la maffia de Don Corleone qui va de Sicile au Bronx (NY), en passant par Marseille, sans parler des Crouilles (Arabes), partis de la Casbah d’Alger, à Pigalle, jusqu’aux salles de jeux de Las Vegas, écumant les Colt Lounge d’Uptown de Washington, au fond, Cellou...

Quartio

La prochaine fois qu’Alpha demandera à te voir, exige une rencontre en présence de toutes les Grandes Gueules, à L’Echangeur, on doit au moins cela à Baïdy .. Guèye.. Après tout le dialogue c’est l’échange.

Bonne nuit

Bonne nuit doyen

Ici on ne dort pas. COMME VOUS !

Wa Salam

El Hajj Saïdou Nour Bokoum

www.nrgui.com

Dany Laferrière dans le fauteuil d’Alexandre Dumas à l’Académie française

 

 

Dany Laferrière avec Jean d'Ormesson lors de la cérémonie de remise de l’épée à l’Hôtel de ville de Paris, le 26 mai 2015.

Il sera le deuxième Noir à siéger à l’Académie française, 32 ans après Léopold Sédar Senghor (1906-2001), élu en 1983. A sa manière, Dany Laferrière, écrivain et journaliste, est aussi un des illustres chantres de la francophonie. Elu au premier tour de scrutin, en décembre 2013, pour succéder à l’écrivain d’origine argentine Hector Bianciotti, dont il est chargé de faire l’éloge, il est reçu, jeudi 28 mai, par l’écrivain franco-libanais Amin Maalouf.

A travers tous ces auteurs, tous nés sur des continents différents, c’est bien la langue française, pierre angulaire de l’Académie française qui est mise à l’honneur. « A un Franco-argentin d’origine italienne va succéder un Québécois de Haïti, qui sera reçu par un Libanais. Voilà ce que c’est, l’Académie française », a tenu a rappeler l’académicien Jean d’Ormesson, lors de la cérémonie de remise de l’épée qui s’est tenue, mardi 26 mai, à l’Hôtel de ville de Paris.

Ecrivains voyageurs

Depuis trois décennies, l’Académie française s’est ouverte aux vents de la francophonie et aux écrivains voyageurs, venus du monde entier. Né à Port-au-Prince, il y a 62 ans, Dany Laferrière est le fils de l’ancien maire de la capitale haïtienne, contraint à l’exil lorsque le dictateur Jean-Claude Duvalier prend le pouvoir. Comme beaucoup d’Haïtiens, il trouve alors refuge au Québec s’installant à Montréal où longtemps, il a vécu « comme un clochard », travaillant au noir dans des tanneries, avant de connaître un succès fulgurant avec son premier livre, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, publié en 1985.

 

L'écrivain Dany Laferrière lors de la cérémonie de remise de l’épée à l’Hôtel de ville de Paris, le 26 mai 2015.
L'écrivain Dany Laferrière lors de la cérémonie de remise de l’épée à l’Hôtel de ville de Paris, le 26 mai 2015. MATTHIEU ALEXANDRE/AFP

Jeudi, Dany Laferrière sera, en effet, le premier écrivain québécois à être reçu sous la coupole. Il occupera le fauteuil n° 2. Parmi ses illustres prédécesseurs, figurent notamment Montesquieu, l’auteur de De l’Esprit des lois et des Lettres persanes, mais aussi Alexandre Dumas, le romancier le plus prolifique du XIXe siècle, entré depuis au Panthéon et dont une grand-mère était une esclave mulâtre de Saint-Domingue. Pourtant, pour l’auteur de Je suis un écrivain japonais (Grasset, 2008), cela serait une grave erreur de réduire un écrivain à son origine. Dany Laferrière ne s’est jamais enfermé dans l’étiquette de « l’écrivain noir ».

Un remarquable antidote à l’ennui

Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, Dany Laferrière est surtout un remarquable antidote à l’ennui. Plusieurs de ses livres sont consacrés à sa terre natale. Dans L’Odeur du café (1991), il rend un hommage vibrant à sa grand-mère, une femme cultivée qui lui a inculqué l’amour de la littérature et de la poésie. Présent sur place, le 12 janvier 2010, lors du terrible tremblement de terre qui a frappé Haïti, il raconte dans Tout bouge autour de moi (Grasset, 2011) le silence qui suit la catastrophe humaine.

De lui, son éditeur chez Grasset, Charles Dantzig, dit que ce qui le caractérise, c’est « sa grande élégance de forme ». Son humour, sa distance et sa poésie sont effet au cœur de sa manière d’écrire. Il a reçu le prix Médicis 2009 pour L’Enigme du retour (Grasset), qui raconte son retour en Haïti après la mort de son père. Ecrit en alternance en prose et en vers libres – d’où une très grande musicalité –, c’est un roman à la fois sur la famille, l’exil, l’identité et le temps qui passe.

Les discours de Dany Laferrière et Amin Maalouf seront consultables sur le site de l’Académie française.

 

Coincé à La Chapelle, l’Éthiopien Tahir rêve toujours de «vivre en démocratie»

Débarqué un matin de mai à la gare de Lyon à Paris, Tahir a pris le bus 65 pour se rendre porte de La Chapelle. Un contact lui avait envoyé l’itinéraire par SMS. Là, il pourrait faire une halte le temps de rejoindre l’Angleterre ou l’Allemagne, ou décider de rester sur place.

Cet Éthiopien de 27 ans, radieux, est arrivé en France il y a une semaine. Et déjà il fait face aux menaces d’expulsion de son nouveau lieu de vie par les forces de l’ordre françaises. Entre le pick-up lancé à toute allure dans le désert subsaharien, la violence des passeurs libyens et la traversée mouvementée de la Méditerranée, il en a vu d’autres. Pas de quoi lui faire perdre l’espoir que la chance ne tourne enfin en sa faveur. « Je suis si ambitieux », dit-il dans un anglais courant.

Rien ne s’est passé pendant des mois sur ce campement au nord de Paris, les personnes ont été laissées à l’abandon, en situation de quasi-survie au milieu d’une métropole occidentale. D’un coup, c’est l’effervescence. À la frontière entre le Xe et le XVIIIe arrondissement, les migrants installés sous le métro aérien à la station La Chapelle se savent en répit. L’insécurité dans la précarité. Les tentes alignées les unes à côté des autres sur plusieurs rangées sont sur le point d’être dégagées, selon les rumeurs de plus en plus insistantes que s’échangent les occupants. Dans le brouhaha permanent des voitures, des métros, et des trains qui circulent en dessous, chacun s’accroche à quelques mots entendus ici et là, « hôtel », « relogement », « foyer », sans savoir à quoi s’en tenir.

Originaire d'Éthiopie, Tahir est arrivé en France il y a une semaine, sauvé par la marine allemande.Originaire d'Éthiopie, Tahir est arrivé en France il y a une semaine, sauvé par la marine allemande.

Après avoir laissé pourrir la situation, les pouvoirs publics, face aux arrivées incessantes, s’activent depuis quelques semaines. Ce jeudi matin, de petits groupes de réfugiés se forment autour de représentants de la mairie de Paris, de la préfecture et d’une association, Emmaüs Solidarité, sollicitée pour leur venir en aide et lister leurs demandes. Ils cherchent à glaner des informations. Originaires d’Érythrée, d’Éthiopie, du Soudan, de pays d’Afrique de l’Ouest, du Maghreb et de Syrie, ils redoutent de perdre du jour au lendemain les quelques biens rassemblés depuis leur arrivée en Italie.

Tahir n’est pas dans ce cas. Il n’a rien. Même pas un sac plastique pour ranger ses affaires. D'ailleurs il n’a pas d’affaires. Ni de tente : il dort à même le sol. La brosse à dents et le dentifrice dont il se sert dans le parc en contrebas sont empruntés. Ses possessions se résument au pantalon en toile, à la chemise et au pull qu’il porte ce jour-là. Le téléphone qu’il sort de sa poche à la fin de l’entretien est partagé avec d’autres. Assis sur les marches, dans le rayon du soleil, il raconte son incroyable périple qui commence il y a plus de deux mois.

Originaire de la région d’Oromia, Tahir craint les arrestations nombreuses d’opposants politiques lors de la campagne électorale qui vient d’aboutir, le 27 mai, à la reconduction de la coalition au pouvoir. Avant le scrutin, Amnesty International publiait un rapport dénonçant la violation des droits politiques et humains. « Quand vous refusez de prendre la carte du parti, ils vous harcèlent », dit Tahir. « Vous n'êtes pas libres, ils vous pourchassent et vous emprisonnent », insiste-t-il.

Comme des milliers de ses compatriotes, il fuit. Passe par le Soudan, grimpe dans une camionnette Toyota roulant non-stop trois jours et trois nuits dans le désert vers le Nord. À 30 dans une remorque, debout, serrés, entourés d’une simple corde pour empêcher que les passagers ne basculent. « Certaines personnes ont été accidentées, des fractures, des choses comme ça. Le chauffeur a tiré pour les faire fuir », dit-il. L’eau est rationnée, un demi-litre pour 24 heures. « À plusieurs reprises, le pick-up s’est ensablé. On avait soif. Tout le monde a eu peur de mourir », raconte-t-il.

Le campement a grandi jusqu'à accueillir 350 personnes.Le campement a grandi jusqu'à accueillir 350 personnes.

En Libye, à Tripoli, il est enfermé dans une de ces « maisons » (home) où les trafiquants parquent les migrants le temps que le passage s’organise. « Je suis resté accroupi, silencieux, dans l’obscurité pendant un mois, pour éviter que les gardes ne me remarquent et ne s’en prennent à moi. » Ceux-ci, armés, en désignent quelques-uns parmi les exilés, les emmènent dans des containers, où ils sont battus si leur famille n’envoie pas l’argent demandé, explique-t-il. « On n’avait rien à manger. Un repas toutes les 24 heures. J’en ai vu qui commençaient à lécher le sol et à boire n’importe quoi. »

Transférés d’un Zodiac à un bateau de pêche surchargé, ils ont quitté les côtes libyennes à 250. Accroupis, encore, pendant des heures. Les passagers ont pleuré quand le moteur, après douze heures de navigation, est tombé en panne. Leur espoir est réapparu à la vue d’un navire de la flotte allemande, venu à leur rescousse. « Les Allemands nous ont sauvés. Je leur en serai éternellement reconnaissant », dit-il. « Certains sont morts en se levant, en apercevant les secours. Leurs jambes ne pouvaient plus les porter. D’autres se sont noyés en attrapant la corde. »

Débarqué en Sicile, il est aussitôt conduit en bus à Venise, où les autorités italiennes tentent de prendre ses empreintes digitales. Il refuse, personne n’insiste. Rome n’entend pas accueillir l’ensemble des personnes arrivant sur ses rives. « J’ai appelé ma mère. Elle a crié de joie. Elle était tellement contente, presque plus que moi. Nous connaissons tant de proches qui sont morts. » En quelques heures, il trouve le chemin de la gare. Milan, direction Marseille. Entre Vintimille et Menton, le train stoppe, les migrants sont escortés par la police aux frontières (PAF) vers la sortie. Puis refoulés en Italie. Pas pour longtemps. Il en rit encore : « On est repassé à pied en 55 minutes en longeant la côte à flanc de montagne. » Il remonte dans un train à Nice après avoir dormi « là par terre » et arrive à Paris. Au total, il estime à 20 000 dollars ce qu’il a dépensé pour ce voyage sans destination fixe. Son objectif était de venir en Europe. La plupart de ses compagnons d’infortune visent la Grande-Bretagne parce qu’ils sont anglophones, qu’ils ont des proches outre-Manche et qu’ils pensent pouvoir s’employer facilement. « Londres, ce serait mon rêve, dit-il. Un jour j’essaierai d’aller à Calais. » Il sait comment ça se passe là-bas. Ses amis lui ont raconté : « C’est dur. Les policiers tapent sur les gens. Il y a beaucoup de monde qui cherche à monter dans les camions. » Mais rien ne l'arrête. « Je suis prêt à tout pour réussir, affirme-t-il. Je surmonterai tous les obstacles. Je veux travailler. Je veux montrer ce que je sais faire. Je peux tout faire. Tous les métiers, nettoyer vos sols, comme préparer vos repas. »

À La Chapelle, il dit qu’il est « heureux ». « Les gens sont accueillants, il n’y a pas de bagarre. Entre nous, on s’aide. Des gens apportent des choses, de la nourriture, des vêtements, c'est gentil. J’ai récupéré une couverture, ça va. Je n’ai rien ni personne. Mais j’ai beaucoup, beaucoup d’espoir. L’Europe est une démocratie, un jour ma chance viendra. »

«Jusqu’où va-t-on aller dans l ’acceptation de l’inacceptable?»

(...)

A suivre à.. la Chapelle ou à Médiapart

Carine Fouteau

Médiapart

Vidéo Ouverture de la fête de la mare de BARO -Aziz Diop, le préfet surprise de Kankan et le RPG Arc-en-ciel en fête

 

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