Lupita Nyong'o en Ouganda pour y tourner un film Disney

 

 

 

Lupita Nyong'o, oscarisée en 2014. Lupita Nyong'o, oscarisée en 2014. © AFP/Joe KLAMAR

L'actrice oscarisée est arrivée en Ouganda pour y tourner une production Disney. Un film sur l'histoire de Phiona Mutesi, ex-enfant de bidonville devenue prodige des échecs.

Presque dix ans après "Le dernier roi d'Ecosse", une nouvelle grosse production internationale prend l'Ouganda pour décor. Avec, pour tête d'affiche, l'actrice kényane oscarisée Lupita Nyong'o. Saluée pour sa performance dans "12 Years a Slave", l'étoile montante d'Hollywood est arrivée en Ouganda pour y tourner la nouvelle production Disney.

Le film, réalisé par l'Indienne Mira Nair, raconte l'histoire de Phiona Mutesi, ex-enfant des bidonvilles devenue prodige des échecs. Dans "Queen of Katwe", tiré du nom du bidonville où la jeune femme a grandi, Lumpita Nyong'o incarnera la mère de Phiona Mutesi, Harriet.

>> En images : Lupita Nyong'o, une exception dans le monde (blanc) de la mode

"Je ne pensais pas que les échecs pouvaient tellement changer la vie de quelqu'un, tellement changer la façon dont on se regarde soi-même, et dont on aborde la vie", a assuré l'actrice de 32 ans, lors d'une conférence de presse aux côtés de Phiona Mutesi. Si le scénario l'a séduit, c'est aussi parce qu'"on ne voit pas si souvent une image positive de l'Afrique", a précisé l'actrice.

David Oyelowo également au casting

Un casting qui impressionne Phiona Mutesi, dont le parcours sera bientôt immortalisé par Disney. "Je n'y crois pas [...] Je rencontre Lupita", a glissé la championne d'échecs, visiblement impressionnée par la présence de l'actrice. Car en Ouganda comme aux États-Unis, la Kényane est une véritable star : son discours prononcé aux Oscars a par exemple été peint sur le mur d'un des cafés de la capitale Kampala. L'actrice n'a d'ailleurs pas manqué d'exprimer son plaisir de tourner en Ouganda :



Yemi Alade : « Arrêtez d’associer le Nigeria à Boko Haram ! »

Après le succès de votre premier single « Johnny », quelle a été la réaction de votre public ?

En principe, « Johnny » n’était pas censé être mon premier single, le son avait fuité, et lorsque nous avons vu la réaction des internautes, nous avons décidé de profiter du buzz, de sortir un clip et d’anticiper la commercialisation de mon album. Lorsque je croisais des gens dans la rue, ils me demandaient chaque fois la date de sortie de mon prochain single en précisant que celui-ci devait être mieux que le précédent. Le plus important pour moi était de ne pas céder face à cette pression et de continuer à faire de la bonne musique. Depuis, j’ai sorti quatre singles. Le dernier est « Temperature » en duo avec l’artiste Dil que j’ai mis en ligne le 13 mars le jour de mon 26e anniversaire.

Pourquoi avoir réalisé une version francophone de votre titre « Johnny » ?

J’adore le français. Très jeune à l’école j’étais déjà très sensible à cette langue. Je suis actuellement en train de réaliser des chansons en français, car je souhaiterais me rapprocher de mon public francophone. Certains ne parlent pas anglais, mais arrivent à chanter toutes mes chansons. J’étais récemment en studio avec Marvin, un chanteur franco-ivoirien qui fait du zouk.

Votre album s’appelle « King of Queens ». Comment les autres chanteuses ont-elles réagi ?

Les médias essayent toujours de créer de la compétition entre les artistes, alors qu’il n’y en a aucune. Nous sommes différentes. Nous avons chacune notre univers et je crois sincèrement qu’il y a encore de la place pour de nombreuses artistes. King of Queens est une attitude, c’est le fait d’assumer ses choix, d’imposer son style. La reine doit toujours rendre des comptes au roi. Moi je choisis d’être le roi et de ne rendre des comptes à personne. Je trouve que Nicki Minaj représente bien cet état d’esprit.

Qu’est-ce que vous souhaiteriez changer dans l’industrie musicale nigériane ?

Il faudrait que les droits d’auteurs soient versés aux artistes. D’autres pays d’Afrique ont déjà commencé à les instaurer, mais le Nigeria ne s’y est pas encore réellement intéressé.

Les élections présidentielles se dérouleront samedi 28 mars. Les Nigérians se passionnent-ils pour le scrutin ?

Comme dans le monde entier, dès que nous sommes dans une période électorale, celle-ci devient le cœur de l’actualité. Au Nigeria, c’est tout ce que nous voyons à la télévision, écoutons à la radio. Les gens sont confiants et ont déjà en tête le candidat qu’ils souhaitent voir président. Je pense que le report de nos élections était une bonne chose, car l’ambiance devenait très tendue.

Découvrez le reste de l’interview en vidéo :


La 19è ziara consacrée au Cheick Thierno Aliou Boubhandyan ouverte hier, à Labé

 

2015/3/27

Ce jeudi 26 mars, l’anniversaire de la mort de l'ancien chef de l’Etat guinéen Ahmed Sékou Touré a été éclipsé à Labé par l’ouverture de la zihara initiée par la famille Bah de Boubandyan il ya 19 ans.

Comme de coutume, pendant trois jours, les parents, amis et leaders religieux venus des quatre coins du monde convergeront au vestibule des Boubandyan à quelques mètres du lieu où se dresse le mausolée du saint homme.

Elhadj Bah Safioulaye, petit-fils du Patriarche a affirmé pour l’occasion :

« Vous connaissez Thierno Aliou, tout le monde connait Thierno Aliou. C’est une cérémonie qui se fait tous les ans et depuis près de 50 ans que ça dure et j’espère que cela perdure dans le temps alors pour le programme en ce 26 mars il y a le discours que lira Elhadj Ibrahima Bah Kaba, Doyen de la famille, ensuite il y aura une lecture de coran et un exposé sur la vie du Cheick ahmed Tidjane parce que notre Aïeul était sur la voie tracée par cet autre Saint qui demandait la pratique du ‘’Wird’’ qui est la perpétuelle invocation du nom de Dieu. »

Pour l’une des arrières petites-filles du Saint qu’on célèbre en l’occurrence Hawa Bah : « c’ est une occasion pour toute la famille de se retrouver et de communier autour de l’anniversaire du décès de notre grand père à nous et de penser au niveau de la spiritualité, c’est important dans la vie qu’on mène aujourd’hui de se poser trois jours de réfléchir ensemble et de plonger dans la spiritualité dont nous avons tous besoin. Je suis extrêmement émue de me retrouver là et de voir toutes ces personnalités et personnes, des jeunes aux moins jeunes. Je pense à la communauté tout entière et c’est toujours une grande émotion pour d’y prendre part. »

Il faut noter que cette ferveur ouverte ce jeudi se poursuivra encore 72 heures durant et annonce la Zihara consacrée au fondateur de la ville de Labé prévue pour le 04 avril prochain.

L'écriture des favelas réveille la littérature brésilienne

Rio de Janeiro, de notre correspondante.- « Bonjour ! Avez-vous pris votre dose quotidienne de poésie ? » La voix de Jaqueline peine à couvrir les échos d'un trio de samba installé au coin de la rue du Sénat. Comme tous les premiers samedis du mois, le quartier de Lapa, en plein centre de Rio de Janeiro, est occupé par des centaines de vendeurs et d'artisans. On vient y acheter une copie de commode des années 1970, une jupe en crochet ou un disque en vinyle. Depuis quelque temps, les passants sont aussi conviés à plonger dans la littérature. Jaqueline, une belle noire souriante, leur tend un bocal dans lequel ils peuvent puiser un petit rouleau de papier. Plus tard, ils découvriront au détour d'une rue une strophe de Carlos Drummond de Andrade, ou de Baudelaire.

« Notre objectif ? Mettre la littérature en mouvement », explique Gledison Vinicius, à l'origine de cette initiative. Issu du quartier de Maréchal Hermès, en lointaine banlieue de Rio de Janeiro, le jeune homme a lancé une marque d'objets et de vêtements intitulée Poeme-se, littéralement « Poémez-vous ». Des carnets, des tasses de cafés, des débardeurs, tous estampillés de sonnets et quatrains.

Ecriture de poèmes dans la rue et à la demande.Ecriture de poèmes dans la rue et à la demande. © (LO)

« Dans un pays où chaque personne lit en moyenne quatre livres par an, c'est une façon de montrer que la littérature peut être glamour, et ça marche, nous vendons beaucoup », explique Gledison Vinicius, derrière son stand. Son sens aigu des affaires se nourrit d'une autre évolution : « Nous adorons les classiques bien sûr, mais nous voulons surtout mettre en avant cette nouvelle littérature des quartiers, c'est de là que vient la vitalité », ajoute-t-il.

Les visiteurs ont d'ailleurs la possibilité de connaître sur place cette nouvelle production. Derrière une table, une poignée d'auteurs sont là pour offrir des poèmes sur commande. Une idée que Gledison Vinicius a rapportée d'Angleterre. « Vous expliquez à l'écrivain les thèmes que vous voudriez coucher sur du papier, ou la personne à qui vous les destinez, et dix minutes plus tard, vous repartez avec », dit-il, ravi de voir la file de prétendants s'allonger.

Joyce, une jeune étudiante de 19 ans, est une des premières à passer commande. « C'est pour ma mère, qui passe par une phase de transition, elle s'ouvre beaucoup plus qu'auparavant, et depuis, nous avons une relation merveilleuse, mais je ne sais pas comment le lui exprimer », déroule-t-elle un brin nerveuse. En face d'elle, Waldecy Pereira, un béret vissé sur le crâne, passe à l'acte. Un peu plus tard, la jeune femme explose de joie en découvrant les mots tracés au stylo-bille. « Ma mère ne rêverait pas de plus beau cadeau », dit-elle, en pliant soigneusement le poème.

Waldecy Pereira tient à expliquer pourquoi il participe bénévolement à ce travail à la chaîne. « On doit montrer que le poète n'est pas seulement cet être qui vit dans un monde à part, la littérature est un bien d'utilité publique, ça se déguste, et cela aide à parler quand on n'y arrive guère. » À 42 ans, le poète qui vit à Vicente Carvalho, dans la périphérie nord de Rio de Janeiro, fait figure de vétéran. « J'ai toujours écrit, mais dans une grande solitude, maintenant, nous nous retrouvons ici ou ailleurs, en plein centre-ville, et cela nous permet de montrer un autre visage de la banlieue et des favelas : pas seulement la violence et les trafics, mais aussi des talents », martèle-t-il.

Waldecy ne veut pas seulement convaincre ses concitoyens. Il sait que le Brésil est l'invité spécial du Salon du livre à Paris cette année. « Ce serait bien que les Européens réalisent qu'il se passe des choses ici, en vingt ans d'écriture, je n'ai jamais vu une telle énergie », assure-t-il.

La scène littéraire brésilienne est bousculée depuis une dizaine d'années par le surgissement d'un nouveau courant, auto-baptisé « littérature marginale », ou encore « de périphérie ». L'un de ses précurseurs est Paulo Lins, l'auteur de La Cité de Dieu, le roman dont l'adaptation au grand écran en 2002 a fait connaître dans le monde entier la réalité des favelas de Rio de Janeiro (le film peut être vu ici). La misère, qu'elle soit urbaine ou rurale, peuple depuis longtemps les livres brésiliens. Mais auparavant, c'était des auteurs de la classe moyenne qui prêtaient leurs voix aux masses populaires. Avec La Cité de Dieu, pour la première fois, la favela prend parole à la première personne. Et le mouvement depuis se répète dans tout le pays.

« C'est une véritable rupture, car traditionnellement, l'écrivain brésilien est un homme, hétérosexuel, blanc, issu de la classe moyenne », analyse Julio Ludemir, qui organise depuis cinq ans la Flupp, une foire littéraire des favelas de Rio de Janeiro. « Nos écrivains avaient vécu la persécution politique, des crises amoureuses, mais ils n'ont jamais connu dans leur chair le drame de la survie, la faim, le face-à-face avec la violence policière, ces nouveaux auteurs si, et cela change tout », poursuit-il.

 

« Littérature de périphérie »

 

L'appellation de littérature de périphérie n'a rien de péjoratif. « Au contraire, cela est revendiqué », explique Paula Anacaona, qui dirige depuis cinq ans une maison d'édition à son nom à Paris, publiant exclusivement des auteurs brésiliens, avec un goût prononcé pour des auteurs engagés, et notamment ces nouvelles plumes. « La périphérie n'est pas seulement géographique, cela signifie aussi le surgissement d'une littérature noire, d'une littérature homosexuelle, et d'un autre langage, avec un usage accru de l'argot, par exemple », poursuit-elle.

 

Paula Anacaona.Paula Anacaona. © (dr)

 

Ce foisonnement est d'abord la conséquence des politiques sociales. « Depuis l'arrivée de Lula à la tête de l'État, on a non seulement des aides financières pour les plus pauvres, qui leur permet de penser à autre chose qu'à ce qu'ils ont dans l'assiette, il y a aussi une valorisation des cultures populaires, avec l'installation de centres de production au sein même des quartiers », dit Julio Delumire. Mais la mesure la plus spectaculaire est l'instauration de la discrimination positive dans les universités fédérales et privées, qui a permis à des dizaines de milliers de pauvres, noirs et indigènes – les quotas sont sociaux et raciaux – d'entrer à la faculté. « Pour la première fois de l'histoire du Brésil, nous avons une jeunesse populaire éduquée, et qui veut se faire entendre », résume Julio Delumir.

 

La favela a toujours donné au Brésil une poignée d'artistes, mais « jusqu'à aujourd'hui, prévalait le discours hégémonique selon lequel pour réussir, il faut sortir de la périphérie », rappelle Alexandre Damascena, un jeune chercheur en littérature qui vient de dédier sa thèse aux nouveaux mouvements littéraires. « Ce qui est très intéressant avec les auteurs qui surgissent aujourd'hui, c'est leur relation très forte avec leur territoire, c'est la première fois que des écrivains comprennent non seulement que la périphérie doit être vue autrement que comme un sous-quartier, mais que c'est justement ce territoire qui donne une force à leur littérature et la nourrit », poursuit le jeune homme, qui dirige lui-même une compagnie de théâtre à Santa-Cruz, dans la banlieue ouest de Rio de Janeiro.

 

Lorsque Ferréz, l'un des grands noms de cette littérature – traduit en France par Paula Anacaona, il fait partie des 48 auteurs officiellement invités dans le cadre du Salon du livre – lance son roman Capao Pecado, en 1999, sa priorité est d'abord de séduire les habitants de Capao Redondo, le quartier pauvre de la zone sud de São Paulo où il habite. « Il veut que ses voisins s'identifient avec son histoire, et que cela les rapproche de l'univers de la lecture qui leur est inaccessible, puisqu'il n'y a aucune bibliothèque ni librairie dans la région », analyse Alexandre Damascena.

 

Le sarau fora do escritorio, un exemple de rencontre littéraire.Le sarau fora do escritorio, un exemple de rencontre littéraire. © (dr)

 

Puisque la diffusion traditionnelle est impossible dans les quartiers, ces nouveaux auteurs ont inventé de nouveaux procédés, les « saraus ». Ce sont des rencontres littéraires, le plus souvent dans un bar, au fin fond de leur banlieue. Les participants sont invités à monter sur scène pour lire leur propre texte ou celui d'un autre auteur. Présent ce samedi à Lapa, pour écrire des poèmes sur commande, Rodrigo Santos tient ainsi un sarau depuis douze ans à Sao Gonçalo, une cité pauvre située en face de Rio de Janeiro, de l'autre côté de la baie de Guanabara.

 

« Quand j'ai commencé, on s'est moqué de moi, en me disant que parler de poésie à de pauvres prolétaires était ridicule, pourtant, maintenant, j'ai tous les mois 150 personnes qui viennent, des lycéens, des femmes de ménages, même un policier », s'amuse-t-il. Le thème de son prochain sarau, diffusé par Facebook, est sur « les poètes français ». « Un ami de l'Alliance française traduit des textes, et on fait connaître Eluard et Baudelaire à Sao Gonçalo », dit-il, la voix pleine d'orgueil.

 

Aidé par les réseaux sociaux, ce phénomène de démocratisation littéraire est en pleine expansion. « Le nombre et la fréquentation des saraus sont en constante augmentation, ce qui renforce l’unité de la communauté et l’affirmation d’une identité périphérique positive. On estime à 10 000 le nombre de participants aux saraus chaque semaine dans la seule ville de São Paulo », insiste Paula Anacaona.

 

Pour la jeune éditrice, le Salon du livre n'est pas seulement l'occasion de découvrir une littérature le plus souvent négligée au profit de ses voisines latino-américaines. Elle rêve aussi que les banlieues françaises s'inspirent du mouvement des saraus. « Les Français des quartiers pensent que leur réalité est très lointaine de celle de la favela, mais moi, je vois des ponts évidents entre ces périphéries, et la nécessité de les valoriser. Il y a au Brésil une énergie qu'il faudrait apprendre à connaître, et peut-être à copier », conclut-elle.

Médiapart

 

 

 

 

Ouaga dialogue avec la danse ZOOM : Culture burkinabè et transitionRetours sur le festival Dialogues de CorpsClaire Diao

Un peuple se soulève. Un président quitte ses fonctions. Un gouvernement de transition est nommé. Et pendant ce temps-là, les opérateurs culturels continuent de s'activer. Qu'en est-il des rendez-vous phares des burkinabè ? Qu'est ce que cela change ou non pour eux ? Dans quel contexte ont-ils évolué ? Comment envisagent-ils l'avenir ? Cette semaine, cas d'école avec le festival de danse Dialogues de Corps, qui se déroule à Ouagadougou depuis 1997.

Alors que plusieurs événements culturels ont été annulés (lire l'article 12851 sur Africultures) suite au soulèvement populaire des 28 au 31 octobre 2014, mettant fin à la présidence de Blaise Compaoré en poste depuis 27 ans, le festival de danse Dialogues de Corps, s'est néanmoins tenu du 5 au 13 décembre 2014.



Mettre les corps en dialogue




"La question était : maintenons-nous ou annulons-nous ce festival ? explique le chorégraphe burkinabè Salia Sanou, co-directeur artistique de Dialogues de Corps. Nous avons fait le choix de le maintenir contre vents et marées parce qu'économiquement, c'était compliqué - avec la transition, les budgets étaient gelés - et les partenaires qui avaient donné leur accord avant les événements ont fait marche arrière... Pour nous, la conviction était justement que c'est parce qu'il se passe des choses capitales que la question artistique doit être là pour témoigner". "Avec la transition, c'est le statut quo", reconnaît l'opérateur culturel burkinabè Ousmane Boundaoné.



Pour preuve, cette introduction publiée dans le catalogue du festival 2014 :



"Danser malgré la crise sociopolitique

Danser malgré les ravages d'Ebola dans la sous-région

Danser pour résister

Danser pour exister

Danser par passion

Danser pour le futur

Danser la vie.
"



Soutenu par le Ministère de la Culture et du Tourisme du Burkina Faso, la ville de Ouagadougou, l'Institut Français de Paris et de Ouagadougou, l'Organisation internationale de la Francophonie et l'association des Amis du CDC-La Termitière, le festival de danse contemporaine Dialogues de Corps a déjà 11 éditions à son actif.



Avec la thématique 2014 "Danse et Territoire", Seydou Boro (co-directeur artistique de Dialogues de Corps) et Salia Sanou ne pensaient pas viser aussi juste : "dans la programmation il y a eu des spectacles en écho avec ce qui s'est passé comme la création de Serge Aimé Coulibaly, Nuit blanche à Ouagadougou, ou Territoires de la chorégraphe française Sandra Sainte Rose sur les territoires physiques qui se construisent et se déconstruisent. La compagnie ivoirienne Tchetche parlait, elle, de repères... Chaque pièce reflétait, pour nous, le vivre aujourd'hui en Afrique, les problèmes de mauvaise gouvernance, de maladie, de misère, de pauvreté et du combat de la vie". Malgré les moyens manquants, "90% de la programmation" a été maintenue.



Alliant spectacles, formations, master classes, et plateaux découvertes, Dialogues de Corps a programmé, en 2014, 16 spectacles chorégraphiés par des compagnies d'Allemagne (Gintersdorfer/Klaßen), du Burkina Faso (Seydou Boro, Salia Sanou, The Moon is Shining, Faso Danse Théâtre, Ba, Kongo Ba Teria, Teguerer Danse, Tamadia), du Canada (Bienvenue Bazié et Jennifer Dallas), de la Côte d'Ivoire (Tchetche), de France (Lanabel, Sandra Sainte Rose, Emmanuel Grivet, Julie Dossavi), du Mali (Gnagamix), du Niger (Abadalah Danse Compagny) et de Suisse (7273).





"La danse reste un combat"




Si le Burkina Faso recense 670 groupes de danse (1), l'envergure nationale du festival ne cesse d'accroître : "C'est vrai qu'il y a une reconnaissance de la part du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) qui invite chaque année un chorégraphe à proposer un spectacle d'envergure : en 2011 c'était moi, en 2013, Seydou Boro, cette année Irène Tassembedo... Mais au quotidien, la danse reste un combat", témoigne Salia Sanou.



Ce chorégraphe sait de quoi il parle. Car c'est en 1992 qu'il fait la connaissance du danseur burkinabè Seydou Boro à l'École des Ensembles Dramatiques de Ouagadougou (Burkina Faso). Un an plus tard, tous deux travaillent avec la chorégraphe française Mathilde Monnier. En 1995, ils créent la compagnie de danse Salia nï Seydou.



Initié en 1997 par les deux artistes, le festival de danse contemporaine Dialogues de Corps proposait au départ des sessions annuelles de formation au profit des artistes danseurs et comédiens burkinabè de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, puis s'est progressivement ouvert au reste du continent. "La danse contemporaine occupe une place forte par le dynamisme insufflé ces dix dernières années, affirme Salia Sanou. L'école des sables au Sénégal, le Studio Kabako de Faustin Linyekula à Kisangani, l'école de danse Rary à Madagascar, le travail de Kettly Noël au Mali, la fondation Zinsou qui accompagne et structure au Bénin, le Marché des arts et du spectacle africains (MASA) qui renaît de ses cendres en Côte d'Ivoire, le Tchad, le Cameroun, les festivals de danse du Mozambique, du Nigéria, de Tunisie, du Maroc et d'Afrique du Sud... Cette décennie a permis une assise de la culture chorégraphique même si beaucoup reste à construire et que le financement de la culture et de la danse n'est pas gagné d'avance".



"Pendant près d'une décennie, Dialogues de corps a été le seul festival de danse contemporaine au Burkina Faso, confirme François Bouda, chargé de communication du festival depuis 2010. Il a été rejoint à partir de 2013 par d'autres événements comme le Festival international de danse de Ouagadougou (FIDO) d'Irène Tassembédo et In-Out Dance Festival d'Aguibou Bougobali Sanou à Bobo-Dioulasso depuis 2014. Dialogues de corps se positionne aussi comme l'un des festivals majeurs dans le sérail culturel burkinabè et qui, malgré les défis auxquels il fait face, se tient sans discontinuer depuis son lancement".





Un public attentif mais peu mobile




Dialogue de Corps se déroule habituellement dans trois lieux de Ouagadougou : le Centre de développement chorégraphique (CDC)-La Termitière, le Carrefour international de théâtre de Ouagadougou (CITO) et l'Institut Français. Trois lieux qui permettent de fidéliser trois types de publics comme en témoigne Salia Sanou : "Le CDC est installé dans une zone assez ouverte, populaire, et notre premier public est celui-là. L'Institut Français touche une population plus mélangée entre expatriés, milieu professionnel de la danse et artistes. Le CITO est un lieu très intime qui permet de proposer des spectacles à d'autres publics". Hormis le public professionnel du festival, la diversité des lieux qui permet de présenter des spectacles dont les tarifs varient de 500 FCFA (0,76€) à 1000 FCFA (1,52€); les spectateurs ne circulent pas vraiment d'un lieu à un autre. "La population d'ici vient voir les spectacles parce qu'elle s'y sent chez elle, explique Salia Sanou. La politique tarifaire que l'on a mis en place permettrait à des jeunes du quartier d'aller à l'Institut Français, mais c'est un peu dans les mentalités de se dire que "c'est l'espace des Français"".



Pour remédier à cet immobilisme, Dialogue de Corps multiplie les représentations dans des lieux variés et insolites, comme le Marché des Cycles de Ouagadougou ("il y avait 2000 personnes autour des danseurs: des curieux, des commerçants..."), l'Institut Français de Bobo-Dioulasso ("pour ne pas rester seulement dans la capitale") ou encore, cette année, le Camp de réfugiés maliens Saag-Nioniogo, situé à 70km de Ouagadougou : "Une compagnie malienne et une compagnie burkinabè ont pu présenter un spectacle. Danser dans les camps, vivre avec cette population, leur a montré les conséquences d'une guerre qu'ils ne mesuraient pas".





Une plateforme professionnelle




Dans le milieu de la danse en Afrique, il n'y a pas de réseau formalisé. Mais les festivals comme Dialogues de Corps servent de plateformes pour tisser des liens entre créateurs et favoriser l'accès à des tourneurs et des directeurs de festival qui repèrent et achètent des spectacles.



Pourtant, qui dit spectacle, dit création. Et qui dit création, dit lieu de fabrication. C'est ainsi qu'a germé dans les têtes de Seydou Boro et Salia Sanou, ce "rêve fou d'avoir un outil de travail, un temple de la danse en Afrique" qu'est aujourd'hui le Centre de développement chorégraphique (CDC)- La Termitière.



"En 1998 déjà, la compagnie Salia nï Seydou avait pour projet de se doter d'un espace de travail, se rappelle Ousmane Boundaoné qui a rédigé et défendu le projet du CDC. La plupart de ses créations naissaient ici. Mais pour commencer, il faut répéter. Et dans quelles conditions ? Les espaces qu'ils avaient pour travailler n'étaient pas à 100% disponibles. Or faire un lieu signifie avoir des ressources propres, une parcelle, des autorisations pour commencer les constructions... C'est ainsi que j'ai repris le projet en 2001, monté ce dossier et intéressé le gouvernement du Burkina en sachant que le Ministre d'alors avait la volonté de mettre en gestion privée les espaces culturels qui existaient".



Dans le viseur d'Ousmane Boundaoné, le Théâtre Populaire Désiré Bonogo de Ouagadougou qui était une friche culturelle. "Rien ne s'y passait mais l'État continuait de payer les frais d'eau, de gardiennage et d'entretien, poursuit Ousmane Boundaoné. S'est ensuite engagé une vraie bataille : comment convaincre le gouvernement d'entrer dans un pareil projet ?". Avec diplomatie et persévérance, le projet de création d'un centre de développement chorégraphique est accepté par l'État burkinabè. Le Comité de préfiguration mis en place réussi d'abord à mettre autour de la même

table, puis dans le Conseil d'Administration de l'association en charge de la gestion de l'établissement, plusieurs partenaires dans le cadre d'une dynamique de Partenariat/Public/Privé (PPP) : l'État du Burkina Faso, à travers le Ministère de la Culture et du Tourisme (tutelle de lieu) et le Ministère de l'économie et des finances (propriétaire du patrimoine), la Commune de Ouagadougou, collectivité territoriale abritant l'établissement, l'Ambassade de France au titre

des partenaires au développement et premier bailleurs de fonds, l'Association des chorégraphes et danseurs du Burkina (ABCD) au titre de la société civile culturelle, et la Compagnie Salia nï Seydou en tant qu'initiateur et porteur du projet.



Les artistes rédigent le projet artistique et chaque partenaire délimite sa zone de compétences."Pour la Culture, on n'avait jamais vu ça, affirme encore l'opérateur burkinabè. Pendant un an, de 2003 à 2004, il y a eu deux à trois réunions par semaine pour définir le projet de préfiguration".





Un espace de formation et de diffusion




Inauguré en 2006, le Centre de développement chorégraphique (CDC)- La Termitière s'étend sur un terrain de 4500m2. Équipé de l'un des meilleurs studios du Burkina Faso (avec des gradins de 200 à 300 places amovibles, le noir total, une isolation acoustique en laine de verre...), le lieu bénéficie également de capacités de logement (9 chambres), d'une salle de conférences climatisée, d'un restaurant, de bureaux administratifs, d'un lieu de stockage, d'une paillote et d'un amphithéâtre de plein air de 2500 places que les chorégraphes espèrent réhabiliter pour en faire un lieu de diffusion permanent.



Aujourd'hui, le Centre de développement chorégraphique (CDC)-La Termitière salarie neuf personnes à temps plein (administration, technique, gardiennage, entretien) - un nombre doublant en période de festival où l'équipe se fait également épauler pour une dizaine de bénévoles. Principal lieu de représentation du festival Dialogues de Corps, le CDC permet également d'accueillir chaque année en résidence (un à deux mois), huit à neuf compagnies de danse de la sous-région. "Nous offrons le studio et l'accueil, à la compagnie de trouver les financements pour rémunérer les danseurs, l'éclairagiste, le scénographe, etc". Chaque résidence se termine par une représentation ouverte au public, voire même une programmation dans le cadre de Dialogues de Corps.



Autre aspect de ce lieu de création, la formation de jeunes danseurs dans le cadre du programme "Je danse donc je suis". Initiées en 2010, ces formations professionnelles d'une durée de deux ans permettent de réinsérer socialement 25 jeunes de 17 à 25 ans venant de quartiers difficiles ou étant en situation précaire. Durant deux ans, les élèves s'initient à toutes les danses (traditionnelles, urbaines, contemporaines) et apprennent le jeu d'acteur, la musique et l'éducation culturelle sur la place de l'artiste au Burkina Faso et en Afrique (2).



Sur la promotion 2011-2013 (2014 fut une année de césure), 12 élèves ont déjà trouvé du travail. "Ils portent eux-mêmes des projets, dansent dans des compagnies ou enseignent dans des écoles comme à l'école américaine ou à l'école française de Ouagadougou", se réjouit Salia Sanou.





Et après ?




Pour Ousmane Boundaoné, malgré toutes les belles activités menées par le CDC, le festival Dialogue de Corps "aurait pu faire mieux. Il a boosté le secteur de la danse, a contribué à la formation de beaucoup de chorégraphes mais aurait dû faire de Ouagadougou une place tournante de la danse. Le coche a été raté du fait de faibles capacités en terme de ressources humaines et financières et d'un essoufflement en matière de programmation artistique".



Malgré les multiples activités menées par Seydou Boro et Salia Sanou (le CDC, Sali nï Seydou mais aussi leurs compagnies respectives et les spectacles qu'ils font tourner à l'international), les chorégraphes espèrent faire du CDC un centre de ressources pour les créateurs, où livres et DVD pourront permettre d'offrir des supports de réflexion à la création chorégraphique.



Un projet d'envergure qui se dessine à l'horizon pourrait également aller à l'encontre du point de vue d'Ousmane Boundaoné : "En novembre 2016, nous accueillerons le projet triennal Danse l'Afrique Danse (3). C'est un événement important durant lequel la danse contemporaine en Afrique va être vue et montrée. C'est un rendez-vous à ne pas manquer en terme de pensée artistique - quelle est la place de la danse de création, comment le public se l'approprie - mais aussi en terme d'organisation, pour permettre à la danse du continent de prendre un nouvel envol et, localement, de renforcer ce que l'on a toujours défendu et porté ici".



Ousmane Boundaoné interroge néanmoins plus largement, le milieu de la Culture au Burkina Faso : "Nous avons de grands chantiers, comme l'Agence de développement des industries culturelles et créatives (ADICC), portée au plus haut sommet. Mais il est tellement ancré en nous de faire appel à des ressources extérieures... A quand une forme d'autonomie ? A quand la souveraineté économique de la culture ?"



Le chorégraphe Salia Sanou demeure optimiste. "Je pense que cette transition peut donner un nouveau souffle à la discipline, aux partenaires qui nous accompagnent et aux artistes pour re-dynamiser et redéfinir des contours de partenariat et de coopération qui seront bénéfiques et utiles à tous".



Claire Diao, à Ouagadougou



(1) Ministère de la Culture et du Tourisme du Burkina Faso, Document de présentation de l'Agence de développement des industries culturelles et créatives, p. 10 (Mai 2014)
(2) Le court-métrage documentaire, Je danse donc je suis d'Aïssata Ouarma, étudiante de l'Institut supérieur de l'image et du son (ISIS) de Ouagadougou, a d'ailleurs remporté, sur ce sujet, le Prix du meilleur documentaire des écoles du Fespaco 2015.
(3) Voir le site de l'Institut Français : http://www.institutfrancais.com/fr/afrique-et-caraibes-en-creations/danse-lafrique-danse