KEITA KOUMANDIAN GUINÉE 61. L’ECOLE ET LA DICTATURE

 

Keita Koumandian Guinée 61. L’Ecole et la Dictature
 

Koumandian Keita
Instituteur

à Monsieur le Président de la République de Guinée
Responsable Suprême de la Révolution

Monsieur le Président de la République,

J’ai l’honneur d’attirer votre bienveillante attention sur les faits relatifs à ma détention et à ses suites.
En octobre 1967, au lendemain de ma mise en liberté, je vous ai rendu compte à Foulaya du mauvais traitement que j’ai subi en prison pendant 5 ans, 10 mois et 15 jours.
Ma détention a été marquée par des exactions, des tortures, des mesures d’exception qui s’inscrivent toutes en marge de notre Constitution nationale, du Code pénal guinéen et des Statuts du PDG, en un mot de la légalité républicaine.

En dehors de l’incarcération dans un espace vital limité par les quatre murs d’une cellule, j’ai connu un assortiment de mesures relevant de la police appliquée aux criminels.

Début décembre, quelques semaines après ma condamnation, M. Fodéba Keita, alors ministre de la Défense nationale et de la Sécurité, m’a fait savoir par « phonie», dans ma cellule, qu’il est le chef de la police secrète et de la magie en Guinée. Il devait commencer aussitôt ce qu’il a appelé une « démentalisation » pour substituer à mon état d’esprit une mentalité nouvelle de sa création. Les moyens mis en œuvre pour atteindre ce but ont été, dans l’ordre :

  • des injures grossières
  • des propos pornographiques
  • des émotions chocs par l’inoui, la violence, la soudaineté d’une déclaration, d’une nouvelle parfois fausse
  • des brûlures du corps, de tout le corps au courant
  • des décharges électriques dans le gland de l’organe sexuel
  • des développements extensifs suivis de réductions à sa plus simple expression de la verge
  • des flagellations au fuseau magnétique des développements glandulaires.

Pour mener à bien cette « démentalisation », j’ai été transféré au Camp Almamy Samory où M. Fodéba Kéita « mage » et «grand sorcier» était assisté de MM :

  • Moriba Makassouba, directeur de son Cabinet
  • Sikhè Camara, Procureur général
  • Sékou Diaby, Inspecteur de police.

Un travail d’équipe qui va durer quatre mois — décembre 1961 à fin avril 1962 — appela tour à tour chacune de ces personnalités à prendre la parole, à me brûler et à faire dresser les cheveux par la violence et l’impudicité des propos tenus.

C’est l’époque de mes brûlures les plus violentes et de l’affaissement de mes organes sexuels, le gland notamment, théâtre de décharges électriques et de torsions de nerfs. En même temps, je suis soumis, malgré moi, à une série d’injections intramusculaires et d’administration de sérum par des infirmiers militaires. Le docteur Fodé Sylla a eu à me faire quelques visites beaucoup plus de contact que de médecine. Au moment de mon transfert au camp Almamy Samory, je ne me plaignais d’aucune affection. Ce traitement était une initiative de M. Fodéba Kéita, initiative que mon statut de détenu ne m’a pas permis de refuser ; il n’a été ordonné par aucun médecin.

J’ai su par la suite qu’il s’agissait :

  • d’intoxiquer mon sang
  • de me retirer du sperme
  • d’alcooliser mon alimentation

Dans cet état d’affaissement physique et de prostration morale, je dus, sous les injonctions réitérées de ma « garde d’honneur », faire après chaque repas des génuflexions et répéter : « Le président Sékou Touré est l’homme le plus beau du monde ».
M. Fodéba Kéita a mis cette situation à profit pour me demander de me confesser, de lui avouer les vols que j’ai pu commettre, de lui donner la liste nominative des femmes que j’ai aimées, etc.
Malgré une amélioration sensible de mon régime alimentaire, j’étais d’une faiblesse telle que je ne pouvais pas me laver moi-même. En 4 mois, j’ai été lavé deux ou trois fois par un gendarme, l’adjudant Koura, actuellement en service à Conakry.
Je me trouvais dans une vie absolument nouvelle, différente de tout ce que j’avais connu jusque là, une vie d’assujettissement brutal et de dégradation humaine. C’était là un premier aspect de la « démentalisation ».
A mon grand étonnement, j’ai vu arriver dans ma. cellule MM. Camara Bengaly,ministre de l’Information, membre du BPN et Roger Accar, ministre de la Santé et des Populations. Ils ne m’ont pas révélé l’objet de leur visite, d’ailleurs brève.
Fin avril, je suis ramené à la prison du Bloc de Camayenne où je resterai jusqu’en décembre 1962.
MM. Sikhè Camara et Diaby ne participent plus à ma surveillance secrète qu’assurent désormais MM. Fodéba Kéita et Moriba Makassouba — deux hommes qui font autorité en matière de police secrète — qui m’ont suivi tout le long de ma détention et qui me font subir aujourd’hui encore le sort de prisonnier laissé libre.
Vers fin décembre 1962, je suis conduit à l’hôpital municipal de Conakry avec le diagnostic de « misère physiologique », conséquence directe de mes brûlures et de mes nombreuses crises alimentaires.
A l’aide de leurs appareils, MM. Fodéba Kéita et Moriba Makassouba ont fait de cet hôpital où un gendarme et un garde républicain partagent ma salle, une prison dominée par leurs activités secrètes. J’y ai reçu des visites celles de MM. :

  • Sinkoun Kaba, ministre de l’Intérieur
  • Namory Kéita, Commandant de l’Armée guinéenne
  • Mamadou Kéita, Capitaine Balla
  • Moussa Kéita, Instituteur
  • Madame Kouyaté Diéli Saramba.

Début mai 1963, a lieu mon transfert à Somaya, petite localité déshéritée à 5 kilomètres de Coyah où je vivrai 15 mois sous la surveillance effective de deux gardes républicains. La nuit même de mon installation dans cette nouvelle prison, M. Fodéba Kéita s’adresse à moi en ces termes : « C’est ici que tu dois mourir parce que c’est dans cette région qu’on a tenté d’assassiner le président Sékou Touré en 1954, à l’occasion des élections législatives partielles ».
Si cette promesse n’eut pas de lendemain, elle n’en reste pas moins révélatrice d’une détermination que les événements n’ont pu favoriser. Je suis encore vivant mais je garde de Somaya un souvenir impénissable, comme du haut lieu le plus triste de ma détention. Sous les dehors d’un libéralisme de bon aloi, cette localité a vu à l’oeuvre les méthodes les plus subtiles de la police.
M. Fodéba Kéita ne s’est pas fait défaut de me faire uriner dans mon lit autant de fois qu’il a voulu, de me dérégler alimentairement en m’obligeant à aller cinq à sept fois à la selle en moins de 24 heures, d’avoir mes organes sexuels à sa discrétion pour toutes sortes d’opérations. Mon sommeil contrôlé était toujours interrompu deux ou trois fois pour écouter les « phonies » pleines de sarcasmes et d’injures.
Autant par les multiples actions pratiquées sur mon corps que par les propos tenus, embrassant tous les domaines de la vie, il a cherché à me réduire à l’expression la plus simple que puisse connaître la condition humaine.
Sur le plan politique, les thèses préférées de M. Fodéba Kéita sont à connaître. D’après lui, il faut mater tout ce qui n’était pas authentiquement RDA. La doctrine du PDG pour la liberté, la dignité et le bonheur gêne sa philosophie. du pouvoir personnel. Il voudrait que le Président Sékou Touré soit le « Roy » Sékou Touré. Il n’a que faire de la légalité. Aussi, annonce-t-il froidement avoir tué, depuis son accession au pouvoir, les personnalités suivantes, MM. :

  • Lamine Kaba, Vice-Président de l’Assemblée nationale
  • Babadi Hadiri, Instituteur
  • Sékou Kaba, Directeur de Cabinet
  • Fodé Touré dit Gros, pharmacien
  • Ignace Deen, Ambassadeur
  • Ouremba Kéita, Vice-Président de l’Assemblée nationale.

Cette liste n’est pas exhaustive. Elle s’allongera avec de nouvelles victimes encore en vie.
La puissance, l’influence du président Sékou Touré émaneraient de la magie de M. Fodéba Kéita, non du peuple de Guinée organisé au sein du PDG.
La magie, panacée universelle, fera le bonheur du pays : aussi doit-on lui consentir tous les sacrifices, voire les sacrifices humains. La vie privée des Guinéens, simples citoyens comme hauts magistrats jusque y compris le Responsable Suprême de la Révolution, Chef de l’Etat, est passée en revue, ridiculisée.
Seuls échappent à cette cruelle raillerie M. Fodéba Kéita et son collaborateur Moriba Makassouba. C’est dans ce climat moral déprimant que j’ai vécu quinze mois à Somaya d’où j’ai été ramené en septembre 1964 à Conakry — manu militari — après 45 jours de grève de la faim.
Au Bloc de Camayenne où je resterai jusqu’en septembre 1966, je retrouve des camarades détenus et une ambiance nouvelle. Le 19 février 1965, un détenu, ex adjudant-chef de l’Armée coloniale, est chargé de me frapper sur la tête avec une barre de fer. Il s’y prend mal ; le coup porte sur les fesses. « Le président Sékou Touré me demande de te faire disparaître par n’importe quel moyen » déclare M. Fodéba Kéita.
En juillet 1966, il me fait menotter et laisser nu dans la cellule pendant 24 heures. Je signale au passage que seuls les voleurs sont menottés en prison.
L’ensemble des détenus du Bloc de Camayenne peut témoigner de l’assiduité indéfectible avec laquelle M. Fodéba Kéita a fait exécuter ses provocations et ses mesures discriminatoires. Il a tout mis en oeuvre pour faire de moi le souffre douleur, le paria de la prison.
C’est dans cette atmosphère qu’a lieu, le 17 septembre 1966, mon transfert à Macenta où ma détention a continué, avec son cortège d’injures et d’humiliations.
Le 4 octobre 1967, je suis ramené à la prison de Camayenne ; le 8ème Congrès venait de décider la grâce des détenus politiques des années 1961-1962.
Je suis mis en liberté à Conakry le 6 octobre 1967.
Tel est le film rapide de ma détention que je me suis efforcé de vous présenter dans toute son objectivité sans passion, ni haine. Il est émaillé du nom évocateur de M. Fodéba Kéita qui s’est immortalisé dans mes souvenirs par sa détermination d’émasculer les élites de la République de Guinée.
La suite des événements, S’il en est besoin, va confirmer le caractère personnel et haineux des poursuites secrètes que M. Fodéba Kéita dirige encore contre moi à l’heure actuelle.
Aujourd’hui, au moment où j’écris, il me parle par « phonie » comme au temps de ma détention. Il m’injurie et injurie mes parents en malinké.
Il se mêle manifestement de ma vie privée qu’il s’efforce de perturber en intervenant quand il le peut auprès de mes interlocuteurs-parents, amis, camarades.
Mieux, il tente de dérégler ma vie et celle de ma famille. Ma correspondance est lue pendant que je la rédige. Il n’est aucun secret de ma vie que MM. Fodéba et Moriba Makassouba ignorent.
Leurs activités secrètes n’ont pas cessé ; je sens assez nettement les brûlures et les ramifications qu’ils font subir à mes organes sexuels. Quand ils le peuvent, ils me font injurier par des tiers. Rien ne peut justifier ce comportement.
Cependant, rappelons quelques déclarations de M. Fodéba Kéita pendant et après ma détention. Il faut dire en liminaire que, pour lui, son bon plaisir est la légalité ; c’est ainsi qu’il n’a pas hésité à me préciser en prison que je suis choisi comme sacrifice humain du président Sékou Touré.

Voilà qui jette une lumière crue sur les ténèbres. Cela relève de la magie. Sacrifice humain du président Sékou Touré, je ne peux plus être un homme à part entière comme les autres. A ce titre, la dignité humaine m’est refusée par nécessité magique.

Il m’a été révélé par Fodéba Kéita que le meilleur sacrifice humain du Président aurait été M. Barry Diawadou, ancien ministre et ancien ambassadeur, épargné en raison de sa naissance et de sa forte personnalité.
Il fallait un homme de l’opposition. Le choix est tombé sur moi. De temps en temps, M. Barry Diawadou reçoit, lui aussi, les mêmes injures que moi. Mais il a l’avantage de ne pas les entendre.

M. Fodéba Kéita aurait été, à ce qu’il a dit, très heureux de l’avoir à sa discrétion en cellule. Il lui aurait rappelé qu’en 1957, il a dirigé de loin une expédition de Foulahs BAG contre sa maison et sa personne.

J’ai donc une explication à ma déchéance physique et morale. Elle n’est pas le fait du PDG liberté—dignité qui s’honore d’avoir un grand respect pour le Peuple, pour sa liberté et sa dignité. Le pays, dans sa quasi unanimité, ignore cette situation qui sait utiliser les ombres et les camouflages imperceptibles.

Sur un plan qui ne s’embarrasse pas des scrupules du commun des mortels, M. Fodéba Kéita a toute latitude pour faire ce qu’il a fait, ridiculiser les principes du PDG et la légalité républicaine.

Mon martyre dit assez éloquemment qu’il est maître en Guinée, un maîre conscient de son autorité, décidé à la faire sentir, parfois même au mépris des institutions démocratiques du pays.
Le 6 octobre 1967, au moment de ma mise en liberté, il m’a dit par « phonie » que je suis provisoirement libre et que ma place est toujours prévue au Bloc de Camayenne.

Au surplus, il m’a invité à garder par devers moi la dotation d’habits et d’effets de la prison. L’on comprend ainsi qu’il attache ses pas aux miens et qu’il me poursuive comme mon ombre.

Je suis en effet surveillé de jour et de nuit comme un élément dangereux. Des appareils perfectionnés permettent de suivre mes moindres actes et d’enregistrer jusqu’aux plus menus de mes propos. Dans ma chambre à coucher, les « phonies » sifflent jour et nuit comme jadis dans ma cellule.

MM. Fodéba Kéita et Moriba Makassouba connaissent mon corps autant que moi même. Ils en savent les qualités et les défauts. Mes rapports intimes avec ma femme n’échappent pas à leur vigilance ; en effet, ils contrôlent si l’impotence sexuelle qu’ils veulent provoquer en moi se confirme.

J’entends distinctement leur dialogue conventionnel émaillé de gros mots et d’ironie.

De Conakry, M. Fodéba Kéita peut parler à chacune de nos 29 régions administratives et à tout Guinéen dans la plus grande discrétion. Il agit d’autant plus violemment qu’il est sûr de n’être jamais découvert.
J’ai cherché auprès des autorités supérieures de la nation, du Chef de l’Etat en premier lieu, des explications et de justifications qui n’ont pu être données.

M. le Président de la République m’a dit en janvier 1968 ne pas connaître les activités incriminées de son ministre. Il a promis de me confronter avec M. Fodéba Kéita. Cette confrontation est toujours attendue.

J’ai par ailleurs rendu compte de cette situation au ministre d’Etat, El Hadj Saïfoulaye Diallo et au ministre du Développement économique M. Ismaël Touréqui, le 31 janvier 1968, a pris l’initiative d’une réunion commune avec M. Fodéba Kéita 1. En ouvrant la séance, le ministre avait déclaré : « Il s’agit, entre frères, d’une réunion d’où peuvent naître des rapports nouveaux ».

En réponse, M. Fodéba Kéita a déclaré ne s’être jamais occupé de police secrète encore moins de tortures Actuellement « vendeur de charrues et de tracteurs » 2 il a, dit-il, toujours eu pour moi de bons sentiments. Sur ce dernier point, il n’y a pas de preuve que je sache. Il y a au contraire, des faits précis à rappeler contre M. Fodéba Kéita.

  1. Au mois de mai 1958, ministre de l’Intérieur sous la Loi-cadre, il a demandé par écrit au Procureur de la République M. Dupuy Doureau de tout mettre en oeuvre pour obtenir ma condamnation par le Tribunal de Première instance de Conakry devant lequel je devais comparaître. J’ai été effectivement condamné à 4 mois de prison ferme et à 100 000 francs d’amende. Ce jugement rendu à huis clos a été cassé, considéré comme nul et non avenu par la Cour d’Appel de Dakar en septembre de la même année.
  2. En janvier 1961, il a lancé mon nom comme candidat aux élections présidentielles. Le PDG avait déjà donné l’investiture au président Sékou Touré à la Conférence de Kissidougou à laquelle je n’ai pas . assisté. Loin de moi l’idée d’une telle candidature. Par cette manoeuvre, M. Fodéba Kéita voulait indisposer contre moi et l’opinion publique et le chef de l’Etat.
  3. Quelques jours avant mon arrestation en novembre 1961, il m’a convoqué à son domicile personnel où il m’a demandé de prendre au CP1 de mon école une fillette qui lui serait envoyée de Siguiri. Bien qu’ayant accédé à cette demande, la candidate ne s’est jamais présentée à l’école de Dixinn. J’ai compris plus tard. En prison, il m’a expliqué qu’il s’agissait de m’attirer dans un piège policier et c’était ce jour même qu’il devait m’arrêter. Il a préféré. temporiser.
  4. Toujours en prison, il m’a révèlé qu’il s’est toujours opposé à ce qu’une promotion politique me touche. Notamment, il dit avoir refusé en juillet 1959 ma nomination au poste de ministre de l’Éducation nationale, nomination qui avait été largement annoncée dans l’opinion publique et à moi-même.
  5. Sous la haute direction de M. Fodéba Kéita, aucun détenu n’a eu, autant que moi, à souffrir de la faim. A titre indicatif, en 1964 j’ai passé 55 jours d’affilée sans manger un plat de riz.

Ces quelques faits, parmi tant d’autres, infirment les bons sentiments théoriques de M. Fodéba Kéita à mon égard.
A l’issue de la réunion du 31 janvier 1968 avec le ministre Ismaël Touré, il a déclaré qu’il a décidé de nier les faits par prudence puisque, dit-il, le Président lui-même n’a pas voulu reconnaître sa responsabilité dans cette affaire. Cet aveu prouve que je n’accuse pas M. Fodéba Kéita avec lequel je n’ai jamais eu aucun affrontement, même pas la plus petite discussion.
Il est donc bel et bien le chef de la Police secrète, celui qui m’a torturé en prison et qui me surveille actuellement avec la collaboration fraternelle de El Hadj Moriba Makassouba, secrétaire d’État à la Fonction publique et au Travail.
Au cours d’une audience qu’a bien voulu m’accorder, le ministre de la Défense de la Révolution3, j’ai pu m’assurer que l’ensemble du système de la Police secrète n’a pas changé de titulaire à l’occasion du remaniement ministériel intervenu en 1965. Ce haut magistrat n’a pu cacher son étonnement à l’audition de mes ennuis. Un autre étonné, le ministre des Affaires étrangères que j’ai contacté en tant que membre du BPN.
La situation ainsi créée est parfaitement claire pour la victime que je suis. Pour prouver ce que j’av . ance, je ne e peux invoquer aucun témoignage formel en raison du caractère profondément discret et personnel des actions menées contre moi. Mais il est possible de contrôler l’existence et l’emploi des «phonies» par lesquelles les uns et les autres sont touchés et priés d’agir. Quant aux brûlures et dégradations physiques, on n’a pas besoin d’expertise médicale pour en retrouver les séquelles.
Pour ce qui est de la détention, j’invoque le témoignage des officiers et sous-officiers ci-apres désignés, qui ont eu à nous garder en prison :

  • Officier
    • Commandant Kourouma Soma (Général à la retraite depuis 1984)
    • Lieutenant Kourouma Karfa
    • Lieutenant Touré Siaka
    • Lieutenant Cissé Oumar
    • Lieutenant Mara Kalil
    • Lieutenant Camara Kaba
    • Lieutenant Henri [Tofani]
    • Lieutenant Konaté Mansa
  • Sous-officiers
    • Adjudat-chef Condé Amadou (Gendarme)
    • Adjudant Sylla
    • Margis-chef Koïkoï
    • Margis-chef Zézé
    • Margis-chef Djoumbouya Moussa
    • Sergent Camara Kémoko
    • Brigadier-chef Doumbouya Moriba

Ces gradés m’ont toujours entendu me plaindre de M. Fodéba Kéita ; la voix que j’entendais par «phonie » en prison de 1961 à 1967 est toujours la même. Elle n’a pas changé. Je l’ai tellement entendue à Macenta, sur tout le parcours de Conakry à cette ville. je l’ai entendue inchangée à Kindia, Mamou, Dabola, Kouroussa, partout où je me trouve, comme une éternelle malédiction du Ciel.
Le fond moral de nos rapports de haine et d’arbitraire n’a pas varié. Pour M. Fodéba Kéita, la conquête du pouvoir est un mythe tant que ses ennemis ne sont pas anéantis ; telle est sa doctrine en matière de politique générale et de politique gouvernementale.
Ainsi, il nie toute contribution apportée à la Révolution par un mouvement autre que le PDG. Cependant, au premier meeting organisé au Cinéma Vox le 9 octobre 1958, le président Sékou Touré a déclaré entre autres :

En rejetant la Constitution, le PDG, la Section PRA et tous les mouvements démocratiques ont opté pour l’Indépendance, estimant que ce choix était le seul choix conforme à l’évolution historique des peuples.

Autres citations du Président :

Je sais que malgré la force du PDG, le régime colonial croyait que nos frères du PRA, nos frères d’autres organisations syndicales que l’U GTAN auraient accepté la corruption pour essayer de légitimer ce qui était envisagé pour la Guinée et dont nous avons connu la réalité dans la caffipagne électorale au Niger : la fraude, la brutalité, la force, l’imposition.
La victoire est celle des Guinéens qui ont placé les destinées du pays au-dessus de tout, alors qu’ils étaient divisés par des morts, par de nombreux prisonniers, par les injures les plus blessantes, par douze années de lutte féroce.
L’unité politique est scellée et nous demandons à tous les responsables du PDG d’oublier ce qui les a opposés au PR A et dans les Comités de quartier, dans les soussections de chaque cercle comme sur le plan national, nous leur enjoignons de fraterniser, côte à côte, afin que le programme de la jeune Nation soit rapidement traduit en réalités concrètes..

Paroles pleines de noblesse, conformes à l’évolution de l’humanité qui, tout le long des siècles, est témoin des oppositions et des réconciliations des diffèrentes couches des peuples.
Dans ce domaine, la Guinée ne s’est pas frayée une voie nouvelle ; de tout temps l’intérêt supérieur du pays passe avant les préoccupations des factions et des particuliers.
La chance de notre jeune nation a été de transcender ce sublime enseignement de Mistoire. Ainsi la réconciliation des Guinéens au sein du PDG est un des sommets, peutêtre le plus exaltant, de la vie politique passée. Dans l’esprit de ceux qui l’ont réalisée — ceux qui l’ont spontanément décidée et ceux qui l’ont acceptée — il n’y a pas que je sache piège, désir secret d’assouvir rétroactivement quelque haine inexpugnable, corps étranger dans la doctrine et la philosophie du PDG. Je dois cependant rappeler ici que, selon M. Fodéba Kéita, le président Sékou Tourème considère comme son ennemi le plus irréductible et, aussi le plus mal vu en secret. C’est là un cas indiyiduel qui ne modifie en rien l’attitude générale du PDG, parti national, tout à l’honneur de la République de Guinée.
A tort ou à raison, l’opinion publique a toujours entretenu l’idée de l’hostilité du Chef de l’État à mon égard. Le fait est que je n’ai personnellement rien sur la conscience qui soit action ou sentiment blâmable à l’endroit du PDG et de ses cadres. Mon adhésion au PDG, au lendemain de l’Indépendance, comme mon action en tant que travailleur de la Fonction publique et militant du parti sont dépouillés de tout calcul. Elles peuvent à tout moment et en tout lieu servir de tests de ma bonne foi et de mon désir d’apporter ma contribution à la Révolution. Mais les faits demeurent et «toute une ville ne peut pas mentir ».
Si, dans votre générosité, vous avez, en conducteur d’hommes, dépassé les mesquines contingences et accepté d’être le Président de tous les Guinéens, en oubliant les divisions politiques et syndicales d’hier, je dois à la vérité de vous dire que je n’ai pas bénéficié de cette mesure générale. Le traitement particulier que j’ai connu en prison, l’acharnement de la police secrète contre moi sont justifiés par M. Fodéba Kéita comme des représailles de votre part. On ne saurait, en tout état de cause, leur trouver de signification plus plausible ; et si je dois rendre un hommage à M. Fodéba Keita, ce sera pour rappeler qu’il se réclame invariablement de votre haute autorité pour consommer les actions noires que je connais.
Une fois de plus, je vous en rends compte, en tant que Premier magistrat, Responsable suprême de la Révolution, tribune morale singulièrement au-dessus de la mêlée, à laquelle justice doit être demandée.
Le 2 décembre 1963 à Somaya, arrondissement de Coyah où j’étais isolé, M. Fodéba Kéita m’a déclaré : « Je te poursuis jusqu’au dernier souffle. Aucun médecin ne saura comment tu t’es éteint ». Depuis bientôt 10 mois que je suis en liberté, il travaille d’arrache pied à son oeuvre.
Au plus fort des tortures, alors qu’aucune lueur d’espoir n’éclaire notre horizon, j’ai gardé intact ma foi en l’avenir du pays. Aussi je veux croire, je crois qu’envers et contre tout vous aurez à coeur de remplir entièrement votre mission historique à la tête du PDG et de la République de Guinée.
Je veux croire que vous voudrez bien faire mettre fin à mon long et douloureux martyre.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments de très haute considération.

Conakry, le 25 juillet 1968

Koumandian Keita

Notes [T.S. Bah]
1. Cet acte indique une certaine décrispation. Mais le feu qui couve sous l’insécurité paranoiaque de Sékou Touré. L’explosion se produit en fin d’année après le renversement de Modibo Keita, le 19 novembre 1968, — succédant à la chute de Nkrumah réfugié à depuis 1966. Le sort de Fodéba était scellée et quelques mois plus tard, en mars 1969, il était inculpé dans le complot Kaman-Fodéba et fusillé nuitamment le 26 mai 1969.
2. L’expression « vendeur de charrues et de tracteurs » révèle l’état d’esprit de Fodéba, après le faux complot Petit Touré en 1965 . A la suite de cette affaire, il fut transféré du ministère de la défense nationale et de la sérité au département de l’économie rurale. Mais il était déjà perdu … Au cours d’un interrogatoire au Camp Boiro Ismael Touré indiqua à Portos que Sékou Touré et lui avaient procédé à la liquidation politique et physique de Fodéba sans laisser de traces.

source : www.kababachir.com

« TAXI-MABOULE », UN PORTRAIT HISTORIQUE DES HÉROS DE LA DÉCOLONISATION EN AFRIQUE

Modibo Keïta, premier président du Mali, dans un bus lors d'une visite à Maribor (Slovénie) en 1961

Expédition Taxi-Maboule est une fiction qui met en scène une odyssée historique de la décolonisation de l’Afrique française à l’été 1960, de la fédération du Mali aux rives du Congo. Les quatre antihéros de ce feuilleton radiophonique diffusé sur les ondes de France Culture croisent des personnages réels, historiques, souvent éloignés de l’historiographie officielle.

Essayons, en suivant les traces de Taxi-Maboule, de brosser le portrait de certains d’entre eux. À chaque étape, on s’enfonce un peu plus dans la brutalité de la décolonisation… si loin de la chanson Indépendance cha-cha fredonnée par l’équipage de Taxi Maboule à son arrivée sur le tarmac de Dakar.

  • Léopold Sédar Senghor

 

Léopold Sédar Senghor, premier président du Sénégal (1960-1980).

La première étape se joue à Dakar. Léopold Sédar Senghor, premier président du Sénégal, est aujourd’hui célèbre pour son statut d’intellectuel, ardent défenseur de la langue française, poète, chantre de la négritude : cette élite coloniale de l’université française incarne le mythe le plus consensuel du père de l’indépendance.

Partisan d’une grande fédération en Afrique de l’Ouest, il s’est opposé à la « balkanisation » de l’Afrique promue par Félix Houphouët-Boigny (qui deviendra le premier président de la Côte d’Ivoire) et Jacques Foccart entre 1958 et 1960. Cet épisode, baptisé la « querelle fédérale » a vu s’opposer le Rassemblement démocratique africain (RDA) d’Houphouët-Boigny et le Parti du Regroupement africain (PRA) de Senghor.

En 1958, la fédération du Mali a été imaginée dans ce contexte. Elle est devenue le point de fixation de la crise en Afrique de l’Ouest. Réunissant initialement le Sénégal, le Soudan (Mali), le Dahomey (Bénin) et la Haute-Volta (Burkina Faso), elle ne se compose plus que de l’alliance fragile entre le Sénégal et le Mali en juin 1960, date de la proclamation de son indépendance.

Cependant, Senghor, « ministre conseiller » du gouvernement français et président de l’Assemblée de la fédération, est loin d’être l’homme fort de la fédération du Mali. Son pouvoir est en réalité partagé entre le Sénégalais Mamadou Dia, président de la fédération, et le Soudanais Modibo Keïta, chef du gouvernement.

  • Modibo Keïta

En septembre 1960, au lendemain de l’éclatement de la fédération, Léopold Sédar Senghor devient président du Sénégal. Dès 1962, il écarte du pouvoir Mamadou Dia… qui fait l’objet d’une amnésie officielle. Quant à Modibo Keïta, il devient l’homme fort du Mali. Il a rallié le RDA dès sa création en 1946 ; il en est le chef au Soudan colonial. Mais ses conceptions panafricanistes et tiers-mondistes le séparent d’Houphouët-Boigny dans les années 1950. Il ne cache pas son penchant pour la cause du FLN en Algérie.

La France craint alors la fragilisation de ses positions au Sahara à la veille de l’indépendance. Président de l’Assemblée constituante de la fédération du Mali fin 1958, il en devient le chef du gouvernement en juillet 1960. En septembre 1960, il devient président de la République soudanaise qu’il rebaptise République du Mali, en souvenir du projet fédéral mort-né. Jusqu’en 1968, date du coup d’État qui le renverse, il dirige un régime socialiste autoritaire et tiers-mondiste. Il cherche à se détacher de l’influence française et à rapprocher le Mali de la Guinée de Sékou Touré et du Ghana de Nkrumah, principaux adversaires de la France en Afrique.

Lire aussi : « Taxi Maboule » : la fiction qui plonge dans l’histoire vraie des indépendances africaines

La Haute-Volta (Burkina Faso), étape clé de Taxi-Maboule, a été une pièce maîtresse de la décolonisation. En 1958-1959, elle est déchirée entre ses tentations de rallier la fédération du Mali et les ambitions géopolitiques d’Houphouët-Boigny. Ce dernier, par l’entremise du RDA, parvient à rallier la Haute-Volta à ses thèses. Car le RDA a une histoire spécifique dans ce territoire : son cofondateur est Ouezzin Coulibaly, le leader de la Haute-Volta. Sa mort en septembre 1958 laisse un vide politique. Au titre du RDA, Maurice Yaméogo lui succède avec la bénédiction d’Houphouët-Boigny. Mais Yaméogo doit encore s’imposer en peu de temps comme le père de l’indépendance. C’est-à-dire briser son opposition. Sa ligne politique sera de rallier Houphouët contre la fédération.

Parmi les grandes figures de l’opposition voltaïque, Taxi-Maboule croise Nazi Boni, Joseph Ouédraogo, Joseph Conombo ou encore Gérard Kango Ouédraogo. Retenons les deux premiers, à défaut de pouvoir présenter tout le monde, car ils représentent l’union des tendances contre Yaméogo.

  • Nazi Boni

Nazi Boni, né en 1912 en Haute-Volta, est le principal adversaire du RDA, de Ouezzin Coulibaly puis de Yaméogo. Après avoir créé plusieurs partis d’opposition qui ont tous été successivement dissous entre 1957 et 1960, il quitte clandestinement son pays pour le Mali en août 1960, au moment de l’indépendance. Il vit en exil, entre Bamako, Paris et Dakar jusqu’à la chute de Yaméogo en 1966. Il meurt dans un accident d’avion en 1969, à l’heure où on pouvait attendre qu’il joue un rôle politique important.

  • Joseph Ouédraogo

Joseph Ouédraogo est, à l’intérieur du RDA voltaïque, la principale voix qui s’oppose à Yaméogo. Il lui reproche une politique trop inféodée à Houphouët-Boigny. En 1960, il se rapproche de l’opposition au régime RDA. L’antagonisme entre Ouédraogo et Yaméogo est telle que le président voltaïque fait arrêter Ouédraogo en août 1960. Il sera une nouvelle fois incarcéré en 1963. Député et syndicaliste chrétien, Ouédraogo est un des leaders du mouvement qui entraîne la chute de Yaméogo en 1966.

  • Ruben Um Nyobè

    Ruben Um Nyobe, Cameroon’s Freedom FightAu Cameroun, fin de parcours du Taxi Maboule, le masque colonial tombe définitivement. De 1955 à 1962, la France y a mené une véritable guerre coloniale, comparable à l’Algérie et grandement oubliée des mémoires officielles

Au Cameroun, fin de parcours du Taxi Maboule, le masque colonial tombe définitivement. De 1955 à 1962, la France y a mené une véritable guerre coloniale, comparable à l’Algérie et grandement oubliée des mémoires officielles. En 1948, l’Union des populations du Cameroun (UPC) est créée avec un programme aussi simple qu’inacceptable pour les puissances coloniales française et anglaise qui se sont partagé cette ancienne colonie allemande en 1922 : l’indépendance du Cameroun réunifié.

Ruben Um Nyobè prend la tête de l’UPC. À la suite des émeutes de 1955, l’UPC est interdit. Le mouvement entre dans la clandestinité et Ruben Um Nyobè prend le maquis d’où il crée la branche armée de l’UPC, le Comité national d’organisation (CNO). Après les élections et l’impossible conciliation de 1956, la rupture est consommée entre l’UPC et les forces gouvernementales camerounaises sous l’œil du haut-commissaire colonial Pierre Messmer. La guerre est complète et la traque contre Ruben Um Nyobè et ses partisans est lancée. En septembre 1958, repéré, il est abattu par l’armée française en brousse.

  • Félix Moumié

 

Félix Moumié

Félix Moumié reprend alors la direction du mouvement. En 1955, Moumié (qui fait figure d’intellectuel de l’UPC) a pris le chemin de l’exil, au Cameroun britannique puis auprès de régimes anticolonialistes (Égypte de Nasser, Ghana de Nkrumah, Guinée de Sékou Touré), principaux contempteurs de la guerre d’Algérie.

Avec ses prises de position à l’ONU et ses voyages internationaux, Moumié devient le commis voyageur de la révolution anticoloniale au Cameroun. Il est suivi par les services secrets français qui ont décidé son exécution. Repéré en Suisse, il est approché et exécuté par William B., agent des services secrets, qui lui administre une dose de thallium.

Avec sa mort, survenue l’année de l’indépendance, l’UPC perd sa tête et se voit politiquement condamnée : le gouvernement camerounais indépendant poursuit la lutte contre l’UPC qui se termine en 1972. Une chappe de plomb recouvre alors la mémoire de cette guerre coloniale… En 1960, il n’y a eu que des indépendances octroyées selon la formule officielle.

Dans les plis de ce théâtre historique se profilent les ombres de deux personnalités coloniales françaises. Le père de Julien M., ancien haut-commissaire qui mène la lutte contre l’UPC au Cameroun puis qui dirige l’Afrique occidentale française (AOF), emprunte ses traits à Pierre Messmer. Quant au colonel Maurice R., chef des services secrets à Dakar, pèse sur ses épaules le fantôme du colonel Maurice Robert, chef Afrique des services secrets.

Le feuilleton Expédition Taxi-Maboule est diffusé tous les soirs à 20h30 sur France Culture depuis le 2 février jusqu’au 13 février 2015.



Taxi Maboule : la fiction plonge dans l’histoire vraie des indépendances africaines

Taxi-maboule, une création radiophonique de France Culture qui replonge dans l'histoire des indépendances africaines. 

Taxi-maboule, une création radiophonique de France Culture qui replonge dans l'histoire des indépendances africaines. Crédits :

Au cœur de l’été 1960, les colonies françaises d’Afrique noire s’apprêtent à célébrer leur indépendance. Julien, dilettante des beaux quartiers de Paris, Patrice, frais émoulu de l’ultime promotion de l’École coloniale de la rue de l’Observatoire, accompagnés de Suzanne, ethnologue, et Xavier-Omar, étudiant en médecine martiniquais, débarquent à Dakar.

En suivant très exactement le parcours de la sanglante et tragique expédition des Colonels Voulet et Chanoine, chargés de coloniser le Tchad, soixante ans plus tôt, les jeunes gens donnent dans les villages un spectacle pédagogique : au moment où les pays d’Afrique deviennent indépendants, il leur semble important de célébrer une dernière fois le génie colonial français, tout en reconnaissant les erreurs qui ont pu être commises au nom de sa mission civilisatrice.

Ils seront reçus à coups de pierre et rien ne se passera comme prévu.

Expédition taxi maboule est un feuilleton de fiction inspiré de faits et de personnages réels, diffusé chaque soir sur France Culture, du 2 au 13 février. Ses auteurs, Thomas Cheysson et Yves Nilly, avec une réalisation de Jean-Mathieu Zahnd, racontent cet été 1960, historique et extraordinaire pour la France et l’Afrique, au fil d’une extravagante expédition qui vire à l’odyssée puis se disloque sous la fureur des villageois et dans le crash de l’aéroplane d’Ernest Hemingway, au fin fond de la forêt équatoriale camerounaise.

La mèche est allumée, rien ne semble pouvoir l’éteindre. Car le taxi maboule, une brouette qui sert à transporter les objets encombrants, du frigo à la grand-mère, est connu pour tout écraser sur son passage.

Fort et fier de sa première bombe atomique, « Gerboise bleue », le Général de Gaulle accorde d’un geste désinvolte l’indépendance à douze pays d’Afrique noire. Les régions traversées par nos deux blancs-becs et leurs acolytes deviennent 12 pays indépendants.

La statue du premier président du Ghana, Kwame Nkrumah à Accra.
La statue du premier président du Ghana, Kwame Nkrumah à Accra. Crédits : REUTERS

Comme dans un jeu de dominos, l’Afrique bascule, la France aussi, le monde entier. Un souffle de liberté sans précédent balaie le continent et ses centaines d’ethnies diverses. Notre fine équipe, pourtant préparée à ces indépendances annoncées, découvre jour après jour l’incroyable complexité politique de ce continent offert à toutes les révolutions modernes. Et rattrapés par l’horreur et la barbarie des crimes perpétrés par la colonne Voulet-Chanoine, les jeunes Français réalisent l’incongruité de la repentance imaginée avant le départ. Hommes de l’ombre et barbouzes français ou étrangers, militants et opposants politiques, sectes et anthropologues, trafiquants, rêveurs, amazones, chasseurs et mercenaires vont les accompagner tout au long de leur odyssée africaine.

On prend la fuite, on se retrouve en prison avec des militants panafricains émules de Malcolm X, on échappe à des hommes des services secrets français prêts à tout pour éliminer les gêneurs, on abandonne la camionnette trop voyante aux Haukas qui filent vers le désert algérien avec un chargement d’uranium, on saute dans un train ou dans un petit avion piloté par Ernest Hemingway en personne. On s’écrase au Cameroun au milieu d’une indépendance qui se conquiert les armes à la main. On court dans la forêt équatoriale, on court surtout à la catastrophe.

Cette fiction, ample, rocambolesque, mordante, se déploie en dix épisodes : du temps ample pour de dire ce qui n’est jamais dit sur l’Afrique. Néanmoins, les recherches ont été minutieuses et font sortir de l’oubli des personnages bien réels, effacés par l’histoire française de la décolonisation ou par les régimes qui se sont succédé dans les pays nouvellement indépendants. Léopold Sédar Senghor, Modibo Keita ou Maurice Yaméogo ont leur place dans le Panthéon de la décolonisation. Félix Moumié, Ruben Nyobé, Nazi Boni, Joseph Ouédraogo, Joseph Conombo ou Gérard Kango Ouédraogo sont à (re) découvrir.

Le Monde

Carolyn Walker-Diallo, Esq., MBA Judicial Candidate 7th Municipal Court District, Kings County

Carolyn is an attorney, community advocate and leader dedicated to improving the quality of life of New York City residents. As Ms. Walker-Diallo has extensive experience practicing law in the public and private sectors, her integrity, compassion and commitment to equality under the law uniquely positions her as a leader in the legal profession and in the community at large.

Carolyn started her legal career as a litigation associate at the Wall Street law firm of Milbank, Tweed, Hadley & McCloy LLP where she represented Fortune 500 companies and international banks in contract disputes, arbitration and government investigations.  Carolyn’s desire to obtain trial experience led her to join the New York City Office of the Corporation Counsel as a labor and employment attorney where she defended the City of New York, its agencies and high-level employees in cases brought under various federal, state, and city laws. Carolyn’s work included appearing as lead trial counsel in federal and state trials and administrative hearings, and serving as lead attorney in settlement negotiations.

During Carolyn’s formative years, she witnessed her parents play an active and committed role in the East New York Community.  In 2009, Carolyn continued the family tradition of “being the change we want to see in the world” when she took the helm of a small nonprofit named after her father, The George Walker Jr. Community Coalition, Inc. (“GWJrCC”).  GWJrCC provides an array of youth development and community services, including, the first ever East New York Youth Court.  During this time, Carolyn also served as an Administrative Law Judge with the New York City Office of Administrative Trials and Hearings (OATH).  As an Administrative Law Judge, Carolyn conducted hearings and wrote decisions in cases involving alleged violations of local laws and the rules and regulations of the City of New York.

Carolyn’s commitment to ensuring that her passion for the law continues to serve a greater purpose led her to join Brooklyn Community Services (BCS) as its General Counsel and Chief Compliance Officer. In this capacity, Carolyn serves on the six-member Executive Team and advises her executive colleagues and Board members on the legal and regulatory issues that impact the agency.  Carolyn handles all legal matters involving BCS, consults on employee issues, conducts several trainings for over 400 employees annually, gives presentations to elected officials on behalf of BCS, as well as monitors and develops BCS’s compliance program. 

In addition to serving as First Vice-Chair of Brooklyn Community Board 5, Carolyn also serves as Board Chair of The George Walker Jr. Community Coalition, Inc., Board Member and immediate past Secretary of the East New York Restoration Local Development Corporation.  She is a proud member of Gamma Gamma Chi Sorority, Inc., the first Islamic-based sorority for Muslim women.  She is also a loyal member of Alpha Kappa Alpha Sorority, Inc., the oldest Greek-lettered organization established by African-American college-educated women.  Carolyn is a trained mediator and arbitrator.

 

Carolyn attended and graduated from public schools in East New York Brooklyn.  She received a Juris Doctor from New York Law School, a Master of Business Administration from the Zicklin School of Business at Baruch College, and a Bachelor of Arts degree, cum laude, in Business Administration and Political Science from The Lincoln University in Pennsylvania.  She currently resides in Brooklyn, NY with her husband, Thierno Malal Diallo, a teacher, and their 11 year old daughter, Mariama Diallo.

 “We Are the Ones We Have Been Waiting For.”

Barack Hussein Obama, 44th President of the United States

 

 

 

 

 

 

 

Une armada de VA accueille les dépouilles de "l'illustre disparu", Ahmed Tidiani Cissé, ministre de la "culture"

 Alpha ayant laissé les fonctionnaires du ministère de la culture confectionner le chronogamme de la mamaya funèbre en l’honneur de « l’illustre disparu » tant attendue, (7 mois, ce fut long pour les VA) dont la mort annoncée semblait déjouer tous les petits calculs égoïstes de l’Histoire, les VA étaient pendus à un suspense mi-Prior, mi-Woody Allen qu'aimait Cissé.

Donc un grand ballet, un Niamou de faux-culs qui auraient oublié leurs jupettes de raphia (Une larme pour Koly !).

A quelle étape viendrait-il ? A la descente de la dépouille de la soute le jeudi soir par le régulier Air France ?

Dans le doute, tous les VA rallient l’aéroport national.

Alpha n’est pas venu, les VA disparaissent dans le ciel glauque et sale de Conakry entre Gbessia et la morgue d’Ignacee Deen, où il n’y  avait que le Premier ministre, Kadé Seck, une dame de ses amis et  « il n’y a même pas le directeur de l’hôpital » s’indigne à juste titre Kadé Seck, l’artiste et l’amie.

-      Ah,vous êtes venu VOUS, remarque avec ironie le PM à Kalifa Gassama, l’OVNI de la horde VA.

Etape suivante, vendredi, levée du corps à la morgue : viendra, viendra pas ?

Dans le doute, le ciel de Conakry fut encore noirci par la horde VA, avec ça et là des trous rouge-cuivre de la poussière de bauxite qui fait l’ordinaire des habitants de Conakry, petit déjeuner et dernier lafidi du soir, pour ceux qui sont reclus dans des entrées-couchers.

Miracle, Alpha surprend tout le tout (?) le monde à Ignacce Deen pour la levée de corps. En dix minutes, il a eu deux ou trois poignées de main pour Aïda (la veuve), Fodé (l’aîné des cinq garçons de Cissé) et la belle famille, deux oncles d’Aïda dont un ancien ministre venus du Sénégal. Quelques hochements de tête pour la demi-douzaine de VA en rang d’ognon admis au cagibi qu’il quitta, dérobé derrière d’épais rayban, avec Comolam, « ton pied mon pied », qui était venu une minute avant, pour voir s’il n’y avait pas de VA démago qui eût voulu partager le court canapé où Alpha s’était effondré, quelques secondes plus tard.

La colonne présidentielle sirènes hurlantes disparaît et ne se rend pas au palais où a lieu le symposium. Le ciel s’éclaircit, la horde vautour se disperse. Ceux qui ont quelque considération pour le président de l’assemblée nationale, le premier ministre et accessoirement qui se rappellent leur collègue Cissé, sont là. Mais « l’hémicycle » (rectangulaire en Guinée !)) est clairsemé.

Manque de VA.

Discours, témoignages, larmes de crocodiles, basins brillants et craquants se cassent, écrasés par l’émotion ? Nenni ! Plutôt par l’insupportable suspense : Alpha viendra-t-il ou pas à Fayçal?

Il n’était pas là pour Koly, donc..

Là, Dieu – Exalté ! – retrouvera les siens. Les cameramen aussi, venus configurer des zooms nemnematiques.

« Excellence, on vous a vu hier à Fayçal, à l’aéroport, à la morgue, à « l’hémicycle », à l’aéroport... »

Mais j’ai vu peu de VA au cimetière de Cameroun, normal, les VA ne vont pas à un cimetière.

Très peu au domicile de Cissé où Aïda avait déjà entamé son veuvage, normal : les VA ne sont pas candidats à l’héritage de la veuve d’un ministre de l’INCULTURE. Peut-être des VA candidats pour cornaquer des poulains de la candidature au ministère d’un tocard, puisque tel est le rang de Cissé après l’audit de la primature dit-on – je ne l’ai pas lu, on me l’a raconté -, certes il y en a eu.

Car la guerre des tranchées avait commencé il y plus de sept mois depuis l’évacuation de Cissé.

La Guerre des VA, Vautours Affamés, incassables depuis trois républiques.

On aura beau changer la Guinée, on aura affaire aux vautours qui vivent de charongne.

Du moins tant qu’il y aura des cimetières sous la lune.

Wa Salam,

El Hajj Saïou Nour Bokoum

 

www.nrgui.com

NB :- l'oppsition a brillé par son absence à "l'hémicyle" lors du symposium, à l'exception de M. Sila Bah et de l'honrorale et "Dernir des Mohicans", Jean-Marie Doré. A moins que les "chefs de files" aient préféré se faire représenter par des lampistes, des "nains" (dixit A lélé tcho !), invisibles dpuis ma petite Kaaba imaginaire..

       - Il ne faut pas mondialiser à tous vents, perdu dans la horde vautour, j'ai eu le plaisir de retrouver un ami, un grand monsieur, en espérant qu'il résistera au vent que soulève l'envol tempétueux  de la horde vautou; j'a fait une autre rencontre remarquable, celle du ministre Kalifa Gassama, "le Cissé Junior", m'avait chuchoté un jeune observateur des moeurs intra-muros.., Nous y reviendrons, comme disent les journalistes guinéens..