Mort de Larry Smith, pionnier de la culture hip hop

C’est le destin tragique de beaucoup de pionniers de la culture hip hop. Larry Smith, compositeur des premiers succès de Kurtis Blow, de Whodini et de Run DMC, groupe qui a popularisé le genre à travers le monde au début des années 1980, est mort, dans la nuit de jeudi 18 à vendredi 19 décembre, à l’âge de 63 ans. Victime d’une attaque cérébrale en 2007, le bassiste et architecte du son rap, était partiellement paralysé depuis, ne parlait pas et vivait dans un état quasi végétatif.

Le site Internet Medium.com lui avait rendu un premier hommage en octobre en publiant sa dernière interview, puis le magazine Ebony, dans son édition du 28 novembre, qui rappelait son rôle crucial de producteur. Des honneurs tardifs, qui ont permis que sa mort, survenue dans la nuit, ne passe pas complètement inaperçue. Le lendemain de son décès, Run, leader des Run DMC, aujourd’hui révérend, tweetait ainsi : « Que le meilleur producteur de tous les temps repose en paix : Larry Smith. Il a produit mes plus gros et plus emblématiques succès ».

Né dans le Queens

Né en 1951 à St. Albans, un quartier du Queens à New York, Lawrence Michael « Larry » Smith arrête l’école après le lycée pour partir en tournée avec le groupe du chanteur soul, Jerry Washington. Parti au départ pour un week-end, le bassiste parcourt en fait le sud des Etats-Unis pendant six mois avant de s’installer deux ans à Chicago. En 1979, un ami de lycée, alors journaliste au magazine Billboard, le rappelle à New York pour lui demander de composer une musique de Noël pour un rappeur, Kurtis Blow.

A la fin des années 1970, les ghettos new-yorkais du Bronx, d’Harlem, du Queens inventent une nouvelle expression où des gamins scandent leurs mots sur des solos de batterie mis en boucle sur les platines des DJs Kool Herc ou Afrika Bambaata. Le disco, lui, ambiance tous les clubs de Manhattan à New York. La maison de disques Sugar Hill, menée par la chanteuse de « rythm and blues » Sylvia Robinson, flaire déjà le bon coup. Elle crée un groupe de toutes pièces, le Sugar Hill Gang, et emprunte sans autorisation la ligne de basse Good Times, de Chic, alors gros succès, pour composer Rapper’s Delight. Tube planétaire, ce premier disque de rap donnera la fausse impression, et ce pour longtemps, qu’il n’est alors qu’une variante du disco.

Hymnes fondateurs pour la culture rap

C’est Larry Smith qui va restituer l’authenticité des block parties dans la musique rap, sa puissance et sa dureté, l’atmosphère des rues new-yorkaises au début des années 1980. Au lieu de jouer avec un groupe de musiciens funk, il utilise une boîte à rythmes, l’Oberheim DMX, sur laquelle il reprogramme ses compositions.

Après son Christmas Rappin’, puis le fondateur The Breaks pour Kurtis Blow, le manager de ce dernier, Russell Simmons, frère de Joseph Simons – véritable état civil du fameux Run –, décide de l’employer pour mettre en musique ces artistes. Il compose des hymnes fondateurs pour la culture rap, le fameux Money (Dollar Bill y’all), de Jimmy Spicer, ou le Gotta Believe, de Love Bug Starski.

Larry Smith fréquente assidument le Fever, club où se retrouvent tous les rappeurs de New York, et devient un producteur avisé. En essayant de reproduire le Planet Rock d’Afrika Bambaata avec les moyens du bord, il compose le premier succès des Run DMC, It’s Like That.

Ouverture vers d’autres formes musicales

Son expérience de musicien l’amène à ouvrir la production hip hop sur d’autres formes musicales que la soul et le funk qu’écoutaient leurs parents. Il invite en studio son ami guitariste, Eddie Martinez, qui électrise les rimes des Run DMC avec ses riffs de guitare métal, sur Sucker M.C.’s ou Rock Box, ouvrant la voie ensuite au producteur Rick Rubin, artisan du fameux Walk this Way, duo des Run DMC avec Aerosmith.

C’est d’ailleurs parce que Russell Simons préfèrera Rick Rubin pour leur troisième album Raising Hell que Larry Smith quitte la bande du Queens pour se consacrer au groupe Whodini. Pour eux, il compose les classiques Friends, Five Minutes of Funk et Freaks Come Out at Night.

Retrait progressif à partir des années 1990

A la fin des années 1980, dans un milieu rap déjà très compétitif, son style tombe en désuétude. Le nouveau producteur à la mode, Marley Marl, vient comme lui du Queens mais utilise un nouvel instrument qui va révolutionner à nouveau la production rap : le sampler (échantillonneur).

Musicien, Larry Smith ne peut se résoudre à emprunter des lignes de basse, ou des solos de batterie « qu’il n’a pas lui-même créés ». Au début des années 1990, il se retirera progressivement de la scène rap, qui n’a jamais été très encline à rappeler ses anciens.


Quelques dates

1951
Naissance à St. Albans dans le Queens à New York.

1980
The Breaks pour Kurtis Blow.

1983
Premier succès des Run DMC, It’s Like That.

1984
Friends et Five Minutes of Funk pour Whodini.

18 décembre 2014
Mort à New York.


OIF Francophonie : l'élan du Canada diplomatie(2245) - francophonie(238) - OIF(201) - Michaëlle Jean(25) 26/12/2014 à 15:40 Par Pierre Boisselet Michaëlle Jean à Ottawa en 2014 © Blaire Gables/Reuters La participation d'Ottawa au budget de l'

Michaëlle Jean à Ottawa en 2014 © Blaire Gables/Reuters

La participation d'Ottawa au budget de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) augmente, alors que celle de Paris ne cesse de diminuer. Est-ce la clé de l'élection de Michaëlle Jean ?

"Qui paie commande", dit-on. Et si l'explication de l'élection de la Canadienne Michaëlle Jean à la tête de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), le 30 novembre, était aussi simple que cet adage ? Selon des documents internes obtenus par Jeune Afrique, cela fait en effet plusieurs années que le Canada monte en puissance parmi les bailleurs de cette organisation.

Avec 20,7 millions d'euros de contribution en 2014, le Canada talonne désormais la France (premier bailleur avec 23,2 millions d'euros) et pourrait même la dépasser dans les prochaines années. Pour un pays presque deux fois moins peuplé et qui n'est que partiellement francophone, cet effort financier paraît important. Mais il l'est plus encore au regard de la baisse de la contribution "volontaire" (par opposition aux contributions "statutaires", fixées en fonction de la richesse nationale) de Paris.

De 18,3 millions d'euros en 2010, elle est descendue à 9,2 millions d'euros cette année, quand celle du Canada passait de 8,2 à 10,1 millions d'euros. "Je ne pense pas que cela soit l'explication principale de l'élection de Michaëlle Jean, estime, beau joueur, l'un de ses anciens rivaux au poste de secrétaire général.

Mais certains Africains déplorent que la France se détourne ainsi de l'OIF, soit par désintérêt, soit par manque de moyens." "En réalité, notre contribution volontaire va être réévaluée à 10,5 millions d'euros d'ici à la fin de l'année car nous venons de dégeler cette ligne budgétaire", nuance-t-on au secrétariat d'État français au Développement et à la Francophonie. Il n'empêche, la contribution de la France devrait continuer de baisser au cours des prochaines années.

> > Lire aussi: Francophonie: comment l'Afrique a perdu l'OIF

Qatar, mauvais élève

Quant à celle de l'Afrique, elle est presque insignifiante, en proportion : les 29 États du continent membres de plein droit versent conjointement moins de 2,3 millions d'euros au budget de l'OIF. Mais le véritable mauvais élève reste le Qatar, qui rechigne à payer sa part (pourtant modeste au regard de ses moyens) depuis son accession au statut de membre associé en 2012.

Dans ces conditions, qui aurait réellement pu s'opposer à l'élection de la candidate d'Ottawa ? "Je ne pense pas que cela ait réellement pesé, assure une source française. Les Canadiens n'auraient pas osé réduire fortement leur contribution en cas de déconvenue." Mais s'ils l'avaient fait, nul doute que les conséquences auraient été lourdes pour l'organisation

Par Pierre Boisselet

Jeune Afrique

 

In Mémoriam Elhadj Sory Kandia Kouyaté: 25 décembre 1977 - 25 décembre 2014, avec vidéo

37 ans après sa disparition, l'œuvre musicale de feu El Hadj Sory Kandia Kouyaté demeure toujours présente dans nos esprits. Décédé à l'âge de 44 ans sans avoir épuisé les réserves de son immense talent, feu Sory Kandia Kouyaté a connu un succès précoce. En 1956, à l'âge de 23 ans, il obtient sa première consécration internationale à Paris aux Champs Elysées, où il chanta l'Afrique devant le président de la République française d'alors René Coty.

Kandia est né en 1933 à Manta dans la sous-préfecture de Bodié à Dalaba. On le prénomma Ibrahima, du nom de son grand-père maternel. On l'appelait Kandia pour marquer le profond respect que l'on devait aux anciens, aux personnes âgées. Ainsi apparut son appelation de Kouyaté Sory Kandia. Né de parents artistes, le jeune Kandia a grandi dans ce moule familial, ce qui lui a permis de maîtriser son art.

La consécration internationale survint en 1956 à Paris où, aux Champs-Élysées, il chanta l'Afrique devant le président de la république française d'alors, René Coty.

En 1956, sortie de ses premiers disques qui devinrent vite des succès : Nina, Malissadjo, Toubaka. Toujours au cours de la même année, à 23 ans, Sory Kandia Kouyaté donna la preuve de son talent à Dakar, lors de la cérémonie inaugurale du palais du Grand Conseil de l'AOF, l'Afrique occidentale française. A la suite de quoi, il quitta les Ballets africains pour former sa propre troupe.

En 1957, il obtient le premier prix du Festival de Bamako (République du Mali).

En 1958, la Guinée accède à l'indépendance, et fit son entrée à l'ONU. A New York, au siège de l'organisation internationale, Sory Kandia, devant les drapeaux des 82 Etats membres, entonna l'hymne national de son pays, hymne intitulé Liberté.

La même année, Sory Kandia réintégra les Ballets Africains de la Guinée.

En 1959, à la demande de la république du Mali, Kandia composa, arrangea et chanta l'hymne national du Mali.

A partir de 1960, il fut nommé directeur de l'Ensemble instrumental et choral de la radio diffusion nationale de Guinée.

En 1961, éclatante réussite au Festival mondial de la jeunesse des étudiants d'Helsinki. L'année suivante, il fit une tournée en Tanzanie, Ouganda, Nigeria, Sierra Leone et le Sénégal.

En 1969, Sory Kandia triompha au Festival panafricain d'Alger, où la Guinée remporta la médaille d'or du ballet, la médaille d'argent du chœur, d'orchestre moderne, de la pièce de théâtre et d'ensemble instrumental et choral. Sory Kandia lui-même reçut la médaille d'honneur d'argent de chanteur soliste.

En 1970, cerise sur le gâteau, c'est la plus grande consécration internationale de la chanson avec le disque d'or de l'Académie Charles Cros de Paris.

Trois ans plus tard en 1973, il décroche la médaille d'argent au premier Festival mondial de la jeunesse et des étudiants à Berlin. La même année, il enregistre sa plus grande œuvre musicale pour la postérité '' les trois volumes de l'Epopée du mandingue''.

En 1977, année de sa mort, au FESTAC de Lagos, Sory Kandia s'imposa à merveille et s'affirma comme l'un des grands ambassadeurs du patrimoine musical africain.

Dans l'ouvrage que son fils aîné Dr Abdoulaye Kouyaté a consacré à son feu père, l'on peut y lire les circonstances du décès de El Hadj Sory Kandia Kouyaté. Citation '' C'est après un spectacle d'un concert géant de 3 heures sans interruption, à Coyah, préfecture située à 50 km de Conakry, que les premiers malaises se manifestèrent. Il s'agissait de douleurs précordiales et épigastriques sur le chemin du retour à Conakry, précisément au km 36, à 3 h15 du matin. Les douleurs étaient si vives que le chauffeur arrêta le véhicule, il s'étendit à même le sol pour quelques moments de soulagement. Après une période d'accalmie, il fut immédiatement conduit au centre hospitalier universitaire de Donka pour être reçu aux environs de 3 h55. Le temps de l'examiner et de prendre la décision des soins, il décéda à 4h05, le 25 décembre 1977, suite à un infarctus du myocarde à l'âge de 44 ans. Aussitôt informés par le chauffeur qui le déposa, nous nous rendîmes à l'hôpital. Les premières personnes à être sur les lieux étaient : Pr Mamadou Kaba Bah, ministre de la santé, Dr Mamadou Saliou Yembéring Diallo, chef service de médecine interne et El Hadj Alpha Mamadou Sow dit « Sow Fruitex ».

Ils prirent la décision de téléphoner immédiatement au président Ahmed Sékou Touré qui arriva à la morgue de l'hôpital, aux environs de 5h. Comme une traînée de poudre, la triste nouvelle se répandit et toute la ville fut endeuillée. C'est le président Ahmed Sékou Touré en personne qui annonça la triste nouvelle au peuple de Guinée et au monde par un communiqué à la radio, la « Voix de la révolution ». Fin de citation.

Thierno Saïdou Diakité

Pour www.mediaguinee.com

Dans la fabrique du siècle

Le 11-Septembre, la place Tiananmen, le premier pas sur la Lune... Les artistes suisses Jojakim Cortis et Adrian Sonderegger se sont amusés à reproduire en studio, à partir de photographies, les grands événements des cent dernières années.
Making of « 9/11 » (by Sean Adair, 2001).

L 'homme n'a jamais marché sur la lune, c'est bien connu ! Voilà le genre de théories du complot avec lesquelles Jojakim Cortis et Adrian Sonderegger s'amusent, en l'appliquant au champ de la photographie. Chacun de leurs clichés déjoue cette sacro-sainte productrice d'images et d'histoires, qui a longtemps suffi à attester de toute réalité.

En cette ère de l'hypernumérique, le médium photo voit ce rôle profondément remis en question, et notre duo de trentenaires zurichois s'engouffre dans la brèche. Et si toutes les icônes des temps modernes n'étaient que purs subterfuges ? Illusions et manipulations ? En rejetons déjantés du fameux duo tout aussi suisse Fischli & Weiss, les deux artistes étayent cette crainte, tout en la mettant à distance, dans leur série intitulée « Icônes ».

Furie déconstructiviste

Du premier cliché argentique pris en 1826 par le pionnier Nicéphore Niépce à l'apparition du monstre du Loch Ness, de l'incendie du zeppelin Hindenburg à la première trace de pas sur le sol lunaire, immortalisée par Buzz Aldrin, pas une image n'échappe à leur furie déconstructiviste. À chaque fois, le principe est le même : au centre du cadre, la stricte reproduction du cliché qui a fixé l'un des événements historiques mentionnés ; c'est autour que cela se gâte.

Le plan large révèle le subterfuge : il s'agit non d'un fait réel, mais d'une simple maquette le simulant, entourée d'une flopée d'éclairages et d'écrans de studio. Eponge, brosse, cutter, rouleaux de plastique, balayette et perceuse, tous les ustensiles ayant servi à la construction de cette farce sont laissés là, bien en évidence, révélant la trivialité de la mise en scène.

Le nuage de Nagasaki ? Une simple envolée de coton, joliment éclairée. Ce résistant solitaire face aux chars de Tiananmen ? Une figurine bien maquillée, qui se livre à un combat de carton-pâte. Moralité : tout dépend du cadre, et du point de vue. Si l'appareil photo s'était rapproché, le regardeur aurait été pris au piège, et aurait cru voir dans cette explosion d'étoupe le dramatique dernier vol du Concorde.

Perte de foi en les images

Cortis & Sonderegger, qui collaborent depuis une dizaine d'années et évoluent aussi bien dans le monde de la publicité que dans celui de la photographie plasticienne, n'ont pas pour but de bercer l'oeil d'illusions. Dès leurs débuts, ils dévoilent les coulisses de leurs prises de vue, démontent le leurre, jouent aux Méliès de pacotille, dont restent apparents tous les trucages.

Ils se sont ainsi fait connaître en mettant en scène de savants trompe-l'oeil où apparaissaient de surréalistes astronautes faits de légumes, ou des loups modelés dans de la viande hachée. Dans la présente série, réalisée de 2012 à 2014, qui leur a valu un Swiss Photo Award, tout est donc fait pour avertir le spectateur du simulacre : nul ne se tromperait devant ce World Trade Center frappé d'un incendie maladroitement pastiché et cerné de boîtes de rangement, de peinture en spray et d'éclairage de studio. Leurs parodies rappellent surtout combien, depuis le 11 septembre 2001, le monde a perdu foi en ses images. Digital natives, enfants nourris au 100 % numérique, ils s'en inquiètent autant qu'ils s'en moquent.

  • 1 / 24

    Les attentats du 11 septembre 2001 à New York.

    Crédits : Keystone/AP/ABC
  • 2 / 24

    Making of « 9/11 » (by Sean Adair, 2001).

    Crédits : M Le magazine du Monde
  • 3 / 24

    Un terroriste palestinien apparaît sur le balcon du bâtiment de la délégation israélienne pendant les Jeux Olympiques de Munich en 1972.

    Crédits : Presse und Informationsamt der Bundesregierung
Image suivante
Lire le diaporama Accédez au portfolio


Les Héritiers, de Marie-Castille de Marie-Castille Mention-Schaar (Vidéo)

Je vois déjà me maudire ceux qui ont versé une larme... Il est vrai qu'on ne peut rester indifférent à cette "histoire vraie", issue d'un livre (1) écrit par le jeune Ahmed Dramé, qui joue lui-même dans le film, alors élève de cette classe de seconde d'un lycée de Créteil qui gagne le concours national de la Résistance et de la Déportation organisé chaque année par le ministère de l'Education nationale. Ce film est passionnant, et pourtant...

Certes donc, le spectateur est saisi par l'émotion, confronté aux témoignages et documents sur l'horreur des camps à travers le regard ébaubi des lycéens. Autre émotion, malgré la violence actuelle du rapport scolaire, ce miracle qui lui est conté, celui d'une classe qui semble impossible à maîtriser mais qui finit par se prendre en charge en heures supplémentaires, en faisant confiance à un professeur, à la faveur là aussi d'une émotion, la perte d'un proche. Emotion encore devant la démonstration de la pertinence de cette confiance en dépit d'un système scolaire contraignant (le film commence par l'absurde résistance de l'administration de remettre son attestation de réussite au bac à une jeune femme qui a remis son foulard alors qu'elle avait accepté de l'enlever durant ses trois années de lycée). Emotion enfin devant cette pédagogie qui privilégie la compréhension de ce qu'on hérite de l'Histoire, à la fois douleur et courage.

De quoi s'émerveiller, si ces émotions n'étaient pas tirées par le film à grand renfort d'effets qui "marchent", comme cette façon systématique d'insérer au montage des plans de coupes sur les visages des élèves, qu'il s'agisse de leurs réactions stéréotypées ou bien de leur propre émotion, par exemple lorsqu'ils écoutent l'émouvant récit d'un ancien déporté. Ou comme cette musique doucereuse qui vient envelopper les coeurs. Comme s'il fallait démontrer en permanence que dans cette classe de la diversité dont les élèves s'engrainent à la moindre occasion, un professeur vertueux (servi ici par l'excellente Ariane Ascaride) peut encore prendre le dessus et ramener les élèves dans... le droit chemin. "Il y a un monde de l'autre côté du périphérique, et vous y avez votre place", leur dit-elle. C'est en somme là qu'est leur réussite et pas ailleurs, dans la conformité au modèle dominant en gravissant l'échelle sociale.

C'est effectivement un jeu connu qui se joue avec ce film incritiquable puisqu'il parle d'une part de la Shoah et d'autre part d'une réussite scolaire véridique, le jeu, toutes proportions gardées, d'Intouchables et autres Samba : une société qui verse une larme en communiant autour de l'illusion de sa tolérance et accessoirement d'une école qui permettrait de percer le plafond de verre. Et ce docu-fiction de rencontrer un franc succès, 8ème au box office avec 225 000 entrées dans les deux premières semaines d'exploitation.

Pour emporter l'adhésion autrement que par mirage sentimental, il manque simplement à ce film le recul et la retenue de mise en scène qu'impose son double sujet. Il lui faudrait aussi passer sur les clichés, réductions et raccourcis (comme Olivier devenu le radical et menaçant Brahim depuis sa conversion à l'islam). Quel dommage : cette success story reste belle, et cette expérience emblématique vaut la peine d'être contée.

1. Ahmed Dramé, Nous sommes tous des exceptions (Fayard, oct. 2014, 180 p.). Ahmed Dramé figure sur la liste des pré-sélectionnés comme meilleur espoir masculin aux Césars de 2015.

Olivier Barlet

Africultures