Dany Laferrière : « J’écris pour ne pas m’expliquer »

Il vient de publier L’art presque perdu de ne rien faire, après le Journal d’un écrivain en pyjama et 30 ans après Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, son premier roman. Récemment sacré « immortel » par son entrée à l’Académie française, Dany Laferrière revient pour Afriscope sur son positionnement d’artiste.

 

Afriscope : Vous êtes devenu « immortel ». C’est ainsi que les enfants qui, lorsqu’ils vous croisent dans les rues de Port-au- Prince, vous interpellent…

Dany Laferrière : Cela me fait sourire. Dans la culture haïtienne, il est très fréquent, lorsqu’il s’est passé un événement dans votre vie, que vous preniez un surnom en lien avec cet événement. C’est en quelque sorte une façon à la fois bienveillante et facétieuse de me congratuler.

« Un honneur pour Haïti » selon Michel Martelly, l’actuel Président haïtien, « Une grande nouvelle pour la culture québécoise  » pour le ministre de la Culture canadien. Vous avez aussi été reçu par le Président Hollande. Vous considérez-vous comme un écrivain haïtien, québécois, francophone... ?

Je suis un écrivain avant toute chose. J’ai même écrit Je suis un écrivain japonais pour montrer que les questions de nationalité et de géographie sont inacceptables en littérature. C’est précisément un espace où il n’y a pas de frontières. Est-ce que je suis né en Haïti ? Oui. Est-ce que je suis de culture haïtienne  ? Oui. Est-ce que je vis depuis trente ans au Québec ? Oui. Est-ce que je vais souvent en France ? Oui. Est-ce que la culture québécoise me plaît ? Oui… Mais quand il s’agit d’écrire, c’est une autre histoire. Un médecin d’origine haïtienne ne traitera pas seulement des patients haïtiens. En cela, il est tout simplement considéré comme un médecin et ce, même s’il est d’origine haïtienne. Cela va de même pour l’écrivain. Que les Français, les Québécois, les Haïtiens, les Africains soient fiers de mon entrée à l’Académie, c’est bien, mais ce n’est pas à moi de discourir là-dessus. Moi j’ai fait mon travail, cela fait trente-deux ans que j’écris sans arrêt.

Ne pensez-vous pas que le processus de création s’inspire d’un imaginaire géographique ?

Pas forcément. Si l’on veut découvrir les contours de la sensibilité d’un écrivain, il faut parcourir sa bibliothèque. Là, réside son véritable pays. L’écriture est un artifice, il faut apprendre à le déchiffrer, et cela nécessite un effort de la part du lecteur, qui se doit de s’imprégner de l’univers qui lui est offert. Le processus de création ne part pas forcément d’un endroit géographique donné, il s’inspire à la fois de gens et d’environnements très variés. J’ai écrit vingt-trois livres et tous ne se déroulent pas forcément en Haïti ou au Québec. Je remarque que la question de géographie ne se pose que lorsqu’il s’agit d’un pays plus pauvre. Un écrivain américain, allemand ou français est un écrivain. Par contre, on notera qu’il y a des écrivains sénégalais, des écrivains haïtiens, des écrivains ivoiriens. Je trouve ça dégradant pour la personne qui établit ce classement, pas pour celle qui malheureusement le subit. C’est une véritable « injure géographique ». Comme si certains ne peuvent pas atteindre l’espace temporel. Je suis un écrivain du début du XXIe siècle. Il y a des écrivains pour qui l’on parle d’époques, de sensibilités universelles, mais je constate que les choses changent souvent selon le pays. Même en publiant Je suis un écrivain japonais, impossible de me défaire de cette étiquette « Caraïbes ». Cela veut donc dire que non seulement on n’écoute pas ce que je dis, mais aussi que cette empreinte est indélébile, et ce, quoi que je fasse. Cette envie de liberté, ce désir de ne pas me contraindre ni me dénaturer, n’est pas en lien avec ce que j’ai vécu en Haïti comme on pourrait le penser. Je m’intéresse à une immensité de choses et toutes ces choses, vous les retrouvez dans l’ensemble de mes bouquins, c’est un buffet chinois. Ce qui naît de mon imagination provient à la fois de ce que je vois, ce que j’ai lu, ce que je sais, mais aussi de mon expérience, de ce que j’ai vécu et cela ne se résume pas à un seul endroit.

Est-ce une manière de dire « je ne suis pas seulement un écrivain haïtien » ? Parce qu’elle semble omniprésente dans votre œuvre malgré tout.

Ce n’est pas que je n’accepte pas d’être défini comme un auteur haïtien. Plusieurs fois, j’ai été approché simplement comme tel ou comme si je portais en moi un combat, mais on oublie trop fréquemment que je suis ce que je suis et non pas ce que les autres aimeraient voir en moi. Quand on interviewe Pascal Quinard, on va directement dans ses livres, sans s’arrêter à la porte de la littérature, comme on le ferait avec les auteurs du « tiers-monde ». On entre très rarement dans l’expression de ce qu’ils disent parce que des questions telles que : « pourquoi n’écrivez-vous pas dans votre langue maternelle  ? », « Pourquoi ne voulez-vous pas être un écrivain haïtien ? » entachent ce travail d’analyse et d’appropriation. Lorsque l’on évoque Haïti et toutes les références culturelles, géographiques qui reflètent l’imaginaire haïtien dans mes romans, il faut bien tenir compte du fait qu’il s’agit d’une manière d’écrire et non d’un combat. Si l’on prend mon dernier livre, vous remarquerez que je ne fais référence qu’à un seul ouvrage qui parle d’Haïti. Il n’y en a pas un qui se réfère à l’Afrique et il n’y a presque rien sur le Québec. Ce n’est pas un choix, c’est la simple réalité. Je ne fais pas de la littérature un outil politique, c’est ce qui est intéressant. J’ai réussi en écrivant ce livre à détourner le regard de la question de l’identité aujourd’hui j’espère avoir peut-être réussi à amener les lecteurs sur mon propre terrain tout en ne changeant pas pour autant ma personnalité et ma vision de la littérature. Ce terrain est celui de l’enfant étonné et ravi que le monde puisse lui appartenir, pas dans le sens de la propriété, mais dans le sens où il peut aller partout sans se soucier des frontières.

Écrire sur le tremblement de terre en Haïti, n’était-ce pas là une forme d’acte politique ?

J’étais en Haïti au moment du tremblement de terre. Je ne voulais pas écrire dessus, mais j’étais là-bas, à ce moment-là, je ne pouvais pas m’interdire d’écrire, il me fallait raconter ce que je voyais. Peut-être que c’est politique. Beaucoup me reprochent de ne pas l’être et je leur réponds précisément que si la politique s’apparente à d’inutiles grenouillages, j’accepte l’accusation avec grand plaisir. Néanmoins, si lorsque l’on parle de politique on évoque les affaires de la Cité, je suis votre homme. Je ne parle pas de maisons brisées ou de morts dans ce livre, pourtant il y en a eu 300 000. Le quotidien y est morbide mais un souffle de vie demeure malgré tout et c’est ce qui m’a inspiré. À aucun moment je ne me pose la question de savoir si la publication de ce roman sera ou non considérée comme un acte politique. Je n’ai jamais voulu que la politique telle qu’on la conçoit aujourd’hui soit au centre de mon travail. Par contre, si mon regard devient politique parce que j’observe les choses comme le ferait un enfant qui jette un regard déstabilisateur sur la réalité, très bien.

Seriez-vous plutôt un écrivain de la mémoire, mais aussi de l’exil, dans le sens où vos œuvres font de nombreuses allusions au temps qui passe, à l’enfance et à l’absence de frontière ?

Non, pas forcement, d’ailleurs ce sont des catégories qui me troublent. Je ne sais pas depuis quand on a déclaré que les écrivains qui ne vivent pas chez eux peuvent être définis comme des écrivains de « l’exil » ou de « la mémoire ». Je ne connais aucun écrivain qui ne soit pas de la mémoire. Il est impossible d’écrire sans mémoire. De même, je ne connais aucun écrivain qui ne soit pas en exil, en exil de son temps, de son enfance, de sa famille… Cette notion d’exil qui caractérise un certain nombre d’écrivains venant de pays qui connaissent ou ont connu toutes sortes de répressions politiques est abusive. Les écrivains ont toujours été exilés, l’exil du temps est aussi fort que l’exil de l’espace. Depuis les années 1960-1970, à l’apparition des études sur les littératures francophones, nous avons identifié le mot « exil » uniquement à des pays africains, des Caraïbes ou encore appartenant au Moyen-Orient. Toute cette redéfinition de l’exil et de l’espace est liée à la création d’une littérature francophone mais aussi postcoloniale. L’apparition de ces écrivains sur la scène, certains sont d’ailleurs des écrivains majeurs, a entraîné le sacrifice de mots qui existaient déjà, une redéfinition plus subjective. Il est clair que si j’écris sur l’enfance, je traiterai bien évidemment à un moment donné de l’enfance haïtienne mais pourquoi se focaliser dessus  ? C’est une période de la vie que l’on partage tous. Le matin de la vie n’a pas de spécialité, de catégorie propre aux différents coins du monde. Très souvent Haïti fait partie intégrante de mes narrations, j’évoque des lieux, des choses comme la rivière, des personnes telles que ma grand-mère… Je suis comme la tortue, qui marche avec sa maison sur le dos : je garde tout, tout le temps. Nous sommes constamment tout ce que nous avons toujours été en même temps. Tout mouvement, toute décision, consciemment ou non, est régie par l’ensemble de ce que nous avons toujours été. Quand je parle de l’enfance, il ne faut pas y voir de la nostalgie, mais une période de ma vie qui ne me quitte pas et fait partie intégrante de la personne que je suis devenue. Ce n’est pas l’enfance symbolique, elle ne représente pas le pays perdu ou le passé. La vie, pour moi, est un incessant présent de l’indicatif.

Que diriez-vous au lecteur qui aimerait connaître Dany Laferrière ?

Les lecteurs ne savent plus interroger les livres. L’écrivain devient ce people qu’il aimerait toucher, rencontrer. J’écris pour ne pas m’expliquer. L’ensemble de mes œuvres est un corpus, ils forment un seul livre. Nous sommes de plus en plus atteints de ce que je qualifierais de maladie biographique. Nombreux sont les lecteurs qui ne se contentent plus du monde qu’ils créent avec l’auteur. Ils ne cherchent même plus à se comprendre eux-mêmes, à travers des lectures et des découvertes. Quand j’écris, je suis un ensemble de lecteurs, avec parfois des sensibilités opposées, des lieux différents et des styles qui ne se ressemblent pas. J’ai appris à lire avec des livres dont les premières pages manquaient parfois, à Petit Goaves. Je ne savais pas tout le temps qui était l’auteur mais cela ne m’empêchait pas de me fondre dans son univers et de plonger dans l’histoire qui m’était contée, sans même chercher à savoir quelle en était la plume, ni l’origine de celui qui la tenait. J’ai dans l’idée que le lecteur crée le livre au même titre que l’écrivain, c’est une sorte de collaboration. Il n’y a pas de livre sans lecteur, ce n’est qu’un trait d’union entre l’écrivain et lui. Le livre est comme l’eau qui prend la forme du vase qui le contient, il épouse les contours de la sensibilité du lecteur. C’est pour cela que je ne suis pas pour fournir trop d’informations au lecteur, la lecture est une chose qui doit se faire dans la plus grande liberté.

Dany Laferrière en 5 dates :

1953 : Naissance à Port-au-Prince. / 1985 : Publie Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, VLB éditeur. / 1976 : Départ pour Montréal. / Décembre 2013 : Entre à l’Académie française. / Septembre 2014 : Publie L’art presque perdu de ne rien faire, Grasset. (édité au Canada chez Boréal en 2011).

Pascaline Pommier

Africultures

 

Isabelle Adjani : «J’ai eu beaucoup de crises de panique dans ma vie d’actrice»

INTERVIEW

Que n’a-t-il pas été dit à propos d’Isabelle Adjani ? Alors qu’elle revient sur les planches dans «Kinship», la comédienne jette un regard lucide sur ses choix, ses états d’âme et ses évitements :

«La condition d’actrice a fait de moi un personnage de roman.» Isabelle Adjani dit ça comme sans y penser, en coupant un morceau de viande saignante dans l’assiette d’un restaurant de palace, un soir où un orchestre jazzy couvre son murmure d’une enfilade de tubes d’ambiance chaloupés. Depuis plus de trois semaines, par textos remplis de smileys et de gifs, la star diaphane a répondu «OK, nickel» sur le principe d’une interview avec Libé, puis repoussé les rendez-vous de jour en jour, cherchant le meilleur moment pour avoir l’esprit libre…

La pièce Kinship (1), qu’elle joue tous les soirs au Théâtre de Paris, a failli capoter avant la première, sa partenaire de jeu, la comédienne espagnole Carmen Maura, finissant, au terme de répétitions estivales épuisantes, par jeter l’éponge, de même que le jeune metteur en scène Julien Collet. Remplie d’invraisemblances et de naïvetés sur l’univers de la presse, narrant une idylle contrariante et adultère entre une rédactrice en chef (Adjani) et un jeune reporter stagiaire (Niels Schneider), Kinship est une sorte de comédie de boulevard minimaliste qui ne convainc guère. La sortie concomitante en version Blu-ray (2) de la Reine Margot, un de ses derniers véritables grands rôles au cinéma, sous la direction de Patrice Chéreau en 1994, vient opportunément rappeler la fascination qu’a exercée l’actrice sur les plus grands cinéastes : ceux auxquels elle s’est parfois obstinément refusée (Luis Buñuel, Maurice Pialat, Jean-Luc Godard, Abel Ferrara…) comme ceux qui l’ont filmée (François Truffaut, André Téchiné, James Ivory, Roman Polanski, Andrzej Zulawski…).

Fille d’un garagiste algérien kabyle et d’une mère allemande, grandie dans une cité pauvre de Gennevilliers, Isabelle Yasmina Adjani rencontre le théâtre à 17 ans et explose au cinéma, d’abord avec la Gifle, de Claude Pinoteau, puis dans l’Histoire d’Adèle H, de François Truffaut. Le soleil noir baigne cette carrière et cette vie à la fois romanesque (les idylles avec Warren Beatty ou Daniel Day Lewis) et tragique (la disparition précoce de son frère toxicomane, Eric Hakim). Aujourd’hui, elle dit dans un soupir : «Toute mon ascendance est morte et ma descendance est émancipée.»

Au cours de l’entretien, on est surpris par sa franchise et une certaine férocité aussi dans la formulation. Evasive lorsqu’on cherche à savoir ce qu’elle fabrique de ses journées quand elle ne tourne pas - «Je ne sais, je ne peux pas vous expliquer, ce n’est pas compréhensible pour les autres» -, elle est en revanche très précise quand il s’agit de faire le point sur sa carrière à la fois fulgurante et pleine de trous d’air, l’exposition médiatique, le star-system à l’heure d’Internet. Ce soir-là, elle parle pendant deux heures et demie, en sortie de scène, de toute évidence pas spécialement fatiguée. Il lui a fallu jouer après avoir lu les premiers papiers assassins sur la pièce parus dans la presse, d’où la première question.

Les mauvaises critiques continuent-elles de vous heurter ?

Non, j’ai fait le travail thérapeutique adéquat. En revanche, j’ai toujours été stupéfaite par les traitements sadiques de ceux qui décident de vous corriger comme on dégueule son affect, comme si on n’avait pas été assez battu par son père, il faut se coltiner d’éternelles marâtres pour vous balancer le bouillon à la figure. La mise au supplice, c’est devenu un classique entre une certaine presse parisianiste et moi. Ils me font danser la même valse, il y en a toujours un ou une pour me dire : «Mais tu n’as pas mis les bons chaussons, ma petite, il faut que tu te mettes sur des pointes, tes pieds ne sont pas assez en sang.» Et puis, avec la bulle en expansion des réseaux sociaux, ces critiques prennent un plaisir hystérique à retweeter des articles injurieux. Règne en cette époque un esprit de propagande délatrice que je trouve horrible.

Vous n’avez pas de profil Twitter ou Facebook ?

Non, ça me terrifie totalement quand je vois mon jeune fils là-dessus. C’est se livrer délibérément en pâture à un système qui va, à coup sûr un jour ou l’autre, vous victimiser, abuser d’un égarement dans le règlement tel qu’il a été instauré. Je crois que les gens vont le payer très cher. C’est Big Brother - et consenti qui plus est -, un œil qui vous observe, ne serait-ce qu’à travers la puissance du hacking policier qui permet de savoir qui vous êtes, ce que vous faites ou achetez à chaque seconde. Il n’y a pas de sécurité virtuelle dans le virtuel : c’est une traque permanente. Je ne serai jamais une geek. Et je m’accroche au papier parce que ça reste quelque chose qui me garde paradoxalement contestataire. Mais j’ai bien compris aussi qu’il faut désormais être sa propre petite agence d’automarketing : ne pas s’y plier est risqué sur le marché de la notoriété fluctuante. Impossible de ne pas voir, par exemple, que les actrices qui font la couverture des magazines sont désormais peu ou prou toutes liées aux annonceurs ; elles ont un contrat publicitaire avec un grand groupe, chose qui était considérée il y a quelques années comme un faux pas, une faute de goût… Oui, pour exister, il faut aussi être un produit. Tout s’est modifié.

Quand je faisais Adèle H avec François Truffaut, je n’avais aucune proposition de contrat publicitaire de ce type, c’est venu bien plus tard. Or, pour une jeune actrice aujourd’hui, c’est la condition sine qua non de son existence : «Montre ta valeur et fabrique un désir de consommation qui est aussi le plus sûr moyen de provoquer le désir des producteurs et des cinéastes.» Des propositions de ce genre me sont arrivées, bien entendu, bien plus tard dans ma carrière, et j’ai été sous contrat pendant deux ans. Je ne le suis plus désormais, mais il y a toujours un sac à main qui porte mon nom !

Vous avez su maintenir un certain mystère sur votre personne, quelque chose qui est resté insaisissable, entre périodes d’absence et come-back…

J’ai toujours eu un énorme problème avec le fait de s’exposer, de parler, puisque c’était contraire à mon apprentissage, à mes origines. Enfant, adolescente, culturellement, ce qui m’avait été inculqué, c’est «ne te fais pas remarquer, ne raconte rien !» On se tait, on n’ouvre pas la porte et quand on entend quelqu’un marcher dehors, on s’arrête et on écoute, à l’affût du danger.

Actrice était d’évidence la pire profession que je pouvais embrasser parce que en rupture avec ce que j’étais, ma structuration identitaire. Au début, communiquer était comme rompre une forme d’autisme qui me protégeait des agressions extérieures. A 18 ans déjà, les journalistes me supportaient difficilement alors que je disais juste la vérité. Face à vos questions, à ces agressions orchestrées, je peux pas, j’y arrive pas, je veux pas… Ça me dérange. Il m’a fallu un temps fou avant de supporter, peut-être, ce que j’avais vécu depuis mon enfance, tout ce qui ne m’a pas permis de m’aimer, d’avoir l’estime et la confiance qui m’auraient été nécessaires pour faire face et supporter sans avoir sans cesse besoin de fuir. Quand je relis l’autobiographie d’Ingmar Bergman, où il raconte ses attaques de panique, je sais exactement de quoi il retourne. J’ai eu beaucoup de crises de panique dans ma vie d’actrice, paralysantes. Je pouvais tout laisser en plan, partir, sauter dans le premier avion. Combien de fois, par peur, j’ai déserté de cette façon ma vie et mes projets aux Etats-Unis avec cet irrépressible besoin de me réfugier chez moi ?

Pas seulement aux Etats-Unis. C’est aussi ce que vous avez fait en quittant brutalement Godard au début du tournage de Prénom : Carmen. Vous l’avez bien planté.

Mon père était à l’hôpital en train de mourir. Pour moi, Godard fait partie de mon oxygène et Anna Karina de ma féminité, donc oui, ce film était une chose inouïe. Et pourtant, je ne pouvais me résoudre à être sur un plateau de cinéma alors que mon père agonisait, j’avais l’impression de l’abandonner. La vie m’a rattrapée tout le temps. La carrière, c’est vraiment une question d’organisation, de planification froide, d’un entourage qui est un peu à votre service et qui joue comme une agence conseil ou un garde-fou qui vous ramène dans le cadre quand vous en sortez. Mais j’ai toujours fonctionné à la fois comme un électron libre et un chef de famille. En cela je ne suis pas complètement une actrice, et il est désormais trop tard pour faire comme les autres. Je manque de pragmatisme, j’ai une grande difficulté à me placer dans l’ordre raisonné des choses, les calendriers, les horloges. Normalement, l’égoïsme intelligent c’est : «il y a un temps pour chaque chose», or, si on a besoin de moi, je pars en croisade. Alors là, non, j’ai pas le temps, j’ai pas le temps, j’ai pas le temps… Et puis, pardon, mais je n’ai planté personne, ça a donné sa chance à Maruschka Detmers et mon départ de Prénom : Carmen est aussi et/ou encore un geste godardien ! [Rire]

Vous êtes passée très jeune d’un univers prolétaire - votre père garagiste, l’appartement en cité HLM - à un star-system chromé. Ça monte au cerveau ce genre de choses, non ?

Etre en présence de gens célèbres, franchement, je m’en foutais. Pendant longtemps, même, les rencontrer a été une épreuve. Lorsque j’ai vécu avec Warren Beatty, si Madonna venait dîner à la maison, je me cachais, je ne voulais pas la rencontrer. [Elle éclate de rire]

Quel a été le déclic dans votre histoire avec Warren Beatty ?

L’homme qui m’intéressait, ce n’était pas la star qui avait explosé dans Bonnie and Clyde, mais le réalisateur et producteur de Reds[sur John Reed, journaliste communiste couvrant la révolution russe en 1917, ndlr]. Sans ce film, il n’y aurait jamais eu d’idylle. J’étais à Los Angeles pour présenter un film, il était habillé tout en blanc, au bord d’une piscine, avec une dégaine à la Gatsby. Il était très désespéré à cause d’une rupture avec Diane Keaton. Et j’ai regardé ce personnage désemparé. A cette période, il préparait un film sur Howard Hughes. Mais il a décidé d’abandonner le projet parce qu’il est rentré dans LA peur phobique que ce serait son film testamentaire : s’il le faisait, il en mourrait.

Les êtres vers lesquels j’avais envie d’aller n’étaient pas ceux qui avaient le coefficient de notoriété le plus élevé. Je préférais traîner avec André Téchiné et Roland Barthes quand j’avais 19 ans. J’adorais Barthes, tellement douloureux et doux. Je pense aussi à Anne-Marie Rassam [épouse de Claude Berri, elle s’est défenestrée en 1997 de l’appartement de la mère d’Isabelle Adjani] et son frère, le producteur Jean-Pierre Rassam [qui a notamment produit la Grande Bouffe, il s’est suicidé en 1985 en avalant médicaments et somnifères] : ils ont été ma nouvelle famille à mes débuts, ils voulaient vraiment s’occuper de moi, que je travaille avec les plus grands cinéastes. Ça les amusait beaucoup de me voir indifférente à tout le tohu-bohu de folie autour de ma jeune personne. Si Jean-Pierre Rassam avait dirigé la Gaumont et ne se l’était pas fait piquer par Toscan du Plantier, le chemin que j’ai suivi aurait été tout autre.

Vous aviez des relations compliquées avec Toscan ?

A l’époque, des cinéastes vous appelaient et vous faisaient passer des scripts, et finalement, le rôle vous était retiré ! En revanche, Isabelle Huppert, compagne de Toscan, écrasait la concurrence. Je suis la première à chanter ses louanges - elle a fait une carrière remarquable - mais la suprématie d’Isabelle Huppert a, dans ces années-là, polarisé le secteur de façon assez mémorable. C’était drôle, je recevais des coups de fil d’autres comédiennes : «Ah, toi aussi, il t’arrive la même chose ?!»

Oui, et en même temps vous avez refusé à Pialat de jouer Loulou et Huppert l’a fait à votre place.

Et tant mieux, elle a marqué ce film d’une empreinte sans pareille. Ce cher Maurice s’est vengé quelques années plus tard. Quand j’ai eu un césar pour l’Eté meurtrier, le césar du meilleur espoir a été attribué à Sandrine Bonnaire pour A nos amours, et Pialat avait déclaré, en parlant de moi : «Elle joue comme un cochon !»[Elle éclate de rire] Ça avait fait un gros titre dans un quotidien. C’est des moments qui me manquent, même les coups bas étaient marrants. Il y avait une façon émouvante de se payer la tête de l’autre, ça n’a rien à voir avec le côté dégueulasse d’aujourd’hui. C’étaient des gens que j’aimais… inspirés, cultivés, authentiquement fous, au risque d’y perdre la vie d’ailleurs.

Vous avez eu avec Bruno Nuytten le rêve du couple artistique et amoureux sur le modèle John Cassavetes-Gena Rowlands mais ça n’a pas duré. Pourquoi ?

Je ne m’en consolerai jamais. Dans l’après-Camille Claudel, on avait le projet de plusieurs portraits de femmes, on voulait faire un film par an. Mais Bruno, immensissime chef opérateur [il a fait l’image notamment des Valseuses de Blier, d’India Song de Duras et du Détective de Godard], ne s’est mis à la réalisation que parce qu’à l’époque, en 1987, la rumeur est entrain de m’enterrer vivante [le 18 janvier 1987, Isabelle Adjani est au 20 heures de TF1 pour faire taire une rumeur selon laquelle, malade du sida, elle serait mourante ou morte] et il a écrit et porté le film pour me sauver comme femme et actrice. Il s’est littéralement sacrifié. Camille Claudel réalisé, et ni le film ni moi ne lui appartenant plus, il a vécu comme insultant et injuste d’être présenté comme l’exécutant du désir d’Adjani. C’était absolument faux évidemment, mais je ne suis jamais parvenue à le dissuader du contraire. L’échec de cette association magnifique, que je n’arrive toujours pas à comprendre, a scellé en un sens la nature de ma carrière durant les années suivantes.

La Reine Margot est réédité dans une version Blu-ray. Quel souvenir gardez-vous de Patrice Chéreau ?

Patrice vibrait tout le temps, il était dans un état de sensibilité aiguë, il faisait de très nombreuses prises, et j’avais le sentiment qu’il voulait aller aux extrêmes limites de la fatigue pour atteindre une excitation particulière. Il aimait bien être impressionné de temps en temps, se dire : «C’est mon actrice et ce n’est pas n’importe laquelle.» Je me sentais très protégée par sa manière de diriger, il avait une technique très charnelle, très tactile d’organiser les scènes. C’était aussi un homme vulnérable : épris sur ce tournage, il voulait, par amour, offrir son film à celui qui comptait presque plus que le film lui-même : Pascal Greggory.

La disparition organisée à la Greta Garbo vous a-t-elle tentée ?

J’ai toujours pensé, à 20 ans, que lorsque j’en aurais 40, je m’arrêterais. Je suis très emmerdée parce que j’éprouve un sentiment d’inaccompli, et aussi longtemps que je n’aurai pas atteint mon but, je suis coincée, je ne peux pas m’arrêter. Je ne suis pas contente, je ne suis pas satisfaite, je me suis prise au piège toute seule et je dois trouver la solution. Il va falloir être un peu créative. Ne pas non plus s’enfermer toujours dans le même cri. J’ai hâte.

(1) Jusqu’au 31 décembre au Théâtre de Paris, 15, rue Blanche, Paris IXe. (2) «La Reine Margot», de Patrice Chéreau, édition Digibook Blu-ray, Pathé, 20 €.

Didier PÉRON

Libération

 

OIF : les couacs du sommet de Dakar, une ombre sur la diplomatie africaine de la France

Problèmes de protocole, déclarations de François Hollande jugées humiliantes par certains chefs d'État du continent et surtout, élection d'une non-Africaine à la tête de l'OIF. Retour sur un sommet qui laissera des traces dans les rapports entre l'Afrique et la France.

Il y eut bien sûr les louanges unanimes à l'égard d'Abdou Diouf, qui a engrangé les hommages de ses pairs du début à la fin de l'événement. Mais le XVe sommet de l'OIF qui s'est tenu du 29 au 30 novembre à Dakar, a aussi engendré quelques désagréments parmi les délégations africaines, traditionnellement chouchoutées mais qui, cette année, sont reparties de Dakar non sans amertume.

Premier impair, vis-vis de l'Union africaine (UA). Le jour de l'ouverture, alors que seize chefs d'État ou dignitaires doivent se succéder à la tribune pour y lire leur discours, le président en exercice de l'UA, le Mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, se trouve relégué en deuxième partie de cérémonie, derrière la directrice générale de l'Unesco, la Bulgare Irina Bokova. Froissé, il renonce à son discours.

Mais pour les chefs d'État africains présents à Dakar, la principale fausse note du sommet est venue de trois petites phrases nichées dans le discours de François Hollande : " [...] ce qu’a fait le peuple burkinabè doit faire réfléchir ceux qui voudraient se maintenir a la tête de leur pays en violant l’ordre constitutionnel. Parce que ce sont les peuples qui décident. Ce sont les élections qui permettent de savoir qui est légitime et qui ne l’est pas."

Mécontentement… en coulisses

S'ils n'en laissent rien paraître officiellement, plusieurs chefs d'État ou de délégation potentiellement visés par l'allusion ne dissimulent pas, en coulisses, leur mécontentement. Congo-Brazzaville, Djibouti, RDC, Guinée-Équatoriale, Rwanda, Tchad, Togo... Le clan des mécontents n'apprécie pas de recevoir cette leçon de gouvernance venue de Paris, a fortiori lors de la session inaugurale d'un sommet couvert par 800 journalistes venus du monde entier.

Fidèle à son franc-parler coutumier, le Rwanda, la ministre des Affaires étrangères rwandaise, Louise Mushikiwabo, lance un pavé dans la mare dès le lendemain, dénonçant sur France 24 un procédé "inélégant". Loin des caméras, plusieurs délégations africaines viendront lui témoigner leur soutien. "Ça fait deux fois qu'un président français vient humilier l'Afrique sur son sol, à Dakar, tempête un ministre d'Afrique centrale. De quelle légitimité peut se prévaloir un chef d'État dont la cote de popularité dans son pays ne dépasse pas 12% pour venir donner des leçons au continent?" "La réaction de votre ministre est légitime, assurent les représentants d'une autre délégation africaine à leurs homologues rwandais. Mais de notre côté, on n'a pas osé dénoncer ouvertement le discours de Hollande."

Le discours de François Hollande a également fait tousser l'Ivoirien Alassane Ouattarra, qui a obtenu de changer la résolution du sommet sur la crise au Burkina. "Saluons" la transition est devenu "prenons acte de" la transition. Et la mention de la "charte de la transition", qu’il estimait dangereuse car remettant potentiellement en cause les "institutions", a été supprimée. Quant au mouvement Y'en a marre, hier fer de lance de la fronde anti-Abdoulaye Wade lorsque l'ex-président sénégalais décidait de briguer un troisième mandat au mépris d'une Constitution qu'il avait lui-même fait adopter, il juge le discours présidentiel "déplacé".

"C'est une tentative de récupération des luttes de libération de la jeunesse africaine, qui, du Sénégal au Burkina, a obtenu gain de cause par ses propres moyens, sans l'aide des grandes chancelleries occidentales, estime Fadel Barro, co-fondateur du mouvement. Nous appelons les jeunes du continent à se détourner de ce genre de discours, qui rappelle celui de François Mitterrand à La Baule, pour se concentrer sur leurs propres luttes. Ce n'est pas l'Occident qui viendra nous sauver."

"Les jeux étaient faits"

Enfin, parmi le clan des déçus du sommet, les délégations qui soutenaient l'un ou l'autre des quatre candidats africains en lice n'ont guère apprécié de se voir ravir le trône d'Abdou Diouf, jusque-là chasse gardée du continent, par la candidate canadienne. "La France n'a rien fait pour aider l'Afrique à parvenir à un consensus", déplore un candidat malheureux. "Les jeux étaient faits, analyse un ministre d'Afrique centrale. Paris misait sur la division africaine, et les Africains sont tombés dans le panneau." Alors que certains de ces pays étaient prêts à tenter leur chance au vote, le président français aura pesé de tout son poids pour reconduire une désignation par consensus qui, pour la première fois, s'est retournée contre l'Afrique. "Je trouve surprenant que la France ait laissé ce poste échapper à l’Afrique, analyse le Mauricien Jean Claude de l'Estrac. Et je ne suis pas sûr que cela soit dans son intérêt."

>> Lire la tribune de Jean Claude de l'Estrac : "La trahison de dakar"

À l'arrivée, avec une quinzaine de délégations africaines sur vingt-huit froissées, contrariées, voire courroucées, le XVe sommet de l'OIF pourrait bien laisser des séquelles dans la diplomatie africaine de François Hollande.

De g. à dr. : Abdou Diouf, François Hollande et Macky Sall, le 29 novembre à Dakar.De g. à dr. : Abdou Diouf, François Hollande et Macky Sall, le 29 novembre à Dakar. © AFP

Mehdi Ba, à Dakar

Jeune Afrique

Modiano, Nobel de littérature 2014 à Stockholm : « Le romancier est une sorte de voyant »


Patrick Modiano lors de son discours à Stockholm le 7 décembre.

Modiano prononçant un discours ! Depuis l’annonce de l’attribution du prix Nobel de littérature à l’écrivain français, le 9 octobre, ses fidèles se demandaient comment il viendrait à bout de cette épreuve imposée, lui qui a tant de mal à finir ses phrases, et qui évite le plus possible de prendre la parole en public.

Lire aussi : Verbatim : le discours de réception du prix Nobel de Patrick Modiano

A Stockholm, ce dimanche 7 décembre, le lauréat a brillamment relevé le défi. Les yeux rivés sur son pupitre, il a prononcé dans les locaux de l’Académie suédoise, au cœur de la vieille ville, un discours d’une quarantaine de minutes. Un grand moment de littérature, dans lequel l’écrivain s’exprime sur ce qui est essentiel à ses yeux : l’écriture, la mémoire et l’oubli. Ce texte, l’un de ses plus beaux et de ses plus forts, sera prochainement publié en un petit volume par son éditeur, Gallimard.

D’emblée, Patrick Modiano évoque son appréhension à discourir, ses difficultés d’élocution, sa « parole hésitante, à cause de son habitude de raturer ses écrits ». Il souligne aussi combien un romancier est « aveugle vis-à-vis de ses propres livres » : « Les lecteurs en savent plus long que lui sur ce qu’il écrit. »

« Vous ne pouvez pas faire marche arrière »

Ces réserves posées, l’auteur de La Place de l’étoile revient sur ce qui le pousse à écrire, livre après livre, depuis 1968. « C’est un peu comme d’être au volant d’une voiture, la nuit, en hiver et rouler sur le verglas, sans aucune visibilité, dit-il. Vous n’avez pas le choix, vous ne pouvez pas faire marche arrière, vous devez continuer d’avancer en vous disant que la route finira bien par être plus stable et que le brouillard se dissipera. »

Plus loin, en référence à Rimbaud mais aussi à son « cousin lointain » le peintre Modigliani, il présente l’artiste comme « une sorte de voyant et même de visionnaire ». Son rôle, celui du romancier en particulier, consiste à dévoiler le « mystère » et la « phosphorescence » qui se cachent au fond de chaque personne.

Modiano évoque aussi deux des thèmes majeurs qui nourrissent toute son œuvre : Paris et l’Occupation allemande. « Je ne voudrais pas vous ennuyer avec mon cas personnel, s’excuse-t-il, mais je crois que certains épisodes de mon enfance ont servi de matrice à mes livres, plus tard. »

Des épisodes souvent liés justement à Paris et à l’Occupation, cette « nuit originelle » qui a permis à ses parents de se rencontrer, et dont, lui qui est né en 1945, se sent directement issu. « Les personnes qui ont vécu dans ce Paris-là ont voulu très vite l’oublier, note-t-il. Mais devant les silences de nos parents, nous avons tout deviné, comme si nous l’avions vécu. »

« Faire resurgir quelques mots à moitié effacés »

Lutter sans cesse contre l’amnésie et l’oubli, tel est pour l’auteur de Dora Bruder et d’Un Pedigree le sens même de son travail.

Les jurés du prix Nobel l’avaient présenté en octobre comme « le Proust de notre temps ». L’intéressé corrige un peu la formule. « J’ai l’impression qu’aujourd’hui la mémoire est beaucoup moins sûre d’elle-même » qu’à l’époque de Marcel Proust, et que la recherche du temps perdu se heurte à une « masse d’oubli qui recouvre tout. »

Faute de pouvoir recréer le passé dans ses moindres détails, Modiano entend plus modestement « faire resurgir quelques mots à moitié effacés, comme ces icebergs perdus qui dérivent à la surface de l’océan. » Une superbe formule qui pourrait résumer l’ensemble de son œuvre.

Après ces derniers mots, l’écrivain est resté plusieurs secondes encore les yeux sur son texte, dans un étonnant silence. Puis il a fini par relever le visage, et regarder pour la première fois la salle, tout en faisant un geste des bras, comme pour dire : « voilà, c’est tout ce que j’avais dans mon sac » et se soumettre enfin au verdict du public. A ce signal, les applaudissements ont fusé. Une gerbe de fleurs a été apportée à Dominique Zehrfuss, l’épouse de Patrick Modiano, qui était assise au premier rang. Le lauréat, lui, s’est vite éclipsé en coulisses.


Le Baobab signe le clip Ebola

baobab

Abdoul Jabbar, Joe Dioubaté et Ras Condel. Autant dire les voix sages et donc sûres du reggae guinéen s’unissent pour chanter contre Ebola. Mais cette chanson n’est que le baptême de feu ‘‘de trois lion du reggae guinéen unis pour une grande aventure musicale’’, comme le signifie un des lions. Et cette union sacrée s’appelle…le Baobab !

Guinee 7