Irrésistibles afropolitains


Ce sont les nouveaux prodiges de la littérature anglophone. Ils viennent d’Afrique, bousculent la langue et rencontrent le succès dans le monde entier. Mais quel est leur secret ? (photo : Chimamanda Ngozi Adichie).

Quel est le rapport entre un sparadrap « couleur chair », une soirée à la librairie parisienne L’Humeur vagabonde et une canne en bois, baptisée Mormegil, alias « noire-épée, dans la langue de Tolkien » ? La littérature, bien sûr. Plus précisément, une nouvelle vague made in diaspora, incarnée par de jeunes écrivains d’origine africaine, de langue anglaise le plus souvent, et qui vivent (presque) indifféremment, aux deux (ou trois) extrémités de la planète.

Née au Nigeria, Chimamanda Ngozi Adichie, 37 ans, partage son temps entre Chicago et Lagos ; natif du Ghana, Nii Ayikwei Parkes, 40 ans, navigue entre Londres et Accra ; quant à Olufemi Terry, 42 ans, né en Sierra Leone, il se trouve présentement en Allemagne, après avoir grandi au Nigeria, au Royaume-Uni et en Côte d’Ivoire. Le terme d’« afropolitain » (clin d’œil à leur éclectisme cosmopolite), inventé en 2005 par la romancière Taiye Selasi, leur va bien. Eux-mêmes s’en contrefichent. Comme on dirait ici, qu’importe le flacon…

Dans son nouveau roman, le formidable Americanah, à paraître début 2015 chez Gallimard, Chimamanda Ngozi Adichie met en scène une jeune émigrée nigériane de Philadelphie, Ifemelu, qui, entre autres activités, tient un blog. Elle y parle, en long, en large, et jamais de travers, de la race et du racisme. Ainsi, un jour, propose-t-elle à ses lecteurs de faire un test (« Si vous répondez non à la plupart des questions, félicitations, vous bénéficiez du privilège des Blancs », prévient-elle). L’héroïne d’Americanah imagine donc une douzaine de colles. Cela va de : « Quand vous allumez une chaîne de télévision nationale (…), vous attendez-vous à voir surtout des gens d’une autre race ? », jusqu’à : « Quand vous mettez des sous-vêtements couleur chair ou utilisez des pansements couleur chair, savez-vous à l’avance qu’ils ne seront pas assortis à la couleur de votre peau ? » Humour caustique, sens aigu du détail, la grande Chimamanda Ngozi Adichie ­balaie, de son regard au scalpel, son Lagos natal et l’Amérique d’Obama. Elle utilise « une langue mondiale », se félicite la Zimbabwéenne Lucy Mushita, installée à Nancy, elle-même auteure du beau roman Chinongwa (Actes Sud, 2012).

Excellemment traduit

Langue « mondiale » ne veut pas dire standardisée. La preuve par Nii Ayikwei Parkes et le tandem déroutant que finissent par former le jeune Kayo, médecin légiste, et le vieux Yao Poku, chasseur à l’ancienne, héros de Notre quelque part, premier roman de l’écrivain ghanéen. Excellemment traduit par Sika Fakambi, le texte devient un mélange de français classique et de langue nouchi, un « français populaire forgé à Abidjan », explique la traductrice. De père béninois et de mère française, cette Nantaise d’adoption n’a pas ménagé sa peine pour convaincre les éditeurs de traduire Notre quelque part. La patronne des éditions Zulma, Laure Leroy, s’est finalement laissé séduire. Par Nii Ayikwei Parkes, mais aussi par la génération des afropolitains de langue anglaise.

L’éditrice de la rue du Dragon, dont le catalogue ne se caractérisait pas, jusque-là, par un fort tropisme africain, s’est ruée sur « tous les travaux des ateliers du [prestigieux et anglophone] Caine Prize ». Sorti à l’automne, Snapshots, titre d’un recueil de nouvelles (saluées par le Caine Prize), donne à voir comment la « langue anglaise postcoloniale, trempée dans les réalités mutantes des grandes cités » devient un « espace de métamorphose des imaginaires et des sensibilités », dixit Zulma. Même enthousiasme à Nantes, où le festival Impressions d’Europe a reçu, pour la première fois, des auteurs africains anglophones, parmi lesquels le Nigérian Helon Habila. A Paris, Océane Naud, employée de L’Humeur vagabonde, a aussi été séduite. « Ces livres nous font découvrir des pays d’Afrique quasiment inconnus en France », avance-t-elle. Lors des séances de lectures organisées fin novembre à la librairie, ont été mis à l’honneur, entre autres, la Zimbabwéenne No Violet Bulawayo et l’étonnant Sierra-Léonais Olufemi Terry.

La nouvelle de Terry « Jours de baston », avec son héros solitaire, mélange de chevalier et d’enfant des rues défoncé, « sort complètement des clichés qu’on a sur la littérature africaine », souligne Sika Fakambi, également traductrice du recueil. « Par exemple, insiste-t-elle, le mot anglais “bush”, qu’on aurait pu rendre par “brousse”, j’en ai fait “broussaille” : l’histoire peut se passer en Autriche aussi bien qu’en Sierra Leone… » Mais cette science de l’universel, qui bouscule les mondes, les fait s’entremêler, est-ce vraiment nouveau ? « Il y a trente ans, si une bibliothèque ou une librairie m’avaient demandé d’inviter des auteurs africains, j’aurais été embarrassé…, s’amuse l’éditeur Bernard Magnier, qui dirige la collection « Lettres africaines » chez Actes Sud. Qui, à l’époque, connaissait Tchicaya U Tam’si ? Mongo Beti ? Sony Labou Tansi ? Ce n’est pas tant la littérature africaine, qui a changé, insiste-t-il, que sa réception en France. »

500 000 exemplaires aux Etats-Unis

Les lecteurs – français – se seraient bonifiés avec le temps ? Mais pourquoi faire si bruyamment la fête aux anglophones ? Pourquoi s’ébaudir, alors qu’une Leonora Miano ou un Alain Mabanckou, pour ne citer qu’eux, ont montré le chemin d’écritures « libres de tout clan, de toute surenchère », dessinant peu à peu « le nouveau visage d’une Afrique qui se cherche parfois loin de la géographie du continent noir », comme l’affirme avec force l’auteur de Lumières de Pointe Noire (Seuil, 2013) au « Monde des livres » ? Est-ce, comme l’avance Laure Leroy, parce que « les francophones ne parlent qu’à la France – qui n’a pas envie de les entendre. Alors que les anglophones parlent au monde entier », étant lus quasi simultanément de l’Inde aux Etats-Unis, de l’Afrique du Sud à l’Australie ? Chimamanda Ngozi Adichie, pas plus que les éditions Gallimard, ne diront le contraire : Americanah s’est déjà vendu à 500 000 exemplaires aux Etats-Unis et va être traduit en 25 langues…

« Ce qu’il y a de spécifique pour les auteurs africains francophones, c’est le fait d’être entièrement dépendants de la France, de Paris, pour leur visibilité. Leurs propres pays ne constituent pas des nations littéraires », observe l’écrivain Sami Tchak. « Nous sommes aussi les “enfants du déclin”, enfants d’une époque où la France, notre référence, a cessé d’être la lumière du monde », précise-t-il dans un essai remarquable, La Couleur de l’écrivain (La Cheminante, 224 p., 20 €). Chacun « voit le monde à sa fenêtre », relève ­Véronique Tadjo. Franco-Ivoirienne, l’auteure de Loin de mon père (Actes Sud, 2010) vit à Johannesburg. Les écrivains africains francophones ont la « désagréable impression d’avoir encore à demander la permission d’utiliser le français, ironise-t-elle dans le courriel qu’elle nous a adressé. C’est une langue qu’on leur prête et qui appartient fermement à la France, notre mission principale étant de l’enrichir. » Joint au téléphone, l’excellent Janis Otsiemi, auteur d’African Tabloïd, confirme à sa façon : « Ma langue, celle de tous les jours, on l’appelle au Gabon du “français coupé-cloué”. Quand j’écris, ça vient tout seul. Mais après, je dois rectifier, afin que le texte reste compréhensible pour un lecteur français. Obligé ! »

Rien de tel chez les anglophones, l’anglais n’étant pas (ou plus) la langue de l’ancien colon, mais, comme le souligne le philosophe Achille Mbembé, un « pidgin universel », que d’immenses écrivains ont su transformer, secouer, renouveler – à l’image d’une Yvonne Vera ou d’un Ken Saro Wiwa. « Le dynamisme du monde anglophone saute aux yeux. Au Nigeria ou en Afrique du Sud, pays de riches et vieilles tra­ditions littéraires, il existe de vrais Salons du livre, de grandes ­maisons d’édition, des revues en ­ligne… », constate Boniface ­Mongo-Mboussa, collaborateur ­d’Africultures, magazine (francophone) d’actualité culturelle en ligne. « Et puis, chez les anglophones, les femmes sont pléthore ! », ajoute-t-il.

Il suffit de parcourir le beau catalogue des éditions suisses Zoé pour s’en convaincre : de Bessie Head à Henrietta Rose-Ines, en passant par Chinelo Okparanta (à paraître en français, début février), les femmes de lettres ne manquent pas. Comment les appeler ? Afropolitaines ? Afropéennes (si elles vivent en Europe) ? A l’initiative de la revue Africultures, un dossier consacré à la construction d’une « nouvelle identité » culturelle, intitulé « Afropea », devrait sortir en 2015. Car les mots et les noms – ou leur absence – ont un sens. Dans Notre quelque part, le vieux Yao Poku l’a bien dit : « Sur cette terre, ici, nous devons bien choisir l’histoire que nous allons raconter, parce que l’histoire va nous changer. Ça va changer comment nous allons vivre après. » Le débat ne fait que commencer.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/livres/article/2014/12/03/irresistibles-afropolitains_4533697_3260.html#BPu41hafyZ5wxkP4.99

MAURITANIE: 'L'esclavage', une menace contre l'unité de la Mauritanie

Nouakchott, Mauritanie - «La véritable menace qui pèse sur l’unité nationale et hypothèque l’existence même du pays, est la volonté manifeste de l’Etat, poussé par les forces les plus rétrogrades, de maintenir des pans entiers de la société dans l’esclavage et dans une ségrégation abjecte», selon une déclaration de l’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA), une ONG anti esclavagiste mauritanienne.
L’association anti esclavagiste répond ainsi à une allocution du président Mohamed Ould Abdel Aziz prononcée le 28 novembre dernier, à l’occasion de la célébration du 54é anniversaire de l’indépendance du pays, annonçant sa détermination à combattre «l’extrémisme».
Ce mouvement dont le leader, Biram Ould Dah Ould Abeid, candidat malheureux à l’élection présidentielle de juin 2014 et prix de l’ONU pour les droits de l’homme en 2013, et plusieurs militants sont actuellement détenus à titre provisoire, dénoncent par ailleurs leurs conditions d’incarcération.
Criminalisé par la constitution et plusieurs autres textes, le phénomène de l’esclavage continue à faire l’objet d’interprétations divergentes en Mauritanie.
Les autorités admettent l’existence de «séquelles» et ont annoncé en mars dernier, l’adoption d’une feuille de route en 29 points pour leur élimination.
Les ONG anti esclavagistes dénoncent une pratique à grande échelle dont les présumés auteurs jouissent «de l’impunité».

Pana 02/12/2014

GABON: Polémique sur les origines du président gabonais Ali Bongo

LE MONDE | 02.12.2014 Par Cyril Bensimon
Entre Pierre Péan et le Gabon, c’est une vieille histoire. Cela fait plus de cinquante ans que l’enquêteur fréquente ce pays, plus de trente que « [son] petit Etat équatorial », comme il le surnomme, nourrit ses écrits. Son dernier livre, Nouvelles affaires africaines. Mensonges et pillages au Gabon (Fayard, 260 p., 18 €), est un brûlot anti-Ali Bongo.

L’auteur accuse le chef de l’Etat gabonais d’avoir ordonné l’assassinat d’opposants, d’avoir volé l’élection présidentielle de 2009 avec la complicité de Nicolas Sarkozy, de s’être fait fabriquer de faux diplômes en France ou bien encore d’être à la tête d’une « légion étrangère » qui a fait main basse sur le pays. Cependant, l’accusation la plus sensible porte sur les origines d’Ali Bongo. L’occupant du Palais du bord de mer est, selon M. Péan, né au Biafra et a été adopté à la fin des années 1960 par Omar Bongo et son ancienne épouse Joséphine lorsqu’il était âgé d’une dizaine d’années. Cette rumeur circule de longue date mais l’écrivain assure n’avoir « aucun doute » sur la véracité de ce qu’il affirme.

« Ça n’a jamais été un secret. Je l’avais déjà écrit il y a trente ans mais je n’avais pas mis son nom, car il n’était rien à l’époque. Toute l’opération d’adoption a été montée par Maurice Delauney [l’ambassadeur de France au Gabon à l’époque des faits] », avance Pierre Péan, qui fonde sa démonstration sur des témoignages principalement anonymes. Selon lui, il s’agissait alors pour Paris d’impliquer davantage le régime gabonais aux côtés des sécessionnistes biafrais, en guerre contre le pouvoir nigérian entre 1967 et 1970 avec le soutien discret de la France.

Cahier aux pages jaunies
Cette polémique, qui avait déjà été soulevée au lendemain de l’élection de 2009, n’est pas sans conséquences politiques. L’article 10 de la Constitution du Gabon dispose que « toute personne ayant acquis la nationalité gabonaise ne peut se présenter comme candidat à la présidence de la République ». En tant qu’enfant adopté à l’étranger, l’actuel chef de l’Etat n’aurait donc pas le droit de briguer la magistrature suprême. L’antienne est devenue l’un des principaux thèmes de campagne de l’opposition.

Deux documents obtenus par Le Monde viennent cependant affaiblir cette thèse de l’adoption. Le premier est une photographie d’un registre d’état civil que des proches de la présidence gabonaise affirment avoir découvert ces dernières semaines dans les archives de la mairie de Brazzaville. Ali Bongo a toujours prétendu être né en 1959, un an avant l’indépendance du Gabon, dans la capitale de l’actuelle République du Congo.

Présenté comme ayant été retrouvé à la mairie de Brazzaville, ce document attesterait qu'Ali Bongo est le fils naturel de son père Omar. Les deux hommes ont changé de prénom lors de leur conversion à l'islam.
Sur ce cahier aux pages jaunies et écornées, on peut y lire, rédigé à l’encre bleue, que « le neuf février mil neuf cent cinquante-neuf à une heure quarante-cinq minutes est né à l’hôpital général : Alain-Bernard(…) de : Albert Bongo [les prénoms respectifs des père et fils Bongo avant leur conversion à l’islam] (…) qui déclare le reconnaître et de : Joséphine Kama (…). Dressé le dix février mil neuf cent cinquante-neuf à onze heures, sur la déclaration du père de l’enfant… » Suit la signature de celui, qui huit ans plus tard, débutera son règne sur le Gabon jusqu’à sa mort en 2009.

Pour Pierre Péan, ce registre est un faux établi fin 2013 à la demande de la mère d’Ali Bongo. Celle-ci, dit-il, a sollicité l’aide du maire de Brazzaville qui n’est autre que le gendre de Denis Sassou-Nguesso. Soit, mais cela soulève une question : pourquoi le président congolais aurait fait cette faveur à son homologue gabonais alors que leurs relations sont notoirement mauvaises ?

Plainte en diffamation
Le second document obtenu par Le Monde est une photo de famille sur laquelle posent deux adultes, le général Teale, qui fut l’aide de camp du premier président du Gabon, Léon Mba, puis de son successeur M. Bongo, et Joséphine Bongo, ainsi que cinq enfants.

Photographie datée de 1963 appartenant à la famille Teale. L'aîné Michel (deuxième en partant de la gauche) est aux côtés de son père. Alain-Bernard Bongo (le deuxième en partant de la droite) est devant sa mère Joséphine.
Michel Teale assure se souvenir avec précision de l’instant où a été pris ce cliché : « C’était en 1963, j’avais 13 ans. Notre père est venu nous rendre visite dans le Loiret où nous étions élevés avec mon frère par la famille Imbault. Il est venu avec tonton Albert, qui n’était pas encore président, et tata Joséphine. C’est ainsi que nous les appelions. C’était la première fois que je voyais le petit Alain-Bernard. Il devait avoir 4 ans, 4 ans et demi. C’est tonton Albert qui a pris la photo… Environ un an plus tard, je l’ai recroisé avec sa mère dans une salle d’attente de l’ambassade du Gabon à Paris. » Michel Teale, qui a longtemps servi le régime de Bongo père, se dit étonné que son témoignage n’ait pas été pris en compte plus tôt alors que « cette photo est connue depuis des années ». Puis il conclut : « Si quelqu’un peut contester ce que je dis, qu’il vienne me contredire. »

ENTRE LE POUVOIR EN PLACE À LIBREVILLE ET PIERRE PÉAN, LA GUERRE EST DÉSORMAIS DÉCLARÉE.
Depuis la parution du livre de Pierre Péan, Delphine Ayo Mba, l’une des filles de Léon Mba, a également déclaré que, lorsque son père était aux commandes de l’Etat, elle jouait dans les jardins de la présidence avec le fils d’Omar Bongo. C’était avant 1967 et donc avant la guerre du Biafra.

Entre le pouvoir en place à Libreville et Pierre Péan, la guerre est désormais déclarée. Une plainte en diffamation a été déposée à Paris par les avocats de l’Etat gabonais. L’écrivain est par ailleurs accusé d’avoir voulu faire chanter la présidence en proposant, par l’intermédiaire de l’avocat de Ziad Takieddine, l’une de ses sources pour un précédent ouvrage, de ne pas publier son livre contre la somme de 10,15 millions d’euros. « C’est grossier et dégueulasse », réplique M. Péan.

La polémique, qui réveille des pulsions xénophobes au Gabon, est également assez nauséabonde. Pour la clore, Ali Bongo pourrait produire, s’il existe, un extrait d’acte de naissance archivé à Nantes ou se soumettre avec sa mère à des tests ADN. Cela permettrait d’aborder les vraies questions autour de la future présidentielle : peut-on accepter une succession dynastique du pouvoir ? Que propose l’opposition composée essentiellement d’anciens caciques du régime Bongo ? Comment se fait-il qu’après plus de cinquante ans d’indépendance, ce petit pays pétrolier d’environ 1,7 million d’habitants soit aussi peu développé ?

Le Monde
 

Les Masques vont tuer Ebola ! (Saïdou Nour Bokoum)

Un évènement spirituel de la plus haute signification, voire d’efficaité pourrait, nous sommes en Guinée, passer inaperçu. C’est cette « sortie coutumière » des femmes de Nzérékoré pour demander à « dieu »  de tuer Ebola », ce virus qui n’épargne ni homme, ni femme, surtout, ni enfant ni vieillard. Pire, il interdit même aux proches endeuillés, d’inhumer de façon humaine dirais-je, les suppliciés. Car Ebola ne tue pas, Ebola vous accable d’un supplice, telle une sanction tombée du Ciel.

Je dis Ciel, et j’écris dieu et non pas Dieu. En effet, en dehors des musulmans de notre région forestière, il faut dire que dès lors qu’il s’agit de coutume, nos compatriotes kpèlès, konons, etc., parlent plutôt de Niamou en général et non de Dieu – Exalté !- Naturellement, cela a entraîné toutes les confusions plus ou moins délibérées de « l’explorateur », tête de pont de la colonisation, qui sera suivi par le père blanc, suivis par le marchand de pacotille, de Diego Cao et son mousquet, enfin par le « roi de la brousse », l’administrateur, « mon commandant ! » et suivra le « gardawou » des « peuplades animistes », abruties, sans Religion.

Depuis, après Cheik Anta Diop, les « ethnos » ont toiletté et leur vocabulaire et leurs concepts. On sait que « l’animisme », cette croyance en des « Bouts de bois.. » (1), des cailloux ou des caïmans, n’était qu’aveuglement d’envahisseurs mieux armés, qui avaient hâte de se donner bonne conscience en faisant valider par je ne sais plus quel pape, le fantasme que ces sauvages n’avaient pas d’âme et que donc.

Passons ce n’est pas le sujet.

Pour autant, ces femmes auraient dû aller au Bois sacré.

Ou peut-être mieux encore, les hommes auraient dû faire des sorties de masque. Ces processions de femmes ressemblent plus à des mamayas qu’au rite de retour au bois sacré, en empruntant la Voie initiatique. Mais comment aller au Bois sacré quand on en a égaré le chemin, depuis qu’il n’y a plus véritablement s’initiation. Sinon ces sorties de faux donsos, armés de..Kalachnikov ?

Certes, ces femmes sont aussi sincères que leurs ancêtres, qui, du nord au sud de l’Afrique, d’est en ouest, toute l’Afrique a connu, connaît un Dieu unique. Ce que les Lévy-Bruhl, Tempels ont chosifié – le premier a révisé ses notions ethno -, la croyance en l’Un, parce qu’ils confondaient des objets sacrés, cultuels que l’Africain n’adorait pas mais dont il disposait comme objets sacramentels, supports symboliques de Nzamè, l’Un en Afrique Centrale, Yori ou Man Gala chez les Bamamanas-Maninkas, Amma chez les Dogons, Guèno chez les Hal poular, etc., partout ce sont les mêmes rituels et rites de la Voie initiatique dans un champ boisé, toute une flore – loin de tout folklore ! – du Sacré qui mène au Centre, d’où les Soufis musulmans, les grands initiés de la Kabbale, de la Franc-maçonnerie – pas celle des magazines ou celle de nos « grands » arborant de grosses chevalières qui les aideraient à accéder aux plus hauts sommets des pouvoirs ou de la Finance -, à la connaissance absolue pour ceux qui ont achevé leur initiation ou plus modestement à l’étantité, qu’elle soit mâle ou femelle.

Parvenus à ce Centre d’où les dogmes, les religions se rejoignent – c’est un pléonasme, religion c’est relier – s’effacent dans l’Unité de l’Un au moins virtuellement avant de pouvoir « monter » au-delà des créatures pour se fondre dans l’Incréé, ici et maintenant.

Nous en sommes loin, avec les apparences de cette « sortie coutumière », tout comme dans le Labé avec ces conflits entre Tidianyis et Wahabyis, qui puent l’instrumentalisation ethno-politicienne. Les premiers étant des aspirants au Sacré, mais dans un ordre confrérique, les adeptes du Niamou authentique – et non les actrices de cette sortie coutumière –, tout comme les Masques engagés dans la même quête sacrée de l’union avec l’Un !

Car le non initié n’est ni homme ni femme, ni bête : il est et demeure une créature a-humaine.

J’espère que le Niamou principal entendra le cœur de ces femmes et non leurs prosopopées sécularisées, mondialisées. J’insiste, le Niamou aspire à se fondre au Centre de l’Incréé avec « Dieu », Qui qu’il soit, disaient prudemment les Grecs.

Wa Salam,

El Hajj Saïdou Nour Bokoum

 

www.nouvellerepubliquedeguinee.net

Note 1) Les bouts de bois de Dieu, un des grands romans de Sembene Ousmane. Un bout de bois de Dieu veut dire "Nedhankè", un être humain.

 

Le Quai Branly se délocalise à Clichy-Montfermeil

 
Lors d'un "atelier nomade" organisé par le Musée du quai Branly à Clichy-sous-Bois, le 26 novembre 2014, création d'une fresque collective avec l'association le M.U.R.

Un jour, il y a peu, le dieu Quetzacoatl a atterri à Clichy-Montfermeil (Seine-Saint-Denis), devant des gamins médusés. D’où venait cette apparition ? Surgi de la bouche d’une conteuse à feu roulant, le serpent à plumes aztèque nichait dans les bagages du Musée du quai Branly. L’institution, dévolue à toutes les cultures du monde, est coutumière des voyages, elle dont chaque exposition nous emmène aux quatre coins de la planète. Mais, en ce mois de novembre, elle s’est offert un départ d’un nouveau genre : pendant quinze jours, elle s’est délocalisée à Clichy-sous-Bois et Montfermeil, à quelques encablures de Paris. Dans le cadre de ce qu’elle intitule ses Ateliers nomades, elle a envahi les deux villes siamoises de mille propositions : contes et ateliers pour enfant, concerts, initiations aux collections. Car pour l’occasion, même les objets précieux traversent le périphérique.

Lire aussi : Le 93, un territoire où l’art veut faire la différence

C’est la troisième fois qu’un tel projet est lancé : Cergy-Pontoise avait accueilli les équipes du musée en 2013, après Montreuil la Malienne qui avait noué un dialogue autour de l’exposition consacrée à l’art dogon. Mais, à chaque fois, les projets s’enrichissent. En deux semaines, les enfants de Clichy-Montfermeil ont pu ainsi s’initier à la peinture aborigène, et transposer ses codes et sa symbolique en dessinant leur propre salle de classe (« On a fait comme eux, on a mis plein de cercles autour du bureau de la maîtresse, pour montrer que c’est l’endroit le plus important », raconte une petite ultra-concentrée sur ses pointillés).

Voir aussi le portfolio : Quand le Quai Branly accoste à Clichy-sous-Bois...

Jouer, à la médiathèque, avec la mallette pédagogique pleine de trésors offerte par le Quai Branly. Mais aussi aller écouter avec leurs parents un conservateur expliquer comment fut restaurée cette précieuse coiffe chinoise tout en plumes de martin-pêcheur, ou en quoi, finalement, ce manteau de chaman ressemble assez à une cape de superhéros. « L’idée n’est pas du tout de simplifier à outrance, les thèmes abordés peuvent être complexes, comme par exemple les échanges entre l’Afrique et Haïti autour des rituels vaudous, mais nous cherchons des moyens de séduire les familles, ce qui est un de nos buts essentiels : présenter un porte-bébé océanien, par exemple, permet d’aborder le thème universel de la maternité », souligne Anne Picq, directrice des publics au Quai Branly. De mémoire d’habitants, on avait rarement vu ados remuants et retraités pépères communier comme ils l’ont fait lors des projections du très pointu festival Jean Rouch, dédié au film ethnographique...

Forts enjeux communautaires

Médiathèque, centres sociaux, espaces culturels, tous les lieux dont les résidents sont familiers ont été investis, ce qui a permis de n’oublier personne. « Il n’était pas question pour nous d’arriver comme des sauveurs avec notre projet-clé en main, nous avons travaillé pendant un an avec le riche terreau associatif des deux cités pour concevoir ensemble un programme sur mesure, car nous avons aussi beaucoup à apprendre d’eux, qui travaillent au quotidien sur le dialogue des cultures et l’ouverture à l’autre », poursuit Anne Picq. Une stratégie qui a poussé les acteurs sociaux à accueillir l’initiative à bras ouverts. « Cette manifestation est très bénéfique ici, où les enjeux communautaires sont très forts, où une myriade de peuples cohabitent en échangeant finalement peu, remarque Agnès Faulcon, directrice du centre social intercommunal. Le projet permet de les fédérer, de neutraliser ces enjeux. En mêlant les gens, on leur fait comprendre qu’ils ne sont pas si différents les uns des autres. »

Responsable au service jeunesse de Montfermeil, Thibault Tillard avoue, lui, avoir été bluffé par les progrès de ses gamins au contact du chorégraphe Taïgue Ahmed : « Nous pensions que nos jeunes avaient un imaginaire très pauvre, mais ce projet a montré combien il était riche ! Simplement, nous n’avions pas l’expertise pour le faire surgir. En nous aidant dans la médiation, le Quai Branly nous a donné des outils fantastiques. C’est encore plus important que de nous permettre de venir à Paris, ce qui est déjà une épopée en soi ! » Car chaque week-end, des navettes sont mises à disposition jusqu’au bâtiment de Jean Nouvel (avec, promis, un détour par les Champs-Elysées).

Objectif primordial aux yeux de Stéphane Martin, président du Quai Branly : faire venir au musée ces populations peu coutumières du fait (en transport en commun, il faut une bonne heure et demie pour atteindre Paris…) : « Nous, nous devons de chercher de nouveaux publics, analyse-t-il. Le bassin de recrutement des visiteurs de musées est très stable, avec un public de CSP +, féminin, entre 30 et 50 ans : il nous faut l’élargir. Mais aussi permettre aux populations issues de l’immigration de voir leurs civilisations et leurs pensées honorées pour leur contribution à l’histoire de l’humanité, et reconnues comme des clés de lecture du monde contemporain. Qu’elles en tirent fierté et gratification, cela fait partie de nos missions. » Samia, une des fidèles de l’association de femmes Arifa, se souvient encore avec des étincelles dans les yeux des visites collectives au musée, à la découverte des cultures nomades : « Parfois, l’une de nous reconnaissait un des objets dans les vitrines, et nous l’expliquait, c’était beau. » Ensemble, elles ont conçu à partir de cette initiation une véritable installation artistique, exposée avec les travaux d’autres associations à l’Espace 93 de Clichy.

Programme de résidence artistique au cœur de la cité

Après ces festivités inaugurales, la collaboration devrait donc se poursuivre sur un, voire deux ans. Plus de 120 classes se sont inscrites pour visiter le musée dans l’année. Pour Stéphane Martin, cet investissement dans le temps est essentiel : « Le rapport à la culture implique la familiarité, il se joue dans un plaisir de retrouvailles. Il nous faut un certain temps sur le terrain pour approfondir, repasser sur le trait, comme disent les enfants, plutôt que papillonner. » Ce n’est pas pour déplaire aux deux maires complices, bien qu’opposants politiques, de Clichy et Montfermeil. « L’engouement des habitants pour le projet est très fort, car l’action culturelle est depuis longtemps au cœur de nos priorités : elle est un très bon moyen de vivre ensemble, même si dans nos villes très enclavées, l’accès à la culture reste difficile », souligne Olivier Klein, maire PS de Clichy-sous-Bois. C’est pourquoi, avec son homologue de Montfermeil, l’UMP Xavier Lemoine, ils se sont tant engagés dans leur projet de « tour Utrillo » : un programme de résidence artistique au cœur de la cité, né sous Mitterrand (Frédéric), enterré par Aurélie Filippetti et ressuscité récemment par Fleur Pellerin.

Les contours en sont encore flous, mais Olivier Klein la rêve ainsi : « Cette tour est située sur la place où arriveront, en 2018, le tramway et, en 2023, le train qui nous rapprocheront de Paris. Elle sera détruite pour créer un nouveau lieu, ouvert sur la ville, qui devrait accueillir, en partenariat avec la Villa Médicis de Rome, des artistes internationaux, sans doute autour de pratiques artistiques qui s’avèrent plus difficiles à développer à Rome, comme la sculpture de grande dimension ou la création numérique. » Point de consolidation des 10 ans de rénovation urbaine qui, après les émeutes de 2005, ont tenté d’humaniser les deux cités : la culture, donc. Y compris dans ses détours les plus inattendus : ainsi le maire de Montfermeil s’est-il avoué stupéfait devant les cartes de sa ville qu’ont dessinées des patients souffrant de difficultés mentales, selon le principe de représentation des terres aborigènes d’Australie : « Cela dit des choses au-delà des mots sur la manière dont les gens ressentent la ville… Je vais montrer ces dessins aux chercheurs que nous avons invités à réfléchir sur notre identité, cela leur donnera une idée profonde, concrète et charnelle, de l’essence de notre cité. »