Théâtre : le génocide rwandais mis en pièces (Le Monde avec vidéo)

Représenter le drame qui a meurtri le Rwanda en 1994 peut-il aider à en panser les plaies ? Réponses à partir de trois spectacles donnés en France ou en Afrique.
« We Call it Love », de Felwine Sarr, a été joué à Paris en mars.

Avril 1994. Le temps suspend son vol au-dessus des collines rwandaises, et une violence inouïe s’abat sur les Tutsi de ce petit pays d’Afrique de l’Est. En cent jours, 800 000 d’entre eux, hommes, femmes, enfants, nourrissons, perdront la vie. Un génocide populaire commis par leurs voisins, ceux avec qui ils partageaient le quotidien… et avec qui, désormais, les survivants doivent bâtir le futur. Comment alors se tourner vers l’avenir sans détourner le regard du passé ? Entretenir la mémoire pour panser les âmes blessées ? Et avec quels mots dire l’indicible ?

Bourreaux et victimes

« Avec des mots machettes, des mots gourdins, des mots hérissés de clous, des mots nus et (…) des mots couverts de sang et de merde », tranche Cornelius, personnage du roman de Boubacar Boris Diop Murambi. Le livre des ossements (Stock, 1999). Exilé retournant chez lui après le génocide, Cornelius renonce à écrire une pièce de théâtre sur cette tragédie à laquelle son père a pris part. Comme si la dramaturgie ne pouvait narrer l’inénarrable… C’est pourtant avec un texte puissamment poétique que Felwine Sarr a écrit We Call it Love, pièce jouée au mois de mars à Paris et à Reims.

LE METTEUR EN SCÈNE DE « WE CALL IT LIVE », DENIS MPUNGA, A CHOISI DE FAIRE CIRCULER LES ACTEURS PARMI LES SPECTATEURS, POUR QUE LA « PAROLE SE FAUFILE DANS L’INTIMITÉ DE LEUR ÉCOUTE »

A partir d’une histoire vraie, ce huis clos entre une femme, dont le mari et le fils ont été assassinés, et le meurtrier de son enfant explore les questions du pardon, de la justice et de la réconciliation. Et s’interroge sur la possibilité de faire œuvre d’humanité ensemble après un tel crime. Le metteur en scène, Denis Mpunga, a choisi de faire circuler les acteurs parmi les spectateurs, pour que la « parole se faufile dans l’intimité de leur écoute » et que chaque acteur devienne non pas « un personnage mais un témoin, l’intermédiaire d’une parole qui appartient à la mémoire collective ».

Même dispositif choisi par Adrien Maufay pour Hagati Yacu (qui signifie « entre nous » en kinyarwanda), pièce en trois temps de Dalila Boitaud-Mazaudier et Cécile Marical, qui revient sur la proximité entre les bourreaux et leurs victimes. Il y est décrit comment le génocide, qui puise ses racines dans un passé complexe fait de métissage et d’exil, a été commis par tout un chacun. Le dernier tableau revient sur le terrible massacre de Murambi, où près de 60 000 personnes ont été tuées. Inspiré de Murambi. Le livre des ossements, ce spectacle s’interroge sur la violence, la manière dont on peut « être de nouveau l’un à côté de l’autre après s’être fait mal », et surtout sur la manière de ne pas recommencer. Cette pièce a été jouée en 2015 sur les lieux mêmes du drame, là où l’armée française est accusée de s’être rendue complice en laissant faire.

Une certaine appréhension

Ecrit en français, traduit en kinya­rwanda, Hagati Yacu est interprété par des acteurs français et rwandais qui jouent en binôme. Cette mixité peu commune ne passe pas inaperçue au vu du rôle trouble que Paris a pu jouer au Rwanda. Elle n’est pas allée sans créer une certaine appréhension auprès des acteurs français. « Certains spectateurs les ont questionnés, reconnaît l’une des actrices rwandaises, Carole Karemera. Ils leur ont demandé de quel droit ils venaient raconter cette histoire. »

« L’HISTOIRE DU GÉNOCIDE DES TUTSI, C’EST AUSSI L’HISTOIRE DE LA FRANCE. CETTE PAROLE, NOUS DEVONS LA PORTER NOUS-MÊMES ET NE PAS LAISSER LES VICTIMES SEULES », AFFIRME DALILA BOITAUD-MAZAUDIER, AUTEURE DE LA PIÈCE « HAGATI YACU »

Pourtant, cela paraît évident à l’auteure, la Française Dalila Boitaud-Mazaudier : « Après avoir assisté à un colloque où il avait été question de l’opération “Turquoise” [opération militaro-humanitaire organisée par la France avec l’autorisation de l’ONU en juin 1994, et vivement critiquée depuis lors, qui avait pour mission de mettre fin aux massacres, éventuellement en utilisant la force], il m’a paru nécessaire que cette pièce soit jouée aussi par des acteurs français blancs, parce que l’histoire du génocide des Tutsi, c’est aussi l’histoire de la France. Cette parole, nous devons la porter nous-mêmes et ne pas laisser les victimes seules. Continuer à attendre uniquement des rescapés ce témoignage, c’est encore les abandonner. » Au final, constate-t-elle, « on nous a aussi remerciés de porter cette parole justement parce que nous étions français. Pour les victimes, savoir que ce spectacle tournait chez nous et que l’on n’oubliait pas était très important. “C’est le silence qui nous fait mal”, nous ont-elles confié ».

Jouer Hagati Yacu sur les lieux de mémoire n’a pu se faire qu’en concertation avec les autorités rwandaises, pour des questions de sécurité évidentes. Mais aussi avec un certain accompagnement psychologique. Des groupes de parole étaient organisés avec des psychothérapeutes français et rwandais avant les représentations, à l’issue de chacune d’entre elles et une dizaine de jours après, pour les spectateurs comme pour les acteurs.

« Les souvenirs refaisaient surface ; certains spectateurs n’arrivaient pas à faire la distinction entre la pièce et le réel, et venaient frapper les acteurs. D’autres, parfois, notamment chez les jeunes, percevaient les bourreaux comme des héros parce qu’ils l’emportaient sur les victimes », raconte Dalila Boitaud-Mazaudier. Elle analyse lucidement ce qu’elle découvre alors : « On était confronté à l’échec du théâtre, de ce que nous faisions, et il importait de déconstruire ensemble ce qui avait été mis en scène, montré. Cela signifie que le théâtre ne se suffit pas à lui-même. »

Groupes de parole

Pour la psychologue et psychanalyste Marie-Odile Godard, qui a été chargée de mission au Rwanda pour Médecins du monde et l’association Ibuka, œuvrant pour la mémoire du génocide, les réactions qui suivent les représentations théâtrales montrent plus que jamais que les survivants ont besoin de dire leur propre histoire. « Sans ce dispositif de groupes de parole proposés avec des psychothérapeutes, le théâtre peut tout aussi bien aider au travail de deuil qu’être dangereux, ajoute-t-elle. Après le spectacle, on a vu des femmes revenir, expliquer qu’il était important de porter cette parole car elles-mêmes n’en avaient pas la force. Elles ont besoin d’échanger à ce sujet, ce que les gacacas [le mot signifie « herbe » en kinyarwanda, et par extension « la justice sur l’herbe »] n’ont pas permis. »

Le bilan de ces gacacas, tribunaux populaires traditionnels réactivés de 2001 à 2012 pour juger les génocidaires, est mitigé. La prise de parole y est codifiée (interdiction de pleurer ou de manifester sa colère, par exemple), et s’ils ont permis que la justice soit rendue symboliquement, ils n’ont pas toujours réussi à protéger les rescapés.

« Alors que les victimes avaient perdu leur famille et se présentaient seules, les bourreaux, eux, venaient accompagnés de leurs amis et de leur famille. Pendant le témoignage des rescapés, on entendait parfois des rires. Pour que ces hommes et ces femmes puissent se reconstruire, il est important que d’autres puissent écouter et recevoir ce qu’ils ont à dire », défend Marie-Odile Godard. Toute la question est alors de savoir à qui la parole théâtrale s’adresse.

Réparation symbolique

Coauteur de Rwanda 94, la première pièce à traiter du sujet, présentée à ­Avignon en 1999 et multiprimée en Europe, Dorcy Rugamba s’est posé cette question. « Il est difficile d’apprécier l’impact du théâtre au Rwanda, confie-t-il. Tout dépend de la période donnée. Rwanda 94 s’adressait à un public européen, à une époque où il était nécessaire d’apporter la preuve qu’un crime idéologique venait d’être commis. Le génocide en tant que tel n’était pas encore reconnu. Toutes sortes d’informations circulaient, on parlait de guerre tribale. »

« APRÈS UN ÉVÉNEMENT COMME CELUI-LÀ, ON NE SAIT PLUS QUOI FAIRE, D’OÙ REPARTIR. IL NOUS FAUT RETROUVER LE SENS ET, POUR CELA, ON A BESOIN DE GESTES », DIT DORCY RUGAMBA, COAUTEUR DE LA PIÈCE « RWANDA 94 »

Pour écrire la pièce, les auteurs se sont appuyés sur les premiers travaux de journalistes, d’historiens et de chercheurs spécialisés. Pour autant, le dramaturge le reconnaît : le théâtre n’a pas à proprement parler vocation à informer. « Le livre est plus efficace en cela », précise-t-il. Mais « le théâtre propose une expérience à vivre ensemble, artistes et spectateurs. Son rôle est plus conséquent dans le travail de deuil. Après un événement comme celui-là, on ne sait plus quoi faire, d’où repartir. Il nous faut retrouver le sens et, pour cela, on a besoin de gestes ».

Par sa performance cathartique, l’expérience théâtrale peut offrir aux survivants le moyen de se reconstruire, du moins symboliquement, notamment en les resituant dans leur statut de victimes. « Le théâtre offre cette réparation symbolique envers les morts mais à l’usage des vivants », explique Dorcy ­Rugamba. Il est ce qui permet de recréer du lien en faisant œuvre de mémoire, pour les générations futures mais aussi pour que l’entreprise d’extermination voulue par les génocidaires ne réussisse pas. Pour que l’effacement des noms ne soit pas définitif. Et pour qu’une nouvelle expérience d’humanité en partage puisse être proposée.

Dès lors, pratiquer le théâtre de rue devient « un moyen de réinvestir l’espace public, dans un contexte où les villes ont été totalement réorganisées après le génocide, détaille Carole Karemera. Ce qui m’intéresse, c’est de voir si, avec du théâtre, on peut retisser du lien et créer une nouvelle expérience collective. Vous savez, les rues, les collines n’ont plus rien d’innocent désormais. Elles portent en elles la mémoire de ce qui s’est passé. Alors, est-ce qu’on peut recréer dans ces lieux une sorte d’état d’innocence qui nous permette de nous ouvrir et d’accueillir celui qui vient, qui est là, ou reste-t-on dans la suspicion ? »

L’actrice, fondatrice de l’Ishyo Art Centre, à Kigali, souhaite proposer également des pièces qui évoquent une histoire rwandaise autre que celle du génocide, afin que « notre mémoire ne soit pas seulement un caveau ». « Nous sommes un pays de monoculture, reconnaît Dorcy Rugamba. Pendant vingt ans, il était impossible de parler d’autre chose. Aujourd’hui, la jeune génération, celle née après le génocide, a extrêmement conscience de ce qui s’est passé, mais elle se donne de l’oxygène avec d’autres sujets. Il est important qu’ils se racontent eux-mêmes. Le théâtre peut ainsi redonner à l’identité rwandaise, attaquée par les génocidaires, toute sa dimension et sa richesse. »

Séverine Kodjo-Grandvaux

Le Monde

 



Le prix Kourouma 2017 attribué à Max Lobe, le plus suisse des écrivains camerounais

Etabli depuis quinze ans à Genève, le romancier regrette de ne pouvoir être fier de son pays dont le président, Paul Biya, est justement un grand amateur des palaces genevois.

L’écrivain camerounais Max Lobe, devant la rade de Genève.

Au Salon du livre de Genève, l’écrivain d’origine camerounaise Max Lobe est connu comme le loup blanc. Il suffit pour s’en convaincre de le voir évoluer entre les différentes scènes, passer d’un stand à l’autre. Ecrivains, éditeurs ou ses nombreux lecteurs l’interpellent au passage pour un brin de causette, le saluent chaleureusement. Et lui, affable, charmant, un mot gentil pour chacun, ne boude pas son plaisir : ce Salon du livre, c’est un peu chez lui.

Responsable de la programmation de la « Place suisse » du Salon pendant plusieurs années, il y anime à nouveau débats et rencontres. Et ce vendredi 28 avril, sur la scène du Salon africain du livre, il reçoit le prix littéraire Ahmadou-Kourouma, pour Confidences (éditions Zoé). Un livre magnifique, intense et flamboyant, comme son auteur, qui nous emmène sur les traces de Ruben Um Nyobé, figure marquante de la lutte pour l’indépendance du Cameroun dans les années 1950.

Comme si, en Afrique, rien ne changeait

« Que ce prix soit remis cette année à un auteur genevois prouve que la littérature africaine francophone se fait également ailleurs qu’à Paris ou Bruxelles », lâche dans un éclat de rire celui qui vit depuis plusieurs années dans cette ville, qu’il met en scène avec humour et empathie dans ses deux derniers livres, 39, rue de Berne et La Trinité bantoue, publiés aux éditions Zoé, à Genève. Il avoue que, depuis qu’il écrit, les distinctions qui lui font le plus envie sont le prix des Cinq continents de la francophonie (dont il a été à trois reprises l’un des dix finalistes) et le prix Ahmadou-Kourouma.

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Car Max Lobe est un grand admirateur de l’écrivain ivoirien décédé en 2003. Ce qui le sidère aussi c’est le sentiment, des décennies plus tard, d’écrire sur les mêmes thèmes que son illustre prédécesseur, et d’autres écrivains des années 1950 et 1960. Comme si, en Afrique, rien ne changeait jamais. « Moi, j’apporte juste la touche XXIe siècle, la génération X, Y, Z 2.0. Mais, sur le fond, c’est la même chose : les dictateurs aux ordres des anciennes puissances coloniales, les privations de libertés, le pillage des matières premières. »

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Lorsqu’il entend les députés de tel ou tel pays européen vouloir augmenter l’aide au développement pour freiner l’afflux de migrants, il hausse les épaules. « On ne demande pas la charité. Chacun sait où se situent les problèmes », lance-t-il en rappelant que « Papa », comme il surnomme le président du Cameroun Paul Biya, séjourne chaque année durant des mois à l’hôtel Intercontinental de Genève. « J’ai étudié en Suisse où je vis depuis près de quinze ans. Mais j’aurais voulu avoir le choix de rester chez moi », dit-il avec gravité.

Découvrir en exil l’histoire de son propre pays

A force de sillonner le monde entier pour représenter la Confédération lors d’événements culturels, il a parfois le sentiment d’être devenu « plus suisse que suisse »« Même si on a une double nationalité, on devrait pouvoir être fier de son pays d’origine. Or jamais on ne m’en a donné l’occasion », déplore-t-il. Pour Confidences, il a passé plusieurs mois au Cameroun. Et raconte, en termes choisis, le « sentiment d’amour indescriptible » qui le submerge lorsqu’il arrive à Douala puis, peu à peu, l’agacement face au bruit, à la saleté, à la chaleur, l’envie de rentrer à Genève. Puis à la veille du retour lui vient de désir de prolonger son séjour, de ne plus quitter son pays d’origine. « Nous sommes tous parcourus par deux ou trois identités, mais cela ne fait pas forcément de vous un citoyen du monde », insiste-t-il, visiblement agacé par ce concept à la mode.

Max Lobe serait très heureux si son livre Confidences, qui met en scène de grandes figures de l’histoire du Cameroun, pouvait être intégré aux programmes scolaires et vendu à un prix abordable dans son pays. Une manière d’initier ses compatriotes à une histoire contemporaine qu’il a lui-même découverte en vivant en Europe. « C’est important de savoir d’où l’on vient, où l’on va », estime-t-il. Lors de son dernier séjour au Cameroun en 2016, il s’était rendu dans le nord du pays, dans les régions où sévit Boko Haram, et en avait tiré trois chroniques pour Le Monde Afrique. C’est aussi la trame de son prochain livre.

Le Cameroun face au terrorisme (1/3) :   Comment rallier le Nord, par Max Lobe

Le Cameroun face au terrorisme (2/3) :   La bombe à retardement de Minawao, par Max Lobe

Le Cameroun face au terrorisme (3/3) :   Le silence du président Biya, par Max Lobe

Le Monde Afrique est partenaire du prix Ahmadou Kourouma

Catherine Morand

Le Monde

 

 

 



A Abidjan, l’incroyable défilé de sapeurs congolais pour l’anniversaire de la mort de Papa Wemba

Le chanteur congolais s’est effondré il y a un an sur la scène du festival FEMUA à Abidjan. En ouverture de la dixième édition, une place a été inaugurée à son nom.

Des membres de La SAPE ("Societe des Ambianceurs et des Personnes Elegantes") posent à Abidjan le 24 avril pour l’hommage au chanteur de rumba congolaise Papa Wemba mort ici il y a un an.   
Des membres de La SAPE ("Societe des Ambianceurs et des Personnes Elegantes") posent à Abidjan le 24 avril pour l’hommage au chanteur de rumba congolaise Papa Wemba mort ici il y a un an. Crédits : SIA KAMBOU / AFP    

Quand enfin le cortège officiel s’immobilise sur le banco retourné, on voit surgir d’une limousine noire la canne de bois sculpté et le panama à carreaux du ministre de la culture congolais. « Je ne suis pas sapeur comme tel, mais je me dois de refléter l’image de mon pays », explique Sylvain Maurice Masheke, à côté de son homologue ivoirien. Face à la tribune des mondanités, dans ce quartier d’Abidjan où débute ce lundi 24 avril la dixième édition du festival de musique FEMUA, on a tapissé un mur de l’immense photographie de Papa Wemba : bras en croix, poings fermés, dans une tenue de couturier italien avec broderies et cœur noir. Il y a une année exactement, le chanteur de Kinshasa mourait sur cette scène, dans ce festival, après vingt minutes de concert seulement. « Il était une icône, il ne s’appartenait déjà plus », murmure le ministre de la République démocratique du Congo (RDC), venu inaugurer la nouvelle place Papa-Wemba.

        Lire aussi : Côte d’Ivoire : « Notre festival doit continuer en mémoire de Papa Wemba »    

Pour comprendre qui était Papa Wemba et donc quel séisme a déclenché sa mort le 24 avril 2016 des suites d’un malaise, il faut voir la cohorte des sapeurs, des pochettes Pierre Cardin, des chemises Dolce&Gabbana, des pantalons Yohji Yamamoto et surtout des chaussures en croco qui ont fait le déplacement pour cet hommage national et africain. Selon ce jeune élégant ivoirien en costume trois couleurs, « Papa Wemba était un dieu, il savait s’habiller mais aussi très bien chanter ».

Chanter l’amour

Jules Shugbu Wembadio Pene Kikumba, dit Papa Wemba, né en 1949 dans le Congo belge, n’était pas seulement le « Rossignol », une voix d’une pureté mutine, il était aussi un faiseur de mode, la coupe impeccable, le sens des matières et des teintes conjuguées. Il était l’indétrônable roi de la sape.

 

Derrière le pupitre des discours, accablé de chagrin, A’salfo se souvient de cette mort à la Molière, de ce corps tombé en pleine rumba, en direct à la télévision. Le créateur du FEMUA et leader du groupe Magic System avait dû gérer cette crise énorme : « Franchement, personne n’aurait pu me préparer à cela. Le moment où le médecin m’a transmis la montre de Papa Wemba pour m’indiquer qu’il n’avait pas survécu à son malaise, les rumeurs d’empoisonnement qui ont suivi, l’annonce que j’ai dû faire au monde entier. Avec la distance, j’ai le sentiment que Wemba avait choisi de mourir ici. » Pendant la cérémonie de lundi, où la place Papa-Wemba était inaugurée devant la scène du festival, les intervenants ont tous rappelé les liens culturels entre Kinshasa et Abidjan, les influences réciproques mais aussi comment le coupé-décalé ivoirien est né des métamorphoses du style congolais.

Une femme dans le défilé des sapeurs venus à Abidjan participer à l’anniversaire de la mort de Papa Wemba   
Une femme dans le défilé des sapeurs venus à Abidjan participer à l’anniversaire de la mort de Papa Wemba         Crédits : Arnaud Robert    

Dans ce festival panafricain où le Malien Salif Keïta croisera le Ghanéen Bisa Kdei, mais aussi des enfants d’Africains comme le chanteur français Black M, la figure de Papa Wemba relève de la référence commune, de l’indiscutable. Alors que certains en Europe ne connaissent de lui que ses démêlés avec la justice française, le trafic des visas et les quatre mois de prison purgés en 2003, l’essentiel de la rue africaine retient surtout l’étonnante prolixité d’un artiste qui avait survécu à mille héritiers et à plusieurs présidents. Selon Didier Bokelo Bile, auteur d’un nouvel essai sur le musicien (Papa Wemba, icône de la musique africaine, de génération en génération, éditions de L’Harmattan), « il aurait pu être une figure plus politique, il avait une audience énorme mais, vous savez, même si le Congo est un territoire où tout bouge tout le temps, les gens veulent surtout qu’on leur chante l’amour ».

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Lundi soir, depuis la tribune VIP élevée dans la cour d’une église, plusieurs ministres, dont le puissant ministre de l’intérieur ivoirien Hamed Bakayoko, assistent au retour de l’orchestre de Papa Wemba, Viva La Musica. « L’année dernière, j’avais signé un contrat pour un concert d’une heure trente minutes, plaisante le directeur du FEMUA, la mort de Papa est survenue après vingt minutes seulement, vous nous devez donc plus d’une heure de spectacle ! » Sur le boulevard de terre battue qui regarde la scène, où le concert est relayé par des écrans géants, les vendeuses, les passants, les buveurs et les danseurs, les adolescents énamourés, les transporteurs et les équarrisseurs, les enfants endormis sur des draps blancs, tout un peuple qui ne comprend pas la langue de Papa Wemba reprend mot pour mot ses refrains.

« Un nez plus gros, un petit ventre replet »

Sur la terrasse du maquis La Cave du Boulevard, des amis commentent les mérites comparés des tenues et des voix. Lorsque Neymar entre en scène, ils se taisent. Il n’est pas le sosie de Wemba, il est son miroir. La propre fille de Papa Wemba, Ella, qui a fait le voyage de France, n’en revient pas : « Il ne lui faudrait qu’un nez plus gros et un petit ventre replet, ce serait mon père. » On rencontre Neymar le lendemain, à côté d’une piscine où il rafraîchit ses émotions : « J’avais peur de chanter hier soir, forcément. Mais j’étais porté par l’orchestre. »

de belles chaussures, dans le défilé des sapeurs venus à Abidjan participer à l’anniversaire de la mort de Papa Wemba   
de belles chaussures, dans le défilé des sapeurs venus à Abidjan participer à l’anniversaire de la mort de Papa Wemba         Crédits : Arnaud Robert    

        Lire aussi : « Forever », l’album testament de Papa Wemba    

Neymar a 28 ans, il a assorti ses lunettes Versace à ses tatanes de bain Versace ; dans l’orchestre Viva La Musica, il porte désormais le nom de Papa Wembo : « Je suis de la génération qui a grandi avec la voix de Wemba, mon père l’aimait beaucoup, je fais partie de la même ethnie donc je chante dans sa langue ». Selon les managers de Papa Wemba, l’orchestre va continuer sans son fondateur. Sort aujourd’hui un disque posthume, intitulé Forever de Génération en Génération, avec en couverture la même photographie aux poings fermés prise le soir où il est tombé.

 

Sur la place Papa-Wemba, parmi les couronnes de fleurs qui sèchent à l’air libre, les fans déambulent pour poser en selfies. Pendant trois jours dans le quartier très populaire d’Anoumabo, près de 100 000 personnes chaque soir fouleront cette terre, sans avoir à débourser un seul franc CFA. C’était un pari auquel personne ne croyait vraiment il y a dix ans. Sauf A’salfo : « La musique doit rester cette chose fondamentalement populaire. Papa Wemba l’avait compris. Le fait qu’il soit mort face à ce public, ceux qui n’ont en général pas les moyens d’assister à des concerts, cela me console un peu. »

« La littérature africaine s’ouvre au monde, parle au monde, tout en étant ancrée dans le continent »

Le critique congolais Boniface Mongo-Mboussa, programmateur du pavillon africain au Salon du livre de Genève, dresse un panorama des lettres francophones et anglophones.

Le Salon du livre et de la presse de Genève se tiendra du 26 au 30 avril 2017.   
Le Salon du livre et de la presse de Genève se tiendra du 26 au 30 avril 2017. Crédits : Pierre Albouy/Salon du livre de Genève    

Pendant cinq jours, du mercredi 26 au dimanche 30 avril, le Salon du livre et de la presse de Genève proposera pour sa 31e édition plus de deux mille animations réparties sur les différentes scènes de ce rendez-vous littéraire international.

Parmi celles-ci, le Salon africain qui remettra, vendredi, le prix Kourouma, dont Le Monde Afrique est partenaire. Grâce au travail méticuleux et passionné de la romancière suisse Pascale Kramer et du critique congolais Boniface Mongo-Mboussa, diverses rencontres seront proposées avec des romanciers, des essayistes, des poètes, des auteurs jeunesse du continent, mais aussi de Haïti et d’Europe sur le thème « Mélancolique Afrique », aux antipodes des clichés habituels.

Expliquez-nous ce thème de la mélancolie ?

Boniface Mongo-Mboussa J’ai été marqué par un essai de Bernard Mouralis, L’Europe, l’Afrique et la folie, publié en 1993 [chez Présence africaine], dans lequel il revient sur la manière dont l’Afrique est vue par les écrivains occidentaux. Dans leurs romans, l’Afrique est rayonnante, festive. En parallèle, Bernard Mouralis analyse la relation à la mélancolie d’écrivains tels que Léopold Sédar Senghor, Léon-Gontran Damas et Frantz Fanon. Ce livre n’est pas assez connu. On pense souvent que la mélancolie n’est pas le propre de l’Africain, alors que c’est le propre de l’homme, comme l’a démontré Aristote. Mon hypothèse, c’est que ce rire excessif de l’Afrique dont on parle toujours n’est peut-être que l’autre face de la mélancolie.

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Alain Mabanckou au Collège de France, Leïla Slimani prix Goncourt, Gaël Faye Goncourt des lycéens… 2016 a été une année faste pour la littérature africaine en France. Assiste-t-on à la fin de la distinction discriminante entre littérature française et francophone ?

Vous êtes optimiste, mais il faut savoir raison garder. L’arrivée d’Alain Mabanckou au Collège de France a été un événement majeur. Mais j’ai bien peur que l’enthousiasme ne retombe. Attendons de voir ce qui va se passer ces dix prochaines années. Il y a déjà eu des cycles comme celui-là où l’on a eu l’impression que les auteurs africains étaient pleinement intégrés au paysage littéraire français : Tierno Monénembo et Williams Sassine étaient accueillis par Bernard Pivot à « Apostrophes » en 1979 et on s’est exclamé que la littérature africaine était enfin reconnue. Mais rien n’a véritablement changé. En France, on a toujours l’impression que les francophones, c’est les autres. Ce problème ne se pose pas seulement à l’Afrique. Le Suisse Charles Ferdinand Ramuz, aujourd’hui publié dans la collection « La Pléiade », a eu énormément de mal à intégrer le monde littéraire français.

Que faire alors ?

Si l’on veut que la réception de la littérature africaine change en France, il faut que la situation change sur le continent. C’est lorsqu’il y aura un marché africain du livre, avec une vie littéraire, des éditeurs, des rencontres… que les auteurs africains seront reconnus à leur juste valeur à l’extérieur. C’est ce qui s’est passé en Amérique latine.

Conserver des collections africaines a-t-il encore un sens ?

Les collections spécifiques permettent, hélas, à l’Afrique d’exister. Le continent se demande peu si ses auteurs sont vendeurs. Pourtant, cette question commerciale est cruciale. Qu’est-ce qui fait que les livres africains n’arrivent pas à circuler comme biens matériels ? Même les grands auteurs africains ont du mal à figurer parmi les meilleures ventes. Les prix remportés par les Africains ne sont pas des succès de librairie. Gaël Faye est une exception. Mais, paradoxalement, c’est un auteur français. Il est venu du monde de la musique et était déjà connu avant de publier. C’est aussi un métis. Pour toutes ces raisons, il appartient à l’univers français. C’est un cas à méditer.

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Comment se porte la littérature africaine de langue française ?

Quand on fait le bilan des indépendances, le seul élément de fierté que nous puissions avoir, c’est notre littérature. Dans les années 1930-1940, l’Africain était encore l’objet de discours produits exclusivement par les autres. Depuis, il s’est approprié le discours sur lui-même. On peut marcher la tête haute. Pendant longtemps, on a dit qu’il s’agissait d’une littérature engagée parce que, et il faut bien le reconnaître, c’est le seul discours audible, critique, dans l’espace intellectuel. Si les intellectuels jouaient leur rôle critique, les écrivains ne seraient pas contraints d’avoir un discours politique. Mais, depuis quelque temps, une littérature intimiste, avec Bessora par exemple, est de plus en plus présente. On assiste à l’arrivée assez importante des femmes dans l’espace littéraire. Et c’est une littérature qui s’ouvre au monde, parle au monde, tout en étant ancrée dans le continent. Dans Rendez-vous avec l’heure qui blesse, Gaston-Paul Effa s’intéresse à un maire d’origine antillaise qui a été interné à Buchenwald. Avec Filles de Mexico, Samy Tchak nous emmène en Amérique latine. Et récemment des écrivains prennent la parole au travers d’essais : Felwine Sarr avec Afrotopia ou encore Gaston-Paul Effa avec Le dieu perdu dans l’herbe. Et l’on a dorénavant une littérature qui s’interroge sur elle-même.

Côté anglophone, ce secteur semble plus dynamique…

Ah oui ! Il n’y a qu’à penser à la foire de Hararé ou au dynamisme du Nigeria où il y a une vie littéraire très importante. Le monde anglophone nous donne des leçons. Il y a un marché du livre avec des éditeurs comme Heinemann, installé en Grande-Bretagne mais qui avait un bureau au Nigeria et qui a fait connaître Chinua Achebe. Un Nigérian publié chez lui est lu en Afrique du Sud, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en Australie parce qu’il existe un marché structuré autour d’éditeurs. Ce qui n’existe pas en Afrique francophone. Ken Bugul et Mariama Ba, par exemple, ont d’abord été publiées au Sénégal. Elles ont ensuite été traduites en anglais et leurs œuvres étaient connues en Afrique anglophone. Mais pour les lire dans l’espace francophone, il aura fallu que Pierre Astier les publie en France, au Serpent à plumes. Ce qui manque, ce sont de véritables politiques culturelles. Il y a encore en Afrique des pays sans bibliothèques nationales, sans médiathèques ni librairies.

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Certains critiques avancent que des auteurs comme Dinaw Mengestu, Chimamanda Ngozi Adichie, voire Imbolo Mbue participent à un renouveau des lettres américaines. Qu’en pensez-vous ?

Oui ! Ils apportent un vent nouveau. C’est la mentalité anglo-saxonne : ces écrivains sont intégrés à la vie littéraire américaine comme auteurs. Ce qui n’est pas le cas en France, qui pense être le pays de la littérature par excellence. André Gide se demandait ce que Jorge Luis Borges pouvait apprendre aux auteurs français !

La littérature africaine reste cloisonnée : anglophone, lusophone, francophone et, au sein de l’espace francophone, le Maghreb est à part. Est-ce encore pertinent ?

Anglophones et francophones restons prisonniers de notre histoire et vivons dans des mondes parallèles. On ne se traduit même pas nous-mêmes ! On lit le Nigeria via la France. Et on ne connaît pas la littérature lusophone. Là encore, il manque des maisons d’édition comme les éditions Clé au Cameroun pour faire ce travail. Quant au Maghreb, nous entretenons un rapport hypocrite avec lui. Dans les années 1950, avec Frantz Fanon en Algérie, on a cru qu’on avait une communauté de destin face à l’occupant colonial. Mais tant que perdureront le racisme et cette relation condescendante, voire méprisante, du Maghreb envers l’Afrique noire héritée de la traite arabo-musulmane, aucun dialogue culturel ne pourra émerger. La relation n’est pas saine. Nos intellectuels, y compris musulmans, doivent affronter cette question.

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Avec les éditions Zulma en France et Mémoire d’encrier au Canada, Boubacar Boris Diop a lancé la collection « Céytu » pour traduire en wolof des œuvres du patrimoine littéraire mondial, d’Aimé Césaire et de J. M. G. Le Clézio. En quoi cette initiative est-elle importante ?

Elle est importante en ce qu’elle pose peut-être les bases d’une future littérature africaine. L’avenir des littératures africaines se fera peut-être dans ses langues. Mais une littérature n’existe que si elle est lue. Qui lit ces ouvrages ? Boubacar Boris Diop a écrit en wolof Doomi Golo, mais il a fini par traduire son roman en français. On revient toujours au même problème, celui d’une véritable politique publique littéraire.

En octobre 2016, les Ateliers de la pensée organisés à Dakar et à Saint-Louis par Achille Mbembe et Felwine Sarr ont invité romanciers et spécialistes de la littérature à penser le renouveau de la pensée critique africaine. En quoi les lettres y contribuent-elles ?

Quand on fait le bilan de l’Afrique postcoloniale, on se rend compte que la littérature s’est penchée sur toutes les grandes questions : celle du statut de la femme, de la polygamie, des dictatures, des traditions, du cosmopolitisme, de la parole et de la palabre… Prenons ce dernier cas, par exemple : le philosophe camerounais Jean-Godefroy Bidima dans son essai La Palabre : une juridiction de la parole s’appuie sur le roman de Guy Menga La Palabre stérile pour penser le vivre-ensemble contemporain. Marcien Towa a construit sa réflexion de Négritude ou servitude ? sur le travail de Senghor. Et sur le génocide des Tutsi au Rwanda, outre les textes produits hors du continent, les écrits africains sont ceux des romanciers comme Boubabar Boris Diop et Tierno Monenembo. La littérature a réussi à introduire l’imaginaire africain, le penser africain, le parler africain dans le monde. Les philosophes doivent s’appuyer sur ce travail qui, par ailleurs, contribue à décoloniser les esprits et les imaginaires pour penser le continent.

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Vous êtes l’un des rares critiques africains. Comment l’expliquez-vous ?

C’est un problème typiquement africain. On fonctionne selon le schéma « l’Africain produit, l’universitaire occidental théorise ». On ne peut pas se contenter de produire de la fiction, il faut aussi avoir un regard critique sur cette fiction et l’on doit arriver à comprendre que sans critique littéraire, il n’y a pas de littérature.

Avez-vous repéré de jeunes auteurs prometteurs ?

Marius Nguie a écrit un roman remarquable, Un Yankee à Gamboma. C’est l’un des meilleurs romans parus ces dix dernières années qui revient sur les prémices de la guerre civile au Congo et évoque la fascination de l’uniforme sur les jeunes enfants, les amitiés complexes… Kouam Tawa, qui écrit des haïkus africains, a beaucoup de talent. Il a un tempérament de poète très fin.

Quels sont vos derniers coups de cœur ?

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Le Médecin qui voulut être roi, de Guillaume Lachenal, un ouvrage remarquable qui revient sur la place de la médecine coloniale dans les imaginaires. Le dieu perdu dans l’herbe, de Gaston-Paul Effa sur l’animisme, pour les perspectives qu’il ouvre. Et Le Soleil sans se brûler de Théo Anannisoh car, pour la première fois en Afrique, un auteur fait de la fiction à partir d’un autre auteur. Dans ce roman biographique, Théo Anannisoh se sert de l’expérience de Sony Labou Tansi pour méditer sur sa place dans le monde. Ce livre, qui plus est publié par une maison tunisienne, Elyzad, est tellement important qu’il a suscité Théo Anannisoh, Sony Labou Tansi, Amela et moi… de Bernard Mouralis.

Le film Get Out met le racisme au centre de l’horreur et cartonne aux Etats-Unis)

Actualités de Guinée Conakry, 26/04/17. Nouvelle République de Guinée, www.nrgui.co. En quelques jours, le film au budget de 4.5 millions de dollars a dépassé les 42 millions de recettes.

Jason Blum a su se rattraper après avoir laissé filer Le Projet Blair Witch. Producteur phare des productions horrifiques des années 2000. Il a réussi à développer, par l’intermédiaire de sa maison de production Blumhouse, toute une série de films qui auront mené à des sagas hautement rentables, à l’instar de Paranormal Activity (2007), Insidious (2011) ou American Nightmare (2013), au succès artistique plus ou moins flagrant.

Le nouveau film produit par Blum, Get Out, sorti le 24 février et réalisé pour 4.5 millions de dollars, a séduit le public américain, et prouve que cette stratégie paie : 4 jours plus tard, il avait engrangé plus de 42 millions de dollars.

Le racisme par le prisme du film horrifique

Réalisé par Jordan Peele, dont c’est le premier long métrage (et que l’on connait plus sous les traits de Barack Obama), Get Out suit un jeune homme noir alors qu’il rencontre pour la première fois les parents de sa petite amie blanche. Les seuls afro-américains qu’il rencontre dans cette banlieue résidentielle ont un comportement étrange, alors que sa belle-mère lui propose de l’aider à arrêter de fumer grâce à l’hypnose.

   

Abordant à bras le corps le thème du racisme et l’histoire des Etats-Unis construite sur l’esclavage, Get Out livre un constat inquiétant sur la place encore prégnante du racisme sur le territoire américain et fait écho aux récents crimes racistes mettant en cause des policiers américains. Le rôle principal a été confié à Daniel Kaluuya, vu dans la série Black Mirror, Sicario de Denis Villeneuve et sera prochainement à l’affiche de l’adaptation du superhéros noir Black Panther.

Le film devrait sortir en France le 3 mai prochain.

par Antoine Scalogna

Le Monde