Le « oui » secret de Jean Seberg et Romain Gary

 

 

 

C'ÉTAIT IL YA QUELQUES ANNÉES. Un Corse avisé m'avait parlé, presque en baissant la voix, du mariage de Jean Seberg et de Romain Gary, dans un village posé sur la route d'Ajaccio à Bastia. L'actrice américaine et le double Prix Goncourt. Les amants magnifiques, le couple suicidé. Mon informateur se souvenait que c'était en pleine semaine d'école, après la rentrée des classes et les vendanges catastrophiques de l'année 1963. Il se rappelait aussi que personne n'avait rien su de ces noces d'amour qui auraient dû faire la « une » de tous les magazines de France et d'Amérique, du mariage le plus secret entre la NRF et Hollywood. Il m'avait donné envie de monter à Sarrola.

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Cet automne-là, il n'est pas encore le mystificateur Emile Ajar, Fosco Sinibaldi ou Shatan Bogat, mais déjà l'auteur couronné des Racines du ciel, ancien combattant des Forces françaises libres et compagnon de la Libération. Gary (« braise » en russe) a raccroché son blouson d'aviateur pour des costumes anglais de diplomate. Avec son profil au couteau de peintre, il est devenu le Méphistophélès du Quai d'Orsay, toujours fidèle à sa croix de Lorraine. Elle est la Cécile de Bonjour tristesse, dont Godard a remarqué la coupe garçonne et la manière gracieuse d'allumer sa cigarette ; il en fait une Patricia qui, dans A bout de souffle, troque la chemise d'homme et le pantalon corsaire de l'héroïne de Sagan pour un jean skinny et une marinière qu'elle porte sans soutien-gorge. « Qu'est-ce que c'est, dégueulasse ? », demande-t-elle de ses yeux bleus grands ouverts aux spectateurs des salles obscures. Les filles abandonnent la choucroute de « BB » et demandent les mêmes cheveux ras que Seberg. Elle est l'icône des Cahiers du cinéma et de la Nouvelle vague.

Lorsque Romain Gary et Jean Seberg se rencontrent en 1960, elle vient d’être révélée par Godard dans A bout de souffle.

Ce sont pourtant deux exilés de l'intérieur que, le 16 octobre 1963, Sarrola, un village qui aujourd'hui dévale des montagnes jusqu'à sa zone industrielle, marie incognito. Elle a 24 ans, lui 49. Son pays à elle est celui des plaines de John Wayne, des familles puritaines WASP. Lui est né dans une Vilnius qui faisait encore partie de l'Empire russe, trimballé par la guerre de l'Angleterre à l'Afrique, avant que sa carrière ne l'envoie en Bulgarie, en Bolivie et en Californie. Ils ont choisi la Corse. Des noces en forme d'énigme. « Peut-être le point équidistant entre leur pays à tous les deux ?», avait demandé mon ami corse.

A PARIS, L'ENQUÊTE BREDOUILLE. Roger Grenier, membre du très select comité de Gallimard, a connu Camus et Ionesco, Cortazar et Blondin, Bachelard et Valery Larbaud. A l'occasion du centenaire de la naissance de Romain Gary, il vient de préfacer Le Sens de ma vie, transcription du dernier entretien accordé par son ami à Radio-Canada, quelques mois avant son suicide, en décembre 1980. « Le dernier état de son autobiographie », dit-il. Pas davantage de référence, pourtant, à ce mariage fantôme, que dans Au-delà de cette limite, votre ticket n'est plus valable ou dans Chien blanc. « Je crains de ne pas pouvoir vous aider, soupire dans son bureau le vaillant éditeur de 94 ans. En 1963, je ne fréquentais pas Romain. Et il ne m'a jamais parlé de ces noces. »

Sous la pluie de livres consacrés à l'écrivain ou à l'actrice, quatorze mots résument en général la cérémonie : « Le mariage eut lieu le 16 octobre 1963 à Sarrola-Carcopino, en Corse. » Seule Myriam Anissimov, auteure de Romain Gary, le caméléon, monument biographique élevé en 2004 aux pieds de l'écrivain, détaille d'un paragraphe l'épisode mystérieux. « Le soir du mariage, ils dînèrent à l'hôtel Campo dell'Oro, près de l'aérogare, à vingt kilomètres du village, et repartirent le lendemain en bateau aussi discrètement qu'ils étaient arrivés. » C'est un établissement pour stewards, hôtesses, pilotes (comme Gary...) et joueurs de football en déplacement, coincé entre les pistes de l'aéroport, la route et la voie de chemin de fer. Depuis les balcons, on croirait que les avions se posent sur la mer, comme de gros goélands.

LE COUPLE S'EST CONNU TROIS ANS AVANT CE MARIAGE, À LOS ANGELES. Gary et sa femme, l'écrivain Lesley Blanch, recevaient au consulat de France la jeune actrice et son mari, François Moreuil, un avocat d'affaires plein d'ambition. A table, Mme Moreuil est timide et sublime dans sa robe en soie bleu nuit de Givenchy. Le consul général fanfaronne et joue les matamores, en ancien niçois qu'il fut. Vingt-quatre ans les séparent, leurs yeux ne se quittent pas. C'est love at first sight. « Vos mocassins sont superbes ! Permettez-vous que je les essaie ? » provoque Gary en baissant le regard vers les chaussures de Moreuil, qui s'exécute à la fois interdit et flatté. Quelques mois plus tard, Jean Seberg entame une procédure de divorce, qui aboutit en juin 1962, juste avant la naissance de Diego, cet enfant qu'ils ont tant désiré. Gary se sépare officiellement de son épouse britannique le 5 septembre 1963. Peu de temps avant le mariage incognito dans le village de la Basse-Gravone.

A l'hôtel Campo dell'Oro, les barmen se souviennent des tournois de bridge d'Omar Sharif, qui un soir d'ivresse avait offert sa montre de prix à l'un des leurs, mais pas de l'écrivain ni de l'actrice. Claudine Merli, la propriétaire de l'établissement, est formelle : « Dans le livre d'or, j'ai Brel, Brassens, Bécaud, mais pas Seberg et Gary. » Et pour cause : l'hôtel a été construit en 1969, soit six ans après le mariage. Avec ses biographes, Gary continue à jouer à cache-cache. Direction Sarrola, avec pour boussole une photo de la noce, cliché inédit confié par Diego Gary au Mercure de France pour un album consacré en avril 2014 à Jean Seberg, et qu'il a gentiment accepté de prêter à « M ».

Diego avait 1 an au moment du mariage. Dans mon sac, j'ai pris son livre, S ou L'espérance de vie. Le fils de Romain et de Jean a aujourd'hui 52 ans, et je me souviens de cette image bouleversante : visage fin, cheveux raides, plein de ce chagrin trop lourd pour ses 18 ans, l'orphelin se tenait seul derrière le cercueil de son père, dans la cour des Invalides, où la France rendait hommage au compagnon de la Libération. Sa naissance avait été cachée elle aussi, pour ne pas froisser les convenances d'Hollywood et du Quai d'Orsay. « Je revois nos petits déjeuners sur la place de Porto-Vecchio, derrière l'église où mes parents se sont mariés », écrit-il au détour d'une page. Porto-Vecchio est à trois heures en voiture de Sarrola. Et, dans Le sens de ma vie, Gary explique qu'il n'a « jamais mis les pieds dans une église ». Deuxième fausse piste ? « C'est un roman », me rassure Roger Grenier au téléphone.

ILS SONT SIX SUR LA PHOTO DE DIEGO. Au milieu, les nouveaux mariés, tels qu'on les devine par la grâce d'un bouquet de fortune. Jean porte un petit manteau blanc évasé - Dior, peut-être -, jeté sur une robe qu'on imagine trapèze, comme en raffolent les années 1960. Pas de voile. Pas de lunettes de star. En 1963, l'actrice a abandonné sa coupe culte pour la coiffure de Grace de Monaco. Depuis qu'ils vivent ensemble rue du Bac, à Paris, Romain a fait de sa Jean une ambassadrice de l'élégance française. Derrière eux, sur le cliché, un muret comme on en voit dans tous les villages corses, le posatoghju où l'on s'assied, à la tombée du jour, pour discuter. Il ressemble bien à celui de Sarrola, même s'il paraît plus bas sur la photo. « Nous l'avons rehaussé il y a cinq ans environ, pour le mettre en conformité avec les normes de sécurité en vigueur », rassure le jeune maire, Alexandre Sarrola, qui a succédé à son grand-père, Noël, au terme d'un mandat historique de soixante ans exactement. Son aïeul pose à la gauche de Jean Seberg, un poil plus petit que l'actrice, sec comme un sarment de vigne. A sa droite, « le cousin François, qui faisait secrétaire de mairie », explique le chœur du village venu expertiser la photo témoin.

Ce 16  octobre 1963, à 14 h 30, « Natale » (Noël, en corse) était venu chercher le couple à l'aéroport, arrivé par l'une des deux ou trois caravelles hebdomadaires en provenance de Nice. Puis les a « montés » lui-même au village, dans sa traction, sur la route creusée de fondrières qui ne laissait passer qu'une voiture à la fois. Sans doute leur a-t-il fait faire le tour du village, comme tous les maires de Corse qui veulent convaincre que le leur est le plus beau. A 16 heures, sur la place déserte où trône le monument aux morts, monsieur le maire avait ouvert la salle des mariages au couple de stars, son écharpe tricolore ceinte autour de la taille comme toujours.

Martine Pieri a 86 ans et cinq filles. Depuis la mort de « Noël », c'est la seule, au village, qui se souvient de cette journée particulière. « J'étais avec mon pauvre mari et un vigneron dont on était montés voir la vigne. Seul un tiers du raisin avait pu être pressé, cette année-là, après une saison de chien. Devant la mairie, je dis : "Tiens, la voiture de monsieur le maire !" Mais, dans la mairie, Noël me fait signe avec les deux mains de ne pas entrer », mime-t-elle. Martine Pieri reste sur le muret pour voir sortir les mariés. « "Ce sont des Russes ?", je demande à Noël, car j'avais vu un jour un architecte russe qui ressemblait à ce marié que je ne trouvais pas très beau. "Ce sont des étrangers", a répondu Noël. Un peu plus tard, je découpe le morceau dans le journal qui raconte le mariage, j'avais la manie de découper ce qui se passait à Sarrola. "Regarde, Noël", je lui dis, "voilà la noce de tes étrangers". »

Ce n’est que le 23 octobre 1963, soit sept jours après sa célébration, que le mariage de Romain Gary et Jean Seberg est relaté dans Nice-Matin.

A la mairie, je retrouve l'article de Nice-Matin, plus un autre du Provençal, taillés avec les ciseaux de Martine. Ils portent la date du 23 octobre, une semaine après le mariage. Magie d'une époque sans smartphone, ni tweets, ni selfies : aucune photo de la noce ne les accompagne. « Romain Gary et Jean Seberg tels qu'on aurait pu les voir dans leur découverte d'un village pittoresque », clame la légende d'un cliché d'archives où le couple semble en croisière. Sept jours de retard, et pas d'illustr', comme on dit dans le métier. Jours de France, Paris-Match, tout le monde a raté le mariage de Jean Seberg et de Romain Gary. Même les paparazzis qui, cette année-là, ont empoisonné le tournage du Mépris, à Capri.

Seberg et Gary les redoutent plus encore que Bardot. En cet automne 1963, l'actrice américaine vient de participer, à Washington, à la grande marche pour les droits civiques des Noirs emmenée par Martin Luther King. Elle a aussi dîné avec son mari à la Maison Blanche, à l'invitation de John et Jackie Kennedy, mais elle dérange une Amérique paranoïaque qui - le FBI l'a avoué depuis - va comploter contre cette alliée des Black Panthers jusqu'à sa mort. Gary, de son côté, veut éviter de froisser son ex-femme, l'excentrique auteur des Sabres du paradis. Voilà pourquoi ils ont choisi la Corse. Et fait affaire avec un maire zitu e mutu, comme on dit sur l'île - taiseux et muet. Arrangeant, aussi. « Noël ne refusait rien à personne, sourit le sénateur Nicolas Alfonsi, son allié politique. Si on lui demandait un billet pour aller sur la Lune, il répondait : je vais réfléchir ». Cet automne-là, il accepte de ne pas publier les bans « Gary-Seberg » pendant le délai réglementaire, arguant d'une « urgence à procéder à mariage ».

L'académicien Jérôme Carcopino n'aurait-il pas pu recommander à l'écrivain ce village facile d'accès dont il est originaire ?, s'était interrogé Nice-Matin. « Pas du tout. Je n'ai pas vu l'académicien depuis son passage au village il y a deux ans », avait éludé Noël Sarrola. Marie-Jeanne Poggiale, dite Mijanou, a une autre idée. L'ancienne institutrice rappelle que Sarrola abritait un compagnon de la Libération, Joseph Casile. Prise de Tobrouk, bataille de Bir-Hakeim, campagne de Tunisie… Sa petite-fille, Sophie Emond-Gonzard, montée passer l'été au village, se souvient que son grand-père avait rencontré Romain Gary, qui voulait « écrire quelque chose sur les compagnons de la Libération ». Mais c'était bien après 1963.

IL FAUT REVENIR À LA PHOTO. Le couple à gauche, c'est Charles et Françoise Feuvrier, les témoins, qui se sont posés avec les futurs mariés à Ajaccio. Lui est général de division aérienne, ancien du groupe de bombardement Lorraine des FFL, comme Gary. Il est resté très proche de Charles de Gaulle. Sa signature et celle de son épouse, à droite sur l'acte de mariage, c'est un peu l'ombre tutélaire du Général sur les noces. Dans sa biographie, Anissimov écrit que Feuvrier, l'organisateur de la cérémonie, a bénéficié de la « complicité » de Sarrola, un « ancien combattant de la France libre ». Dans le canton, tout le monde sait pourtant que l'ancien maire, radical de gauche rond et consensuel, n'a jamais prétendu à ce brevet de gloire. « Pendant la guerre il est resté au village sans faire grand-chose », confirme son ami Paul Leca, le maire de Valle-di-Mezzana, le village le plus proche. Si le général Feuvrier l'a connu, ce n'est pas à ce titre.

Le couple travaillera ensemble sur Les oiseaux vont mourir au Pérou, Le couple travaillera ensemble sur Les oiseaux vont mourir au Pérou, un film réalisé en 1968 par Gary, avant de divorcer en 1970.

On n'est jamais loin, avec Romain Gary, de ces réseaux forgés dans l'armée des ombres et les méandres des services secrets gaullistes, que ressuscite la Ve naissante, et dont la Corse va raffoler. Couvert de médailles, Feuvrier n'est pas un inconnu dans le monde militaire. Il n'y a d'ailleurs pas laissé que de bons souvenirs. Avant de devenir le responsable du personnel chez Peugeot, où la CGT se souvient encore de ses méthodes musclées, il fut directeur de la Sécurité militaire de l'Etat, et chargé, à ce titre, de faire la guerre à l'OAS. « On ne peut exclure que Philippe Massoni, qui travaillait en liaison avec Feuvrier en Algérie, ait été chargé de s'occuper de l'affaire», réfléchit Jean-Charles Marchiani, autre préfet corse. On peut aussi penser que le général Feuvrier, proche du Président de la République, a contacté lui-même pour les détails du mariage le préfet de Corse: à l'époque, Marcel Turon, un bon vivant qui profitait de cette sinécure offerte par le régime gaulliste, dix ans avant les premiers frémissements du nationalisme, et fréquentait souvent la table familiale des Sarrola. « Papa m'a toujours dit que le mariage de Gary s'était fait par un préfet, dit la fille du maire, Catherine Cérati-Sarrola. Il était bien avec tous. »

« Je vous écrirai un petit mot quand vous pourrez en parler », avait lâché Gary à M. Sarrola avant de prendre congé. Mais, cinq jours plus tard, la presse parisienne finit par avoir vent de l'affaire. L'épicerie du village est assaillie d'appels : « Sarrola n'avait que trois lignes de téléphone, raconte Thomas Gianelli, le fils de l'épicière, nous avions le 7 ». Des journalistes locaux viennent chercher monsieur le maire à la terrasse du Royal, son repaire ajaccien, et même jusque dans ses vignes. « Je ne suis au courant de rien... Je n'ai pas célébrrrré de marrrriage depuis août », commence par assurer l'édile, madré comme un paysan. Avant de se dédire d'une pirouette : « J'ai été beaucoup plus discret qu'une urne puisque j'ai tenu cinq jours ! » « Sarrola me donnait souvent des tuyaux, raconte Pascal Bontempi, à l'époque chef d'agence du Provençal et correspondant du Figaro dans l'île. Mais cette fois-là, il ne m'a rien dit. » « Il avait donné sa parole d'honneur à Romain Gary » sourit le journaliste ajaccien Constant Sbraggia, qui a cuisiné Sarrola, peu avant sa mort. Le maire était resté laconique, fidèle à son serment. « Il semblait obsédé par le jeune âge de la mariée », raconte Sbraggia. Et par l'humeur de son époux : « Gary ne parlait pas, ne souriait pas, semblant à peine concerné par l'événement. » Détaché. La photo des noces laisse d'ailleurs une drôle d'impression. Gary a passé un bras autour des épaules de Jean Seberg. Mais de l'autre main, bravache et potache, il mime avec deux doigts le V victorieux des libérateurs.

A l'aeroport d'Orly (Paris) : l'ecrivain Roman Kacew dit Romain Gary alias Emile Ajar avec sa femme Jean Seberg et leur fils Alexandre Diego ainsi que leur chien Sandy, le 14 decembre 1968

UNE AUTRE CHOSE AVAIT FRAPPÉ LE MAIRE : LE COUPLE SEMBLAIT PRESSÉ.

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La langue

Le but de cet article est de parler des outils de la communication. Tout comme le couteau ou la science tout dépend de qui s’en sert : soit pour le bien, soit pour la malfaisance. L’instauration d’un pouvoir absolu ne peut se réaliser que par l’accaparement de la direction, de la justice, de l’autorité et des moyens idéologiques de manipulation, tels que la propagande. Au fur et à mesure qu’un pouvoir devient absolu, il accentue cette tendance à la monopolisation des médias. C’est ainsi que depuis la haute Antiquité, la propagande occupe une place non négligeable et le pharaon Ramsès II était passé maître dans ce domaine.  Les systèmes totalitaires modernes n’ont donc rien inventé, de Staline à Hitler… sans oublier leurs copies africaines. De même les souverains africains de Soundiata, empereur de l’empire du Mali à Alpha Yaya Diallo, roi de Labé, tous l’avaient bien compris en s’attachant les services des griots qui les ont immortalisés.

 C’est le lieu de rappeler le rôle tragique joué au Rwanda par les émissions de la Radiotélévision libre des Mille Collines (RTLM) à partir de 1993 aboutissant au génocide des Tutsis et des Hutus modérés. En Côte d’Ivoire j’ai vécu au quotidien la propagande des journaux haineux qui cristallisèrent le discours de l’ivoirité. Où tout cela a conduit ? Chacun le sait. En ce qui concerne la Guinée, de 1958 à nos jours, je dirai seulement que cela n’arrive pas qu’aux autres. A chacun selon ses passions d’en tirer les leçons.

Je vais terminer avec ce récit du grand traditionaliste malinké Wâ Kamissoko qui résume éloquemment tout ce qui vient d’être évoqué. Je donne la parole à Wadjan. Paix à son âme !

« Il y a très longtemps, un prophète demanda à son griot de se rendre sur le marché, afin de lui acheter le meilleur morceau de viande qui soit. Le griot lui apporta une langue. Le lendemain notre prophète remit de nouveau de l’argent du griot :

« Va au marché m’acheter le pire morceau de viande, le morceau qui ait le moins de valeur possible. » Le griot lui apporta encore une langue.

« Tiens, fit le prophète, je t’ai demandé d’hier d’aller m’acheter le meilleur morceau de viande : tu m’as apporté une langue. Aujourd’hui, je t’ai demandé d’aller m’acheter le morceau de viande qui ait le moins de valeur : voila que tu m’apportes encore une langue. Pour quelle raison ?- Il y a certes une raison. – Eh bien ! Pour quelle raison m’as-tu acheté la langue comme étant à la fois le meilleur et le pire morceau de viande qui soit ? – C’est la langue qui édifie un pays : c’est la langue qui édifie un village ; c’est la langue qui arrange le mariage ; c’est la langue qui consolide la famille ; c’est la langue qui unit ainés et cadets ; c’est la langue qui crée et entretient l’intimité entre femme et mari ; c’est la langue qui constitue le propre de l’humanité ; c’est la langue qui permet à l’homme d’implorer Dieu afin que , au terme du Jugement dernier, il le prenne en pitié et le fasse entrer au Paradis . C’est la raison pour laquelle la langue est le meilleur morceau de viande.

C’est cette même langue qui détruit les pays, les villages, dissout les mariages heureux, brise les liens de l’amour les plus solides, les liens de parenté les plus sacrés, les liens d’alliance les plus harmonieux, les liens d’amitiés les plus sincères. C’est la raison pour la qu’elle la langue est le pire morceau de viande qui soit » Ma bonne fortune à moi réside en totalité dans l’extrémité de ma langue. »

Was Salam

Boubacar Doumba Diallo

Hommage à souleymane Koly, alias Bob Azam (Par Blaise Chérif)

Les hommages à Koly continuent. Ici, c’est un retraité, Haut fonctionnaire du système des Nations unies, ex ambassadeur de la Guinée à Washington, mais surtout, il y insiste, l’ami, le complice d’enfance, Blaise Chérif qui lui souhaite un bon « Retour au pays natal ».

Cher Bob,
Ainsi, tu nous as quittés sans crier gare. La dernière fois que nous nous sommes entretenus, c'était en mai dernier à Paris, tu te plaignais du dos et allais à Montpellier pour faire ton check up médical qui, semble-t-il, n'avait rien révélé d'alarmant. C'est te dire ma stupéfaction en apprenant la terrible nouvelle en ce fatidique vendredi 1er août; me sont alors revenus en mémoire quelques souvenirs partagés : d'abord notre Club - ainsi étaient dénommés à l'époque les groupes d'amis-, «Les Cracks" et ses fameuses "surboums" tant à Conakry qu'à Nzérékoré, nos matchs de football contre l'équipe fédérale de Nzérékoré, les visites que nous nous rendions réciproquement et alternativement quand j'étais en fac de droit à Grenoble et toi en sociologie à Paris, nos vacances croisées avec nos familles respectives, toi à Genève quand j'y étais fonctionnaire des Nations Unies, et moi à Abidjan quand tu y étais Expert auprès du gouvernement ivoirien, et ensuite directeur de l'Ensemble Koteba d'Abidjan.
Cher Bob,
La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, nous avons discuté à nouveau de notre vieux projet de mettre sur pied un festival de danses et musiques traditionnelles de notre Forêt natale, festival qui se serait tenu chaque année dans notre chère capitale régionale, Nzérékoré. Voilà que tu es soudainement parti pour le grand voyage, rejoindre Laurent, André et le colonel Jean Claude. Du noyau dur de notre club "Les Cracks", ne restent plus qu'Eugène et moi.
Mon cher Bob,
Pour des raisons de santé, je n'ai malheureusement pas pu faire le déplacement de Paris à Conakry pour t'accompagner à ta dernière demeure. J'ai cependant suivi à la télévision guinéenne, l'hommage mille fois mérité que t'a rendu la nation tout entière. Je peux t'assurer que tes enfants ont été formidables de courage et de dignité dans cette dure épreuve. Mapouly, qui a pris la parole en leur nom, a été admirable d'éloquence et de sincérité, en délivrant un message que tu n'aurais pas renié, à savoir la nécessité que la culture guinéenne fasse l'objet de plus d'attention et de soutien. Sache que pour Eugène comme pour moi, tu n'es pas mort, tu dors. Cécile et les enfants se joignent à moi pour souhaiter que tu reposes en paix et que la terre de nos ancêtres, rendue plus friable par mes larmes quelque peu incongrues te soit plus légère.

Blaise Cherif alias Zîngo


 

 

 

 

 

L'actrice américaine Lauren Bacall meurt à l'âge de 89 ans

Compagne de "Bogey" (Humphrey Bogart), premier des stars masculines, du clasemment des Mythes légentaires de Hollywood suivi de Cary Grant, Jimmy Stewart et Marlon Brando, Lauren Bacall était elle aussi parmi les 25 stars féminines, en compagnies des Katharine Hepburne, devant Elysabeth Taylor et même Grata Garbo ! (SN Bokoum)

 
 
Lauren Bacall.

L'icône américaine du cinéma Lauren Bacall, surnommée « the Look » (« le Regard ») au sommet de sa carrière pendant l'âge d'or d'Hollywood, est morte mardi 12 août à l'âge de 89 ans. Les représentants de la succession Bogart ont confirmé sur un compte Twitter officiel des informations du site TMZ, de même que des membres de sa famille au Los Angeles Times et au Washington Post. D'après TMZ, l'actrice a été victime d'un « accident vasculaire cérébral ».

Née le 16 septembre 1924 à New York, Lauren Bacall (Betty Joan Perske de son vrai nom) est la fille unique d'immigrants juifs roumano-polonais, de la famille de l'ancien président israélien Shimon Peres.

A 15 ans, la jeune fille s'inscrit à l'Academie des arts dramatiques de New York mais, faute d'argent, ne suit les cours que pendant un an. Vivant de petits rôles au théâtre et d'un emploi d'ouvreuse, elle se décrit alors comme « une perche sans poitrine et avec des grands pieds » – mais est élue « Miss Greenwich » en 1942.

Devenue mannequin, elle fait, en 1943, la couverture du magazine de mode Harper's Bazaar, où elle est remarquée par la femme du cinéaste Howard Hawks. L'année suivante, Hawks devient son mentor et lui fait adopter une voix grave pour jouer avec Humphrey Bogart dans Le Port de l'angoisse.

Lors d'une scène culte, elle lui intime : « Vous n'avez pas à jouer avec moi, Steve. (...) Si vous avez besoin de moi, vous n'avez qu'à siffler. Vous savez siffler, Steve ? Vous rapprochez vos lèvres comme ça, et vous soufflez ». Dans le même film, elle chantait d'une voix grave dans un long fourreau noir « How little we know » devant un Bogart sourire aux lèvres.

Sa rencontre avec l'acteur de 44 ans se transforme rapidement en histoire d'amour dont raffolera Hollywood. Lauren Bacall épouse Bogart l'année suivante, et sera sa compagne au cinéma comme à la ville jusqu'à la mort de l'acteur.

C'est de nouveau à côté de Bogart qu'elle joue dans un autre grand film noir d'Hollywood en 1946, Le Grand Sommeil, puis dans deux autres réalisations de la même veine (Les Passagers de la nuit de Delmer Daves en 1947, et Key Largo de John Huston en 1948).

Avec Jean Negulesco, l'actrice découvre ensuite le registre de la comédie dans Comment épouser un millionnaire (1953), aux côtés de Marilyn Monroe et Betty Grable, et Les femmes mènent le monde (1954).

Lorsque « Bogie » meurt d'un cancer de l'œsophage, en 1957, la jeune veuve de 32 ans se tourne vers les planches de Broadway. Son talent sera récompensé par deux Tony Awards (l'Oscar du théâtre), pour Applause en 1970 et Woman of the Year en 1981.

L'actrice charmera aussi ses fans au cinéma dans Le Crime de l'Orient-Express de Sydney Lumet (1974), Le Dernier des géants, de John Wayne (1976), et Prêt-à-porter  de Robert Altman (1994).

Son jeu dans Leçons de séduction de Barbra Streisand est récompensé, en 1996, par une nomination pour l'Oscar du meilleur second rôle et, en 1997, par un Golden Globe dans la même catégorie.

Elle s'illustre encore dans Manderlay de Lars von Trier, nommé en 2005 au Festival de Cannes. En 2009, un Oscar d'honneur est décerné à Lauren Bacall pour sa contribution essentielle à l'âge d'or du cinéma.

Lauren Bacall à Deauville en 1999.
Le Monde avec l'AFP

 

Ebola: on va tester le ZMapp au Liberia

Le virus d'Ebola / REUTERS
Le virus d'Ebola / REUTERSLes Etats-Unis viennent d'autoriser l'expérimentation de la molécule dans ce pays touché par l'épidémie.

Il faudra rapidement s’y habituer: avec Ebola tout va plus vite que prévu. La barre (officielle) des mille morts vient d’être franchie et la vitesse de diffusion du virus semble comme en adéquation avec le flux des informations qu’il génère. A peine Remy Lamah, ministre de la Santé de Guinée avait-il eu le temps d’expliquer que l’accès aux traitements expérimentaux n’était pas «la priorité du moment» que la société pharmaceutique américaine Mapp Biopharmaceuticals faisait savoir qu’elle avait expédié la totalité de ses doses disponibles de Zmapp en Afrique de l'Ouest.

Plus précisément, la présidence du Liberia a officiellement annoncé, le 11 août, que Barack Obama et la Food and Drug Administration américaine avaient donné leur accord pour que des médecins libériens infectés par le virus Ebola puissent recevoir du ZMapp. Un accord avalisé par le Dr Margaret Chan, directrice générale de l’OMS. La substance sera livrée aux autorités sanitaires du Liberia par un émissaire américain.

Depuis quelques jours, plusieurs des Etats africains concernés (dont le Nigeria) avaient exprimé le souhait de pouvoir utiliser le ZMapp. La situation ainsi créée est d’autant plus étonnante que Barack Obama avait, le 6 août, jugé «prématurée» l’utilisation de médicaments expérimentaux contre l’Ebola.

On sait ce qu’il en est de cette substance, soit bien peu de choses d’un point de vue clinique et rien du tout quant à son efficacité thérapeutique vis-à-vis de l’infection par le virus Ebola.

Souvent présenté comme un «sérum» le ZMapp est une association de trois anticorps monoclonaux  «humanisés». Cette substance a été développée dans le cadre d’un programme de recherche soutenu depuis dix ans par l’armée américaine. Il n’avait jusqu’à présent été testé que sur des animaux de laboratoire (publication de 2011 et publication de 2012). Rien de ce fait n’autorisait à l’utiliser chez l’homme. Or il a été administré (dans des conditions non précisées) au Liberia à deux soignants américains aujourd’hui hospitalisés à Atlanta. Il a aussi été administré à un prêtre espagnol également contaminé au Liberia et qui a été rapatrié en Espagne pour être soigné à Madrid.

«Fourni gratuitement»

Le jour même où Barack Obama faisait part de ses réserves un appel était lancé par trois spécialistes renommés des maladies infectieuses: les Prs Peter Piot, David Heymann et Jeremy Farrar pour que le ZMapp puisse être mis à la disposition des pays africains affectés. Un appel aussitôt suivi de l’annonce par l’OMS de la création imminente d’un groupe d’éthique en charge de la question de l’égalité aux traitements contre l’Ebola.

Lewis Brown, ministre libérien de l’Information du gouvernement libérien, a indiqué à la BBC que son gouvernement était conscient des risques associés à ZMapp, mais que l'alternative était de tester ou de mourir.

«Après avoir satisfait les demandes reçues au cours du week-end de la région d'Afrique de l'Ouest, les stocks de ZMapp sont désormais épuisés, a annoncé le 11 août depuis San Diego la société Mapp Biopharmaceuticals. Toute décision d'utiliser le ZMapp doit être prise par l'équipe médicale des malades.» Elle ajoute que dans tous les cas son médicament est «fourni gratuitement».

Jean-Yves Nau