Les gardiens des lieux saints : n’allez pas en Guinée. Traduction, pas de Hajj pour les Guinéens (Par Saïdou Nour Bokoum).

Dans un communiqué publié hier, mercredi 6 août 2014 sur la page officielle du ministère de la Santé, le Royaume d’Arabie Saoudite déconseille les voyages des Saoudiens et résidants de l’Arabie en Guinée, au Libéria et en Sierra Léone "jusqu’à nouvel ordre".

Pour cause d'Ebola « actif dans ces pays ». Ne cherchez pas loin la raison de ce rappel du même communiqué : la OMRA et le Hajj 2014 ont été interdits aux candidats guinéens, libériens et léonais.

Un peu de baume sur les effets de cette calamité spirituelle qui tombe sur les musulmans de ces pays, une première cyclique, depuis l’avènement du sceau de la prophétie le prophète Muhammad (PSL) : le ministre de la Santé arabique (sic ndlr) dit être en coopération avec l’OMS- et promet de mettre à jour son avis aux candidats des voyages en direction de ces trois pays « si les conditions changent sur le terrain en Afrique de l’Ouest »…

Autant dire quand la pandémie annoncée par les médias internationaux y compris ceux du gendarme de la planète où au moins un cas a été avéré sera maîtrisée.

Sinon nous seront témoins de la fin des temps :

Quand les musulmans ne pourront plus accomplir le 5ième pilier de l’Islam

Quand ils seront dans l’impossibilité de faire la Zakhat

Quand ils festoieront jour et nuit le mois de Ramadhan

Quand ils devront associer « Le Borgne » à l’Unique

Alors je fais le vœu que je serais déjà de l’autre côté du Pont du Sirat Al Mustqîm !

Emporté à la vitesse de la lumière spirituelle

En Compagnie des miens vers les lointains perpétuels

Tous ceux qui, croyants, athées, agnostiques,

Eternels soupirants de « ..ce je ne sais quoi qui.. »

Ont dit oui à Hessel déjà toisant l’Absent

Disant du haut de ses 90 ans :

Indignez-vous !

Schalom,

El Hajj Saïdou Nour Bokoum

www.nouvellerepubliquedeguinee.net

 

 

Souleymane Koly : Incassable malgré l'hommage funèbre

Les hommages sont toujours funèbres (J-P Sartre)

On entre dans un mort comme dans un moulin (Jean-Paul Sartre)

Epilogue. Ce titre serait bien du Koly de « A tout casser », un de ses succès fracassants du temps de notre impossible Exodus, pour lequel il avait obtenu le prix de la deuxième édition du FESTAD (un prestigieux prix créé et attribué rien que par les professionnels et des critiques du théâtre en Côte d’ Ivoire. Dans un prochain papier : « Koly, de Kaloum Tam Tam au Kotèba » je me promets d’illustrer les propos d’Amirou Conté qui ne figurent pas dans ce bref compte-rendu que je viens de recevoir, fait à chaud. Mais les images d’illustration, que je "posterai"  (Kaloum Tam Tam, c'était à l'origine "Quatre garçons et une fille", titrait un journal français), arracheront avec une certaine fraîcheur Koly des senteurs de la morgue et des funérailles. (Sn Bokoum).

Souleymane Koly, est enfin élevé à titre posthume, à l'ordre de Chevalier du mérite national de la République de Guinée.

Comme prévu, des hommages ont été rendus ce jeudi 7 août à la mémoire de Souleymane Koly, fondateur du célèbre Ensemble Kotéba d'Abidjan qu'il a animé pendant 40 ans. C'était dans la Salle des congrès du Palais du peuple à Conakry en présence de l'essentiel de la famille culturelle, et aussi des parents, amis et admirateurs de l'illustre disparu. Le Gouvernement, fortement représenté comme d'habitude en de pareilles circonstances, par le Premier Ministre Mohamed Said Fofana, et le Ministre d'Etat Ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique Bailo Telliwel Diallo, a brodé sur "les valeurs et mérites" de l'artiste Koly dont la nation peut désormais être fière même s'il demeure très peu connu dans le pays.

Une série de témoignages de grands hommes ont ponctué cette cérémonie que les artistes de Kotéba n'ont pas voulue triste. Et c'est par un décret du Président de la République signé ce matin que Souleymane Koly est finalement reconnu Chevalier de l'Ordre National du Mérite de la République de Guinée. L'annonce de cette distinction a été faite après celle du Gouvernement Français, par la voix du Directeur de l'Institut Français représentant pour la circonstance, S.E.M, de l'Elever à ce même grade. Notons que de son vivant, Koly était déjà titulaire de nombreuses distinctions dont celle d'Officier de l'Ordre du mérite de la République française. Décidément, en Guinée, l'on est reconnu valable qu'à titre posthume.

Ousmane Koleya BANGOURA pour www.nouvellerepubliquedeguinee.net

 

 

 

QU’IL EST SI DOULOUREUX DE DIRE… ADIEU ! (Cheick Oumar Kanté)

Une de nos grandes plumes, plus vivante partout ailleurs que dans cette Palestine dont les habitants débarqués d'un autre Exodus, ont du mal à voir leur Moïse agitant des lontains, une main d'adieu..

Et voilà que continue de s’égrener le chapelet des disparitions prématurées d’éminentes personnalités guinéennes !

Point n’est besoin de rappeler les pertes antérieures. Avec le décèsde Souleymane Koly KOUROUMA, cette fois-ci, quelques temps seulement après le drame de la plage de Taouyah, bousculade à la fin d’un concert qui a fait des dizaines de morts et au moment où sévit l’affreuse Ébola dans certaines localités guinéennes, nous n’aurons pas assez de toutes les larmes de nos yeux pour les pleurer dans leur totalité.

Mais, il ne s’agit peut-être pas tant de fondre et de se morfondre en sanglots que de faire face, de surmonter les malheurs et de se donner les moyens, tous les moyens, pour les vaincre. Tout au moins en ce qui concerne les pandémies et les dérapages tragiques, répétés, des rassemblements de foules.

Pour en revenir à Souleymane Koly, voici mon témoignage de compassion à l’adresse des siens et de tous les Guinéens à qui je présente par la même occasion mes condoléances les plus attristées.

— Souleymane Koly a été un de ces visiteurs de la Cité Mermoz, le "campus, emblématique s’il en est, des étudiants guinéens en Côte d’Ivoire" dans les années 70 que je raconte dans "Orphelins de la Révolution".

Il a donc fait partie de nos aînés, ces Guinéens déjà diplômés et expérimentés sur le plan professionnel. C’est-à-dire du groupe de tous ceux qui, comme lui aux affaires culturelles ou comme d’autres, au Plan, à l’Agriculture (dans l’Administration ivoirienne ou dans des professions libérales) : banquiers, médecins, avocats, pharmaciens, commerçants, artisans, restaurateurs, hommes d’affaires, nous ont fait espérer qu’en réussissant nos études supérieures dans les conditions difficiles qui étaient les nôtres, nous parviendrions à intégrer la vie active dans différents domaines au pays de notre exil forcé. Et que c’était la meilleure des façons de nous mettre en réserve pour servir la Guinée post-pseudo-révolutionnaire...

— Dans "Pourquoi, diable, n’ai-je pas été un griot ?", petit essai édité chez Gandal à Conakry, on peut lire cet extrait dans l’Avant-propos :

"J’offre le présent « fascicule de mobilisation » autour de quelques sujets, grands et petits, sans autre carcan que celui de l’ordre alphabétique, inspiré que je suis par une des chansons de l’Ensemble ivoiro-guinéo-malien Kotéba [créé et dirigé par Souleymane Koly] intitulée ABCD. Avec l’espoir que, malgré leurs limites, mes indignations solitaires trouveront des places à côté des indignations partagées par le plus grand nombre d’humanistes, griots ou pas !"

— J’ai retrouvé Souleymane Kolyla toute dernière fois à l’occasion des 72 heures du livre à Conakry en avril 2013. Nous avons échangé nos cartes de visite et un peu sur les aspects de son travail en tant que conseiller spécial, récemment nommé, du ministre de la Culture et du Patrimoine. Il était heureux, et moi avec lui, qu’après avoir tant donné et reçu en France et en Côte d’Ivoire, il lui ait été donné l’opportunité de mettre ses compétences au service de la Patrie. C’est une catastrophe, donc, qu’elle ait été si brutalement interrompue !

  • Enfin, étonnant, non, qu’en ce dimanche 3 août alors que je n’ai pas encore su la triste nouvelle du vendredi, je cherchais dans une enveloppe des coordonnées pour téléphoner, la carte de Souleymane Koly ait été parmi celles qui se sont échappées en premier ?!...

Et maintenant, comment vais-je pouvoir lui dire… ADIEU sinon en citant "ADIEU", un de ses poèmes. N’est-ce pas le grand privilège de l’écrivain, de l’artiste que celui de pouvoir tout imaginer ?

"Demain

Il ne fera pas encore jour

Quand il faudra que je parte

Ma sœur

Ce soir

Le ciel orageux s’assombrit (…)

Nos deux cœurs hument

L’amer parfum de l’adieu sans retour

Demain

En même temps que la rosée sur l’herbe

Tes larmes perleront sur tes cils clos"

Tiré de Canicule Souleymane Koly, plaquette de poésie éditée par CEDA Abidjan en avril 1988. Il m’a été facile de la retrouver pour la simple raison qu’avec d’autres œuvres d’auteurs de tous pays, elle a trouvé sa place sur ma table de lecture et d’écriture.

Cheick Oumar KANTÉ

Sept idées reçues sur l'immigration et les immigrés

 

 
 
Des migrants sur le navire militaire italien "Chimera", dans le port de Pozzallo, en Sicile, le 30 juin.

L'été, période propice à relancer de vieux débats ? D'Eric Ciotti à Hervé Mariton en passant par Christian Estrosi, les ténors de la droite se bousculent sur les plateaux télévisés pour parler... d'immigration.

Aides sociales, afflux de migrants, « laxisme », tout est bon pour dénoncer une fois encore l'arrivée ou la présence d'immigrés sur le sol français. Cette thématique, souvent épidermique en France, où les enquêtes d'opinion montrent une montée du sentiment xénophobe, est riche en clichés. Des clichés qui sont le plus souvent relativisés, voire démentis par les faits.

 1. Non, il n'y a pas une « explosion » de l'immigration en France

Premier cliché démenti par les faits : la part des immigrés et des étrangers en France est... relativement stable depuis 30 ans.

En 1982, on comptait 4 millions d'immigrés (nés étrangers dans un pays étranger), et 3,5 millions d'étrangers (vivant en France sans avoir la nationalité française) pour 55 millions d'habitants. En 2011, on compte 5,4 millions d'immigrés et 3,7 millions d'étrangers pour 65 millions d'habitants.

Ramenée en pourcentage de la population, c'est donc, en trente ans, une hausse de 1,2 points de la part d'immigrés (de 7,2 % à 8,4 %) et une légère baisse de la part d'étrangers de (6,3 % à 5,8 %).

Un tiers des immigrés provenaient en 2008 de pays de l'UE, 38 % d'Europe. On compte ensuite 42,5 % d'immigrés originaires d'Afrique et du Maghreb, 14,2 % d'Asie, et 5,3 % d'Amérique ou d'Océanie, selon l'Insee.
Même si on regarde le très long terme, on ne peut pas observer de variation massive depuis les années 1920, comme on le voit ci-dessous.
 
Des migrants sur le navire militaire italien "Chimera", dans le port de Pozzallo, en Sicile, le 30 juin.

2. Non, il n'y a pas une hausse massive des arrivée de migrants en Europe

Second cliché : la vision de « hordes » de migrants qui se presseraient aux frontières de l'Europe. Là aussi, on est dans l'exagération.

Il est exact que certaines « routes » connaissent un afflux massif en 2013, notamment les migrants en provenance de l'Erythrée et de la Syrie, qui se pressent en Italie et à Malte. Mais d'autres, au contraire, voient le nombre d'arrivants diminuer.

En réalité, si on consulte les données globales de Frontex, l'agence européenne aux frontières, on constate une hausse pour 2013, mais qui fait suite à une baisse en 2012. Sur trois ans, la tendance est plutôt stable : 104 000 migrants illégaux recensés en 2010 et 2009, 107 000 en 2013.

Par ailleurs, le nombre d'étrangers en situation irrégulière est stable depuis trois ans lui aussi en Europe.

3. Non, la France n'accueille pas plus d'immigrés qu'ailleurs en UE

Troisième cliché : la France serait une terre d'accueil privilégiée des migrants. Là encore, c'est faux. On le voit sur ce premier graphique : d'autres pays de taille comparable, de l'Allemagne au Royaume-Uni en passant par l'Italie, connaissent plus d'immigration que la France.

De même, la France a moins d'étrangers sur son sol que la plupart de ses voisins européens. Et se situe, au niveau mondial, à la 80e position pour l'immigration, derrière les Etats-Unis ou de nombreux autres pays européens.
La France se distingue pour une chose : le poids relatif de ses enfants d'immigrés, qui sont donc français de naissance. Selon l'Insee, en 2008, les descendants directs d'un ou de deux immigrés, représentaient 6,5 millions de personnes, soit 11 % de la population. Trois millions d'entre eux avaient leurs deux parents immigrés. 

Enfin, si elles ont diminué, les reconduites à la frontière d'étrangers en situation irrégulière se poursuivent, et donnent lieu à une guerre de chiffres entre gauche et droite.

Manifestation de sans-papiers à Paris, le 5 octobre.

4. Non, la citoyenneté française n'est pas « bradée »

Autre cliché : la citoyenneté française, qui serait accordée de plus en plus facilement à des étrangers. Là aussi, c'est tout simplement faux. Il suffit d'observer ce graphe pour le constater : on accorde aujourd'hui moins de fois la citoyenneté qu'en 2007.

Et là aussi, si on regarde la part des français par acquisition dans la population depuis 1960, on est bien loin de l'explosion (de 2,8 % en 1962 à 4,5 % en 2011).

5. Non, les immigrés ne viennent pas massivement « toucher des allocations »

Autre oubli fréquent dans les discours sur l'immigration : sa structure. On a tendance à oublier que dans les flux de titres de séjour délivrés, tous ne le sont pas pour le même motif. Les cas « humanitaires » sont très minoritaires face aux étudiants étrangers ou au regroupement familial.

Celui-ci, consacré comme un droit par le Conseil d'Etat en 1978, mais qui a connu depuis une série de restrictions, n'est autorisé qu'aux étrangers eux-même titulaires d'une carte de séjour ou de résident, qui doivent justifier de leurs ressources : au minimum 1 128 euros par mois sur la dernière année pour une famille de deux ou trois personnes. Qui ne peuvent pas provenir d'un minima social, mais doivent l'être d'une activité.

Il existe d'autres restrictions, notamment disposer d'un logement ou ne pas être polygame.

Lire aussi : les régularisations ont bondi de 50 % en 2013

6. Non, on n'accorde pas le RSA aux étrangers dès leur arrivée

Venons-en aux propositions formulées par l'UMP. Hervé Mariton, par exemple, propose « que tout nouvel entrant en France, qu'il soit en situation régulière ou irrégulière, n'ait pas accès aux aides sociales contributives avant un délai de plusieurs année ».

Or... c'est déjà le cas ! En réalité, il faut un statut d'immigrant régulier pour toucher des aides sociales. Et surtout, le RSA, par exemple, n'est accordé qu'au bout de cinq années de résidence en France, sauf quelques cas particuliers (réfugiés, apatrides, mère seule).

Lire aussi : Les intox d'Eric Ciotti sur l'immigration

13,2 % Comme le rappelait Libé Désintox en 2013, de 2004 à 2011, la part des étrangers non communautaires dans les bénéficiaires du RMI, puis du RSA n'a pas varié, passant de 13,3 % à 13,2 %.

Cette polémique est typique des discours autour de l'immigration. Autre exemple, celui des bénéficiaires du minimum vieillesse (Allocation de solidarité aux personnes âgées ou Aspa). Là aussi, le même Hervé Mariton avait dénoncé en 2013 - figure classique - la mainmise d'étrangers qui, n'ayant jamais cotisé en France, viendraient le toucher sur le territoire.

Il suffit de retrouver, sur le site de l'Assemblée, nationale, une question posée au gouvernement en 2011, pour constater que la polémique, ancienne, est en réalité très exagérée : on comptait, en 2012, 32 % d'étrangers parmi les bénéficiaires de l'Aspa, contre 30 % en 2005.

En 2011, donc, le gouvernement estimait à 2 000 le nombre de bénéficiaires étrangers de l'Aspa. Ils résidaient en France en moyenne depuis dix ans. Et seuls 439 étaient en France depuis moins de cinq ans.

7. Non, l'immigration ne coûte pas des dizaines de milliards

De manière plus générale, le discours autour de l'immigration et des immigrés à tendance à ne considérer que les coûts, sans jamais leur opposer les revenus générés par ceux-ci.

Il est extrêmement complexe de chiffrer le coût ou l'apport de l'immigration pour les finances publiques.

En 2010, l'économiste Xavier Chojnicki avait été chargé par le gouvernement d'une étude sur le coût de l'immigration, qui fait désormais autorité. Si elle faisait le constat d'une « surreprésentation des populations immigrées parmi les bénéficiaires d'allocations familiales ou de logement », ainsi qu'aux « allocations chômage et au RMI », elle rappelait que la population immigrée cotisait également.

Or, concluait l'étude, du fait de la structure d'âge différente de la population immigrée, plus jeune, « la contribution nette globale de l'immigration au budget de l'Etat serait ainsi positive et de l'ordre de 12 milliards d'euros pour l'année 2005 ; un immigré aurait effectué en moyenne un paiement net de l'ordre de 2 250 € contre un peu plus de 1 500 € pour un autochtone ».

+ 3,02 mds ? L'étude estimait ainsi à 68,4 milliards d'euros les prestations versées aux immigrés et à 72,026 milliards leurs cotisations.

D'autres études ne sont pas de cette avis. Ainsi, François Gemenne, autre chercheur, évoque un coût net de l'ordre de 5 à 10 milliards d'euros. Mais il explique également que ces coûts sont imputables en partie à la politique migratoire elle-même, notamment les reconduites à la frontière, qui représentent 400 millions d'euros par an. Et les travaux de divers chercheurs tendent à montrer que le problème de la France vient aussi du fait que les immigrés y ont un moindre accès aux emplois rémunérateurs.

- 0,3 points de PIB ? Une étude comparative de l'OCDE montre que dans la plupart des pays, l'impact fiscal de l'immigration est nul ou positif. Pour la France, l'étude estime que l'impact fiscal est négatif de 0,3 point de PIB, soit moins qu'en Allemagne (1,13 point). En moyenne, il est positif de 0,3 points de PIB.

Lire : Coût de l'immigration, l'impossible chiffrage

La plupart des économistes s'accordent également pour estimer qu'avec le vieillissement de la population, le recours à l'immigration de travail deviendra de plus en plus nécessaire dans les pays d'Europe et d'Amérique du Nord.

 

IN MEMORIAM : Hommage de JMJ et Monenembo à l'artiste pluriel Souleymane Koly

02.08.2014 22:43 par www.guineeconakry.info

Après la mort dramatique d’une trentaine de jeunes, la Guinée n’avait vraiment pas besoin qu’une de ses icones tombe avec une telle fulgurance. Les hommes de culture sont en désarroi ici et ailleurs. L’artiste polyvalent et génial, tout à la fois producteur, chorégraphe et metteur en scène; celui dont la révélation partit de Côte d’Ivoire pour inonder sa Guinée natale, Souleymane Koly Kourouma, le fondateur du célébrissime Ensemble Kotéba, s’est éteint ce vendredi 1er août, aux environs de 10 heures, la veille de ses 70 ans, alors que son pays accueillait le sommet de la Mano River sur Ebola, cette autre faucheuse qui a déjà endeuillé des centaines de familles.

 

Souleymane Koly était un fin littéraire, un homme au langage bien ciselé, à la réplique tranchante et à l’analyse implacable. Tous les journalistes qui ont eu à l’interviewer, vous le diront, l’artiste était un visionnaire, un créateur fécond qui avait la capacité intellectuelle d’expliquer avec une plaisante aisance ce qu’il faisait ou faisait faire. Et les mots justes coulaient de sa bouche comme une fontaine heureuse d’offrir son pécieux liquide. 

Ses talents d’orfèvre des gestes et du verbe, il les insufflera dans cette merveilleuse combinaison du chant, de la danse et de la musique, dans le Kotéba, ce genre artistique d’origine mandingue, au carrefour du théâtre, de la philosophie, de l’humour et de l’actualité. 

Cet homme était de la génération des Guinéens de l’exil. Ceux qui ont bâti leur renommée dans l’enfantement douloureux de créations qui marqueront à jamais l’histoire de la culture africaine, du sceau de l’originalité. Sont de ceux-là, Saïdou Nour Bocoum, William Sassine, Tierno Monènembo, Aliou Fantouré…

Mais, depuis 2011, il avait amorcé avec résolution, le chemin du retour à la mère-patrie, comme pour transmettre aux générations montantes, les valeurs du modèle de simplicité, de rigueur qu’il a toujours voulu incarner. Ainsi, son talent en bandoulière entre  Conakry et Abidjan, il est resté fidèle jusqu’à la mort à ses « deux amours »

Pour l’avoir mieux connu depuis son retour au pays, pour avoir eu avec lui des moments de discussions saines sur ses frustrations, pour l’avoir vu au combat avec les armes redoutables de ses idées bien trempées contre les fossoyeurs des idées d’autrui ; enfin pour l’avoir vu avec son cœur d’enfant goûter aux soirées culturelles nationales, je me devais de témoigner, pour rendre hommage à Souleymane Koly, celui pour lequel, tous les honneurs du monde et tout l’argent du monde ne valaient point un sourire d’enfant !

Comme il me l’a confié au cours de notre dernière rencontre à Kipé : « Une vie n’est toujours qu’un point de suspension, et pour la nation personne n’a jamais trop fait.»

 

Justin MOREL Junior pour GuineeConakry.info

 

TIERNO MONENEMBO : Souleymane Koly, un patriote qui savait...

03.08.2014 01:25 par www.guineeconakry.info

J’apprends à l’instant- même la mort de notre Souleymane Koly national. Une nouvelle cruelle, insupportable, absolument scandaleuse ! D’autant cruelle que rien mais alors rien ne laissait présager une fin aussi brutale ! La dernière fois que je l’ai vu, il était en pleine forme : nous avions passé la soirée à nous chahuter comme de coutume sans nous douter que nous ne nous reverrions plus jamais… D’autant insupportable que me trouvant en ce moment hors du pays, je ne pourrai même pas l’accompagner à sa dernière demeure.

 

C’est en 1971 à Abidjan, que j’ai fait la connaissance de cet  homme exceptionnel. Il venait fraîchement d’arriver d’Europe en compagnie de son épouse, une Malienne sublime, admirée de toute la ville pour son intelligence et sa grâce. 

Etudiants ayant fui le régime sanguinaire de Sékou Touré, nous vivions alors parqués dans les baraques en planches de la Cité Mermoz où, littéralement,  nous tirions le diable par la queue. Malgré ou à cause de cela, Souleymane Koly bien que haut fonctionnaire dans un ministère, ne manqua jamais de nous rendre visite pour jouer au basket ou aux cartes, partager notre maigre pitance et causer de poésie et de théâtre et surtout du  triste sort de la Guinée. 

Quand je quittais la Côte d’ivoire en 1973, il n’avait pas encore fondé Koteba, sa polyvalente et célébrissime troupe mais j’avais déjà eu le temps d’évaluer son talent d’intellectuel et d’artiste. Je savais qu’il avait fait de brillantes études de sociologie, qu’il avait écrit de la poésie, flirté avec les milieux panafricains de Paris et animé avec Tidjani Cissé et d’autres , la compagnie de danse,   Kaloum Tam-tam. 

Je savais surtout que c’était un humaniste, amoureux de toutes les races, de toutes les ethnies, de toutes les cultures. Et c’est bien la raison pour laquelle j’ai eu toujours eu grand- plaisir de le rencontrer à Abidjan, à Paris, à Djibouti,  à Conakry ou ailleurs. C’était un aîné au sens familial du terme qui m’a toujours aimé et encouragé aussi bien dans mes études que dans mon travail d’écrivain. Il faisait partie de cette ultime minorité de vrais patriotes africains qui savait que l’Histoire, la vraie, ne se fait pas à coups d’injures et de trique mais à force d’amour et d’intelligence. 

Je suis triste, doublement triste, mille fois triste : cette valeur sûre de notre culture nationale nous quitte après notre douloureux William Sassine et à un moment où pendant que ce maudit Ebola nous décime, des dizaines de nos fils meurent stupidement sur une plage pour des raisons qu’il faudra bien un jour élucider.

Pauvre Guinée, patrie de sottises et de guigne, définitivement abonnée au malheur !

A tous, surtout à sa fille et à son fils, mes condoléances  sincères et émues ! 

Tierno Monénembo pour GuineeConakry.info

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE DE SOULEYMANE KOLY KOUROUMA

Né à N'Nzérékoré (Guinée) en 1944, il est "envoyé" en France par son père en 1954 pour y faire ses études. Le 28 septembre 1958, la Guinée vote "NON" au référendum gaulliste et accède à l'indépendance. Il quitte alors le lycée LAKANAL à Sceaux dans la banlieue où il était élevé pour rejoindre la Guinée. Il y achèvera ses études secondaires (bac en 1963). 

Après le temps des espoirs, vient celui des désillusions, Souleymane Koly fuit la Guinée de Sékou Touré et revient en Europe : Paris, où il étudie ; la Sorbonne, les Sciences sociales dans les années 68. Son premier groupe, L'ENSEMBLE KALOUM TAM-TAM naîtra là en 1966. En 1971 il rejoint la Côte d'Ivoire, devenue désormais sa seconde patrie africaine. 

Pendant plusieurs années, Souleymane Koly mènera parallèlement deux carrières : une carrière administrative, il sera d'abord Directeur du Département des Arts et Traditions populaires à l'Institut National des Arts, puis, expert chargé d'études à la Direction du Plan de 1973 à 1984, et une carrière artistique avec L'ENSEMBLE KOTÉBA D'ABIDJAN, fondé en 1974. Le groupe qui se compose de comédiens, danseurs et musiciens, est aujourd'hui connu en Afrique et à travers le monde. 

 Depuis une dizaine d'années, à côté de son travail de création avec son groupe, le Directeur de L'ENSEMBLE KOTÉBA D'ABIDJAN conçoit et met en œuvre des événements culturels ("IMPRESSIONS D'AFRIQUE" Uzès en avril 1989) ; encadre des ateliers de recherches et créations théâtrales (Niger, Gabon, Finlande, Nouvelle Calédonie, France, Kenya, Djibouti, USA) ; intervient en qualité de consultant pour diverses organisations culturelles internationales. Il fera aussi des incursions dans le 7e art, en 1987 avec "LA VIE PLATINÉE", en qualité de coscénariste, coréalisateur, chorégraphe et musicien, et en 1990 comme acteur dans "L'ENFANT LION" de Patrick Grandperret.