Il est vrai que Sassine étrillait tous les lundis Conté et ses zhéros.
« Je n’ai pas eu l’honneur de le connaître, mais je présente mes condoléances.. » (Lantchana, selon la diction de Sassine)
Catafalque aux couleurs nationales, symposium au Palais, ce Palais où il arrivait qu’il y ait des colloques à l’insu de Sassine, refoulé parce que n’ayant pas été invité !
Au moins Koly n’aura pas connu ces avanies dignes de zhéros fatigués. Honneurs qu’aurait moqués Sassine, il y avait des geules dont il n’eût pas voulu avaler les postillons jusque dans sa dernières demeure.
Afakoudou, attention au Niamou principal..
Bon pas de menace, cela ne ressemblerait pas à l'homme public et privé. Allez vas-y fiston Damantang !
« C’est avec tristesse et une profonde émotion que le Gouvernement guinéen a appris le décès ce vendredi 1er août 2014 de monsieur Souleymane Koly, homme de culture, fondateur de la célèbre troupe KOTEBA et Conseiller du ministre de la Culture.
La république de Guinée reste reconnaissante vis-à-vis de ce fils engagé qui a décidé de revenir servir son pays après avoir fait rayonner la culture guinéenne au niveau international.
En cette douloureuse circonstance, le Gouvernement adresse ses sincères condoléances à la famille éplorée, au monde des arts et de la culture, ainsi qu’au peuple de Guinée.
Que l’âme de l’illustre disparu repose en paix. Amen !
Le Porte-parole du Gouvernement.
Contact médias : M. Damantang Albert CAMARA, Porte-parole du Gouvernement, ministre de l’Enseignement Technique, de la Formation Professionnelle, de l’Emploi et du Travail ».
La chanteuse brésilienne Flavia Coelho. | BERNARD BENANT
Seconde grand-messe reggae de l'été en France, après le Garance Reggae Festival qui vient de se dérouler à Bagnols-sur-Cèze, dans le Gard, le Reggae Sun Ska s'installe pour la première fois sur le campus de Bordeaux, entre le jeudi 31 juillet et le dimanche 3 août. Près de 100 000 festivaliers y sont attendus. Le programme mélange des vétérans comme Bunny Wailer, U Roy, Pablo Moses, ou les Skatalites et des talents émergents. Il balaie tous les styles de la musique jamaïcaine, sans oublier d'inviter des artistes flirtant plus ou moins avec le reggae.
Ainsi la chanteuse brésilienne Flavia Coelho, née à Rio de Janeiro, en 1980, installée en France depuis 2006. Avant l'Olympia, en octobre, elle est actuellement en tournée pour présenter son deuxième album, d'un réjouissant éclectisme, Mundo Meu, sur lequel figure un titre chanté en duo avec le reggae man allemand Patrice.
BUDGET GLOBAL DE 3,4 MILLIONS D'EUROS
Jusqu'alors, la commune de Pauillac, au cœur des vignes du Médoc, accueillait l'événement. En 2013, une tempête a dévasté le site quelques jours avant l'ouverture du Festival et une alerte météorologique a entraîné l'annulation de la première soirée. Au moment des comptes, il manquera 180 000 euros. « Nous avons compris les limites de ce site pour recevoir 30 000 personnes par jour, et avons envisagé de chercher un autre lieu », raconte Fred Lachaize, directeur de ce festival populaire, qui s'autofinance à 92 %, rappelle-t-il, pour un budget global de 3,4 millions d'euros.
Flavia Coelho au festival de musique "Bardentreffen" 2013 à Nuremberg. | Bardentreffen 2013/CC BY-SA 3.0
Reggae Sun Ska est intégré, pour sa 17e édition, aux manifestations regroupées sous la bannière de l'Eté métropolitain, 300 propositions artistiques et culturelles éparpillées sur les 28 communes de la Communauté urbaine de Bordeaux.
Quelques jours avant de rejoindre le Bordelais, Flavia Coelho s'enthousiasme à l'idée de participer à cet événement. Avec l'exubérance et la vivacité dont elle est coutumière. « Je suis trop contente. Tout le monde me parlait de ce festival et surtout, je vais tout faire pour “checker” Shaggy ! . »
« NIER LE REGGAE, ÇA SERAIT NIER MON HISTOIRE. »
Si la pulsation de la musique jamaïcaine imprime moins sa marque sur le nouvel album que dans Bossa'Muffin (2011), qui mariait efficacement Brésil (samba, bossa-nova, forro, pagode) et Jamaïque (reggae, raggamuffin), Flavia Coelho ne démord pas de son penchant pour cette musique. « J'ai découvert le reggae à l'âge de 8 ans, quand je suis partie vivre au pays de ma mère, à Sao Luis do Maranháo », une ville et une île situées dans le Nordeste.« Là-bas, c'est La capitale du reggae au Brésil. J'y ai vécu quatre ans de mon enfance. Dans les villages, tous les week-ends, on sortait écouter du reggae roots diffusé à travers de véritables “murs” d'enceintes, appelés les radiolas. Mon premier concert de reggae, ce fut Max Romeo. Enorme ! »
Le reggae fait partie de son histoire de vie, insiste la chanteuse, se souvenant de ces quelques années de son enfance où elle côtoyait « des rastas brésiliens qui lui apprenaient la philosophie du reggae ». « Je ne suis pas jamaïcaine, mais j'ai la légitimité de jouer et chanter du reggae. Au moment où j'ai commencé à faire ma musique, en ouvrant le tiroir de ma mémoire, il était là ! Nier le reggae, ça serait nier mon histoire. »
Parmi les musiciens qui l'entourent, deux viennent de ce monde-là, Victor-Attila Vagh, producteur et réalisateur de ses albums, et Al Chonville, son batteur. Ce qui ravit Flavia Coelho dans la musique jamaïcaine, au point même de la surprendre, « ce sont ses variations… Mento, ska, dub, ragga, reggaeton, roots… Tout ça part d'un riddim et devient un style, un mouvement, qu'on retrouve partout dans le monde… Je dirais même que ceux qui ne font pas de reggae finissent par en faire un jour ou l'autre. » Mystère de l'inconsciente attraction…
Flavia Coelho en concert le 1er août à 19 heures au festival Reggae Sun Ska, domaine universitaire de Pessac-Talence-Gradignan, campus de l'agglomération bordelaise (Gironde), Reggaesunska.com. Mundo Meu, CD chez Discograph.
J'ai collecté dans ce texte, quelques mesures d'assainissement qu'un gouvernement responsable pourrait prendre, pour montrer que l'écologie et le développement durable font partie de ses objectifs et sont à la portée de tous, pour autant que l'on veuille bien s'en préoccuper. L'environnement est un sujet transversal, qui transcende les ethnies, et qui nécessite d'être pris à bras le corps et vite, afin de pouvoir en mesurer certains résultats à moyen terme.
Évidemment ces mesures ne sont que des propositions non exhaustives, et pas toujours coordonnées entre elles, mais visent à montrer que le critère financier ne constitue nullement un repoussoir, la volonté et l'éducation étant les deux critères fondamentaux à la réussite d'une telle politique, ciblée à Conakry dans ces exemples.
Des campagnes publicitaires pour apprendre l'hygiène… et la courtoisie
Une campagne publicitaire nationale publique - notamment pendant le ramadan -, pourrait être réalisée contre les crachats, qui favorisent la propagation de maladies, telles la tuberculose.
Beaucoup de « tabliers » vendent de la nourriture toute préparée sur les trottoirs ou la chaussée au mépris de la circulation routière, de l'hygiène ou de toute autre considération. Les rues jonchées de détritus, la saleté, les odeurs pestilentielles et les embouteillages donnent à certains quartiers l'apparence de bidonvilles. C'est lorsque de nombreux emplois seront créés, que le gouvernement pourra reconquérir les rues. Les vendeurs ambulants se verront progressivement délivrer une licence de vente, puis replacés dans des marchés voisins convenablement aménagés, avec eau courante, égouts et enlèvement des ordures (y compris avec des subventions à la location).
Beaucoup de taxis pirates (clandos) sans licence, ni assurance, exploités par des hommes d'affaires qui leur louent des guimbardes, s'arrêtent n'importe comment sur la voie, sans clignotant pour prendre ou déposer leurs passagers, en mettant en danger les autres usagers de la route. Des milliers de « clandos » sabotent par ailleurs le service public de bus. Évidemment cet assainissement ne se fera pas en un jour, car il faut des transports de substitution (d'où la restructuration des transports de bus appartenant à tous), une éducation permettant à tous les citoyens d'en comprendre l'intérêt, et un emploi de substitution aux chauffeurs.
Lorsque la Guinée organisera une conférence internationale, le gouvernement communiquera en direction des chauffeurs de taxi, le personnel hôtelier et les restaurants, à se montrer courtois et aimables. De même un Office de promotion touristique fera une communication dans le même sens en direction des vendeurs et des employés de services divers, même si le gouvernement devra préciser, qu'il n'y a aucune raison d'être affable vis-à-vis des étrangers, mais pas des Guinéens. Il incitera les Ministres de la Défense nationale, de l'Éducation nationale et des syndicats à diffuser le mot d'ordre. La courtoisie doit devenir un mode de vie pour tous.
Verdir Conakry
Il faut rendre Conakry verte. On se rappelle que sous la colonisation, la Guinée était la destination des Français d'Afrique de l'Ouest qui ne rentraient pas en métropole. À elle de retrouver le lustre d'antan, pour que les touristes et les hommes d'affaires en fassent leur base de voyages dans la région. Il faut néanmoins savoir que l'infrastructure matérielle (qui ne demande que des moyens financiers) sera plus facile à améliorer que les manières frustres des gens. On ne parle pas des équipements sanitaires qui voient ou verront le jour peu à peu, mais des habitudes de jeter les détritus partout, le bruit comme si nous étions au marché, du manque d'éducation, y compris la politesse et la courtoisie. Il faut partir de très bas et repenser l'éducation civique à l'école (voire la conscription obligatoire, y compris éventuellement pour les filles).
Il est possible de transformer Conakry en cité-jardin, en plantant des arbres près desdits foyers, à des ronds-points... Un service spécialisé doit même être mis en place. Par la suite une communication à destination des responsables devra être instaurée pour les sensibiliser au mouvement « propre et vert ». Lorsqu'on se déplace à l'étranger, ce n'est pas la taille des résidences que l'on regarde, mais la qualité de leur entretien (lavabos fendillés, robinets qui fuient, toilettes approximatives, délabrement général, jardins mal entretenus). De la même façon, les étrangers jugeront Conakry ainsi.
Il faudra planter des milliers d'arbres, d'arbustes et de palmiers (après étude botanique et pédologique pour étudier les sols, et notamment les lessivages d'humus en période de pluie) et le verdissement de la ville remontera le moral de la population et la rendra fière. Il faudra lui apprendre à en prendre soin et à ne pas les saccager, sans distinction des quartiers riches ou pauvres, pour ne pas perpétuer cet état de fait politiquement dangereux. Il faudra lutter contre les mouches et les moustiques, assainir les égouts et les canaux malodorants.
Persévérance et endurance sont les maîtres mots pour combattre les vieilles habitudes, car les gens piétinent les plantes, foulent l'herbe au pied, pillent les parterres de fleurs, chapardent les jeunes arbres et en font tomber d'autres en garant leurs vélos ou leurs motos. Pour vaincre l'indifférence initiale, nous devrons éduquer les écoliers en leur faisant planter et entretenir des arbres et des jardins. Ils transmettront le message à leurs parents. Il devra même être instauré une journée par an pour la plantation d'arbres, à laquelle participeront tous les députés.
Des plantes venant d'autres régions du monde devront même être importées pour être implantées à Conakry. De la même façon la récupération des eaux de pluie (à ne pas confondre avec les eaux usées recyclées) permettra la production de 50% de la consommation quotidienne de la ville. La désalinisation (notamment des lacs et rivières beaucoup plus économique que l'eau de mer), l'osmose inverse (filtration avec des membranes), voire d'autres techniques et le recyclage des eaux usées permettront une gestion de l'eau en conformité avec le développement durable.
Bouter l'élevage hors de la ville
Les élevages porcins et les étangs de pisciculture seront éliminés de la ville, car les déjections polluent les cours d'eau. À chaque fois, tout cela se fera en concertation, car sans précaution, ni considération, cela deviendra risqué politiquement, élections obligent. Des fonctionnaires et des députés aideront à en limiter les répercussions politiques.
À titre d'exemple, tout animal ambulant (vache, cochon, chèvre, poule...) ou errant en pleine ville sera amené à l'abattoir et leur viande donnée aux plus démunis (foyers d'aide sociale).
La réinstallation des paysans sera la plus difficile, malgré des indemnisations basées sur la taille de l'infrastructure, la surface d'espace ouvert cimentée sur la propriété ainsi que le nombre d'arbres fruitiers et d'étangs à poissons. Mais l'expérience montre que même les indemnisations les plus généreuses ne suffiront pas, les paysans plus anciens ne sachant que faire de leur argent (syndrome hollandais). Vivant dans des appartements avec cochons, canards, poules et avec des arbres fruitiers et potagers qui les auront nourri gratuitement, tout leur manquerait.
Il faudra même racheter du sable pour aménager une plage où désormais on pourra s'y baigner et faire du ski nautique. De grands immeubles en copropriété remplaceront les bidonvilles de Kaloum.
De même un centre anti-pollution pour mesurer la pollution des véhicules sera créé, un centre de pollution sonore amènera à modifier la législation sur les décibels.
Tout en démolissant certains quartiers pour les reconstruire à neuf, il nous faudra identifier et préserver les immeubles ou édifices présentant un intérêt historique, traditionnel, archéologique, architectural ou artistique certain, afin de ne pas effacer notre passé. De même la prohibition de la cigarette dans les lieux publics pourra être mise en place, ainsi que dans les bureaux climatisés et les restaurants.
Conclusion
Ce ne sont que quelques mesures en vrac, mais la plupart d'entre elles ne nécessitent d'abord que de la volonté, plus que des moyens financiers. Elles participent d'un projet collectif que tout Guinéen peut s'approprier. L'armée pourrait dans un premier temps – ne serait-ce que pour justifier son salaire - récupérer les ordures, et procéder aux mesures basiques de terrassement.
À y regarder de plus près, ces mesures nécessitent la coordination de plusieurs départements ministériels (communication, tourisme, défense nationale, logement, santé, commerce, transports, éducation nationale, élevage, pêche, agriculture, environnement...), mais n'est-ce pas la vocation d'un gouvernement de s'y atteler ?
Gandhi, citoyen guinéen
« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace ». (Robespierre, Discours sur la liberté de la presse, Mai 1791).
- Le processus de démocratisation qui a commencé il y a vingt ans en Afrique s’essouffle.
Dans de nombreux pays, l’Etat de droit est mis à mal, les constitutions manipulées, l’opposition marginalisée, le clientélisme et la corruption sont érigés en instruments de gouvernance. Certains experts et membres de la société civile appellent à une refondation de la démocratie dans le continent de Senghor et de Mandela.
Lorsque Senghor quitta volontairement la présidence du Sénégal après avoir exercé le pouvoir pendant près de vingt ans, il était qualifié de « déserteur » par ses pairs, notamment par le Tunisien Bourguiba et l’Ivoirien Houphouët Boigny qui, eux, avaient opté, pour la « présidence à vie ». La tradition des « présidents monarques » qui s’inscrustent au pouvoir, n’est certes pas spécifiquement africaine, avec les Islam Karimov, les Noursoultan Nazarbaïev ou encore les Bachar al-Assad prospérant à travers le monde. Il n’en reste pas moins que sur les 19 chefs d’Etat qui ont accédé au pouvoir au siècle dernier et qui s’accrochent à leur place, 14 – donc, les trois quarts - sont africains ! Les 4 présidents en place dans le monde depuis plus de trente ans sont tous africains ; 8 sur 10 de ceux qui ont accédé au pouvoir il y a plus de vingt ans le sont aussi !
Un mal africain ?
La pérennisation et la monopolisation du pouvoir sont devenues les traits caractéristiques de la pratique politique africaine. Les statistiques sur des dirigeants accros au pouvoir font écho aux débats qui secouent, en ce moment même, plusieurs pays d’Afrique, où les présidents dont les mandats arrivent prochainement à échéance cherchent arguments et moyens pour modifier la Charte fondamentale qui leur interdit d’effectuer plus de deux mandats. Après Ben Ali (Tunisie), Eyadéma père (Togo), Paul Biya (Cameroun), Omar Bongo (Gabon), Mamadou Tandja (Niger), Idriss Déby (Tchad), Yoweri Museveni (Ouganda), Abdelaziz Bouteflika (Algérie) et Ismaïl Omar Guelleh (Djibouti) qui ont réussi à modifier leurs Constitutions pour se perpétuer au pouvoir, d’autres chefs d’Etat africains en fin de mandats présidentiels autorisés par la loi, sont gagnés par la tentation de prolonger leur mandature.
Au cours des trois années qui viennent, la question va se poser notamment pour Lucas Pohamba de Namibie (fin de mandat en novembre 2014), Pierre Nkurunziza de Burundi (fin de mandat en juin 2015), Jakatya Kikwete de Tanzanie (fin de mandat en octobre 2015), Blaise Compaoré du Burkina Faso (fin de mandat en novembre 2015), Thomas Boni Yayi du Bénin (fin de mandat en mars 2016), Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville (fin de mandat en juillet 2016), Joseph Kabila de la RDC Congo (fin de mandat en décembre 2016), Paul Kagame du Rwanda (fin de mandat en juillet 2017), Ellen Johnson Sirleaf du Liberia (fin de mandat en novembre 2017) et Ernest Koroma de Sierra Leone (fin de mandat en 2017).
Les états majors de certains de ces dirigeants ont déjà commencé à préparer l’opinion dans leurs pays respectifs à coups d’arguments déjà entendus avant (« on a besoin de stabilité politique pour se développer », « pourquoi se priver de l’expérience et de la capacité de leadership d’un homme (ou d’une femme) qui a démontré son aptitude à gouverner », « la population elle-même le demande »!). Ils se proposent donc de changer la Constitution, rappelant que c’est un droit démocratique. La Constitution française de 1791 ne postulait-elle pas que « la nation a le droit imprescriptible de changer sa constitution ». Des arguments dont l’entourage du Camerounais Paul Biya s’est servi avec un certain succès pour faire supprimer en 2008 cette limitation du nombre de mandats dans la Loi fondamentale du Cameroun. Rappelons que le président camerounais est un des plus vieux chefs d’Etat au pouvoir en Afrique, qui a succédé à l’ancien président Ahidjo en 1982 et, depuis, a souvent remporté les scrutins électoraux avec des scores quasi-soviétiques ! Fort de son amendement constitutionnel, il a été réélu pour un nouveau septennat en 2011.
« Légale peut-être, mais ce genre de charcutage de la Constitution pour des raisons politiques ne rend pas service au pays », affirme le constitutionnaliste franco-sénégalais Alioune Badara Fall. Selon ce dernier, en voulant se maintenir au pouvoir à tout prix, les chefs d’Etat africains renouent avec l’ancienne pratique des « présidences à vie ». « Ils mettent à mal la notion de l’alternance qui est un des piliers fonamentaux et
Le constitutionnaliste sénégalais Alioune Badara Fall et le secrétaire-général de l'OIF Abdou DioufFall
incontournables de la démocratie », poursuitAlioune Badara Fall, professeur agrégé de droit public à l'université Montesquieu Bordeaux IV, et directeur d'un centre d'études sur les droits africains dans la même institution. Il est aussi le rédacteur en chef de la revue électronique « Afrilex » , où des études d'universitaires et de chercheurs consacrés à la pratique du droit sur le continent noir sont régulièrement publiées.
Marche arrière
Fondamentalement, la Constitution traduit la vision qu’a une société d’elle-même et de son avenir. Elle définit les principes et les idéaux qui président à la configuration des pouvoirs et les conditions juridiques régissant son développement. A ce titre, les textes constitutionnels jouent un rôle primordial dans cette vaste entreprise de construction de la nation dans laquelle les nouveaux pays d’Afrique sont aujourd’hui engagés. La plupart des constitutionnalistes estiment que les changements faciles et intempestifs de la Constitution créent une instabilité institutionnelle, mettant à mal l’Etat de droit et la démocratie.
Le professeur Fall attire l’attention sur la marche arrière du continent africain en matière de démocratie et de constitutionnalisme. En effet, les premières Constitutions africaines datent de l’époque des indépendances. Souvent inspirées des Lois fondamentales des anciens pays colonisateurs, elles ont été rapidement modifiées ou abandonnées dans la plupart des pays, dès la deuxième moitié des années 1960, pour permettre l’instauration du système du parti unique. Plusieurs Etats africains ont, alors, connu une période autocratique et sans Constitutions, celles-ci ayant été suspendues à la suite de coups d’Etat militaires.
Il faudra, ensuite, attendre la fin de la Guerre froide, en 1990, pour voir le continent noir renouer avec la démocratie et l’Etat de droit. Cette démocratisation s’est faite sous la pression conjuguée des pays occidentaux et des « conférences nationales » imposée par les mouvements d’opposition et les sociétés civiles locales. Les Etats ont adopté des Constitutions écrites qui consacrent l’encadrement juridique du pouvoir et son institutionnalisation. Le processus, qualifié de « troisième vague de démocratisation » par le politologue américain Samuel Huntington, toucha l’ensemble du continent, à l’exception d’un certain nombre de pays tels que le Sénégal, la Gambie, le Cap-Vert, l’île Maurice et Lesotho où la démocratisation avait déjà été enclenchée. C’est dans ce contexte que les pays africains ont décidé de limiter à deux le nombre de mandats (de 5 ou 7 ans selon les pays) de leurs présidents. L’objectif était de garantir l’alternance, et surtout d’éviter le retour à la personnalisation du pouvoir, comme cela se passait pendant la période des dictatures.
Or, ces bonnes résolutions n’ont pas fait long feu, même si un certain nombre de pays ont respecté l’option de limitation du nombre de mandats présidentiels. L’exemple souvent cité est celui du Ghana où, à l’échéance de ses deux mandats présidentiels en 2008, le président John Kufuor a passé le relais à son successeur Atta-Mills (décédé en 2012 et
Cyril Ramaphosa et Nelson Mandela brandissent la nouvelle Constitution sud-africaine, le 10 décembre 1996.AFP/ ADIL BRADLOW
remplacé par son vice-président Mahama). On pourra aussi citer le Sud-Africain Mandela qui est parti à la retraite dès le terme de son premier mandat en 1999 ou le Malien Alpha Oumar Konaré qui a quitté le pouvoir après ses deux mandats en 2000. Les imaginaires africains restent encore aujourd’hui marqués par le retrait très digne du Sénégalais Abdou Diouf qui a transmis le pouvoir à l’opposant Abdoulaye Wade qui venait de remporter l’élection présidentielle de 2000.
Malheureusement, ces présidents vertueux sont les exceptions qui confirment la règle. Dès la fin des années 1990, on a vu de nombreux dirigeants revenir sur leurs engagements et se lancer dans des révisions constitutionnelles laborieuses pour faire abroger la clause de la limitation des mandats présidentiels. Contrairement à une idée reçue, cette volte-face opportune ne concerne pas que les dirigeants francophones qui, héritiers de la vision française d’une « présidence impériale », seraient moins respectueux de la norme constitutionnelle. Dans les faits, parmi les 10 dirigeants africains au pouvoir depuis plus de deux décennies, il y a moins de francophones (Paul Biya du Cameroun et Blaise Compaoré du Burkina Faso, Idriss Déby Itno du Tchad) que de non-francophones :Teodoro Obiang Nguema de la Guinée-équatoriale, Yahya Jammeh de Gambie, José Edouard Dos Santos d’Angola, Robert Mugabe du Zimbabwe, Yoweri Museveni d’Ouganda, Omar el-Béchir du Soudan et Issayas Afewerki de l’Erythrée.
Pourquoi ?
Pourquoi les chefs d’Etat africains sont-ils si nombreux à s’accrocher au pouvoir ? C’est parce que, si l’on croit les intéressés, deux mandats sont trop courts pour terminer les différents projets qu’ils ont à peine commencé à mettre en œuvre. « Ce qu’on a pas pu faire en deux mandats, il est hypocrite de faire croire qu’un troisième et un quatrième mandat permettraient de terminer », affirme Badara Fall pour qui la véritable raison qui pousse les présidents à franchir la ligne rouge constitutionnelle, c’est outre la fascination qu’exerce le pouvoir, la peur du gendarme ou plutôt du juge.
Beaucoup de dirigeants africains craignent de se voir poursuivis pour corruption ou autres manquements graves à la loi le jour où ils ne seront plus couverts par l’immunité présidentielle. « Il faut dire que la démocratisation de la vie politique n’a rien changé aux politiques de prédation, de clientélisme et de corruption qui avaient cours avant les années 1990. Au contraire, elles touchent aujourd’hui l’ensemble de la vie sociale et politique », déclare Alioune Badara Fall, en citant la pratique exacerbée du clientélisme au Sénégal sous Abdoulaye Wade. Et d’ajouter : « Dans ces conditions, cela ne m’étonne guère que nos chefs d’Etat veuillent rester au pouvoir de peur d’avoir de maille à partir avec la justice, tant au niveau interne des Etats que sur le plan international, au regard de la pratique de la Cour Pénale Internationale qui semble leur accorder une place «privilégiée» dans les procédures d'incrimination et de poursuite qu'elle applique aux hommes politiques africains depuis sa création. C'est peut-être une des raisons pour lesquelles cette Cour est aujourd'hui contestée par les Africains. »
Pour beaucoup d’observateurs de la vie politique africaine, ces résistances à une pratique plus normée de la démocratie démontrent une absence de maturité politique des dirigeants africains dont beaucoup ont accepté d’entrer dans le jeu démocratique contraints et forcés par des contingences domestiques ou internationales. Difficile pour eux d’imaginer les élections autrement que comme un outil de préservation de pouvoir. D’ailleurs, peu de chefs d’Etat ont perdu les référendums qu’ils ont organisés pour faire sauter le verrou constitutionnel au renouvellement de leurs mandats. Les deux exceptions à la règle sont Frederic Chiluba en Zambie et d’Olusegun Obasanjo au Nigéria qui virent leurs tentatives de modification de la Constitution bloquées par leurs parlements, en 2001 et 2006 respectivement.
Refondation
« Un nouveau discours de la Baule s’impose pour rappeler aux pays africains qu’il est important que tous s’engagent dans une véritable refondation de la démocratie », pouvait-on lire dans Le Monde, la veille du Sommet de l’Elysée en décembre dernier consacré à la paix et à la sécurité en Afrique. A la veille d’un autre sommet qui se tiendra en août prochain aux Etats-Unis et qui réunira cette fois Américains et Africains, le président Obama a fait dire aux chefs d’Etats d’Afrique qui prennent à la légère leurs textes constitutionnels et les font amender pour les adapter à leurs ambitions : « ce dont l’Afrique a besoin, ce ne sont pas des hommes forts mais des institutions fortes ! »
« La refondation de la démocratie africaine passera par la société civile africaine », déclare pour sa part Alioune Badara Fall. « La société civile était dans les rues à Bénin d’où les premières revendications pour la démocratie sont parties en 1989. C’est elle, et non pas la Conférence de la Baule(même si l'on doit reconnaître qu'elle a eu des effets avec la conditionnalité démocratique qui venait de faire son entrée dans les relations entre la France et les pays francophones d'Afrique), qui a propulsé l'Afrique dans l'ère du multipartisme. Françaois Mitterrand s'était contenté d'apporter sa voix aux revendications qui s'élevaient du fond des sociétés africianes. C'est toujours cette société civile qui a refusé au président Wade au Sénégal de modifier la Constitution pour préparer sa succession au profit de son fils. Ce fut le début de la fin de son règne avec sa défaite à l'élection présidentielle de 2012, alors même que sa candidature contestée avait été validée par le Conseil constitutionnel. ».
Pour aller plus loin sur ce thème, lire la livraison 129 de la revue Pouvoirs (Paris, 2008). Lire en particulier l’excellent article de Babacar Guèye : « Démocratie en Afrique : succès et résistances ». Lire aussi les publications d'Alioune B. Fall , directeur du Centre d'études et de recherches sur les droits africians et sur le développement institutionnel des pays en développement (CERDRADI).
Parmi les 40 artistes programmés du 23 au 26 juillet au Garance Reggae Festival, à Bagnols-sur-Cèze dans le Gard, Tiken Jah Fakoly est certainement le plus qualifié enorganisation de spectacles. Depuis trois ans, le chanteur de reggae ivoirien propose, début janvier, un festival à Odienné, son village natal, dans le nord de son pays.
Tiken Jah Fakoly lors du festival d'Odienné, en Côte-d'Ivoire. | YOURI LENQUETTE
Faire venir les camions de sonorisation depuis Abidjan sur des routes cabossées, accueillir douze mille spectateurs pas toujours disciplinés, il connaît. Alors, il comprend les difficultés de Garance, la société de production qui organise depuis 1989 ce festival de reggae en France. Gérante de l'Elysée Montmartre, salle parisienne qui a pris feu en mars 2011, l'entreprise a été mise en liquidation judiciaire. Le festival de reggae a cependant survécu dans le sud de la France.
HUITIÈME ALBUM, « DERNIER APPEL »
Tiken Jah Fakoly, qui y a joué à la fin des années 1990 quand il se déroulait encore au Palais omnisports de Bercy, à Paris, sera une de ses têtes d'affiche vendredi 25 juillet. « Ce festival, c'est l'ambassadeur du reggae en France », martèle-t-il. Tiken Jah Fakoly y défendra son huitième album, Dernier appel, où il prêche une nouvelle fois l'unité de tous les pays africains. Publié début juin, il y invite son ancien grand rival, Alpha Blondy, qui lui reprochait auparavant ses prises de positions politiques dans le morceau Grande gueule.
Pas rancunier, le cadet a su faire appel à celui qu'il nomme son « grand frère » quand il a fallu parler de réconciliation aux Ivoiriens après les élections mouvementées de 2010 – les deux candidats, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, se déclaraient vainqueur.
Exilé au Mali depuis 2003 après avoir reçu des menaces de mort des partisans pro-Gbagbo, Fakoly est rentré au pays après les élections et a organisé des concerts de réconciliation en 2011. « Pour être crédibles face aux Ivoiriens, il fallait qu'Alpha Blondy et moi on se réconcilie, explique Tiken Jah Fakoly. C'est comme ça qu'on s'est retrouvés à Paris et qu'on a mis cartes sur table. Alpha m'a ensuite invité sur son album pour le morceau Réconciliation, et en retour, j'ai fait pareil pour Diaspora sur mon dernier album. »
SON « TUFF GONG » (LE STUDIO DE BOB MARLEY) À BAMAKO
Depuis, Tiken Jah Fakoly a pris ses distances avec Alassane Ouattara, qu'il n'avait cessé de défendre. « Avant, j'estimais qu'il était victime d'une injustice. Maintenant qu'il est au pouvoir, il est temps pour moi de retrouver une place d'impartialité.L'unité est indispensable au progrès de l'Afrique mais aussi de la Côte d'Ivoire. Avec cette neutralité, je peux discuter avec des pro-Gbagbo. Les présidents passent mais nous, les artistes, sommes toujours là. »
Tiken Jah Fakoly prétend aujourd'hui ne suivre qu'un exemple, celui de Bob Marley, « dans tout ce qu'il a fait de positif », précise-t-il. A Bamako, qu'il a choisi de ne pas quitter après le début de la guerre dans le nord du Mali, il a installé son « Tuff Gong » (le studio de Bob Marley), et aussi construit une salle de concerts, Radio libre. Un lieu où les habitants dans le besoin n'hésitent pas à se rendre pour demander de l'aide. « Quand j'ai une preuve palpable qu'une personne est en difficulté, je donne selon mes moyens. » Mais la charité s'arrête là : pour lui, c'est l'unité des Africains qui sauvera son continent, pas la main tendue, comme il le chante dans Dernier appel.
Et il conclut : « Nous recevons des ordres de pays qui sont constitués de 52 Etats, pour les Etats-Unis, ou de l'Europe, formée de 28 Etats, alors que nous sommes 54 pays avec un sol qui regorge de richesses, avec des matières premières convoitées par tous. L'Afrique unie gagnera tous les combats. »
ffiche du Garance Reggae Festival, du 23 au 26 juillet 2014. | DR