Sharon Jones, l'énergie de la soul contre l'adversité

A 58 ans, Sharon Jones a l'énergie de celles qui ont surmonté toutes les épreuves : la violence conjugale de ses parents originaires d'Augusta en Géorgie, la ségrégation raciale en Caroline du Sud, les petits boulots dont surveillante de prison dans le terrible pénitencier de Rikers Island à New York, l'industrie du disque qui l'a d'abord rejetée puis son ultime bataille en date, le cancer du pancréas.

Sharon Jones, à Saint-Brieuc, pendant le Art Rock Festival, en mai 2012. | AFP/FRED TANNEAU

« Ma dernière séance de chimiothérapie était le 21 décembre 2013, confie-t-elle, le 4 janvier suivant, j'étais à la télé sur le show de Jimmy Fallon. Le 6 février, je donnais mon premier concert. Je ne sais pas comment je fais. J'ai toujours été une battante. Il faut que je continue à chanter pour m'occuper du reste de ma famille. »

VERSION GOSPEL DIGNE DES MEILLEURES TRANSES

Dimanche 29 juin à la Défense, Sharon Jones, voix soul du label Daptone Records, mènera à la baguette la Daptone Super Soul Revue, un collectif composé de cinq formations : le chanteur Charles Bradley, les groupes Antibalas, The Dap Kings, The Sugarman 3 et Saun and Star.

On reconnaît un grand artiste de musique soul à ce qu'il ne peut pas s'empêcher, chaque fois qu'il cite un titre de chanson de son répertoire, de fredonner aussitôt les paroles. Comme Al Green, Sharon Jones est de cette trempe.

Le lendemain de son concert complet avec The Dap Kings, le 6 mai à l'Olympia, elle chante chaque couplet des chansons extraites de son dernier album puis elle explique leur sens. Ainsi de Get up Get out (Lève toi et sors), dont Sharon Jones donne sur scène une version gospel digne des meilleures transes des églises baptistes : « Get up Get out, je l'ai faite mienne dans cette lutte contre le cancer. Mais au départ, mon batteur qui l'a écrite parlait juste des punaises qui infestaient son lit. Moi, c'est à mon cancer que je dis : “Lève-toi, et dégage !”. J'ai besoin de hurler au monde que je suis en vie et libérée du cancer. »

Son premier souvenir de chanteuse remonte au moment où, dans une église du nord d'Augusta, elle interprète en solo le chant de Noël Silent Night (Douce nuit, Sainte nuit), « avec des ailes d'ange dans le dos ». Dans son quotidien, c'est plutôt l'enfer qu'elle vit : « Ma mère est partie du Sud car elle en avait marre de se faire tabasser par mon père, raconte-t-elle. Une fois c'est elle qui, enceinte, cherchant mon père, lui a tiré dessus alors qu'il draguait une femme dans un club. Elle est partie à New York après ça, mon père ne lui a pas laissé prendre les enfants tout de suite. Elle a d'abord travaillé trois ans chez une famille comme domestique et gouvernante. Elle a pris ses trois filles, puis elle est revenue chercher les trois garçons un ou deux ans plus tard. »

« J'ADORAIS LE RAP AU DÉBUT, C'ÉTAIT DRÔLE »

A l'âge adulte, Sharon Jones rêve de devenir chanteuse, elle fait des chœurs au début des années 1980 pour le rappeur Big Daddy Kane qui sort avec sa nièce. Là encore, pour appuyer son propos, elle rappe le refrain du tube de l'époque de Rapper's Delight : « J'adorais le rap au début, c'était drôle. Puis ils l'ont changé en ce truc de gangsters où toutes les femmes sont des putes et des salopes. Alors, je n'ai plus écouté, et puis je trouve qu'ils utilisent trop le mot “nègre”. Ils ne réalisent pas, ces gosses, ce que nous avons vécu. Nous nous sommes battus pour qu'on ne nous le dise plus. Le clamer aussi souvent dans ses chansons, c'est ridicule. Qu'ils ne s'avisent pas de me le dire en face, ils se prendront mon poing dans la figure. »

Dans son récent disque, quand elle chante « People don't get what they deserve » (« Les gens n'ont pas ce qu'ils méritent »), elle ne parle pas forcément de ses différents boulots de sécurité où elle était sous-payée, des détenus de Rikers Island où, surveillante de prison, elle leur chantait The Greatest Love of All, de Whitney Houston, pour qu'ils retournent dans leur cellule.

Mais plutôt de la major Sony qui lui a refusé un contrat avec des arguments facétieux : « Ils m'ont dit que je n'avais pas le look, que j'étais trop noire, trop grosse, trop petite, trop vieille, dit-elle, encore amère. Aujourd'hui, je tiens ma revanche, et mon but est de faire reconnaître la soul music comme un genre intemporel. Il n'y a toujours pas de récompense soul aux Grammy Awards. Il y a la catégorie rhythm and blues, mais ils l'ont inventée pour édulcorer la soul, pour en faire de la pop. Les gens méritent d'écouter de la bonne musique soul.

The Daptone Soul Revue. Le 29 juin à la Défense Paris, le 4 juillet aux Eurockéennes de Belfort, le 5 juillet au Festival de jazz de Vienne, le 14 juillet à Montreux (Suisse).

Stéphanie Binet

Journaliste au Monde

In memoriam : Elridge Muhammadou 1934-2004

Biographie

Cette nécrologie est inspirée d'une biographie : « Comment peut-on lire l'oeuvre d'Eldridge Mohammadou (…)
Personnage paradoxal, Eldridge Mohammadou est devenu une référence incontournable dans l'historiographie du Cameroun 1. Son oeuvre particulièrement féconde paraît, au premier regard, inattendue. On ne relève pas moins d'une vingtaine d'ouvrages pour seulement une trentaine d'articles, Eldridge estimant que seul le livre fondait le savoir. Son oeuvre est celle d'un solitaire. Il n'a jamais eu « d'équipier », jamais de co-signataire de ses travaux 2. Il laisse chez ceux qui l'ont côtoyé l'image d'un moine soldat de la recherche.
Eldridge Mohammadou est né à Garoua le 15 janvier 1934 d'un père anglais, Georges William Eldridge, et d'une mère peule, Mayrhama, Yillaga du lamidat de Mayo-Luwe. Elle le déclare sous le nom de Mohammadou, mais son père l'appellera Maurice. G.W. Eldridge, qui ne supporte de vivre ni en Angleterre, ni dans ses colonies, est un homme violent et fantasque. Il gifle un administrateur à Garoua et doit quitter le Cameroun. En 1941, il s'engage à Fort Lamy dans la colonne Leclerc. Il laisse Mohammadou à Fort Lamy avec sa marâtre car, entre temps, il a divorcé de Mayrhama. La guerre du Fezzan terminée, il reprend Mohammadou et descend à Brazzaville. Il va créer au Congo Léopoldville la « société allumettière du Congo ». Il ne sait que faire de son rejeton et le laisse en pension à Brazza. A partir de 1945, Mohammadou suit une scolarité à peu près régulière chez les pères spiritains, qui le remarquent. Il a, au passage, appris le sango et le kikongo. Les pères l'envoient chez les Maristes de Cannes, dès la classe de quatrième, mais il passera son bac philo à Strasbourg en 1954. Hors système scolaire il apprend l'allemand. De là, il part à Bordeaux faire son droit, mais le droit ne l'intéresse pas. Il voyage et apprend l'espagnol, se met à l'anglais – qu'il connaît mal – pour retrouver ses racines britanniques. La famille Eldridge, anglicane de stricte obédience et qui a déjà coupé les ponts avec son père, refuse de le recevoir ; seule une tante fait exception.

De l'UPC, Union du peuple camerounais, parti d'obédience marxisante
Au Cameroun, ce sont déjà les bouillonnements de la pré indépendance. Il monte à Paris et s'inscrit à l'IHEOM (Institut des hautes études d'outre-mer). Il s'affilie à la FEAN (Fédération des étudiants d'Afrique noire) et intègre la serre chaude des étudiants upécistes3. Ils sont pris en mains par le Parti Communiste et des tiers-mondistes de tous horizons pour préparer au Cameroun la guerre psychologique et s'initier à la clandestinité. Eldridge devient le représentant des étudiants du Nord-Cameroun. Il écrit un article sur une feuille upéciste : « L'expectative de la jeunesse du Nord-Cameroun ». Le gouvernement camerounais s'en émeut et lui intime l'ordre de rentrer immédiatement. Il ne passera pas ses examens, pourtant proches, et rentrera sans diplôme au Cameroun.
Au moment de son séjour à Paris, il avait tenté de retrouver, dix-sept ans plus tard, ses racines peules. Il recherche sa mère et y parvient. Mayrhama est mariée à un notable du lamido de Garoua.

A Yaoundé, le gouvernement affiche un impérieux besoin de Camerounais bilingues.
Il sera affecté en 1961 aux Affaires Etrangères. Remarqué par John Ngu Foncha, vice-président et premier ministre du Cameroun occidental, il devient, à 28 ans, son chef de cabinet (1962-1963). Foncha milite pour faire entrer l'ex Cameroun britannique dans une entité fédérale camerounaise. Mohammadou sera à ses côtés durant toutes ses campagnes qui, parfois, tournent au drame, comme dans l'Ouest où ils échappent miraculeusement à un guet-apens.

Il sera donc l'interpète de Foncha, mais aussi du président Ahidjo en Europe, au Moyen-Orient, auprès du groupe de Monrovia… Foncha étant délaissé par Ahidjo, Mohammadou perd son protecteur. Le président se défie d'Eldridge, qu'il juge peu fiable, son passé upéciste ne jouant pas en sa faveur. Ahidjo lui propose, pour l'éloigner, d'intégrer le corps des ambassadeurs. Eldridge démissionne alors de l'administration centrale, en 1964.

En renonçant à toute ambition dans le domaine politique, Mohammadou fera le choix de la culture et des traditions orales, puis passera insensiblement à l'histoire. Il participe à la mise en place des bases de la recherche en sciences humaines au Cameroun et sera le fondateur le plus actif de la revue Abbia . L'UNESCO engage, à ce moment-là, un vaste programme à travers « le Centre fédéral Linguistique et culturel » de Yaoundé, que Mohammadou intègre. Il sera de 1964 à 1970, consultant de l'UNESCO sur les langues et traditions orales.

De 1972 à 1975, il travaillera à la direction de la recherche au ministère de l'éducation et de la culture et enchaînera, de 1975 à 1980, à l'ONAREST (Office national de la recherche scientifique et technique). Eldridge sera le plus souvent sur le terrain. Il va utiliser son atout majeur : sa connaissance du fulfulde, qu'il ne cessera de perfectionner. Il commence à moissonner les traditions orales à travers la cinquantaine de lamidats peuls de l'Adamawa, tout en écumant les archives des sous-préfectures, dont il abritera certaines dans ses placards métalliques, son « trésor de guerre ».

En mal de publications homologuées et de reconnaissance, il soutient, en 1973 auprès de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes à Paris, un travail sur Rey-Bouba. Le CNRS lui publiera deux ouvrages. Toutefois, de 1976 à 2002, l'ILCAA (Institute for studies of languages and culture of Asia and Africa) de Tokyo va reprendre et publier un à un la plupart de ses travaux, en particulier sa série « Traditions historiques des Foulbé de l'Adamawa ».

A Yaoundé, les relations entre Eldridge et ses responsables administratifs sont exécrables. Son départ à Garoua, avec la création au sein de l'ISH (Institut des Sciences Humaines) en 1974 d'une unité de muséologie, va être pour Eldridge une libération. Il devient, de 1976 à 1981, le coordonnateur du Musée Dynamique de Garoua qui, malheureusement, ne verra pas le jour. Eldridge avoue avoir fait pendant cette période le gros de ses découvertes, celles qui vont l'entraîner hors du monde peul. Par la suite, de 1981 à 1991, il acquiert, en tant que chef de la station ISH, l'image antithétique d'un « chercheur mbororo », comme il aimait à se définir, mais il est aussi le parfait gestionnaire d'un dispositif où se croisent de nombreuses équipes de chercheurs.

Lorsqu'en 1991, l'ISH est supprimé par le gouvernement Biya, qui le considère comme un « nid d'opposants », Eldridge vit un traumatisme. L'Université de Yaoundé refuse de l'incorporer et celle de Ngaoundéré, récemment créée (1992) fait de même. C'est le Nigeria qui l'accueille à l'Université de Maiduguri comme visiting

professor

au Centre for trans-saharan studies (1992-2004). Appelé à être cofondateur d'une association norvégienne de l'université de TromsØ, « Anthropos », basée à Ngaoundéré, il aura par ce biais l'occasion de revenir au Cameroun.

Les clercs ont toujours tenu Eldridge pour suspect en ce qu'il n'avait pas suivi un cursus universitaire, son travail était-il celui d'un mémorialiste ou d'un ethnohistorien ? Cet ostracisme n'a fait que renforcer son aura victimaire et le conforter dans sa posture de seul contre tous4. Mohammadou, qui n'eut ni vie sociale, ni véritable vie familiale, n'a cessé de puiser dans son mal-être la force de construire son oeuvre.

Toutefois, les critiques de ses contempteurs ne sont pas sans fondement. Eldridge donne à lire directement de l'histoire à partir de sources premières retravaillées sans que l'on puisse distinguer ni l'origine, ni l'assemblage. Il y a là, pour certains, de quoi décrédibiliser l'oeuvre. Cette façon d'hybrider les sources peut toucher aux textes primaires donnés en fulfulde. Eldridge s'interroge assez peu sur l'articulation des divers outils de la reconstitution du passé. Il est également accusé de ne jamais s'éloigner d'un parti pris pro-Peul et d'avoir quasi ignoré certains sujets, comme l'esclavage au fondement même des principautés musulmanes prédatrices.

Autodidacte très éclairé, plus polyglotte que linguiste, Eldridge se révèle un « passeur » de savoirs historiques. On lui doit la remise à jour du catalogue des archives coloniales allemandes du Cameroun (1970) et des traductions en français de textes allemands fondamentaux : Frobenius, Struempell, Dominik, Bauer, Passarge…

Eldridge a toujours refusé d'entrer dans le « champ batailleur de l'historiographie », mais il s'exonère par là, à peu de frais, d'une technicisation qu'il estime prétendument scientifique. A ceux qui l'accusent de s'être limité aux histoires dynastiques, il répond que leur recensement est un préalable à tout autre entreprise d'historien car elles impriment un premier cadre chronologique indispensable.

Cet énorme corpus accumulé sur quarante ans confère une indéniable unité et une originalité certaine à l'oeuvre d'Eldridge. Et ses chroniques de lamidats comme celles des ethnogenèses créent, mises bout à bout, plus qu'une histoire, un contexte qui donne à penser. Sans doute Eldridge aurait-il pu en tirer plus de sens par quelques synthèses, mais il dit en laisser le soin à d'autres. Sa genèse tâtonnante a continué à infléchir la pratique de sa recherche jusqu'à la fin de sa vie. Toutefois, pendant sa dernière décennie, travaillant enfin dans un milieu universitaire, apaisé par une forme de reconnaissance, il a abordé des thèmes d'études plus théoriques, plus contemporains.

Lorsqu'on entre dans l'oeuvre de Mohammadou Eldridge, il est utile de garder constamment une clef de lecture, donnée en partie par le personnage lui-même et par les linéaments d'une vie hors du commun.

Bibliographie

Ouvrages

  • 1970. Les Feroɓɓe du Diamare : Maroua et Pette, Niamey.
  • 1975. Le Royaume du Wandala ou Mandara au XIXe siècle, Bamenda, Onarest.
  • 1976. L'Histoire des Peul feroɓɓe au Diamaré, Maroua et Petté, Tokyo, Ilcaa.
  • 1978. Les royaumes du plateau de l'Adamaoua au XIXe siècle, Tokyo, Ilcaa.
  • 1978. Catalogue des Archives coloniales allemandes du Cameroun, Archives nationales de Yaoundé, Tokyo, Ilcaa.
  • 1979. Ray ou Rey-Bouba. Traditions historiques des Foulbé de l'Adamaoua, Musée dynamique du Nord-Cameroun, Onarest, Paris, Éditions du CNRS.
  • 1980. Garoua. Tradition historique d'une cité peul du Nord-Cameroun (avec la collaboration de Modibbo A. Massoro), Paris, Éditions du CNRS.
  • 1983. Peuples et États du Foumbina et de l'Adamaoua (traduction d'études par K. Struempell & von Briesen), Yaoundé, ISH.
  • 1983. Idriss Alaoma, Bornou, XVIe siècle, Dakar-Abidjan, Les Nouvelles Éditions africaines (« Les Grandes figures africaines »), sous la direction de Baba Ibrahima Kaké.
  • 1986. Traditions d'origines des peuples du Centre et de l'Ouest du Cameroun, Tokyo, Ilcaa.
  • 1987. Peuples et sociétés traditionnelles du Nord-Cameroun, études de Léo Frobenius (traduit de l'allemand), Wiesbaden, F. Sterner Verlag.
  • 1990. Traditions historiques des peuples du Cameroun central, vol. 1, Mbere et Mboum Tikar, Tokyo, Ilcaa.
  • 1991. Traditions historiques des peuples du Cameroun central, vol. 2, Ni-Zoo, Vouté et Kondja, Tokyo, Ilcaa, Ouvrage recensé par Jean-Louis Siran en 1994, Cahiers d'Études africaines, XXXIV (1-3), 133-135 : 508-510.

Articles

  • 1963. « Pour servir à l'histoire du Cameroun : la chronique de Bouba Njidda Rey », Abbia, 4.
  • 1964. « Histoire des Lamidats peul de Chamba et Tibati », Abbia, 6.
  • 1965. « Un manuscrit peul sur l'histoire de Garoua », par Mal Hammadou Bassoro, Abbia, 8.
  • 1967. « Pour une histoire du Cameroun central : les traditions historiques des Vouté ou “Sapouté” », Abbia, 16.
  • 1969. « Yeerwa, une épopée des Peul Yillaga de l'Adamawa », Camelang, 1 : 73-111, Université de Yaoundé I.
  • 1969. « Les Peul du Niger oriental : groupes ethniques et dialectes », Camelang, 2.
  • 1971. « Un nouveau manuscrit arabe sur l'histoire du Mandara » (en collaboration avec M. Abbo), Revue camerounaise d'Histoire, 1, Yaoundé.
  • 1972. « Notes sur les Tikar et les Mambila », Société camerounaise d'histoire, 1, Yaoundé.
  • 1975. « Kalfu ou l'émirat peul de Baguirmi et les Toorobbé de Sokoto », Afrika Zamani, 4 : 67-113, Yaoundé.
  • 1978. « Introduction à l'histoire des Yillaga de Bindir », in C. Seignobos & H. Tourneux, Chronique des Peul de Bindir, Ndjamena, Université de Ndjamena.
  • 1978. « La Région de la Haute Bénoué avant le XIXe siècle », Communication au Séminaire L'Histoire du Soudan central avant 1804, Zaria, ABU.
  • 1979. « Kalfu or the Fulbe Emirate of Baguirmi and the Toorobbe of Sokoto », The Sokoto Seminar Papers, ed. Y. B. Usman, ABU, Zaria.
  • 1981. « L'implantation des Peul dans l'Adamawa : approche chronologique », in C. Tardits (dir.), La Contribution de la recherche ethnologique à l'histoire des civilisations du Cameroun, Paris, Éditions du CNRS.
  • 1984. « Approche historique du peuplement des Monts Mandara », Tokyo, Sudan Sahel Studies.
  • 1986. « Envahisseurs du Nord et Grassfields camerounais aux XVIIIe-XIXe siècles : le cas du Bamoum », Sudan-Sahel, I : 237-273.
  • 1989. « Islam et urbanisation dans le Soudan central au XIXe siècle : la cité de Maroua (Nord-Cameroun) », Tokyo, The Proceedings or International Conference on Urbanism in Islam, vol. 4.
  • 1992. « Le soulèvement mahdiste de Goni Waday dans la Haute-Bénoué (juillet 1907)», Africa, 4, Ethnological Studies, 31, Osaka, Japon.
  • 1994 « Les sources de l'exploration de l'Adamawa et du Bornou allemands (1893-1903) : Passage, Dominik, Baeur », Paideuma, 40.
  • 1996. « L'empreinte du Borno sur les Foulbe de l'Adamawa et leur langue », Ngaoundéré. Anthropos, vol. 1 : 90-113.
  • 1997. « A Kanuri Imprint on Adamawa Fulbe and Fulfulde », in N. Cyffer & T. Geider (ed.), Advances in Kanuri scholarship, Köln.
  • 1997. « Chronique royale vs histoire. Le facteur Baare et le Bamoum au XIXe siècle », in D. Ibriszimow & R. Leger (eds.), Festschrift zum 65 Geburtstag Prof. H. Jungrainthmayr, Köln.
  • 1999. « Le poney conquérant des savanes du Cameroun central (c. 1750-1850) », in C. Baroin & J. Boutrais (dir.), L'homme et l'animal dans le bassin du lac Tchad, Paris, IRD : 81-106.
  • 1999. « Nouvelles perspectives de recherche sur l'histoire du Cameroun central au tournant du XVIIIe siècle, l'invasion Baare-Tchamba », Ngaoundéré-Anthropos, vol. 4.
  • « From Lake Tchad to Bauchi along the Northern Migratory Corridor : The Zaar Case », in C. Baroin, K. Tijani & G. Seidensticker (eds.), Man and the Lake. Proceedings of the 12th Mega-Chad Conference, Maiduguri (Nigeria) 2nd-10th December 2003.

Pour Olivier Py, le Festival d'Avignon est en péril

Le directeur du Festival évoque les conséquences possibles de la grève des intermittents

Vendredi 13 juin, à 17 heures, Olivier Py est arrivé au rendez-vous les traits tirés. En pleine grève des intermittents, le directeur du Festival d'Avignon sortait du ministère de la culture, où il avait rencontré Aurélie Filippetti, en compagnie de Bernard Foccroulle, le directeur du festival d'Aix-en-Provence. Il s'apprêtait à repartir pour Avignon, où la situation se tend de jour en jour. Il a pris un café, et n'a pas mâché ses mots.

Cette rencontre, était-ce à votre demande ou à celle de la ministre ?

A la sienne. Nous sommes régulièrement en contact, mais ce rendez-vous était lié à l'urgence de la situation.

Avait-elle un message particulier à faire passer ?

Non, je crois qu'elle tenait d'abord à nous écouter. Nous lui avons confirmé que la détermination des intermittents à la grève est totale. Nous avons réaffirmé que, à ce jour, il n'y a aucune autre possibilité, pour sauver les festivals, que le non-agrément de l'accord du 22 mars. Et nous lui avons dit que si les festivals d'Avignon et d'Aix-en-Provence devaient être annulés en 2014, ceux de 2015 et 2016 seraient mis en péril. Et par là, les festivals mêmes en tant qu'institutions.

Pourquoi ?

Parce que la situation n'est pas du tout la même qu'en 2003. Elle est bien plus grave. En 2003, le Festival d'Avignon avait une assurance qui le protégeait en cas de grève. Elle n'existe plus. Par ailleurs, Bernard Faivre d'Arcier, qui dirigeait le festival, avait vérifié, avant de déclarer l'annulation, que les collectivités locales et l'Etat pouvaient rembourser le déficit. Nous, nous avons la confirmation du contraire. L'addition s'élèverait à 4 ou 5 millions d'euros. Nous mettrions plusieurs années à remonter la pente. Bernard Foccroulle est exactement dans la même situation.

Que vous a répondu la ministre ?

Je suis convaincu qu'elle a toujours pensé que l'accord n'était pas bon, mais elle ne peut pas le dire comme ça. La question, c'est sa marge de manœuvre. Elle attend de Jean-Patrick Gille qu'il fasse non pas une médiation, mais des propositions qui remettraient en cause la signature de l'accord du 22 mars, dont le ministère de la culture n'est pas responsable. Jusqu'à la veille de la signature, Aurélie Filippetti avait travaillé avec des commissions à cet accord, de façon à le rendre acceptable. Dans la nuit, tout s'est effondré, à cause de propositions comme celles du différé, qui sont venues du syndicat Force ouvrière. Aujourd'hui, il n'y a absolument pas d'autre solution, pour le gouvernement, que d'affirmer qu'il n'y aura pas de signature, quelles que soient les difficultés que cela suscite. Il ne faut pas oublier que préserver l'intermittence, c'est une promesse de la gauche. Si cette promesse n'est pas tenue, la gauche ne s'en remettra pas plus que le Festival d'Avignon. Nous sommes tous sur un bateau qui coule.

Si l'accord est signé, le 28 juin, que se passera-t-il ?

Il y aura une grève générale au festival, et elle sera reconduite tous les jours. La détermination est unanime, et inébranlable.

Que ferez-vous ?

 

Je n'ai pas de pouvoir sur la grève, qui est un droit inaliénable. Mais j'ai peur qu'au-delà de la grève, il y ait de la violence, tant il y a de colère et de désespoir. Je verrai combien de temps on pourra tenir, avant de prendre la décision d'annuler, s'il le faut.

En 2003, vous n'étiez pas favorable à la grève. Avez-vous changé de position ?

Pas du tout. Je ne suis pas allé à Avignon, en 2003. C'est le seul festival que je n'ai pas fait. On m'a demandé de descendre, dans les deux camps, si j'ose dire : pour convaincre d'arrêter la grève, et pour convaincre à la poursuivre. Je ne voulais et ne pouvais faire ni l'un ni l'autre. Là, je ne parle plus en tant que directeur du festival, mais en tant qu'homme. Personnellement, je ne pourrai jamais arrêter un spectacle. La question s'est posée, très violemment, en 1995, pendant les massacres de Srebrenica. Je me suis demandé s'il fallait annuler les spectacles, pour témoigner. Je ne l'ai pas fait. Pour moi, la légitimité d'un lever de rideau est supérieure à toutes les autres, mêmes les plus tragiques. Encore une fois, c'est un avis personnel. Je n'accuse personne de faire grève. Au contraire. Mais je ne peux pas utiliser l'annulation d'un spectacle comme arme : cela va contre le sens de ma vie, et le sens de ma vie, c'est l'art. Vilar a été dans la même situation, même si le contexte était très différent. En 1968, on lui a demandé d'annuler le festival. Il a dit : non, on joue.

Comment concilier cette position personnelle et la nécessité d'agir dans un collectif ?

Comme je l'ai toujours fait : manifestations, prise de paroles, interventions… Il y a de nombreuses façons de mener des actions en collectif. Aujourd'hui, il faut se battre contre l'accord, et aussi convaincre les Français qu'ils se trompent quand ils pensent que les intermittents sont des privilégiés, des nantis. Leur dire qu'ils se laissent enfumer quand on leur raconte que le déficit de l'Unédic est dû à des intermittents, dont les salaires sont souvent très bas, et qui représentent vraiment un prolétariat de la culture. Le déficit de l'Unédic est dû à la montée du chômage, tout simplement.

Vous avez demandé un rendez-vous à Manuel Valls, le premier ministre. Avez-vous une date ?

 

Non, pas encore. Mais nous sommes en contact avec ses services, et j'ai eu Manuel Valls au téléphone. J'ai essayé de lui faire entendre qu'il n'y avait aucune autre solution que le non-agrément de l'accord, et que, sinon, ce serait une catastrophe symbolique.

 

 

Vous a-t-il entendu ?

Comment savoir ? Je l'espère. En tout cas, je l'ai trouvé tout à fait conscient de la gravité de la situation.

© Le Monde

 

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En 2004, Virginie Lalucq et Jean-Luc Nancy publient un texte magistral dans un dialogue entre poésie et philosophie : Fortino Sámano de Virginie Lalucq d’un côté - poème écrit à partir de la célèbre photo du mexicain Fortino Sámano, lieutenant de Zapata, juste avant de se faire fusiller - et Les Débordements du poème de Jean-Luc Nancy.(...)

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Parcours autour d’un fleuve : Congo

Parcours littéraire et artistique

Dans le cadre de la Périphérie du 32e Marché de la Poésie

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Un parcours littéraire et artistique autour du fleuve Congo. Au programme, défilé de sapeurs (Sape - Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes) autour du roman de Bède Florentin Mbika, exposition photographique de Yann Arthus-Bertrand (photos du fleuve), musique avec Niwel Tsumbu et lectures des poètes du Bassin du Congo présents pour l’occasion.(...)

Niwel Tsumbu (c) D.R.


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Entrée libre
 
 
 
 
 
VENDREDI 20 JUIN - 20H
Explicit Lyrics #1 - Autour de Jack Spicer
Rodolphe Burger & Philippe Poirier (Kat Onoma)

Concert littéraire

Rodolphe Burger

Pour ce concert exceptionnel, Rodolphe Burger et Philippe Poirier de Kat Onoma se retrouvent autour d’un auteur mythique, Jack Spicer, qui a inspiré au groupe de nombreuses chansons et notamment le mémorable « Billy The Kid », album paru en 1993.(...)

R. Burger (c) Julien Mignot


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SAMEDI 21 JUIN - 20H
Explicit Lyrics #2 - Rodolphe Burger avecPierre Alferi, Olivier Cadiot & Anne Portugal

Concert littéraire

Pour ce deuxième concert exceptionnel dans le cadre de sa résidence à la Maison de la Poésie, Rodolphe Burger rend hommage à ses amis écrivains qui ont accompagné son « chemin musical » depuis vingt ans : Pierre Alferi, Olivier Cadiot, Anne Portugal.(...)

R.Burger © Philippe Levy


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À découvrir également dans la journée :

15H - Projection du  concert « Chants d'amour » avec Rachida Brakni et Joumana Haddad, enregistré à la Maison de la Poésie en mars dernier.

16H - Projection de « Psychopharmaka », captation du concert donné par Rodolphe Burger et Olivier Cadiot au Festival « C’est dans la Vallée » en octobre 2013 avec en invités Stephan Eicher, Anna Aaron, Fred Gastard et Philippe Poirier.

22H - Signature et after dansant avec la playlist des écrivains
 

 
 
À suivre...
 
 
LUNDI 23 JUIN - 19H
Jeu et théorie du duende de Federico García Lorca
Par Pierre Baux

Lecture - Cycle “Congrès” #3

 
 
LUNDI 23 JUIN - 20H
Le master de Création littéraire de l’université Paris 8fête sa première année d’existence

Rencontre-performance

 
 
MERCREDI 25 JUIN - 19H
La poésie, la guerre - Figures du poète en première ligne
Philippe Pigeard & Laurence Campa

Cycle 1914-2014 / Rencontre

 
 
Mercredi 25 juin – 19H30
Master Rédaction/Édition de l'Université Paris Ouest Nanterre
Le polar français en débat

Rencontre-débat

 
 
JEUDI 26 JUIN - 19H
Patrice Blouin & Julien Gester
Oona & Freaks - à partir d'extraits de Zoo : clinique

Lecture musicale

 
 
JEUDI 26 JUIN - 20H30
Souviens-moi, Je me souviens, I Remember
Yves Pagès, Georges Perec & Joe Brainard
Un projet de Benoît Bradel avec Gaspard Delanoë

Lecture-performance

 
 
VENDREDI 27 JUIN - 20H30
La BD à voix haute #3 - Charles Berberian, Daniel Goossens, Pénélope Bagieu, Ruppert et Mulot, Jean-C. Denis

Lecture

 
 
 
Maison de la Poésie
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157, rue Saint-Martin 75003 Paris
T. 01 44 54 53 00
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Jean-Luc Godard : Hollande devrait nommer Marine Le Pen Premier Ministre

Godard ou l'INSURRECTION permanente

Qu’espère-t-on de Jean-Luc Godard ? Qu’il parle ? Qu’il se taise ? Qu’il vienne à Cannes ? Qu’il reste chez lui ? Qu’il disparaisse ? Un entretien accordé au Monde provoque un émoi qui, une fois encore, devrait davantage interroger sur l’état lamentable dans lequel les «idées», le «débat intellectuel» sont aujourd’hui restitués par la sphère internet plutôt que sur la nature réelle de l’emmerdeur en chef Jean-Luc Godard, qui en est à l’origine.

Une phrase, répondant à une question sur les élections européennes, fait particulièrement outrage: «J’espérais que le Front national arriverait en tête. Je trouve que Hollande devrait nommer – je l’avais dit à France Inter mais ils l’ont supprimé – Marine Le Pen Premier ministre.»

Il y a bien longtemps, soumis par Bernard Pivot à la question «Qui mettre en effigie sur les billets de banque ?», Godard avait répondu «Adolf Hitler» et on ne voit pas de meilleur rapprochement pour souligner, sinon applaudir, la constance de la dialectique godardienne. Cette langue que Godard emprunte lorsqu’il intervient dans le débat politique est celle de son cinéma, la seule qu’il connaisse. Avec ses effets de montage abrupts : les portraits face-à-face de Golda Meir et de Hitler dans Ici et Ailleurs en 1976. Avec ses aphorismes savoureux et cruels : «Le drapeau suisse, ça veut dire le sang des autres, je fais une croix dessus». Avec aussi ses métaphores rugueuses, irritantes : dans Notre musique, sorti en 2004, il juxtapose et commente des photos anciennes montrant, pour l’une, des juifs arrivant en Israël par la mer, et pour l’autre, des Palestiniens qui au contraire embarquent, ce que la voix-off de JLG légende ainsi: «Les Israélites vont vers la Terre promise, les Palestiniens vont vers la noyade. Le peuple juif rejoint la fiction, le peuple palestinien le documentaire.»

La langue de Godard s’est toujours exprimée dans une verve de fomentateur, qui excite les plaies et fait chier le monde. Mais les phénomènes d’accélération hystérique produits par la jungle médiatique moderne semblent rendre impossibles aujourd’hui l’écoute de la voix qui porte ces mots. Les sortes de joutes que Godard a toujours cherché laissent place à un hallali, pour ne pas dire aux dégueulis. Twitter, de ce point de vue, est devenu une incroyable plateforme pour les prises de position à deux balles sur un ton de rombière suffoquée. On ne lit pas l’entretien, on en retweete les échos. On ne réfléchit pas à ce que peut signifier la pittoresque proposition d’une Le Pen Premier ministre dans la bouche de monsieur Pierrot le fou, on surjoue l’apoplexie réflexe et indignée.

Faire passer Godard pour un méchant a toujours été d’autant plus simple que c’est une perche qu’il a lui-même maintes fois tendue. La vérité est que Godard est un piètre politique : il est beaucoup trop artiste pour ça et c’est justement ce qui fait la valeur de ses visions politiques. En revanche, c’est un pur engagé. On ne voit pas d’autre exemple de révolte aussi sincère, profonde, durable, indéracinable, appliquée à tout. Une insurrection permanente dont sa compagne Anne-Marie Miéville a saisi l’essence en proposant à l’intéressé d’écrire sur sa pierre tombale ces deux mots : Au contraire

Olivier SÉGURET
Libération