Lupita Nyong'o nommée personnalité de l'année par le Music Awards Africain

Lupita Nyong'o nommée personnalité de l'année par le Music Awards Africain Lupita Nyong'o nommée personnalité de l'année par le Music Awards Africain © AFP

L'actrice mexicano-kenyane Lupita Nyong'o, oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour "12 years a Slave", a été élue samedi en Afrique du Sud personnalité de l'année lors de la version africaine du MTV Music Awards (MAMA).

Lupita Nyong'O, 31 ans, qui n'était pas présente à la remise de son prix à Durban, est devenue la première lauréate de cette nouvelle récompense attribuée à une personne ne faisant pas partie du monde de la musique.

La jeune actrice a devancé la romancière nigériane Chimamanda Adichie, le comédien sud-africain Trevor Noah, le footballeur ivoirien Yaya Touré et l'actrice populaire de Nollywood (industrie cinématographique du Nigeria) Omotola Jalade-Ekeinde.

Les gagnants du NAMA sont choisis par le public.

Le duo sud-africain de musique afro-pop Mafikizolo a remporté l'Award du meilleur groupe tandis que leur morceau "khona" a été élu chanson de l'année.

Davido, artiste et producteur nigérian de musique afro-pop, a remporté le prix du meilleur artiste de l'année, ainsi que celui du meilleur artiste masculin de l'année et sa compatriote Tiwa Savage celui de la meilleure artiste féminine.

Le groupe ghanéen Sarkordie s'est vu attribuer le prix de meilleur groupe de l'année de hip hop.

Le présentateur de ce Music Awards, dont la première édition a eu lieu en 2008, l'acteur américain Marlon Wayans a souhaité par ailleurs le "retour saines et sauves" des 200 élèves nigérianes capturées par le groupe islamiste Boko Haram.



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Stromae: Ma part d'africanité, génétiquement, à 50 %. Culturellement, à 40 %. je ne suis pas plus africain que je suis européen. Je suis de nulle part

Le génocide ? Une atroce leçon d'humanité et une atroce leçon sur les dérives du communautarisme. Je vais être clair. Vous venez de préciser que mon père était tutsi. Si vous m'aviez posé la question : "Êtes-vous tutsi ou hutu ?", je ne vous aurais pas répondu et, au risque d'être impoli, j'aurais mis un terme à cet entretien. C'est la question que les tueurs posaient, sur les barrages.

Le racisme, évidemment, mieux qu'un toubab comme vous, sans vous offenser. Dans le quartier populaire et mélangé où j'ai vécu mon enfance, ce n'étaient que des préjugés, atténués par la mixité communautaire. C'est plus tard, à l'internat des jésuites où les élèves venaient de milieux aisés, que cela m'a frappé de plein fouet. J'avais un copain proche, un complice qui m'a dit un jour : "Toi, je t'aime bien, c'est bizarre, parce que je déteste les Noirs." Quand j'ai entendu cela, puis d'autres phrases de ce genre encore plus violentes, j'aurais pu réagir comme un adolescent le fait souvent : répondre à la violence par la violence. J'ai préféré réfléchir : quel malaise, quelle douleur conduit au racisme ? Comment combattre l'ignorance ?


Le phénomène belge Stromae a battu le record d'affluence du festival de musiques Mawazine (30 mai-7 juin), rassemblant plus de 180. 000 spectateurs lundi soir à Rabat, la capitale du Maroc, ont annoncé mardi les organisateurs.

Quelque 2,5 millions de spectateurs au total sont attendus à l'occasion de cette 13e édition, qui voit défiler plus d'une centaine d'artistes sur diverses scènes ("internationale", "africaine", "marocaine", "orientale", "découverte". . . ).

Lundi soir, ce sont 183. 000 personnes, d'après les organisateurs, qui se sont pressées aux abords de la scène internationale pour assister au concert de l'artiste belge, grande vedette francophone du moment, battant le record établi l'an dernier par la star américaine Rihanna et le DJ français David Guetta (150. 000 spectateurs environ).

Parmi la foule, de très nombreux adolescents mais aussi des familles --parents et jeunes enfants réunis-- qui ont dansé sur les principaux titres du chanteur, tout au long d'un spectacle de plus d'une heure trente, a constaté un journaliste de l'AFP.

Au total, la 4e journée de "Mawazine-Rythmes du Monde" a réuni plus de 438. 000 spectateurs, a encore fait valoir l'organisation dans son communiqué, affirmant qu'environ 100. 000 personnes avaient également assisté au concert de l'Algérien Cheb Bilal sur la scène "orientale".

Pour la seule scène "internationale", après l'ouverture assurée vendredi dernier par la vedette américaine Justin Timberlake, c'est Alicia Keys qui clôturera le festival samedi.Rwanda, racisme, tournée africaine... L'extraterrestre de Papaoutai s'exprime pour la première fois sur la part intime qui le relie au continent. Alors que ses concerts s'annoncent tous complets et que les magazines du monde entier s'intéressent à ce phénomène, le chanteur reste pourtant d'une rare humilité.


(Mis à jour le 3 juin à 12h45)

Le producteur franco-algérien Farid Benlagha, qui a déjà fait venir à Alger des stars du show-biz comme David Guetta, Cerrone ou Diam's, n'en revient pas. Les 7 000 places de la Coupole, la plus grande salle du pays, où Paul Van Haver, alias Stromae, se produira le 30 mai à son initiative, se sont arrachées en quelques jours. Concert sold out donc, comme le sera sans doute celui du Festival Mawazine de Rabat le 2 juin ou celui du Théâtre de Carthage, dans la banlieue de Tunis, le 11 août. Le phénomène belge, qui, après cinq ans de carrière musicale, deux albums à son compteur (Cheese, 2010, Racine carrée, 2013) et une demi-douzaine de hits installés au sommet des classements, domine sans l'avoir voulu le paysage musical européen, traverse enfin la Méditerranée. Avant de se lancer, l'an prochain, dans une méga-tournée en Afrique subsaharienne, sur les pas de son père disparu. Du Monde à The Observer, du New York Times à La Repubblica, des Izvestia à l'Asahi Shinbun, les portraits de ce géant calme, à la fois sorcier en scène, double maître ès musique et écriture, sorte d'ovni inclassable tout droit sorti du melting-pot bruxellois, se suivent et se ressemblent. Tous décrivent un personnage lunaire, à mi-chemin entre Jacques Brel et Charlie Chaplin, dont les chansons racontent avec un cocktail de mélancolie et de désillusion les plaies d'une Europe en crise. Il y est question de maltraitance et de cancer, de sexisme et de racisme, du couple et de la foi, de pédophilie et de réseaux sociaux, le tout sur un rythme propre à redonner des jambes aux paralytiques. La danse des maux en quelque sorte.

Mais Stromae, verlan de maestro, 29 ans, bel hybride de 1,90 mètre, est tout sauf un produit de

marketing

. Ce fils d'un père rwandais assassiné pendant le génocide de 1994 et d'une mère flamande mondialisée qui fit découvrir la planète à ses enfants, sac au dos et pouce levé, est un enfant du Bockstael populaire et métissé. Son art du mélange, style, couleurs, mots, musiques, vient de là. Il suit les cours d'une école de cinéma, vend des hamburgers chez Quick, tâte du rap, de l'électro, du hip-hop et de la world music, engloutit ses maigres économies dans un premier opus confidentiel au titre abscons (Juste un cerveau, un flow, un fond et un mic), avant d'exploser en 2010 avec "Alors on danse" tiré de l'album Cheese : 3,26 minutes de bonheur triste comme on porte un masque festif et un demi-million d'exemplaires vendus à travers toute l'Europe. "Son talent nous a sauté au visage", explique Pascal Nègre, le PDG d'Universal Music France. Dès lors, la déferlante Stromae ne s'arrête plus. Avec "Formidable" et "Papaoutai", accompagnés de clips épatants, l'album Racine carrée, écrit, composé et enregistré dans le grenier de la maison familiale, mêle les sons house aux inspirations afro-cubaines. Les textes sont noirs, la musique jubilatoire et le résultat commercial hors norme : plus de 2 millions de CD écoulés depuis sa sortie, en août 2013.

Paul Van Haver est bien plus qu'un phénomène du moment. Celui qui a éclaboussé de son étoffe les dernières Victoires de la musique et dont les tubes se fredonnent de Dakar à Kigali, d'Alger à Kinshasa et de Montréal à Berlin est un artiste ancré dans son siècle et ses racines. Modeste, sensible et réfléchi, aux antipodes du cliché des stars clinquantes et niaises, et qui refuse obstinément de voyager à bord de jets privés, quitte à désespérer ses producteurs. Cet entretien avec Jeune Afrique, dans lequel il exprime pour la première fois la part intime qui le relie au continent, a été recueilli le 14 mai à Karlsruhe, en Allemagne, en marge d'un concert. L'auteur de ces lignes s'attendait à être reçu dans le salon d'un palace. Stromae l'attendait, assis sur un banc, à une table de cantine. Humble comme un grand.

Jeune afrique : Comment faut-il vous appeler ?

Paul Van Haver : J'ai un nom de scène, Stromae, et un nom pour la vraie vie, Paul Van Haver. Pour cet entretien avec Jeune Afrique, que je lis parfois et dont je connais l'importance, je préfère que vous m'appeliez Paul.

Les concerts que vous allez donner dans quelques jours à Alger et à Rabat sont très attendus. Mais vous l'êtes encore plus en Afrique subsaharienne, où l'on vous considère comme une star et une sorte d'enfant prodigue. Et où vos fans se désespèrent de vous voir...

Je connais cette attente, elle me fait un peu peur. Comment vais-je vivre ce choc qui sera aussi une confrontation avec une part de moi-même ? J'ai appris à me méfier, presque instinctivement, de l'image que les médias occidentaux renvoient de l'Afrique. Mais en même temps, avec beaucoup d'humilité, je sais que j'ai encore tout à apprendre. Je me souviens d'un voyage à Abidjan, il y a un an, afin d'y rencontrer des musiciens pour mon album "Racine carrée". J'ai débarqué de l'avion en pensant y trouver une carte postale avec cases et palmiers et je me suis retrouvé nez à nez avec les immeubles du Plateau, ce mini-Manhattan. Je me suis dit : Paul, tu es encore loin, sors de ta tanière. Une autre Afrique existe, qui n'est ni misérable ni pitoyable.

Cette tournée, donc...

Je la prépare, bien sûr, pour 2015. J'irai à Dakar, Abidjan, Yaoundé, Kinshasa, Johannesburg. Et à Kigali. Comment ne pas aller à Kigali ?

Votre tube "Papaoutai" a suscité nombre de parodies sur la Toile, dont le ravageur "Boutefoutai", visionné par des dizaines de milliers d'Algériens. Cela vous gêne ?

Non. La satire ne me gêne pas, par définition. Et cela fait du bien à un homme politique, où qu'il se situe, d'être remis en question.

Vous parlez peu de l'histoire intime et déchirante qui vous lie au Rwanda. Pourquoi ?

Par pudeur. Je tiens cela de ma mère belge, ma "madre", celle qui m'a élevé.

Au commencement, il y a aussi, pourtant, un père. Rwandais. Tutsi. Architecte.

Oui. Il a rencontré ma mère au cours de ses études en Belgique : une histoire d'amour qui a mal fini, une histoire banale. Mes frères et moi sommes nés de cette union. Et puis mon père a décidé de repartir à Kigali, sans nous avoir reconnus. Je ne l'ai pas vu souvent, mais j'ai de lui des souvenirs précis, des images aussi. C'est fou ce que je lui ressemble, une vraie photocopie.

Survient le génocide d'avril 1994. Vous avez 9 ans. Quand avez-vous appris l'assassinat de votre père ?

Plus tard, vers 11, 12 ans. Je ne supportais plus le mystère de son absence et j'ai décidé de crever l'abcès par une question toute simple : "Alors maman, il est mort ?" Elle m'a simplement répondu "oui". Comment ? Où ? Par qui ? Où a-t-il été inhumé ? Je ne sais pas. J'ai encore en mémoire ces soirées lourdes, pénibles, tragiques au sein des communautés rwandaises de Belgique. Des nuits entières au téléphone à tenter d'obtenir des nouvelles des êtres chers. Ce que je sais, par l'une de mes tantes rwandaises que je considère comme ma seconde maman, c'est que beaucoup de membres de ma famille paternelle ont disparu pendant le génocide.

Qu'est-ce que le génocide, pour vous ?

Une atroce leçon d'humanité et une atroce leçon sur les dérives du communautarisme. Je vais être clair. Vous venez de préciser que mon père était tutsi. Si vous m'aviez posé la question : "Êtes-vous tutsi ou hutu ?", je ne vous aurais pas répondu et, au risque d'être impoli, j'aurais mis un terme à cet entretien. C'est la question que les tueurs posaient, sur les barrages.

Pourquoi ne pas avoir cherché à savoir ce qui était advenu de votre père ? Pourquoi n'êtes-vous jamais allé au Rwanda ?

Je ne me sentais pas encore légitime pour ce voyage. J'ai souffert de l'absence de mon père, je n'ai pas souffert du génocide. Je sais que la transposition de l'un à l'autre, la mise en contexte, ne se fera que sur place, mais je suis infiniment moins qualifié que d'autres pour parler du génocide.

Moins que le chanteur Corneille, par exemple ?

C'est évident. Corneille est un rescapé, la souffrance qu'il est en droit de revendiquer n'a rien à voir avec la mienne.

Le Rwanda a commémoré le 7 avril dernier le 20e anniversaire du génocide des Tutsis. Avez-vous été invité ?

Indirectement, plus ou moins, oui. Je sais que j'y aurais été le bienvenu. Mais voilà : cette histoire-là m'est personnelle, et quand j'irai sur les traces de mon père disparu je voudrais être seul, surtout pas être médiatisé. Face à cela, je ne suis personne, je ne suis pas Stromae, juste le petit Paul à la recherche de son papa, juste un fils qui veut renouer le dialogue avec son père mort. Cela n'appartient qu'à moi. Je ne suis ni un symbole ni un porte-drapeau. Si je dis tout cela, c'est aussi par respect pour le million de victimes.

À combien évaluez-vous votre part d'africanité ?

Génétiquement, à 50 %. Culturellement, à 40 %. Encore une fois, c'est une affaire de pudeur. Je ne veux pas jouer à l'Africain, débarquer sur scène avec un "salut mes frères et soeurs", tomber dans les clichés du retour aux racines et du I love Africa, alors que toute mon éducation, mon "making of", je les ai reçus en Belgique, entre les quartiers nord de Bruxelles, et un pensionnat de jésuites en Ardenne. Sur le plan musical, c'est vrai, je n'ai jamais été aussi proche de l'Afrique, mais je ne suis pas plus africain que je suis européen. Je suis de nulle part.

Comment vivez-vous votre métissage ?

Comme un équilibre impossible et comme une richesse incroyable.

Dans "Humain à l'eau", qui est une chanson assez vertigineuse, votre personnage parle comme dans Tintin au Congo, bande dessinée archétypale du colonialisme belge. Pourquoi cette provocation ?

Il ne s'agit pas de cela. Le français n'est pas sa langue, c'est celle du colon, mais il la maîtrise, alors que son interlocuteur ne connaît pas un mot de la sienne.

"Petit modernisé, pourquoi tu me parles mal", lui dit-il. "Moi devoir définir ? Toi pas comprendre, pas parler ou plutôt réfléchir ?" À la fin, c'est l'impasse : "Imbécile, tais-le. Trop risqué d'être écouté." Il n'y a pas de dialogue possible entre les cultures quand l'une se sent supérieure à l'autre.

Quelles sont vos influences musicales africaines ?

Elles sont multiples. Papa Wemba, Koffi Olomidé, le Zao d'"Ancien combattant", qui est une formidable chanson antimilitariste, Salif Keïta, Cesaria Evora pour sa voix envoûtante aux effluves de rhum. J'ai écrit un texte sur elle, dans lequel je dis que tous les chemins mènent à la dignité.

Il y a, dans vos compositions, un thème récurrent : le doute, l'indécision, le déséquilibre. "T'es hutu ou tutsi ? Flamand ou wallon ? Bras ballants ou bras longs ? T'es blanc ou t'es marron ?", écrivez-vous dans "Bâtard". Avec cette conclusion au scalpel : "Ni l'un ni l'autre, bâtard tu es, tu l'étais et tu le restes." Vous vous voyez ainsi, vraiment ?

Oui, mais je me soigne. Le métissage et surtout l'absence du père y sont pour beaucoup. Le fait de ne pas avoir de référent paternel n'aide pas à faire des choix. Il faut que je dépasse ces dichotomies permanentes un peu schizophréniques, que je les accepte pour en faire une force. En définitive, j'aimerais ne jamais avoir de certitudes, être sûr d'une seule chose, c'est que je ne suis sûr de rien.

Pourtant, vous contrôlez votre carrière, votre apparence, votre organisation au millimètre près...

Je suis maniaque. C'est ma manière de compenser, d'apaiser l'angoisse qui me saisit quand je dois décider. Vous savez, je ne suis pas un héros, même si on m'a collé l'étiquette de star. J'ai peur de me tromper, peur de déplaire, peur de ne pas être à la hauteur de l'image qu'on a de moi.

Le racisme, vous connaissez ?

Évidemment, mieux qu'un toubab comme vous, sans vous offenser. Dans le quartier populaire et mélangé où j'ai vécu mon enfance, ce n'étaient que des préjugés, atténués par la mixité communautaire. C'est plus tard, à l'internat des jésuites où les élèves venaient de milieux aisés, que cela m'a frappé de plein fouet. J'avais un copain proche, un complice qui m'a dit un jour : "Toi, je t'aime bien, c'est bizarre, parce que je déteste les Noirs." Quand j'ai entendu cela, puis d'autres phrases de ce genre encore plus violentes, j'aurais pu réagir comme un adolescent le fait souvent : répondre à la violence par la violence. J'ai préféré réfléchir : quel malaise, quelle douleur conduit au racisme ? Comment combattre l'ignorance ? Peut-on dialoguer avec son ennemi, comme Jean-Paul II l'a fait avec Mehmet Ali Agca, qui avait tenté de l'assassiner ?

Quelle est votre réponse ?

C'est oui, bien sûr. Le choix n'est pas entre combattre ou dialoguer. Il faut combattre par le dialogue.

Même avec les militants du Front national ou du Vlaams Belang ?

Ce sont des hommes et des femmes qui écoutent mes chansons, viennent parfois à mes concerts. Pourquoi les exclure, refuser de les écouter et ne pas chercher à les convaincre ?

Stromae a-t-il quelque chose à dire à la jeunesse africaine ?

Je ne suis le père de personne, je ne suis ni un grand courageux ni un grand révolutionnaire. Mes textes portent, avec pudeur, des opinions, peut-être des messages, mais n'attendez pas de moi que je dise aux Africains : "Yes, you can." Qui suis-je pour oser dire cela ? Je ne suis pas un messie venu redonner l'espoir. La jeunesse d'Afrique - terme extraordinairement réducteur - n'a pas besoin de mes leçons pour croire en elle, encore moins de ma pitié.

Le paternalisme, ça vous agace ?

Je l'ai en horreur. Je déteste l'aide qui asservit et vous rend dépendant. Je ne crois pas au cliché misérabiliste qui veut que le continent soit un océan de corruption. Je sais que la mauvaise gouvernance existe, mais je ne pense pas que ce soit à l'Occident de s'en préoccuper. Il est mal placé pour cela.

Vous avez votre marionnette aux Guignols de l'info et vous allez entrer au Musée Grévin en septembre. Cela vous fait quoi d'être statufié ?

Un effet bizarre. J'ai vu le projet de statue de cire, c'est le personnage du clip de "Papaoutai". Il m'a fait un peu peur. En même temps, cela a un sens : c'est moi et ce n'est pas moi.

Quel est le dernier livre que vous avez lu ?

Yékini, une superbe bande dessinée de 400 pages sur la lutte sénégalaise, avec en filigrane toute l'histoire du Sénégal contemporain. Yékini, c'est Yakhya Diop : 21 combats pour une défaite. Là-bas, c'est une légende.

Et celui qui vous a le plus marqué ?

Un ouvrage sur la zététique, d'Henri Broch, un universitaire français, spécialiste de biophysique.

La zététique ?

Oui. Le scepticisme scientifique. L'art du doute si vous voulez, l'hybridation permanente. Mon portrait en somme.

Le Premier ministre belge, Elio Di Rupo, a offert votre dernier album à Barack Obama, il y a un mois. L'a-t-il écouté ?

Il paraît, oui, à bord d'Air Force One. Kanye West a déjà repris un de mes titres et je serai en tournée aux États-Unis et au Canada à partir de la fin juin. J'essaierai de vérifier l'information pour vous.

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Propos recuillis par François Soudan

JA


http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2785p026.xml0/rwanda-musique-interview-genocide-rwandais-interview-stromae-la-jeunesse-d-afrique-n-a-pas-besoin-de-mes-lecons-pour-croire-en-elle.html

 

MNT, C’est pas NTM ?!

MTN, C’est pas MTN ?!

En Guinée (Conakry), les N(T)IC de l’information ont une drôle de consonance. MTN (sud-africaine est l’anagramme parfait de NTM (Nique Ta M..) du fameux groupe de rappeurs qui ont eu maille à partir avec Sarko ( ?) pour voie de fait façon callera (Racaille, dixit l’Ex hyper président super star du bling-bling). Et cette  « familiarité » quasi-eschatologique limite qui nous casse les balloches avec une pub passablement putarde,

Avec notre clé 5G vous comprendre mieux que « la vie est ailleurs »,

Notre super lot vous fera oublier la regretté Marie lolos

Pour ceux qui se souviennent en France de cette invitée de Lucien jeunesse qui animait aussi les plage avec des gogos aux lolos en l’air

Un lolo plus gros que celui de cette Marie, tu meurs

Voilà j’en étais où ?

Ce numéro vous est interdit, vous balance cette voix du servie clientilè pour vous dire que le numéro est inacessible, le correspondant étant en ligne ou plus souvent, le réseau téléphonique est bordélique en Guinée, malgré la floraison des compagnie de téléphonie, aussi prolixe que les fille-mère de Guinée dont la myenn d’âge est de 13.nPendant les années 60, la Guinée avait le second rang pour le nombre de chauds lapine au mètre carré. En autres mots le second rang en taux de natalité, après la Chine et avant l’Inde. Aujourd’hui, je crois qu’avec le réchauffement climatique, les lapins guinéens sont encore plus chauds, pire que les poulets pondeurs. Je dis bien poulets et non poules. En effet depuis la vache, folle les OGM (organisme génétiquement manipulés), la sexualité bigote a fait long feu

« Cachez-moi ce sein que je ne saurais voir ! »

Disait Tartuffe

Eh bien, de nos jours les herbivores bouffent de la viande, les carnivore sont nourris aux pectcides bourrés d’herbes folles d’où la folie des vaches

Alô ?

Je vous dis que vous n’avez pas le droit d’appeler ce numéro, dit une autre voix non synthétique d’une compagnie concurrente.

C’est la même terreurs dans les robots serveurs des banques :

Votre est refusée

Votre carte n’est pas valable

Pourtant, cinq minute après la même carte ouvre le trésor d’Ali Baba, et ça glisse, le pognon, bof, des francs glissants.Quand vous avez trois cents mille franncs guinéens d’un coup, c’est que vous avez une carte Visa, vous en avez..Vous êtes un groto (gros tonneau), la bouteille pleine de wisky ou de couenne de porc importé. Un musulman qui s’empiffre de pied de porc au lieu du pied de mouton c’est rare en Guinée, mais ç se trouve dans les bar restaurants nichés dans les tambanya de lux nichés dans la mangrove.

Ce distributeur est momentanément hors service

Ou quand vous des soucis avec votre banque ou pire avec la Banque de France

Votre banque a refusé cette opération

Si vous vous emmêlé avec votre code

Etes-vous sûr de vouloir interrompre cette opération et ou « continuer, etc

Dans les pays civilisés ou les robots sont bien élevés et ne vous clausent pas au visage comme un pfrasé à « Rasta Gang » de la Côte Ouest des States, le verbe est suave, parfois onctueux, surtout même quand vous n’avez pas une carte « Première » (couleur or). Là-bas on sait attirer le client-pigeon jsqu’à l’arnaque :

Votre argent nous intéresse disait la BNP

Ici sous les tropique les robots vous donnent des claques et le service clientèle « désespère Billancourts

Vous avez oublié

C’est le repli tactique qui avait débouché à l’effacement du mot ouvrier dans le dictionnaire socialiste, comme soupirait..

Dans les banques guinéennes, surtout les fins de mois, les fonctionnaires se ruent aux guichets. 0 la BCRG (Banque centrale de Guinée) où leurs salaires sont virés quand « les bailleurs de fond » n’ont pas passé le temps à faire semblant de bâiller devant l’incurie de l’administration des finances qui tardent à fermer les robinets et les disjoncteurs qui devraient assurer les services sociaux de base, eh bien nos cols blancs se font la courte échelle, ils grimpent les uns sur les autres, comme jadis à la Corbeille à la Bourse de Paris où j’ai eu un petit boulot (maintenant on dit CDD, contrat à durée détermine, c’est-à-dire « taillable corvéable » et éjectable à tout moment. Il n’y a pas de ticket d’ordre. Pensez : à l’aéro-hangar, les passagers se marchent dessus dès qu’on entend

Les passazés di vol tant tant : embardément immédiate..

Alors les moutons se rentrent dedans avec leurs « cornes ». Les cornes du cerveau humain sont plus stupides que les cornes d’un taureau ou d’un bélier. Les places dans les avions sont numérotées. Et depuis Ben Laden, un avion ne décolle jamais tant qu’on n’a pas vidé la soute à bagages pour retrouver ceux du « présumé » (déjà) terroriste) qui n’a pas embarqué, disparus dans les faubourgs enténébrés de nos tropiques dès qu’i aura fait ses formalité au comptoir de la compagnie.

Au temps de la « Révolution globale et multiforme » de celui qui a dit Non à De Gaulle, quand le peuple avait sa ration de lait, il n’avait pas de sucre, quand il avait de l’huile de cuisine, il n’avait pas de sel quand il y avait ceci, il n’y avait pas cela.La distribution de la ration alimentaire se faisait dans l’ordre. Il y des files. Rarement, parce que les biens sociaciaux de base étaient rares Et tout ce qui est rare n’était pas cher, contrairement à la République libérale du président paysan de la répubiquéquette qui a suivi. Vous croyez que je suis vulgaire ? Alors que ne fais que bégayer comme le capitalisme sauvage qui nous tomba dessus en 1984 ! Je viens de dire plus haut que le taux de natalité des guinéennes (je n’ai pas dit les Guinéens, nuance), a flambé depuis qu’on a di Non !

Car depuis comme a dit un Farba, un Maître de la parole

Guila bhè wii Non Allah héli none mabhè !

Si je vous dis none, littéralement veut dire balloches, vous aurez compris tous nos malheur. Mais ne comptez pas sur moi pour traduire le mot balloche. Demandez à Lamine Guirassy et à ses copains, ex ban-lézards qui officient à l’émission déjantée des Gégés (Grandes Gueules (1)

Terminons par la porte des devas, la sortie des dieux (René Gunénon) par cette illumination du saint patron des Mourides (2), Serigne Touba, en partance pour son lieu d’exil, au Gabon où il retrouvera Samory, cen « roitelet nègre » également pris en flagrant délit par un des rois de la brousse (ainsi nommait-on avec raison le petit colon bapbtou (toubab, il faut vous trouver le dico de la tchatche des négrilles des Minguettes.

Depuis son bateau, au port de Conakrimes, jadis « la perle de l’AOF » il avait dit :

Conakir, mounakir

L’ensemble du qasssaid (poème mystique) voulant dire

Guinée, pays de Souffrance. ;

C’était en 1900.

Avant les dictatures dure, molle, mollassonne qui se sont passé le témoin de toutes nos misère.

Holà ! J’ai fini pour moi.

A la prochaine, si Ebola..

Wa Salam

El Hajj Thierno Saïdou Nour Bokoum

www.nrgui.com Nouvelle République De Guinée.Partenaire

NB : pour Bingo, satirique guibéen, partenaire

 

Maya Angelou: “Ne cherche point refuge derrière mon ombre"

« Lève les yeux Maya Angelou: “Ne cherche point refuge derrière mon ombre"

Sur ton nouveau jour

A la renaissance de ton rêve »

«… Toi Yorouba,

Ashanti…

Acheté et revendu »

«… aujourd’hui, le roc t’interpelle

Avec clarté, avec force,

Viens, tu peux te tenir sur moi

Perche-toi sur mon dos et fais

Face à ton destin lointain

Mais ne cherche point refuge derrière mon ombre

Je ne vais te donner aucune cachette ici. »

Ci-dessus sont des extraits (avec une traduction non-autorisée) du poème que Maya Angelou lut à la première prestation de serment de Bill Clinton, en 1993. Elle vient de nous quitter à l’âge de 86 ans. Née Marguerite Annie Johnson dans le sud de l’Amérique pendant les temps sombres de la ségrégation, elle trace ses racines en Afrique de l’ouest, chez les Mende qu’on retrouve en Sierra-Léone, en Guinée et au Liberia. La vie de Maya Angelou aura été un combat inlassable contre les ignominies de l’exclusion. Au-delà des honneurs auxquels elle fut élevée, son parcours - des plus intéressants - nous restera comme inspiration.

Sa famille émigra au nord. Du fait de la pauvreté, Maya Angelou vécut avec ses grands-parents dans l’Arkansas, dans un sud marqué par la violence et l’injustice avec des familles éclatées et en perpétuelles pérégrinations. A l’âge de 7 ans, Maya Angelou fut violée par un ami de sa mère. Traumatisée, elle refusera de parler pendant 5 années. Avec l’aide de ses professeurs et de la lecture, elle renouera avec la vie sociale. Mais, à l’âge de 16 ans, elle se retrouva en grossesse. Elle exerça toute sorte de métiers pour supporter son enfant: cuisinière, conductrice de bus, danseuse, chanteuse etc. avant la voie de l’engagement politique. Elle sera alors de tous les combats. Avec son compagnon Sud-africain, elle participera à la lutte contre l’apartheid. Elle s’établira en Egypte puis au Ghana. Elle apprit le français, l’espagnol, l’italien et l’arabe. Elle travailla avec Martin Luther King et Malcom X dans le mouvement d’émancipation des Noirs.  

Après l’assassinat des deux leaders du mouvement civique, Maya Angelou avait emmagasiné suffisamment sur son époque et les injustices de la société américaine. Elle ne pouvait que se tourner vers l’écriture. Pour dompter les revers qui accompagnent toute lutte de changement et les cauchemars des répressions. Elle publie «Je (sais ?) pourquoi l’oiseau en cage chante» en 1969. L’œuvre était le début de son absorbante autobiographie, un témoignage dit avec une saisissante sincérité qui touche d’autant plus qu’il puise dans la riche source des cultures et des misères des peuples de la diaspora. Plusieurs volumes suivront le succès du premier. Maya Angelou écrira une trentaine de livres au total, avec des essais et de la poésie. Avec sa pénétrante vision de femme, elle en inspira beaucoup dans le combat contre les doubles barrières des préjugés raciaux et sexistes. Oprah Winfrey, Michelle Obama et tant d’autres avouent lui devoir beaucoup de leur détermination et de leur succès. La lecture de Maya Angelou est à recommander à tout le monde. Nos filles en particulier. Pour perpétuer l’exemple qu’elle a donné sur ce que toute vie doit être. Un combat sans répit pour la liberté. Sa prose est celle de l’espérance et des possibilités qui attendent d’être saisies. Sa poésie est celle de la survie pour se défaire des chaines du passé. L’authenticité qui se dégage de ses écrits ne vient pas seulement d’une majestueuse maitrise de la langue, mais de son voyage délibéré sur la route qui mène vers ce qui ennoblit.

Maya Angelou est récipiendaire des plus hautes distinctions des Etats-Unis, dont le «PRESIDENTIAL MEDAL OF FREEDOM». Elle était professeur titulaire de la chaire d'études américaines de l’université de Wake Forest en Caroline du Nord.

Ourouro Bah

 

 

Sosso Bala: l'ancien président du Mali charge le président Sékou Touré (interview)

Le réalisateur burkinabè Nissi Joanny Traoré a démarré en fin février, au Mali, un documentaire de fiction sur l’histoire du premier balafon, le Sosso Bala, qui se transmet depuis les années 1235 dans la descendance des griots Kouyaté de l’empire du Mali, le Mandé. Ce tournage ci a débuté dans le village de Balankomana, dernier village du Mali d’où le mythique balafon est parti en 1975 pour celui de Niagassola, chez les Kouyaté de Guinée, à quelques encablures de ce site, et y est détenu jusqu’à ce jour sur ordre des autorités guinéennes.

Après les témoignages des doyens des griots de ce village, l’équipe de tournage a recueilli ceux de monsieur Moussa Traoré, ancien Président du Mali, qui avait, en son temps, entrepris des démarches auprès des autorités guinéennes pour rétablir le mode normal de transmission de cet héritage. En sa résidence de Bamako, Moussa Traoré qui accorde très rarement des interviews, a accepté, après plusieurs démarches, de s’exprimer sur la question et sur d’autres sujets culturels. Il a vu bon de faire devoir de mémoire. Surprise ! Avant d’engager cet entretien, il a tenu à faire une prière pour l’équipe et demander au Tout-Puissant de l’aider dans son entreprise.

Bonjour monsieur le Président, nous venons nous entretenir avec vous sur le Sosso Balan (le balafon du Sosso), supposé être le premier balafon du Mandé, important trophée de guerre de Soundjata Keita après avoir vaincu Soumahoro Kanté, son premier détenteur, à la bataille de Kirina, vers 1235.

Emmanuel Sama : Vers les années 1975, le Sosso Bala devait revenir à la lignée des griots héritiers au Mali alors qu’il se trouvait du côté des Kouyaté de Guinée. La délégation est revenue bredouille et les anciens vous ont saisi de la question car le président Sékou Touré avait pris la décision de garder le légendaire balafon en Guinée.

Quels souvenirs avez-vous gardé de ces événements à l’époque ?

Président Moussa Traoré: Je n’ai pas été au centre de l’événement, donc je pourrai difficilement parler des pourparlers entre les frères Kouyaté de Guinée et ceux du Mali. C’est lorsqu’il a été refusé que le Sosso Bala revienne au Mali, que la communauté mandingue m’a approché. Etant donné la délicatesse la question, j’ai dû emprunter d’abord la voie diplomatique. L’ambassadeur du Mali à Conakry a saisi les autorités guinéennes de la question ; ensuite ce fut au tour du ministre de la jeunesse, des arts, et de la culture à l’époque qui a saisi son homologue guinéen pour trouver une solution culturelle ancestrale à cette affaire de Sosso Bala.

La famille Kouyaté vous aurait remis personnellement le dossier lors de votre visite.

Effectivement lors de ma visite dans la région, J’ai été saisi de la question du Sosso Bala ; je n’ai pas reçu de dossier mais l’information verbale m’a été donnée que le Sosso Bala a été retenu en Guinée sur décision de la révolution guinéenne. J’ai estimé qu’une révolution n’avait pas à s’interférer dans une telle affaire qui est culturelle et ancestrale et c’est pourquoi après l’échec des interventions de l’ambassadeur du Mali à Conakry et du ministre de la culture, lors d’une de mes visites en Guinée, j’ai évoqué la question en

son temps avec le Président Sékou Touré ; et nous avons convenu que cette affaire est une question purement ancestrale et culturelle qui doit revenir à la famille Kouyaté de régler.

Quels arguments avez-vous développés auprès du Président Sékou Touré ?

Je n’ai fait que restituer l’histoire de nos pays et de ce balafon ; je lui ai rappelé qu’avant la division de la famille Kouyaté, selon la tradition, il revenait aux plus âgés de la famille de gérer la question du Sosso Bala ; et que c’est la colonisation qui a divisé cette famille de part et d’autre de nos frontières qui ne sont que des lignes artificielles qui ont partagé des communautés entre nos pays ; par conséquent la question de Sosso Bala doit être une affaire de la famille dans laquelle aucun pouvoir public ne doit s’interférer.

Quelle a été la réaction du président Sékou Touré ?

Le Président Ahmed Sékou Touré, paix à son âme, a reconnu le fait ancestral et culturel et nous avons convenu, comme je l’ai dit, que cette affaire doit être laissée à la famille qui doit la gérer traditionnellement. J’ai pu comprendre par la suite, après mon intervention de Conakry, que les autorités guinéennes n’avaient pas l’intention de revenir sur leur décision ; Je me suis décidé d’intervenir une seconde fois. Cette fois-ci à Addis-Abeba, au siège de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA, aujourd’hui U.A). L’institution a statué une fois encore que cette affaire ne devrait pas être une affaire politique. A cette époque; les relations entre la Guinée et le Mali n’étaient pas au beau fixe.

Cette affaire, a-t- on ouï dire, a même failli créer un conflit entre le Mali et la Guinée ?

Non, une affaire ancestrale et culturelle ne pouvait pas nous amener à prendre les armes pour la régler ! Il y a eu des agitations c’est vrai ; il y a eu des propositions pour que la récupération du Sosso Bala se fasse par la force. J’ai estimé qu’il ne faut pas insulter l’avenir et que nous ne devons pas prendre les armes pour récupérer ce balafon car c’est un balafon de famille. Malheureusement, celui qui était au centre de cette affaire, c’était le président Sékou Touré. Il n’avait pas la volonté politique de régler cette affaire qui s’était entre temps envenimée, malgré qu’il ait déclaré que c’était normal que la famille la règle ; j’ai compris que la révolution s’était appropriér le balafon et qu’il fallait absolument peser lourdement sur cette révolution afin que le côté ancestral et culturel puisse prévaloir sur le fait politique parce que la question n’est pas politique et d’ailleurs tous le reconnaissent y compris le Président Sékou Touré. Mais entre temps, il est décédé. Dans ce cas, il était possible de reprendre cette affaire à un autre niveau et puis laisser le soin à la famille de la gérer de la manière la plus cohérente selon la tradition ancestrale.

D’après vous, y avait-il espoir, après le décès du Président Sékou Touré, que la tradition soit rétablie et que les Kouyaté puissent revenir à l’ancien système sans votre implication ?

Sosso Bala par les familles. Cependant, les autorités du Mali et de la Guinée doivent se concerter pour demander de revenir sur cette question de Sosso Bala dans la famille Kouyaté. C’est de cela qu’il s’agit et pas d’autre chose. Ce sont tous des descendants de Bala Fasséké Kouyaté et donc qu’ils redeviennent un bloc ancestral. Je suis convaincu que les conseils des pouvoirs publics pourront aider les membres de la famille à retrouver le chemin ancestral et culturel Je dois dire d’abord que ce n’était pas un désintérêt pour

moi personnellement de suivre cette affaire de Sosso Bala dans la mesure où il était convenu entre les hautes autorités de la Guinée de la laisser entre les mains de la famille comme je le disais tantôt.

Le président Sékou Touré étant décédé donc la révolution n’avait plus aucune raison de continuer de s’approprier le Sosso Bala. Le balafon n’était plus entre les mains de la révolution mais entre les mains de la famille, cela aussi il faut comprendre.

Toujours est-il que c’est le statut quo ?

Nous avons convenu que pour des raisons purement culturelles et ancestrales nous devons laisser gérer cette affaire de de la famille du Sosso Bala.

Sékou aurait dit qu’avec l’indépendance, les biens culturels, dont le le Sosso Bala, qui se sont retrouvés en Guinée sont la propriété de la Guinée et ceux qui se sont retrouvés au Mali sont la propriété du Mali …

C’est derrière une telle proclamation qu’on a toujours politisé l’affaire du Sosso Bala. Dire dans cette affaire purement familiale qu’après l’indépendance ce qui était resté au Mali soit devenu malien et ce qui était resté en Guinée soit devenu guinéen est faux. Ce qui est vrai, c’est que le Sosso Bala est la propriété de la famille Kouyaté et tous le reconnaissent, les Maliens et les Guinéens. Entre la Guinée et le Mali, il y a eu une frontière qui est une ligne artificielle. Pourquoi ne pas dire que c’est l’alternance établie dès les origines qui doit prévaloir. C’est cela la réalité. Une telle affirmation de la part des anciennes autorités guinéennes a conduit à politiser l’affaire du Sosso Bala.

Avez-vous un message à l’endroit de la jeunesse dans une Afrique dont les traditions se perdent de plus en plus ?

En son temps j’avais dit que l’Afrique ne se retrouvera qu’en se tournant vers ses traditions culturelles et que tout développement socio-économique doit se baser sur la tradition, sur nos valeurs culturelles et le fondement de notre démocratie traditionnelle.

Tout développement qui n’est pas basé sur certains aspects communautaires et moraux de la tradition, sur les leçons qu’on peut tirer du passé, est voué à l’échec or ce sont les anciens qui doivent transmettre les valeurs de civilisation à la jeunesse. Cette jeunesse, l’espoir de notre patrie, de notre continent doit s’imprégner de nos valeurs de civilisation. J’affirme ici encore que c’est une jeunesse très bien instruite, consciente de ses responsabilités qui peut construire le pays. Chacun de nos pays doit se convaincre de cette nécessité et se consacrer à la formation de la jeunesse…Il y a eu beaucoup de tentatives de développement socio-économique qui ont échoué parce qu’on n’a pas réfléchi suffisamment sur ce qu’on doit faire en se basant sur nos valeurs culturelles. On s’est risqué de choisir entre soit le socialisme scientifique, soit l’islamisme et le libéralisme, ou même l’esclavagisme. On peut trouver des moyens sûrs pour nous développer en se basant sur nos valeurs culturelles. L’occasion de cette interview me permet de prendre en exemple l’organisation politique et sociale du Mandé.

Les bases de la démocratie et de la vie en société de la plus grande partie des peuples de la sous-région dès le 13éme siècle étaient la charte de Kouroukanfouga pensée par l’empereur Soundiata Kéita et entérinée après de larges concertations avec les autres royaumes.

 

Pourquoi n’avoir pas exploité cette démocratie qui a été instaurée à cette époque et qui était différente de la démocratie occidentale mais qui intégrait déjà ses grands principes. (NDLR : droits de l’Homme ; protection de l’environnement ; liberté de choix des dirigeants…)

La seule démocratie qui est venue plus tard en occident et surtout en Europe c’était la démocratie de Rome, et cette démocratie était limitée. Celle qui avait été lancée à Kouroukanfouga par Soundiata Kéita concernait l’ensemble des peuples du Mandé, c’est-à-dire l’empire du Mali.

Il nous fallait à cela ajouter ce que nous pouvons gérer et digérer de l’extérieur ; sinon nous pouvons difficilement être comme les autres. Faisons en sorte que nous puissions être nous-mêmes. Il faut que la jeunesse comprenne cela. Même si elle est formée à l’extérieur, que ce soit en occident, que ce soit ailleurs, elle doit se dire que sa formation est faite pour servir l’Afrique. Voilà l’appel que je lance à la jeunesse pour qu’elle comprenne qu’elle a un rôle primordial à jouer dans le développement socio-économique de l’Afrique.

Que pensez-vous du projet auquel vous venez d’apporter votre témoignage ?

En parlant du balafon du Sosso, on évoque une partie de l’histoire du Mandé, une histoire très ancienne qui a évolué jusqu’à la date d’aujourd’hui. Concernant le Sosso Bala, j’ose dire qu’il y a eu une interruption, une évolution négative de la gestion ancestrale et traditionnelle de cet instrument.C’est pourquoi j’ai voulu témoigner de ce que je sais de cette histoire et de mon implication dans le rétablissement normal de transmission de cet héritage de l’empire du Mali. Votre projet est noble et va dans le sens de la préservation de l’histoire et de la culture africaines.

Comment selon vous le dialogue des peuples de la sous-région peut s’amplifier pour servir la coopération, la compréhension et la tolérance entre les peuples de la sous-région ?

Le dialogue des cultures est une nécessité pour la compréhension entre les peuples. Le silence évoque la méfiance, la méfiance entraîne l’affrontement et l’affrontement se termine par des drames…Or le dialogue incite à la compréhension, la compréhension développe la coopération et la coopération invite les peuples à s’unir pour faire face à l’adversité. Dans notre sous-région nous avons été des animateurs pour la compréhension, le dialogue culturel entre nos populations pour une meilleure coopération et le développement.

A travers quelles actions par exemple ?

A travers notre rôle dans la naissance d’un certain nombre d’institutions sous régionales .Qu’il s’agisse de la CEAO,(Communauté Economique de l’Afrique de l’Ouest) qui est née au Mali, de la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique) née au Mali,de l’Autorité d’Aménagement du fleuve Niger née au Mali, … Bref, toutes ces actions ont été menées dans des cadres de dialogue. Ces dialogues furent intensifs, il faut le dire, parce qu’il s’agissait d’aller vite et de faire quelque chose pour qu’on puisse se retrouver et pouvoir se comprendre pour assurer le développement de la sous-région.

En son temps, quels ont été les grands projets culturels que vous avez mis en œuvre et avec quelle philosophie ?

Je disais tantôt au cours de mon interview que toute action de développement doit être sous tendue par nos valeurs culturelles. Les grands projets culturels furent d’abord les projets nationaux qui unissent l’ensemble du peuple malien et partant l’ensemble des peuples de la sous-région. Nous avons créé la biennale artistique, culturelle et sportive qui regroupait l’ensemble des jeunes et vieux du Mali. Par la suite, elle est devenue un regroupement des jeunes de la sous-région qui étaient invités à y assister ; c’est à partir de cet instant que nous avons estimé qu’il fallait absolument sur la base de cette rencontre, que nous puissions nous retrouver dans la sous-région pour créer quelque chose de durable au profit de nos populations.

Nous sommes curieux de savoir à quoi vous occupez votre temps ; si vous avez des projets ?

J’ai des projets ; j’écris souvent, je vais à la Mosquée. J’ai une ferme que je suis en train de refaire petit à petit ; j’y pratique de l’agriculture et de l’élevage. Et après la ferme, j’écris. Entre la ferme et l’écriture, je vais à la Mosquée.

Vous écrivez des nouvelles, des romans ou vos mémoires ?

Mes mémoires… (Rires amusés)

Peut-on avoir la primeur des premiers volets ?

(Rires). Vous savez à mon âge, ce que certains ne comprennent pas, il faut transmettre ce qu’on a acquis, ce qu’on a vécu qui peut éclairer les autres et contribuer à l’Histoire .

Il nous est revenu que vous jouissez d’un grand respect pour les actes humbles que vous posez, en vous rendant à des décès, à des inhumations, et par vos actions dans le social. Quelle philosophie de vie sous-tend votre ligne de conduite ?

Cette philosophie n’est pas nouvelle, elle résulte de nos valeurs de civilisation, c’est la base de notre vie en société. Il ne faut pas rejeter cette base sinon on va à notre perte.

L’individu se doit de mener des actions à caractère social en ce qui concerne les mariages, en ce qui concerne les décès et tous les évènements qui surviennent dans sa communauté, dans son voisinage, dans son entourage professionnel, dans sa famille. C’est une obligation morale pour les gens de notre âge de faire des bénédictions aux nouveaux mariés à la Mosquée par exemple puisque qu’il s’agit d’une alliance dans la maison de Dieu.

Nous avons l’honneur de vous rencontrer dans le cadre d’un tournage. Pouvez-vous nous dire ce que vous avez fait pour aider le cinéma malien ?

Vous savez, lorsque nous avons commencé à tourner des films en République du Mali, j’ai apporté personnellement mon aide à cette activité afin qu’elle serve nos valeurs de civilisation ; et c’est pourquoi quand vous voyez certains films de cette époque beaucoup de gens se posent la question de savoir comment on a pu tourner de tels films dans ce pays-là, lorsque le Président est lui-même militaire …

Baara, Finyé, Yeleen, Nyamaton …

J’affirme que toute action qui peut amener l’autorité politique à prendre conscience d’une situation donnée est une action réussie. Et des films, comme ceux que vous citez qui évoquent les problèmes de la jeunesse et des populations en général ou comme celui que vous avez entrepris sur le Sosso Bala mérite d’être aidé.

 Source: L'Evénement (Burkina Faso)