Minuit, la célèbre pièce des Ballets Africains de Guinée (par Paul Théa)
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- Mis à jour le mercredi 31 octobre 2012 23:10
- Publié le mercredi 31 octobre 2012 23:08
- Écrit par Paul Théa
Un petit rappel pour ceux qui ne connaissent pas le l’histoire
Balakè et Sona sont éperdument amoureux l’un de l’autre et le commandant de cercle aussi veut de Sona mais celle-ci repousse ses avances.
Alors, ce despote trouve l’astuce de cacher son revolver chez Balakè, prétextant le vol de son arme.
Evidemment, l’arme sera retrouvée chez ce dernier qui sera reconnu coupable puis exécuté le commandant croyait ainsi se défaire de son rival.
La douleur de Sona est si grande, qu’elle avala un poison pour mettre fin à sa vie.
Le peuple est indigné mais contient sa colère.
Au départ, selon El Hadj Hamidou Bangoura, le directeur actuel de Ballets africains, ce n’était qu’une chanson, ensuite ils y ont ajouté une histoire et la version actuelle est que le peuple se révolte à la fin.
Je vous parle ici de Minuit pour deux raisons :
La première est le challenge d’en faire un film; les Ballets africains et moi, avons décidé de faire le film Minuit, c’est un défi énorme puisqu’il sera mon premier film; défi technique mais aussi financier car il faudra trouver des sponsors pour boucler le budget.
La seconde, c’est la sortie du documentaire sur les Ballets africains, le premier Novembre 2012.
Comme la plupart des Guinéens, je ne connaissais les Ballets africains que de nom, quelques artistes, quelques danses à la télé, c’est en faisant le documentaire (interviews, recherche documentaire, images d’archives), que j’ai véritablement réalisé le travail immense de ce groupe.
Ils ont fait, à plusieurs reprises, le tour du monde, ils ont rapporté des médailles (d’or et d’argent), ils ont eu des clés de ville, ils furent le premier groupe noir à se produire au Nation Unis à New York en 1967.
Un documentaire de deux heures qui en dit long.
La projection est prévu pour le 19 janvier 2013 en GuinéeComme pour le Hafia, il est prévu de donner des médailles aux artistes.
Il y aura la projection du film sur Papa Kouyaté et ensuite celui des Ballets africains.
Mon projet initial était d’envoyer les médailles et les films en Guinée, pour les remises en Novembre, sans y aller pour raison professionnelle et financière aussi ; trois voyages sur la Guinée en si peu de temps.
J’ai reçu des messages qu’il serait important pour eux que j’y sois alors le moment libre pour moi sera en janvier.
La nouveauté cette fois-ci par rapport à la remise des médailles aux joueurs du Hafia, est que des médailles sont prévues pour des personnes qui ont beaucoup fait pour la culture guinéenne et pour notre organisation.
Avant de vous présenter les personnes qui seront honorées, permettez moi de lancer un appel au nom des artistes des Ballets africains (qui le disent dans le film).
Appel.
Nous lançons un appel au gouvernement guinéen, aux associations, aux personnes morales et physiques, pour aider les Ballets africains.
Ils sont souvent invités à faire des tournées mais ils ne peuvent pas payer les billets d’avions, certains artistes ont du mal à se payer le taxi pour aller aux répétitions.
Pour toute aide, voici le no de El Hadj Hamidou Bangoura, directeur des Ballets africains.
224 64 54 32 09
Voici les noms des personnes qui seront honorées :
Les hommes dans la Communication.
Souleymane Bangoura, cameraman, pour tous ces travaux dans notre organisation.
- Togbo Gerard, mon père, pour la formation des journalistes et techniciens guinéens ; jamais honoré en Guinée.
- Mandjou Camara, comptable à la retraite ; pour son apport à la ville de N’Zérékoré.
- Odilon Théa, journaliste, pour honorer tout son parcours.
- Jean Baptiste Williams, journaliste, pour son apport à la culture guinéenne.
Mécénat.
Lucien Beindou Guilao, employé chez Total Guinée ; pour son aide aux artistes, aux sportifs et à notre organisation lors de la remise des médailles aux Hafia.
Les artistes
Papa Kouyaté
- Cécé Paul Kolié
Les artistes des Ballets Africains.
Fodéba Keita, le fondateur des Ballets Africains, à titre posthume.
Italo Zambo, à titre posthume
- Bakary Cissoko, à titre posthume.
- Guila Traoré, à titre posthume
Hamidou Bangoura
- Jeanne Macauley
- Manana Cissé
- Ibrahima Conté
- Mamady 2 Condé
- Marie Touré
- Mayéni Camara
- Mamadouba Soumah Parisien
- Enfin, une plaque pour l’ensemble des Ballets Africains.
Nous invitons le public guinéen à répondre massivement, pour nous aider à honorer ces artistes.
Vous ne pouvez pas imaginer le bonheur que les joueurs du Hafia on eu en recevant leurs médailles, alors honorons aussi nos artistes.
Paul Théa
NB : la bande annonce du documentairehttp://www.youtube.com/watch?v=7spFDKTdzjc
Déconstruire la mythologie de l’unité nationale: Partie III : Les avatars de la mythologie de l’unité nationale.
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- Mis à jour le samedi 27 octobre 2012 04:32
- Publié le samedi 27 octobre 2012 04:22
- Écrit par Ourourou
La mythologie de l’unité nationale se dissimule derrière des fards qui permettent aux tenants du pouvoir de justifier leur imposture. Ils s’en servent pour prendre en otage la notion de patrie, culpabiliser les citoyens et museler les dissensions. Le tout représente une escroquerie de grande envergure aux effets aberrants. Les avatars de la mythologie de l’unité nationale doivent être éclairés afin qu’ils ne continuent pas d’obscurcir l’histoire et d’empoisonner le débat politique de la Guinée. Ces avatars sont communs à toute l’Afrique des postindépendances où les dirigeants auront brillé par leur volonté de domestication de l’état. Toutefois, ils présentent une acuité particulière en Guinée. L’un de ces avatars est celui de «pères de l’indépendance » et son dérivé de « pères de la nation » qui procèdent de la faiblesse des élites d’avant et d’après l’indépendance. Un autre avatar qui découle logiquement de l’idée erronée de «pères de l’indépendance » est celui de la « Guinée est une famille » qui en réalité est l’aveu de l’échec de la construction nationale avec le refus d’accepter les conflits inhérents à toute société. Les conséquences, fâcheuses à tout point de vue, sont le fascisme-ethnique et la tribalisation de la politique. Une épistémologie de ces avatars, de leur genèse historique, de leur impact sur l’évolution du pays ainsi que de leur interaction dans la psyché collective est nécessaire. C’est là un domaine pour les historiens, les sociologues et les anthropologues. Le propos est ici celui d’un citoyen qui cherche, sans aucune prétention en ces matières, à soumettre ces concepts à un débat dans le but de débusquer les pratiques politiques malheureuses qu’ils imposent à notre pays.
Les «pères de l’indépendance» et l’impréparation des élites d’avant l’indépendance.
Les circonstances des indépendances africaines peuvent expliquer l’ascension des leaders politiques de la décolonisation et leur mutation de « militants anticoloniaux » en «pères de l’indépendance » ou en « pères de la nation ».
À l’exception de l’Algérie et de la Tunisie, la plupart des indépendances africaines des anciennes colonies ne furent pas le fait de révolutions nationalistes avec des affrontements avec la puissance coloniale. Les indépendances furent une initiative des colons. L’Europe qui sortait exsangue de la deuxième guerre mondiale était supportée par les États-Unis avec le plan Marshall. Elle n’avait pas les moyens de maintenir ses empires coloniaux. À l’exception de l’Algérie dont les ressources pétrolières étaient estimées stratégiques, la France ne pouvait que se retirer de ses colonies. La décolonisation était donc inscrite dans l’air du temps. Elle fut popularisée par le « cartiérisme » du nom de Raymond Cartier, un journaliste qui se fit un nom avec la campagne contre les coûts de la colonisation aux dépends des provinces de la métropole.
Sans amoindrir la prise de conscience africaine de l’après-guerre il faut admettre que le RDA qui ressembla l’essentiel de l’élite africaine de l’époque était au mieux un mouvement revendicatif et intégrationniste qui demandait la fin de la discrimination et des abus de l’indigénat. Au pire - l’histoire des nouvelles républiques africaines le montre- le RDA fut la pépinière des « élites nationalistes » qui ne seront qu’une mauvaise copie des colons et de la bourgeoisie européenne. Frantz Fanon décrivit dès 1961 la corruption et les tares de cette élite dans les nations nouvellement indépendantes. Il prédit avec acuité la montée des tribalismes du fait de la corruption. Il proposa comme remède - à l’instar de maints intellectuels de son époque - des politiques socialistes. L’histoire s’avéra plus complexe. L’échec du bolchevisme et la mutation des sociétés asiatiques reléguèrent le marxisme-léninisme dans les musées de l’histoire. La globalisation du capitalisme pose aujourd’hui un défi à la nation en tant qu’entité de développement économique sur laquelle le modèle socialiste se fondait.
La situation actuelle de la Guinée est le résultat de cette évolution historique mal inaugurée du fait de l’impréparation des élites et du caractère extraverti du mouvement de l’indépendance. Les élites qui suivirent celles de l’indépendance n’arrivent pas encore à maitriser à leur profit les mutations socio-économiques qui s’accentuèrent vers la fin du 20eme siècle avec les technologies de l’information notamment. Ces technologies permettent des délocalisations d’entreprises et des échanges économiques de grande envergure avec des flux financiers considérables. Avec une vision saine, les dirigeants africains peuvent se servir de ces technologies pour améliorer les avantages économiques et ouvrir des potentiels considérables pour le continent. C’est là un débat en soi. Pour revenir à la question de l’unité nationale, la Guinée représente le laboratoire idéal pour étudier et comprendre ses fondations boiteuses et ses faillites du fait de la conjonction de plusieurs facteurs. D’un, la faiblesse de la classe politique en termes de nombre et d’expérience. Ensuite, la fragilité de l’embryon de classe d’hommes d’affaire et d’entrepreneurs due à la préférence donnée par les colons aux libano-syriens dans l’intermédiation de l’économie coloniale de traite. Aussi, il y eut la répression économique du PDG. Enfin, le noyautage des institutions traditionnelles et coloniales donnera une prépondérance à la personnalité des leaders dans la destinée de la nation naissante. D’où l’impact d’un Sékou Touré en Guinée ; un impact dont le pays n’arrive pas à se défaire. Une démystification de la place de ce dernier dans l’histoire et une analyse de son ascension dans l’administration coloniale puis de sa dégénération en autocrate est ainsi d’autant plus nécessaire. Elle corrobore du reste l’impréparation des élites à faire face aux défis de la construction nationale.
Sékou Touré fit partie d’une classe politique composée d’agents de l’administration coloniale. De ce fait, il était loin d’être le révolutionnaire que dépeindra la propagande officielle. Les étudiants et les jeunes cadres africains et africanistes militants de l’indépendance contribueront à créer le mythe de l’exception guinéenne pour son vote du NON de 1958. En mal de héros, ils feront flotter l’image d’une « Guinée d’avant-garde » et l’icône dont Sékou Touré s’affubla, de «héro africain » et de « père de l’indépendance », une indépendance dont on a vu qu’elle fut décidée par les colons et à laquelle Sékou Touré fut opposé jusqu’au dernier moment. Le parcours de Sékou Touré est en soi révélateur du caractère fortuit et extraverti de l’indépendance guinéenne qui la condamnait d’avance à la fragilité qu’elle traine. Dans sa monumentale thèse, André Lewin, un ami de Sékou Touré, confirme des faits troublants qui propulsèrent la carrière politique de Sékou Touré et qui le menèrent à la position d’où il pouvait récupérer le pouvoir. L’auteur explique comment Sékou Touré navigua les dédales de l’administration et du RDA jouant sur tous les tableaux. Il dépeint un homme qui sut concilier le soutien de la CGT communiste avec les faveurs du gouverneur colonial, Bernard Cornut-Gentille dont il confirme qu’il fut le partenaire homosexuel ainsi d’ailleurs que de plusieurs autres colons français dont l’auteur donne les noms (voir note 1). Cornut Gentille favorisa le contrôle du PDG par Sékou Touré en faisant muter le secrétaire général du parti, Madeira Keita qui était d’origine malienne.
Certes dans la couche numériquement réduite des militants guinéens il y avait un désir de mettre fin à la tutelle coloniale. Il serait caricatural de faire croire que tous n’étaient motivés que par le remplacement du colon. Cependant cette condition subjective n’était pas suffisante. Le rêve de l’indépendance ne s’appuya pas sur une stratégie bien pensée. Certains observateurs soutiennent que le fait que l’accession l’indépendance ne fut pas le résultat d’une lutte armée, explique que les élites n’en comprirent pas l’importance ; ce qui les prédisposa à la monnayer au premier dirigeant venu, sous le prétexte de l’unité nationale. Cependant l’exemple de l’Algérie et de la Tunisie qui acquirent leur indépendance par la guerre montre que les causes de la démission des élites sont plus complexes. Furent absentes les notions de gestion des risques et des difficultés de construction d’une nation. Un processus de décolonisation maitrisée et étalée dans le temps aurait pu tacler ces défis. Il aurait permis de mieux comprendre les responsabilités et les capacités requises. Les débats auraient posé les problèmes des relations de la colonie guinéenne avec le reste de l’Afrique de l’ouest ainsi que de la problématique des frontières héritées du système colonial, de la nécessaire intégration régionale ainsi que des spécificités culturelles à l’intérieur de la nouvelle nation. Cela aurait permis de penser l’avenir en accord avec les colonies voisines pour mettre en place des plans de formation de cadres, d’institutions adaptées, de projets de renaissance culturelle conséquents, de renforcement des avantages compétitifs, des flux d’échanges économiques, des complémentarités régionales avec les infrastructures requises. En somme, une démarche similaire à celle de l’Europe où l’intégration rendue nécessaire par la débâcle de la guerre, fut incrémentale, commençant par la politique agricole commune. L’aventurisme dans lequel la Guinée s’engagea avec une surenchère nationaliste qui n’était qu’un rideau pour masquer la fragilité des nouveaux dirigeants aurait pu être évité. Les humeurs de De Gaulle et de Sékou Touré n’auraient pas eu les conséquences qu’on leur prête. Le référendum de la Guinée n’aurait pas été hâtif et frauduleux. Il n’aurait pas donné à l’autodidacte, impulsif et primesautier que fut Sékou Touré les pleins pouvoirs du simple fait de sa collusion avec les dirigeants coloniaux. Les réflexions d’intégration régionale des militants de l’indépendance de certains partis politiques de l’époque (notamment la DSG, le PAI, le PRA) qui avaient des positions plus avancées auraient été mûries et testées dans la pratique.
Au lieu de cela, on assista au démantèlement hâtif des ensembles et des institutions que les colons avaient mis en place. La classe politique s’avéra incapable d’articuler de nouvelles institutions adaptées aux réalités sociologiques et aux besoins des populations et de les traduire en projets de développement. A la place elle offrit l’union sacrée du peuple de Guinée enrobée dans les slogans sur les méfaits du colon et les bienfaits chimériques de l’indépendance. Les partis politiques se sabordèrent pour un gouvernement d’unité, semant la graine du parti unique et totalitaire. Les dirigeants de ces partis alliés payèrent de leur vie le rêve de l’unité nationale qui fut et demeure un piège profitable seulement aux dictatures. Le résultat de cette fuite en avant est l’exact opposé de l’unité rêvée: une Guinée plus que jamais déchirée dont il faut, plus de 50 ans après, revisiter la précarité qui vient tout droit de la course mal engagée des indépendances. Si il impossible de refaire l’histoire, il est impératif de la réévaluer afin de remédier à ces faiblesses intrinsèques.
À la décharge des cadres de l’époque, la colonisation qui s’achevait subitement n’avait pas préparé les élites à la responsabilité de bâtir des nations. Le capitalisme occidental avait pris des siècles pour se consolider à partir de la révolution industrielle qui mit fin au règne religieux du moyen-âge. Cette mutation fut le fait des artisans, des marchands et des intellectuels. Comme indiqué plus loin, dans notre société, ces couches sociales ont des handicaps sérieux pour jouer un rôle similaire. Le travail d’artisanat reste entre les mains des castes avec une connotation péjorative. Les marchands fonctionnent dans le « secteur informel ». Les intellectuels sont marginalisés du fait de la précarité économique. Leurs connaissances sont souvent en décalage avec les réalités et les besoins locaux. En Europe, c’est la synergie de ces couches sociales qui permit la consolidation d’une classe avec une conscience de sa position et de ses intérêts. Le capitalisme bâtit des institutions militaires, éducatives, législatives, financières etc. et des infrastructures conformes à ses intérêts. La traite des noirs et la colonisation participent à ce mouvement. Par contre l’élite guinéenne (et africaine) issue de la colonisation du fait de son caractère artificiel et de sa fragmentation n’avait ni la capacité matérielle de la bourgeoisie occidentale ni sa conscience de classe. Son impréparation à la gestion d’un pays neuf explique le ralliement derrière l’«homme fort» de circonstance et la phénoménale succession d’autocrates en Guinée.
Les égarements de l’élite de l’après-indépendance
L’impréparation de l’élite guinéenne se manifestera sur tous les plans. Des thèses d’économistes de gauche (tels que Charles Bettelhleim) furent adoptées sans réserves, octroyant à l’état la direction de l’économie, imposant une rigide planification et renforçant la corruption dans la bureaucratie, malgré la proclamation d’un développement autocentré et égalitaire. Pour compenser le sous-équipement et le manque de capital, les nouveaux dirigeants eurent recours à des expédients comme les campagnes d’investissements humains, soutenues par la propagande et l’exaltation de la fierté et de la fraternité nationale. Cette surenchère sera non seulement fatale à l’accumulation interne de capital mais aussi, elle contribuera au musèlement des dissidences, de l’esprit d’entreprise et des structures économiques privées. Ignorant superbement que nos sociétés sont par excellence des sociétés d’entrepreneurs privés, dont certains avec de multiples occupations selon les saisons, le parti au pouvoir s’arrogea le contrôle économique qui institua l’affairisme d’état au dépens de l’esprit d’entreprise de nos sociétés. Le « complot des commerçants » de 1965 fut l’occasion pour le parti-état de liquider des potentiels opposants et d’imposer un monopole sur les licences commerciales, le crédit et la distribution au nom de la construction nationale. L’économie fut planifiée avec des objectifs fantaisistes, sous la houlette d’intellectuels occidentaux qui croyaient trouver en «l’expérience guinéenne » la réalisation de leurs phantasmes socialistes. Pour juguler l’inflation et masquer les désastres de sa politique monétaire, le parti-état étrangla les petits paysans avec des prélèvements obligatoires de bétail et de récolte. Ce faisant, il perturba profondément des pratiques millénaires de production avec les valeurs culturelles qui vont avec. Un exode massif de bras valides vers les pays voisins en résulta.
La bureaucratie d’état instaurée pendant la période précaire des indépendances se perpétuera à travers les régimes politiques de toute coloration, avec de tragiques traits. Le sabotage de l’enseignement en Guinée produisit un déficit considérable dans le capital humain avec une élite au niveau culturel relativement bas comparé avec des pays voisins. La promotion des médiocres avec la politisation à outrance de l’administration, le népotisme et l’ethnocentrisme découragèrent les méritants et les contraignirent à l’exile. Le reliquat de bureaucrates qui demeura dans le pays était constitué principalement de cadres soumis au diktat du PDG qui proclama ouvertement la « prééminence du parti sur l’état». La domestication de l’administration culminera avec le concept de parti-état avec ses solutions toute-faites qui font fi des conditions sociologiques et de l’histoire de la société, où la répétition des slogans du parti et des chansons de gloire du président tient lieu de stratégie politique et de méthodes de gestion. Ces habitudes ancrées entretiennent, encore nos jours, la promotion des médiocres et l’incapacité de l’élite de penser et articuler des projets pertinents. La bureaucratie reste phagocytée par le prêt-à-penser de l’étranger: ONG, agences de développement et multinationales. Après les potions des économistes de gauche, elle avalera les ordonnances des ajustements structurels du FMI, les injonctions des ONG et les diktats de l’aide liée. Elle célèbre aujourd’hui le ticket du PPTE comme une victoire au lieu d’y voir sa faillite. L’élite guinéenne exhibe un manque de confiance en soi et une méconnaissance suicidaire des potentialités humaines de nos sociétés qui la condamnent à l’économie de traite (agricole ou minière). Elle a une mystique erronée du modernisme et une vision tronquée de ce que le futur peut avoir en termes de promesses et de risques. Elle navigue les méandres de l’histoire et des rapports internationaux avec la boussole de la débrouillardise, le refus de prendre des risques et des responsabilités, prête à indexer l’extérieur pour toute crise et à diviser la nation pour survivre. Son esprit d’entreprise consiste à l’intermédiation de bas niveau et le trafic d’influence avec des sociétés étrangères par famille interposée avec un penchant poussé pour les gains rapides et l’évasion fiscale. Elle est championne du noyautage des lois dont l’application est indispensable à l’émergence et à l’accumulation du capital financier. Elle n’a aucune politique de développement du capital infrastructurel avec l’appropriation des technologies, condition d’une croissance économique soutenue. Dans les sociétés traditionnelles, la transmission des connaissances techniques s’était faite par le système de castes. Au lieu de renforcer ces mécanismes par l’apprentissage combiné avec l’école publique, le PDG, non seulement détruisit l’enseignement en général, mais il s’activa aussi à créer des scissions et à maintenir des tensions artificielles entre les groupes et les castes sociaux. Une politique que poursuit le RPG aujourd’hui.
La répression qui empêcha la constitution d’une classe d’entrepreneurs parmi les intellectuels et les fonctionnaires fait que l’élite économique de la Guinée est aujourd’hui constituée de marchands dont la plupart sont analphabètes. Leur fortune est le sous-produit de l’économie délinquante engendrée par les incertitudes du parti-état. Les marchands guinéens, dont les plus riches s’exilèrent pendant le règne du PDG, maintiennent à l’intérieur de la Guinée des investissements minimaux. Ils gèrent les risques du pays par une diversification régionale et le focus sur les investissements de rente et de gains rapides. La faiblesse de leurs investissements locaux constitue un des handicaps dans l’attraction des capitaux étrangers. Cette classe entretient l’économie souterraine avec une défiance totale aux lois. Elle maintient des rapports ambigus et une guérilla larvée avec la bureaucratie d’état. De par son origine sociologique et son niveau culturel la classe marchande aura du mal pour opérer une mutation vers une classe d’entrepreneurs. Ceci devrait être la mission de la bureaucratie d’état, qui devrait créer les conditions (légales et politiques) adéquates requises. Toutefois, cela suppose qu’elle ne reste pas préoccupée par sa propre survie et ses menus avantages. Ce qui a fait d’elle l’écosystème de l’idéologie de l’unité nationale et le nid du tribalisme politique. Elle se donne une fausse légitimité par une adhésion romantique à la notion de l’unité sacrée. Son manque de conscience de classe et de sa responsabilité historique explique sa vulnérabilité, ses rapports problématiques avec les marchands et sa promptitude à applaudir le premier psychopathe qui prend le pouvoir. Sa capacité d’en accoucher de nouveaux est surprenante. Dès l’extinction d’un caudillo, les acolytes reprennent le levier et le badigeonnent de nouveaux slogans. C’est sous le regard absent de cette élite que Lansana Conté et Diarra Traoré (tous deux anciens tueurs de Sékou Touré) ramassèrent le pouvoir des cendres du PDG. L’élite guinéenne se lamenta 24 ans, laissant aux jeunes sans armes le soin de braver les militaires aux dépens de leurs vies. Puis elle va consacrer Daddis, Konaté, Pivi et consorts - des tueurs et poulains autoproclamés de Conté - comme libérateurs. Le traumatisme des massacres et des viols du 28 Septembre 2009 ne fut pas suffisant pour éveiller en elle une ombre de conscience de son rôle et pour exiger un débat sur la barbarie d’un autre âge dont la nation venait de faire montre. À peine guérie de leurs contusions, les caciques des partis politiques qui avaient failli se faire tuer, s’inclinèrent devant le nouveau maitre, Konaté. Certains dirigeants de l’opposition lui faisant des yeux doux, jusqu'à lui demander la permission, avant de quitter le pays, avec l’espoir qu’il intercédera en leur faveur auprès de dieux pour l’accès au fauteuil présidentiel. Dans l’attente des élections présidentielles, l’élite politique versa dans un mutisme poli, écoutant sagement les conseils du groupe de contact, rivalisant de mots d’appel à l’unité et au calme en évitant tous les sujets qui fâchent ; y compris la question de leurs militants tués, violées et tabassés ainsi que celle des tueurs en liberté. Cela, décidèrent tous les cadres guinéens confondus, est moins important que la course vers les élections. Au comble de la démission, ils firent des crimes et de la lutte contre l’impunité une affaire pour organisations des droits de l’homme et juristes étrangers. L’élite politique et intellectuelle accepta sans sourciller qu’un putschiste à peine lettré signe le réaménagement de la constitution. Sans référendum. Les intellectuels guinéens se tinrent cois sur la question d’une conférence nationale pour élaguer les crimes politiques du passé, se donner un plan pour une transition durable et ordonnée pendant laquelle on ferait l’inventaire des maux du pays et l’on penserait des institutions curatives. La code était «après les élections présidentielles, on verra…». Il n’y eut aucune ébauche de plan pour reformer la justice, ne fut-ce que pour se donner un recours possible contre la violence dont on venait d’avoir un avant-goût. Le grand cancer de notre société qu’est l’armée fut laissé avec le soin de s’auto-résorber. Les tractations sur la CENI entre les deux tours, les pogroms et les rumeurs d’empoisonnement laissèrent les dirigeants politiques froids et indifférents sur ce qui se tramait. Le regard rivé vers la chaise présidentielle, l’élite nationale, toutes ethnies confondues, perdit toute notion de décence, avec des applaudissements éhontés de chacun à son « parent», avec l’imparable argument que «c’est ça la vraie Guinée». En réalité, c’est la Guinée que cette élite a façonnée par touches successives dans son aveuglement. Une Guinée marquée par les dégâts du PDG, où les élites actuelles qui ont grandi dans l’univers de manques, de peurs et de sabotage de l’éducation ne sont mues par des instincts de survie. Pour eux le pouvoir n’est pas seulement un gagne-manger. Il sert en plus à entretenir l’incertitude et la misère généralisée comme garantie de survie. D’où leur penchant à maintenir la Guinée sous la poigne de la médiocrité et leur manque étonnant d’appétit pour ce qui est beau et grand. L’élite délave les valeurs morales et retient des pratiques impies qui arrangent ses intérêts : le paganisme, le maraboutage, la soumission, le larbinisme, la résignation, la division sociale et ethnique. Les pratiques d’Alpha Condé après des « élections démocratiques »interpellent la nation entière sur la nature et la capacité de survie des mauvaises habitudes de la classe dirigeante guinéenne. Le minimalisme dont elle fait preuve est navrant. Il réduit le débat politique au sempiternel et stérile argument de l’ethnie dans un vase clos qui ferait croire que la Guinée est un monde à part. Ce minimalisme perpétue des formes archaïques d’économie d’extraction et de vente de minerais crus. Il englue de notre pays dans une chatouilleuse idéologie d’orgueil, une fierté suicidaire et un nativisme primaire avec des slogans creux sur l’africanité et de « La Guinée est une famille»!
À Suivre- Les Avatars De La Mythologie De L’unité Nationale- L’escroquerie De La Guinée Comme Famille dans L’engrenage De L’ethnocentrisme Et De L’ethno-Fascisme
Ourouro Bah
Camp Boiro : l’horreur comme si vous y étiez
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- Mis à jour le lundi 22 octobre 2012 21:28
- Publié le lundi 22 octobre 2012 21:28
- Écrit par Saïdou Nour Bokoum
M. Abass Bah, ancien pensionnaire du Camp Boiro debout sur l’emplacement de l’une des cellules dont les traces ont complètement disparu, a expliqué : « Ici on est à l’intérieur de la partie carcérale du Camp Boiro et c’était ici véritablement le Camp Boiro.
Là où je me trouve même, c’est la place d’une cellule. Et si je ne me trompe, on n’est pas loin de la cellule 27. Vous aviez le bureau où on déshabillait les prisonniers pour les conduire dans leurs cellules. Les gens étaient enfermés 24h sur 24. On avait un litre d’eau et une poignée de riz par jour qu’on nous servait à 17h.
Ce riz était arrosé d’eau blanche, chaude. Ce bloc était gardé par la Gendarmerie, la Garde républicaine et l’Armée. Chaque corps faisait son rapport qui était déposé au journal du Service des renseignements généraux et déposé au bureau du Président de la République le lendemain matin.
Chaque matin, il déjeunait avec ça. Il appelait aussi la nuit pour s’informer sur l’état des détenus. Quand on rentrait ici, on n’avait pas de nom ni de prénom. On avait un numéro et moi j’avais le 22. Ce numéro a cessé d’exister le jour de ma libération, le 11 janvier 1977. Quand on m’a appelé par mon nom, j’ai dit à tous mes amis que je n’allais pas dormir en prison ce jour-là. Le garde m’a dit que je n’ai pas le droit de dire ça, j’ai dit non.
Ismaël (frère de Sékou Touré) disait aux gens qu’il interrogeait à Conakry : Si tu ne reconnais pas, on t’augmente les galons et on t’envoie à Kindia. Ça veut dire que le type se rapprochait de la fosse commune plus que s’il était à Conakry. Et c’est de là qu’on sortait les gens pour les interroger, soit comme ils le disent, de la manière humaine ou de la manière forte.
C’est de là que sont partis les gens exécutés le 18 octobre 1971. Ce jour-là, on est venu la journée, on a ouvert toutes les cellules et on nous a regardés sans qu’on ne sache de quoi il s’agit. Ceux qui ont été indexés par le doigt ont été extirpés pour être mis dans des cellules particulières.
La nuit, ils sont venus avec des torches pour les attacher comme des sacs de riz et les jeter dans des camions. On a entendu les camions partir. Ces gens-là ont été certainement exécutés à Nongo, c’est très probable. À Kindia, ça s’est passé de la même façon, à Kankan aussi. Et cela, parce que Sékou rêvait de mourir après Houphouët.
Ses fétiches lui avaient dit que pour obtenir cela, il fallait qu’il tue le 18 octobre, date anniversaire du Président ivoirien, un certain nombre de personnes qui avaient tous occupé des hautes fonctions administratives. Ce qui fait que ce n’étaient que des médecins, des chefs d’entreprises, des grands commerçants. Malheureusement pour lui, le sacrifice n’a pas été accepté, Houphouët est mort après lui.
Nous rêvons de construire le Camp Boiro à l’image de l’ancien Camp, comme les Juifs et les Espagnols on fait chez eux. Mais on a tout le mal du monde à obtenir la liberté de venir reconstruire le camp ».
Diao Barry
Source : lejourguinée.com
NB : c’était à l’occasion de la célébration de ce fameux 18 Octobre, par les survivants et les héritiers des suppliciés. Il y avait un ministre de la République, le nouveau préposé aux droits humains etc. (ndlr nrgui.com)
Tierno Monénembo : "La France n'a jamais reconnu ses héros noirs"
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- Mis à jour le jeudi 25 octobre 2012 15:47
- Publié le jeudi 25 octobre 2012 15:44
- Écrit par Séverine Kodjo-Grandvaux
En racontant l'histoire d'un résistant africain méconnu, l'écrivain engagé rend hommage à un homme et fustige une nation oublieuse. Sévère envers les puissances occidentales, il n'en reste pas moins lucide sur son propre pays.
Tierno Monénembo aime les personnages atypiques. Après avoir conté l'épopée africaine d'Olivier de Sanderval, un Français qui devint « roi de Kahel » (prix Renaudot 2008), dans le Fouta-Djalon, au XIXe siècle, il revient avec l'histoire extraordinaire du « terroriste noir » Addi Bâ, un tirailleur sénégalais chef d'un maquis de la Résistance dans les Vosges lors de la Seconde Guerre mondiale. Un héros méconnu par une France peu reconnaissante et à qui il rend un puissant hommage (voir J.A. no 2689).
Homme de convictions qui a fui la Guinée de Sékou Touré, Tierno Monénembo n'a pas sa plume dans sa poche et n'hésite pas à s'engager, que ce soit pour condamner l'ingérence des puissances occidentales en Afrique ou pour défendre l'honneur de Nafissatou Diallo, cette « paria condamnée à raser les murs et à subir la vindicte des puissants, les regards des vicelards et les chuchotements des bigots » (Le Point du 2 juin 2011).
Alors qu'il termine l'écriture de son prochain roman, sur Cuba, l'auteur de Peuls a décidé de rentrer au pays natal. Une terre qui lui a terriblement manqué pendant ses quarante-deux années d'exil et qui nourrira le livre suivant, « une fiction sur la douleur guinéenne depuis 1958 à travers la vie d'une jeune fille d'aujourd'hui ». Interview.
Jeune Afrique : Comment avez-vous découvert Addi Bâ ?
Tierno Monénembo : Dans la presse au début des années 2000, lors de la remise à titre posthume de sa médaille de la Résistance à sa famille. Lorsque j'ai terminé l'écriture du Roi de Kahel, je me suis dit que son histoire était complémentaire à celle de Sanderval. L'un quitte la France pour se mêler à l'histoire des Noirs en Guinée, l'autre quitte la Guinée pour se mêler à l'histoire des Blancs en France.
Comment avez-vous procédé pour en apprendre davantage sur son histoire ?
J'ai eu beaucoup de chance. Un journaliste vosgien, Étienne Guillermond, avait entendu dire que je m'intéressais à l'histoire d'Addi Bâ. Sa famille l'avait hébergé à Tollaincourt, le vrai nom de Romaincourt. C'est même lui qui avait gardé son Coran et ses archives. Et il a créé un site qui lui est dédié [addiba.free.fr, NDLR]. Je me suis rendu ensuite dans ce village, où j'ai rencontré des protagonistes de l'histoire. Les éclairages sont divers selon l'âge qu'ils avaient à l'époque et selon leur proximité. Tout cela m'a aidé à créer du flou, car je ne voulais pas faire quelque chose d'historique.
Quels souvenirs a-t-il laissés auprès de cette population ?
Celui d'un véritable héros, d'un fils du village, d'une personne charismatique, mystérieuse, respectable, qui avait une vie un peu cachée mais qui s'est très bien comporté dans la vie quotidienne, comme dans l'Histoire. Il est très respecté.
Avez-vous rencontré des membres de la famille d'Addi Bâ ?
Oui, j'ai rencontré l'un de ses parents. Il connaissait très peu de choses sur son aïeul, il m'a néanmoins fourni le nom du village dont Addi Bâ était originaire.
Addi Bâ est un Noir devenu résistant. Je crois que c'est le seul cas de ce genre. Il a été chef de la Résistance, tout de même !
Addi Bâ est donc plus connu dans les Vosges qu'en Guinée ?
Oui. En Guinée, on sait juste qu'il est venu en France et qu'il s'est fait tuer par les Allemands.
Pourquoi vous appuyer sur des personnages historiques pour fonder votre fiction ?
Olivier de Sanderval et Addi Bâ m'ont intéressé parce que ce ne sont pas des personnalités historiques classiques mais de véritables personnages de roman. Sanderval est romanesque à l'excès. Il a trop de fantasmes, de bouillonnement intérieur, d'idées contradictoires qui le traversent. Addi Bâ est pareil. Ce n'est pas le tirailleur sénégalais classique ni le résistant français classique. C'est un Noir devenu résistant. Je crois que c'est le seul cas de ce genre. Il a été chef de la Résistance, tout de même ! C'est exceptionnel. Il lui a fallu beaucoup de courage, d'abnégation...
La réalité est plus forte que la fiction alors ?
Non, je dirais l'inverse. Car ces deux personnages ont une dimension fictive naturelle. Il est assez exceptionnel qu'un Noir dans la France des années 1940 arrive dans un village et soit accepté. Malgré sa différence, il est devenu un héros du canton - mais pas de la France, ce qui est extrêmement regrettable. L'État français n'a jamais reconnu ses héros noirs. Les camarades d'Addi Bâ qui ont été abattus avec lui ont été automatiquement reconnus comme résistants. Pas lui. Cela pose un grand problème à la morale de la République française. Depuis, grâce au travail et à l'engagement des démocrates, des citoyens, cette erreur a été réparée. La République française doit reconnaître la valeur de chacun de ses enfants. Et Hollande qui arrive au pouvoir en France sous l'aune de Jules Ferry, le père du colonialisme...
Pourquoi avoir choisi un point de vue français, celui d'une vieille Vosgienne qui s'exprime en patois, pour raconter l'histoire de ce soldat guinéen ?
Je ne sais pas trop. Cela est venu accidentellement. On a tellement écrit sur la Seconde Guerre mondiale que je cherchais un point de vue original. Je crois à l'esprit des lieux : j'ai donc donné la parole à une vieille Vosgienne.
Un passage de votre roman évoque l'implication de la Grande Mosquée de Paris dans la Résistance. Vous semblait-il important de rappeler que des musulmans ont sauvé des Juifs ?
Oui, mais pas seulement des Juifs. La Grande Mosquée de Paris a été un haut lieu de la Résistance. Le recteur a joué le jeu. Il a fait semblant d'être avec les Allemands alors qu'il protégeait de nombreux résistants et beaucoup de Juifs.
Depuis janvier, vous vivez en Guinée. Trois ans après le massacre du 28 septembre, l'enquête piétine toujours. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
Il n'y a pas la moindre volonté de rendre la justice en Guinée. Deux des personnes impliquées dans le massacre du 28 septembre sont des ministres d'Alpha Condé, Claude Pivi et Tiégboro Camara. Comment est-ce possible ? Alors que Gbagbo et d'autres ont été envoyés à La Haye, Dadis Camara dort tranquillement à Ouagadougou. Pourquoi n'est-il convoqué ni par la justice guinéenne ni par la CPI ? Comment voulez-vous que l'islamisme ne progresse pas ? Ce qui arrive au Mali peut se produire dans tous les pays sahéliens, sans aucun problème. L'islamisme, c'est le résultat de la fumisterie de nos États. Qu'est-ce qui a fait la nullité de nos États ? La Françafrique.
Je regrette d'avoir quitté la Guinée de Sékou Touré. Je n'aurais pas dû fuir. Si la jeunesse était restée, cela aurait été fort différent.
Au Nigeria, l'islamisme est également présent, notamment avec la secte Boko Haram. On ne peut pas en rejeter la responsabilité sur la Françafrique.
Oui, bien sûr, il y a d'autres facteurs d'explication. Le Nigeria du Nord, c'était l'empire d'Ousman dan Fodio, un conquérant musulman qui avait imposé un royaume théocratique comme dans de nombreuses régions en Afrique de l'Ouest, à l'instar du Fouta-Djalon par exemple. Il y a une clientèle potentielle dans ces régions. Et les frustrations politiques d'aujourd'hui nourrissent beaucoup les chances de l'islamisme.
L'avenir est bien sombre si l'on vous écoute !
On tombe de Charybde en Scylla. On a à choisir entre Ben Laden et les héritiers de Foccart. Pour moi, c'est la même chose. On n'a pas à choisir. Sans compter que Pablo Escobar avance également ses pions. Le trafic d'armes et de drogue prospère au Mali, en Guinée et en Guinée-Bissau. Tout cela nourrit la rébellion.
Comment la Guinée peut-elle se relever, alors ?
Je ne sais pas. Je ne suis pas magicien. Le jour où nous aurons un État et des dirigeants clairvoyants, nous nous relèverons très vite, car, contrairement à ce que l'on dit, la Guinée est sans aucun doute l'une des nations les moins tribales. On est tellement mélangés dans nos familles qu'aucune guerre civile n'a pu éclater.
Qu'allez-vous faire en Guinée ?
D'abord écrire. Je suis un écrivain. Et puis parler. Je ne peux pas me taire. Je regrette d'avoir quitté la Guinée de Sékou Touré. Je n'aurais pas dû fuir. Si la jeunesse était restée, cela aurait été fort différent. Je souhaite que tous les Guinéens rentrent. Je tente un retour, pas définitivement, car la France est aussi mon pays, mais j'aimerais y vivre régulièrement et y installer ma bibliothèque. Je ferai des allers-retours. C'est un grand soulagement d'être de nouveau là, car j'y retrouve mon peuple. Mon départ m'avait asséché.
Seriez-vous tenté par une carrière politique ?
Non, je ne suis membre d'aucun parti mais je fais de la politique à ma manière : j'écris des tribunes, je parle à la radio, donne des interviews. Je dis ce que j'ai à dire.
Propos recueillis par Séverine Kodjo-Grandvaux
Pour JA
Silence on tue (Par Saïdou Nour Bokoum)
- Détails
- Catégorie : Culture
- Mis à jour le lundi 29 octobre 2012 13:16
- Publié le samedi 13 octobre 2012 22:02
- Écrit par Saïdou Nour Bokoum

Silence on tue
Quand celui qui parle est fou, comment celui qui écoute peut être sage ? (Dicton arabe)
AVERTISSMENT : ce texte, publié ailleurs mais inspiré par les mêmes malentendus qui prospèrent dans l’ignorance et de nos cultures et des cultures venues d’ailleurs, n’est pas écrit en réponse à ceux qui me reprochent ici de défendre « les arabes » contre notre « frère » M’Kaba Sow. Néanmoins, non seulement ils verront leur méprise à confondre Arabe et « Musulman », mai ils pourraient mesurer l’océan qui sépare la paresse intellectuelle avec l’effort personnel pour apprendre. Il est vrai que c’est devenu un péché pignon pour d’aucuns de lire les yeux fermés et d’écouter en ayant soin de boucher leurs oreilles.
Untel tu nous embrouilles ! Là on te retrouve ! Oh là fais plus simple, tu nous casses les balloches, les baraques ! Pyromane va ! S’il n’y avait pas les dames, et cette petite Kaaba ! Les câlins des amis, du venin de serpent ! Les morsures de scorpion, bon pour réveiller les muses. Ce sont les superlatifs, les jugements sans appel de Café de commerce, sans mal y penser, qui tuent l’intelligence et donc qui participent de la « Trahison des clercs » (Julien Benda), ce qui a un autre nom, la confusion des idées qui est aux antipodes de la « Confusion des sentiments » (Stefan Zweig), texte auquel je pense quand je lis ces amabilités. Cela me donne l’envie d’être de plus en plus hermétique (comme le « dieu » Hermès) aux paresseux du neurone.
Le véritable intellectuel, je l’ai déjà écrit ailleurs, est un « Lutteur de classe » (titre d’un classique du génial Intellectuel marocain trop tôt disparu, Abdel Kébir Khatibi. Sans des intellectuels de sa. . classe, on n’aurait pas eu le printemps arabe. Il a écrit « La Blessure du nom propre », aussi obscur que génial. Je pense aussi à Rachid Boudjedra, à Achille MBembé. Tel poète de nos lynchés précoces est sur les traces du «gnome étranger » et du « clerc de lune » (gracieusetés dont a été affublé Benda).
Il n’eût jamais existé ce cinglé de Robespierre, ni Saint-Just ce génial prématuré, et ce rhéteur de Mirabeau qui «..par la volonté du peuple.. », (qu’importe qu’il y ait doute de paternité), a transformé Versailles en Constituante, jamais on n’eût pu trancher le cou de Louis XVI pour « finaliser » la plus grande révolution bourgeoise sans un travail sur l’écriture. D’Alembert, Diderot, Rousseau, Voltaire (si on veut) et d’autres obscurs scribouillards qui ont jeté la lumière sur la sombre Europe d’Ancien régime.
Du coq à l’âne.
Jamais de révolution algérienne, pas de FLN, (Les Maliens veulent de le rappeler à Boutéflika qui a séjour à Mopti c’est au Mali pour préparer certaines opérations du FLN),sans l’Emir Abdel Kader, sans le combat de Cheick Ahmad Tidjnane contre la soldatesque colonialiste et turcomane, cette dernière qui osa déplacer à Médine le premier mimbar (niche de Qutba, sermon) du Muhammad (PSL), encore heureux qu’elle n’y ait pas fait le sac auquel se livrent ses semblables à Gao et Tombouctou; ces saints armés comptaient moins sur leur épée que sur leurs ésotérique (incompréhensible dit l’autre) pensée cachée sous leur harnais, chevaliers de la liberté. Certes, ils ont fini par être exilés. Comme Cheick Ahmadou Bamba (fondateur du mouridisme au Sénégal) a failli finir avec Samory qui est loin d’être plus grand que lui au regard de l’Histoire. Au contraire, car s’il n’avait pas prié sur l’homme de Bolibana, ses restes se fussent emporter par le vent. Aujourd’hui la grande confrérie mouride se nourrit des « quassaid » (poèmes) du Grand Serigne de Touba. Et Mawdho Malick Sy, un autre immense scribe dont les textes illuminent l’autre grande confrérie du Sénégal. Thierno Alyou Bhoubha Ndyan, Thierno Samba Mobeya, Thierno Sadou Dalein.. Plus jeunes, il y en a en veux-tu en voilà : Bah Ibrahima Kaba avec son génial Almanach, qui ne s’est pas contenté de traduire des formules de Maths-physique. Son cadet sans qui Hampâtè Bâ n’eût jamais été le sage que l’on sait : Pr Ibrahima Sow dont on se demande bien ce qu’il faisait en politique alors qu’il faisait la Politique comme Aristote faisait la Poétique.
Tous avaient commencé discrètement. Ils ont fini par être portés par des millions d’adeptes qui se fichent pas mal de faire de la critique « littéraliste ».
Oui, il y a des saints armés qui « imposent leur foi », tel Ousmane Dem (et non Dan comme on nous l’a fourré dans nos petites caboches de petits Gaulois), oui Fodio venu du Toro, comme Chaïckou Amadou du Macina dont l’Empire fut consolidé par un texte, un faux (Rodinson), prétendument écrit par Suyuti ,un saint depuis l’Egypte de Dzun Nun al Miçri (RAH); un seul cillement de ce dernier nous eût délivré de qui vos savez.
Qu’importe, le Peul Chaïkou Amadou a régné de Hamdallaye presqu’au-delà du Sahara, sur les Kunta qui lui payaient tribut tout de même. A djaï !! Là-même où leur engeance, les mêmes, n’acceptent point d’être administrés par des Nègres. Tous les Empires nègres qui ont tenu longtemps ont été bâtis par et sur de grands textes. Ces mêmes textes menacés par les Nars ou Soulakas, entendez ceux qui venaient faire des razzias, mettant le feu (nar), volant (soulaka) avant d’emporter biens et hommes pour en faire des eunuques dans les harems de qui vous savez, au nord du nord malien où leurs fantômes semblent revenus pour faire des Maliens de tristes Haratanes bons à être chassés à l’autre rive du fleuve Rosso pour rejoindre leurs congénères négro-nègres du Sénégal.
Laissez les politiques faire leurs politiques. Laissez les saints et les poètes faire La Politique
Voyez ces pyramides à degrés du Grand Zimbabwe, bâties par des poètes au service des maîtres d’ouvre, les Shonas venus de Nubie, d’Ethiopie ou même d’Egypte, descendus jusqu’en Afrique australe ! On croyait que les « Bantous étaient des « bushmen », plus autochtones que les Tutsis. Vous ne voyez pas le rapport ? Même en vous rappelant qu’on a dit que les Hutus étaient plus autochtones, plus nègres que ces Flèkèflèkès venus d’ailleurs, du Haut Nil ! Les Tutsis, ces « Peuls » venus de ? Malentendu qui a donné Radio mille collines et un des plus grands génocides du siècle dernier ? L’Histoire a de ces pirouettes anti-ethno ! Les Shonas ont bâti leurs pyramides sur des textes.
L’Autre, disons les Portugais sont venus, ont trouvé que les Soulakas et les Nars avaient fait table rase pour eux. Le commerce de la chair humaine allait devenir un commerce du Bois d’Ebène. Les Harems feront place aux champs de coton. Le royaume mythique de la Reine de Saba (Salomon) va enfin livrer ses trésors d’or aux faméliques venus du Nord ! Ailleurs, la grande résistante angolaise, Anne Zinga leur en fera voir de terribles couleurs négresses !
Naturellement, les Portugais sont venus avec le mousquet, vaincront plus par l’Ecriture qui commence par cette malédiction noachique, en vérité trituration de la Parole sacrée :
Maudit soit Cham !
Plutôt Kam, ancêtre des Kamites, habitants d’Al Kémia, la Terre noire ! Cette « sainte » écriture a fait place nette, nous laissant une énigmatique impuissance à nous délivrer de nos grimaces pour retrouver nos sources, mieux, notre source, la Source. Et ne croyez pas que la Source se ramène au Lac Victoria en Ouganda (Nil blanc) ou au Lac Tana en Ethiopie (Nil bleu). Ni même à Khartoum (1) au Soudan où les deux Nils se rejoignent faisant en quelque sorte Bahrein (Coran, S. Rahman). Stop, Rubicon.
En quelque sorte seulement.
En effet Khartoum où les deux Nils se rejoignent pour faire le Nil n’est pas un mot arabe. Du moins pas immédiatement. Ce vocable vient de Korotoumou, (Kh ? R, T, M,) un mot de l’Egyptien ancien connu des chasseurs bambaras, non islamisés évidemment, n’ayant jamais lu Cheikh Anta Diop, puisque leurs chants ésotériques renvoient à plus de 5 000 ans Av J C (PSL). Le Grand Wagadou (Youssouf Tata Cissé).
Ne parlons pas de l’Egypte qui sortit l’Afrique et l’humanité des ténèbres. L’Egypte qui avait sucé le lait maternel au cœur du Continent mère, dans le Bois sacré, des lèvres des Sages Karasamaws du Korè, transmettant des milliers de versets inscrits sur de longues planches de bois miraculeusement protégés des intempéries et de la vermine gui grouille sur la langue profane des humains. Et les Karasamaws ne sont pas une curiosité des Bamana-maninkas de l’Afrique de l’Ouest. Leur fonction et leur existence sont attestées dans les temples égyptiens comme dans ceux du Monomotapa en Afrique australe, en passant par l’Afrique centrale (MBomvets). Ce qui donne sens au fameux propos :
L’Egypte est un don du Nil
Mais où donc le Nil prend-il source ?
J’ai un ami, un Ivoirien qui est pris par des illuminations, cherchant à aller plus loin que MacLuhan, trouve que notre malheur vient de l’Ecriture. Qui a donné ce terrible mousquet qui nous a vaincus. La machine, l’informatique, etc. cette écriture en passe d’être vaincue par les ondes, écriture invisible qui va presque à la vitesse de la lumière; il y a même cette autre écriture qui arrive et qui vaincra toute écriture. Une particule jumelle qui, mise en évidence, maîtrisée à Dinguiraye aura instantanément sa sœur jumelle à Djakarta (Dadis). Plus besoin de faire véhiculer les topos. Son existence ici implique sa naissance prédéterminée où vous voudrez. Le PPTE n’aura plus aucun sens. Vous empruntez pendant que vous crachez la créance. Ce sera au temps où le Mont Nimba pourra enfin vomir sa ferraille pour l’Autre.
Il va y arriver le poète-pyromane, si vous avez bien entendu Frantz Fanon qui a dit « lâchez l’homme ! ». Hölderlin a été aussi nécessaire à l’Allemagne et à l’humanité que Max Planck.
Arrêtons de mélanger le droit, la physique, la médecine et le travail sur la langue. Dont la recette ne donnera qu’une bouillie de médiocrité. Pourquoi voulez-vous inconsciemment il se peut, insidieusement, peut-être, qu’on prenne partie entre tel chimiste du droit avec cet alchimiste des mots ? Ils ne parlent pas de la même science, ils utilisent des langues différentes. Bon sang laissez-les grandir ensemble ! Le nom de ce jeune homme nous y invite. Comment s’appelle-t-il déjà ? Demandez aux Hal Poular.
Aux autres, chers tous, que faites-vous ? L’Intellectuel n’est pas celui qui lance des superlatifs, positifs ou négatifs. Pour ce qu’il y a à faire ou à dire au plan juridique, tout a été écrit. Pour ce qu’il y a à faire, Oury Bah et maintenant Oussou (ouf, il était temps !), Mouctar, Soropogui, Faya, ont dit ce qu’il faut faire. Quant aux moyens de le faire, Cellou Dalein, Sidya Touré, El Hadj Soumah, et les plus jeunes déjà cités, sont sur le terrain. Il suffit qu’ils acceptent ce que les Ansoumane Doré, Sy Savané, Sadio, Ourourou, Gandhi, Makanéra, etc., pensent et écrivent. Textes qui seraient, à défaut, inutiles, voire dépassés.
A propos, pourquoi n’avez-vous pas signé une certaine pétition toujours en ligne dans une grotte à Dèguèmbèrè (c’est au Mali, pays dogon..), pour qu’on se mette à la tâche en vue de mettre en œuvre le mémorandum qu’il propose qui n’a rien à voir avec « cette note verbale », autrefois verbeuse mais réduite comme peau de chagrin, tel le loup de La fontaine qui « n’avait que la peau et les os, tant les chiens faisaient bonne garde », plus que CENI-Sabari, pompeusement baptisée Mémorandum par le Collectif et l’ADP ? N’est-ce pas, le Pouvoir est entrain de préparer le lâchage de Waymark, pour ne retenir que Sabari, entreprise « nationale », élue après un appel d’offres. Non, nous en sommes à la scolastique, vautours tour-noyant (trop souvent rien qu’autour) les textes des uns et des autres. Enveloppés dans nos parachutes, faits de commentaires à l’emporte-pièce, lapidaires !Nous devenons grognons, bourrus moi y compris. Mais « vous », à votre âge ! La plupart d’entre vous ayant à peine la quarantaine. L’âge du démon de midi..
Pourtant j’avais « commis » un petit guide pour l’action..des intellectuels, avant nouvelle trahison.
«...Il est temps pour que le peuple, acteur principal du changement social, se lève comme en janvier et février 2007, et mette fin à un système qui perdure depuis 54 ans. Les principaux responsables politiques de l’Opposition ne reconnaissant plus aucune légitimité aux « institutions républicaines », il faut que le peuple de Guinée en tire les conséquences :
- Organiser au plus vite des assises nationales qui mettront en place des structures de gestion provisoire de tous les pouvoirs (exécutif législatif et judiciaire),
- Solliciter le concours de la communauté internationale, à savoir l’ONU, la CEDEAO, l’Union africaine et de tous les patriotes, quelle que soit leur nationalité, par des actions et par un lobbying efficace qui sera décrit dans un mémorandum (voir ci-dessous),
- Se donner les moyens financiers, par une quête immédiate auprès de la diaspora, chacun selon ses revenus, afin que très rapidement, ces structures provisoires se mettent à l’œuvre en place et lieu des organes actuels de la dictature.
- Mettre sur pied dans chaque zone d’établissement de la diaspora, des collectifs qui produiront des mémorandums qui seront synthétisés par une commission centrale dans un document unique qui récapitule les dérives, les actions illégales, les crimes contre l’humanité d’une part, et les voies stratégiques pour mette en œuvre un programme de sortie de crise d’autre part.
D’emblée, une déclaration solennelle sera lancée aux partenaires bi et multilatéraux pour qu’ils cessent tout appui susceptible de consolider la dictature et nuire à l’émergence de nouveaux organes démocratiques, capables de libérer le peuple de Guinée dont les libertés fondamentales sont confisquées, les ressourcées bradées par des conventions brouillonnes et opaques, cependant que la misère populaire s'accroit et l’intégrité physique des personnes est menacée, trop souvent noyée dans le sang ».
Pourtant cet appel a été diffusé ici-même sur ce morceau de la Toile, devenu bande adhésive sur laquelle on aurait déversé un pot de colle pour certains.
Je crois même avoir lu ailleurs, quelqu’un qui propose qu’on mette un peu d’espoir du côté de ces 4-5 millions de damnés de Guinée, éparpillés partout dans le monde. On croit rêver, car c’est une très bonne « nouvelle » idée. A-t-on jamais entendu parler de l’accumulation primitive du capital intellectuel sur cette é-toile filante, effilée, devenue panier à claire-voie, où les idées comme l’eau ne sauraient faire tirelire ? Même Dadis en a parlé, de la nullité des Sorbonnards, Cambrigeards, (bizarre hein, c’est de l’humoriste J-M. Bigard). Depuis des lustres, Alpha, ce boutefeu a jeté l’étincelle à la plaine (Mao Zedong), là-bas, à la bande de Gaza où ses nervis gazent. Et les jeunes ont décidé bien avant Oussou, depuis Ba (Mamadou) que maintenant :
Une dent cassée ici c’est toute la mâchoire qui casque là-bas !
Si tu tues mon frère c’est toute ta famille qui devra rentrer sous terre !
Juré, je ne suis pas fâché O. Nous sommes en guerre, vous n’avez pas entendu les balles siffler pendant qu’on enterrait un martyr ? « Ils » étaient entrain de chercher le prochain. Ils en ont eu un qui est à l’hôpital. D’aucuns disent que deux sont vraiment tombés.
Je n’en sais rien je n’étais pas là. On le raconte seulement.
Maintenant il faut savoir compter les morts et les vivants, et pas seulement conter, le reste n’est que mal de tête.
Wa Salam,
Saïdou Nour Bokoum
PS : sans doute, ce texte est maintenant dépassé. Il était pourtant parvenu à qui de droit, en son temps ! Si malgré tout Alpha saute, ce ne sera pas à cause de nos petites démangeaisons cérébrales. Encore moins par le départ de Waymark ou de Loucény, qui c’est çui-là déjà ? Ou par la dilution de l’article 162 dans les deux tiers d’une CENI requinquée par Baadiko, Kassory, Béla, Dittin et autres Centres à la circonférence tous azimuts ! « La France sera gouvernée au Centre », avait dit Giscard, il continue à se tromper avec François Bayrou. Mais Alpha est entrain de réaliser-briser la quadrature du cercle, avec ses « centres ». A moins qu’il ne saute sur une des mines qu’il est entrain d’enfouir sur les flancs de l’unité nationale. Hélas invisibles aux tracassés du nerf optique. Niaris makhas (Madina).La faute aux poètes et aux pyromanes qui nous embrouillent ! Le Très Haut y retrouvera les Sien(ne)s..
Note : Korotoumou a pour son diminutif Kouro. Ces chasseurs racontent des « histoires » qui remontent à cinq mille ans, n’ont pas lu Cheik Anta Diop, encore moins Saïdou Nour Bokoum
