Bernard Pivot : des mots aux maux de la vieillesse, c’est..

   Vieillir, chiant. J’aurais pu dire : vieillir, c’est  désolant, c’est insupportable, c’est douloureux, c’est horrible, c’est déprimant, c’est mortel. Mais j’ai préféré « chiant » parce que c’est un
adjectif vigoureux qui ne fait pas triste. Vieillir, c’est chiant parce
qu’on ne sait pas quand ça a commencé et l’on sait encore moins quand ça
finira.

Non, ce n’est pas vrai qu’on vieillit dès notre naissance.
On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant. On était bien
dans sa peau. On se sentait conquérant. Invulnérable. La
vie devant soi. Même à cinquante ans, c’était encore très bien.Même à
soixante. Si, si, je vous assure, j’étais encore plein de muscles, de
projets, de désirs,
de flamme.

Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps – mais quand –
j’ai vu le regard des jeunes, des hommes et des femmes dans la force de l’âge,
qu’ils ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même
à la marge. J’ai lu dans leurs yeux qu’ils n’auraient plus jamais d’indulgence
à mon égard. Qu’ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais
impitoyables. Sans m’en rendre compte, j’étais entré dans l’apartheid de
l’âge.

Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains,
surtout des débutants. « Avec respect », « En hommage respectueux », Avec
mes sentiments très respectueux ». Les salauds! Ils croyaient
probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de
respect ? Les cons ! Et du « cher Monsieur Pivot » long et solennel comme
une citation à l’ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus !

Un jour, dans le métro, c’était la première fois, une jeune
fille s’est levée pour me donner sa place. J’ai failli la gifler. Puis la
priant de se rasseoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si
je lui étais apparu fatigué. « Non, non, pas du tout, a-t-elle répondu,
embarrassée. J’ai pensé que… » Moi aussitôt : «Vous pensiez que …? -- Je
pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de
vous asseoir. – Parce que j’ai les cheveux blancs? – Non, c’est pas ça,
je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que moi, ça a été un
réflexe, je me suis levée…-- Je parais beaucoup beaucoup plus âgé que
vous ? – Non, oui, enfin un peu, mais ce n’est pas une question d’âge … --
Une question de quoi, alors ? – Je ne sais pas, une question de
politesse, enfin je crois…» J’ai arrêté de la taquiner, je l’ai remerciée
de son geste généreux et l’ai accompagnée à la station où elle descendait
pour lui offrir un verre.

Lutter contre le vieillissement c’est, dans la mesure du
possible, ne renoncer à rien. Ni au travail, ni aux voyages, ni aux
spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l’amour, ni à la
sexualité, ni au rêve. Rêver, c’est se souvenir tant qu’à faire, des
heures exquises.



C’est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent. C’est
laisser son esprit vagabonder entre le désir et l’utopie. La musique est
un puissant excitant du rêve. La musique est une drogue douce. J’aimerais
mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit l’adagio du Concerto n°
23 en la majeur de Mozart, soit, du même, l’andante de son Concerto n° 21
en ut majeur, musiques au bout desquelles se révéleront à mes
yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l’au-delà. Mais Mozart et
moi ne sommes pas pressés. Nous allons prendre notre temps.

Avec l’âge le temps passe, soit trop vite, soit trop
lentement. Nous ignorons à combien se monte encore notre capital. En
années ? En mois ? En jours ? Non, il ne faut pas considérer le temps qui
nous reste comme un capital. Mais comme un usufruit dont, tant que nous
en sommes capables, il faut jouir sans modération. Après nous, le déluge ?
Non, Mozart.

Bernard Pivot

À la Goutte d'Or, "une Sape combattante et colorée"

Après le succès de la série d'Été d'Africultures.com sur [le quartier de Belleville], partons ensemble à la découverte d'un espace qui vit des migrations historiques, qui bouillonne de créativité et de métissages. Plongée subjective et non-exhaustive à travers les regards d'habitants de la Goutte d'Or (Paris XVIIIe).

 


À la Goutte d'Or (Paris XVIIIe), les Sapeurs sont chez eux. Créateurs, passionnés de vêtements, ils sont tous issus d'un mouvement de mode né au Congo-Brazzaville. Reportage et rencontre.
Le samedi, à Château Rouge, la rue de Panama prend parfois des allures de catwalk. Aux abords de la boutique Connivences, fondée en 2005 par le Sapeur Bachelor, les amoureux des couleurs et du beau vêtement se succèdent. Mais d'où vient la Sape ? On raconte que son origine se situerait dans les années 1920, à l'époque coloniale, dans la région du Pool au Congo-Brazzaville. Dada Apôtre, Sapeur dans l'âme, se souvient : "Le premier grand Sapeur était André Grenard Matsoua, résistant aux colons et arborant ses costumes en rayure tennis". Dans les années cinquante, ce sont les étudiants revenant de France qui apportent dans leurs bagages les plus belles pièces de Paris, Londres ou Milan. Mais le mouvement en tant que tel émerge vraiment dans les années soixante-dix, devenant la Société des ambianceurs et des personnes élégantes. Apôtre raconte, la larme à l'œil : "Même Denis Sassou Nguesso, chef de l'État, garant de la Constitution, était un grand sapeur. Le jour où il a pris la présidence de l'Organisation de l'unité africaine, il était habillé en costume Borsalino. C'était magnifique". Apôtre est arrivé en France en 2009, le jour de l'élection de Barack Obama à la Maison Blanche aux États-Unis. Et c'est devant le salon de coiffure Obama Fashion Hair, rue de Panama, qu'il avoue être tombé dans la Sape dès l'âge de 12 ans, à Brazzaville. "C'est dans notre sang. Hors de la Sape, un Congolais perd les pédales !".
Et visiblement,Fiesta Makambo ne les a pas perdues. Chemise Roberto Cavalli, casquette Armani et tennis Armani, lunettes Fred, il nous rejoint en souriant. Pour le Sapeur, les marques sont cruciales, et il faut y mettre le prix : "Entre ce qu'on gagne et ce qu'on achète, ça n'a rien à voir. On gagne 1 200 euros par mois, mais les moindres chaussures Versace, c'est 5 000 euros. Alors comment faire ? Je suis au chômage, alors je fais du petit business. J'achète des habits et je les revends". Depuis près de trente ans, il habite en Seine-et-Marne, mais se balade tous les jours dans les rues de Paris. "Je suis bien habillé, je me promène et je me sens bien. Les gens me regardent, ça fait plaisir", confie-t-il.

Connivences, la sape combative


Un autre Sapeur s'approche de la boutique Connivences. Tati arbore une chemise Yohji Yamamoto, mêlant pin-up colorées et motifs de jeux de cartes, qui font sensation. Il rentre bientôt pour quelques jours en République démocratique du Congo et vient acheter quelques "armes de destruction massive" : "Pour nous Congolais, la Sape, c'est dans le sang. Malgré les problèmes, la crise, les guerres, même si nos présidents sont des dictateurs soutenus par la France, nous, on ne va pas être sales. Être bien habillé ne résout pas mes problèmes, mais ça déstresse". Avec ses cinq garde-robes, Tati est une vraie fashion victim. "C'est comme quelqu'un qui cherche sa coke. Boutiques, ventes privées, tout y passe. Mais c'est l'hiver qui nous fait souffrir, car les pièces sont très chères. Un manteau de fourrure chez Roberto Cavalli, coûte environ 4 300 euros. Mon salaire de chauffeur livreur ne suffit pas ! Ici, à Connivences, on peut s'arranger. Je laisse mon relevé d'identité bancaire, et je peux payer en plusieurs fois".
Mais au-delà des facilités, Connivences est un parti pris politique. "On dépense beaucoup d'argent dans la mode, chez des couturiers comme Galliano ou Versace. Mais on doit les combattre, car ils tiennent des propos racistes ou antisémites. Ces marques ne nous assument pas. Pourtant Kayne West, Jay-Z, Chris Brown, ils ont la classe non ?"
Posté devant sa boutique dans son costume bermuda à carreaux orange, Bachelor hoche la tête. "Ces grandes marques n'assument pas leur clientèle noire. Moi, j'en suis fier. Cette clientèle, elle me ressemble. Quand les Africains viennent ici, ils trouvent quelqu'un qui connaît bien leur Sape. Cette Sape combattante et colorée". Il a déposé sa marque en 1998, et a ouvert sa boutique rue de Panama en 2005. "Je ne sais pas dessiner un œuf, mais je conçois tous mes vêtements. Je vais en Italie, et j'explique aux designers ce que je veux". Le slogan de Connivences ? L'art de faire chanter les couleurs. "Certains parlent de faute de goût, mais moi j'assume. Nous sommes dans une transgression lente et assumée des codes vestimentaires existants. Il faut se libérer du diktat de fréquentabilité du gris anthracite et du bleu marine, imposé par les financiers occidentaux. Il y a beaucoup de suffisance dans l'idée que les couleurs, parce qu'elles viennent des îles, feraient forcément carnaval. Ici, on porte des couleurs du 1er janvier au 31 décembre, indépendamment des problèmes que nous avons. Celui qui porte des habits pour se faire beau s'aime déjà. Et si tu t'aimes déjà, il y a de fortes probabilités pour que tu aimes l'autre".
Le combat n'était pas gagné d'avance : "Quand je me suis installé en plein Château Rouge, c'était un vrai défi. Tout le monde me disait que ça ne marcherait pas, avec la concurrence des vendeurs à la sauvette. Mais j'ai fait mes preuves. Petit à petit, Connivences s'est installé dans l'univers de la mode. Créer ma propre marque, c'est apporter ma pierre à l'édifice, et répondre à une quête identitaire. Il est temps que la Sape commence à faire vivre les Africains que nous sommes".
Avec passion et amour, Bachelor saisit une veste en velours côtelé, orange, made in Italie. "Regarde cette finesse, la délicatesse de la martingale volante, les finitions. Ça devrait être remboursé par la sécu !". 

Noémie Coppin

source : Africultures

 

DECORATION : Artistes et journalistes ou la médaille de l’amnésie nationale

Répondre à "Au total, ce sont 118 combattants de la culture guinéenne dont « les services les plus éminents rendus à la République de Guinée pour l’émancipation et le développement de la culture guinéenne et africaine » qui   viennent d’être reconnus et célébrés au niveau le plus élevé. En réalité, il   s’agit de la mise à exécution d’un décret présidentiel signé depuis le 30   septembre 2011, à travers lequel, le président Alpha Condé élève 47 membres   des "Ballets Africains" et 71 autres de "L’ensemble instrumental et choral national" au grade "d’officiers et de chevaliers de l’ordre national du kolatier". En plus de cette   reconnaissance honorifique, ils ont également eu droit à des médailles et une   enveloppe symbolique en guise de primes. Il leur aurait également été promis le versement de primes mensuelles ou trimestrielles de manière régulière. Comme on le disait plus haut, l’acte présidentiel a été pris il y a de cela   huit mois... (guineeconakry.info)".

Parmi ces combattants de la culture, qui le sont vraiment, il n’y a pas   de plasticien, Mamadou Kallo, primé par l’UNESCO il y a près de 30 ans,   peintre trop tôt disparu, qui a fait signer par le Général Conté un décret   mettant à la disposition de la culture et des hommes de culture plus de 40 hectares, autour du lac Sonfonia, bradé à des privés (dont moi, mais moi ma parcelle a été salopée par les mêmes salopards, qui y trouveront leur   cimetière in châ Allah, mais passons), donc, Marcelin Bangoura est mort   abandonné, épuisé, le seul metteur en scène guinéen (métier à ne pas   confondre avec le métier de chorégraphe), que je connaisse, en dehors de Siba Fassou, qu’on vient de virer de l’ISAG (Institut des Arts de Guinée), qui a appris son métier à la célèbre Ecole des Arts de Dakar et au Théâtre Daniel   Sorano. On n’a pas décoré les musiciens (musique moderne), ni ceux de Bembeya, même pas Demba à ma connaissance, ni Momo Wendel notre Manu Dibango,   Balla, Pivi, Manfila.. Passons, trop de génies. Le cinéma ? Le regretté Minot   Gilbert, diplômé de USC, (Université of Southern California) où les Coppola, Steven Spielberg, (ce dernier y avait d’ailleurs échoué, qui se rattrapa plus tard après les chefs-d’œuvre que l'on sait), Minot Gilbert condisciple de Marlon, pas Brando, mais Mamadou (Baldé ?) qui a fait son stage au camp Boiro   avant de prendre la poudre d’escampette. Vivant. La dictature ne leur a pas   laissé faire un seul film. Moussa Kémoko Diakité qui a étudié à Moscou, avec le Malien Souleymane Cissé, auteur de Yélen, a pu faire un chef-d’œuvre, Naïtou. Reconnu par tous les festivals, tous les pays. Il gagne sa vie en faisant des documentaires, après avoir été fonctionnaire, comme tous les artistes et sportifs de la Révolution cannibale. On l’a oublié.

On a même oublié   Camara Laye !

De quoi peuvent se plaindre Monenmbo, Alioune NFan Touré Thierno Djibi   Thiam. Qu’ils s’estiment heureux, ils sont vivants.

Sassine ? Génial en tout. Il a passé son temps à sauter des classes depuis le Primaire à Kankan, au Lycée. Allez foutez-moi le camp ! Mauritanie (ou Niger), Côte d’Ivoire, etc. et demi tour quand l’Autre a rendu l’âme. En Guinée, on enseigne ses livres, on lui refuse d’enseigner les maths dans lesquelles il excellait. On lui interdit même d’entrer dans une salle lors d’un symposium sur son œuvre ! Un soir j’étais allé avec lui au "Palais du peuple", à la Première de l’Alphabête, montée par Fifi Niane, adapté par un certain Kiridi Bangoura. Les soldats nous ont bloqués à l’entrée. J’ai eu beau expliquer que ce nain était l’auteur du texte, rien n’y fit. O miracle, Kiridi, de loin nous apercevant, est venu nous cueillir.

Grands frères, excusez, on ne lit pas en Guinée..

C’est pour cela qu’on tue en Guinée la même personne deux fois. La première fois, c’est pour l’enterrer, la seconde, c’est pour l’effacer définitivement de la mémoire des hommes. Et cela n’est pas seulement le fait de ceux qui ne lisent pas comme le croit Kiridi. Voici un exemple surréaliste   :

« Il (Alpha Condé) tente ainsi de proscrire la liberté de la presse   qui est un acquis d’une longue lutte menée sous le régime dictatorial de Lansana Conté, par de courageux apôtres pour une presse indépendante que sont Diallo Souleymane, Aboubacar Sylla, Assan Abraham Keïta, Thierno Diallo, Abdoulaye Condé, Boubacar Sankaréla Diallo, Célestin, Tibou Kamara, Boubacar Yacine Diallo, Bouyya Fofana, Bebel, Akoumba, les regrettés Emile Tom Papa et   Aboubacar Condé, et bien d’autres ».

C’est de qui ?

Pour ceux qui savent un peu la naissance de la presse libre, ce morceau de bravoure est à l’image de celui qu’il voue aux gémonies, qui sortirait d’ailleurs grandi si l’on s’en tenait à l’idée que l’on se fait de la culture, de la mémoire, voire de la reconnaissance.

J’ai cherché les noms de Ba Mamadou le kamikaze de la presse libre avec « Dinguiraye   matin », comme on désignait sa feuille de choux, en ricanant un peu, où tous les soirs sa famille craignait de le voir abîmé dans une chausse-trappe après un flash tombé sur le bureau de Conté. Jean- Baptiste Kourouma, disparu dans un obscur accident; même chose pour ce surdoué de la plume, Alassane Diomandé (Diallo) fauché par un magbana conduit par un chauffard aussi habile que celui qui conduit le Gbaka guinéen. Biram Sackho, « qu’on » savait malade mais qu’on a laissé mourir.

Il y a des vivants.

Bah Mamadou Lamine qui, avec Jean-Baptiste Kourouma sont peut-être les deux meilleurs grands reporters que l’Afrique francophone aura connus Ahmed Baba Sylla,   surdoué écrasé par l'humilité et la Bêtise (hélas majoritaire, dixit Sassine) méconnu par ses pairs. Le meilleur de tous (dixit Monenembo) qui avait obtenu un 20/20 d'un professeur de français à Abidjan. En classe il y avait les Monenembo, même promotion qu’Abe Sylla, qui avait coiffé au poteau des Ivoiriens et obtenu une bourse pour les USA. On connaît la suite. Baba Sylla, j’espère qu’Abé ne le laissera pas végéter à Radio Gangan. Sakho Aboubacar   qui a failli se faire oublier en tôle pour avoir rectifié un ministre dans   son propre champ: le droit. Amadou Sadio Diallo, que tous les habitués de la   Toile ont vu ensanglanté, presqu'estropié, un miraculé qui a pu fuir avec femme et enfants en bas âge d’une république qui promettait de nous sortir du Camp Boiro. Je devrais citer Justin Morel, à cause fameuse émission culturelle qui me faisait passer la nostalgie, même si en Côte d'Ivoire mon exil semblait doré  

Il y a des vivants.  

Ahmed Baba Sylla, surdoué écrasé par l'humilité et la Bêtise (hélas majoritaire, dixit Sassine) méconnu par ses pairs. Le meilleur de tous (dixit Monenembo) qui avait obtenu un 20/20 d'un professeur de français à Abidjan. En classe il y avait les Monenembo,   même promotion qu’Abe Sylla, qui avait coiffé au poteau des Ivoiriens et   obtenu une bourse pour les USA. On connaît la suite. Baba Sylla, j’espère qu’Abé ne le laissera pas végéter à Radio Gangan. SAKHO Aboubacar qui a failli se faire oublier en tôle pour avoir rectifié un ministre dans   son propre champ : le droit. Amadou   Sadio Diallo, que tous les habitués de la Toile ont vu ensanglanté, presqu'estropié, un miraculé qui a pu fuir avec femme et enfants en bas âge d’une république qui promettait de nous sortir du Camp Boiro. Je devrais citer Justin   Morel Junior, à cause de la fameuse émission culturelle qui me faisait passer la nostalgie, même si en Côte d'Ivoire mon exil semblait doré. Moi-même je ne prétends pas avoir été exhaustif, mais oublier celui avec qui on s'est fait les griffes, Sassine qui était sinon LA, mais au moins une des clés de voûte du groupe le Lynx..

Donc Ben Pepitoto a oublié Sassine. C’est un meurtre.

Un parricide ?

Pas du tout.

Il ne suffit pas de faire pleuvoir des "A fakoudou" sur Goby Condé pour écrire comme Sassine qui assassinait tous les lundis tout ce qui bouge (l'exoression est de lui) et qui lui rappelait la Bêtise, du lambda à Lantchana Conté (Sassine), en passant par les hommes   politiques, tous partis confondus, pour être digne d’en être le fils   spirituel. En tuant Sassine symboliquement, Pépito n’a pas eu la dignité de   tuer un père.

Juste un acte manqué   (1)

Sassine faisait du Sassine en buvant   sa vie à notre santé. Depuis, nous n’avons pas fini de trinquer. Peut-être qu’en cessant de faire du Ben Pépitoto pour être Ben Pépito tout court, il sera un jour médaillé ou gratifié d'une pépite ou intégré dans une honorable   liste d’oubliés de l’histoire ingrate écrite par des amnésiques.

Wa Salam,

El Hajj Saïdou Nour

Note (1) : voir cet important chapitre dans Freud

 

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Paroles de corps ou Corps en Paroles :Wopso ! de Marius Gottin

Nous poursuivons notre zoom sur le Festival d'Avignon 2012 avec Wopso ! jouée dans le cadre des TOMA (Théâtres d'Outre-Mer en Avignon) à la Chapelle du Verbe incarné.

Cette pièce martiniquaise a été écrite par Marius Gottin en 1996 et mise en scène dès 1997 par José Exélis, directeur de la Compagnie des Enfants de la mer, avec Émile Pelti et Charly Lérand dans les rôles de Fulbert et d'Auguste, deux personnages que les comédiens incarnent maintenant depuis plus de quinze ans. Wopso ! peut être considérée comme un classique du répertoire théâtral martiniquais car cette pièce n'a cessé d'être jouée dans la Caraïbe (dont plus de soixante-dix représentations en Martinique depuis sa création) avec toujours le même accueil chaleureux. On peut s'interroger sur les raisons d'un tel succès. L'auteur Marius Gottin (1) fut aussi chroniqueur sur des radios martiniquaises dont RCI (Radio Caraïbe Internationale) ; il savait narrer la vie des petites gens, comme en témoigne Wopso ! qui met en scène deux hommes en attente de leur avion pour Sainte-Lucie, île voisine de la Martinique. Ce temps de l'attente propre à l'espace froid et impersonnel qu'est un aéroport - lieu de passage, de transition, lieu de l'entre-deux - favorise le surgissement du passé : les anecdotes individuelles de chacun des deux compères se mêlent aux événements politiques et sociaux d'une époque. Cette situation dramatique n'est pas sans rappeler celle d'En attendant Godot de Samuel Beckett (2) - où les deux complices que sont Vladimir et Estragon attendent et tuent le temps en parlant, en se racontent leur vie - ou celle plus caribéenne de Mémoires d'isles d'Ina Césaire (3) qui nous donne à entendre les histoires de vie d'Aure et Hermance, deux vieilles Martiniquaises qui échangent leurs souvenirs au soir de leur vie. Dans les trois cas, une fin de vie se profile avec la parole, les mots pour combler le vide, l'attente de la fin ou l'attente d'un départ vers un ailleurs, un-au-delà.

Wopso ! met en scène deux personnalités hautes en couleur de la société martiniquaise : la langue de chacun des deux personnages, les intonations, le rythme de la parole, le corps tout entier témoignent d'une appartenance à la culture créole dont Auguste et Fulbert sont les fiers représentants. José Exélis place le corps au centre de sa mise en scène, un corps porteur d'une histoire personnelle mais aussi collective, d'une culture, d'une société spécifique, la société caribéenne. Le corps tout entier parle en effet dans cette pièce à travers les voix d'Auguste et de Fulbert qui racontent chacun à leur tour des anecdotes passées, nous livre des fragments de vie désordonnés qu'il convient de rassembler pour mieux comprendre qui sont ces deux compères et les liens complexes qui les unissent. La parole reste centrale dans ce théâtre narratif où il est avant tout question de mots, de récits imbriqués les uns dans les autres mais sans lien évident entre eux : il n'y a pas d'intrigue, pas d'action proprement dite si ce n'est dans la parole, une parole qui se met en scène, prend corps, s'incarne dans le jeu admirable des comédiens. Pelti et Lérand jouent de leur voix comme d'un instrument de musique avec vélocité, dextérité en faisant varier les intonations, le rythme, le volume, en jouant avec les onomatopées, les tics de langage spécifiquement antillais (comme le tchip sur lequel s'ouvre la pièce et qui marque le mécontentement ou le désaccord).

Le dialogue vif et enjoué de ces deux amis de longue date, unis par une sincère amitié et une grande complicité, laisse cependant deviner une rivalité sous-jacente, notamment dans leurs rapports aux femmes comme le suggère le souvenir récurrent d'une certaine Paulette, mais aussi dans leur lien à la culture caribéenne elle-même car Auguste se moque ouvertement de Fulbert à qui il reproche de ne pas savoir danser, chanter, conter. La parole devient ainsi un terrain où s'affrontent les deux hommes qui règlent leurs comptes, se cherchent, se défient, parlent chacun de leur côté, s'interrompent mutuellement. On assiste à une véritable joute verbale et physique où les répliques s'entrechoquent, où les corps se dressent l'un contre l'autre comme dans la danse du damier (4). Le duel se fait parfois duo avec des effets de choralité et des jeux de répétition et de variation : l'expression "pauvre de nous !" est reprise sur tous les tons et les différentes modulations font varier le sens même du syntagme ; la réplique "elle m'aimait, non" prononcée par Fulbert avec une intonation interrogative est ensuite reprise ironiquement par Auguste qui en fait une phrase déclarative et provoque ainsi son compagnon. Le dialogue est aussi ponctué d'interjections comme wopso ! qui donne son titre à la pièce sans rien signifier de précis mais comme marqueur d'un rythme, d'un souffle. On retrouve toute la virtuosité du conteur traditionnel créole dont les deux compères sont les héritiers sans en être les pâles imitateurs. Le yé krik et le yé krak lancés par Auguste ne sont pas là pour relancer la narration comme le veut la tradition mais pour l'interrompre, l'entraver, la perturber. C'est là l'un des tours de force de cette mise en scène de José Exélis qui transforme la tradition orale créole dans laquelle il puise sans l'imiter mais pour créer, innover, inventer.

L'alternance du français et du créole, conforme à l'oralité caribéenne, contribue en outre à la très grande musicalité du dialogue non seulement par l'effet de variation immédiatement audible sur la scène mais aussi parce que le créole est une langue beaucoup plus imagée, poétique et rythmée que le français : ses accents marqués, ses sonorités vibrantes confèrent à la parole une vraie tonicité, surtout quand Auguste accélère le rythme et fait tournoyer les mots au point que le sens se perd, stratégie utilisée par le conteur créole sur la plantation pour échapper à l'entendement du maître. On remarque que cette langue créole "marronne" se fait davantage entendre dans la bouche d'Auguste qui est celui qui mène le jeu, invite son compère à entrer dans la danse ; il incarne ainsi peut-être davantage la tradition populaire, la figure du conteur qui se plaît à travestir la parole et à détourner le sens. Même si les deux amis passent successivement du français au créole et inversement, Auguste est celui des deux qui parle davantage créole et manipule avec vélocité cette langue, ce qui peut laisser supposer qu'il appartient à une classe plus populaire que Fulbert (5). Cette hypothèse se confirme par la casquette qu'il porte alors que son acolyte est affublé d'un chapeau, signe d'appartenance à une classe sociale plus favorisée ; Auguste est aussi celui dont les chaussettes sont déchirées, ce que ne manquera pas de lui faire remarquer son ami moqueur ; il est encore celui qui emporte avec lui dans sa valise une bouteille de rhum, alcool typiquement antillais, et enfin celui qui décide de jouer du tambour, attribut du conteur, et invite son ami à se joindre à lui.

Les nombreux chants entonnés tout au long de la pièce par les deux amis participent également grandement à la musicalité de ce spectacle tout comme à l'affirmation d'une identité caribéenne. Ces chants sont systématiquement associés à des danses : il n'est pas une parole qui ne soit accompagnée d'un geste, d'un mouvement. Le corps tout entier parle, vibre, vit et dit autant sinon plus que les mots, car il offre à l'acteur une grammaire, un langage, une partition. Ces chants font en outre entendre la grande diversité musicale de la Caraïbe : on passe des rythmes de salsa, de biguine, de mazurka à ceux du tambour et même à l'opéra qu'entonne Fulbert et qu'interrompt Auguste par des rythmes de salsa, comme si la culture musicale occidentale entrait en rivalité avec la musique caribéenne. Le tambour, instrument central dans la culture créole, symbole d'affirmation culturelle et de résistance dans la Caraïbe, se fait entendre à plusieurs reprises tout en restant invisible. C'est là un autre tour de force de cette mise en scène que de faire entendre la musique sans qu'aucun instrument ou quasiment aucun instrument n'apparaisse sur la scène (6) : les voix, les corps, les éléments du décor deviennent musique. Les battements de mains sur les genoux, le torse ainsi que les sons gutturaux crées avec la bouche font entendre les rythmes du tambour. Un banc en fer blanc et un cube noir et blanc sont également mis à contribution : le cube devient un tambour sur lequel Auguste frappe avec ses mains et ses pieds tandis que Fulbert accompagne ses battements par les tiboités traditionnels (7) improvisés sur le banc à l'aide de ses clés. Notons que le noir et le blanc du cube rappellent les couleurs des costumes des deux personnages qui portent chemises et pantalons blancs avec sur la tête un chapeau ou une casquette noirs. Ces couleurs sont hautement symboliques dans la culture antillaise : ce sont non seulement celles du deuil, celles que l'on trouve dans les cimetières, mais aussi celles du vidé en noir et blanc du Mercredi des Cendres, dernier jour du carnaval où est brûlé le roi du carnaval, Vaval, qui renaîtra de ses cendres l'année suivante (8). Le blanc et le noir sont donc symboles de vie et de mort, de fin et de renouveau. La mort apparaît d'ailleurs en filigrane dans la pièce : il est question de l'enterrement de la fille de Fulbert, des obsèques de Vaval, sans compter que les deux personnages en présence sont eux-mêmes en fin de vie ; l'un finira d'ailleurs par expirer sur le banc tandis que l'autre feint de croire qu'il s'est endormi. Fulbert qui s'est déchaîné sur les rythmes de tambour frappé par Auguste meurt-il d'avoir trop dansé, chanté, vibré ? Ce dernier souffle est-il signe d'un excès de vitalité ?

Cette fin de vie quasiment imperceptible, invisible, qui se produit pourtant sous nos yeux, reflète-t-elle la mort de la culture populaire créole ? Les deux vieux messieurs que sont Auguste et Fulbert sont-ils les représentants d'une tradition orale qui se meurt, sur le point de disparaître avec eux ? N'incarnent-ils pas plutôt la voix des anciens, des aînés qui est ici célébrée sur la scène théâtrale pour la transmettre et la pérenniser ? José Exélis se nourrit de la parole populaire ancestrale, de l'oralité créole pour faire œuvre de création et d'invention : par un processus de réappropriation et de transformation de la matière populaire, il revitalise l'art théâtral qui participe réciproquement à la renaissance de la culture orale caribéenne.

Stéphanie Bérard 
 
1.[1] En plus d'être dramaturge, Marius Gottin (1949-2011) était aussi comédien. Il est l'auteur de trois pièces (Wopso !, Confitures de patates douces et Biwa) qui demeurent toutes inédites.
2.[1] Samuel Beckett, En attendant Godot, Paris, Les Éditions de Minuit, 1952.
3.[1] Ina Césaire, "Mémoires d'isles", in C. Makward (dir.), Rosanie Soleil et autres textes dramatiques, Paris, Karthala, 2011. Cette pièce a également été mise en scène par José Exélis à Fort-de-France en 2008.
4.[1] Le damier est une danse caribéenne de combat où les danseurs s'affrontent, se défient au rythme du tambour.
5.[1] La Martinique, comme de nombreuses anciennes colonies françaises, est en situation linguistique de diglossie : le créole, dite "langue basse", est traditionnellement réservé aux contextes familiers alors que le français, dite "langue haute", fait figure de langue supérieure parlée dans des contextes formels et officiels. Dans la pièce, Auguste et Fulbert passent successivement du français au créole et inversement sans changer de contexte : on parle alors de code-switching.
6.[1] Seul un harmonica ponctue régulièrement les dialogues. Ce petit instrument, symbole de la solitude de celui qui en joue, à savoir Auguste, laisse en outre le corps libre de bouger, de danser, ce qui explique sans doute le choix de José Exélis de l'intégrer à sa mise en scène.
7.[1] Le ti-bois est un instrument constitué de deux baguettes en bambou qui sont frappées l'une contre l'autre et accompagnent traditionnellement le tambour aux Antilles.
8.[1] Le vidé est un defilé de carnaval dans les Antilles françaises. Les carnavaliers défilent en noir et blanc le dernier jour du carnaval (le Mercredi des Cendres) et en rouge et noir pour la Mi-Carême. On retrouve ces couleurs dans le décor et dans les accessoires ; ce n'est sans doute pas un hasard si Auguste et Fulbert sont vêtus de noir et blanc et si leurs valises sont respectivement rouge et noire.

1.[1] En plus d'être dramaturge, Marius Gottin (1949-2011) était aussi comédien. Il est l'auteur de trois pièces (Wopso !, Confitures de patates douces et Biwa) qui demeurent toutes inédites.
2.[1] Samuel Beckett, En attendant Godot, Paris, Les Éditions de Minuit, 1952.
3.[1] Ina Césaire, "Mémoires d'isles", in C. Makward (dir.), Rosanie Soleil et autres textes dramatiques, Paris, Karthala, 2011. Cette pièce a également été mise en scène par José Exélis à Fort-de-France en 2008.
4.[1] Le damier est une danse caribéenne de combat où les danseurs s'affrontent, se défient au rythme du tambour.
5.[1] La Martinique, comme de nombreuses anciennes colonies françaises, est en situation linguistique de diglossie : le créole, dite "langue basse", est traditionnellement réservé aux contextes familiers alors que le français, dite "langue haute", fait figure de langue supérieure parlée dans des contextes formels et officiels. Dans la pièce, Auguste et Fulbert passent successivement du français au créole et inversement sans changer de contexte : on parle alors de code-switching.
6.[1] Seul un harmonica ponctue régulièrement les dialogues. Ce petit instrument, symbole de la solitude de celui qui en joue, à savoir Auguste, laisse en outre le corps libre de bouger, de danser, ce qui explique sans doute le choix de José Exélis de l'intégrer à sa mise en scène.
7.[1] Le ti-bois est un instrument constitué de deux baguettes en bambou qui sont frappées l'une contre l'autre et accompagnent traditionnellement le tambour aux Antilles.
8.[1] Le vidé est un defilé de carnaval dans les Antilles françaises. Les carnavaliers défilent en noir et blanc le dernier jour du carnaval (le Mercredi des Cendres) et en rouge et noir pour la Mi-Carême. On retrouve ces couleurs dans le décor et dans les accessoires ; ce n'est sans doute pas un hasard si Auguste et Fulbert sont vêtus de noir et blanc et si leurs valises sont respectivement rouge et noire.

source : africultures

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