Entretien avec Mariama BAH, la toute première miss Guinée Benelux 2012.

 

« La polygamie, le mariage forcé et l’excision, ce sont ces aspects négatifs et inféodés qui mettent un frein à l’épanouissement de nombreuses familles guinéennes. »

 

L’événement très attendu par la communauté guinéenne du Benelux, de la diaspora africaine de la Belgique et par tous les amoureux de la culture guinéenne, a finalement bel et bien eu lieu. Le 26 avril dernier, le rendez-vous était donné aux prestigieux THEATRE DE DEUX GARES, à Bruxelles pour la célébration de la grande fête guinéenne au cœur de la capitale européenne.

 

Les Guinéens, leurs amis et les simples curieux ne se sont pas fait prier pour répondre massivement à l’invitation d’A-Family. Plus de mille personnes sont venues assister à cette première édition de miss, dénommée « Miss Guinée Benelux 2012 ».

C’est dans une salle pleine à craquer que se sont déroulées les festivités ponctuées par le défilé des candidates. Il faut dire que la beauté était au rendez-vous, l’ambiance aussi. C’est devant un public conquis que défileront et danseront les filles toute la soirée ; à intervalles réguliers, entrecoupés par les prestations artistiques des grandes vedettes de la musique guinéenne telles que Fatou Linsan BARRY et Yori Ken du Groupe Méthodik.

 

L’heureuse élue, au sourire splendide, s’est différenciée des 11 autres finalistes en lice. Mariama BAH a séduit les membres du jury ainsi que la foule présente par ses démarches gracieuses, son éloquence, sa beauté et son intelligence. Cette fille de 18 ans, vivant à Bruxelles avec ses parents, a pu démontrer qu’elle a les qualités requises pour porter le titre de l’ambassadrice de la beauté guinéenne.

 

De grandes personnalités telles que, M. Sampil, représentant de l’ambassade Guinée au Benelux. M. Sow, représentant de la CEDEAO auprès de l’Union Européenne. M. Lansana Béa Diallo, ancien boxeur international, ex champion du monde et député à l’assemblée nationale Belge. M. Onana, homme d’affaire Congolais vivant à Bruxelles, les représentants de SN Bruxelles et plein d’autres. Tous, venus soutenir l’événement, n’ont pas manqué d’éloges et d’encouragements à l’endroit, d’abord des organisatrices pour leur dextérité ; mais aussi envers la radieuse miss ainsi qu’à l’égard de Bintou BARRY et Houssainatou DIALLO, respectivement première et deuxième dauphine tout aussi belles et heureuses de leur couronne aux côtés de l’impératrice.

 

Peeral médias fondation (PMF) a pu s’entretenir avec mademoiselle BAH. Ensemble, nous avons évoqué plusieurs sujets : de son élection à ses projets, en passant par la situation sociopolitique du pays. Répondant avec aisance et intelligence à nos questions, elle semble déjà très à l’aise dans son nouveau rôle.

 

Entretien :

Peeral Média Fondation (PMF) : Bonjour Mademoiselle BAH! Je voudrais tout d’abord vous féliciter pour votre élection au titre de miss Guinée Benelux 2012. Nous sommes aujourd’hui le 14 juin soit 18 jours après votre sacre comme miss Guinée Benelux 2012. Pour commencer, peut on savoir quel sont vos sentiments ? Comment avez-vous vécu l’annonce du choix porté sur vous ?

 

Mariama BAH : Pour commencer, je vous dirais qu’à l’annonce des résultats j’étais envahie de   joie et d’émotions troublantes. J’étais tremblée suite à mon couronnement.

 

PMF : Qui est Mariama BAH, la toute première miss Guinée Benelux 2012 ?

 

Mariama BAH : Je suis Mariama BAH, j’ai 18 ans, je suis l’aînée d’une famille de trois enfants. Actuellement je suis des cours d’ingénieur de gestion à l’Université Libre de Bruxelles (ULB).

PMF : Revenons a votre élection, vous attendiez-vous à cette victoire ? 

 

Mariama BAH : Evidemment que non, parce qu’on était au nombre de 11, toutes élégantes, studieuses et formidables candidates qui méritaient autant l’une que l’autre de gagner.

PMF : A votre avis, qu’est-ce qui a séduit le jury chez vous et l’a amené à vous choisir comme miss Guinée Benelux 2012 ?

 

Mariama BAH : Je crois qu’évidemment le physique en faisait partie mais aussi ma culture, ma bonne humeur et mon discours qui a traduit ma volonté de lutter contre un fléau visant à la dépersonnalisation de la femme ; à savoir l’excision. Une lutte que je compte mener au côté d’A- Family par le biais de l’éducation et de la sensibilisation.

 

PMF : Pouvez-vous nous parler un peu de cette aventure ? Pourquoi avez-vous pris la décision de vous présenter à la compétition ?

 

Mariama BAH : Depuis un certain temps pas mal de gens m’approchent pour ce genre d’élections mais j’ai toujours décliné cela ; j’ai accepté cette fois-ci parce que le but principal d’A-family était purement caritatif.

 

PMF : Qu’est-ce qui a été le plus difficile pour vous durant cette aventure ? Si difficultés il y a eu, comment avez-vous fait pour les surmonter ?

 

Mariama BAH : Mes difficultés étaient, la conciliation entre les études et les préparatifs (les répétitions) ainsi que la beauté des autres concurrentes. Il fallait vraiment se battre et se battre vraiment pour mériter et se tailler la part du lion. De par ma lucidité et ma confiance en moi-même j’ai réussi à surmonter ces quelques difficultés.

PMF : Apres l’effort c’est le confort dit-on ; Quel effet cela vous fait-il d’être miss ? Qu’est ce qu’être miss représente pour vous ?

 

Mariama BAH : Cela m’a fait un effet de bonheur et d’enthousiasme. Le fait d’être miss représente une grande notoriété pour moi car je suis l’ambassadrice de la beauté guinéenne au Benelux. On peut dire que c’est un de mes rêves qui s’est réalisé.

 

PMF Avec qui avez-vous partagé ce bonheur ?

 

Mariama BAH : Bien évidemment avec ma famille et mes amis.

 

PMF : Maintenant que le choix s’est porté sur vous, vous êtes la plus belle fille guinéenne du Benelux ou pour dire les choses autrement, vous êtes l’ambassadrice de la beauté, de l’intelligence et des valeurs de la femme guinéenne dans le Benelux, pensez vous être prête et capable d’en porter la responsabilité ?

 

Mariama BAH : Bien sûr que oui, sinon je n’aurais pas participé à cette élection dès le départ. Bien que je mesure l’énorme responsabilité qui m’attend, je ferai de mon mieux pour mériter cette confiance placée en ma modeste personne et je défendrai et représenterai positivement et dignement l’image de la femme guinéenne dans le Benelux et partout où je suis appelée à le faire.

PMF : Quelle sont les missions de miss Guinée Benelux 2012 ? Quel sont les projets sur lesquels vous souhaitez vous investir ?

 

Mariama BAH : Ce sont des missions essentiellement humanitaires et éducatives. Je compte me mettre en avant pour l’émancipation de la femme guinéenne dans sa lutte contre l’excision et aussi encourager la scolarisation des filles en Guinée en particulier, et en Afrique subsaharienne en général.

 

PMF : Comment vous voyez-vous dans l’avenir ?

 

Mariama BAH : Pour l’avenir, la poursuite de mes études et la notoriété de miss Guinée Benelux 2012 m’animent d’un grand optimisme.

PMF : Qu’est-ce que cette couronne va-t-elle changer dans votre vie ?

 

Mariama BAH : Cette couronne me permettra tout d’abord d’apprendre à me responsabiliser davantage ainsi qu’à avoir une plus grande crédibilité auprès des dirigeants Guinéens pour la défense des causes qui me tiennent à cœur. Ces causes sont celles d’A-Family, à savoir l’éducation des jeunes filles, la promotion féminine et la lutte contre l’excision. Cette couronne va donc m’aider à apporter ma petite contribution à l’émancipation de la femme et à l’éducation, que ce soit en Afrique ou ici dans le Benelux.

PMF : Dans votre discours, vous avez parlé d’images positives de l’Afrique que vous souhaitez véhiculer. Pourquoi une telle image du Continent vous tient-elle a cœur ? Comment comptez-vous vous y prendre pour le faire ?

 

Mariama BAH : Comme vous le savez, l’Afrique est un continent non seulement riche culturellement mais aussi en matières premières ; chose qui peut l’emmener à un développement certain. Mais hélas ! Le mode de gestion et quelques mentalités inféodées retardent cet essor. C’est pourquoi, de mon côté, je me bats à travers l’asbl A-family pour véhiculer au maximum une image positive de l’Afrique.

PMF : Connaissez-vous la Guinée ? Que représente ce pays pour vous ?

  

Mariama BAH : Je suis née en Guinée mais malheureusement je n’y ai pas grandi. Néanmoins je m’y rends chaque année. Déjà, j’ai mes attaches familiales dans mon pays. De plus je trouve que la Guinée est un pays plein de promesses.

 

PMF : Depuis 2006, la Guinée, votre pays natal, traverse une zone de turbulence. La situation du pays se complique de plus en plus, quelle lecture faites-vous de la situation politique guinéenne ?

 

Mariama BAH : Comme beaucoup de Guinéens, je porte beaucoup d’optimisme quant à la tenue prochaine des élections législatives qui amèneront, sans doute, une plus grande stabilité politique au sein de la Guinée.

PMF : Avez-vous une personnalité qui vous inspire dans la vie ?

 

Mariama BAH : Oui, Nelson Mandela, car c’est une personne qui a consacré sa vie à la lutte pour la liberté des peuples africains.

 

PMF : Je sais que de nombreux lecteurs se demandent si Mariama BAH a quelqu’un dans sa vie ? Est-ce le cas ? Sinon comment voyez-vous l’homme de votre vie ?

 

Mariama BAH : (Rires) ! Non, pour le moment ma priorité se porte sur mes études.

 

PMF : En tant que désormais personnalité publique féminine et africaine, que pensez-vous de la polygamie, du mariage forcé et de l’excision ?

 

Mariama BAH : Je crois que ce sont ces aspects négatifs et inféodés qui mettent un frein à l’épanouissement de nombreuses familles guinéennes.

PMF : Selon vous, quelle est la chose la plus importante dans la vie ?

 

Mariama BAH : Le travail et l’honnêteté.

 

PMF : L’association A-Family a eu l’initiative d’organiser cet événement pour promouvoir la culture et la beauté guinéenne dans le Benelux. On sait aussi qu’elle a une vocation essentiellement humanitaire. Que pouvez-vous nous dire sur cette association ? Quels sont ses objectifs et quelles sont les missions ou l’idéal qu’elle vous demande de défendre ?

 

Mariama BAH : Je voudrais tout d’abord remercier les membres de cette association de s’être engagés pour la promotion de la culture guinéenne en Europe. Je voudrais également les remercier pour leur engagement humanitaire en Afrique, mais aussi ici dans le Benelux. L’association mène des actions humanitaires en faveur des couches vulnérables, que sont les femmes et les enfants via l’éducation, la sensibilisation et l’alphabétisation. Elle a déjà donné une enveloppe à hauteur de ses capacités à Sarata, cette malvoyante en 2ème année de fac en Guinée, qui s’est vue obligée d’arrêter ses études pour des raisons de santé. L’association donne aussi des fournitures scolaires à certains élèves de Conakry dont les parents n’ont pas de moyens. A-Family assiste aussi des familles immigrées en les informant sur le système éducatif de leur pays d’accueil et en les aidant à mieux suivre la scolarité de leurs enfants. Je suis convaincue qu’on ne peut changer efficacement les choses que par l’éducation ; et c’est l’objectif d’African Family. Pour toutes ces raisons, je pense qu’elle mérite d’être soutenue et encouragée.

 

PMF : Avez-vous un message particulier à délivrer à l’intention des filles qui pensent déjà à être à votre place l’année prochaine ?

 

Mariama BAH : Je leur souhaite beaucoup de courage et beaucoup de chance. Je leur conseille aussi d’avoir confiance en elles.

 

PMF : Quel est votre dernier mot ?

 

Mariama BAH : Je vous remercie pour cette interview et je remercie toutes les personnes qui m’ont soutenue durant cette expérience.

 

PMF : Je vous remercie d’avoir répondu nos questions.

 

Propos recueillis par Tidiane Maloun BARRY (www.peeral.com)

 

Devoir de mémoire ? On ne connait pas.

Pendant mon séjour en Guinée, j’ai réalisé des séries de reportages dont voici un : le port négrier de Dominya.

Dominya est un petit village situé à 7km de Boffa qui à son tour est à peu près 130km de Conakry la capitale.

C’est à Dominya que fut construite la première école en Guinée et c’est là aussi que se trouve la première Eglise anglicane; il faut noter que les anglicans précédèrent les catholiques dans notre pays.

Cet endroit fut jadis un grand centre de commerce d’esclaves et aujourd’hui tout est à l’abandon.  Deux petites histoires :

Un canon datant de cette époque fut vendu par un imam qui fut destitué et réhabilité plus tard parce qu’il a dit avoir vendu le canon pour participer à la construction de la nouvelle mosquée.

Un préfet de Boffa fit démolir une des bâtisses qui servaient de comptoir pour récupérer les briques en pierre et faire un bâtiment à Boffa.

Ce qui me fit penser à la destruction du Camp Boiro bref. Heureux ou douloureux, nous devons faire face à notre passé car ignorant notre histoire, nous avons toujours tendance à reproduire les mêmes choses.

Un joueur du Hafia m’avait dit :

 

Tu sais chez nous, le devoir de mémoire, on ne connaît pas.

Voici en image, mon reportage à Dominya.

 

http://www.youtube.com/watch?v=589F1mhNuOk

Paul Théa

.

Jeanne, vous avez dit Jeanne Macauley ?

 

Dans ma chronique des hommages aux ainés, j’ai souvent parlé des hommes et une fois n’est pas coutume, je vais vous parlez d’une grande Dame de la culture guinéenne.

Je ne peux pas faire un petit portrait de Jeanne Macauley, que tout le monde appelle affectueusement « Tantie Jeanne », sans raconter notre rencontre.

J’avais un accord avec tonton Hamidou Bangoura, qui était, par ailleurs, l’artiste chargé de remettre la coupe de la reconnaissance au Hafia, pour faire un documentaire sur les Ballets Africains. Le jour dit, interviews des anciens etc. Tout se passe bien dans une bonne ambiance mais Tantie Jeanne n’est pas là.

A deux jours de mon départ, malgré la grosse fatigue qui se faisait sentir, les derniers éléments à boucler, j’avais le sentiment d’un travail inachevé, un documentaire sur les Ballets Africains sans une de ses icônes vivantes ! Sur des indications fournies par un ami, je me suis lancé à la recherche de chez Tantie Jeanne. Je retrouve la concession ; elle n’y est pas mais un jeune me demande si je connais son numéro  de téléphone. Si je l’avais, je ne l’aurais pas cherchée, ai-je failli lui répondre nerveusement ! Bref il me donna le numéro et ma chance fut qu’elle ne fût pas loin; la rencontre fut sympathique surtout qu’elle avait entendu parler de moi.

Après l’interview, nous avons passé en revue quelques albums ; certains  sont abimés suite à une inondation; elle m’a montré son album avec des grands acteurs américains (Yul Brynner, Marlon Brando, etc.); nous y avons passé, je crois trois heures ensemble et pour une visite imprévue, elle fut disponible et très agréable. Elle m’a parlé de sa troupe « Sanké » qui veut dire racine et m’a invitée à rencontrer ses artistes, le lendemain. Ma réponse fut oui, évidemment.

Le lendemain, donc veille de mon départ, je tiens à respecter mes derniers engagements mais des alertes me font comprendre que le corps n’en peut plus ; chez Mr Pierre Bangoura, troisième capitaine du Syli National, j’ai senti un petit vertige passager et au moment de retourner chez Tantie Jeanne, le corps n’avait plus beaucoup d’énergie.

J’ai néanmoins pu filmer sa troupe et finir le travail; physiquement, j’étais au bout du rouleau mais heureux d’avoir la dernière pièce du puzzle.

En entendant le documentaire sur les Ballets Africains, voici en résumé le portrait de Jeanne Macauley.

Elle est née sur les Ile de Loos au large de Conakry; elle n’aime pas l’école, elle est turbulente et comme on dit de nos jours, elle est un garçon manqué qui ne s’intéresse qu’aux jeux des garçons; le foot, etc.

Après l’indépendance de la Guinée, Fodéba Keita, devenu ministre, mit à la disposition de la Guinée ses Ballets devenus Les Ballets Africains de Guinée.

Une retraite est organisée sur les Iles pour les recrutements et les entrainements.

A cet effet, neuf cents artistes sont convoqués; les entrainements sont si durs que certains prennent la fuite; Jeanne, elle, se voit là dans son élément et elle est retenue parmi les neuf filles que les Ballets veulent recruter et très vite, elle se voit confiée de grands rôles dans tous les numéros.

Elle est rentrée dans tous les masques (Nimba, Kankilambé etc.) sauf les échassiers de la Forêt; pas par peur, non ; c’est parce que, un jour, dans les vestiaires, en s’entrainant sur les échasses, son directeur fit interruption, « non Jeanne, ce n’est pas pour les filles »; elle faillit se faire sanctionner, donc il lui fut interdit d’y toucher.

De tous ses rôles, c’est celui de l’Orpheline qui l’a le plus marquée.

Avec les Ballets Africains, Jeanne Macauley fit à plusieurs reprises le tour du monde et partout, le succès est tel qu’ils doivent assurer deux spectacles par jour.

Des tournées qui pouvaient durer deux ou même trois ans à tel point qu’un jour, certains artistes pleurèrent devant le Président Sékou Touré pour diminuer la durée des tournées puisque leurs parents leur  manquaient. C’est ainsi que les tournées furent limitées à six mois.

A sa retraite, un jour au musée national, elle voit descendre du taxi, un ancien des Ballets Africains qui avait de la peine à marcher, elle est si choquée qu’elle fit un rêve la nuit et depuis ce rêve, elle demanda au anciens des Ballets de se prendre en main et de se lancer dans une nouvelle aventure, par exemple former un autre troupe; elle ne fut pas suivie mais elle alla jusqu’au bout de ses rêves avec la création de Sanké.

De ses souvenirs, je vais en relater deux; en Angola d’abord, la publicité sur la venue des Ballets Africains avait suscité un tel engouement, que personne ne voulait rater l’événement; deux étaient spectacles prévus; à la fin du premier, la salle n’était pas encore vidée quand le second groupe entra ; ce qui provoqua une bousculade énorme; Jeanne n’a jamais vu autant de morts et chaque fois qu’elle y pense, elle éprouve l’envie de pleurer.

Le second, se passe aux Bermudes, pour la première fois, elle voyait des hydravions; des avions qui roulent sur l’eau avant de s’envoler; incroyable !

Nous avons brièvement parlé de Myriam Makéba, qu’elle a fait venir en Guinée, qui doit plus à la Guinée que le contraire mais qui fut honorée; Tantie Jeanne se contente de dire en soupirant, «c’est ainsi la Guinée », plus personne ne les regarde... », eux les artistes.

C’est ma modeste façon de rendre un hommage à une grande Dame de la culture guinéenne ; Jean Macauley.

Photo Tantie Jeanne jeune, et tantie Jeanne me présentant à ses artistes.

 

Ban-Kélé ou la Guerre du Refus

Le texte  qui suit est un extrait du livre d’Yves Person intitulé: Samori  la renaissance de l’empire mandingue. Il relate la grande révolte consécutive au terrible effort de guerre imposé  aux populations suite au siège désastreux de la citadelle de Sikasso  par l’armée de Samori. Instinctivement, je suis tenté de rapprocher ces rebellions aux insurrections et dissidences hubbhus  dans le Fouta Djallon théocratique qui se produisirent à peu près à la même époque pour des raisons similaires. Je pense aussi au soulèvement spontané  des femmes de Conakry en 1977 contre les abus de la Police économique et la dictature stalino-mandingue  du PDG. C’est aussi à l’appel des syndicats, la quasi -insurrection de janvier-février 2007 des travailleurs et de la jeunesse guinéenne contre la pauvreté et le despotisme du régime Conté. Nos populations ont de fortes traditions de lutte contre les injustices et les tyrannies depuis la nuit des temps. Là où règnent l’oppression et la misère, les peuples finissent toujours par se révolter car l’aspiration à la liberté est inscrite par Dieu dans le cœur de tout homme. C’est un don et un dépôt inaliénables. Chacun en rendra compte au grand et terrible Jour. Carton jaune donc à la dictature militaro-ethno fasciste naissante du RPG (Diallo Boubacar Doumba).

Yves Person raconte :

  En cette fin  d’hivernage 1888, le conflit s’étend partout. Nous l’avons indiqué: las des réquisitions imposées par l’almami, las de l’intransigeance religieuse dont font preuve ses lieutenants, les peuples soumis ou même librement alliés se soulèvent. La révolte qui se propage en quelques semaines sera appelée « Ban-Kélé » ou « Guerre du refus ». Le mouvement est accentué par les faux bruits que colportent les griots et les marchands : beaucoup affirment que Samori est mort, ce qui délie tous ceux qui ont bu le dégué et ont juré obéissance : d’autres faisaient assaut de  mauvaises nouvelles, prétendent que, furieux contre sa famille, l’almami a nommé comme successeur Moryfindian, son griot inconditionnel. Cette invention provoque le résultat que l’on attend : elle choque tous les chefs dans leur mépris des hommes de caste et plus particulièrement les animistes qui détestent pêle-mêle tout ce qui s’avoue musulman.

L’insurrection éclate partout à la fois : apparemment sans liens. Le mouvement paraît spontané : les insurgés n’essaient pas de s’unir. Moins que des chefs vénérables, ce sont de jeunes hommes, des  guerriers encore inconnus qui mènent le soulèvement. Il naît de toutes parts des champions tribalistes, des défenseurs de religions contradictoires. Tous invoquent la liberté et lancent des coups de boutoir contre l’unité qui s’effondre.

Les premiers  craquements ont lieu sur les frontières, parmi les peuples imparfaitement acquis. Dans la vallée du Niger, les Français, qui croient, ou feignent de croire, à la disparition de l’almami soutiennent la révolte. Les troupes bambaras, menées contre leur volonté vers l’ouest, se mutinent. Malgré le dévouement de fidèles, les sofas attaqués, trahis de toutes parts, s’enfuient. Ils refluent tandis que l’ennemi étend sa puissance sur les routes de Freetown, l’indispensable pourvoyeuse de fusils.

En quelques semaines, il ne s’agit plus de maintenir l’intégralité du territoire mais de sauver la capitale, d’interdire les accès menant à Bissandougou.

Là, aucune trahison ne semble à craindre. La favorite et régente, Sarankényi, fait preuve d’énergie  et d’intelligence. Elle sait jouer des fidélités et remplace, aussi bien qu’un homme l’almami.

Cependant, les gens du Wasoulou, à leur tour, se mettent dans la danse. Ils coupent Sikasso et ses assiégeants exsangues du reste de l’empire. Cette révolte, arrêtant les colonnes de ravitaillement, devrait faire comprendre aux samoriens qu’il n’est plus temps de s’obstiner. Pourtant, devant l’évidence, l’almami se cabre. Il minimise le soulèvement, surestimant ses ultimes chances.

C’est alors que le centre même de l’empire, le Konyan, vacille. Persuadés que la mort de Samori, refusant de se soumettre à son successeur présumé, une large partie des clans Kamara se révolte. Seules quelques chefferies demeureront fidèles. Fidélité inestimable : elle empêchera les insurgés du haut Konyan de rejoindre les révoltes de l’ouest.

Malgré ces noyaux de résistance, les insoumis estiment avoir secoués le joug. Partout, ils se réjouissent quand parvient une terrible nouvelle : Samori n’est pas mort. Il pénètre dans ses terres et surgit brutalement en ces derniers jours d’août 1888, après avoir quitté secrètement Sikasso. Alors, les légendes basculent.

Les mêmes qui répandaient le bruit de son décès, affabulent et décuplent sa force.  Les révoltés invincibles d’hier craignent de l’affronter. A l’euphorie succède la panique.  Dans un empire qui n’est plus qu’étoffe déchirée, le seul nom de l’almami suffit à semer la terreur. S’ils étaient capables de conserver la tête froide, les insurgés sauraient  qu’ils demeurent sans conteste les plus forts. Mais retrouvant le vieux respect du maître, la plupart sont déjà fascinés. On dit que l’almami affronta les premiers villages dissidents à peu près seul et que ses adversaires demeurèrent pétrifiés devant lui.

La vérité semble tout autre. Samori, loin de se livrer à une tentative aussi désespérée que romantique, se  renseigne : il médite sur la tactique à suivre ; il met de son côté tous les atouts. Le plus important parait être de reconstituer un semblant de force. L’opération n’est pas facile. Beaucoup des sofas que n’a pas décimés le siège ont trahi ; d’autres demeurent suspects. La première armée qu’il rassemble paraît le fantôme branlant  d’une puissance abolie. Mais Samori a retrouvé ses vielles méthodes : séduction, division, intimidation mêlée de promesses.  En quelques semaines, il parvient à saper le moral de ses ennemis.

Quand il donne l’assaut, les révoltés s’estiment, sans raison profonde, aux abois. Là se place l’épisode le plus sanglant de son histoire, à Samamouroula, qui lui ferme la route de Bissandougou et du Milo. Pour ne pas s’en indigner, il faut se rappeler combien la situation était désespérée. Pour l’almami, une seule alternative : retrouver immédiatement sa pleine autorité ou disparaitre. Recouvrir les chemins de sa capitale ou demeurer dans l’isolement.

Les assiégés tentent  de négocier ? Il fait décapiter leurs parlementaires. Il investit la place : les rebelles, au nombre de plusieurs milliers, sont mis à mort. La légende affirme que les bourreaux décapitèrent pendant de longues heures sans prendre un instant de repos. On montre encore aujourd’hui, au nord de ce village, un ravin qui, selon plusieurs témoignages, aurait été creusé par des ruisseaux de sang.

D’après Yves Person

Note

Au moment je terminais  la saisie de ce récit, je reçus un coup de fil d’un de mes frangins  auquel je fis part de mon intention d’écrire quelque chose sur « Ban-Kélé ».Grand lecteur et très averti, il me fit aussitôt un rappel  de l’ extrait suivant  du  roman, grand prix littéraire de l’Afrique Noire en 1974, Je laisse les internautes deviner le titre et l’auteur de ce chef d’œuvre  ainsi que la signification des deux anagrammes « Yorsam » et « Noubigou » . Le héros W de ce livre ,de son vrai nom Samba Traoré raconte :

« Son pays fut le triste théâtre de longues guerres du conquérant Yorsam, qui luttait contre les habitants de Noubigou pour se tailler un empire ,tandis que d’un autre côté ,il guerroyait contre les Français pour conserver les domaines conquis.

Les atrocités inutiles commises par Yorsam poussèrent les gens de Noubigou à ouvrir leurs bras aux conquérants Français. Beaucoup de jeunes gens s’engagèrent dans les corps militaires constitués par les indigènes. C’était l’armée des tirailleurs sénégalais.

La population avait juré d’avoir Yorsam et de le livrer aux Blancs. Elle ne devait y parvenir qu’après plus de quinze ans de guerre.

Les Français craignaient cependant un revirement possible de la part des chefs et notables du pays en faveur de Yorsam, si jamais celui-ci obtenait le moindre avantage militaire sur les troupes françaises. Pour se garantir contre cette éventualité ils créèrent l’Ecole des otages à Kayes où ils envoyèrent de gré ou de force tous les fils de chefs et de notables….. »

J’espère que ce « copier-coller » que je vous livre intéressera  plus d’un . Personnellement, cela m’a édifié à plus d’un titre .

Was salam

Diallo Boubacar Doumba

La Cité islamique de Kankan aux XVIIIe et XIXe siècles

Etre fidèle au foyer des ancêtres, ce n’est pas en conserver les cendres, mais en transmettre la flamme (Roger Garaudy)

Après une série d’articles sur l’Islam au Fouta Djallon, je me propose dans cette très modeste publication d’aborder la propagation de l’Islam en pays malinké. Certains trouveront peut être cela un peu prétentieux de ma part; aussi les internautes et les spécialistes voudront bien être indulgents et d’avance m’excuser pour les nombreuses insuffisances. Mais, c’est un début et une opportunité pour ouvrir une discussion et surtout un échange sans passion afin de permettre à tout un chacun de mieux connaitre une page de l’histoire de notre pays, la Guinée et  aussi de  découvrir les multiples liens séculaires  qui  unissent ses fils. Des historiens ont déjà étudié ces questions. Je souhaite juste faire profiter mes lectures aux uns et aux autres.

Située dans le Haut Niger, la métropole malinké de Kankan a eu un certain temps son destin politique lié à la confédération théocratique du Fouta Djallon. Cette bourgade située sur le territoire du Baté fut fondée au XVIIe siècle par des Maninka-mori fortement islamisés d’origine Sarakholé venus du Diafunu. Elle ne devint une véritable ville qu’au XVIIIe siècle. L’immigration des Kaba du Baté semble dater du XVIe siècle, leur plus ancien village étant Kabala, situé à quelques kilomètres au Nord-Ouest de Kankan. Ce dernier fut fondé par un petit fils de leur ancêtre Muramani (ou  Abdourahmane Kaba) qui fut rejoint plus tard par sa sœur Mariamagbé, une sainte.

Précisons que la plupart des grandes lignées des Manden-Mori qui sont des Sarakholés d’origine sont issues du Baté. C’est ainsi que Kofilani est le foyer de diffusion des lignées Bérété en zone préforestière. Les Bérété é ont fourni les marabouts des Kamara, à l’époque de leur grande migration vers le Konyan, au XVIe siècle. Les  Cissé ont pour foyer Bakongo, Binko pour les Turé et Soila pour les Diané. Tous ces villages sont groupés dans le Baté, ce qui met en évidence l’importance historique du pays de Kankan dans la diffusion de l’Islam en pays malinké particulièrement.

L’essor de Kankan découlait du trafic intense entre le Haut Niger et la Côte des Rivières du Sud, grâce à la sécurité relative que procurait le Fouta Djallon. Les commerçants malinkés  comprirent vite cette opportunité et ils affluèrent en nombre vers ce nœud de routes commerciales, formé par le bief aval du Milo et son confluent avec le Niger. C’était le point de départ des pistes qui descendaient d’un côté vers les comptoirs européens et se dirigeaient de l’autre vers les kolateraies de la Forêt. Les agglomérations musulmanes se multiplièrent alors autour de Kankan jusqu’à former un véritable Kafu Dioula qui prit le nom de Batyé « entre les fleuves ».

La ville fut asservie pour quelques années par Brèma Condé Diakité, chef de guerre wasulunké qui à la tête d’une puissante coalition animiste avait envahi le Fouta Djallon  et ravagé Timbo. Mais la ville de Kankan profita de la défaite de Brèma Condé au Fouta pour s’affranchir et former une petite république marchande placée sous l’autorité de la famille Kaba. C’était vers 1778. Celle-ci avait alors à sa tête un saint homme, le vénérable Alfa Kabiné  auréolé d’ un immense prestige, et qui avait dirigé la reconstruction du Baté. Jusqu’à sa mort vers 1810, Kankan se contenta de défendre sa liberté et de prospérer par la science musulmane et le négoce. Cependant les animistes du Sankaran relevaient la tête à mesure que la menace peule au Fouta s’estompait. Mais ils respectaient la Cité-Etat dont l’intense activité commerciale leur était profitable.

Kankan et Elhadj Omar

Kankan est ainsi devenue une métropole dont l’influence était incontestée, jusqu’à la lisière de la Forêt. C’est Kankan qui servait de relais au Fouta Djallon théocratique et c’est d’elle qu’aurait dû émaner le souffle de la révolution islamique. Bien que le Baté fut le pays natal de Mori-Oulen Cissé, d’obédience qadiri et formé au fouta-djallon,  celui-ci déclenchera la première guerre sainte dans le sud. Kankan restera dans une politique prudente et conciliatrice envers les animistes du Sankaran et du Toron quinze ans après que les hostilités furent déclenchées au Konyan. Le successeur de Alfa Kabiné, son neveu Mamoudou Sanusi, dit Koro-Mamoudou était un vieillard paisible. Néanmoins, le prestige religieux des Kaba commençaient à pâlir devant l’éclat des Shérifu, venus du Moyen Niger au XVIIIe siècle et qui détenaient le wird de la confrérie qadriya. La rivalité des Shérifu suffit à expliquer que les Kaba se soient tournés vers la Tidjaniya dès 1838 (?), lorsque Elhadj Omar visita Kankan à son retour de la Mecque. Alfa Mamoudou, petit fils de Mamoudou Sanusi, suivit aussitôt le grand marabout dont il devint un disciple (taalibu). C’était devenu certain que l’ardeur guerrière de la nouvelle voie allait contaminer les hommes du Baté et leur insuffler l’idée d’imposer enfin leur loi par les armes. Alfa Mamoudou constitua une colonne pour aider Elhadj Omar au siège de Tamba, qui marque vers 1851 le début de la guerre sainte (dyaadi). Dès son retour à Kankan, il entreprit une série de petites guerres destinées à élargir le Bâté ou à réduire la hargne des voisins animistes, les Kondé du Sankaran et les Konaté du Toron. Il se lança ensuite contre le Wasulu (1851-1852) ouvrant ainsi une grosse crise qui allait durer plus d’un quart de siècle.

Nous n’allons pas rentrer dans le détail des péripéties des guerres saintes de Kankan pour ne pas allonger cet article. La mort de Alfa Mamoudou suivit de peu la disparition de Elhadj Omar dans les falaises de Bandiagara et la crise de l’Empire Toucouleur calma un moment l’ardeur de ses alliés de Kankan dont le nouveau chef Fadima Mori, lui accorda quelques années de quiétude. Son frère Umaru-Ba, finit pourtant vers 1870, par le persuader de reprendre une politique d’expansion. Il s’agissait cette fois d’écraser les Kondé du Basando et du Sankaran. Mais cette agressivité des Kaba souleva la colère de tous les animistes riverains du Niger, du confluent du Milo à Kouroussa. En représailles, ils organisèrent un véritable blocus commercial de Kankan et envoyèrent plusieurs renforts aux Kondé. Après plusieurs batailles et au moment où il allait triompher, Umaru-Ba Kaba se laissa surprendre et périt avec presque toute sa colonne (1873).

Les Kaba si proches de la victoire, étaient à présent aux abois et face à la coalition animiste, ils se virent obligés de se tourner vers Samori dont la jeune puissance grandissait sur le Milo. Ils ne pouvaient pas prévoir qu’en appelant le grand conquérant d’ailleurs pas toujours scrupuleux en matière d’Islam sur le Niger, ils allaient préparer son triomphe et causer leur propre perte. En 1881, après un siège, Kankan tombera dans l’escarcelle de Samori qui avait su jouer à fond la carte de la divergence profonde entre les deux confréries rivales, la tidjaniya et la qadriya. Il se montrera néanmoins, relativement clément à l’endroit des habitants de Kankan.

Note : Karamoko Qoutoubou de Touba au Fouta fut le maître spirituel de plusieurs grands marabouts :

  • Alfa Mamadou Diouhé de Laminiya, instigateur de la rébellion hubbhu dans le Baïlo,
  • Thierno Aliou le waly de Gomba, un autre grand hubbhu,
  • Thierno Ibrahima ou waly de N’Dama, dissident hubbhu dans le Labé,  
  • Mory-Oulen Cissé, initiateur de la guerre sainte dans le sud , aux frontières du Konyan.

Was salam !

Diallo Boubacar Doumba

Email : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.