Moonlight, de Barry Jenkins

Un homo dans le ghetto

Comment écrire sur Moonlight après la 89e cérémonie des Oscars et son incroyable bourde ? Comme si la difficulté d’obtenir un Oscar avec un film dont le héros est noir et gay et dont un des acteurs principaux est musulman en 2017 était si grande que comme par automatisme institutionnel, il était attribué à un film blanc (que l’auteure de cette critique n’a pas encore vu), mettant en scène un musicien de jazz blanc dans une esthétique nostalgique des années cinquante. Warren Beatty et Faye Dunaway, deux monstres du cinéma des années 70s, dont l’âge est en phase avec la majorité des membres de l’Académie des Oscars qui prennent le temps de visionner les films et de voter, ont eu une hésitation puis ont annoncé le mauvais gagnant parce qu’on leur avait donné la mauvaise carte. Erreur assourdissante, lapsus monumental, révélateur de la domination historique WASP dont Hollywood cherche constamment à se démarquer.

Dénoncé par les lobbies politiques de la représentation médiatique (les Image Awards de la NAACP pour les Africains Américains ou les GLAAD Media Awards pour les personnes LGBTQI, entre autres récompenses communautaires) et le grand public à travers le hashtag twitté et retwitté, #oscarsowhite, la cérémonie des Oscars est depuis plusieurs années critiquée pour la trop faible représentation des noirs parmi les récompensés. En 2015, Neil Patrick Harris avait introduit la cérémonie des Oscars en annonçant « Tonight we honor Hollywood’s best and whitest... sorry brightest... » (Ce soir nous honorons les plus blancs... pardon les plus grands d’Hollywood), déclenchant un éclat de rire général et les applaudissements d’une salle qui semble partager cette vision et souhaiter que cela évolue. L’Oscar du meilleur film cette année à Moonlight rectifie-t-il le tir ? La La Land aura reçu l’Oscar du meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleure actrice, et six Oscars en tout, tandis que ce sont une actrice et un acteur noirs, Viola Davis pour Fences et Mahershala Ali pour Moonlight, qui raflent les Oscars des meilleurs seconds rôles. Comme l’explique Cheryl Boone Isaacs, présidente africaine américaine de la cérémonie des Oscars depuis quatre ans, les Oscars sont décernés par les membres de l’Académie qui sont pour 75 % des hommes et à 89 % des Blancs (pourcentages en baisse depuis son arrivée). Les barrières institutionnelles sont fortes puisqu’il faut être invité (elle le fait) et avoir les moyens de payer l’adhésion et autres frais divers.

Moonlight est un beau film produit de manière indépendante par un cinéaste dont le premier film, Medecine for Melancholy, n’avait pas fait beaucoup de bruit malgré quelques prix et une approche expérimentale hors du commun. Ses personnages noirs et métis vivaient dans les quartiers branchés de San Francisco, faisaient du vélo et visitaient des musées, écoutaient de la musique de Blancs (entre autres) et discutaient de leur négritude (entre autres) sans tirer de vraies conclusions sur comment vivre sa vie.

Je me demandais, dans une critique de 2013 si Barry Jenkins franchirait les portes d’Hollywood et à quel prix (cf. critique n°11827). Il l’a fait avec Moonlight, un film qui situe son intrigue dans le ghetto et dénonce la pauvreté, comme nombre de films noirs américains récompensés aux Oscars à travers l’histoire (Training Day, Monster’s Ball, Hustle & Flow, Precious, The Help, 12 Years a Slave, Fences) et comme la majorité des films noirs américains qui réussissent commercialement. Moonlight ne déroge pas à la règle : mère prostituée, père absent, violence, drogue...

C’est un peu comme ce cinéma africain produit par l’Occident qui sans cesse raconte la vie au village, tandis que les mégalopoles grandissent et les téléphones portables pullulent. Ces histoires méritent d’être racontées, mais pourquoi toujours les mêmes ?

Moonlight ne raconte pas la même histoire, bien sûr, puisque son protagoniste est homosexuel et que son enfance est marquée par les moqueries puis la violence homophobe. On retrouve les dynamiques complexes authentiquement décrites dans Un homo dans la Cité (cf. critique n°12000), quand le héros se fait tabasser par celui qui l’a embrassé et qui doit plus que les autres montrer qu’il le rejette. Dès l’enfance, Little est ainsi surnommé parce qu’il est chétif, reconnu par les autres comme homo alors qu’il ne le sait pas lui-même, sans bien comprendre ce qui le trahit. Il arrive à se faire appeler Chiron à l’adolescence (c’est son nom) où le harcèlement des caïds le poussera à bout. Après un passage en prison où il apprend le métier de dealer, qu’il exécutera avec succès, il se fait appeler Black et opère une véritable métamorphose pour survivre dans son quartier. Nouvelle identité à laquelle ceux qui le connaissent, et le public, ne peuvent tout à fait croire.

Comme Brokeback Mountain, la force de Moonlight est dans ses silences, sa violence étouffée, le cri de la mère rendu muet au montage. La facilité de tomber dans l’illégalité jamais expliquée. Le seul espoir est la protection et l’amour d’un jeune dealer (Mahershala Ali) pour un enfant à qui il inculque la fierté d’être soi-même. La violence et la mort qui s’en suivent sont laissées hors-champ, données connues et dont le montage exprime à quel point elles attaquent les corps noirs qui les infligent et les reçoivent comme un seul. Le gangster homo de Jenkins renouvelle la figure d’Omar dans The Wire et lui offre une porte de sortie.

Dans la cohue des récompenses, Barry Jenkins sembla en oublier son discours de remerciements. Fallait-il y croire vraiment ? Il n’avait même pas osé en rêver, dit-il. Comme le dit le message de soutien aux jeunes personnes LGBTQI, « It Gets Better » (www.itgetsbetter.org/), Black a l’avenir devant lui, et les Oscars aussi.

Oscars 2017 : « Moonlight » sacré meilleur film, six statuettes pour « La La Land »

La 89e cérémonie des prix du cinéma américain a été marquée par le sacre de deux acteurs noirs, une déferlante de messages anti-Trump et un gros cafouillage.

 

Warren Beatty, lors de la 89e cérémonie des Oscars, le 26 février à Los Angeles.

L’édition 2017 des Oscars, dimanche 26 février, se terminera sur une note historique : l’acteur Warren Beatty venu annoncer le lauréat du meilleur film ouvre l’enveloppe censée contenir le résultat, hésite, puis sacre La La Land, de Damien Chazelle… En lieu et place de Moonlight, de Barry Jenkins.

Deux producteurs de la comédie musicale étaient déjà en train de remercier l’Académie, quand l’un d’eux s’est rendu compte de l’erreur devant des centaines de millions de téléspectateurs : « Il y a une erreur, “Moonlight”, c’est vous qui avez gagné le prix du meilleur film. » Voici la vidéo :

Quelques minutes plus tard, Warren Beatty a pris la parole pour expliquer les raisons de son erreur. « J’ai ouvert l’enveloppe et il y avait écrit “Emma Stone – La La Land”. C’est pourquoi j’ai regardé si longtemps l’enveloppe. Je n’essayais pas d’être drôle. » L’acteur avait effectivement entre les mains la catégorie « meilleure actrice » et non celle du « meilleur film ».

Le long-métrage, qui était en lice pour quatorze trophées et de fait grand favori de la 89cérémonie de remise des prix les plus prestigieux du cinéma américain, se contente donc de six statuettes, dont celles de meilleure actrice, meilleur scénario original et meilleur réalisateur. A 32 ans, Damien Chazelle devient le plus jeune cinéaste distingué dans cette catégorie.

image: http://s1.lemde.fr/image/2017/02/27/534x0/5086033_6_0710_2017-02-27-46728d6-21627-uyn58t-du3fa2lnmi_53a0e3ab7a7cba92c8e6f4cf7efb25bb.jpg

Emma Stone, meilleure actrice pour « La La Land », avec Ryan Gosling.
Emma Stone, meilleure actrice pour « La La Land », avec Ryan Gosling. MARK RALSTON / AFP

Emma Stone, qui campe dans le film une apprentie comédienne, a, elle, coiffé au poteau ses rivales, dont Natalie Portman – pour Jackie – et Isabelle Huppert – pour Elle. L’Oscar est le seul trophée notable manquant à l’impressionnant palmarès de l’actrice française, qui a déjà empoché un Golden Globe, un Spirit et un César pour son interprétation d’une femme violée qui traque son agresseur.

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Premier musulman oscarisé

Moonlight, drame intimiste et bouleversant sur un jeune garçon noir qui grandit dans un quartier difficile auprès d’une mère toxicomane, concourait, lui, pour huit statuettes. Il a décroché la première récompense de la soirée : celle du meilleur second rôle masculin décerné à Mahershala Ali pour son interprétation d’un trafiquant de drogue. L’Américain de 43 ans devient le premier musulman oscarisé.

Casey Affleck, meilleur acteur pour son interprétation dans « Manchester by the Sea ».

Casey Affleck, meilleur acteur pour son interprétation dans « Manchester by the Sea ». FREDERIC J. BROWN / AFP

Manchester by the Sea, de Kenneth Lonergan, autre chouchou de la saison des prix, repart, lui, avec la statuette du meilleur scénario original et celle de meilleur acteur pour Casey Affleck.

De son côté, Viola Davis a été sacrée meilleur second rôle féminin pour sa performance d’épouse bafouée dans Fences. Première actrice noire nommée trois fois pour les Oscars, elle était en lice face à Naomie Harris, Nicole Kidman, Octavia Spencer et Michelle Williams.

Le boycottage iranien

Le Client, drame de l’Iranien Asghar Farhadi et coproduction française, a reçu le prix du meilleur film en langue étrangère sans son réalisateur, qui protestait ainsi contre le décret migratoire du président des Etats-Unis, Donald Trump. Une ingénieure irano-américaine, Anousheh Ansari, a lu une déclaration en son nom dans laquelle il justifie son absence par « respect pour [s]es concitoyens et ceux des six autres nations qui se sont vu manquer de respect par la [mesure] inhumaine qui empêche l’entrée des immigrés aux Etats-Unis ».

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Le bestiaire de Zootopie a, quant à lui, remporté la statuette du meilleur film animé, couronnant une année record pour le géant Disney, qui remporte ainsi son cinquième sacre de rang.

Jimmy Kimmel présentateur de la cérémonie des Oscars à Los Angeles, le 26 février.

Jimmy Kimmel présentateur de la cérémonie des Oscars à Los Angeles, le 26 février. CHRIS PIZZELLO/INVISION/AP

La cérémonie, qui se déroulait au Dolby Theatre de Los Angeles, a été – comme attendu – marquée par la critique politique. En lancement de la soirée, l’animateur Jimmy Kimmel avait donné le ton dans son monologue :

« Cette émission est regardée dans plus de 225 pays dans le monde qui désormais nous détestent. »

Le palmarès :

Meilleur acteur dans un second rôle : Mahershala Ali pour Moonlight.

Meilleurs maquillage et coiffures : Alessandro Bertolazzi, Giorgio Gregorini et Christopher Nelson pour Suicide Squad.

Meilleurs costumes : Coleen Atwood pour Fantastic Beasts and Where to Find Them.

Meilleur film documentaire : O. J. Made in America d’Ezra Edelman et de Caroline Waterlow.

Meilleur montage sonore : Sylvain Bellemare pour Premier contact.

Meilleur mixage sonore : Kevin O’Connell, Andy Wright, Robert Mackenzie et Peter Grace pour Tu ne tueras point.

Meilleure actrice dans un second rôle : Viola Davis pour Fences.

Meilleur film en langue étrangère : Le Client, d’Asghar Fahradi (Iran).

Meilleur court-métrage d’animation : Piper, d’Alan Barillaro et Marc Sondheimer.

Meilleur long-métrage d’animation : Zootopie, de Byron Howard, Rich Moore et Clark Spencer.

Meilleurs décors et direction artistique : David Wasco et Sandy Reynolds-Wasco pour La La Land.

Meilleurs effets spéciaux : Robert Legato, Adam Valdez, Andrew R. Jones et Dan Lemmon pour Le Livre de la jungle.

Meilleur montage : John Gilbert pour Tu ne tueras point.

Meilleur court-métrage documentaire : White Helmets, d’Orlando von Einsiedel et Joanna Natasegara.

Meilleur court-métrage de fiction : Sing, de Kristof Deák et d’Anna Udvardy.

Meilleure photographie : Linus Sandgren pour La La Land.

Meilleure musique originale : Justin Hurwitz pour La La Land.

Meilleure chanson originale : City of StarsLa La Land.

Meilleur scénario original : Kenneth Lonergan pour Manchester by the Sea.

Meilleur scénario adapté : Barry Jenkins et Tarell Alvin McCraney pour Moonlight.

Meilleur réalisateur : Damien Chazelle pour La La Land.

Meilleur acteur : Casey Affleck pour Manchester by the Sea.

Meilleure actrice : Emma Stone pour La La Land.

Meilleur film : Moonlight de Barry Jenkins.


Le Monde/AFP

FESPACO : les films à suivre

Fespaco : « Il faut une nouvelle vague au cinéma ivoirien » (Idrissa Diabaté)
22 février 2017 à 13h38

Coup de projecteur sur le cinéma ivoirien : la Côte d'Ivoire sera le pays invité d'honneur de la 25e édition du Festival panafricain de cinéma de Ouagadougou (Fespaco), qui se déroulera du 25 février au 4 mars dans la capitale burkinabè.

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À quelques jours de l’ouverture du festival, Idriss Diabaté, réalisateur et professeur de cinéma à l’Institut national des arts et de l’action culturelle (Insaac) d’Abidjan livre un état des lieux du cinéma ivoirien et adresse quelques critiques au Fespaco. Interview.

Jeune Afrique : Que peut-on dire de la production cinématographique en Côte d’Ivoire ?

Idriss Diabaté : Elle est embryonnaire et essentiellement pilotée par le secteur privé, qui est plutôt intéressé par les séries, car elles sont plus faciles et moins coûteuses à produire.

Pour ce qui est du secteur public, il existe l’Office national du cinéma de Côte d’Ivoire (Onac-CI), censé assister les réalisateurs. Mais cette structure ne dispose pas de moyens suffisants.

Le manque de financement est donc la première entrave au développement du cinéma en Côte d’Ivoire ?

Non. La première difficulté, c’est d’abord le manque de diffuseurs, qu’il s’agisse de la télévision comme des salles de cinéma. Cette absence fait qu’il est difficile de financer une production. C’est d’ailleurs tout le drame du cinéma africain de manière générale.

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Cela n’empêche pourtant pas certains jeunes de se lancer dans la création de films....

Il existe une nouvelle génération de cinéastes en Côte d’Ivoire, qui mène un combat salutaire. Avant, la production était bloquée car nous nous étions habitués à attendre que l’État nous donne de l’argent. Mais aujourd’hui, ces jeunes n’attendent plus après l’État. Leur investissement dans le cinéma est rare dans la sous-région, c’est une force pour la Côte d’Ivoire.

Ils produisent avec les moyens du bord. La technologie actuelle met le cinéma à leur portée : avec un ordinateur et une caméra, il est possible de faire un film et d’en assurer le montage.

Il faut une nouvelle vague au cinéma ivoirien.
Mais leur défi sera de trouver une méthode de production et de ne pas copier celle des Occidentaux qui coûte trop cher. Il serait bon qu’ils s’inspirent de la Nouvelle Vague en France. Ce courant avait été mené par des jeunes cinéastes qui se fichaient des grandes productions et avaient réussi à évacuer la lourdeur des grands studios. Résultat, ils ont influencé la façon de faire du cinéma dans le monde.

Il faut une nouvelle vague au cinéma ivoirien. Nous devons trouver un modèle et devenir autonomes, car le cinéma est avant tout une question de liberté.

Le Fespaco est censé être une vitrine du cinéma africain. Mais comment expliquer que peu de films primés lors de ce festival parviennent à percer ?

Certains films ne sortent même pas en salle, c’est un drame ! Le Fespaco ne permet pas encore de propulser un film. Dans les années 70, ceux qui ont initié le Fespaco, c’est à dire le Sénégalais Ousmane Sembène, l’Ivoirien Timité Bassolé ou encore Jean Rouch, voulaient que les films soient projetés dans les quartiers pour que le public participe. Mais cette idée a plus ou moins été trahie : le public reste à l’écart du festival et ne s’identifie pas aux films.

Le public reste à l’écart du festival et ne s’identifie pas aux films.
Le mode de sélection peut aussi expliquer le problème. Le délégué général du Fespaco est un fonctionnaire, il est choisi par le conseil des ministres. Tout cela fait que le Fespaco est en quelque sorte une institution bureaucratique, dont la sélection est aussi politique.

Il y a deux ans, j’ai fait un documentaire sur la crise en Côte d’Ivoire intitulé Ivoire clair. Je l’ai envoyé à Ouaga, mais on m’a répondu que nous étions en période de réconciliation, et que ce film pouvait difficilement être retenu.

Vous critiquez sévèrement le festival...

Ce festival est incontournable aujourd’hui, il est utile. Mais il faut l’adapter et ne pas être complaisant.

On ne peut pas abandonner une si belle idée : il faut trouver une autre formule pour que ce bel outil favorise le cinéma africain.

Voir védéo du journale Le Monde

Claire Rainfroy

Jeune Afrique

Vidéo : journale Monde

Vidéo du journal Le Monde

La Culture en Guinée depuis le règne d’un écrivain docteur d’Etat de sciences politiques : djembé, ballets,World music, « Pablo » (Vidéo)

Actualités de Guinée Conakry, 25/02/1. Nouvelle République de Guinée, www.nrgui.com. Après avoir décoré une cinquantaine de danseurs, chanteurs, tout en oubliant autant d’ailleurs dans la même discipline, Alpha Condé vient de recevoir les « artistes », c’est-à-dire maîtrse -griot avec micro (c’était une femme qui chantait le fassa du règne), ballerines, troupe nationale de théâtre (tout de même, têtes d’affiche en Guinée) certains muciciens de la world music, (il a oublié le jeune Soul, lauréat du prix RFI), leur a promis monts et merveilles (Simandou, Nimba, etc.). En prenant à témoin le richissime Antonio Souaré qui a fait ce que l’Etat n’a pu faire pour les footballeurs. Il paraît qu’à Dubréka.. Il y  a suffisamment de « papiers nemnematiques » pour en donner les détails, qu’il ne faut pas en rajouter. Merci M. Souaré pour le football roi.

Mais Lansana Conté avait laissé prospérer des dizaines de jeunes troupes, Neptune fondé par l’actuel directeur national (adjoint) de la Culture, Ansoumane Condé, la troupe Ahmed Tidiane Cissé de Koleya Oumsane Bangoura, aujourd’hui très actif à l’ISAG qu’il essaie d’ouvrir à la Cité avec l’action, la formation et l’animation culturels, ex cathedra donc. Et il est bourré de diplômes.. Faut-il rappeler que c’est un artiste, un acteur culturel, diplômé et formé à Dakar qui a fait créer l’ISAG, à savoir Siba Fassou dit Comnos, ex pensionnaire de la troupe nationale de théâtre (Daniel Sorano, Dakar), de celle de Guinée ? Siba est un Guinéen jusqu’à la moelle. Puisque qu’il est retourné au village natal pour y faire revivre, en les  ouvrant, les cultures de la Forêt. En quoi, il a dû retenir la formule de Sembene Ousmane :

L’Universel commence dans mon village natal.

Donc pendant qu’Alpha reçoit les artistes et les invite à s’organiser comme les mareyeuses, les paysans, et récemment les orpailleurs, son ministres de la culture après avoir recueilli non seulement le fonds culturel du pays profond, mais aussi ce que les allogènes demandent, leurs besoins ; et ayant bouclé ces journées nationales de concertations par la zone spéciale de Conakry, le tout est synthétisé, remis au Doyen Niane, à la tête d’un comité qui va certainement organiser une rencontre avec le père de la nation qui va leur demander de faire comme ce qu’il a dû faire avec l’association des anciennes et nouvelles femmes parlementaires, et non pas ce que le comité miss Guinée a fait : montrer des filles exhibant leur matos et d’autres richesses, en oubliant de mettre la burqa..

Last but not least, un décret est tombé sur la tête de Sansi Kaba, commissaire général de CCML (Conakry, Capitale Mondiale du Livre) qui hausse le CCML en service d’utilité publique. Pire ou mieux, cet évènement sera piloté par un comité ministériel présidé par le premier ministre ou par le ministre de la culture, qui finiront par rencontrer l’Alfa et l’oméga des arts. Ce dernier dira ce qu’il a dit aux  paysans, « organisez-vous » !

C’est facile, culture rime avec agriculture, le seul département qui ne se soit pas vu coltiné avec la culture.

Et d’ailleurs, c’est promis, la prochaine fois il y aura « Conakry capitale mondiale des arts plastiques », ensuite on verra ce qu’on pourra faire pour l’artisanat. Enfin on aura la Foire des bœufs, des moutons après celle des poissons de Baro.

Et enfin haro sur les baudets de Kankan. Ou plutôt retour à la fameuse course des ânes de Kankan. Où le premier fut toujours le dernier !

Au total il y aura un décret final.

Acte du pouvoir central :

Article 1, tous les artistes, hommes de culture, artisans, etc., sont nommés aux fonctions ci-après..

J’ai pris la Guinée là où l’avait laissée Sékou Touré.

Pas tout à fait !

De mon temps, puisque tout Guinée a été est ou sera PDG, donc de mon temps c’était :

Tous en scène !

Nos mamans sœurs filles de 8  à 88 ans.

Et on faisait du théâtre, et on est allés au FESTAC de Lagos avec « Osmène », un chef-d’œuvre révolutionnaire de Mamou censé représenter l’aliénation du diaspo fuyard et au mental néocolonisé par Molière, La Fontaine, Victor Hugo Foccart et toutes les postures faux-culs que ces Anti-guinéens qui décidemment ne changeront jamais.

En effet ces 5 millions d’aliénés ne valent que 12000 vrais Guinéens ceux qui ont le droit d voter.

Attention, ce n’est pas seulement le Président homme de culture auteur de Guinée Albanie de l’Afrique ou néo-colonie américaine ? qui le dit. Ce sont tous les chefs des "grands parti"s qui présentent un candidat au suffrage toujours resté populaire, global et multiforme.

Bref, plus ça change, plus c’est pareil.

Was-Salam,

Saïdou Nour Bokoum

www.nrgui.com

LE MYTHE DU « MESSIE » SANKARA REVISITÉ PAR PIERRE-CHRISTOPHE GAM

Dans une œuvre audacieuse au design futuriste et élégant, l’artiste camerounais rend hommage au leader révolutionnaire assassiné en 1987.

C’est l’histoire d’une rencontre spirituelle entre un gamin de la génération « pixel », et l’une de ces étoiles panafricaines apparue dans les années 1980 dans les cieux de la Haute-Volta, devenue Burkina Faso, d’où elle a éclairé toute l’Afrique.

Le premier, Pierre-Christophe Gam, est un artiste pluridisciplinaire camerounais au style moderne et raffiné dont le graphisme emprunte à l’esthétique du jeu vidéo et de l’univers du luxe, où il a fait ses classes. Le second, figure hiératique, leader révolutionnaire et visionnaire à la vie courte dont le spectre plane toujours sur le continent : Thomas Sankara.

Interpeller la « génération Kanye West »

A quoi ressemblerait le Burkina Faso, voire l’Afrique, si le plus jeune président de la planète en 1983 n’avait été assassiné quatre ans plus tard à l’âge de 37 ans ? Une question qui taraude Pierre-Christophe Gam, convaincu que ce pays enclavé d’Afrique de l’Ouest aurait été un laboratoire heureux de l’écologie, de l’autoproduction agricole en vue d’une autosuffisance alimentaire, de la lutte contre la corruption ou encore de l’émancipation de la femme. Autant de thèmes chers à Thomas Sankara qui ont inspiré et nourri l’imaginaire de l’artiste.

Pierrre-Christophe Gam mûrit son œuvre tout en poursuivant un autre projet : Afropolis, une sublime ville imaginaire incarnant une renaissance africaine, qu’il présente lors d’une soirée mémorable à Art Basel, en 2015.

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Mais Sankara hante son esprit. La même année, le jeune homme de 34 ans rend les clés de sa galerie d’art à Londres où il cesse d’officier comme directeur artistique de marques de luxe. Il s’éloigne aussi des mondanités arty de Lagos, carrefour nigérian de l’art contemporain en Afrique où il avait ses habitudes, et prend la route. Le Burkina Faso d’abord puis des pays voisins avant de rejoindre le Cameroun où il s’entretient en 2016 avec Mariam Sankara, la veuve de l’ancien président. Il s’isole ensuite trois mois durant dans un village qui dégringole vers l’océan. Là, il se met à créer, à méditer les discours et les écrits du héros panafricain, à penser ce puissant mythe, à imaginer une mise en scène des messages du leader qui interpellera aussi « la génération Kanye West », comme il dit.

Un « martyr » trahi par son meilleur ami

« Sankara était dans une mission sacerdotale avec une pureté radicale qui me fascine. Pour moi, sa vie est de l’ordre du religieux. Je le vois comme un martyr, un prophète qui a été trahi par son frère et ami », explique Pierre-Christophe Gam. Dans ce registre mystique, l’artiste accouche d’une œuvre parsemée de références bibliques, faite de collages, de dessins, de photographies, de design pixelisé, de tissus wax aux couleurs vives… Un chemin de croix qui démarre avec les cinq « grands travaux » du « Che Guevara d’Afrique » présentés comme des réalisations du Christ : « Consommez ce que vous produisez », « Bataille du rail », « Education pour tous », « Emancipation de la femme », et « Autosuffisance alimentaire ». Sur ce dernier point, Sankara avait démontré sa capacité à tacler l’un des maux du continent. « Il a vaincu la faim. Il a fait que le Burkina, en quatre ans, est devenu alimentairement autosuffisant », dira Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation de l’ONU.

image: http://Œuvre de Pierre-Christophe Gam, extraite de l’exposition « L’homme intègre ».

Dans les œuvres de Pierre-Christophe Gam, les mots de Sankara résonnent comme des slogans, des mottos toujours d’actualité en faveur de la défense de la nature, de l’Homme, d’une véritable indépendance africaine, fustigeant la fraude et les abus d’un impérialisme qu’il abhorrait.

« Critique à l’égard du pseudo-africanisme de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), il se montre encore plus hostile aux interférences américaines et européennes dans les affaires africaines (…) Sankara estime que les Africains doivent réapprendre à aimer leur continent, et à en être fiers », rappelle l’historien Amzat Boukari-Yabara dans son ouvrage Africa Unite ! (La Découverte, 2014).

L’homme intègre

Dans un coin de l’installation de Pierre-Christophe Gam s’échappe une voix douce et déterminée. Celle de Thomas Sankara qui fustige la dette et les institutions de Bretton Woods dans un discours historique prononcé en juillet 1987 à la tribune de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), à Addis-Abeba. Lui qui méprisait les aides au développement qui « installent dans nos esprits des réflexes de mendiant ». Quitter à oser refuser de régler la dette dont les « origines remontent aux origines du colonialisme », disait-il. « Si le Burkina tout seul refuse de payer la dette, je ne serai pas là à la prochaine conférence », avait-il déclaré à l’OUA. Trois mois plus tard, Thomas Sankara est assassiné. Sa mise à mort est soigneusement mise en scène par l’artiste avec un zeste de subversion.

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On y croise ainsi une ancienne première dame du Burkina Faso, pulpeuse et lascive, une bouteille de champagne remplie de sang à la main : la « pute de Babylone ». Dans ce tableau, on reconnaît la silhouette de Blaise Compaoré, l’ami, le « Judas », soupçonné d’avoir joué un rôle dans l’assassinat de Sankara à qui il succédera à la tête du Burkina Faso. Une des œuvres de Pierre-Christophe Gam revisite la Sainte Cène pour conter la trahison. On discerne le visage fermé de Félix Houphouët-Boigny, qui présidera à la destinée de la Côte d’Ivoire voisine de 1960 à 1993, en osmose avec la France. On distingue le profil concentré de François Mitterrand et le physique de mercenaires blancs distribués dans les tentacules d’une pieuvre machiavélique incarnant ce que certains ont nommé la Françafrique. Enfin, un sosie de Thomas Sankara finit crucifié.

« Je traite ces bouts de vie de Thomas Sankara comme des Evangiles apocryphes », dit Pierre-Christophe Gam depuis Le Cap, en Afrique du Sud. Il y présente pour la première fois son œuvre intitulée « L’homme intègre » lors de l’Art Africa Fair qui se déroulera du 24 février au 5 mars. Son œuvre audacieuse ressuscite un mythe, celui de l’espoir, de la lutte, d’une Afrique émancipée et épanouie qui contribuerait à un monde meilleur.

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