Carnet d’ un Zonard : 1 « Naïté enflamme la Toile », il n’en reste que des cendres de la Culture (Saïdou Nour Bokoum)

Actualités de Guinée Conakry, 31/12/2016. Nouvelle République de Guinée, nrgui.com. M. le ministre, mon cher Naïté, dès notre première rencontre, tu m’avais tutoyé en me faisant toi-même l’expresso que tu m’avais offert. Ce geste correspondait à ce jeune monsieur « moderne » dont j’ai apprécié le « Le Mouna » première version, qui permettrait à une foule nombreuse d’appeler l’étranger à un coût incroyablement bas, et surtout avec un service impeccable assuré par de jeunes Guinéen(ne)s ; mais intérieurement je me disais, « il y a un Toubab » tapis dans l’ombre ou au moins « un Blanc pour nous » (Libano-syrien, dit Moussa de Côte d’Ivoire). Eh bien non, c’est bien un jeune Guinéen du nom de Moustapha Naïté qui est également fondateur du superbe Cyber Mouna, alors que l’autre sur le trottoir d’en face disparaissait, naturellement avec la « descente » du portable depuis la « Galaxy » où prospèrent les réseaux sociaux. Nous y voilà.

M. Idrissa Camara vous interpelle « On assiste à plus de buzz que de réalisations. On veut votre réussite mais parlant d’un tailleur, une machine, il n y a pas eu un impact assez important puisque le nombre était trop peu »

Moustapha Naite : Idrissa Camara, vous n'avez pas compris le projet d'incubation et d'apprentissage des Métiers de la Confection (un tailleur, une machine Avec le Centre d'Incubation et d'Apprentissage des Métiers de la Confection installé dans la maison des Jeunes de Taouyah, ce sera, in fine, 300 jeunes filles et garçons par an formés et accompagnés dans la mise en place de leur entreprise de confection.. …Je voudrais rappeler que le rôle du ministère doit être celui de créer les conditions (accompagnement, politique globale, vision moyen et long terme…) pour l'insertion socioéconomique et professionnelle…C'est ce que nous essayons de faire avec les moyens qui sont les nôtres même si nous travaillons aussi à imaginer des financement innovants pour des projets plus structurants. J'espère que cette réponse te satisfait… »

Voilà la langue bois, avec des sigles et des vœux. Mon cher Naïté, j’étais à Ckry du 23 octobre au 11 novembre. LA REALITE ONCRETE est que vous auriez (je mets cela au conditionnel puisque les locaux sont cadenassés, donc je n’ai pas vu, mais les témoins-victimes sont là-bas puisque vous m’avez même cité en rétorquant à leur interpellation..), donc vos avez préféré évacuer les « tamtams qui sont dépassés, dixit « Super Bobo» » venu en renfort de l’Emploi contre la Culture , en y installant quelques machines à coudre, après avoir contracté avec des formateurs (sénégalais) pour apprendre à des jeunes Guinéens la broderie, fait nettoyer les deux grands hangars où j’étais en partenariat avec deux formateurs qui avaient mis en résidence des enfants que nous, nous avions extraits à la prédélinquance en leur assurant les soins de santé, une formation dans les différentes disciplines artistiques, l’alphabétisation avec une ONG guinéenne ; il y a un Américain qui leur apprend à jouer de la flute pastorale en finançant son propre séjour en Guinée (un loyer de 5 millions de fg) ; moi je leur offrais depuis 2010, un repas « propre et riche en vitamines », puisque moi-même je ne mangeais que là-bas à midi, et l’Américain et un couple de jeunes Italiens venus avec un documentaire sur « l’immigration clandestine » y prenaient le même repas les jours où ils avaient leur plage de formation.

Je suis allé te voir pour te proposer de faire nettoyer ces entrepôts qui servaient de garage et de parcs à des jeunes « quadras » intouchables parce que militants de je ne sais quel Parti. En échange, j’offre à l’Etat, la formation d’animateurs et formateurs des 6 X 38 maisons des jeunes que tu es entrain de construire. Je l’ai fait en Côte d’Ivoire dans le cadre de la coopération franco-ivoirienne Au CAFAC (Centre d’Animation et de Formation à l’Action Culturelle. Institution à la naissance de laquelle j’ai participé et où  pendant une décennie, nous avons formé des jeunes qui aujourd’hui ne sont pas seulement dans l’encadrement du développement culturel, mais ont créé des dizaines de structures privées qui irriguent le « marché » de la création et des industries culturelles en Côte d’Ivoire.

Je te demandais aussi d’avoir ton appui pour que je récupère une parcelle spoliée par les mêmes agents véreux de l’Etat afin que je puisse mettre en résidence ces enfants à mes frais. Tu as fait un mot à l’attention de Batouta alors maire « non élu » qui a « séquestré » un ordre de mission relatif à la récupération de ce bout de terrain, ordre de son ministre de tutelle s’agissant de son pouvoir déconcentré relevant de l’Exécutif. Bref, il a dit niet. Depuis, je n’ai pu te convaincre de relancer l’affaire ; tu étais surbooké, (élections obligent ?) C’était la veille du second mandat. Bref, voilà que les deux hangars sont peints par Indigo, avec des fenêtres en alu, les portes cadenassées, l’eau envahissant l’intérieur, les jeunes « apprenants » n’ayant toujours pas appris, les formateurs attendant, et ceux qui ont préfinancé ce ravalement avec les jolis mots « d’incubation », attendant que l’Etat mette la main à la poche. Donc, mes partenaires « répètent » ou cuisent sous le soleil de la cour, les futurs jeunes venus parfois du pays profond, attendent que les poules aient des dents. Donc la MJC est devenue MJ : la culture se trouve chassée, réduite en cendres et interdite de Tam tam à cause des réunions d’à côté à la mairie. Je précise que nos voisins du second hangar sont de jeunes acrobates de la vague géniale du « Circus Baobab ». Ce ne sot pas là des « critiques », mais des faits en béton. J’ai mis de côté toutes les « rumeurs » pour te demander : qu’est-il donc arrivé à ce jeune homme dynamique, plein de talents, d’idées biens liées à un PRAGMATISME qui semblait incassable ? Mais je positive ou rêve : ne pourrais-tu pas couper la papaye en deux : d’un côté L’EMPLOI (machines à coudre) de l’autre la CULTURE ? Tu avais deux immenses hangars pleins de jeunes qui avaient soif de culture, même dans le chômage. En lieu et place, tu n’as plus rien, ni emploi, ni culture, il ne reste plus que des sigles-slogans, comme tu les énumères ici, en les mâchonnant comme du chewingum, péché mignon des fonctionnaires commis par l’Etat pour « blaguer les artistes » depuis le coma de la « culture révolutionnaire ».  

Au prochain twitt autour d’un « nespresso »,

Was-Salam,

Saïdou Nour Bokoum

  T

Ousmane Diarra, conteur enchanté dans un Mali à la dérive

L’écrivain français est allé rendre visite à Ousmane Diarra, écrivain malien. Et fait le portrait d’un homme droit, généreux et menacé dans une ville déliquescente.

Ousmane Diarra a toujours refusé de quitter et sa ville et son pays, malgré des menaces reçues et la tension politique permanente dans laquelle vit le Mali, dévasté par la corruption et la guerre. Comme des millions de Bamakois, il part très tôt le matin, à l’heure où l’on balaie les cours et chantent les coqs. Depuis son quartier situé à la périphérie de Bamako, juché sur une modeste moto coréenne, il fait matin et soir l’aller-retour jusqu’à l’Institut français du Mali à Bamako (IFM). Il effectue 50 km par jour dans les embouteillages monstrueux et la poussière infernale et sanguine de la capitale malienne. Il porte, à cause des dix-huit degrés matinaux de la saison, une polaire et un blouson. Le tout donne à ses larges épaules une carrure encore plus massive. L’homme a un caractère doux, un visage rond et aimable, coloré par un regard et un rire délicieusement joueurs.

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Ousmane Diarra, 56 ans, huit enfants, écrivain malien ayant publié trois romans chez Gallimard dans la collection « Continents noirs » – Vieux lézard (2006), Pagne de femme (2007), et La Route des clameurs (2014) –, est bibliothécaire à l’IFM. Il s’y fait aussi conteur, chaque samedi, à 10 heures. La séance de contes est très courue. Les jeunes Maliens peuvent s’inscrire aussi pour lire et bénéficier de cours, pour 2 000 francs CFA (3 euros) par an. L’IFM est protégé par l’armée, comme tous les lieux publics de la capitale. Ombragé et nanti d’un restaurant et d’une bonne salle de concert appréciée des artistes, il s’étend au flanc de l’avenue de l’Indépendance. L’on y croise des peintres, des photographes, des rappeurs, des comédiens, des « chômeurs diplômés », des étudiants et même parfois des chasseurs traditionnels, venus admirer leurs portraits géants dans une magnifique exposition.

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Rêverie d’un jeune Malien, au bord du fleuve.

Une collectivité de destin

Le regard d’Ousmane s’illumine lorsqu’il vous file soudain un conte plein d’humour, évoquant l’impossibilité et l’absurdité de conflits durables entre Peuls nomades et Bambaras sédentaires. Le goût si caractéristique des Maliens pour la plaisanterie et l’autodérision ne le quitte jamais. On n’est pas là dans les qualificatifs prétentieux qu’aiment à manier politiques ou snobs de tout poil, mais bien plutôt dans l’esprit, la mise en bascule des mots et des idées. L’humour tient là une place toute particulière. Comme souvent au Mali, c’est à son maniement que l’on jugera l’esprit de l’interlocuteur, et au rire qui adviendra ‒ ou pas ‒ que l’on sentira la connivence, l’affection, et le lien qui fonde toute appartenance à une collectivité de destin. Etre artiste n’est pas suffisant. Etre une légende encore moins. Cela aggraverait même votre cas. L’important réside dans la civilité qui entoure la personne du créateur, et son œuvre.

En ces temps de trouble et de partition, comment aborder la question nationale malienne ? Ousmane :

« Le Mali, demandez-le à tous les historiens que vous voudrez, n’a jamais eu d’histoire de conflits ethniques. Les griots, colporteurs de faits et de légendes, célébraient toujours l’individu dans son groupe. Ils ne montaient jamais un groupe ethnique contre un autre. Il n’y eut pas, historiquement, d’exacerbation de l’ethnicisme au Mali. C’est la défaillance de l’Etat moderne qui, en laissant un vide substantiel, a ouvert la porte aux radicalismes et fondamentalismes qui, eux, nourrissent le tribalisme ‒ ou se nourrissent de lui. A l’université, personne d’entre nous ne se préoccupait d’être peul, tamashek, bambara, dogon… Nous étions tous ensemble, et c’est tout. Jamais cela ne nous serait venu à l’idée d’accorder de l’importance à ces choses. Ni d’imaginer l’impensable, qui a lieu aujourd’hui, de voir des mosquées en pleine université et, de même, chacun dans son coin avec son groupe. »

Quel témoignage que celui-ci, d’une société malienne qui exacerbe en son sein ses différences, parce qu’elle s’atomise, se désagrège, se dissout dans une crise sociale et politique de plus en plus lourde, sinistre, envahissante. On pense tout de suite à ce qui se passe en Europe. Et l’on comprend. On réalise avec effroi comme, presque naturellement, la religion prend place dans le vide existentiel créé par les dirigeants. Ceux-ci sont incapables de répondre aux angoisses d’un peuple livré pieds et poings liés à la globalisation. On comprend comment, pour le Mali, un Etat affaibli, déliquescent, démoli depuis trente ans par les directives des offices internationaux, ou pillé par ses élites qui, après les élections, toujours déçoivent, laisse un boulevard aux prêcheurs.

Dans le quartier des mécanos, à Bamako.

Déboires

L’affaire principale, c’est une évidence, reste comme toujours l’éducation. Chacune ou presque de nos interventions dans les établissements du système public à Bamako se soldera par un constat terrible d’incurie. L’Ecole normale supérieure elle-même oubliera d’honorer notre rendez-vous. Ousmane désespère : c’est la troisième fois que cette école d’Etat lui annule un débat littéraire, par négligence. Il va devoir les déprogrammer, et faire rendre les livres envoyés. On croise là un jeune étudiant désolé dans les couloirs. L’éducation nationale malienne semble errer à la dérive, sans moyens. Est-ce ainsi que l’on prétendra lutter contre la misère économique de hordes de jeunes chômeurs, proies toutes désignées des fondamentalistes religieux ? Règlera-t-on ainsi ce fameux « conflit de civilisation », sur lequel on glose à l’envi ? Est-ce là le seul bilan des fameux plans d’ajustement structurel dénoncés par Abderrahmane Sissako dans son film Bamako, qui ont été à l’origine d’une réduction drastique des effectifs de la fonction publique ?

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A Bamako, les établissements d’enseignement privés, accessibles aux seuls plus aisés, pullulent. Dans ceux-là, en tout cas, on est reçu par des élèves en rang, en uniformes impeccables qui sont ceux des jeunes Maliens à l’école. Cette discipline était autrefois celle de la République malienne. Tout cela ne semble plus être qu’un lointain souvenir, parfois empreint de nostalgie. Là-dessus, les Maliens sont unanimes, et identifient leurs déboires à la fameuse « démocratie ». Celle-ci a livré leur destin depuis 1991 à plus de deux cents partis guignant les ressources électorales, à défaut de projet politique, à part celui du Fonds monétaire international. Pourtant, on y croit encore un peu : pendant mon séjour, je rencontrerai des jeunes qui, excédés, ont rejoint un parti politique : celui d’Amadou Koïta, ministre de la jeunesse. Dans le quartier où j’habite, ils perdront aux élections municipales face à un candidat… imam. Cependant, cet échec n’est pas représentatif. Car, dans la jeunesse, la confusion entre religion et politique ne passe pas, et prête à d’âpres débats.

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Le long du quartier de la Minusma à Bamako.

Chaos et impéritie

L’un des acteurs d’une association islamique française nous explique essayer de limiter la radicalisation des jeunes dans les écoles coraniques. Ces écoles, où l’on apprend parfois l’arabe et où l’on psalmodie, souvent sans le comprendre, le Coran. Oui, mais ici, l’on enseigne aux plus pauvres. Leurs élèves, les talibés, mendient aussi dans les rues. Ce constat laisse convaincu d’une situation terriblement périlleuse. Ce danger reste, en France, mal compris. Et lorsqu’une voisine me parle de la terrible mortalité infantile due au paludisme à l’hôpital voisin, tout juste construit par… la Chine, je m’interroge sur l’efficacité de notre guerre dite « de civilisation ». Ses stigmates envahissent Bamako (camions blindés et quartiers Minusma protégés et barbelés, la Mission multidimentionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali). Ce conflit n’est-il pas perdu d’avance ? A quelle économie profite-t-il ? L’on songe vite que seuls des chantiers internationaux massifs de développement, d’assainissement de quartiers infestés par le paludisme et les ordures, et des embauches massives pour faire sortir la capitale malienne du XIXe siècle éviteraient le pire, au moins autant que les canons.

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Le crépuscule descend sur Bamako. La ville gronde du bruit incessant des moteurs à l’agonie. La ville, sillonnée par des hordes de véhicules tout droit sortis des casses européennes, semble en éruption. Les incendies intempestifs de dépôts sauvages d’ordures empuantissent l’atmosphère. Leurs fumées s’invitent jusque dans les cours et les salles à manger. Les scandales sanitaires se multiplient. Bamako, capitale africaine de 3 millions d’âmes sans voirie, semble vouée au chaos et à l’impéritie. Des voies entières sont emplies d’ordures ménagères, qui bloquent parfois la circulation. Les Bamakois excédés déversent les ordures dans les mairies, incapables de régler la situation.

Et la jeunesse ? Elle erre, massivement sans travail. Dans ce pays pillé par des « élites » aux visions nulles, elle danse, parfois, dans la nuit. Les imams les plus intolérants interviennent alors pour lui interdire la fête. Dans certains quartiers, les jeunes protestent. Ils branchent leurs haut-parleurs devant le domicile de l’imam. Le débat bruisse, prend de l’ampleur. Les représentants de l’islam malékite, traditionnel et modéré, interviennent. Ils disent que « tout le monde a déjà dansé une fois dans sa vie, et que les problèmes du Mali sont autres ».

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A Bamako

Deux tendances religieuses sont maintenant face à face, dans une société malade du chômage, de la délinquance et de l’insalubrité. Ce conflit, prévisible, entre deux obédiences de l’islam ‒ l’une tolérante, et l’autre fondamentaliste et wahhabite ‒ dans un Mali sinistré, a été décrit dans le roman d’Ousmane Diarra, Pagne de femme. Ousmane :

« L’interdiction de danser ? Les jeunes en ont marre, et je crois que cette affaire est une grave erreur. Je crains vraiment que si cela continue, des mosquées ne soient cassées. Je ne comprends pas que l’on interdise ainsi la joie de vivre. Et si on leur interdit de danser, où danseront-ils ? Au ciel ? Nous avons un proverbe bambara qui dit que personne n’en est jamais revenu pour dire ce qui s’y passe. »

Ousmane Diarra est profondément estimé de la jeunesse malienne. Il n’y a qu’à voir l’accueil que réserve à chaque écrivain son club des lecteurs de l’IFM pour comprendre que les jeunes Maliens ont reconnu en lui une présence, une langue, une intégrité. On sait ici comment il écrit : comme il vit. L’alliance entre une existence modeste, des principes éthiques affichés et un courage de pensée assumé impressionne, convainc. L’assemblée se réunit chaque samedi pour débattre de livres, dans une ferveur qui se passe d’écrans, de paillettes et de faux-semblants. On y scrute les cœurs et l’affaire essentielle, surtout en ces temps d’obscurité montante : la langue. C’est toujours sur elle que s’appuie Ousmane, émaillant son discours de proverbes, de chansons et de contes. Il tient par là même, et tout naturellement, à rappeler la place déterminante de l’animisme dans l’histoire du Mali et du pays mandingue.

« On a distordu volontiers les faits historiques, établi des légendes sur du sang et des massacres. Or, on ne pouvait passer dans le sillage des armées des grands djihadistes du XIXe siècle, tel El Hadj Omar, qui chassa le pouvoir animiste de Ségou, sans tomber à répétition sur des charniers. Ces pouvoirs ont toujours voulu en finir avec les religions traditionnelles, qui restent le socle de la culture malienne. Ce que nous vivons aujourd’hui avec cet islam fondamentaliste venu du Golfe est une nouvelle colonisation. Jamais le colonisateur français, qui s’est engouffré dans les décombres laissés par les djihadistes du XIXe siècle, ne nous a même empêchés de pratiquer nos religions animistes. »

Ousmane Diarra a décrit un amour magnifique entre un homme mûr et une toute jeune femme, dans son roman Vieux lézard. La femme y apparaît parfois sous les traits d’une fée, ou d’un oiseau. L’auteur y raconte les rendez-vous clandestins, dans les hôtels enchantés et plantés d’arbres des alentours de Bamako. Des hôtels pour amoureux discrets, connus de tous. Je le questionne donc sur la quasi-impossibilité de croiser aujourd’hui des amants dans les rues de la ville. Il me répond : « Une pudibonderie nous est imposée par cet islam étranger à notre culture. Dans ma jeunesse, nous chantions l’amour, les corps. Les jeunes filles chantaient la beauté des jeunes hommes au clair de lune. Les jeunes amants dormaient même avant le mariage dans la chambre de la grand-mère. »

Oui, Ousmane Diarra est bien l’un des écrivains majeurs du Mali d’aujourd’hui. Il chante la jeunesse et l’amour. Et ceux-ci le lui rendent bien. Alors en guise d’au revoir, il nous livre ce chant des jeunes filles d’autrefois :

« Si vous ne me donnez pas à Nyamanton, le beau jeune homme peul
La nuit ne tombera pas, oh le beau jeune homme peul !
Le jour ne se lèvera pas, oh le beau jeune homme peul »

Fabrice Loi est écrivain. Dernier ouvrage paru : Pirates (éd. Gallimard, 2015). Il était en novembre invité à donner une série de conférences à Bamako par l’IFM.

Fabrice Loi
Le Monde

Carole Karemera veut reconstruire le Rwanda grâce au théâtre de rue

L’actrice joue des pièces interactives dans les cafés et sur les trottoirs des villes rwandaises, interrogeant la mémoire du génocide et de l’« avant » pour recréer une histoire commune.

L’actrice Carole Karemera, à New York, en mars 2004.

S’il y a une peur que Carole Karemera n’a pas, c’est bien celle, justement, de se mesurer à ses propres peurs. De se confronter au passé et d’affronter la douleur aiguë d’une mémoire à vif. De se tenir debout là où le sol se dérobe sous vos pieds et vous entraîne au cœur de ténèbres abyssales, où gisent les corps mutilés et errent les âmes de ceux dont on a effacé le nom. De ces nourrissons, de leurs frères et sœurs à peine plus âgés, de leurs parents, ces femmes et ces hommes tutsi sur qui s’est abattue l’inhumaine haine de leurs propres voisins. Depuis dix ans, l’actrice, qui a foulé pour la première fois le pays des Mille Collines en 1996, a fait de sa passion pour le théâtre une arme de reconstruction.

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Désormais installée à Kigali, celle qui est née en 1975 à Bruxelles de parents exilés a ouvert dans la capitale rwandaise une structure artistique, l’Ishyo Art Center. Un lieu sans lieu qui va à la rencontre des spectateurs, évitant le très fréquent écueil de faire du théâtre en Afrique comme on en ferait en Europe, retranché derrière les murs d’une salle aseptisée. « On va chercher physiquement le public là où il est, dans la rue, les cafés. On le harangue et on lui offre la possibilité de participer à une nouvelle expérience », explique Carole Karemera, entre deux représentations lyonnaises de Battlefield, la pièce de Peter Brook actuellement en tournée en Europe.

La force cathartique du théâtre

Le théâtre de rue n’est pas une tradition rwandaise, mais « un moyen de réinvestir l’espace public dans un contexte où les villes ont été totalement réorganisées après le génocide, détaille-t-elle d’une voix calme et douce. Ce qui m’intéresse, c’est de voir si, avec du théâtre, on peut retisser du lien et créer une nouvelle expérience collective. Vous savez, les rues, les collines, n’ont plus rien d’innocent désormais. Elles portent en elles la mémoire de ce qui s’est passé. Alors, est-ce qu’on peut récréer dans ces lieux une sorte d’état d’innocence qui nous permette de nous ouvrir et d’accueillir celui qui vient, qui est là, ou reste-t-on dans la suspicion ? »

Persuadée de la force cathartique du théâtre, Carole Karemera se rend sur les lieux du drame, là même où l’opération « Turquoise » a failli, pour apporter « une autre parole ». Une démarche qu’elle partage avec la metteure en scène française Dalila Boitaud-Mazaudier (de la compagnie Uz et Coutumes) avec qui elle a travaillé sur Hagati Yacu – Entre nous, pièce de rue en trois temps, inspirée notamment de Murambi, le livre des ossements, de Boubacar Boris Diop et qui a été présentée au Rwanda en 2015.

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L’expérience se poursuit avec Ejo N’Ejo Bundi, écrite à partir de témoignages de rescapés du génocide de 1994 recueillis lors des gacaca, ces tribunaux traditionnels réactivés pour juger publiquement les bourreaux. « Cette parole sera, non pas comparée, mais croisée avec celle de rescapés d’autres génocides qui ont eu lieu en Europe ou au Cambodge, pour entrer en solidarité et voir comment notre civilisation, à nous tous, peut vivre avec cela et ce qu’il nous reste de beauté », explique Dalila Boitaud-Mazaudier. Des extraits de cette pièce en cours d’écriture (en français, en anglais et en kinyarwanda) seront lus jeudi 15 décembre lors d’une rencontre publique organisée au Mémorial de la Shoah, à Paris, autour du thème « Transmission, réconciliation : expérience théâtrale au Rwanda ». La première représentation, quant à elle, doit avoir lieu à Kigali en décembre 2017.

La construction d’une société apaisée

Mais parce qu’elle ne veut surtout pas que les Rwandais soient « piégés dans ce trou qu’est 1994 » et parce qu’elle souhaite que « notre mémoire ne soit pas seulement un caveau », Carole Karemera entend redonner à son pays toute son histoire et sa lumière. Raison pour laquelle elle a monté avec Cécilia Kankonda une « cathédrale sonore » construite à partir d’enregistrements de souvenirs de ce qu’était ce territoire avant 1994. Une installation participative, où chacun pouvait venir raconter ou offrir un fragment de mémoire, et qui a tourné dans quasi tous les districts du pays. Cette expérience entendait donner la possibilité aux Rwandais de se ressaisir de leur passé dans toute son épaisseur.

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Convaincue que la culture a un rôle déterminant à jouer dans la construction d’une société apaisée, Carole Karemera travaille avec le ministère de la culture, des membres de la société civile et des experts du Maroc, du Zimbabwe et d’Afrique du Sud à l’organisation d’états généraux de la culture au Rwanda afin de répertorier les acteurs du secteur, d’évaluer leurs besoins, et de formuler des recommandations pour que la culture soit partie intégrante du projet de développement national Vision 2050.

En parallèle, elle écrit sa prochaine pièce, Murmures, une création qui interroge les rapports entre vie privée et vie publique « des femmes au Rwanda et en Afrique ». Et qui sera « totalement féminine » à l’écriture, au jeu et à la musique, car « nous, les femmes artistes, pouvons nous faire entendre avec force et douceur ». Ce que démontre l’engagement de cette désormais quadragénaire à la délicate élégance et à la détermination sans faille.

« Transmission, réconciliation : expérience théâtrale au Rwanda », rencontre organisée jeudi 15 décembre à 19 heures au Mémorial de la Shoah, 17, rue Geoffroy-l’Asnier, 75004 Paris.

Le Monde
Séverine Kodjo-Grandvaux

« La disparition de Massa KOÏVOGUI », ou la torture d’ « agrément » comme mode de gouvernance du P.D.G. de Sékou TOURÉ et Saifoulaye DIALLO (Par. TOURÉ KENDO)

 L’expression torture d’ « agrément » employée ici peut surprendre et choquer. Pourtant, aucune intention de provoquer, ni de choquer les éventuels lecteurs. Car il s’agit de situation terrible pour celui ou celle qui en a été la victime. Au temps du duo infernal (Sékou TOURÉ et Saifoulaye DIALLO), les tortures les plus ignobles étaient devenues leur principal mode de gouvernement. On cherche en vain ce qui pouvait justifier une telle cruauté, une telle inhumanité. On en est réduit à penser qu’ils (Sékou TOURÉ et Saifoulaye DIALLO) faisaient pratiquer la torture comme leur activité d’agrément.

Leur P.D.G. arrêtait à tour de bras, par milliers, torturait sans limite. Assassinats, tortures ignobles s’abattaient de manière indifférenciée sur tout, et sur tout le monde : hommes, femmes, enfants, « riches » et pauvres, ruraux et urbains, intellectuels et analphabètes. Une seule notoire exception : leurs familles proches, entendez femmes, enfants, frères et sœurs.

Au fond, on peut dire que Sékou TOURÉ et son « frère jumeau », Saifoulaye DIALLO, étaient devenus des esthètes de la torture et de la mort. Ils faisaient pratiquer la torture pour la torture, ils faisaient tuer, juste pour tuer. Les mobiles venaient après. Meurtres gratuits, tortures gratuites.

Ces tortures, c’est ce que TOURÉ KENDO décrit lui aussi au cours de sa détention. Il ne cherche pas d’explication à l’inexplicable, il ne comprend pas l’incompréhensible. Il est simplement tétanisé par tant de cruauté.

Lisez plutôt cet extrait du livre de TOURÉ KENDO.

     Dr. Abdoul BALDÉ (PARIS).

La disparition de Massa Koivogui

M. Massa Koivogui, ancien militaire de son état, était le dynamique Secrétaire fédéral de Macenta, au début de l'Indépendance. Trempé au feu de la lutte, il était toujours sur la brèche pour défendre avec rigueur et vigueur les nobles idéaux du jeune Parti. Quelques années après, des dissensions mineures et, en fin de compte, des contradictions éclatent entre le Secrétaire fédéral et les hautes autorités du pays. Les problèmes ethniques élargissent le fossé qui se creuse entre eux...


Par des manoeuvres subtiles, Massa est écarté de ce poste « sensible ». Son franc-parler, à plusieurs reprises, le signale à l'attention du Secrétaire général du Parti-Président de la République de Guinée.
Dans les remous profonds de « l'après-agression », il est arrêté à Macenta, transféré à Kindia où il est écroué avec deux compagnons.
A l'interrogatoire, on exige de lui qu'il avoue avoir recu une cargaison d'armes et de munitions qui seraient stockées dans son village ! Cruellement ligoté, il est torturé, battu. Dans l'épreuve, il reste stoique, refuse de reconnaitre ces mensonges montés de toutes pièces. Les sévices et les tortures n'entament ni son courage ni son moral, ni son franc-parler.


De Conakry, où son interrogatoire est suivi de près, il est décidé que l'enquête doit se poursuivre jusque dans son village Yoniè (Macenta) et dans la zone frontalière. Le ministre, Lansana Diané, Secrétaire permanent du Bureau politique national, est chargé de cette mission.
De nuit, toujours ligoté, Massa est extrait de sa cellule de la Maison centrale de Kindia, embarqué dans une jeep qui suit la voiture du Secrétaire permanent. Le trajet est long et difficile. Massa gît au fond de la Jeep qui cahote durement sur la route défoncée par les interminables pluies de l'hivernage. De longs arrêts immobilisent le véhicuie militaire à Faranah, Kissidougou, Guéckédou. Il est toujours abandonné à lui-même, le ventre vide.


Au 3ème jour, le « colis » est débarqué, incarcéré dans une cellule de la prison de Macenta. La nouvelle de son arrivée se répand comme une trainée de poudre. L'émotion est profonde. Chacun à Macenta est convaincu de son innocence. Mais que dire et que faire ? Le silence perfide est de mise.
Au deuxième jour de son arrivée, brutalement extrait de son infecte cellule, il est embarqué pour l'enquîte sur le terrain, à Yoniè, où il est entendu qu'il devra être humilié aux yeux des siens qui ont encore une parcelle de confiance et de considération pour lui.
Il arrive à Yoniè. Avec émotion, ses parents apprennent sa présence. Apeurés, inquiets, faisant semblant de passer leur chemin, les paysans, les uns après les autres, cherchent timidement à apercevoir leur innocent frère pris dans ce tourbillon infernal de la révolution.


Massa Koivogui est ensuite conduit dans la forêt par des officiers et leurs sbires ; pendu par une jambe, battu jusqu'au sang, sommé d'indiquer la cachette des armes et des munitions, toutes choses dont il ignore jusqu'à l'existence ! Ses cris de douleur terrorisent ses parents qui s'enfuient. Quand on sent qu'il tombe dans une certaine léthargie, on arrête les coups, on défait les liens et il git un moment sur le sol humide. Dès qu'il reprend conscience, les supplices reprennent de plus belle. Après des heures de tortures, les « enquêteurs » étant à bout de souffe, il est définitivement détaché et rembarqué dans le véhicule pour retourner à Macenta. Aux détours de la piste, parents et amis rassemblés tentent, furtivement, d'apercevoir le corps inerte qui git au fond de la jeep.

Le Secrétaire permanent auquel on fait le compte-rendu est bouleversé. Il supplie Massa Koivogui de reconnaitre les faits, « d'aider la Révolution » ! Il est lui-même inquiet de son propre sort, car sans ces aveux, que va-t-il pouvoir raconter au « Patron », à Conakry ? Massa reste imperturbable ; on le rejette dans sa cellule puante à la stupéfaction de ses parents et amis.
Après quelques jours de repos, il est réembarqué pour Kindia où il arrive dans un état squelettique, le corps gercé de coups de fouet. Son moral est toujours bon et son franc-parler, invariable.
A une heure tardive, une nuit de fin octobre 1971, répondant à l'appel discret d'un geôlier, il est tiré de sa cellule et embarqué pour une destination inconnue...

Pauvre Massa Koivogui ! Paix à ton âme et que Dieu t'accorde sa miséricorde et sa grâce. Amen !

GUINEE : KINDO TOURE UNIQUE SURVIVANT DU « COMPLOT » KAMAN-FODEBA. EDITION L’HARMATAN 1987 184 PAGES.

A Abdijan, le « Parlement du rire » approuve la pirouette du président gambien Yahya Jammeh

L"&mission phare de Canal + Afrique est passée à la scène. Une farce désopilante mélangeant corruption, abandon du peuple, terrorisme et coup d’Etat.

Pour la première fois depuis sa création, le « Parlement du rire » est passé de l’écran à la scène. Vendredi 9 décembre, en ouverture de la deuxième édition du festival « Abidjan capitale du rire », le « président » Mamane et ces « vices-présidents », Michel Gohou, Digbeu Cravate et Charlotte Ntamack, se sont installés sur le vaste plateau du Palais de la culture d’Abidjan.

Loyauté, allégeance, prison

Le Parlement du rire, qui sévit depuis janvier 2016 chaque dimanche soir sur Canal + Afrique « est le seul parlement au monde où on parle et où on ment », a coutume de résumer Mamane, l’humoriste nigérien initiateur de cette émission et de ce festival. A l’image d’un Jamel comedy club, le chroniqueur de la « République très très démocratique du Gondwana » sur RFI, a voulu « créer une bande d’humoristes pour rire de la politique, contexte africain incontournable ». La devise de ce « Parlement » d’un pays imaginaire : « loyauté, allégeance, prison ». Son objectif : servir au mieux les intérêts… de ses propres membres, voter des lois folles pour leurs poches et leurs proches. Une sorte de Groland version africaine, la vulgarité en moins, le sourire de connivence en plus.

 

Sur scène, la déclinaison théâtrale du rendez-vous télévisé s’est transformée en farce désopilante mélangeant corruption, abandon du peuple, terrorisme et coup d’Etat. Le « bureau exécutif » n’est jamais parvenu à examiner son pseudo « ordre du jour », trop occupé à demander des dotations supplémentaires pour l’entretien de ses véhicules personnels et à comparer l’étendue de ses indemnités en tous genres.

Terroristes branquignoles

Cette discussion de malhonnêtes a tourné court avec l’irruption de citoyens venus réclamer leurs dus auprès de ce parlement de corrompus. Leonard Groguhet, Bienvenu Neba et Gabriel Zahon, les doyens de l’humour africain, guest stars de la soirée, ont interprété des anciens tirailleurs racontant leurs souvenirs de guerre. Baladés par le « conseiller spécial » du président, ils ont exigé en vain le versement de leur pension militaire avant que surgissent deux jeunes djihadistes armés. Terroristes branquignoles aux revendications périmées (« nous exigeons la libération de Ben Laden, Mouammar Kadhafi et Saddam Hussein ») ils ont vite été remis en place par la mère du président, incarnée par l’excellente Angéline Nadié.

Ecrit et mis en scène par Mamane, cette version « live » du Parlement du rire a parfois un peu manqué de rythme mais a fait apparaître une belle complicité artistique entre le placide et malin Digbeu Cravate, l’énervé Michel Gohou, digne d’un De Funès de la politique, la râleuse Charlotte Ntamack et le flegmatique Mamane.

Pour Canal + Afrique, qui a acheté les droits de diffusion du festival d’Abidjan, le Parlement du rire constitue, avec le football, l’une des meilleures audiences de la chaîne. Une deuxième saison vient d’ailleurs d’être tournée et sera diffusée à partir de janvier 2017. Pour faire émerger de jeunes humoristes la chaîne caresse même l’idée « d’une version panafricaine » de « On ne demande qu’à en rire », (l’ancienne émission de Laurent Ruquier sur France 2), avec les membres « historiques » du Parlement « comme jury », confie Frédéric Dezert, responsable des magazines Canal + Overseas.

Jammeh revenu dans le droit chemin

En attendant, si cette première soirée n’a pas fait salle comble, elle a compté parmi ses spectateurs, l’humoriste Jamel Debbouze, venu soutenir ses homologues africains. Lui qui a créé le Marrakech du rire en 2011 se dit persuadé qu’une partie de l’avenir de la scène humoristique « passe par ce continent ».

Le « Parlement du rire » a néanmoins tremblé sur ses bases. A Banjul, la capitale de la Gambie, le président Yahya Jammeh, personnage comique s’il en est (il prétend guérir le sida avec quelques herbes et sa bénédiction), a reconnu sa défaite aux élections du 1er décembre 2016 avant de changer d’avis une semaine plus tard et d’estimer, au soir du 9 décembre, que ces élections avaient été truquées, qu’il en organiserait de nouvelles et qu’il restait au pouvoir en attendant. Soulagement à Abidjan. « Jammeh est revenu dans le droit chemin, a déclaré le Parlement du rire. Il avait mal tourné, piqué par je ne sais quelle mouche. Quelques collègues ont dû l’appeler pour lui rappeler qu’on ne reconnaît jamais sa défaite aux élections. Celui qui fait ça gâte le business. Ça ne se fait pas. Vive notre Leader Bien-aimé, Son Excellence Président-Fondateur » .


Le Monde