LE DEFI DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR EN AFRIQUE (Bah Oury)

Le continent africain se trouve confronté dans le domaine de l’éducation à deux dures réalités. Selon la Banque Mondiale, prés de la moitié de tous les jeunes d’Afrique Subsaharienne âgés de 12 à 24 ans sont non scolarisés ou déscolarisés. D’ici la prochaine décennie alors que cette cohorte composera l’essentiel de la population active, quarante autres millions de jeunes auront sans doute quitté l’école pour se retrouver en proie à un avenir précaire, sans travail et sans compétences pratiques. En même temps l’ OIT estime que les diplômés de l’enseignement supérieur du continent sont deux à trois fois plus exposés au chômage que les jeunes n’ayant pas poursuivi leur scolarité au-delà du primaire. C’est ce paradoxe qui a été la problématique développée au cours de la troisième édition des Débats du Monde Afrique qui se sont tenus les 27 et 28 octobre dernier à Dakar. Intitulé « le défi de la formation supérieure en Afrique de l’Ouest : informer, orienter, inspirer » le colloque a permis de mettre sans complaisance le doigt sur la plaie et a recommandé des actions urgentes, innovantes et responsables pour que « l’Afrique ait des formations aussi dynamiques que ses étudiants ».

Quel profil pour l’université en Afrique

A travers cette problématique, il s’agit de s’interroger sur la possibilité pour le continent d’inventer par et pour lui-même les formations supérieures, au lieu de les importer des pays développés. Il est clair que l’université doit avant tout dispenser des savoirs universels, par conséquent les connaissances fondamentales doivent être enseignées. Toutefois les sciences sociales et économiques doivent revêtir des cachets spécifiques afin de se rapprocher et d’interpréter les réalités locales. Mais cette approche nécessite des investissements significatifs pour encourager le développement de la recherche et la publication des travaux des chercheurs. Hormis quelques universités sud-africaines, l’Afrique est loin de pouvoir fournir à ses élites universitaires le cadre propice à leur épanouissement. C’est l’une des raisons qui expliquent que les intellectuels de renom du continent se recrutent beaucoup plus dans les universités américaines ou françaises. Les faibles capacités financières des Etats d’une part et la marginalisation réelle ou apparente des universités dans la conceptualisation et la formulation des politiques publiques d’autre part expliquent l’exil massif des cerveaux vers des cieux plus cléments. Or de plus en plus la compétition pour le savoir et une forme de la compétition économique. Les universités françaises tentent de se regrouper pour accroitre leur attractivité internationale et améliorer par ce biais leur position au niveau du classement de Shanghai qui dresse chaque année le palmarès des meilleures universités du monde. Les universités africaines sont à cet égard devant des choix décisifs pour l’avenir. Afin de se hisser plus en avant, elles doivent mutualiser à la fois leurs ressources humaines et leurs expériences pédagogiques. Elles doivent surtout se réinventer en ayant une approche constructive et positive vis-à-vis des valeurs et connaissances empiriques traditionnelles notamment dans les domaines des sciences de la nature et de l’anthropologie afin de mettre en lumière des savoirs intra-africains. Les unités de recherche doivent être par conséquent intégrées ou en réseaux pour bénéficier de plus importants moyens. L’université fonctionnant comme un îlot coupé de tout le reste, a vécu. Ici aussi, la globalisation et la mondialisation induisent nécessairement le regroupement et une intégration horizontale à travers les enseignements, les programmes, les recherches et les diplômes délivrés.  Il s’agit concrètement d’avoir une forme de panafricanisme des études. A l’image de l’Union Européenne, la CEDEAO pourrait encourager un Erasmus made in Africa qui permettra les échanges des étudiants d’un pays à un autre.

L’enseignement supérieur au service de l’économie

Le modèle universitaire hérité de la colonisation a du mal à s’adapter aux nouvelles réalités des pays africains. Conçu initialement comme instrument de fabrication d’une élite au service d’une administration coloniale et d’une économie de rente l’enseignement supérieur en Afrique francophone reste encore un pourvoyeur de ressources pour les administrations publiques des Etats. Si ce rôle avait une certaine pertinence jusqu’au milieu des années 70, il n’en est plus le même après les politiques d’ajustements structurels du FMI et de la Banque Mondiale des années 80. L’Etat principal employeur cède désormais la place à une situation hybride qui reste encore confuse. Le nombre impressionnant des diplômés sans emplois qui avoisine les 2/3 est

un véritable cancer social qui déstructure l’ensemble des sociétés. Le Président Macky SALL du Sénégal s’en est fait l’écho en déclarant : «  Face à l’urgence des défis de développement de notre continent en pleine mutation démographique et sociologique, il nous faut réinventer le modèle de formation de notre jeunesse en le hissant à la hauteur des besoins de nos économies ». Quelques réformes sont timidement introduites pour rapprocher les économies locales des formations dispensées.. Toutefois cette innovation devrait s’opérer dés l’enseignement secondaire en privilégiant l’acquisition par les jeunes, des métiers menant directement à la vie active. Ainsi il est urgent de redéfinir les priorités en développant les formations dispensant un savoir-faire pratique pour obtenir plus facilement un emploi. Les enseignements essentiellement académiques doivent être modulés de telle manière que l’étudiant puisse développer parallèlement d’autres compétences techniques pour s’adapter à un monde professionnel en perpétuel changement. De fortes rigidités existent qui s’opposent de fait à cette mutation indispensable. Volonté politique défaillante ou ignorance des enjeux ou simplement immobilisme atavique ! La nécessité impose de prendre les taureaux par les cornes afin de réussir à inverser la tendance. Les formations doivent de ce fait être orientées avant tout pour satisfaire les besoins de l’économie. L’université dans ce contexte devra être accessible à tout moment pour permettre aux actifs de se ré imprégner des connaissances humaines qui évoluent rapidement.

L’enseignement supérieur privé est à cet égard plus proactif et plus innovant avec la création des écoles d’ingénieurs, de commerce, de management et des nouvelles technologies de l’information dans quelques capitales africaines. La qualité et la rigueur doivent être les principes fondateurs de ces nouvelles institutions pour constituer des alternatives efficaces face aux déficits constatés cruellement au niveau de l’enseignement public. Au Sénégal, au Maroc et au Burkina quelques centres de formations s’illustrent positivement dans ce sens.

Le cas de la Guinée

Tandis qu’en Guinée, une clarification s’impose pour séparer les vocations commerciales et universitaires d’une part et apporter une réelle valeur ajoutée pédagogique dans l’enseignement dispensé d’autre part. A cet égard il est légitime de s’interroger sur les logiques financières de ces institutions où le coût de l’inscription de l’étudiant boursier de l’Etat est en moyenne de 4 millions de GNF. Or le coût est quatre fois moindre au niveau de l’université publique. La justification de cette anomalie trouve un début d’explication dans le rapport intitulé Document de politique et de stratégie du développement de l’enseignement supérieur 2014-2020. Il y est indiqué ce qui suit : « la suppression du concours d’accès à l’enseignement supérieur survenu en 2006 a provoqué un afflux disproportionné et non maîtrisé d’étudiants dans l’enseignement supérieur au détriment de la qualité ». Ces lignes nous interpellent triplement :

  • Pourquoi avoir libéralisé l’accès au supérieur sans au préalable avoir fait les investissements en infrastructures pour accueillir ce flot continu d’étudiants.
  • Comment expliquer qu’une politique conjoncturelle d’envoi des boursiers de l’Etat vers le privé se transforme en une pratique permanente au risque de tuer dans l’œuf l’enseignement public. 
  • Que faire avec 198000 étudiants en 2020 avec un taux d’accroissement annuel des effectifs des étudiants de 10% ! Alors il faudra créer au moins quatre véritables universités dans le pays en moins de quatre années pour les accueillir. Il ne faudrait pas non plus perdre de vue la nécessité d’avoir d’ici là un corps professoral suffisant et compétent.

L’avenir du système éducatif guinéen est sombre dans un contexte de rareté des financements, un taux moyen de croissance atone, une pression démographique constante de 3,1% et un niveau d’inflation élevé. Déjà la part du PIB alloué à l’éducation avoisine à peine les 3,5% alors que l’UNESCO préconise un taux moyen de 5%. Ces déficits structurels doivent être corrigés le plus urgemment possible pour éviter l’implosion. L’attitude qui consiste à appliquer la politique de l’autruche en arguant «  les étudiants ont un niveau faibles parce qu’ils sont nombreux » n’est pas acceptable pour deux raisons :

  • La mise en place de barrages par le biais des concours d’accès est contreproductive car elle ne fera qu’appliquer un darwinisme social où le vrai déterminant sera les conditions sociales des parents des étudiants où les pauvres risquent d’être fortement pénalisés.
  • La mission de l’éducation publique est à la fois d’assurer l’égalité des chances de tous ses enfants d’une part et de former les forces productives dont l’économie a besoin. De ce fait nul ne doit être laissé au bord de la route car le vrai capital est avant tout humain.

Existe t-il des alternatives face à la gravité et la profondeur des dérives du système éducatif dans l’ouest-africain et plus particulièrement dans notre pays !

La valorisation des filières professionnelles est un impératif

 

L’enseignement et la formation techniques et professionnels malgré leurs sous-financements constituent des solutions pour pourvoir des compétences à des économies qui nécessitent des niveaux de technicité élevée. Ce secteur reçoit à peine 2% du budget alloué à l’éducation nationale dans la plus part des pays africains, 4,6% au Sénégal, 7% en Tunisie, contre 16,6% en France et plus de 20% dans certains pays asiatiques. Cet enseignement devrait être entamé dés le secondaire à travers des lycées techniques professionnels pour éviter les désertions de l’école. La valorisation de ce type d’enseignement est urgente afin de donner à des jeunes de plus en plus nombreux un savoir faire pour les préparer plus efficacement à la vie active. Aucun jeune ne devrait sortir du cursus scolaire sans avoir acquis des domaines de compétences pouvant lui permettre de s’insérer dans la vie professionnelle. L’absence ou le manque de centres de formations expliquent en partie le désir de beaucoup de jeunes africains de quitter leur pays pour l’Europe afin d’y acquérir des formations débouchant sur l’acquisition de métiers.

L’utilisation et le développement du numérique sont urgents

La révolution industrielle des XVIII et XIX siècles a dessiné les contours des pays riches et des pays pauvres tout au long du XX siècle. La révolution numérique qui commence offre de grandes opportunités pour remédier aux grands handicaps du passé. Aussi l’utilisation du numérique est rendue indispensable pour plusieurs raisons :

  • Internet est la plus grande bibliothèque que le monde a conçue. Son accessibilité et sa relative gratuité en ont fait le vecteur des savoirs et des informations au service du genre humain. Son exploitation de manière efficiente et responsable recommande toutefois une démarche pédagogique innovante.
  • Les MOOC (massive open online course) sont des formations en ligne ouvertes à tous. Les technologies de l’information et de la communication sont intégrées dans les programmes pédagogiques pour démocratiser l’accès aux savoirs. Ces formations en ligne permettent au plus grand nombre de bénéficier via le web des cours de grande qualité. Par ce biais il est possible de désengorger les amphithéâtres car l’étudiant pourra apprendre de son domicile et faire des exercices. Cette nouvelle piste est pertinente pour assurer un apprentissage de qualité en révolutionnant ainsi l’enseignement.
  • Le campus numérique de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) propose un accès par internet à des ressources et des cours en ligne aux étudiants de prés de 800 universités francophones. C’est un moyen à la fois pour combler la fracture numérique et aussi de mutualiser les meilleurs enseignements.

Le monde est en perpétuelle mutation et les changements sont de plus en plus rapides. Les formations deviennent rapidement obsolètes et le recyclage des formateurs s’avère nécessaire. Internet est devenu un formidable outil qu’il faut savoir intégrer dans l’éducation pour répondre efficacement aux défis et aux exigences de notre temps.

Quid des langues africaines, vectrices de savoirs techniques

L’écrasante majorité de la population africaine est non scolarisée ou déscolarisée et elle est essentiellement jeune avec moins de 25 ans. Cette réalité démographique et sociale interpelle sur la nécessité de disposer d’ici 2050 d’une classe moyenne émergente, formée et d’une grande productivité. L’utilisation des langues nationales devient, alors une approche pragmatique pour permettre à des centaines de millions de personnes d’asseoir leurs connaissances et leurs savoir-faire à travers leurs langues vernaculaires. Les centres d’apprentissages des techniques et de formations professionnelles seront plus attractifs et plus efficaces en permettant de récupérer des générations abandonnées en les formant et en les instruisant dans leurs langues. C’est un challenge pour la réduction de la pauvreté et pour la construction pour les prochaines décennies d’Etats stables et économiquement prospères avec des sociétés humaines ouvertes et tournées vers la modernité.

Le sursaut est urgent

Informer, Orienter, Inspirer ont été les vœux des organisateurs du colloque « le défi de la formation supérieure en Afrique de l’Ouest ». Le débat ne fait que commencer alors que la réalité nous exige d’agir maintenant. Investir dans l’éducation est à la fois un devoir moral et une responsabilité pour construire l’avenir des jeunes générations. Nous avons accumulé un important retard dans ce sens. Il est grand temps d’avoir le sursaut salvateur, car des dizaines de millions de vies sont en jeu.

Merci au journal Le Monde et aux autorités sénégalaises pour ces débats opportuns et utiles.

   28/11/2016

BAH OURY

Ancien ministre

1er Vice-Président de l’UFDG

« Kemtiyu », le retour de Cheikh Anta Diop

Notre chroniqueur nous invite à découvrir la vie de l’auteur de « Nations nègres et culture » à l’occasion de la sortie du premier documentaire qui lui est consacré.

Le 7 février 1986, vers 15 heures, Cheikh Anta Diop pousse son dernier soupir chez lui, à Dakar. Le lendemain, la presse lui rend un fervent hommage, saluant à juste titre la disparition prématurée de celui qu’elle appelle « l’homme universel », « le géant du savoir » ou encore « le dernier pharaon ».

Trente ans plus tard, le 7 mai, le Théâtre national Daniel-Sorano faisait salle comble. Il y a des événements qu’il ne faut jamais rater et le public dakarois ne s’y est pas trompé. Il est venu en nombre pour assister à l’avant-première mondiale de Kemtiyu (« le pays des Noirs »), le premier film documentaire retraçant la vie de l’auteur de Nations nègres et culture (Présence africaine, 1955). On doit ce film sobre et touchant à la patience et au talent de son réalisateur, Ousmane William Mbaye, qui a bénéficié du soutien de la monteuse et productrice Laurence Attali.

Immense soif de savoir

Né en 1923 à Thieytou, un petit village du Sénégal profond, Cheikh Anta Diop est un écolier surdoué qui se passionne très tôt pour les sciences et l’histoire de l’Afrique. Il débarque à Paris en 1947 pour étancher son immense soif de savoir et se plonger dans la philosophie, mais également dans la physique, la chimie, l’histoire, la linguistique et l’anthropologie. Il choisit ses professeurs avec soin, les meilleurs dans leur discipline : Gaston Bachelard pour la littérature, Marcel Griaule pour l’anthropologie ou Frédéric Joliot-Curie pour la science physique.

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Après quatorze ans passés en France à étudier, à voyager et à militer dans les premiers cercles d’étudiants anticolonialistes, Cheikh Anta Diop rentre définitivement à Dakar en 1960. Son pays tout juste indépendant est dirigé par un homme de culture, Léopold Sedar Senghor, qui ne partage pas ses thèses iconoclastes. En France comme au Sénégal, ses travaux dérangent le milieu universitaire qui lui reste assez hostile.

Cinq plus tôt, la publication de Nations nègres et culture, un ouvrage aujourd’hui reconnu et enseigné partout, lui a valu les foudres des cénacles d’historiens qui chercheront à faire taire ce Sénégalais qui démontre, preuves à l’appui, que l’Humanité est née en Afrique, que l’Egypte pharaonique avait des profondes racines africaines, que le miracle grec ne tombe pas du ciel et que l’Histoire a été, sur ce sujet du moins, sciemment falsifiée.

Interdit d’enseigner à l’université

C’en est trop ! Dans le Sénégal de Senghor, le natif de Thieytou est interdit d’enseigner à l’université qui portera, après sa mort, son nom. Qu’importe, il poursuit ses recherches à l’Institut français d’Afrique noire (IFAN), avec le soutien de son directeur, Théodore Monod. C’est dans ce centre, devenu Institut fondamental d’Afrique noire, et qui, lui aussi, porte aujourd’hui son nom, que Cheikh Anta Diop a construit son propre laboratoire de datation au carbone 14, une première en Afrique subsaharienne. Ses adversaires ne désarmant pas, l’éminent chercheur ne compte pas s’endormir sur ses lauriers. Il travaille comme un acharné, montre l’exemple en toute occasion car il est convaincu que le développement de l’Afrique passe aussi par la recherche spéculative, la maîtrise des savoirs et l’apprentissage des sciences.

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En 1961, aguerri depuis sa jeunesse, Cheikh Anta Diop crée un premier parti d’opposition au régime élitiste de Senghor, le Bloc des masses sénégalaises, rapidement interdit. Il y met en avant le souci du petit peuple, la défense des langues nationales et une vision panafricaine devant se matérialiser par la création de la fédération des Etats unis d’Afrique. Droit dans ses bottes, le penseur refusera toujours les avances du régime. Et ses tracasseries ne tariront pas la créativité du savant prolifique connu surtout pour ses travaux sur l’Egypte ou le wolof, sa langue maternelle.

Portrait intime du grand penseur

Il a fallu trente ans pour donner à entendre la voix prophétique et enthousiaste de Cheikh Anta Diop. Donner à voir ses gestes amples et généreux d’homme tour à tour curieux, passionné, attentif, emporté, réservé ou courtois. Avec tact, Kemtiyu dresse le portrait intime du grand penseur en donnant la parole à ses enfants, ses amis d’enfance, ses camarades de combat, sa fidèle éditrice, Christiane Yandé Diop, et à ses nombreux admirateurs, dont le romancier Boubacar Boris Diop.

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Se dessine alors une photo de groupe intime et sensible, un paysage culturel à nul autre pareil. A coup sûr, une page d’histoire se tourne sous les yeux du spectateur. Le temps de l’émotion passée, il n’a qu’une envie : connaître mieux la vie et l’œuvre foisonnante du sage en lisant ou en relisant ses essais et ses articles. Porté par la musique caressante de Randy Weston, un autre ami de l’égyptologue, Kemtiyu est un beau film qui joue son rôle de passage de flambeau. La salle berlinoise où je vis le film, en présence d’Ousmane William Mbaye et de Laurence Attali, lui fit un très bel accueil. Gageons que ce n’est que le début !

Abdourahman A. Waberi est né en 1965 dans l’actuelle République de Djibouti. Il vit entre Paris et les Etats-Unis, où il a enseigné les littératures francophones aux Claremont Colleges (Californie). Il est aujourd’hui professeur à George-Washington University. Auteur, entre autres, d’Aux Etats-Unis d’Afrique (éd. J.-C. Lattès, 2006), il a publié en 2015 La Divine Chanson (éd. Zulma).

 

Welcome to Conakry : changer de regard sur la Guinée

La gestion de la crise liée au virus Ebola a achevé de ternir l'image de la Guinée Conakry. Parce qu'elle voulait impulser un regard nouveau sur son pays d'origine, Aïcha Diaby a lancé le mouvement "Welcome to Conakry", fédérant autour d'elle la diaspora guinéenne de France.

Welcome to Conakry, c'est d'abord le nom d'une campagne de financement à succès qui vient de se terminer. Grâce aux 5000 euros récoltés, un guide touristique en ligne accompagné d'une série documentaire destiné à promouvoir l'image de la capitale de la Guinée se prépare. Cette initiative fait déjà beaucoup parler d'elle. Grâce à Aïcha Diaby, une jeune franco-guinéenne de 22 ans, débordante d'énergie.

L'étudiante en histoire de l'Afrique à la Sorbonne, se lance en permanence des défis et retrousse ses manches pour les relever. En 2015, elle crée le Collectif 10 mai pour répondre au manque de visibilité de la journée de commémoration de l'abolition de l'esclavage et organise un événement culturel à la Bellevilloise à Paris.

En décembre 2016, au cours d'un stage en Guinée, elle prend la décision de faire quelque chose pour changer l'image de son pays d'origine. "Mon séjour coïncidait avec la déclaration de la fin du virus Ebola par l'OMS. J'ai senti une nouvelle dynamique dans la ville, c'était aussi l'occasion de redorer l'image du pays sur le planinternational. J'ai voulu participer à l'effort de communication et de promotion du pays en lançant ma page Facebook et ma courte vidéo Welcome to Conakry qui cumule maintenant plus de 80 000 visionnages sur les réseaux sociaux ", raconte Aïcha.

Le succès de la vidéo lui donne des ailes et elle décide de monter une équipe pour donner plus d'ampleur au projet. L'artiste Aboubacar Naby Camara, les réalisateurs Théo Jaffre et Pierre Emilio, le cadreur Bangaly Bangoura ou encore l'étudiant en coopération internationale Geoff Delperdang viennent, entre autres, gonfler ses rangs. Aïcha reste marquée par les reportages tels que La Guinée, territoire des oubliés (1) et souhaite les contrebalancer : "Ce film m'avait beaucoup bouleversé. Je ne comprends pas pourquoi lorsqu'il y a des documentaires concernant l'Afrique c'est souvent pour montrer le négatif : pauvreté, faim, épidémie, etc. Ceux portant sur des pays occidentaux parlent par exemple des jeunes, de sorties dans les rues de New-York, etc.".

Pour l'heure, toujours pas de diffuseur mais l'équipe reste confiante. La série sera composée de six parties qui aborderont les thèmes suivants : la mode et la haute couture, les femmes dans la musique urbaine, les jeunes entrepreneurs, la gastronomie, l'art contemporain et le street art, et enfin le retour au pays de la diaspora.

La campagne de financement qui s'est terminée le 24 octobre dernier a suscité un nouvel engouement auprès des jeunes Guinéens en France. "On me contacte souvent sur les réseaux sociaux pour m'encourager ou me demander de m'associer à une initiative", témoigne la sorbonnarde.

Son projet a même reçu le soutien du ministère de la Culture de Guinée. Nommée vice-commissaire de l'opération onusienne Conakry capitale mondiale du livre 2017, Aïcha Diaby regarde déjà vers l'avenir : "Pourquoi pas un Welcome to Guinée ensuite ?"

1. Les routes de l'impossible - Guinée, territoire
des oubliés (2014), un film de Philippe Lafai x.

Samba Doucouré

Aricultures

Une cité et une nécropole vieilles de 7 000 ans découvertes en Egypte

Des huttes, de la poterie, des outils en pierre et quinze grandes tombes ont été trouvées en Haute-Egypte, non loin du temple du pharaon Séthi 1er à Abydos.

Des archéologues ont découvert une cité et un cimetière antiques en Egypte datant de 5 300 avant Jésus-Christ, a annoncé mercredi 23 novembre le ministère des antiquités.

La cité et la nécropole – abritant vraisemblablement des hauts fonctionnaires – ont été découvertes en Haute-Egypte à quelque 400 mètres du temple de Séthi 1er dans la cité antique d’Abydos, a affirmé le ministre Mahmoud Afifi. Elles dateraient de 5 316 avant J.-C.

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Les archéologues ont décelé des huttes, de la poterie et des outils en pierre, a-t-il précisé. M. Afifi a également fait état de la découverte lors des fouilles de 15 grandes tombes – certaines même plus grandes que les tombes royales à Abydos – suggérant qu’elles abritaient les corps de figures importantes.

Le site prédynastique d’Abydos a hébergé le tombeau d’Osiris

« Cette découverte pourrait éclairer de nombreuses informations sur l’histoire d’Abydos », souligne-t-il dans le communiqué de son ministère.

Située à 550 km environ au sud du Caire et célèbre dans l’antiquité pour avoir abrité le tombeau d’Osiris, le dieu des morts, le site prédynastique d’Abydos est connu pour ses temples, notamment celui de Séthi 1er et ses nécropoles.

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L’Egypte regorge de sites archéologiques antiques qui ont longtemps attiré des millions de touristes, mais les visiteurs se font de plus en plus rares ces dernières années en raison de l’instabilité politique et des attaques djihadistes.

Le Monde

Souleymane Diamanka, gardien slameur de la mémoire peule (Le Monde, avec vidéos)

Pour son nouvel album, l’artiste franco-sénégalais magnifie les archives sonores que lui a léguées son père dans des slams mélodiques et percutants.

Souleymane Diamanka

De l’Afrique, l’auteur de l’album remarqué L’Hiver peul, paru en 2007, n’en avait qu’une expérience lointaine « à travers mes parents, reconnaît-il, les cassettes audio que mon père a enregistrées. Il faut bien le dire : je ne connaissais l’Afrique qu’à travers sa voix. J’avais besoin de la vivre ». A 41 ans, Souleymane Diamanka a décidé de fouler de nouveau le sol de sa terre natale, le Sénégal, quitté à l’âge de 2 ans pour rejoindre en famille son père devenu ouvrier à Bordeaux. Quatre décennies plus tard, en 2015, le poète peul s’installe à Dakar, après avoir fait un détour par Addis-Abeba où a été écrit, composé et mixé son second album Etre humain autrement.

Comme le précédent, cet opus a été confectionné à partir des chants traditionnels que son père avait enregistrés sur cassettes. Car le patriarche, que les aléas de la vie ont mené en France, n’avait qu’une peur : que ses enfants soient déracinés. Et qu’une obsession : leur transmettre leur héritage culturel et patrimonial. Ce qu’il a fait en ne leur parlant qu’en pulaar et, surtout, en enregistrant à chacun de ses voyages au pays des chants traditionnels et des contes. Ses enfants, en retour, lui apprenaient le français.

« Les mots ont ce pouvoir de transformer la réalité »

« Cela a constitué un dictionnaire de vie avec lequel j’ai grandi et j’ai été éduqué, explique Souleymane Diamanka. Car, chez les Peuls, tout repose sur les dictons et les proverbes. Nous donner cette culture-là nous a offert une certaine poésie et une “mentalité” qui pioche dans la terre, l’instinct, l’animal. Ces dictons nous enseignent la résilience et nous assurent qu’il est possible d’arriver à bout de toute grande entreprise. Un proverbe dit : “Ce que ton œil craint, ta main peut l’affronter.” » Cet optimisme et cette confiance en la vie et en l’humanité traversent cet album qui se dessine comme une invitation au voyage et au rêve, portée par de magnifiques chants peuls extraits des archives familiales.

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Un espoir que Souleymane Diamanka a souhaité transmettre aux jeunes générations, qu’elles habitent au Sénégal ou dans les quartiers délaissés des cités françaises, où il a grandi. « Les mots avec lesquels on énonce la réussite et le bonheur emplissent le lexique des gens positifs. Tandis qu’en banlieue, dans la culture hip-hop, par exemple, quand on veut exprimer quelque chose de bon, on emploie toujours un vocabulaire négatif. On dit que “c’est mortel”, que “ça déchire”. Mais les mots ont ce pouvoir de transformer la réalité », avance, confiant, celui qui aime rappeler que « la poésie est omniprésente dans notre quotidien, dans les métaphores qu’une mère utilise pour expliquer le monde à son enfant, dans ces expressions qui nous disent que le soleil se lève ou se couche ». Il suffit d’y prêter attention, car « la poésie est un moyen de s’exprimer mais aussi un moyen de voyager pour celui qui la lit ou l’écoute ».

« Poésie parlée »

(...) Suie Le Monde

Par Séverine Kodjo-Grandvaux (contributrice Le Monde Afrique, Douala)