Ourouro Bah : Changer la Guinée : l’insurrection populaire comme moyen (Partie 1).

Akinwumi Adesina : « La Banque africaine de développement doit rester le premier choix des Africains »

Akinwumi Adesina, ministre de l’agriculture et du développement rural au Nigeria.
Akinwumi Adesina, ministre de l’agriculture et du développement rural au Nigeria. Crédits : ERIC PIERMONT / AFP

Quelle serait la première mesure que vous prendriez, si vous étiez nommé président de la BAD ?

Je ferais en sorte que la BAD soutienne une croissance inclusive afin que la vie du plus grand nombre s’améliore concrètement. Pour cela, l’institution devra se concentrer sur les secteurs à fort impact comme les infrastructures ou l’agriculture. Il sera aussi essentiel de convaincre le secteur privé d’investir davantage sur le continent. C’est la clé pour créer des emplois.

Quelle est la meilleure raison de voter pour vous ?

J’ai vécu et travaillé dans quinze pays africains, donc je connais très bien le continent. Je suis resté pendant dix ans dans des pays francophones, comme le Mali, le Niger, la Guinée, la Côte d’Ivoire et le Cameroun. Cette expérience m’a permis de comprendre leurs situations. Je saurai être un pont entre ces pays et l’Afrique anglophone.

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La finance n’est pas l’unique compétence nécessaire pour relever les défis importants du continent. Tout au long de ma carrière, j’ai acquis de l’expérience dans le champ beaucoup plus vaste du développement, et en particulier du développement rural.

Au Nigeria, j’ai atteint des millions de personnes grâce à des projets qui avaient de fortes retombées sur leur quotidien. J’ai travaillé au niveau des communautés et c’est ce qui permet d’affirmer que je suis capable de connecter les niveaux macroéconomique et microéconomique, condition essentielle pour parvenir à une croissance inclusive. J’ai grandi dans une zone rurale. Pour moi, la pauvreté, ce n’est pas seulement des statistiques. Je l’ai connue. J’ai réussi à m’en sortir et à aller à l’école. Ce parcours ne devrait pas être une exception, il devrait apparaître comme normal. C’est pourquoi j’ai envie de m’impliquer pour créer de l’espoir et donner des opportunités à chacun. Au Nigeria, j’ai aussi été à la tête d’un ministère de plus de 7 000 employés. Je sais comment diriger des équipes dans un organisme complexe. C’est grâce à tous ces niveaux de compétences que je sais que je peux être président de la BAD.

Que faut-il changer dans le « logiciel » de la BAD pour que l’Afrique décolle durablement ?

Il faut d’abord s’intéresser à la structure même de la Banque, pour qu’elle puisse répondre à tous ses mandats de manière plus efficace. Elle doit avoir un impact dans les pays, et je veillerai pour cela à ce qu’elle approfondisse le processus de décentralisation. La BAD doit être plus proche de ses clients pour mieux comprendre leurs besoins. Aujourd’hui, les pays africains peuvent s’adresser à plusieurs autres sources de financement. Mais la Banque doit rester leur premier choix, que ce soit en termes d’accès à des financements ou de conseils. Je souhaite améliorer de manière significative l’efficacité opérationnelle de la banque, réduire les délais entre la sélection des projets et leur mise en œuvre. La BAD doit être plus flexible, avec un personnel encore mieux qualifié et bilingue.

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Il faut aussi reconstruire l’intégrité en interne, la transparence et la responsabilité. Je suis d’ailleurs connu pour avoir été un champion de la lutte contre la corruption tout au long de ma carrière ! Au Nigeria, en trois mois, j’ai aidé à mettre fin à une corruption qui avait duré quarante ans dans le gouvernement, et je veux faire de la BAD la banque africaine de l’intégrité.

Avez-vous un exemple concret où la BAD a fait ce que les autres banques n’ont pas fait et répondu ainsi aux besoins spécifiques de l’Afrique ?

La BAD a beaucoup fait pour les infrastructures sur le continent. Il faut environ 93 milliards de dollars par an pour combler le déficit de financement des infrastructures en Afrique. C’est un chiffre conséquent. La BAD a permis d’attirer les financements dans ce secteur, notamment en créant l’initiative Africa 50, c’est une chose dont nous devons être fiers. Elle a beaucoup œuvré dans le secteur de l’électricité et soutenu les énergies renouvelables tout en favorisant l’intégration régionale. L’énergie produite à Victoria Falls est aujourd’hui transmise au Zimbabwe, en Namibie, au Botswana.

L’Afrique va voir émerger des dizaines de nouveaux milliardaires ces prochaines années. Faut-il une taxe spéciale milliardaire pour financer le développement du continent ?

La Banque n’a pas pour mandat d’intervenir dans les politiques fiscales. Elles relèvent de l’autorité des pays. Je pense toutefois qu’ils doivent lever plus de ressources et améliorer leur manière de gérer les recettes fiscales. Dans le même temps, il ne faut pas décourager le secteur privé, qui est fondamental pour le développement de l’Afrique. Je veux amener la Banque à se concentrer beaucoup plus sur le marché intérieur des capitaux, que ce soit au travers des marchés d’actions, des fonds de pension, ou encore des fonds souverains. Ces derniers représentent 158 milliards de dollars. Ils pourraient utilement être investis dans des infrastructures. Il y a beaucoup d’argent sur le continent. La banque doit trouver les instruments pour le mobiliser.

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Comment faire exister vos propres idées et priorités, tandis que la stratégie décennale 2013-2022 est en cours d’exécution ?

Mes idées sont en parfaite cohérence avec cette stratégie. Je veux favoriser une croissance inclusive en développant le secteur privé, en stimulant l’intégration régionale, la construction d’infrastructures… et en veillant à la bonne gouvernance. Ce sont les priorités de la BAD !

Vous êtes favorable à la décentralisation, mais les 44 bureaux coûtent très cher et leur autonomie est très limitée : tout doit remonter au siège pour validation !

La qualité des projets de la BAD peut être améliorée seulement si elle se rapproche de ses clients. L’agriculture au Nigeria est un succès parce que le ministère de l’agriculture est décentralisé dans les trente-six Etats du pays. Aujourd’hui, nous avons les meilleures performances dans ce secteur, je crois donc profondément en la décentralisation pour mieux comprendre ce que veulent les clients. Il faudra renforcer le processus de prise de décision et donner plus d’autonomie et de flexibilité à ceux qui sont sur le terrain pour le développement de projets parce que ce sont eux qui savent le mieux quoi faire. Mais il faut aussi que les opérations soient rentables, et pour réduire les frais généraux, je vais accentuer les processus numériques. La BAD pourrait être plus rapide, plus efficace et plus pertinente. Je veillerai à réduire cette bureaucratie dont les clients se plaignent beaucoup.

La BAD a justement la réputation d’être très lente entre le dépôt des dossiers et le décaissement. Votre suggestion du recours au numérique, est-ce justement une manière d’accélérer les procédures afin d’éviter que d’autres institutions (Chine, Turquie, Brésil, etc.) ne viennent la concurrencer ?

Bien sûr ! Prenons l’exemple de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) : elle a raccourci le délai pour décaisser l’argent, et c’est la même tendance dans toutes les grandes institutions financières internationales. Par conséquent, la BAD ne peut pas se permettre de décaisser l’argent dans un délai trop long.

J’ai beaucoup voyagé en Afrique et à chaque fois les ministres m’expliquent qu’ils voudraient utiliser la BAD mais que les procédures prennent trop de temps, que l’institution est trop bureaucratique. Dans ce milieu très concurrentiel, la BAD n’a pas d’autre choix que de devenir plus flexible, plus efficace et plus compétitive par rapport aux concurrents.

La BAD est certes une banque africaine, mais le poids des actionnaires non africains est souvent décisif, y compris dans le choix du président. Cela ne vous dérange-t-il pas ?

Cela ne me dérange pas. Il est très important que la banque ait des partenariats très larges pour obtenir de l’argent pour ses projets. Chaque membre doit avoir son poids pour toutes les décisions et opérations, et je crois que l’impulsion donnée à la banque par les membres non africains est précieuse, dans le Fonds africain de développement, par exemple.

Quelle est la femme ou l’homme vivant ou historique qui vous inspire le plus ?

La personne qui m’inspire le plus est mon père. Il a grandi dans une famille pauvre, il n’a appris à lire et à écrire qu’à l’âge de 14 ans, quand un membre de la famille l’a emmené en ville et l’a inscrit à l’école. De là, il est devenu fonctionnaire. Quand je suis né, nous vivions dans un quartier déshérité, nous n’avions qu’une chambre avec quatre de mes frères. Nous n’avions pas beaucoup d’eau, pas de système sanitaire, mais mon père s’est accroché, a été promu, et il est devenu comptable au sein du gouvernement. C’est de cette manière que j’ai eu accès à l’éducation. C’est cette expérience qui m’inspire aujourd’hui. D’abord offrir l’éducation à tout le monde, car si mon père et moi n’avions pas eu l’opportunité de quitter la campagne, je ne serais pas en train de vous parler aujourd’hui comme candidat à la présidence de la BAD !

Sadio Barry : Alpha Condé, un vétéran du mensonge, des manigances et de la manipulation. Et s'il était malade ?

 

Pour tous ceux qui connaissent Alpha Condé, il ne fait aucun doute que mentir (tromper) est le seul domaine de la vie où il excelle vraiment.

La mythomanie est définie dans le dictionnaire comme un déséquilibre mental caractérisé par la manie du mensonge et l'invention systématique d'histoires.

Les scientifiques et les psychiatres définissent la mythomanie comme une pathologie qui n’a pas encore livré tous ses mystères et conseillent de prendre au sérieux des "menteurs cyniques" qui sont des êtres parfois particulièrement brillants et convaincants, mais qui peuvent devenir dangereux pour la société.

De nos jours, les psychiatres mettent en garde en citant l'exemple de Jean-Claude Romand, un ancien étudiant en médecine qui n’a jamais été diplômé mais prétendait travailler à l'Organisation Mondiale de la Santé et a trompé sa famille pendant 18 ans jusqu'à l’issue fatale : quand sa famille était sur le point de découvrir la vérité, il tue sa femme, ses enfants, ses parents et tente de se suicider.

Parlant de certains menteurs, Ernest Dupré, un psychiatre du début du XXème siècle, évoquait une "impulsion narratrice, une envie de raconter quelque chose d'extraordinaire pour se rendre socialement intéressant".

Intéressant :

« Pour expliquer ce besoin incessant de s'inventer une autre vie, les spécialistes pointent un lourd déficit d'amour de soi. "On parle aussi souvent de traumatismes, notamment sexuels. Ces personnes ont eu besoin de se défendre dans l'oubli ». Peut-on lire sur la page doctissimo.fr (Lire).

Pour ceux qui connaissent Alpha Condé, on serait tenté de croire que ces textes ont été écrits à son sujet, tellement que les signes indiqués et le caractère décrit lui correspondent.

Comme on le voit sur la photo, c’est quand Alpha Condé doit dire quelque chose de vrai qu’il a des difficultés de se retrouver.

Nous savons tous qu’Alpha Condé a été emmené en France par l’ancien gouverneur blanc, patron de son père (cuisinier) à l’âge de 15 ans. Qu’est-ce qu’il a pu vivre loin de sa famille et ses semblables pendant des années ? 

Le constat est évident : intellectuellement et socialement, Alpha Condé est un raté complet, un homme complexé et incohérent, un menteur pathologique.

Toute la vie d’Alpha Condé a été construite sur du mensonge. Des faits illustratifs :

1- Il a menti sur les origines de sa maman et a falsifié son CV en se faisant passer pour un Professeur de droit alors qu’il ne l’est pas (Lire 1 et 2). En Guinée, il n’apprécie pas qu’on s’adresse à lui autrement qu’avec « Professeur ».

2- Il n’a jamais pu avoir une vie de famille normale. Son ami intime et membre fondateur du RPG Mohamed Sampil qui partit fabriquer un extrait de naissance guinéen pour lui à Boké afin qu’il puisse participer à des élections politiques en Guinée nous raconta en 2010, chez lui à Paris, que même son fils unique né de son mariage avec Alima Koné, Alpha Condé le reniera d’abord pendant 9 ans avant de le reconnaître comme son enfant.

3- Pendant les campagnes de 2010, Alpha Condé dira qu’il n’avait pas l’intention de quitter le pays, quand on l’a arrêté à Pinè en 1998, mais qu’il voulait organiser le renversement du régime conté depuis Beyla. Avant d’ajouter: « J’avais des Francs CFA, j’avais des dollars, j’avais des Euros ». Alors que l’Euro est mis en circulation le 1er janvier 2002 (Lire).

4- Lors de sa rencontre, en mi-avril 2015, avec des Guinéens sélectionnés aux USA et son discours du 1.er mai 2015 à Conakry, Alpha Condé déclare qu’il est temps de dire la vérité au peuple, en insistant sur le mot. Il déclare:

« Avant ma prestation de serment, j’ai demandé au FMI de faire l’état des lieux. Quand on m’a présenté l’état des lieux, honnêtement, j’ai regretté d’avoir été élu. Ensuite, je ne connais pas les cadres guinéens, c’est mon frère Malik qui pouvait me dire qui est qui. Malheureusement, Malik est mort quatre jours avant mon investiture, donc je suis devenu comme aveugle, parce que si Malik était là, la moitié des ministres qui sont là ne seraient pas ministre »

Il y a trois points à souligner ici :

a)- Alpha Condé reconnaît publiquement, aux USA et à Conakry, que lorsqu’il a cherché à obtenir la magistrature suprême par tous les moyens (mensonges, corruption, division ethnico-régionale du pays, vols et violences), il ne connaissait pas le pays (Guinée) dont il a été leader politique et opposant pendant 40 ans. Il dit, sans gêne, qu’il comptait gouverner le pays à travers son petit frère Malick qui n’était lui-même qu’un débrouillard appelé homme d’affaires en Guinée.

Ce Malick Condé lui-même n’ayant pas été un haut cadre de l’administration guinéenne, il ne pouvait aider Alpha qu’en lui recommandant des parents et amis et en se livrant à des règlements de compte (un exemple).

On ne doit pas s’amuser avec le destin d’une Nation de la sorte. L’honnêteté intellectuelle, un minimum de décence et de patriotisme aurait voulu qu’Alpha Condé vienne d’abord vivre en Guinée, apprendre à connaître le pays et l’appareil d’Etat avant de vouloir en être le président, si son souci était d’aider ce pays. Il savait donc, comme il vient de le dire lui-même à deux reprises, qu’il n’était pas à la hauteur, mais il a tenu à obtenir la Présidence du pays au prix de la mise à mort du processus démocratique, au prix du sang et de la déchirure du tissu social. Pourtant, affaibli, Lansana Conté avait tendu la main à Alpha Condé, pour réconcilier le pays et le sortir de la crise politico-économique, mais le leader du RPG a refusé. Il s’en vente d’ailleurs lors de son intervention aux USA.

Rappelant fièrement que jamais le RPG n’a accepté de dialoguer avec le pouvoir quand lui il était opposant, Alpha déclare: « Jamais le RPG n’a participé à un pouvoir sous Conté, même pas avec Lansana Kouyaté ».

Pourquoi cet exemple précis, parce que Lansana Kouyaté est malinké et le RPG se comprend comme un parti malinké  (Vidéo 1 et 2) ?

L’homme qui reconnaît aujourd’hui ne rien connaître de la Guinée est celui qui s’est toujours déclaré opposant historique du pays avec 40 ans de combat politique pour l’amélioration des conditions de vie des Guinéens. Il aurait même écrit des livres et journaux sur la Guinée avant 2010 (pays qu’il ne connaît pas) :

·  Un africain engagé : ce que je veux pour la Guinée (éditions Picollec, 2010)

·  Guinée, Albanie d'Afrique ou néo-colonie américaine (éditions Gît-le-cœur, 1972)

·  « Pour que l’espoir ne meure » août 1985

·  « Quel avenir pour la Guinée », mai 1984

·  « Où allons-nous »

·  « Trois ans après »

·  « Le poisson pourrit par la tête »

Nous devons à présent prendre en compte des informations selon lesquelles Alpha Condé ne faisait que compiler (publier le travail intellectuel et des notes d’un ami à son propre nom). D’ailleurs, l’homme qui a grandi et étudié en France où il a vécu 65 ans ne sait pas prononcer le mot diplomate. Ecouter son discours aux USA ! Il dit « Les Dipolomates ».

b)- Non seulement Alpha Condé n’a pas honte de mentir publiquement, mais il manifeste son mépris et le peu de respect qu’il a pour les Guinéens qu’il cherche à rendre coupables de son échec visiblement dû à son incompétence, sa haine et ses rancunes, la corruption, le népotisme et le self-service qui caractérisent sa gouvernance. Il raconte qu’on l'avait prévenu que les Guinéens sont des malhonnêtes et qu’ils vont le rouler dans la farine, alors qu’il est le profiteur des coups bas et crimes crapuleux qu’on a connus ces dernières années en Guinée. A propos de l’armée guinéenne, il dit qu’il y a des colonels qui ne savent même pas écrire leur nom. Parlant des cadres guinéens dans l’ensemble, Alpha Condé déclare que contrairement aux Sénégalais qui aiment lire et apprendre, quand le Guinéen, paresseux, quitte son ministère ou son bureau, c’est pour aller courir derrière les petites filles.

« Quand on m’a présenté l’état des lieux, honnêtement, j’ai regretté d’avoir été élu »

Mensonge et manipulation ! Si Alpha Condé avait une conscience et était animé d’une bonne foi qui lui aurait permis d’avoir un tel sentiment, son comportement aurait été différent dès ses premiers pas à la présidence de la République. Il avait la possibilité de :

·  démissionner de la tête du parti RPG et devenir le Président de tous les Guinéens.

·  convoquer une conférence nationale avec toutes les forces vives de la Nation et les cadres de la diaspora pour dire aux Guinéens qu’il ne voudrait pas être Président et engager donc une transition au cours de laquelle il va mettre en place un gouvernement d’union nationale avec l’exclusion de tous les anciens ministres qui doivent rendre compte de leurs gestions du pays.

·  demander, si nécessaire, l’envoi d’une force des Nations Unies en Guinée, afin qu’il puisse procéder à la refonte, rajeunissement et modernisation de l’armée.

·  mettre en place toutes les institutions républicaines prévues par la Constitution de 2010, dans la transparence et le respect des lois.

·  laisser la Cour Pénale Internationale s’occuper du dossier des crimes contre l’humanité dans la transparence et l’équité.

·  mettre une Ceni paritaire, compétente et indépendante en place et organiser des élections communales et ensuite les élections législatives.

·  réviser tous les contrats miniers et procéder à un audit général pour connaître l’état réel du pays, démasquer les prédateurs avec des preuves irréfutables et les traduire en justice.

·  réunir tous les cerveaux du pays pour élaborer des projets de construction et d’avenir de la Guinée en commençant par les problèmes d’électricité, d’eau, de santé et de l’aménagement des plaines pour l’autosuffisance alimentaire.

·  faire une étude et proposer un modèle politique convenable à la Guinée, l’adopter par Référendum (par exemple, imposer deux partis politiques financés exclusivement par l’Etat, à la tête desquels on accède par des primaires avec un quota minimal dans chacune des quatre régions du pays). Cela aurait mis fin à des manœuvres et discours ethniques dans la conquête du pouvoir en Guinée.

·  organiser des élections démocratiques et transparentes sans être lui-même candidat.

Le peuple de Guinée tout entier, de toutes les régions, aurait acclamé et soutenu Alpha Condé. Quel que soit le temps que cette transition aurait pris, la majorité ne se serait pas impatientée et n’aurait pas voulu son départ avant qu’il ne finisse de poser les bases d’une stabilité durable, d’un Etat de droit irréversible, d’une nation unie, forte et incitée au travail. Au lieu de cela, Alpha Condé s’est mis à provoquer, à manigancer, à manipuler, à diviser et à opposer les Guinéens, à massacrer le peuple et à piller les ressources du pays (Lire 1, 2, 3 et 4).

Le 21 décembre 2010, Alpha Condé fut investi comme président de la République. Dans ses deux récents discours, il dit qu’il avait regretté d’être élu Président avant son investissement. Trois semaines après son investiture, voici les propos qu’il a tenus à Dixinn devant ses partisans et les actes qu'il a posés :

« Nous avons gagné la présidentielle, mais ce n’est pas fini. Il nous faudra gagner les législatives, gagner les communales, gagner les communautaires. Ceux qui nous menacent sont des fous! (Ha !ha !ha !). Ils avaient tout l’argent de la Guinée, ils n’ont pas pu nous battre. Aujourd’hui, c’est nous qui prenons les décrets (Ha!ha!ha !). Aujourd’hui, c’est nous qui nommons les Préfets, c’est nous qui nommons les sous-préfets, c’est nous qui gouvernons la Guinée. S’ils disent qu’ils vont venir me battre, c’est ce qui signifie qu’ils sont fous. Laissez-les! » (Lire).

N’est-ce pas les raisons des 12 morts pour une Ceni indépendante en 2012 (sans l’avoir), 57 morts pour des législatives chaotiques en 2013 après 3 ans de retard et la crise actuelle (blocage politique, tenions politico-ethniques et violences) ?

La première mesure du président Alpha Condé fut de dissoudre le groupe de contact sur la Guinée (GIC-G) qui devait aider et accompagner notre pays dans le processus d’installation de toutes les institutions républicaines. Il décida de les renvoyer, lorsqu’ils ont suggéré d’organiser rapidement les élections législatives afin de partager le pouvoir et apaiser les tensions ethnico-politiques nées du comportement d’Alpha Condé et de son parti lors de la présidentielle 2010. Voulant tout contrôler et préparer son maintien au pouvoir, il limoge des élus locaux et nomme des délégations spéciales du RPG à leur place au lieu d’organiser les élections communales et communautaires dans le respect des lois du pays.

c)- Discours d’Alpha Condé le 17 avril 2015, qu’il répéta le 1.er mai 2015 :

« Mon frère Malik est mort quatre jours avant mon investiture, donc je suis devenu comme aveugle, parce que si Malik était là, la moitié des ministres qui sont là ne seraient pas ministre »

« La deuxième République a été un crime économique contre la Guinée. Pas par la faute de Conté, mais par la faute de ses ministres ».

« En deux ans, le régime militaire a sorti plus d’argent au Trésor de la Guinée que de l’indépendance à la mort de Conté. En deux ans seulement. C’est des faits qui sont là, allez-y à la banque centrale, ils ont été jusqu’à fabriquer de faux billets de dix mille francs. »

Comment donc s’expliquer qu’Alpha Condé, qui était instruit de ces faits graves qu’aucune autorité responsable ne laisserait passer comme de rien, ait reconduit tous les principaux ministres du CNDD au gouvernement et recyclé tous les ministres du régime conté qui ne sont pas allés dans l’opposition contre lui ? Non seulement il les garde toujours, mais entre ses deux discours d’accusations graves des anciens (le 29 avril 2015), il a nommé un des puissants ministres d’Etat du régime militaire en question, Boubacar Barry, dans son gouvernement !

Si Alpha Condé était honnête et responsable, il aurait dissout son gouvernement après ce discours. Si les membres du gouvernement d’Alpha Condé ont un minimum de dignité, ils vont lui présenter leurs démissions les heures ou jours suivants. L’histoire retiendra leurs noms, la bassesse et le manque de personnalité qui les caractérisent !

Pendant tout le temps qu’il était opposant, Alpha Condé soutenait que « Le poisson pourrit par la tête ». Il inondait la Guinée avec ses journaux Patriote, Seguati et Malanyi en traitant Lansana Conté de tous les maux du pays en tant que premier responsable de l'Etat qui ne choisit pas ses ministres sur des critères d’intégrité morale et de compétence. Maintenant qu’il est à la place de Conté, ce n’est plus le président qui doit être tenu coupable, mais les ministres !

Où est la cohérence, où est le sérieux dans la gouvernance d’Alpha Condé ? La Guinée, un pays fort de 10 millions d’habitants, manque-t-elle autant de cadres et d’intellectuels, pour qu’Alpha Condé soit obligé de recourir à ceux qu’il continue de qualifier de paresseux, ignorants et criminels ?

Au début, la plupart des intellectuels et démocrates guinéens avaient adhéré au projet du RPG pour l’avènement de la démocratie et la fin de l’impunité dans notre pays. C’est l’ethnocentrisme qui régnait dans ce parti qui a fait quitter les autres. Cependant, la plupart des intellectuels et cadres malinkés ont activement aidé le RPG dans sa conquête du pouvoir. Alpha lui-même dit que le RPG n’a jamais accepté de participer à un gouvernement. Où sont ces cadres qui ont aidé ce parti à s’implanter et à conquérir le pouvoir ?

Ces faits prouvent à suffisance qu’Alpha Condé n’est pas préoccupé par le bien-être des Guinéens, mais plutôt de comment se maintenir au pouvoir avec l’aide des pourris et criminels de la République. Lire l’article prophétique de Demba Samoura et les témoignages du commissaire Ibrahima Sory Djoumessy, un des fondateurs du RPG (Lire 1 et 2) ! D’ailleurs, il explique qu’à cause d’Ebola, l’Etat n’a plus de recettes et que les investisseurs sont partis du pays. Cependant, le Président qui s’arrogeait plus d’un milliard de FG par jour, a estimé que ce montant est peu pour lui. Il profitera de la révision des lois de finances (en pleine crise d’Ebola) pour augmenter son budget à lui tout en diminuant celui de la Santé qui concerne tous les Guinéens.

Dans son discours des USA, le 17 avril 2015, Alpha Condé a dit qu’il avait gagné les élections en 1993, mais que Conté a volé sa victoire. Cependant, que le RPG n’aurait pas fait recours à des contestations ou violences, bien que les notables de la Haute Guinée lui aient recommandé de verser du sang s’il veut avoir le pouvoir. Mes remarques là-dessus :

·  Est-ce que le RPG peut-il gagner des élections au premier tour en Guinée, avec le soutien même des seuls Malinkés et toute la région forestière, si les Peuls et Soussous votent majoritairement pour Lansana Conté ?

·  Qui a déclaré que tout Malinké qui vote pour Lansana Conté est un bâtard ?

·  Qu’en est-il des deux personnes brûlées vives à Kankan parce qu’elles faisaient campagne pour le parti de Lansana Conté (PUP) ?

·  Qu’en est-il de la dizaine de cadres et responsables administratifs dont les domiciles furent démolis par le RPG à Siguiri à cause de leur soutien à Lansana Conté ?

·  N’est-ce pas que le RPG a organisé des attaques, incendié les bâtiments administratifs, brûlé les archives de la ville de Siguiri, arraché même le goudron, par mépris de l’Etat incarné par "le régime soussous" ?

·  N’est-ce pas que le RPG organisa une rébellion armée contre le régime conté en 2000 ? Alpha Condé lui-même a reconnu avoir planifié un renversement du régime par la voie armée depuis 1998 (Lire 1, 2 et 3). Lire également le point C de l’article au lien !

Alpha Condé, le 1. er mai 2015 :

« Quand je suis venu, j’ai dit aux syndicats, faisons comme l’Allemagne. En Allemagne il n’y a pas de grève, parce qu’il y a un dialogue permanent entre le syndicat et le gouvernement. L’Allemagne est aujourd’hui le pays européen le mieux dirigé ».

Mensonge, eh mon Dieu, pourquoi Alpha ment-il sur des faits aussi faciles à vérifier ?

Presque chaque année il y a des grèves en Allemagne où je vis depuis 1992, tant dans le secteur privé que dans le secteur administratif (des exemples rien que pour cette année 1, 2 et 3). Seulement, ici, on ne cherche pas à empêcher les gens de grever ou de manifester. On enregistre ni blessés ni morts quand des citoyens allemands font valoir ou usent de leurs droits constitutionnels, contrairement à ce qui se passe en Guinée sous le régime condé.
 
Alpha Condé :

« Quand les Allemands ont voulu envahir l’Angleterre, les Anglais ont fait appel à Churchill. Il leur a dit : je ne vous promets que des larmes, de la sueur et du sang. Des larmes, de la sueur et du sang ! Mais c’est à ce prix que nous allons vaincre le nazisme. »

Je dis à Alpha Condé que nous aussi, nous allons promettre des larmes, de la sueur et du sang à notre peuple, si c’est à ce prix que nous allons vaincre son régime d’apartheid en Guinée et leur faire payer, lui et ses complices, leurs crimes contre notre Nation. Il a déjà à son actif :
- 12 morts par balles, des centaines de blessés en 2012,
- 57 morts par balles, plus de 400 blessés et des destructions matérielles ciblées de plus de 46 milliards de francs guinéens en 2013,
- 3 morts et une vingtaine de blessés par balles depuis début 2015.

Nous sommes également au courant des nouvelles instructions de la présidence aux forces de répressions : tirer à balles réelles en visant les jambes et les pieds pour rendre infirme à vie les militants de l’opposition, les jeunes et enfants des quartiers Peuls. Hier nuit, on nous a fait cas de 7 victimes par balles dont une à l’abdomen. Que ces criminels et leurs commanditaires sachent que nous sommes en train de réunir des articles de journaux, des photos et vidéos permettant d’identifier les tueurs sur le terrain (éléments des forces de l’ordre ou donzos armés). Ces tueurs nous feront remonter aux commanditaires jusqu’à la Présidence. D’office, les responsables des unités concernées et les hauts responsables de l’Etat sont tous comptables des crimes en cours sous leur responsabilité et par leur faute.

Quant à l’opposition, elle semble trouver la bonne formule de capituler sans être blâmable par ses militants engagés auxquels elle a promis de libérer la Ceni, les mairies et de chasser Alpha Condé qu’ils ont déclaré illégitime : programmer des manifestations grandioses sur fond de menaces de chasser le dictateur et passer tous la nuit chez eux, en attendant d’être bloqués dans leurs cours le matin. Ainsi, eux et leurs familles restent confortablement en sécurité à la maison, pour se réjouir, le soir, de la réussite de la journée de manifestation avec des cortèges de morts et de blessés sans conséquences (Lire). A propos, écoutons Cellou Dalein Diallo :

« Vous avez vu l’arsenal qui est déployé devant mon domicile. Je veux essayer de sortir. Mais, vous voyez à l’impossible nul n’est tenu » (Lire).

Après une fois, deux fois le même scénario, des leaders politiques d’autres pays auraient changé de stratégie. Se donner rendez-vous dans un espace public (grand carrefour par exemple) pour démarrer la marche et former des équipes pour contrer les forces de l’ordre qui n’agissent pas en conformité avec la Constitution.

Pourquoi les opposants guinéens ne peuvent-ils pas faire comme ceux d’ailleurs sur le continent (Lire 1 et 2) ?

Lansana Kouyaté semble jouer la même stratégie qu’Alpha Condé dans le passé : s’opposer à tout, mais ne participer à aucun combat sur le terrain, pour venir récolter le fruit du combat des autres après. Lansana Kouyaté est-il oui ou non signataire de la déclaration de Paris du 23 mars 2015 (Lire) ?

Face à l’opinion internationale, Alpha Condé se sert toujours d’un argument pour trouver des excuses à son incompétence et à ses crimes organisés contre le peuple de Guinée :

« J’ai hérité d’un pays pas d’un Etat. Il  n’y avait pas d’Etat en Guinée ».

Pourquoi ses principaux opposants qui sont tous des anciens chefs de gouvernements ne démontent pas cet argument en le discréditant à travers des actions de justice internationale et procédures parlementaires de sa mise en accusation pour violations de la Constitution, graves violations des droits de l’homme et parjure en vue d’une destitution ? L’Article 120 de la Constitution leur donne ce droit tant à cause des 80 morts par balles (bilan provisoire), la sortie illégale des devises par cargaisons à bord des compagnies civiles de transport, le refus de déclarer ses biens, la falsification de la loi sur l’INDH, que pour la création des mouvements Manden Djallon, Union des Roundè et la milice Donzo (Lire 1 et 2).

A travers les actions de ses leaders anciens Premiers ministres, l’opposition s’est piégée cette fois-ci encore plus gravement qu’en 2013 en validant les travaux et manœuvres de la Ceni de Bakary Fofana par leur participation, tout en disant à leurs militants qu’ils ne reconnaissent plus cette Ceni (Lire 1, 2 et 3). De facto, ils ont

·  maintenu la Ceni décriée, incompétente et corrompue,

·  accepté le même fichier de Waymark qu’en 2013 et la future présidentielle dans les conditions exceptionnelles de 1993 sous Conté.

Ainsi, le pouvoir prévoit des recensements ou plutôt révisions des listes électorales dans seulement 17 pays de la diaspora en violation de la Constitution actuelle qui consacre le droit de vote à tous les Guinéens. Cela ne semble curieusement pas déranger l’opposition qui en est perdante (Lire) !

Actuellement, la Guinée a au moins 35 missions diplomatiques dans le monde. Partout où il y a une ambassade guinéenne, nos compatriotes y résidant devraient avoir le droit d’exercer leur devoir électoral, conformément à l’article 22 de notre Constitution (Lire). Et si le régime condé estime que la représentativité des Guinéens n’est pas significative dans 18 autres pays, alors ces ambassades doivent être fermées pour alléger les charges de l’Etat. L’opposition et les Guinéens concernés devraient prendre leurs dispositions dans ce sens. Car, ces ambassades ne serviraient alors au régime condé que de moyens de prendre en charge leurs proches à l’étranger au frais de l’Etat guinéen.

En ce qui est des pays retenus pour les enrôlements et donc le vote des Guinéens de l’étranger, l’opposition et la diaspora guinéenne doivent veiller au respect de l’Article 69 du Code électoral qui exige la création d’un Bureau de vote pour mille électeurs au maximum. Ce qui voudrait dire qu’on doit procéder au recensement et avoir un bureau de vote dans toutes les villes étrangères où vivent au moins un millier de Guinéens. Les Guinéens de Sénégal, de la France, de l’Allemagne et des USA doivent donc avoir au moins un bureau de vote par Région ou Etat en vertu de cette loi.

Appel aux militants de l’opposition :

Chers compatriotes et patriotes combattants pour la démocratie et le départ d’Alpha Condé, c’est avec vives préoccupations que nous recevons des informations selon lesquelles vous ne voudriez plus vous faire enrôler dans le cadre du recensement électoral en cours. A Kankan et en Haute Guinée en général, des partisans de l’opposition, découragés et effrayés, n’auraient pas l’intention de s’enrôler. Même à Labé, fief de l’UFDG et ville du leader Cellou Dalein Diallo, ce ne sont que 7 personnes qui se sont fait enrôler en 3 jours de recensement.

Il est important de se faire inscrire maintenant sur les listes électorales. Les partisans du pouvoir le sont déjà. En effet, les révisions de listes électorales acceptées par les principaux opposants ont commencé depuis le vendredi 24 avril 2015. Ces enrôlements doivent s’effectuer pendant 45 jours et commenceront le 10 mai prochain à l’extérieur du pays. Nous vous prions vivement d’aller vous faire enrôler et de sensibiliser vos connaissances, ami(e)s et proches dans ce sens, pour apporter au moins un petit équilibre dans le fichier électoral.

Nous vous promettons un choix alternatif et crédible cette fois-ci et vous assurons que vos votes ne seront pas perdus avec nous. Que les électeurs de l’opposition vivant en Haute Guinée se recensent et restent sereins cette année ! Ils sont chez eux partout sur le territoire guinéen et leurs droits seront défendus cette fois-ci. Nous ne laisserons pas Alpha Condé se maintenir au pouvoir ni par la tricherie ni par la force cette année, si le peuple vote pour son départ, pour le changement.

En se mobilisant massivement pour se faire inscrire, on peut transformer ces révisions de listes électorales en un recensement de fait qui ferait changer le rapport de force dans le fichier. Car, en vertu de l’Article 6 du Code électoral, « L’inscription sur une liste électorale est un droit pour tout citoyen guinéen remplissant les conditions légalement requises ». En faisant valoir ce droit, tous ceux qui n’avaient pas été inscrits en 2013 peuvent profiter des 4 semaines restantes pour se faire inscrire. Ceux qui en seront empêchés doivent immédiatement le signaler à l’opposition et à la presse.

Cette mobilisation pour se faire inscrire est nécessaire dans la mesure où, dans les conditions actuelles validées par l’opposition, le contraire donnerait de l’avantage à Alpha Condé et à son parti RPG. Parallèlement à ces démarches de prudence, nous devons nous préparer pour une action similaire à celle du Burkina afin d’arriver à la solution idéale : chasser Alpha Condé avant l’application de son programme électoral avec Bakary Fofana.

Aux dernières nouvelles, nous apprenons que le leader Cellou Dalein Diallo a reçu une invitation du pouvoir ce mardi 5 mai 2015. Cellou est invité à se rendre à la Présidence le vendredi 8 mai prochain.

Non seulement le courrier est signé du Chef de cabinet de la Présidence, M. Diané, au lieu d’Alpha Condé qui est présent, mais l’objet indiqué est « Pour discuter des questions liées au processus électoral ».

C’est donc une manœuvre de contourner les exigences de l’opposition et sa décision de ne prendre part à aucun programme de dialogue avec le pouvoir avant la satisfaction de certains préalables, comme l’annulation du chronogramme unilatéral renvoyant les communales à 2016 et l’arrêt des activités de la Ceni.

Si Cellou se prête à ce jeu, il aurait trahi l’opposition et conduira à la division de cette dernière qui se retournera contre lui et son parti.

Si l’opposition se réunit pour le mandater de s’y rendre, alors qu’il refuse d’y aller seul, parce que ce sont eux tous qui auraient trahi ensemble leur parole et leurs partisans durement éprouvés par les violences ordonnées d’Alpha Condé contre eux.

Si l’opposition résiste à cette nouvelle manœuvre de désespoir de Condé Alpha, alors le menteur-dictateur comprendrait que cette fois-ci, il doit vraiment les prendre au sérieux. Les victimes ne l’aurait pas été vainement !

 

SADIO BARRY,
Porte-parole du FJD

Jalloul Ayed : « La Banque africaine de développement doit jouer un rôle encore plus important »

Jalloul Ayed, ancien ministre des finances de Tunisie.
Jalloul Ayed, ancien ministre des finances de Tunisie. Crédits : © Zoubeir Souissi / Reuters

Quelle serait la première mesure que vous prendriez, si vous étiez nommé président de la BAD ?

Tout d’abord, je demanderais une évaluation générale de l’état de la Banque, avec un accent particulier sur ses ressources humaines. Une institution dépend d’abord des qualités des femmes et des hommes qui la composent. Je prendrais soin de rencontrer les principaux dirigeants et cadres afin de me faire connaître, de les écouter, d’entendre leurs motivations, et leurs besoins. Il me semble important d’évaluer également l’efficacité de l’organisation, et la gestion des risques de la banque, mais aussi ses différentes filiales, leurs missions et leurs stratégies.

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J’ai une très haute estime de la BAD et de ses cadres avec lesquels j’ai eu l’occasion de travailler, en tant que client. D’abord comme investisseur, puis en tant que ministre des finances. Si j’étais élu, je tiendrais à m’assurer que l’organisation de la banque, les ressources humaines et logistiques sont optimisées pour assurer la bonne mise en place de notre stratégie.

Quelle est la meilleure raison de voter pour vous ?

La passion que j’ai pour l’Afrique et mon expérience sur le continent constituent mes principaux atouts. Lorsque je dirigeais le second plus grand groupe bancaire marocain, la BMCE, j’avais clairement orienté ses priorités stratégiques vers l’Afrique subsaharienne. J’avais ainsi piloté le rachat de Bank of Africa, créé des filiales de la banque d’investissement BMCE Capital, au Sénégal et au Cameroun d’abord, puis dans plus de vingt pays africains. Et ce, malgré certaines réticences en interne car l’Afrique n’était alors pas si en vogue qu’aujourd’hui. C’était le bon choix, conforté plus tard par la stratégie du Maroc à l’égard de l’Afrique subsaharienne. L’Afrique représente aujourd’hui plus de 35 % des résultats de BMCE. Ensuite, j’ai créé à Londres une banque d’investissement totalement dédiée à l’Afrique. Dès le début des années 2000, j’étais persuadé que mon continent était celui de l’avenir. Et ma conviction vis-à-vis de l’Afrique est encore plus forte aujourd’hui.

Il me semble enfin que mon profil se démarque des autres. Je ne suis pas un pur produit de l’administration, même si j’ai été ministre des finances après la révolution de 2011 en Tunisie, dans le deuxième et le troisième gouvernement. J’ai une forte expérience dans le secteur privé, dans la finance internationale, mais aussi dans le public comme ministre. Je pense que c’est un avantage et un atout pour apporter du sang nouveau à la Banque.

Que faut-il changer dans le « logiciel » de la BAD pour que l’Afrique décolle durablement ?

J’ai une vision pour la BAD pour qu’on saisisse le moment, celui de la transformation extraordinaire du continent. Je pense que la BAD est au cœur de ce changement et peut jouer un rôle encore plus important. Je souhaite, si je suis élu, que le « logiciel » de la BAD soit beaucoup plus proactif, plus pro business. Je veux qu’on aille chercher les opportunités et non pas seulement attendre que les opportunités viennent à nous. Sous ma direction, la BAD serait plus impliquée dans les circuits des affaires tout en gardant sa vocation de banque de développement. Elle serait ainsi encore plus au cœur de la formidable mutation du continent.

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Avez-vous un exemple concret où la BAD a fait ce que les autres banques n’ont pas fait et répondu ainsi aux besoins spécifiques de l’Afrique ?

C’est une banque de développement. Elle a ainsi joué un rôle crucial dans l’infrastructure en investissant dans des projets qui permettent d’atteindre l’un des objectifs de l’Union africaine, à savoir l’intégration. Je pense que la Banque a fait beaucoup d’avancées sur ce plan. Et ce n’est pas le rôle des banques commerciales. Il y a deux grandes banques de développement qui interviennent en Afrique, la BAD et la Banque mondiale.

L’institution panafricaine joue un rôle crucial en apportant une assistance technique et intervient pour aider et assister les Etats membres dans l’élaboration de bonnes stratégies, de leurs réformes et pour la mise en place d’un développement durable.

L’Afrique va voir émerger des dizaines de nouveaux milliardaires ces prochaines années. Faut-il une taxe spéciale milliardaire pour financer le développement du continent ?

L’émergence de milliardaires est logique. On a vu en Afrique apparaître une nouvelle génération d’entrepreneurs décomplexés et sans les fardeaux hérités du colonialisme. C’est de bon augure. Le secteur privé représente l’épine dorsale de toute croissance économique. Quand on voit l’émergence du secteur privé, de Tanger à Johannesburg, on peut être rassuré sur l’avenir de l’Afrique.

Quant à la taxation, elle dépend des Etats. Si ces nouveaux entrepreneurs prospères doivent payer des taxes, comme tout citoyen, ils se doivent de contribuer au développement économique mais surtout social de leurs pays. C’est le rôle de l’Etat de s’assurer que la taxation n’est pas prohibitive et ne freine pas les investissements. Les TPE représentent souvent près de 80 % du tissu économique du pays. L’Etat doit donc permettre à ces entreprises de se développer et de créer de la valeur.

Comment faire exister vos propres idées et priorités, tandis que la stratégie décennale 2013-2022 est en cours d’exécution ?

Je suis en accord avec cette stratégie. Je ne compte pas la bouleverser mais respecter les objectifs, y compris opérationnels, de la Banque. Avec quelques petites touches que je considère importantes. D’abord sur la réforme du système financier, car seul un système financier fort peut appuyer une économie forte.

Enfin, nous avons besoin de mener des études sur le domaine de la culture. J’aimerais mettre la culture au cœur du développement car je suis convaincu qu’elle a un impact positif. On n’a pas fait assez pour développer des initiatives de développement.

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Comptez-vous maintenir la logique de décentralisation ? Les 44 bureaux coûtent très cher et leur autonomie est très limitée : tout doit remonter au siège pour validation !

C’est un sujet très important. Je suis pour la décentralisation effective, avec ce que j’appelle une « pouvoirisation ». Je ne suis pas très porté sur les bureaux de représentant car je ne suis pas convaincu de leur efficacité. En revanche, la proximité est ce qui me semble le plus efficace. Pour être plus proactif et plus pro business, la proximité est cruciale. Mais elle a un coût. Et il faut l’étudier. Je commencerais par là où il y a le plus de besoins, c’est-à-dire dans des pays fragiles que nous nous devons d’aider.

La BAD est certes une banque africaine, mais le poids des actionnaires non africains est souvent décisif, y compris dans le choix du président. Cela ne vous dérange pas ?

Non. Car cet appui d’actionnaires non africains est sain. Et cela a permis à la BAD d’avoir un rating AAA. Ce qui est très important pour financer ses projets, et pour lever de l’argent à des coûts acceptables. Au-delà de l’appui technique, je pense que ces grands actionnaires tels que les Etats-Unis, la France et autres, veulent voir l’Afrique se développer. Et ils savent bien que le continent représente des opportunités extraordinaires pour eux. Il suffit de voir le poids des consommateurs africains : 160 millions d’habitants considérés comme classe moyenne en Afrique subsaharienne. Ces actionnaires regardent avec beaucoup d’intérêt et optimisme, je l’espère, le fait que l’Afrique est sur les écrans radars des grands groupes, dans tous les domaines.

La Banque reste africaine avec 60 % du capital africain. Pour le moment, la Banque a besoin de ces partenaires, des partenaires émergents ou non… Certes, il y a un peu cette idée que des pays non africains ont une influence politique. Mais qui n’a pas d’influence politique dans ce type d’organisations. Le plus important, c’est que la BAD suive sa route, et puisse mettre en œuvre sa vision. L’Afrique gagnerait plus avec l’appui de grandes puissances qu’avec seulement l’appui de pays africains.

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La BAD a la réputation d’être très lente entre le dépôt des dossiers et le décaissement. Comment accélérer les procédures afin d’éviter que d’autres institutions (Chine, Turquie, Brésil, etc.) ne viennent la concurrencer ?

Non, au contraire ! L’un de mes objectifs est de travailler avec tous ceux qui s’intéressent à l’Afrique. Mais je ferai en sorte que la BAD soit le passage obligé. Car ils ne peuvent pas avoir l’expérience, l’expertise et la connaissance de la BAD. Donc eux-mêmes savent bien qu’ils ont tout intérêt à travailler avec la Banque.

Quelle est la femme ou l’homme vivant ou historique qui vous inspire le plus ?

Permettez-moi de vous en citer deux. Car j’ai deux casquettes. Je suis aussi compositeur de musique classique. Je ne peux pas m’empêcher de penser à Ludwig van Beethoven, mon dieu musical ! Et pour le reste, Habib Bourguiba. C’est lui qui m’a le plus inspiré, et ce depuis ma plus tendre enfance. Car j’ai grandi avec sa sagesse et ses orientations. Quand j’avais sept ans, je lisais ses petits livres blancs, écoutais ses discours avec une discipline extraordinaire…

Anthony Poiraudeau : Territoires de Gilles Deleuze

 

 
 
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Gilles Deleuze (DR)Gilles Deleuze (DR)

Je ne comprends pas le travail de Gilles Deleuze en détail. J’ose peu m’aventurer dans les ouvrages de philosophie, car je sais que mes connaissances en cette discipline comportent d’importantes lacunes, et que donc, je ne comprends pas tout lorsque j’en lis. Bref, tant que je n’aurai pas fait l’effort de rompre cette circularité (d’en faire une ligne ouverte), je risque d’en rester à cette situation tautologique avec la philosophie : parce que je lis peu de philosophie, je lis peu de philosophie. Néanmoins, parce qu’il y a L’Abécédaire, que j’ai beaucoup regardé, et que mes études d’histoire de l’art contemporain m’ont donné l’occasion de lire quelques textes de Gilles Deleuze (un peu de Mille Plateaux, un peu du Pli, un peu de L’Image-mouvement — ou, à une autre période Pourparlers), il m’arrive de me servir de concepts ou d’articulations de concepts que j’ai attrapés chez lui. L’Abécédaire a beaucoup fait, certainement, pour que Deleuze soit une référence fréquente chez les étudiants en histoire de l’art contemporain ou en arts plastiques au début des années 2000 (la période où je l’étais), et que ceux-ci utilisent assez fréquemment des petits morceaux de pensée deleuzienne, éventuellement à tort et à travers, attrapés là, sous cette forme orale et filmée, sans avoir à affronter la difficulté des livres pour en prendre connaissance.

Je ne comprends pas le travail de Gilles Deleuze en détail, mais je ne suis pas sûr de pouvoir non plus dire que je le comprends en général. En revanche, j’ai le sentiment (injustifié peut-être) d’avoir une perception d’ensemble du territoire que dessine et construit sa philosophie, mais cette perception d’ensemble est pleine d’espaces flous. Ce que je saisis de la pensée de Deleuze fonctionne souvent sur le mode visuel, par images ou graphiques, et pour moi la philosophie deleuzienne ressemble à un assemblage spatialisé d’images et de schémas, de vecteurs et de mécanismes. Comme un mélange de cartes de géographie, de diagrammes et de planches d’encyclopédies étendu sur un territoire, tantôt physique, tantôt mental, et bien souvent les deux en même temps, auquel il s’applique et qu’il anime tout à la fois. Ce territoire animé de mouvements, de tensions et de frottements que je me figure, et qu’on pourrait dire être l’image, au sens large, que je me fais de la pensée de Deleuze, et le cadre au sein duquel se forme ma compréhension de sa philosophie, comporte quelques principes, ou quelques lois (mais pas au sens de lois que la justice doit faire appliquer, au sens de lois de la nature) parmi lesquelles j’ai trouvé deux des choses les plus importantes que j’ai apprises grâce à Gilles Deleuze :

1) Ce monde n’a pas besoin d’être sous le régime de principes transcendants, éternels et abstraits pour pouvoir fonctionner et être compris, il est intégralement immanent (c’est un « plan d’immanence », Pourparlers, p. 199-202).

2) Pour tous les éléments que comprend ce monde, la question de l’essence est hors de propos et sans intérêt : ce que sont ces éléments, leur identité, ce qu’ils seraient hors de tout contexte particulier, tout cela n’a pas importance, voire pas de réalité. Ce qui compte, c’est : ce qu’ils font dans un contexte donné, l’effet qu’ils ont sur les autres éléments avec lesquels ils interagissent et inversement, la fonction qu’ils ont, comment ils s’agencent entre eux, les émotions et les mouvements qu’ils produisent ou suscitent, les signes qu’ils manifestent, etc. Chaque chose est toujours en train de devenir d’autres choses dans d’autres circonstances (ou en produisant de nouvelles circonstances), si bien que les êtres humains non plus ne sont pas à comprendre en termes d’essences, d’identités ou de sujets : « personne d’entre nous n’est une personne », dit Deleuze dans L’Abécédaire (à l’entrée « F comme Fidélité »).

À partir de ces deux lois, de ces deux principes, j’ai appris (grâce à Gilles Deleuze, donc) que le monde n’est pas moins complet s’il est totalement immanent et qu’il n’est pas appauvri ni moins compréhensible, au contraire, si on considère que les questions d’identité, d’essence et de sujet ne sont pas bonnes.

De cette perception générale de la philosophie de Gilles Deleuze, au sein de ce territoire intellectuel, je retiens certaines zones particulières, certains concepts, certaines formulations et images qui me permettent souvent de commencer à articuler ma propre réflexion sur un problème que je veux aborder. Une question qui m’interpelle peut devenir un sujet de travail pour moi parce des formulations ou des concepts deleuziens me permettent de commencer à les problématiser, et donc à me donner des premières prises pour que la réflexion s’agrippe. Par exemple, il y a quelques mois, j’ai commencé à réfléchir à la possibilité d’écrire (sous une forme que je ne connais pas encore, si jamais ce projet venait à se concrétiser) sur diverses questions d’animalité. C’est de L’Abécédaire qu’est venue la première idée pour commencer à constituer les problèmes[1] qui m’interpellent : il y a des rapports humains à l’animal et des rapports animaux à l’animal (dans « A comme Animal »).

J’ai souvent entendu dire que la pensée de Gilles Deleuze est une excellente boîte à outils, où prélever des idées, des formulations, des images pour s’en servir, justement, comme outils pour un travail non-philosophique (littéraire par exemple), quand on n’est pas soi-même philosophe, et c’est en tout cas tout à fait ainsi que j’utilise ce que je comprends de la  pensée de Gilles Deleuze. Ou plutôt : c’est comme cela que ce que j’ai saisi de Deleuze me vient : sous la forme d’outils de pensée. Des outils qui seraient à la fois tranchants, puisqu’ils permettent d’ouvrir le problème, et constitués de mécanismes ou produisant des forces parce qu’ils mettent en mouvement les éléments du sujet de réflexion. Ou aussi : des outils qui permettent de voir les lignes de force au travail dans la question, leurs tracés ou leurs fonctions, leurs rapports entre elles et à ce qui est extérieur à l’ensemble que constitue leur agencement.

Pour moi, le pouvoir de mise en mouvement et la qualité d’acuité de ses concepts philosophiques tiennent au fait que Deleuze excelle à produire des images ou des formulations à la fois concises, frappantes et articulées :

« La puissance elle-même est acte, c’est l’acte du pli » (Le Pli, p. 25).

Ou : « il n’y a pas de gros plan de visage, le visage est en lui-même gros plan, le gros plan est par lui-même visage, et tous deux sont l’affect, l’image-affection » (L’Image-mouvement, p. 126).

Ou encore : « Il n’y a pas de vérité qui ne ‘fausse’ des idées préétablies. Dire ‘la vérité est une création’ implique que la production de vérité passe par une série d’opérations qui consistent à travailler une matière, une série de falsifications à la lettre » (Pourparlers, p. 172).

Ou bien encore : « La majorité c’est personne, tandis que la minorité c’est tout le monde » (L’Abécédaire, « G comme Gauche »).

Un dernier exemple, pour le plaisir : « Les percepts ne sont pas des perceptions, ce sont des paquets de sensations et de relations qui survivent à celui qui les éprouve. Les affects ne sont pas des sentiments, ce sont des devenirs qui débordent celui qui passe par eux (il devient autre) » (Pourparlers, p. 187).

Souvent, ces formulations saisissantes ont une capacité à devenir des outils parce qu’elles résultent elles-mêmes d’un mouvement, et produisent un mouvement : elles déplacent des notions que la pensée oppose ou sépare habituellement pour les mettre dans un autre type de relations, dans d’autres agencements — car la pensée qui définissait des notions par des essences ne pouvait qu’opposer la vérité et les falsifications, la majorité des gens et aucune personne, et séparer la puissance et l’acte, tandis qu’une pensée qui appréhende les notions comme des événements ou des éléments en mouvement peut établir en quoi, dans le plan d’immanence, la puissance elle-même est acte, et en quoi la minorité est tout le monde. C’est ainsi que, même pour un non-philosophe comme moi, les concepts deleuziens mettent la pensée en mouvement, tout en étant disponibles pour l’emprunt. Gilles Deleuze lui-même empruntait beaucoup ailleurs, aux sciences et à la littérature, et c’est en empruntant à la physique qu’il décrit justement cette façon dont les mouvements des idées, des calculs, des images, des affects, etc., déplacent tout, et transforment les proximités en éloignements, et inversement : « il y a en physique quelque chose qui m’intéresse beaucoup, qui a été analysé par Prigogine et Stengers, et qu’on appelle ‘transformation du boulanger’. On prend un carré, on l’étire en rectangle, on coupe le rectangle en deux, on rabat une partie du rectangle sur l’autre, on modifie constamment le carré en le réétirant, c’est l’opération du pétrin. Au bout d’un certain nombre de transformations, deux points, si rapprochés soient-ils dans le carré originel, se trouveront fatalement dans deux moitiés opposées ». (Pourparlers, p. 196-170) (Cela permettant à Deleuze, en outre, d’analyser le cinéma d’Alain Resnais, c’est-à-dire de rapprocher des objets aussi distants qu’un film et des opérations de sciences physiques – qui avaient auparavant été rapprochées des méthodes du boulanger – pour les mettre en résonance).

Avec ces mises en relations inédites, Gilles Deleuze établit en permanence des équivalences entre les choses, pas des équivalences d’essences, mais des équivalences de fonctions, des équivalences de puissances ou d’effets dans des rapports et des situations particulières : par exemple, un gros plan fait de ce qu’il cadre quelque chose avec lequel on le même rapport qu’avec un visage. D’où l’abondance chez lui de formulations en « c’est » :

« Le trait du Baroque, c’est le pli qui va à l’infini » (Le Pli, p. 5) ;

« La subjectivation, c’est la production des modes d’existence ou styles de vie » (Pourparlers, p. 156)

« La vérité, c’est de la production d’existence » (Pourparlers, p. 183)

« Écrire, c’est devenir, mais c’est devenir tout ce qu’on veut sauf devenir écrivain » (L’Abécédaire, « E comme Enfance »)

Je me sens très proche de ce mode de pensée, je m’y sens chez moi. Je ne saurais dire dans quelle mesure je tiens de Gilles Deleuze ce fonctionnement mental d’établissement d’équivalences de rapports (plutôt que d’équivalences d’objets) et d’événements[2], mais, pour parler comme lui, je me sens dans mon territoire au sein de ce mode de pensée. Pour écrire à propos de paysages, de lieux, d’espaces géographiques (c’est ce qui m’occupe le plus en écriture), il est pour moi essentiel de trouver en quoi, dans un paysage ou sur un site donné, dans telles ou telles circonstances, selon un certain mouvement et depuis une certaine distance, un élément architectural prend la valeur d’un monument, en quoi une maison isolée (ordinaire si on la considère comme un objet autonome) devient une ruine romantique, ou un jardin public une rature dans un dessin, en quoi un entrepôt trouve la fonction d’un mausolée, etc. Une ville entière devient un espace de fiction, ou l’énoncé d’une fable. La recherche de ce type de rapports avec le paysage est d’ailleurs indissociable pour moi d’une situation en mouvement : se mettre en mouvement dans le paysage, et mettre le paysage en mouvement autour de soi.

Puisque ce texte vaut bien plus en tant que récapitulation de ce que j’ai encore, dans ma situation précise et actuelle, à trouver chez Gilles Deleuze pour mon travail que comme explication de quoi que ce soit, et que l’écrire me donne l’occasion de lire Deleuze à nouveau, j’ajoute ceci pour terminer : dans le livre à l’écriture duquel je travaille actuellement, il sera question de désir de fuite pour rejoindre le monde en tant qu’espace ouvert, si la protection d’un chez soi, d’un intérieur immobile, produit de l’enfermement, mais que tout de même, les potentiels d’attraction de l’intérieur et de l’extérieur continuent de jouer entre elles et qu’aucune des deux n’abdique ni ne cède au profit de l’autre — dans le dehors, l’intérieur et l’extérieur ne cesseront de toujours négocier. Je parcours Mille Plateaux pour préparer l’écriture de ce petit texte sur Deleuze, et bien sûr, je constate et redécouvre qu’une partie des questions sur lesquelles il me reste à travailler dans les temps qui viennent est largement abordée par Gilles Deleuze (et Félix Guattari, ici). À ce sujet, cet extrait de Mille Plateaux concerne de près mon chantier d’écriture actuel (où ce qui a valeur de ritournelle m’est encore inconnu) — ce qui me donnera peut-être l’occasion de le lire, enfin, plus méthodiquement :

« Un enfant dans le noir, saisi par la peur, se rassure en chantonnant. Il marche, s’arrête au gré de sa chanson. Perdu, il s’abrite comme il peut, ou s’oriente tant bien que mal avec sa petite chanson. Celle-ci est comme l’esquisse d’un centre stable et calme, stabilisant et calmant, au sein du chaos […]. Maintenant, au contraire, on est chez soi […]. Voilà que les forces du chaos sont tenues à l’extérieur autant qu’il est possible, et l’espace intérieur protège les forces germinatives d’une tâche à remplir, d’une œuvre à faire […]. Un enfant chantonne pour recueillir en soi les forces du travail scolaire à fournir. Une ménagère chantonne, ou met la radio, en même temps qu’elle dresse les forces anti-chaos de son ouvrage […]. Maintenant, au contraire, on entrouvre le cercle, on l’ouvre, on laisse entrer quelqu’un, on appelle quelqu’un, ou bien l’on va soi-même au-dehors, on s’élance. On n’ouvre pas le cercle du côté où se pressent les anciennes forces du chaos, mais dans une autre région, créée par le cercle lui-même. Comme si le cercle tendait lui-même à s’ouvrir sur un futur, en fonction des forces en œuvre qu’il abrite. Et cette fois, c’est pour rejoindre des forces de l’avenir, des forces cosmiques. On s’élance, on risque une improvisation. Mais improviser, c’est rejoindre le Monde, ou se confondre avec lui. On sort de chez soi au fil d’une chansonnette […]. Ce ne sont pas trois moments successifs dans une évolution. Ce sont trois aspects sur une seule et même chose, la Ritournelle » (Mille Plateaux, p. 382-383).

Anthony Poiraudeau


[1] J’utilise l’expression « constituer le problème » à dessein, car c’est un autre enseignement important que j’ai tiré de Deleuze : l’importance de la constitution du problème pour fonder une réflexion qui ne soit pas qu’un défilé de considérations abstraites et finalement interchangeables, pour que celle-ci trouve sa nécessité particulière.

[2] Terme particulièrement deleuzien : « Dans tous mes livres, j’ai cherché la nature de l’événement, c’est un concept philosophique, le seul capable de destituer le verbe être et l’attribut », Pourparlers, p.194.

Anthony Poiraudeau est écrivain. Au sujet de son livre Projet El Pocero, paru aux éditions Inculte en 2013, lire le Bookclub de Jean-Philippe Cazier

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