Tadeusz Kantor, dynamiteur dévotieux du théâtre

Ce 6 avril 2015 marque le centenaire de la naissance d'un génie des arts de la scène, le Polonais Tadeusz Kantor (mort à 75 ans le 8 décembre 1990). Il dut attendre la soixantaine pour être connu et reconnu en France. Nous sommes en 1975, au Festival mondial de théâtre de Nancy, que dirige un personnage appelé à devenir considérable : Jack Lang. Tadeusz Kantor, déjà venu en 1971 présenter La Poule d'eau, offre La Classe morte à la vue et à l'ouïe d'un public médusé. Le choc est difficile à imaginer.

 Jouée 1 600 fois sur tous les continents une quinzaine d'années durant, La Classe morte (Umarła klasa) offrait la vision follement ritualisée d'un monde aux noirceurs séraphiques. Se signalait, d'abord et toujours, la présence de Kantor lui-même, démiurge saccadé marquant de ses gestes la scène. Il s'y intronisait l'air de rien avant même le début du spectacle : en septembre 1983, le maître, comme habité de cauchemars, regardait, fût-ce en lui tournant le dos, s'installer le public dans la salle du centre Pompidou à Paris. Kantor s'animait soudain histoire de faire un baise-main mécanique et pourtant aérien à madame Pompidou, pour ensuite retourner dans son coin, marmonner ou rouler des pensées silencieuses, dans un décor encore vide d'acteurs, ces amateurs qu'il dirigeait et congédiait de la main, transformant en partition cette pâte humaine archétypale, elle-même guidée par une musique entêtante.

Marquée par une esthétique du rebut, un bredouillage prophétique, des naufrages légendaires, alliant happening et baraque foraine, La Classe morte créait à la fois hypnose et réflexion collectives, comme si la pièce, cathartique, lavait le public des traumas les plus enfouis nés d'enfances cahotées. Quand s'élevait la Valse François et qu'apparaissait la soldate blafarde brandissant sa baïonnette, comment ne pas chavirer ?

 

Jean-Pierre Thibaudat, qui tient aujourd'hui (remarquable) blog dans Mediapart, doit à Kantor d'être devenu journaliste : « Nous étions à l'automne 1977. J'avais vu La Classe morte au Théâtre de Chaillot. Mon émoi était si grand que j'attendais le compte-rendu de Libération, dont j'étais un lecteur militant. Ne voyant rien venir, je fulmine auprès d'un pigiste du journal que je croise et qui me pousse à proposer mes services à mon quotidien préféré afin d'y faire passer ma passion. Je me pointe au service culture, qui devait compter quatre personnes au maximum, et là, Rémy Kolpa Kopoul qui n'allait jamais au théâtre, fait de moi sur-le-champ un critique dramatique ! »

Avec Michelle Kokosowski (ancienne directrice artistique du festival de Nancy), Jean-Pierre Thibaudat anime le 13 avril prochain, au théâtre de l'Odéon à Paris, une soirée Tadeusz Kantor. Y sera projetée la captation audiovisuelle de La Classe morte réalisée en 1989 par feu Nat Lilenstein (par ailleurs auteur, en 1983, d'un des plus grands documentaires qui soit : Les Révolutionnaires du yiddishland). Auparavant, les comédiens Marcel Bozonnet, Ariel Garcia-Valdès et Micha Lescot liront des textes inédits en français de Kantor, repérés en Pologne par Jean-Pierre Thibaudat et traduit par Marie-Thérèse Vido-Rzewuska : ils font l'objet d'un premier volume (sur trois) que publient, ce 13 avril, Les Solitaires intempestifs, sous le titre Écrits 1 (Du théâtre clandestin au théâtre de la mort).

Se tiennent par ailleurs deux colloques : l'un en Sorbonne (14 et 15 avril), l'autre à l'université de Toulouse II (du 13 au 17 avril). Sans oublier l'exposition proposée jusqu'au 23 avril à la Bibliothèque polonaise de Paris, en attendant de partir à Metz pour le festival Passages en mai, puis à l'hôtel La Mirande d'Avignon, cet été, pendant le festival.

Pour ceux qui passeront par Cracovie, il faut se dépêcher, avant que l'Église ne prenne possession des lieux, d'aller au 5 de la rue Kanonicza, siège du théâtre Cricot 2, où gisent les archives de Kantor (Cricothèque) – voir sous l'onglet “Prolonger”. Aux heures d'ouverture, on y rencontre un ou deux anciens de la troupe, qui font parfois visiter la cave où se tenaient les répétitions. Tout est minuscule : « Le confort tue l'art et Kantor fut grand aussi d'avoir dû se battre pour trouver des salles où se produire », nous confiait cet automne un fidèle comédien rencontré là...

À Cracovie, grâce aux subventions européennes, Tadeusz Kantor a droit à un nouveau musée, ouvert l'an dernier. Il faut traverser l'ancien quartier juif de Kazimierz, passer sur l'autre rive de la Vistule et entrer dans un complexe moderne et labyrinthique débouchant sur l'univers inaltérable du chaman né voilà cent ans, alors que la Galicie habsbourgeoise vivait ici ses derniers mois. Kantor croyait à « la puissance d'action primitive » du théâtre, dont il faisait une cérémonie, un rite, une sorcellerie...

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Tout l'univers de Kantor est là : mémoire lancinante, frisson macabre, élan vital, humour, horreur, errance, supplice...

La baignoire de “La Poule d'eau”... © AP La baignoire de “La Poule d'eau”... © AP

Objets inanimés avez-vous donc une âme ? La question ne se pose plus, elle est résolue.

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Et l'on tombe forcément sur ceci.

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Ils sont là, comme pour les siècles des siècles.

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À Cracovie, un pèlerinage s'impose au cimetière Rakowicki où gît Tadeusz Kantor, sous un bronze adéquat : une sentinelle éternelle de La Classe morte. Poète, peintre, metteur en scène, Kantor considérait le théâtre tel « l'endroit qui dévoile, comme quelques gués secrets à travers les fleuves, les traces des “passagers de l'autre côté” de notre vie »...

À voir cinq vidéos sous l'onglet “Prolonger”.

Médiapart

A Paris 8 : ambiance explosive : la fac fait de la résistance VIDEO

 

 

L’ambiance est tendue à l’université de Paris-8 (Seine-Saint-Denis). Cette université, auparavant nommée université de Vincennes et née dans le contexte particulier de Mai-68, est traditionnellement considérée comme une de seules résurgences d’une université de gauche, engagée socialement, permettant notamment l’inscription d’étrangers ou de sans-papiers. C’est conformément à cette tradition que Danielle Tartakowsky a été élue à sa tête, elle qui est une plume reconnue des mouvements sociaux, une figure engagée contre la LRU, défenseuse des organisations syndicales – c’est elle qui a notamment fait le discours d’ouverture lors de la fête des 120 ans de la CGT.

Paris 8, dune université« de gauche »à une université néolibérale ?

Las, on dit que le pouvoir change les hommes ! Il change aussi les femmes. Danielle Tartakowsy, prétendument « de gauche » et amie des luttes sociales, paraît bien décidée à faire de Paris 8 une université gestionnaire comme les autres, adaptée aux nouvelles normes néolibérales et ultra sécuritaires : mesures austéritaires, filtrage sévère des extérieurs (le plan Vigipirate est toujours bien en vigueur à Paris 8, avec un contrôle systématique des cartes étudiantes à l’entrée de la fac), limitations de la liberté d’expression. Mais pour l’instant, tudiants et membres du personnel sont bien décidés à ne pas laisser faire de leur fac une entreprise multinationale moderne.

Mouvement social : femmes en lutte à Paris 8

En effet, Paris 8 s’agite, la présidence est confrontée à de nombreuses luttes et les polémiques enflent : cela fait maintenant près de deux mois que certains membres du personnel de catégorie C, principalement des femmes, mères de famille, qui se sont réunies dans le collectif des bas salaires de Paris 8, sont en grève. Une grève offensive et solidaire, qui s’oppose au principe des primes individuelles et qui réclame une augmentation de salaires pour toutes et tous de 98 euros net par mois, une transparence des comptes (puisque l’université s’est montrée incapable de donner un compte rendu clair de la gestion d’attribution des primes) et des négociations collectives sur les évolutions de carrière. Paris 8 une nouvelle zone à défendre ?

Ces grévistes sont activement soutenues par des étudiants et étudiantes, politisés ou syndiqués, qui organisent avec elles des diffusions de tracts, des mini-manifestations à l’intérieur de l’université aux cris de « Tarta, la fac n’est pas à toi ! » et des soirées de soutien qui ont permis de créer une caisse de grève non négligeable. Les soutiens extérieurs, des syndicats (Sud) et des partis politiques (NPA, Parti de Gauche), sont venus les appuyer. De nombreux professeurs de Paris 8 ont également dit leur soutien à ces revendications. Les étudiants font tout pour diffuser le mouvement : ils ont ainsi produit plusieurs vidéos savoureuses (ci-dessous) où alternent les déclarations sociales de la présidente de l’université et les actions qu’elle a réellement mises en place… Mais la réponse de Danièle Tartakowsky reste bornée : la présidente refuse toute négociation. Pire, elle a même mise en place des retenues sur salaires, une mesure qui n’avait jamais été appliquée à Paris 8, même lors des violents mouvements sociaux de l’après mai 68. Bref : on lui demande de nous donner de quoi se payer un caddie, et elle vide nos frigos !

 
 

Une liberté dexpression limitée !

Comme si cela ne suffisait, un autre scandale envenime la fac de mai 68. Le collectif Palestine, particulièrement actif à Paris 8, a voulu organiser des actions lors de la semaine internationale de lutte par le boycott contre l’occupation israélienne en Palestine. Mais pour la présidence, tous les moyens son bons pour l’entraver : hypocrisie (d’un coup, il n’y a plus aucune salle disponible), violence (pression particulière sur la directrice du collectif), infantilisation (les étudiants et étudiantes qui luttent sont forcément des gamins pourris gâtés) et censure enfin, la soirée ayant finalement été interdite. Mais la censure ne fonctionne pas toujours: le collectif a appelé à l’aide sur les réseaux sociaux, les personnes extérieures ont afflué. Mauvaise passé pour la présidence

De la fac des sans-papiers à la fac de la discrimination ?

Enfin, un étudiant étranger a fait l’objet de discrimination manifeste. Doctorant, puis ATER à l’université de Paris 8, il a eu un double statut étudiant-professeur, a été salarié par la faculté pendant quatre ans. Cependant, il se voit refuser le droit aux allocations chômage – ce que les doctorants et ATER non étrangers perçoivent sans problème puisqu’ils cotisent pour pouvoir jouir de ce droit-, sous prétexte que son visa porte la mention « étudiant ». « Ah mais il aurait fallu demander à changer l’indication de votre Visa », prétend l’administration de la faculté, quatre ans après son inscription… Comment la faculté, alors que c’est elle qui est chargé de verser les allocations, peut-elle ne pas penser à guider ces étudiants étrangers afin qu’ils ne se retrouvent pas à ne pas pouvoir toucher le chômage pour lequel ils ont cotisé comme tout le monde ? Il y a plus : lorsque cet étudiant, aujourd'hui dans une situation particulièrement précaire, essaie de faire valoir ses droits, on lui répond systématiquement : « Vous devriez vous estimer heureux d’avoir eu l’opportunité de travailler pour l’université », ou encore : « Tout le monde doit faire des sacrifices ». Tout le monde ? Peut-être pas la présidente de l’université, qui déclare elle-même avoir touché une prime de 22 000 euros.

Attention, la fac de Mai 68 nest pas morte

Mouvement social des grévistes, mouvement politique de soutien à la cause palestinienne, étudiants étranges discriminés… À toutes ces revendications, la présidence n’a qu’une réponse : la répression. Accompagnée d’un slogan méprisant « Soyez contents ». Soyez contents d’avoir un travail (précaire –voire non rémunéré !), soyez content d’être inscrit (chèrement) à la fac, soyez content d’être embauché par la fac (même si on vous refuse vos allocations chômage). Un pari risqué : la révolte gronde et les luttes convergent. L’université de Mai 68 n’est peut-être pas tout à fait morte et risque même de se réveiller !

Des membres de Paris 8 en colère !

Médiapart

Sonallah Ibrahim, l'écrivain revenu du froid

La table est immense et l’écrivain petit. Sonallah Ibrahim ressemble à son écriture : sec, nettement dessiné, sans fioriture. L’ironie est en prime, et de fait, il a déjà l’œil qui frise en attendant la question, l’inévitable question.

Donc : pourquoi, quatre ans après la place Tahrir, deux ans après la prise de pouvoir par le général devenu maréchal Sissi, l’un des écrivains égyptiens majeurs, l’un des plus traduits et des plus respectés, aussi, toujours en prise sur la réalité sociale et politique, publie-t-il un roman du type autofiction qui ne parle aucunement du Printemps arabe mais de l’hiver socialiste à Moscou, soit la période brejnévienne, dite de glaciation ?

Moscou, depuis l'université LomonossovMoscou, depuis l'université Lomonossov © DR

Sonallah Ibrahim ne dit pas « printemps arabe ». Il dit révolution, c’est moins saisonnier. Premier point, et il aime beaucoup les réponses en trois points, qui peuvent éventuellement devenir six. À un moment, il se sentait vieillir. « J’ai eu envie de transmettre mon expérience aux générations suivantes. J’avais toutes ces notes sur 1973, sur ce pays, la Russie, dirigé par une gérontocratie. Et ça m’a excité. Ce que l’on voit, au final, c’est que les révolutions peuvent échouer – c’était le cas de l’URSS – mais que l’idée révolutionnaire, elle, reste vivante. Que rien, jamais, n’est acquis avec la révolution, et cela vaut pour toutes les époques, n’est-ce pas ? »

Octogénaire d’ici trois ans, Sonallah Ibrahim n’aime pas beaucoup plus le « générationnel » que les « printemps ». « Le désir de changement peut être ressenti par tous. Bien sûr que la jeunesse dominait place Tahrir, mais pour les gens de mon âge, c’est forcément plus compliqué, physiquement, déjà. »

N’empêche, alors, il a quitté son modeste appartement d’Heliopolis pour rallier le centre-ville, enthousiasmé, disant alors que cette « génération Facebook » dont il attendait peu l’avait scotché. Lui, qui ne donne pas dans l’occupation médiatique, a alors écrit pour la presse occidentale. Car on s’est tourné vers cet écrivain estimé et intransigeant, emprisonné sous Nasser avec des centaines d’autres communistes, opposant indéfectible et caustique, pourfendeur de Moubarak et de la politique américaine. Dont la toute première œuvre, Cette odeur-là, saisie par les autorités avant même d’être diffusée, est aujourd’hui étudiée dans les universités américaines, et on le lisait encore le mois dernier à la Maison de la poésie. Ce bref récit incisif, Le Caire couleur de poussière, relate la sortie de prison du narrateur comme un enfermement d’un autre type, une quête amoureuse aussi déceptive que du Houellebecq (trente ans plus tôt), l’attentisme et le découragement militant.

Sonalla Ibrahim le dit dans la postface, il lui avait alors fallu trouver « sa voix ». Les années de prison et de lectures, les discussions autour du nouveau roman, et surtout l’influence de deux auteurs, Hemingway et Yahya Haqqi, le construisirent comme écrivain, aux antipodes des clichés attachés à la littérature arabe, fleurie et métaphorique en diable. « Je visais une écriture objective, économe, sans bavardage, rien de joli. À l’époque, dans la littérature arabe, parler du viol, de la relation avec une prostituée, c’était nouveau. Ensuite, d’autres éléments sont venus s’ajouter, l’irruption du documentaire dans l’écriture romanesque, la force du faits divers, par exemple. L’ironie, aussi. Notre situation était tellement lamentable que la dérision était indispensable. »

Sonallah Ibrahim, manifestation en 2005Sonallah Ibrahim, manifestation en 2005 © DR

On ne peut pas tout à fait écrire que Sonallah Ibrahim est à contre-courant : c’est plutôt qu’il suit les siens, de courants, littéraires et politiques, en irréductible. Moubarak aurait dû s’en souvenir, lorsqu’en 2003, il lui a fait décerner le « prix du Caire », prestigieuse récompense littéraire, très richement dotée. Séduit ce que tu ne peux réduire ? Oh, Sonallah Ibrahim vint, devant les caméras, chercher sa récompense… 

À peine à la tribune, il partit dans un réquisitoire affûté contre le régime et refusa le prix donné par un gouvernement auquel, dit-il, « il ne reconnaissait aucune légitimité ». Il repartit sans prix, mais applaudi par une Égypte plus coutumière des arrangements avec le pouvoir que de l’intégrité.

 

Se souvient-on encore des « pays frères » lointains, en Afrique, Amérique latine, dans les pays arabes ? Dont l’université de Moscou accueillait les étudiants ? Lorsqu’on ouvre Le Gel, premières pages dans cet Objetichie, foyer pour étudiants venus de partout, avec pancarte de toile proclamant qu’on exécute le plan et en avant vers le communisme, on peut être d’abord saisi par une sorte de nostalgie : oui, il y avait cela, tout de même. C’est beaucoup moins certain quand on referme le livre.

Université Patrice Lumumba, MoscouUniversité Patrice Lumumba, Moscou © DR

Dans Le Gel, on arpente beaucoup les couloirs peuplés du foyer, où l’on vit à trois par chambre derrière les épais doubles-vitrages. Chacun cherche en permanence sa chacune, et inversement ; on permute souvent. Les basanés de tous horizons se côtoient, et même parfois s’aiment. On est alors loin des rues de Moscou aujourd’hui, où l’on en croise si peu, de ces basanés, le Moscou des agressions racistes et des étudiants laissés sur le carreau.

« Nous, les étudiants étrangers, étions des privilégiés, nous vivions mieux que le Russe moyen. Nous avions des bourses, nous pouvions acheter dans les beriozka [magasins réservés] avec des devises des choses que l’on ne trouvait pas ailleurs. Alors après, il y a eu rancœur accumulée. Et puis : ils ne connaissaient rien, les Soviétiques ! J’avais un ami soudanais très grand, dans la rue les gens prenaient peur et les vieilles femmes se signaient. Lorsque Khrouchtchev avait invité Nasser chez lui, son fils a pris peur, répétant "negro, negro". Derrière l’internationalisme de façade, c’était un pays où les gens ne savaient rien du monde, il y avait une totale méconnaissance de l’Autre »

Vingt pages, quinze nationalités se frôlent, se parlent (en russe, avec anglais à la rescousse), se désirent, se côtoient. Tous se débrouillent avec le système abracadabrant d’achat dans les magasins soviétiques, deux objets, trois queues pour en acheter un.

Le narrateur, un peu plus âgé que la moyenne (les années de prison nassérienne avant la bourse nassérienne d’études pour une thèse), découpe et colle obsessionnellement des coupures de presse sur la guerre des Six Jours. Sur le monde, là-bas. On arrive souvent de pays sous dictature ou à tout le moins pouvoir autoritaire, mais on parle plus souvent musique et fringues, le regard tourné vers cet Occident pourri qui sait faire de la musique, fabriquer des jeans et produire quelques écrivains. Tous ensemble, ils sont très seuls dans un Moscou dont ils ne peuvent qu’effleurer la surface.

Le narrateur, lui, est une sorte de Droopy du sexe. La liberté de mœurs a un goût saumâtre. Il drague, propose, tente sa chance, mais son principal opposant est en lui, comme découragé d’avance. « Je l’ai prise contre moi mais elle a tardé à répondre à mes invites et mon désir s’est évanoui ; nous avons dormi jusqu’au matin. » Madeleine, Zoya, Talia, Anastasia, Galia, Isadora, Hind ; tant d’autres, avec leur jeunesse et leurs jupes courtes, leurs histoires violentes ou ordinaires (ou les deux à la fois) arpentent les couloirs, dansent devant les pick-up, sans que la kommandantka s’en préoccupe. L’avortement est légal mais fait perdre son permis de séjour dans la capitale ; alors on a recours aux faiseuses d’anges. Le passé souvent guette le présent.

De ce portrait de groupe, qui vaut pour les hommes y compris Hans le trop bel Allemand de RDA, émane un sentiment d’attente. « ... Un État dirigé par des vieillards conservateurs, contre les homosexuels, contre la liberté. Évidemment, il y avait une tension. Quant aux femmes, d’après ce que j’ai vu, il se dégageait d’elles une mélancolie profonde. »

Oui, peut-être, entre promenades neigeuses, fabrication d’alcool maison, grisaille des immeubles, le livre de Sonallah Ibrahim dit-il d’abord le sentiment confus d’une jeunesse à laquelle on répète que la révolution a eu lieu, alors qu’elle l’espère.

L’autre inévitable question, Sonallah Ibrahim l’attend aussi. Mais cette fois, sans aucune ironie et même avec une prudence sans doute inspirée par les islamistes. Ou bien un peu de pessimisme de la raison, et d'optimisme de la volonté, allez savoir. Oui, ce général Sissi désormais maréchal, alors ? « En 2011, il y avait une force révolutionnaire, mais sans direction, sans programme. En 2013, quand Sissi a pris le pouvoir, l’État entier était en crise, l’institution menacée. À cet instant, il est apparu comme une option possible. Vous savez, la police a un contentieux avec les protestataires, et c’est l’armée qui nous protège contre elle. » Et il ajoute, avec ce souci de précision qui caractérise ses récits : « Mais ce n’est qu’un avis très temporaire. Sissi peut accomplir quelque chose. Il peut aussi bien être éjecté, comme ceux qui l’ont précédé ! »

Le Gel, de Sonallah Ibrahim, traduit de l’arabe (Égypte) par Richard Jacquemond, 308 pages, Actes Sud/Sindbad, 22,80 €. Extrait ici.

 

 

 

 

Cette odeur-là, de Sonallah Ibrahim, traduit de l’arabe (Égypte) par Richard Jacquemond, 76 pages, Actes Sud/Babel, 6,50 €.

 

 

 

Amnesty-Côte d’Ivoire « Le système judiciaire est l’une des plaies de la gouvernance Ouattara »

 

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Source: L’Inter

Amnesty International reste préoccupée par la situation des droits de l’Homme en Côte d’Ivoire, que cette organisation estime encore précaire.
La présidente nationale de la section-Côte d’Ivoire de l’Ong de défense des droits de l’Homme, Nathalie Kouakou, dépeint un tableau plutôt sombre. Viols, torture, arrestations arbitraires, procès inéquitables, impunité, mal gouvernance …, tout y passe. L’activiste des droits de l’Homme n’occulte pas les questions de réconciliation et de la préparation des élections présidentielles de 2015. Interview…

La Fidh et ses organisations partenaires en Côte d’Ivoire, notamment la Lidho et le Midh, ont publié récemment un rapport faisant le point des droits de l’Homme. Que vous inspire ce rapport ?
Ce rapport nous interpelle tous sur certaines grandes questions à résoudre avant les échéances électorales de 2015. Ces questions portent essentiellement sur les détenus dits « pro-Gbagbo » encore en attente de jugement ou de libération provisoire pour certains, la justice équitable et impartiale, la composition du bureau de la Commission électorale indépendante (Cei), la réconciliation nationale et la sécurité dans le Nord et l’Ouest du pays. C’est un rapport riche qui n’aborde néanmoins pas certaines violations des droits humains telles que la torture, la répression des manifestations et les atteintes à la liberté d’expression.

Quel regard portez-vous sur ces points que vous venez de relever ?
Il faut dire que les prisons ivoiriennes sont toujours remplies de détenus de la crise post-électorale en attente d’un procès depuis plus de trois ans, pour certains. La liberté de contestation est toujours mise à mal avec la répression des manifestations des indignés et des parents des détenus. Parfois, ces manifestants ont été arrêtés et gardés pendant quelques heures. L’impunité règne toujours. Les dozos sont toujours les maîtres à l’Ouest ; aucun dozo n’a encore été arrêté pour sa participation dans les massacres du quartier carrefour à Duékoué et de l’attaque du camp de Nahibly. Au contraire, ils continuent d’être les supplétifs des Frci dans certaines interventions, telles que les arrestations suite à l’attaque de la ville de Grabo dans la nuit du 22 au 23 février 2014. Les arrestations arbitraires et la torture ont continué encore en 2014, où des personnes enlevées suite aux attaques de Grabo et d’Akouédo ont été torturées aux fins d’obtenir des aveux, avant d’être incarcérées. A ces personnes s’ajoutent tous ceux qui ont été arrêtées depuis la fin de la crise post-électorale. Pour Amnesty international, il est temps qu’une attention particulière soit portée à la problématique de la torture en Côte d’Ivoire, surtout que toutes ces personnes torturées souffrent de diverses affections et ne sont pas prises en charge. Par ailleurs, plusieurs détenus qui sont en liberté provisoire vivent dans le dénuement total et n’ont aucun recours ni soutien. Cette situation est inacceptable. Le ministère de la Justice et des droits de l’Homme ne peut pas continuer à fermer les yeux sur ces cas graves de violations des dispositions de la convention des Nations-Unies contre la torture ratifiée par la Côte d’Ivoire en 1995.

La question du viol qui a été abordée dans votre rapport en 2013, a-t-elle connu des avancées l’an dernier (2014) ?
Depuis la guerre de 2002, le viol est devenu monnaie courante à l’Ouest du pays parce que les auteurs issus de l’armée régulière, des mouvements rebelles et des autres forces connexes n’ont toujours pas été inquiétés quoique nous ayons relevé les responsabilités dans notre rapport. Un an après, en 2014, nous constatons que le viol fait toujours partie du quotidien des populations ivoiriennes notamment celles de l’Ouest du pays. Selon les informations recueillies au dernier trimestre de 2014, ce sont environ 30 femmes qui sont violées par mois. Parfois, des filles sont enlevées, séquestrées, violées pendant des jours et jetées à la rue. Les cas de mariage précoce sont aussi fréquents. Des parents promettent leurs filles en mariage soit à des cousins soit à des personnes riches, les enlèvent de l’école et les marient. Nous avons deux cas sous la main que nous gérons en ce moment. Nous assurons la prise en charge scolaire d’une des jeunes filles, ce qui ne fait pas partie de nos missions.

Vos pairs de la Fidho, de la Lidho et du Midh ont produit un rapport pratiquement à charge contre le pouvoir pour ce qui est de la question de la justice. Cette lecture vous convient-elle ?
Je réponds tout de suite oui. Notre système judiciaire est l’une des plaies de la gouvernance actuelle. Dans ses différents rapports, Amnesty International n’a eu de cesse de dénoncer l’inertie et la lenteur de la justice ainsi que son incapacité à poursuivre tous les auteurs de violations des droits humains et du droit international humanitaire pendant la crise post-électorale. Nous faisons le constat que le traitement réservé aux détenus est parfois inhumain et dégradant en dehors de toutes dispositions légales. A propos, le 08 décembre 2014, six détenus ont été transférés des prisons de Man et de Séguéla sur Abidjan. Ils ont été confinés dans des sortes de chambres barricadées à l’école de Police sans avoir informé ni les parents, ni les avocats. Ils ont été détenus pendant des jours dans des conditions d’insécurité sanitaire déplorables. Ces détenus ne pouvaient recevoir de visite ni communiquer, en toute violation du principe 16 sur la gestion des détenus qui stipule ceci : « dans les plus brefs délais après l’arrestation et après chaque transfert d’un lieu de détention ou d’emprisonnement à un autre, la personne détenue ou emprisonnée pourra aviser ou requérir l’autorité compétente d’aviser les membres de sa famille ou, s’il y a lieu, d’autres personnes de son choix, de son arrestation, de sa détention ou de son emprisonnement, ou de son transfert et du lieu où elle est détenue». Pourquoi n’ont-ils pas été transférés directement à la Maca (Maison, d’arrêt et de correction d’Abidjan) ? Il est manifeste qu’il y a un gros travail à faire sur l’évolution des mentalités quant aux traitements réservés à ceux qui se retrouvent en prison. Ces personnes détenues ont perdu leur droit à la liberté. Il revient à l’Etat de leur garantir la jouissance de tous les autres droits. Malheureusement, ce n’est pas le cas en Côte d’Ivoire. La protection du droit à la vie, la prévention et la protection contre la torture et aux peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants comme énoncé dans l’article 6 et 7 du pacte relatif aux droits civils et politiques n’ont pu être respectées en dépit des engagements pris au sommet de l’Etat. Ainsi, en 2014 des prévenus et des condamnés sont morts à la Maca suite aux émeutes provoquées par le fameux Yacou le chinois et au béribéri, conséquence de la mauvaise alimentation. L’administration pénitentiaire n’a pu garantir la sécurité de la population carcérale de la Maca. Les mauvais traitements et la torture sont encore et toujours une réalité dans la chaîne judiciaire ivoirienne. Par ailleurs, bien que le pouvoir ait procédé à des libérations provisoires, nous notons que des centaines d’autres individus anonymes sont encore détenus dans les prisons sur l’ensemble du territoire dans le cadre de la même affaire. Les procès doivent être ouverts et clôturés pour tous les détenus de la crise post-électorale avant les élections de 2015 pour garantir la pleine participation de tous. Aucune personne ne pourra aller voter tant qu’un parent, un enfant, un mari, un concubin, un ami sera détenu sans être jugé pour avoir participé d’une façon ou d’une autre dans le processus électoral de 2010 surtout qu’il y a une fausse la polémique autour du nombre exact de détenus liés à la crise postélectorale.

La fausse polémique à laquelle vous faîtes allusion est-elle liée au fait que le pouvoir et l’opposition ne s’accordent pas sur les chiffres pour ce qui est du nombre de prisonniers politiques ?
Effectivement. Le Fpi avance 719 détenus, le gouvernement affirme que 228 d’entre eux ne sont pas répertoriés dans le fichier officiel. Cela pose le problème de la bonne tenue des dossiers des détenus devant garantir leur traçabilité dans la chaîne judiciaire. Alors, que faire des 228 ? Dans tous les cas, pour avoir suivi de près les cas des détenus de la crise post-électorale, nous savons que d’avril 2011 à décembre 2014, le nombre de personnes arrêtées et détenues est de 750. 327 ont bénéficié de la liberté provisoire jusqu’en décembre 2014. Le nombre de personnes encore détenues à ce début de 2015 tourne autour de 460, sans oublier que douze autres personnes ont été arrêtées suite à l’attaque du camp d’Akouédo en septembre 2014. Nous pensons que les libérations provisoires doivent continuer et s’étendre à tous les civils et corps habillés anonymes qui croupissent dans les prisons, dans le cadre de la même affaire.

Y compris l’ex-Première dame Simone Gbagbo…
Le cas de l’ex-Première dame est complexe parce que réclamée à la fois par la justice pénale nationale et internationale. Comme elle est en procès en ce moment devant la Cour d’assises d’Abidjan, nous attendons les conclusions du procès pour apprécier. C’est le lieu pour nous d’appeler l’administration judiciaire à lui garantir un procès équitable et à fournir tout le soutien matériel, technique et financier aux avocats assurant sa défense.

La Cpi maintient la pression pour son transfèrement, le gouvernement ivoirien s’y oppose. Quel commentaire faites-vous ?
Il est impérieux de transférer l’ex-Première dame à la Cpipour qu’elle puisse répondre des crimes contre l’humanité qui lui sont reprochés. Son procès à Abidjan ne prend pas en compte les graves violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire qui lui sont reprochées. Elle n’est poursuivie que pour « atteinte à la défense nationale, constitution de bande armée, trouble à l’ordre publique, coalition de fonctionnaire, de rébellion, tribalisme et xénophobie». De plus, la justice ivoirienne, de par son inertie et son incapacité de poursuite dans le camp du président Ouattara, prouve sa partialité et sa difficulté à respecter des procès équitables pour Simone Gbagbo.

A quelques mois d’un nouveau scrutin présidentiel, quel bilan faites-vous de la gouvernance Ouattara, notamment sur la question des droits de l’Homme ?
Depuis l’accession du Président Ouattara au pouvoir, notre mouvement n’a eu de cesse de revenir sur des éléments constitutifs de graves violations des droits dans notre pays. Nous avons eu bon espoir de voir la situation évoluer avec son engagement ferme à faire du respect des droits humains l’un des piliers de son mandat. Dans nos différents rapports, nous sommes revenus à plusieurs reprises sur la nécessité pour l’Etat de Côte d’Ivoire de ratifier certains instruments juridiques internationaux permettant ainsi à notre pays d’être considéré comme un Etat de droit. Malheureusement, ce n’est pas encore le cas. Les engagements pris n’ont pas été tenus. En outre, le Président Alassane Ouattara avait également pris un certain nombre d’engagements au niveau national qui n’ont pas encore été respectés. Les arrestations arbitraires continuent même si le rythme a baissé en 2014. Il y a la répression des manifestations et l’arrestation des manifestants comme le cas des indignés, du collectif des parents des détenus politiques et des fabricants de sachets plastiques. Nous attendons toujours l’efficacité, l’impartialité et l’équité de la justice ivoirienne ainsi qu’un signal fort pour la tenue d’enquêtes et l’arrestation de toute personne en situation d’autorité soupçonnée d’avoir commis des atteintes aux droits humains.

Il y a, tout de même des acquis comme la loi portant protection des défenseurs des droits de l’Homme qui est une avancée majeure sur le continent…
Le gouvernement a fait des progrès en matière de prise de lois surtout celle que vous venez d’évoquer et dans l’application de la loi de décembre 1998 portant répression de certaines formes de violences faites aux femmes par l’arrestation et le procès d’exciseuses au Nord et à l’Ouest du pays. Mais, globalement, les engagements pris n’ont pas été tenus. Par exemple, sur le dossier des tueries de Nahibly et Duékoué, il n’y a eu aucune avancée. Les corps retirés des puits pour autopsie sont restés sans suite. Jusqu’à ce jour, il n’y a aucun résultat officiel des autopsies. Les mis en cause qui sont connus, se promènent et les familles vivent avec ce traumatisme sans trouver de réponse à leurs préoccupations. Un camp de déplacés internes détruit au vu et au su de tout le monde, des déplacés tués dans un camp, une première dans le monde et aucune poursuite dans un Etat qui se dit de droit. C’est manifestement la consécration de l’impunité.

Si on vous suit, les mis en cause bénéficient de la protection du pouvoir…
Tout porte à le croiresurtout que les grandes chaînes de commandement directement impliquées sont connues. Une commission nationale d’enquête a été mise en place par le gouvernement, nous attendons toujours les conclusions de cette commission. Il est évident que le pouvoir ne manifeste aucune urgence dans le traitement de ces dossiers qui mettent en cause les dozos et des chefs des Frci de la zone. Cela démontre une volonté de ne pas poursuivre les auteurs des crimes venant de son propre camp. Or, c’est en agissant ainsi que le pouvoir va briser la chaîne de l’impunité et l’idée d’une justice à deux vitesses. Cette impunité manifeste renforce le traumatisme et la douleur des familles.

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Est-ce pour cette raison que vous sollicitez du procureur de la Cpi, Fatou Bensouda des enquêtes sur des crimes imputés aux forces pro-Ouattara ?
Amnesty International a salué l’ouverture des procédures sur les crimes présumés commis par les Fds, les milices de jeunes et les mercenaires fidèles au président Gbagbo. Aujourd’hui, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sont à la Cpi. Simone Gbagbo est réclamée par la Cpi et est en procès actuellement à Abidjan. Amnesty international a rappelé et continue de rappeler publiquement que les deux parties au conflit en Côte d’Ivoire ont été accusées de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Notre mouvement a exhorté la Cpi à enquêter sur tous les crimes commis par les deux camps, y compris les violences sexuelles. Nous exhortons ici, à nouveau, le Procureur à étendre ses investigations afin de couvrir les crimes commis entre 2002 et 2010 afin que justice soit rendue à toutes les victimes, indépendamment de leur affiliation politique ou ethnique. Ces affaires portent essentiellement sur l’assassinat par des éléments des Forces nouvelles de 70 gendarmes à Bouaké pendant la rébellion de 2002, les massacres de Duékoué les 28 et 29 mars 2001 et l’attaque du camp de déplacés de Nahibly le 20 juillet 2012, qui a occasionnée des pertes en vies humaines. Seul les enquêtes impartiales menées par la Cpi pourront situer les responsabilités et identifier les auteurs individuels à incriminer.

Le procès des pro-Gbagbo sont ouverts devant la Cour d’assises, quelles sont vos observations ?
Nous notons que l’Etat de Côte d’Ivoire a décidé de poursuivre les dignitaires du régime Gbagbo pour des décisions, des opinions et des actions politiques prises et menées pendant la crise post-électorale et non pour les graves violations des droits humains et du droit international humanitaire perpétrées pendant cette période. Une fois de plus, les victimes devront prendre leur mal en patience. C’est vrai que le procès vient de démarrer, mais il faut que des preuves matérielles viennent corroborer les accusations, qu’il y ait des confrontations. Si le procès est mené dans le strict respect des droits de l’Homme, alors une partie de la vérité sur la crise post-électorale pourra émerger. Mais, la réconciliation nationale ne sera effective que quand toutes les victimes verront leurs bourreaux rendre compte devant la justice. Aujourd’hui, ce sont les pro-Gbagbo, nous attendons le procès des pro-Ouattara pour permettre l’éclatement de la vérité et la réhabilitation des victimes pour aboutir à la réconciliation nationale. La justice devrait apaiser les tensions si les procès sont menés dans le respect strict des droits humains et des procédures en garantissant surtout le droit à la défense.

Vous semblez vous plaindre d’une justice dite des vainqueurs, n’occultez-vous pas en fait le principe de l’opportunité des poursuites qui est fondamental en matière de droit pénal ?
Est-ce que vous voulez insinuer que le Procureur de la République peut se permettre d’appliquer ce principe dans les cas de crimes ou de graves violations des droits humains ? Ou bien, vous voulez vous dire que le choix du Procureur est dicté par les pouvoirs publics ? Votre question pose le problème de l’indépendance de la justice. Amnesty international a été la première organisation à parler de justice des vainqueurs dans son rapport publié deux ans après la crise post-électorale. Par la suite, d’autres organisations lui ont emboité le pas en utilisant des termes similaires. Juste pour vous dire que toutes les Ong ont fait le même constat et l’ont exprimé de différentes manières.

Mais, en réclamant à cor et à cri un transfèrement de pro-Ouattara, dans un contexte de paix fragile, ne servez-vous pas du grain à moudre à ceux qui vous accusent d’être manipulés et de servir des desseins politiques inavoués ?
Tous les pouvoirs, tous les régimes politiques tiennent le même langage à chaque fois qu’Amnesty International produit un rapport sur l’état des droits humains. Les gouvernants ne supportent pas que les Ong fassent la lumière sur les cas de violations des droits humains et révèlent les situations qu’ils veulent cacher. Amnesty International est une organisation qui n’a aucune ambition politique et qui agit sur les principes de l’impartialité et de l’indépendance. C’est pourquoi notre mouvement ne reçoit pas de financement ni de don d’aucun gouvernement. Amnesty International, pour le cas spécifique de la Côte d’Ivoire, a eu à traiter des cas de plusieurs acteurs de la scène politique. L’actuel Président de l’Assemblée Nationale a été un cas d’Amnesty quand il a été arrêté en tant que responsable estudiantin. Il en fut de même avec le Président Bédié lors du coup d’Etat militaire de 1999 ou encore l’actuel Ministre de la sécurité le Ministre Hamed Bakayoko. A travers les communiqués et rapports d’Amnesty produits depuis le Président Houphouët en passant par les Présidents Bédié, Guei, Gbagbo et aujourd’hui Alassane Ouattara, ceuxqui nous suivent, savent que nous sommes restés constants face aux violations des droits de l’homme.

La Cdvr a déposé son rapport de fin d’activité, quel regard jetez-vous sur la réconciliation en Côte d’Ivoire, à quelques mois des joutes électorales ?
Le Président de la République n’a eu de cesse de mettre la justice au cœur de la réconciliation, ce qui revient à dire que pour lui, établir la vérité, situer les responsabilités, accepter de rendre compte et payer pour les manquements et les crimes dans l’exercice de ses fonctions, sont des piliers essentiels de la cohésion sociale et du vivre ensemble. La Cdvr avait cette lourde mission. A-t-elle atteint les objectifs à elle assignés ? Il est important de rappeler que dans le rapport d’Amnesty International intitulé « La loi des vainqueurs », notre mouvement avait déjà fait des observations sur des éléments qui pourraient compromettre la réussite de la mission de la Cdvr. Il s’agit entre autres de l’imprécision du mandat. L’ordonnance portant sa création stipule : « La Cdvr s’engage à rechercher la vérité et situer les responsabilités sur les événements sociopolitiques nationaux passés et récents». Les événements visés ne sont pas clairement définis et surtout aucun cadre temporel n’a été fixé pour ses travaux.
Le constat est que la Cdvr a laissé les Ivoiriens sur leur soif parce qu’ils ne l’ont pas entendu leur dire les vérités et situer les responsabilités sur les événements passés et récents. Ils n’ont pas eu accès aux audiences publiques, ils ne savent pas les critères qui ont prévalu au choix de 80 victimes parmi 78.483 auditionnées pour passer en audience publique. Ce qui d’ailleurs est un chiffre non représentatif de la réalité vécue par l’ensemble des victimes des événements récents et passés. Les Ivoiriens n’ont pas connaissance des recommandations de la Cdvr, ils ne savent pas qui peut être considéré comme victime et qui ne l’est pas. Ils ne savent pas qui va être indemnisé. Est-ce que leurs bourreaux seront punis pour les crimes commis ? Recevront-elles réparation ? Les Ivoiriens continuent de s’interroger alors que le mandat de la Cdvr s’est achevé. Beaucoup reste à faire pour la réconciliation en Côte d’Ivoire.

2015 est l’année électorale et certains Ivoiriens ont quelques appréhensions quant au bon déroulement des élections à venir. Ont-ils raison d’avoir peur ?
Les Ivoiriens ont raison d’avoir peur. La Cei est encore composée, en majorité par les partis politiques visant tous le pouvoir d’Etat. La société civile non confessionnelle est sous représentée avec un seul délégué. Cette configuration ne répond pas au besoin d’apaisement et de sérénité pour aborder les échéances électorales prochaines. Les gouvernants n’ont suffisamment pas tiré les leçons des élections de 2010. Dans la quête de la vérité sur notre histoire récente, avons-nous ouvert une piste de réflexion sur la responsabilité de la Cei en tant qu’institution, dans la survenance de la crise post-électorale ? Le rôle joué par chacun des membres ? Quelles sont les responsabilités des principaux dirigeants ? Il aurait fallu confier l’organisation des élections de 2015 à la société civile, aux religieux, au barreau et aux chefs traditionnels. Une telle composition ferait disparaitre le sentiment que la Cei est à fois juge et partie. Il y a également le phénomène des coupeurs de route qui pourrait se justifier par la présence d’anciens Fafn retournés au Nord après avoir pris part à la bataille d’Abidjan. Notons aussi la question cruciale de la réinsertion des anciens rebelles de 2002 qui n’ont pu intégrer les Frci, ainsi que tous ces jeunes supplétifs des groupes armés qui aujourd’hui vivent dans le dénuement et la pauvreté et dans un esprit de mécontentement prévisible. Il est manifeste que la lecture de l’atmosphère politique et sociale renforce ce sentiment de peur.

Pouvez-vous en dire davantage sur la lecture de l’atmosphère politique ?
Les grands partis politiques traversent des divisions internes assez sérieusesà l’approche des élections, l’interruption prématurée du processus de réconciliation par la Commission Dialogue-Vérité-Réconciliation (Cdvr), les différentes revendications de certains éléments des Frci (Forces républicaines de Côte d’Ivoire) ; les procès des centaines de jeunes civils et militaires incarcérés suite à la crise post-électorale; les femmes et les jeunes filles qui s’interrogent sur le sort qui leur est réservé, cette fois avec les auteurs de viol qui ne sont jamais inquiétés par la justice. Voilà des préoccupations qui doivent nécessairement être résolues avant les échéances électorales de 2015. Il faut que le gouvernement prête une attention particulière aux préoccupations des Ivoiriens : revoir la composition de la Cei, de sorte à rétablir la confiance des Ivoiriens en leur organe d’organisation des élections ; la Cei recomposée devra être dirigée par la société civile pour qu’elle soit véritablement indépendante ; il faut aussi tenir les procès des pro-Gbagbo afin de leur permettre, ainsi qu’à leurs parents, d’être définitivement situés sur leur sort et de réorganiser leur vie ; continuer et clôturer le processus Ddr en incluant les dozos, les supplétifs et les ex-combattants pro-Gbagbo ; prendre véritablement en main la question de l’expropriation et de l’occupation illégales des terres à l’Ouest; conduire le programme d’indemnisation des victimes avec transparence en tenant compte de toutes les victimes sur l’ensemble du territoire ; engager un véritable programme pour apporter une réponse aux violences sexuelles et aux viols depuis 2002 jusqu’à ce jour. Ce programme devra commencer par la constitution d’une base fiable de données sur toutes les victimes sur l’ensemble du territoire ivoirien pour permettre d’en avoir le nombre exact, mais aussi d’appréhender les besoins afin de proposer des solutions idoines. Tant qu’une réponse globale à l’échelle nationale n’est pas donnée aux violences sexuelles, aux viols et aux violences basées sur le genre en général, les femmes et les enfants continueront à être traumatisés pendant la période des élections où l’abus sur leur corps devient un enjeu de domination d’une communauté ou d’un groupe sur un autre.

Le désarmement semble n’avoir pas également avancé, faut-il s’en inquiéter avec les élections qui approchent ?
L’Autorité pour le désarmement, la démobilisation et la réintégration a abattu un travail fort appréciable quant à la collecte des armes qui tournent selon les chiffres officiels autour de 26000 et d’environ 650.000 minutions. Ce qui pourrait justifier le relèvement du niveau de sécurité observé dans la partie sud du pays. Néanmoins, il reste encore un effort considérable à fournir pour arriver au recensement de l’ensemble des personnes qui ont eu des armes en leur possession depuis la rébellion de septembre 2002 jusqu’à la crise post-électorale. L’Addr a, dans sa base de données, environ 74.068 ex-combattants démobilisés. Combien en reste-t-il sur l’ensemble du territoire ? Est-ce que ce chiffre d’ex-combattants recensés, démobilisés et réintégrés ou à réintégrer prend en compte les ex-miliciens pro-Gbagbo, les ex-Fafn et les supplétifs ? Qu’en est-il des ex-combattants blessés et en situation d’invalidité ? Il serait utile que l’Addr informe les populations sur ces questions.

Comment le pouvoir d’Abidjan doit-il s’y prendre pour que son ambition de l’émergence en 2020 ne soit pas entravée ?
Le gouvernement devra remplir ses engagements en matière de droits de l’Homme en mettant fin à l’impunité à travers l’ouverture de poursuites contre les fonctionnaires de l’Etat ou des hommes en armes parrainés par l’Etat qui se sont rendus coupables de graves violations des droits humains. Plus spécifiquement, tous ceux qui ont participé aux tueries de Duékoué et de Nahibly. Ils doivent rendre des comptes pour rendre justice à toutes les victimes de la crise post-électorale. Il faudra ouvrir les procès de tous les jeunes civils et militaires dits « pro-Gbagbo » emprisonnés suite à la crise post-électorale. Il faut aussi modifier notre code pénal par l’introduction d’une définition claire de la torture et du viol conformément aux normes internationales en la matière. L’Etat devra renforcer véritablement les capacités de l’appareil judiciaire pour lui permettre de travailler en toute indépendance pour que la chaîne judiciaire soit équitable et impartiale. Le gouvernement devra aussi arrêter la politique de l’autruche et prendre des décisions courageuses sur la question foncière et des forêts classées du grand-ouest, zone qui reste une bombe toujours prête à exploser. Amnesty sert d’alerte en mettant la lumière sur les violations des droits humains opérées dans la plus grande discrétion, loin des regards. Si nos avis et recommandations sont suivis pour l’avènement d’un état de droit véritable, il n’y a pas de raison que l’émergence ne soit pas un pari gagné.

Interview réalisée par TRAORE Tié

Anani GALLEY : AFRIQUE: Revue de presse/Grands faits en Afrique en ce début 2015


LOME (© 2014 Afriquinfos) – Après les traditionnels vœux de fin d’année, l’actualité du continent en ce début de 2015 est surtout dominée par les resurgissements de certains événements de 2014. Boko Haram, Michel Kafando, Président de la transition burkinabé, Yahya Jammeh qui contre-attaque après le putsch manqué…
Boko Haram, du harem aux chantages macabres
«Attaques terroristes au Nigeria et au Cameroun : Boko Haram continue sa chevauchée diabolique », peut-on lire sur le site du journal burkinabé Le Pays dans sa livraison du 04 janvier. Et le journal de continuer : « On ne sait par quel bout le prendre, tant il est insaisissable, Boko Haram, puisque c’est de lui qu’il s’agit, continue sa chevauchée diabolique, défiant toute autorité, s’il y en a encore une au Nigeria. Comme Ebola qui ravage sans pitié, Boko Haram tue et massacre tout sur son passage. Et souvent, ce sont des villages entiers qu’elle rase et incendie, semant la psychose chez des populations visiblement désemparées, qui ne savent plus à quel saint se vouer. En effet, pas plus tard que la semaine écoulée, alors que le monde entier s’apprêtait à accueillir dans la joie la nouvelle année, Boko Harm a enlevé une quarantaine de jeunes hommes, égorgeant au passage une dizaine d’autres».
« Des enlèvements en guise de vœux », c’est en ces termes que le quotidien l’Observateur la Paalga au Burkina Faso voit la dernière sortie macabre de la secte islamiste Boko Haram. Dans sa livraison du 04 janvier, le journal analyse les actes de l’hydre islamiste : « Ainsi donc, les années se suivent et se ressemblent au Nigeria. Aussi 2015 commence-t-elle avec les méfaits de Boko Haram qui, on s’en souviendra encore longtemps, avaient émaillé toute l’année écoulée. En effet, pour le « Géant de l’Afrique », 2014 aura été marquée par l’enlèvement des 200 lycéennes de Chibok dont on ne sait toujours pas ce qu’elles sont devenues, malgré les appels du mouvement « bring back our girls ». A cette infamie se sont ajoutées bien d’autres, attaques répétées de villes et villages, rapts de femmes et attentats aussi sanglants les uns que les autres ».
La secte Boko Haram a fait parler d’elle en ce début d’année dans la presse africaine. C’est également le cas de guineeconakry.info qui s’interroge. « Boko Haram : Provocation, agression, annexion ? ». Le journal renchérit : « La série noire des humiliations que la secte islamiste Boko Harma inflige à l’armée nigeriane se poursuit. A près le retentissemnt enlèvement des 200 lycéennes de Chibok et les multiples attentats meurtrtiers de ces derniers mois, les hommes d’Abubakar Shekau demarrent la nouvelle année avec l’enlèvement de 40 jeunes hommes dans la localité de Malari, Etat de Borno et la prise de la base militaire de Baga, 180km de Maiduguri, capitale du même Etat du septentrion nigérian. A travers ces deux actes, le terrible groupe terroriste entend signifier qu’il ne reculera pas. Au contraire, il réitère ses velléités expansionnistes, au-delà du seul Nigeria ».
Burkina Faso, Kafando, ou l’intransigeance ?
L’Observateur la Paalga s’est intéressé au message du président de la transition burkinabé.
Dans sa livraison le journal analyse: « La carotte et le bâton du père Michel ». « A cette période de la célébration, c’était un cocktail de compassion (pour les différentes épreuves rencontrées par le Burkina) et de magnanimité avec un zeste de menaces. De la fermeté nous a été aussi servie pendant le discours. Elle a été proférée à l’endroit même de ceux dont la suspension vient d’être levée, puisque Kafando a prevenu « que la transition n’aura pas d’état d’âme, s’il advenait que ces mêmes formations politiques s’adonnent à un activisme débordant, au point de menacer la sécurité de l’Etat » ».
Gambie : Yahya Jammeh, seul maître à bord
Le journal «Le Pays» a également abordé la situation en Gambie en titrant : « Gambie: Silence, Yahya Jammeh massacre ». Le journal décrit le personnage et le régime Jammeh « Quant à l’incongruité politique, elle a pris racine dans le pays, depuis que le fantasque Yahya Jammeh a renversé le régime de Sir Dawda Jawara en 1994. Depuis lors, l’ancien maître coranique, devenu par la force des baïonnettes maître absolu de la Gambie, dirige le pays selon ses pulsions. Et l’on sait que celles-ci sont dignes du personnage central de la comédie burlesque de A. Jarry, c’est-à-dire Ubu.
La nature de la gouvernance de Yahya Jammeh n’a pas varié d’un iota, malgré les efforts de démocratisation entrepris par bien des pays africains suite à l’appel de La Baule. C’est donc conformément à cette logique de la terreur que Yahya Jammeh est en train de gérer les jours qui ont suivi l’attaque du 30 décembre 2014 dernier dont son régime a été victime».
Anani GALLEY
AFRIQUE: Revue de presse/Grands faits en Afrique en ce début 2015LOME (© 2014 Afriquinfos) – Après les traditionnels vœux de fin d’année, l’actualité du continent en ce début de 2015 est surtout dominée par les resurgissements de certains événements de 2014. Boko Haram, Michel Kafando, Président de la transition burkinabé, Yahya Jammeh qui contre-attaque après le putsch manqué…Boko Haram, du harem aux chantages macabres «Attaques  terroristes au Nigeria et au Cameroun : Boko Haram continue sa chevauchée diabolique », peut-on lire sur le site du journal burkinabé Le Pays dans sa livraison du 04 janvier. Et le journal de continuer : « On ne sait par quel bout le prendre, tant il est insaisissable, Boko Haram, puisque c’est de lui qu’il s’agit, continue sa chevauchée diabolique, défiant toute autorité, s’il y en a encore une au Nigeria. Comme Ebola qui ravage sans pitié, Boko Haram tue et massacre tout sur son passage. Et souvent, ce sont des villages entiers qu’elle rase et incendie, semant la psychose chez des populations visiblement désemparées, qui ne savent plus  à quel saint se vouer. En effet, pas plus tard que la semaine écoulée, alors que le monde entier s’apprêtait à accueillir dans la joie la nouvelle année, Boko Harm a enlevé une quarantaine de jeunes hommes, égorgeant au passage une dizaine d’autres».« Des enlèvements en guise de vœux », c’est en ces termes que le quotidien l’Observateur la Paalga au Burkina Faso voit la dernière sortie macabre de la secte islamiste Boko Haram. Dans sa livraison du 04 janvier, le journal analyse les actes de l’hydre islamiste : « Ainsi donc, les années se suivent et se ressemblent au Nigeria. Aussi 2015 commence-t-elle avec les méfaits de Boko Haram qui, on s’en souviendra encore longtemps, avaient émaillé toute l’année écoulée. En effet, pour le « Géant de l’Afrique », 2014 aura été marquée par l’enlèvement des 200 lycéennes de Chibok dont on ne sait toujours pas ce qu’elles sont devenues, malgré les appels du mouvement «  bring back our girls ». A cette infamie se sont ajoutées bien d’autres, attaques répétées de villes et villages, rapts de femmes et attentats aussi sanglants les uns que les autres ». La secte Boko Haram a fait parler d’elle en ce début d’année dans la presse africaine. C’est également le cas de guineeconakry.info qui s’interroge. « Boko Haram : Provocation, agression, annexion ? ». Le journal renchérit : «  La série noire des humiliations que la secte islamiste Boko Harma inflige à l’armée nigeriane se poursuit. A près le retentissemnt enlèvement des 200 lycéennes de Chibok et les multiples attentats meurtrtiers de ces derniers mois, les hommes d’Abubakar Shekau demarrent la nouvelle année avec l’enlèvement de 40 jeunes hommes dans la localité de Malari, Etat de Borno et la prise de la base militaire de Baga, 180km de Maiduguri, capitale du même Etat du septentrion nigérian. A travers ces deux actes, le terrible groupe terroriste entend signifier qu’il ne reculera pas. Au contraire, il réitère ses velléités expansionnistes, au-delà du seul Nigeria ».Burkina Faso, Kafando, ou l’intransigeance ?L’Observateur la Paalga s’est intéressé au message du président de la transition burkinabé.Dans sa livraison le journal analyse: « La carotte et le bâton du père Michel ». « A cette période de la célébration, c’était un cocktail de compassion (pour les différentes épreuves rencontrées par le Burkina) et de magnanimité avec un zeste de menaces. De la fermeté nous a été aussi servie pendant le discours. Elle a été proférée à l’endroit même de ceux dont la suspension vient d’être levée, puisque Kafando a prevenu « que la transition n’aura pas d’état d’âme, s’il advenait que ces mêmes formations politiques s’adonnent à un activisme débordant, au point de menacer la sécurité de l’Etat » ».Gambie : Yahya Jammeh, seul maître à bordLe journal «Le Pays» a également abordé la situation en Gambie en titrant : « Gambie: Silence, Yahya Jammeh massacre ». Le journal décrit le personnage et le régime Jammeh « Quant à l’incongruité politique, elle a pris racine dans le pays, depuis que le fantasque Yahya Jammeh a renversé le régime de Sir Dawda Jawara en 1994. Depuis lors, l’ancien maître coranique, devenu par la force des baïonnettes maître absolu de la Gambie, dirige le pays selon ses pulsions. Et l’on sait que celles-ci sont dignes du personnage central de la comédie burlesque de A. Jarry, c’est-à-dire Ubu.La nature de la gouvernance de Yahya Jammeh n’a pas varié d’un iota, malgré les efforts de démocratisation entrepris par bien des pays africains suite à l’appel de La Baule. C’est donc conformément à cette logique de la terreur que Yahya Jammeh est en train de gérer les jours qui ont suivi l’attaque du 30 décembre 2014 dernier dont son régime a été victime».Anani  GALLEY
LOME (© 2014 Afriquinfos)

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