Robert Dulas : baroud d'honneur

C'est dans la Côte d'Ivoire d'Houphouët que Robert Dulas s'est fait un nom. © Vincent Fournier pour J.A.

Barbouze : un mot que Robert Dulas déteste, mais qui lui colle à la peau. Longtemps, ce pro du renseignement a traîné ses guêtres en Afrique. Aujourd'hui, c'est dans un livre qu'il règle ses comptes.

Robert Dulas est fauché. Le bureau dans lequel il nous reçoit, dans le très chic 8e arrondissement de Paris, ne lui appartient pas. Il a 66 ans, vit dans le sud de la France, et c'est un ami liquidateur judiciaire qui a mis l'endroit à sa disposition, le temps de la promotion de Mort pour la Françafrique. Un espion au coeur des réseaux islamistes (Stock).

Lui, l'ambassadeur plénipotentiaire du Niger (une fonction honorifique que les militaires qui ont chassé Mamadou Tandja du pouvoir, en 2010, lui ont décernée après l'avoir chargé de récupérer l'argent placé ici et là par l'ex-président), l'ancien conseiller politique d'Houphouët-Boigny, du général Gueï et de Bozizé, revient d'Afrique comme il y est arrivé, hippie et sac au dos, en 1972 : sans un sou.

Grandeur et décadence... Baroudeur autodidacte, expert en diplomatie souterraine, il a traversé le continent et ses zones d'ombre : Mali, Niger, Cameroun, Mauritanie, Côte d'Ivoire, Centrafrique... et Libye - le pays au coeur de son livre.

Mai 2011, Benghazi. Dulas et son associé, Pierre Marziali, travaillent indifféremment avec Kadhafi et avec les rebelles quand Marziali est assassin é, a priori lors d'un contrôle qui a mal tourné. Dulas n'en croit pas un mot, mais à qui s'en expliquer ? Ni lui ni aucun des coéquipiers présents ce soir-là - et torturés durant onze jours par les insurgés libyens - n'ont été débriefés par les services français.

Alors, explique Robert Dulas, l'écriture s'est imposée, en mémoire de Pierre, un ancien para du 3e RPIMa : "J'en avais marre d'entendre ses soi-disant frères d'armes, le cul sur leur chaise, qui ne connaissent pas d'autre terrain que leur écran d'ordinateur, raconter n'importe quoi." Et aussi, pour protéger ses arrières : Dulas se sent menacé, ce livre doit être sa catharsis comme son assurance. Il y dégomme les services français, responsables, selon lui, de la mort de Marziali même si jamais il n'en apporte la preuve.

Mort pour la Françafrique décrit par le menu la création de ce que Marziali et Dulas espéraient être l'une des premières sociétés militaires privées (SMP) françaises : Secopex. Mais difficile de peser face aux poids lourds du secteur. Alors à défaut de travailler avec les Français, qui leur tournent le dos, ils vendent leurs informations aux Américains, qui n'hésitent pas à sous-traiter leurs guerres. De contrats bidons en coups foireux, l'entreprise ne décollera jamais vraiment.

Dulas n'est pas un homme du sérail. Celui que de mauvaises langues ont surnommé le Grand Maître Cinquante, vu sa taille et sa propension à faire état de son appartenance au réseau maçonnique, dispose pourtant d'un vrai réseau. "Des mythos, il y en a plein dans ce milieu, mais Dulas n'en fait pas partie", assure Pierre Martinet, un ancien de la DGSE, vieil ami de Marziali, qui était à ses côtés lorsque ce dernier fut tué.

Coups foireux

Dulas n'aime pas qu'on le décrive comme un mercenaire. Lui se voit plutôt comme un patriote, et c'est en patriote partageur qu'il envoie des notes d'information - sur les otages d'Arlit, sur les katibas d'Al-Qaïda au Maghreb islamique... - aux directeurs de la DGSE. Il n'aura jamais aucun retour ("Il y a un rejet culturel en France, explique Martinet. Dès que l'on monte une SMP, on est tout de suite taxé de barbouze, de mercenaire"), mais demeure persuadé que l'une de ces notes a coûté la vie à Marziali : Dulas y affirme que l'insurrection libyenne est noyautée par les islamistes et pense que Paris, trop pressé d'en finir avec Kadhafi, n'était pas prêt à l'entendre.

Cette thèse, Martinet n'y croit pas. "Pierre a voulu sortir son téléphone de sa poche, les miliciens ont cru qu'il sortait son arme." Point. Avec ce livre, Dulas espère rétablir, sinon la vérité, du moins la réputation de son ami. Pas par esprit de vengeance, mais parce qu'il est un "empêcheur de tourner en rond".

Mort pour la Françafrique. Un espion au coeur des réseaux islamistes, Robert Dulas, Marina ladous, Jean-Philippe Leclaire, Stock, 336 pages, 20,99 euros


Jeune Afrique

 

Ansoumane Doré A CEUX QUI CROIENT A UNE FOSSILISATION

NB. Cette chronique est écrite à l'intention des jeunes générations de Guinéens , plus qu'aux générations qui ont été contemporains des faits relatés. Il y a ,en effet, de nos compatriotes qui se font “historiens” pour raconter du n'importe quoi, à leur convenance, et surtout pour réhabiliter le régime du Premier Président de la Guinée: Sékou Touré (1958-1984). Le régime qu'il érigea avait été accueilli par tous les Guinéens comme celui qui les libérerait du joug colonial etles conduirait au Horoya, La Liberté, L'Indépendance. Mais très progressivement, son Parti politique, Le Parti démocratique de Guinée (PDG ), déjà parti unique dès la fondation de la république,commença à établir une dictature de type stalinien. A partir de 1978, l'appellation officielle de ce parti a été “Parti-Etat de Guinée”. Et une dictature implacable s'installe sur les Guinéens et devait conduire de nombreux citoyens (et même des étrangers) dans des camps de concentrations dont le plus sinistre à pour nom Le Camp Boiro. Des camps de la mort atroce . Depuis la chute de cette dictature en 1984, la population guinéenne ne s'est vraiment pas remise encore des traumatismes de toutes sortes ,subis moralement et physiquement, trente ans après. Mais des négationnistes de tous les méfaits de Sékou Touré, s'obstinent sans état d'âme à vouloir présenter aux jeunes Guinéens de fausses facettes de ce terrifiant dictateur et de son régime. Cette chronique s'élève contre leur imposture, même en revenant sur et en répétant et encore des aspects qui semblent connus de beaucoup gens.

 
 
 
Par les temps qui courent en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, est-il convenable de parler ou
d'écrire sur d'autres choses que sur cette calamité, appelée fièvre hémorragique à virus Ebola qui s'est abattue comme un rapace sur ces trois pays? A priori, non dans bien des esprits. Et pourtant la vie, même à rythme réduit, continue son cours.
 
Ebola, depuis sa première apparition en 1976 au ex-Zaïre, puis une accalmie trompeuse, suivie d'une réapparition , à des milliers de kilomètres en Guinée-Conakry en fin de l'année 2013, semble être, en effet, à l'image effrayante de la peste noire qui avait ravagé des continents dans un passé lointain. Mais même si nous demeurons dans l'incertitude sur l'évolution de cette terrible épidémie, les progrès de la science médicale dans les pays plus développés que les nôtres , la mobilisation et l'aide de ces pays en faveur des pays africains frappés par Ebola et surtout la prise de conscience qui se dessine au sein de la population, font que nous ne sommes plus dans le même contexte que que le passé lointain que je viens de rappeler. Même si encore nul ne peut dire quand Ebola sera éradiquée, on peut prévoir que ses impacts sociaux, économiques, humains seront importants sur les pays qu'elle aura visités. Et quel que soit le degré de ses marques sur les pays d'Afrique de l'Ouest, d'autres préoccupations sociales suivrons leur cours. Ceux qui ont l'habitude de réfléchir et d'écrire sur le passé et l'avenir de leur pays continuent de le faire. Parmi ceux-ci, les passéistes, c'est-à-dire ceux qui pensent qu'on peut arrêter les aiguilles au cadran qui marque les heures de la vie, se sont installés dans la nostalgie du régime de Sékou Touré. Et ils ne cessent de distiller aux jeunes générations de Guinéens l'eldorado qu'aurait représenté ce temps à jamais condamné par ses crimes monstrueux contre l'humanité. Ces crimes ne sont pas arrêtés d'ailleurs à cette époque. Quand on cite les ignominies perpétrées en 1985, 2006-207, 2009, et après, ce ne sont là que les conséquences de la culture de violence cultivée par les nervis du Parti-Etat de Guinée de Sékou Touré entre 1958 et 1984 .
 
 
 
CONTEXTE D'EVOLUTION DES PROBLEMES DISCUTES.
 
Quand on entend certains affirmer naïvement que notre indépendance a été acquise sans une goutte de sang
guinéen pour magnifier la maestria du leader de l'indépendance, on mesure soit l'ignorance soit l'imposture de ceux qui répandent ses contre-vérités historiques.
Comment peut-on ignorer tout le sang guinéen versé par les S.A ( Sturm Abteilung), sections d'assaut de Sékou Touré – RDA-PDG dans le Conakry des années 1954-1956, à moins d'être amnésiques. Autrement ceux qui ont vécu dans cette ville à cette époque, devraient s'en souvenir. Je n'étais que collégien mais je me souviens des massacres de militants du BAG par les cerbères du RDA et des cyniques personnages veulent faire croire que le futur Néron guinéen a obtenu l'indépendance par la magie de ses discours? Et puis même s'il faut lui reconnaître la paternité de cette indépendance au prix du sang guinéen versé par l'action de ses sections d'assaut à l'exemple de ceux de l'Allemagne nazie avant sa prise de pouvoir en 1933, il faut savoir placer les choses dans le vrai contexte géopolitique de cette époque.Mais les falsificateurs de l'histoire de la Guinée, donnent à croire que toutes les indépendances de l'Afrique subsaharienne n'ont eu lieu que sous l'impulsion de la Guinée. Cette affirmation est totalement fausse. Et je l'ai déjà écrit à plusieurs reprises.
 
 
**Tout d'abord, il faut s'avoir que la période de l'après -seconde-guerre mondiale a été marquée à partir de 1947 par le partage du monde en deux bloc antagonistes l'Est ( qualifié de socialiste) et l'Ouest (qualifié de capitaliste et colonialiste).
** Dans le contexte de la concurrence de la guerre froide Est-Ouest, survient la Conférence afro-asiatique de Bandung qui réunit pour la première fois en avril 1955, vingt-neuf pays du tiers-monde. Cette conférence condamna le colonialisme et il en ressortit que la colonisation devait disparaître et par conséquent que toutes les colonies avaient vocation à l'indépendance. Le bloc de l'Est, soviétique, appuya fortement cette thèse.
L'impact de Bandung a été immense sur les peuples colonisés et les indépendances apparaissaient comme inéluctables. Ceci doit être su par des jeunes générations, sans nier le rôle des leaders politiques mais sans faire d'eux des démiurges à des fins de mystification.
 
**Parmi les peuples colonisés auxquels, nous Guinéens, appartenions, il faut signaler que:
  • Les cinq Comptoirs français de l'Inde conquis depuis le XVIIe siècle furent rétrocédés à l'Inde en 1954,
  • L'Indochine, (Annam,Cochinchine et Tonkin qui forment ensemble le Vietnam d'aujourd'hui, Cambodge, Laos) colonisée à partir de 1862, devint indépendante après une dure guerre de 1946 à 1954 (Cambodge et Laos en 1953).
  • Le Maroc et la Tunisie devinrent indépendants en 1956.
  • L'Algérie était entrée en guerre d'indépendance en 1954, qui ne devait se terminer qu'en 1962.
** Plus près géographiquement de nous en Afrique de l'Ouest, la Gold Coast devint indépendante en 1957,du Royaume Uni, sous le nom de Ghana sous l'impulsion du Dr Kwame Nkrumah.
 
Le rappel rapide de ces faits qu'on a déjà présentés à maintes fois ne nie en rien que Sékou Touré fut le leader reconnu de notre indépendance avec tout le sang versé non pas contre le colonisateur, mais entre Guinéens qu'il ne faut pas passer sous silence. Un fait est quasi certain, c'est que quel qu'ait été, dans le contexte rappelé, le principal leadership politiques de notre pays ou de pays voisins l'indépendance serait intervenue, en 1958 ou plus tard. Qui a connu l'euphorie créée par la Loi-cadre de juin 1956, dans les territoires d'outre-mer français, peut confirmer que les indépendances étaient en vue. La France était à bout des guerres coloniales. Donc asséner comme le font certains que nous ,Guinéens, étions les promoteurs de l'indépendance de la Côte d'Ivoire, du Sénégal et d'autres, procède soit de l'ignorance,soit de la mystification. Pour ceux qui ont été , allaités à la mamelle de l'imposture, ce genre d'intoxication ne leur pose aucun problème
de conscience.
 
L' imposture ne s'arrête pas là, ils accordent au Régime de dictature de Sékou Touré, des vertus et des réalisations dont personne ne peut montrer des traces tangibles, hormis de nombreuses disparitions, corps et âmes de très nombreux Guinéens et surtout ceux de l'encadrement socio-politique du pays. Il ne faut donc jamais se lasser à dénoncer les imposteurs , pour la mémoire collective. Même le pouvoir en place traîne en partie,des aspects de la philosophie de gouvernance de cette époque. La Guinée dans son ensemble traînera encore des stigmates de la dictature passée mais honnie tant que justice (non pas vengeance) ne sera pas rendue. Les gouvernants en place ne semblent pas en prendre conscience pour construire et consolider cette unité nationale tant évoquée à la légère par toutes et tous. C 'est pourquoi, chers compatriotes , ne baissons pas la garde, continuons à dénoncer les falsificateurs même si nous devons pour cela agacer quelques uns.
 
Les falsificateurs de notre histoire nationale nous parle de l'unité des Guinéens réalisée sous la dictature. On a vu la consistance de cette unité. A peine le dictateur avait-il disparu en mars 1984 qu'à l'occasion d'une sombre affaire de coup d'Etat dont l'instigateur aurait été le Colonel Diarra Traoré Premier ministre de Lansana Conté, en juillet 1985, un pogrom été organisé contre toute l'ethnie malinké à Conakry. Qui a vu une ombre d'unité nationale contre ce pogrom ? Le grand massacre du 28 septembre 2009 de manifestants politiques et viols de militantes de l'UFDG,composés pour l'essentiel de l'ethnie peule,a soulevé quelle ombre d'unité nationale? C'est tout ce qui est à reconstruire et les agitations et manoeuvres subalternes ne pourrons rien apporter à ce chantier. Les thuriféraires du Régime satanique du PDG et ceux d'aujourd'hui savent toutes ces ignominies et ferment les yeux là-dessus pour mentir aux jeunes générations et à une population recrue de sales histoires.
 
Pour le temps de Sékou Touré, ils parlent de nombreuses visites de chefs d'Etat étrangers sous le règne du Parti-Etat de Guinée pour illustrer l'aura internationale de son Chef. Mais à consulter les ballets diplomatiques mondiales depuis le XIXe siècle, on n'en a jamais constaté une intensité aussi forte que ceux qu'on connus de 1950 aux années 1990. C'est, en effet, sur cette période de guerre froide Est-Ouest, de guerres d'indépendance et de décolonisations que se sont jouées de nombreuses rencontres des responsables politiques de partout. Un des thuriféraires de la dictature du Parti-Etat de Guinée qui semble ignorer ce contexte international, veut faire croire que Conakry était devenu un pole de la diplomatie mondiale des années 1958-1984. Il va jusqu'à aligner une cinquantaine de visiteurs importants à Conakry: dix-sept de provenance extérieure au continent africain dont deux trouveront dans leur pays respectif une fin terrible pour des chefs d'Etat, (pendaison pour Ali Bhutto au Pakistan en 1979 et l'exécution, en Roumanie de Ceausescu et sa femme , presque devant toutes les télévisions du monde en décembre 1989. Parmi les quarante visiteurs de marque du continent africain, dix-sept ont été renversés du pouvoir. Sur ces 17 renversés, 7 ont été assassinés dans des conditions parfois horribles ( une fois en Ethiopie, deux fois au Liberia, deux fois au Nigeria, une fois en Egypte, une fois au Congo-Brazzaville,une fois en Guinée Bissau). Quant à d'autres huiles de ce cortège, comme Mobutu du Zaire, Ahmadou Ahidjo du Cameroun ou Siad Barre de la Somalie, ils ont dû s'enfuir à l'étranger où ils ont terminé leur vie. Voilà brièvement présentée la galerie des personnages présentées par des ignorants pour montrer l'importance de leur héros guinéen.
Je vais dire quelques mots du passage de l'un des plus illustres visiteurs de Sékou Touré. Il s'agit de Nelson Mandela pendant les années de vaillantes luttes de l'ANC contre l'ignoble système raciste de l'Apartheid. C'est l'époque où d'autres combattants de divers territoires coloniaux africains sillonnent les pays africains déjà indépendants pour obtenir des soutiens à leurs causes. Pour ce qui concerne l'ANC de l'Afrique du Sud,
Mandela raconte ses souvenirs dans un épais ouvrage, (Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté,Paris, Librairie Arthème Fayard, 1995, 659 pages, pour la traduction française de Long walk to freedom,1994). Dans ses souvenirs, il raconte un long périple africain , de l'Ethiopie au Maroc en Afrique subsaharienne avec son compagnon Oliver Tambo. Pour des visites à des Présidents d'Afrique de l'Ouest, Mandela a rencontré Modibo Kéita au Mali, Sékou Touré en Guinée, Senghor au Sénégal, Sir Milton Margai en Sierra Leone, puis il ajoute: “Au Liberia, j'ai rencontré le Président Tubman, qui non seulement m'a donné 5 000 dollars pour des armes et de l'entraînement , mais m' a demandé d'une voix calme : - Avez-vous de l'argent de poche? - Je lui ai avoué qu'il ne me restait pas grand chose, alors immédiatement un aide de camp est venu avec une enveloppe contenant 400 dollars en liquide. Du Liberia, je suis allé au Ghana où j'ai retrouvé Oliver, et nous avons été reçus par l' ambassadeur de Guinée, Abdoulaye Diallo. Quand je lui ai dit qu'en Guinée je n'avais pas vu Sékou Touré, il a immédiatement organisé notre retour dans ce pays. Touré nous avait impressionnés, Oliver et moi... Nous lui avons expliqué l'histoire de l'ANC et de MK (Umkhonto we sizwe ou La lance de la nation, abrégé en MK) et nous lui avons demandé 5 000 dollars en soutien à MK. Il nous a écoutés calmement et nous a répondu de façon formelle, comme s'il faisait un discours: -Le gouvernement et le peuple de Guinée soutiennent entièrement la lutte de nos frères d'Afrique du Sud et nous avons fait des déclarations à l'ONU en ce sens – Il est allé jusqu'à une bibliothèque dans laquelle il a pris deux livres de lui qu'il nous a dédicacés. Puis il nous a dit merci et nous a raccompagnés.
Nous étions très ennuyés: on nous avait rappelés d'un autre pays et tout ce qu'on nous avait donné c'étaient deux exemplaires dédicacés de son livre . Nous avions perdu notre temps. Peu de temps après , nous étions dans notre chambre d'hôtel quand un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères nous a apporté une valise remplie de billets de banque: nous nous sommes regardés, très contents. Mais Oliver a changé de visage: -Nelson, c'est de l'argent guinéen, a-t-il dit. Il ne vaut rien en dehors d'ici; ce n'est que du papier- Mais Oliver
a eu une idée : nous avons emporté l'”argent à l'ambassade de Tchécoslovaquie où il avait un ami qui l'a échangé contre une monnaie convertible”. Puis le voyage s'est poursuivi chez Senghor au Sénégal. ( voir pages 310-315 de l'ouvrage cité).
 
La relation de tous ces faits a pour but de montrer les visages des mystificateurs qui veulent faire croire que la Guinée était le seul pole attractif de la diplomatie sur le continent africain.
 
Les habitués des mensonges distillés aux jeunes Guinéens n'en restent pas qu'à ces aspects mais à bien d'autres questions ayant des rapports avec la vie de la société guinéenne. C'est comme si ces “historiens” formatés par les maîtres de l'idéologie du Parti-Etat de Guinée s'étaient fossilisés sur la période 1958-1984 . Et on dirait qu'ils cherchent à fossiliser les jeunes générations de Guinéens sur cette période accablante de l'histoire de leur pays. Mais qu'est-ce donc la fossilisation? Les paléontologues , nous disent que “la fossilisation est le passage d'un corps organisé à l'état de fossile avec désagrégation des matières organiques et conservation des parties dures”.
Transposée au plan social, on pourrait penser à ces films d'horreur de “Morts vivants”qui ne semblent avoir qu'une vague idée de leur passé et encore moins de leur avenir. Voilà l'image de fossiles humains que des imposteurs veulent imprimer à la jeunesse de notre pays. En termes courants, c'est comme si l'on voulait faire des gens des chiffes molles.
 
Mais venons-en aux réalisations qu'ils disent avoir été accomplies sous la Première République.
Il m'aurait fallu des pages pour une radioscopie socio-économique complète de la Guinée au sortir de cette Première République.
 
Toutes les infrastructures de tous les domaines du pays n'ont pas pu , non seulement être maintenues à leur niveau de 1958 mais se sont dégradées à tel point que les magnifiques sites touristiques, par exemple, de ce pays naguère chantés par des voyageurs, demeurent inaccessibles de nos jours. Par exemple, l'unique voie ferrée à l'indépendance était celle connue sous le nom de Chemin de fer Conakry-Niger, reliant la capitale à Kankan en Haute-Guinée, d'une longueur de 662 km. Elève au Collège classique de Conakry de 1949 à 1956, j'ai fréquemment voyagé par le Coakry-Niger , au cours de cette période . La durée moyenne du voyage dans un sens comme dans l'autre, était de 12 à 13 heures. Dix ans plus tard, en 1966, le nombre de trains qui n'est plus que de trois par semaine, font un aller-retour en 27h30 à 33h ( voir Jean Suret-Canale,La République de Guinée, Paris,Ed. Sociales, 1970,432 p.). En 1974, la durée du voyage n'est pas inférieure à une semaine pour un simple aller et pour les trains qui parviennent à parcourir l'intégralité des 662 km. Le Conakry-Niger a complètement disparu, y compris les rails, sous Lansana Conté.
 
 
ON PARLE BEAUCOUP D'AGRICULTURE pour l'auto-suffisance alimentaire des Guinéens et c'est l'occasion pour les mêmes nostalgiques de rappeler l'expérience des fameuses Fermes Agro-Pastorales d'Arrondissements (FAPA) qu'on cite joyeusement à ceux qui n'ont pas connu cette collectivisation ratée de l'agriculture guinéenne. L' “aménagement” des FAPA avait démarré en 1979. On les définissait comme étant à la fois des centres de recherche agronomique appliquée, des unités économiques pilotes de production végétale et animale, des centres artisanaux et des groupes d'habitat modernes. En mai 1981, on dénombrait théoriquement 304 FAPA, sur 311 arrondissements du territoire national (source: Horoya n° 2868 du 10-16 mai 1981, p. 52). Il s'était à vrai dire révélé très vite qu'en fait de fermes, on était loin du chiffre de 304 et la principale activité des quelques fonctionnaires fermiers consistait en réunions politiques et en activismes stériles. La lourdeur de la bureaucratie au triple niveau du Ministère de tutelle, de la Région et de la Ferme agro-pastorale a vite condamné l'institution à l'inefficacité totale dans une atmosphère d'activisme soutenue. Et l'institution des fermes agro-pastorales avait presque disparu avant la chute du Parti-Etat de Guinée.
C'est enfin au cours de cette période que la vaste forêt guinéenne a été la plus dévastée sans reboisement notamment pour alimenter les usines de bois et d'ameublement: Usine de meuble de Sonfonia-Conakry, Usine de Sciage et de contreplaqués de Nzérékoré (USCZ) etc.
 
 
IL EST TRES SOUVENT DE BON ALOI DE CITER UNE INDUSTRIALISATION FLORISSANTE DE CETTE PREMIERE REPUBLIQUE.
 
Quelle réalité recouvre cette fable?
Des industries légères avaient effectivement été créées à partir du Plan triennal 1960-1963; Mais ces créations faites à partir de ce Plan triennal avaient comporté de tels handicaps que le bilan en était largement négatif à la chute du régime du PDG en 1984.Qu'on en juge.
  • Dans l'espace, la presque totalité des usines industrielles avaient été implantées dans l'aire urbaine de Conakry;
  • Cette industrialisation avait été effectuée dans le cadre d'entreprises d'Etat. C'est ce que les dirigeants du PDG avaient appelé la voie non capitaliste de développement économique;
  • Un autre trait de la politique d'industrialisation inaugurée par le Plan triennal avait été d'accorder la priorité aux industries utilisant des capitaux techniques au détriment des industries de main-d'oeuvre;
  • ces entreprises industrielles dépendaient fortement de l'extérieur sur un double plan: les pièces de rechange des équipements installés d'une part et, des matières premières d'autre part . Par exemple , l'Entreprise de tabacs et d'allumettes (ENTA) qui paraissait comme une réussite, ne pouvait fonctionner correctement qu'en important l'essentiel des 1 500 tonnes de tabac de Chine et de Malawi, alors que des régions guinéennes produisaient sous la colonisation, une bonne partie du tabac en feuille de la Société coloniale des tabacs (SOCOTAB) implantée en Algérie. Pour la production des allumettes de l'ENTA, les produits chimiques étaient importés de Chine. La moindre moindre pièce en panne des entreprises industrielles guinéennes entraînait parfois l'arrêt, pendant des mois, de toute une production;
  • Enfin, depuis leur création, les entreprises publiques guinéennes connaissaient en permanence des contraintes structurelles qui le maintenaient dans une sous-utilisation de leur capacité de
    production. A vrai dire, l'embrigadement politique de la population , depuis les tout petits, était d'une telle portée que l'activisme des agents du Pdg dans ces entreprises était prioritaire sur l'activité de production de biens et services utiles à la société.
 
VOICI DONC LA SITUATION DES ENTREPRISES TELLE QU'ELLE RESULTAIT D'UNE ENQUETE
EXHAUSTIVE REALISEE POUR LA FIN DE L'ANNEE 1983.
La situation des entreprises guinéennes était devenue si catastrophique et si pesante sur le budget de l'Etat puisque tous les employés étaient salariés de l'Etat que le Pouvoir de Sékou Touré avait décidé de réaliser une vaste enquête à des fins de rénovation des industries et services défaillants. Les résultats de cette enquête ont révélé une telle ampleur de ruines qu'on peut imaginer qu'ils n'auraient pas été publiés si l'Ancien régime n'avait pas été renversé en avril 1984. Ces résultats ont été consignée dans un rapport intéressant, publié en avril 1984 (voir “République de Guinée – Ministère de l'industrie : Rapport sur la situation du secteur industriel, avril 1984, renéot.). Voici brièvement résumé ce qui en ressort :
 
  • Mises à part quelques sociétés d'économie mixte comme la Soprociment, La Société arabe-lybio-guinéenne pour le développement industriel et agricole (Salguidia) ,la Société guinéenne de lubrifiants et d'emballages (Soguilube), la Société de produits explosifs et chimiques ( Sopec); seules vingt et une entreprises nationales (pour l'ensemble du pays) ont pu présenter un bilan de fin d'exercice en 1983; sur ces vingt et une entreprises, quinze étaient très déficitaires.
    Pour simplifier la lecture du rapport , j'ai fait un regroupement des entreprises en secteurs économiques. La plupart des entreprises ont été construites de 1962 à 1970 mais n'ont fonctionné que de façon chaotique depuis leurs créations jusqu'au début des années 1980, pour aboutir, dans bien des cas, à des arrêts de fonctionnement normal, sinon à l'arrêt total au cours de l'année 1983.
     
  • a). Dans les industries agro-alimentaires, les entreprises étaient les suivantes: Conserverie de Mamou, Huilerie de Dabola, L'huilerie de Kassa, Usine de thé de Macenta (Utm), Fruitaguinée (Bonagui), Usine de jus de fruit de Kankan (Ujkf), Société de brasserie guinéenne (Sobragui), Usine de boissons non alcoolisées (Bonagui), Société industielle de panification de Guinée (Sipag), Sucrerie de Koba (Sukoba), Complexe de Boissons de Foulaya-Kindia, Usine de réfrigération de Conakry,etc.Toutes en situation difficile .
  • b). Dans les industries chimiques , pharmaceutiques et de matières plastiques,les entreprises étaient les suivantes: l'Entreprise nationale des industries pharmaceutiques de Guinée (Eniphargui),la Société industrielle des peintures de Conakry (Sipeco), la Société guinéenne de rechapage de pneus (Soguirep), Les industries guinéennes d'articles de toilette (Igat), la Société guinéenne de lubrifiants et d'emballages (Soguilube), la Société guinéenne de plastiques, datant de 1951,(Soguiplast), l'Usine d'oxygène et d'acétylène (Uoa), la Société des produits explosifs et chimiques (Sopec), la Société de fabrication des bougies (Sofab).A part trois entreprises, l'Eniphargui, la Sipeco et l'Igat, la situation de toutes les autres unités de ce secteur était jugée catastrophique par le rapport précité.
  • c). Dans les industries du bois de l'ameublement deux entreprises publiques créées en 1964, dominaient ce secteur , il s'agissait de l'Usine de Scierie et contreplaqué de Nzérékoré (Uscz) et la Fabrique de meubles de Conakry (Usine de meubles de Sonfonia). La première n'était plus, en 1973,qu'à 26,4%de sa capacité initiale de son utilisation de contreplaqué et la seconde à 10,5% en 1971 de sa capacité de son utilisation de meubles.
  • d). Dans les industries de matériaux de construction, les entreprises notables créées de 1963 à 1965 étaient La Briqueterie et fabrique de carreaux de Kobaya-Conakry, l'Usine de carreaux et carrières de granit de Manéah, l'Usine céramique de Matoto (Ucm), et la Soprociment (Conakry), tant au niveau de la production qu'à celui de la capacité de production prévue, on n'a assisté qu'à un déclin sur toute la période des années 1970. à moins de 15% de leur ses capacités de production, et vers des arrêts d'usines.
     
  • e). Pour les industries textiles et de l'habillement, elles étaient concentrées pour l'essentiel dans le Complexe textile de Sanoya-Conakry (Cts), prévue pour une capacité de production de 22 millions de mètres de tissus par an au démarrage en 1966 avec 871 salariés. Partie avec une production de plus de 5 millions de mètres de tissus , l'Usine n'en produisait plus que 2,5 millions en 1973 avec une utilisation de capacité de 11,6%. On devine la situation à fin 1983.
  • f). Les industries de tabacs et d'allumettes- L'Entreprise nationale de tabacs et d'allumettes (Enta), implantée en 1964, au lieu dit Wassa-Wassa, avait été sans conteste une réussite industrielle de cette époque bien qu'on a déjà rappelé qu'elle était fortement dépendante de l'extérieur (Chine et Malawi). De l'enquête du Rapport, il ressortait qu'elle était une des rares entreprises à être sur la liste des rénovations des extensions prévues à partir de 198 alors que bien d'autres étaient sur la liste de suppressions d'entreprises.
     
  • g). Les industries mécaniques - La Société guinéenne de fabrication (Soguifab) de tôles et d'ustensiles de ménage et l'Usine de montage de camions, (société mixte au départ), devaient constituer les bases de départ des entreprises publiques d'industries mécaniques. La Soguifab, également société d'économie mixte (Etat guinéen-Firme américaine Harvey, jusqu'en 1976), a été une unité dynamique de 1972 à 1980, puis des défectuosités de fonctionnement sont apparues. Outre ces deux entreprises, il faut citer,la Construction métallique de Dixinn (Cmd), l'Usine d'outils agricoles de Mamou (Usoa).
    Mais en dehors de la Soguifab, ce secteur est apparu également comme sinistré en fin 1983.
 
Au survol de ce qui précède, il y a eu en Guinée, une tentative d'industrialiser le pays à partir du Plan triennal 1960-1963 . S'il y a eu la volonté au plan des intentions, le pouvoir politique est demeuré velléitaire et enfermé dans des slogans politiques, au plan de l'action de production économique. Le slogan répandu à cette époque était que “le révolutionnaire est apte à toutes les tâches que la Révolution lui confie” (quel que soit son niveau de formation). Des individus sans aucune connaissance précise , se sont trouvés responsables à des postes de production dont ils ne possédaient aucun élément de fonctionnement.Mais leur militantisme au PDG, leur permettait d'être à ces postes. Des Guinéens qui ont profité de ce régime du Parti-Etat de Guinée, par eux-mêmes ou par tiers interposés, se sont donc toujours répandus en propos laudateurs sur la “formidable industrialisation de la Guinée par Sékou Touré”. Et de maudire son successeur Lansana Conté avec tout le fiel dont ils sont dotés pour avoir détruit l'incomparable parc d'entreprises industrielles qu'il a trouvé après son coup d'Etat du 3 avril 1984. On vient de voir qu'il ne s'agissait, plus en 1983, que de vastes ruines industrielles et commerciales.
Ce qui paraît vrai dans le fatras des accusations adressées par la suite à Lansana Conté, est non seulement son empressement à avoir bradé des entreprises qui pouvaient être restaurées mais à l'avoir fait à des repreneurs qui n'avaient aucune idée de la marche d'une unité économique de production. La suite a été que la plupart des entreprises créées à cette époque ont disparu avec le temps.
 
Le secteur qui avait bien marché à cette époque était l'exploitation de la bauxite et l'industrie de l'alumine,notamment à Boké-Sangarédi (CBG), à Kindia (OBK), et à Fria (Friguia). Ces trois complexes exploités depuis leur fondation dans les années 1960-1970,par de grandes firmes internationales ont bien fonctionné et contribué par moment jusqu'à 20% du produit national brut (PNB) de la Guinée, pour commencer à décliner sous le régime de Lansana Conté. A part la CBG à Boké-Sangarédi, l'industrie minière n'existe, aujourd'hui, pour l'essentiel qu'au stade de contrats et conventions miniers. Je ne m'étendrai donc pas plus car cette chronique ne portait que sur la politique d'industrialisation de la première République (1958-1984).
 
Ansoumane Doré (  Dijon, France )

Le sous-préfet de Garambé (Labé) à Guineematin.com : «Nous n’avons jamais reçu l’appui des ressortissants…»

Dans un entretien qu’il nous a accordé, le sous-préfet de Garambé (préfecture de Labé), Mamadou Lamarana DIALLO, ancien Directeur de la maison régionale de la jeunesse, nous parle de la non implication des ressortissants dans la mise en œuvre des projets de développement de la collectivité, de la nécessité de mécaniser l’agriculture guinéenne et de ses relations avec le RPG-Arc-en-ciel. Interview !

Guineematin.com : En quoi se résument aujourd’hui vos activités en votre qualité de sous-préfet de Garambé ? 

Mamadou Lamarana DIALLO :  Mes activités portent sur le suivi et le contrôle des services déconcentrés de l’Etat dans leurs missions de prestation de services à la base. Dans cette mission, nous avons le service de l’agriculture qui encadre les paysans dans la production, l’épandage d’engrais, la production de la pomme de terre et la culture du riz. Les années passées, la sous-préfecture de Garambé avait commercialisé 20 tonnes de riz, donc c’est une zone favorable à l’agriculture.

Sur le plan de la santé, il a été signalé l’existence d’un foyer de fièvre Ebola à la limite de Garambé et Safatou II, dans la commune urbaine de Labé. Là, on s’est déplacé avec les services de santé pour prendre contact avec la Direction Régionale de la Santé de Labé. Des dispositions ont été prises. La population a été encadrée. La famille qui a reçu le corps a été suivie, encadrée et après les 21 jours, Dieu nous a donné la chance il n’y a pas eu de contaminations. Le foyer n’a donc pas connu de l’extension.

Sur le plan de l’élevage, le chef de service s’occupe présentement du recensement des bovins, des ovins et des caprins. Le charbon et la peste bovine sont les principales maladies rencontrées mais qu’il arrive toujours à contenir. Il procède à la sensibilisation pour la cohabitation pacifique entre les agriculteurs et les éleveurs en vue d’éviter les foyers de tension.

Sur le plan de l’éducation, nous avons enregistré des résultats positifs au cours de l’année scolaire écoulée.

Quelle est la nature de vos relations avec le conseil communal de Garambé ?

Nous avons des relations de collaboration avec le conseil communal de Garambé qui est placé sous notre tutelle rapprochée. D’abord, nous leur apportons des appuis conseils dans l’élaboration des plans annuels d’investissements, du plan de développement local et du diagnostic socio-économique. Dans ce cadre, nous avons monté le plan annuel d’investissement du district de Seghen qui a porté sur un pont. Cet ouvrage de franchissement a été construit. Nous avons monté aussi le plan annuel d’investissement de Bassanyah pour la construction d’une école primaire. C’est ce que nous sommes en train d’exécuter actuellement. L’appel d’offre a été lancé et la compétition aura lieu bientôt.

Vous avez la particularité d’avoir un maire analphabète…

Le maire étant coopérant, la tutelle n’a pas de difficultés avec lui. Il vient se référer pour tous les problèmes qui se posent. Nous réfléchissons ensemble. Nous apportons l’appui-conseil et nous agissons ensemble.

Il y a quand même des points sur lesquels vous ne conjuguer pas le même verbe…

Non ! Il n’y a pas eu de discussions entre la commune rurale et la sous-préfecture. La tutelle est respectée et toujours nous travaillons de concert.

Quelles sont aujourd’hui les faiblesses du conseil communal de Garambé ?

Les citoyens de la sous-préfecture sont à cheval entre la commune rurale et la commune urbaine de Labé distantes seulement de 10 kilomètres. La gestion de ces populations est donc un peu complexe, parce que le matin les citoyens quittent la sous-préfecture pour faire leurs commerces dans la commune urbaine de Labé. Ils rentrent le soir. La mobilisation est donc un peu difficile. Le conseil communal parfois fourni beaucoup d’efforts pour pouvoir contenir ses citoyens.

Cela veut-il dire que vous rencontrez des difficultés de mobilisation de ressources ?

C’est évident ! Les citoyens qui habitent Garambé et Labé ne s’acquittent pas toujours des taxes.

Dans ce contexte, comment appréciez-vous la décentralisation dans notre pays ?

C’est une action réussie au regard des résultats obtenus à la base. D’abord, je commence par louer les efforts du gouvernement. L’apport des engrais à ses paysans. La collectivité est une zone de production de pommes de terre par excellence. La jeunesse s’engage dans la production. Les citoyens sont en train de produire et faire une bonne récolte : 15 tonnes à l’hectare. Ce qui attire beaucoup de citoyens de Garambé dans la culture de la pomme de terre. Cette décentralisation qui a désenclavé aussi les villages de Hafia, Garambé Centre, Seghen et Diari facilite, par la construction du pont, la circulation des personnes, de leurs biens et des produits agricoles.

Quels sont les besoins prioritaires de développement à Garambé ?

Au niveau des districts, les jeunes s’organisent pour boucher les trous sur les pistes rurales. Les associations de jeunesse qui évoluent dans ce domaine demandent un appui pour l’aménagement de ces pistes rurales en vue de faciliter la circulation entre les villages.

La construction de ponts pour relier certains villages et un appui croissant des populations sur le plan de l’agriculture : l’apport des intrants et des désinfectants. Même la mécanisation de l’agriculture, parce que le développement de l’occident est parti de là. Il faut qu’on se passe de la houe pour venir à la mécanisation, augmenter les espaces cultivés en vue d’augmenter le rendement dans le but de pouvoir maximiser la production.

Quel est le niveau d’implication des ressortissants dans la mise en œuvre des projets de développement de Garambé ?

L’implication des ressortissants est très faible dans le développement de Garambé. Seules les associations des jeunes qui interviennent dans le développement. L’association des jeunes du centre a eu à aménager une salle au centre de santé pour l’accouchement. La même association a eu aussi à construire une salle de classe à l’école primaire franco-arabe.

Comment expliquez-vous la non implication des ressortissants dans les activités des autorités de Garambé ?

Le contact n’est pas très fréquent puisque ces ressortissants, même s’ils viennent, vont dans leurs districts. Ils interviennent parfois dans la construction de mosquées et autres mais pas dans les actions à vocation économique. Pour le moment, nous n’avons jamais reçu l’appui des ressortissants dans la mise en œuvre de nos plans de développement local.

Peut-on dire alors que le sous-préfet que vous êtes est bien intégré dans Garambé ?

Bien sûr ! Le sous-préfet est bien intégré, puisqu’il travaille avec les populations à la base. Les ressortissants résident ailleurs. Leur venue à Garambé dépend de leur volonté et de l’invitation de leurs parents. Par contre, le sous-préfet gère les populations en place.

Les autorités locales sont-elles conscientes de l’influence qu’ont ces ressortissants sur les populations résidentes ?

Oui ! Le maire en parle souvent. Il propose d’aller les rencontrer à Conakry et demander leur appui en vue de mettre un pont en place à Labédheppéré.

Comment ressentez-vous aujourd’hui le repli-identitaire en votre qualité de représentant du pouvoir central dans une collectivité fortement acquise à l’opposition ?

Je n’ai pas constaté de repli-communautaire dans la sous-préfecture de Garambé. Les citoyens vivent ensemble. Les partis cohabitent pacifiquement. Lorsqu’il y a un besoin de mobilisation et de contribution on ne constate pas l’aspect politique. Après les moments de campagne, chacun s’occupe du développement pour ce qui concerne les citoyens à la base. D’ailleurs, à l’heure là, on n’entend même pas parler politique. Chacun s’occupe de ses activités et cherche comment vivre.

Que faites-vous concrètement sur le terrain pour inverser cette courbe politique en faveur du régime qui vous a nommé sous-préfet ?

Moi, je gère la population. Mon ministre m’a dit de ne pas me mêler de la politique et chaque parti est représenté à Garambé. Il revient à la section de fournir de l’effort pour inverser la tendance. Je suis l’arbitre. Je suis ce qui se passe sur le terrain, selon les instructions données par mon département.

Il arrive quand même que le RPG-Arc-en-ciel sollicite votre expertise et votre appui-conseil à l’interne….

Sur ce plan, je me réserve de parler de politique.

NB : désolé de n'avoir pu me relire, (soucis de vue) SN bokoum pour

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Daouda Doumbia : Burkina-Faso : Blaise chassé, le MNLA s’inquiète

Qui aurait imaginé, même dans le rêve le plus fou, qu’après vingt- sept (27) ans de tyrannie, deux jours seulement auraient suffi pour chasser de la maison burkinabè le serpent le plus venimeux que l’Afrique n’ait jamais connu ?

«Celui qui sème le vent, récolte la tempête». Cette vieille vérité, le capitaine Blaise, alors président de la République du pays des Hommes intègres, l’a apprise à ses dépens. En effet, le 30 octobre 2014 sera désormais gravé en lettres d’or dans les annales de l’histoire du Burkina Faso. En ce sens que c’est ce jeudi 30 octobre 2014 que le peuple burkinabé s’est enfin éveillé et a décidé de débarrasser le pays et par la suite toute l’Afrique du «plus froid des monstres froids».

Burkina-Faso : Blaise chassé, le MNLA s’inquiète

Et pourtant, l’incroyable s’est réalisé en ce jour 30 octobre 2014 par les hommes intègres. Nous dirons tout simplement que mieux vaut tard que jamais.

Aussi, à travers cet acte historique, le peuple burkinabé, à l’image du peuple malien en 1991, vient de prouver encore une fois que c’est en lui seul, peuple, que réside le pouvoir. Par la même veine, il vient de lancer un signal fort à tous ces dictateurs rêvant d’une présidence à vie, qu’on ne saurait tripatouiller la Constitution que le peuple a souverainement votée et rester impuni.

Par ailleurs, si ce départ forcé du capitaine président ouvre la voie à de nouvelles perspectives pour le Burkina Faso en particulier, et toute l’Afrique en général, cependant, pour le MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Azawad), il suscitera certainement inquiétude et désespoir.

Inquiétude, en ce sens que ce mouvement séparatiste est conscient qu’avec ce départ inattendu, il vient de perdre du coup un appui essentiel. Car, il n’est un secret pour personne que c’était le Burkina Faso de Blaise Compaoré qui servait au MNLA de refuge à chaque fois que les choses tournaient mal pour lui.

Désespoir également dans la mesure où, ce départ forcé de Blaise intervient au moment où les négociations de paix entre lui et l’Etat malien, en cours en Algérie, sont rentrées dans la phase active. Il est clair que ces négociations, entre le MNLA et ses acolytes comptaient fort pour le capitaine président, alors médiateur dans cette crise à la demande de ses pairs de la CEDEAO et de l’Union africaine (UA) et surtout complice de la France, pour faire aboutir leurs doléances.

Maintenant que Blaise n’est plus aux commandes de son pays, alors, désormais face à cette crise dont Balise n’est pas totalement étranger, le MNLA et ses acolytes ont deux options : revoir leur ambition à la baisse et intégrer avec honnêteté le processus de négociations en cours à Alger en vue de parvenir à un consensus national, ou jouer au dur pour terminer comme leur «père spirituel».

La fin triste du capitaine président n’est que justice divine. Car Dieu n’a donné à personne la puissance de commander indéfiniment aux autres. On ne peut pas passer toute sa vie sur le dos des autres. Tôt ou tard, l’on sera un jour interpellé par le tribunal de l’Histoire et ce jour là, l’on récoltera ce qu’on aurait semé. Cela, le capitaine Blaise l’a amèrement appris ce jour 30 octobre 2014.

Il appartient maintenant au peuple burkinabé d’achever l’œuvre qu’il vient de commencer. Il ne doit pas se limiter au départ du capitaine président. Le nettoyage doit se poursuivre en profondeur et s’étendre à tous les secteurs d’activités du pays à commencer d’abord par la justice, l’armée, l’administration pour finir par la construction d’un citoyen nouveau digne du pays des Hommes intègres. Ce chantier est vaste et la tâche est sans conteste rude, mais dans l’union sacrée autour de l’essentiel, dans l’entente et la cohésion, elle pourra être accomplie.

Daouda DOUMBIA

Source: Inter De Bamako

André Silver Konan : 4 RAISONS DE SE MEFIER DU LIEUTENANT-COLONEL ISAAC ZIDA, NOUVEL HOMME FORT DU FASO

Je le dis fermement. Je me méfie du nouvel homme fort du Burkina Faso et marque mon accord avec l’opposition politique et l’Organisation de la société civile burkinabè, qui ont appelé à manifester ce matin, place de la Nation de Ouagadougou. Pour plusieurs raisons.

Un : le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida, 49 ans, qui s’est proclamé Chef de l’Etat, fait partie de ceux sur qui Blaise Compaoré comptait pour modifier la constitution, acte entêté, par lequel son propre malheur est arrivé. En effet, Zida était le commandant en second du Régiment de la sécurité présidentielle, une unité d’élite bien équipée et entraînée, située à la périphérie de la milice privée et de la garde prétorienne. Le nouvel homme fort du Faso est donc aussi responsable du pourrissement de la situation politique née de la volonté acharnée de son patron Blaise Compaoré, d’instaurer dans le pays, un pouvoir dévot et à vie.

Deux : jusqu’à ce qu’il rallie la cause des manifestants, Zida défendait le palais de Kosyam, siège du pouvoir au Burkina Faso, et dernier bastion de Blaise Compaoré, qui, du fait de la détermination des militaires du Régiment de la sécurité présidentielle, n’a jamais pu passer sous la coupe des révolutionnaires du 30 octobre. Cette capacité à retourner sa veste, de façon aussi spectaculaire que surprenante, est un indice de félonie. Et un militaire félon n’a jamais été un politique intègre.

Trois : le lieutenant-colonel Zida est ambitieux. Je m’explique. Pour qu’il arrive à braver le Général chef d’Etat-major Honoré Traoré, devenu recordman du monde pour le règne le plus bref (il s’est proclamé chef d’Etat le matin, et le soir, il ne l’était plus) et le contraindre par la suite à lui faire allégeance publiquement, il lui fallait non seulement un sacré cran, mais une forte dose d’ambition personnelle. Un militaire ambitieux n’a jamais été un bon serviteur de la démocratie.

Quatre et enfin : le lieutenant-colonel Zida, par ses premiers actes, nous montre comment il va diriger le pays. A savoir diviser pour régner (il s’est allié à une partie des leaders de la contestation anti-Compaoré) et mépriser royalement l’opposition politique qu’il n’a pas pris soin d’associer à sa prise de pouvoir.
En définitive, je suis d’accord avec les leaders de la fronde anti-Zida que ”la victoire issue de l’insurrection populaire appartient au peuple et par conséquent la gestion de la transition lui revient légitimement”. 
A mon avis, la communauté internationale (ONU, UA, CEDAO) et les leaders politiques et de la Société civile burkinabè, tout comme l’Etat-major de l’armée et les manifestants, doivent amener Zida, officier compétent du reste, ex-étudiant en anglais à l’université de Ouagadougou et qui a obtenu récemment un master en management international à l’université Jean Moulin de Lyon 3, à céder le pouvoir, dans le cadre d’une transition légale. Comme au Mali avec le capitaine Sanogo, ex-étudiant en... anglais. Force doit revenir à la normalité constitutionnelle au Faso.

Andre Silver Konan

Qui vivra verra !

André Silver Konan,
Journaliste-écrivain
Spécialiste du Burkina Faso

 

 

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