Alain Mabanckou : « La durée de vie d’une dictature dépend de l’ampleur de notre silence »

 

L’écrivain djiboutien Abdourahman A. Waberi.   
L’écrivain djiboutien Abdourahman A. Waberi.         Crédits : Editions Zulma    

Entretien croisé avec les écrivains Alain Mabanckou et Abdourahman Waberi. Le Franco-Congolais et le Djiboutien expliquent leur vision de l’intellectuel engagé.

Le 10 mai, l’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou publie une lettre ouverte à François Hollande l’alertant sur la situation au Congo-Brazzaville. Le professeur invité au Collège de France y dénonce les élections truquées, les arrestations arbitraires, les violences à l’encontre d’opposants exercées par le régime de Denis Sassou-Nguesso, au pouvoir depuis trente-deux ans. Et pointe le silence de la France.

Pour Le Monde Afrique, Alain Mabanckou discute avec l’écrivain djiboutien Abdourahman A. Waberi du rôle de l’intellectuel africain face à des régimes autoritaires.

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Dans votre lettre ouverte à François Hollande, vous qualifiez le Congo comme une « république bananière » dirigée par un « tyran ». Qu’est-ce qui vous a poussé à l’écrire ?

Alain Mabanckou La multitude de lettres que m’envoient de jeunes Congolais. Dans leurs missives transparaît un profond désespoir, comme si leur horizon était bouché à jamais. La lettre d’un Congolais de 19 ans m’a particulièrement ému :

« Vous ne pouvez pas rester dans votre confort, dans les applaudissements qu’on vous fait en Europe alors que nous autres, au Congo, nous sommes en train de mourir à cause du silence des gens. »

Le jeune homme soulignait le silence des intellectuels du Congo, qui est pourtant un terreau d’écrivains. On peut citer Emmanuel Dongala, Wilfried N’Sondé, Maxime N’Debeka et bien d’autres. Mais nous restions muets et sourds aux cris de la jeunesse. Ce n’était plus supportable. Ce jeune compatriote m’a décidé.

 

L’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou.   
L’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou.         Crédits : JOEL SAGET/AFP    

Abdourahman A. Waberi Cette lettre est puissante et a déclenché un débat, en France et au Congo, où elle a provoqué des réactions grotesques de la part du régime. Ce qui a fait bouger les lignes et affaibli un peu plus cette dictature et sa fiction du discours officiel.

Que ce soit à Djibouti, au Congo ou dans d’autres dictatures africaines, il s’agit pour l’intellectuel africain de contrecarrer les fictions de ces régimes. Lorsque des intellectuels interviennent pour parasiter leurs messages, démystifier leurs mensonges, les dictateurs paniquent. Le fait qu’Alain, moi-même et d’autres existions, sans leur devoir quoi que ce soit, est un problème pour eux.

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Littérature et combat politique vont-ils toujours de pair ?

A. A. W. C’est ça ou rien. A Djibouti, au Centre culturel français, seul endroit où je pouvais m’exprimer, le simple fait de ne pas remercier [le président] Ismaïl Omar Guelleh avant de parler était un crime de lèse-majesté. Il faudrait, au XXIe siècle, faire allégeance et remercier le président de vivre, de manger, de parler, de penser. Ces dictateurs africains veulent éradiquer toute pensée libre.

« On est un peu des snipers de dictateurs » Abdourahman Waberi
« Plus on est silencieux, mieux la dictature se porte » Alain Mabanckou

Nous avons essayé de rester silencieux, de nous tenir loin de la politique qui est chronophage, et franchement pas très intéressante. Mais nous sommes interpellés par les jeunes restés au pays. Donc on fait ce qu’on peut. On est un peu des snipers de dictateurs.

A. M. En tant qu’écrivain, notre rôle, c’est de faire en sorte que les questions essentielles ne soient pas diluées pour permettre aux autocrates de prospérer. Car la durée de vie d’une dictature dépend de l’ampleur de notre silence. Plus on est silencieux, mieux la dictature se porte. Dès qu’on parle, qu’on décrit la situation, le dictateur se redresse, contre-attaque, car il ne comprend pas que la parole puisse être plus puissante que ses armes. D’où cette lettre à François Hollande.

Pourquoi s’être tourné vers l’ancienne puissance coloniale ?

A. M. A quoi bon écrire à Denis Sassou-Nguesso ? Il ne lirait pas. Il ne comprendrait pas. J’ai écrit une lettre au président d’un pays démocratique. C’est comme au billard : pour atteindre une boule, il faut parfois tirer à côté et jouer avec les bandes. Et puis, cette dictature qui me traite de « nègre de salon » ne dépend que de la France, premier partenaire économique et politique du Congo. Les derniers dictateurs d’Afrique vivent souvent de la nourriture de l’ancienne puissance coloniale.

A. A. W. Guelleh et Sassou appartiennent à un ancien monde. Celui de ces derniers pays africains soumis à la puissance politique et économique d’une France qui a changé. Les réseaux de la Françafrique ont nourri leur semblant de puissance. Or la Françafrique appartient aussi à l’ancien monde. Ces dictateurs anachroniques ne perçoivent pas les changements. Pour les atteindre, il semble inévitable de parler à leur maître.

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A. M. Pour régler les problèmes du Congo, il faut discuter avec la France et avec le Congo. Avec les mamelles et le bébé en train de téter. Parler seulement avec le bébé n’apporte pas de solution. Et ce bébé est agacé de voir qu’un intellectuel a aussi accès à sa mamelle. Je vais d’ailleurs rencontrer le président François Hollande début juin.

Vous enseignez tous deux la littérature africaine dans des universités américaines. En quoi cet éloignement a-t-il nourri votre réflexion d’écrivain de langue française ?

A. A. W. Cela permet de prendre de la hauteur. Aux Etats-Unis, le rapport à l’Afrique est plus neutre. Il n’y a pas cette culpabilité coloniale ou ses réseaux comme en France. Penser l’Afrique de Washington permet aussi de réfléchir à la France et de se confronter à des postures exigeantes de la Maison Blanche, de la Banque mondiale, d’ONG… Cela donne plus de force, car on comprend plusieurs langages, plusieurs visions.

A. M. Ce sont les Etats-Unis qui ont fait qu’on puisse voir Waberi et Mabanckou. Inviter l’enseignement de la littérature africaine au Collège de France [Alain Mabanckou y dirige le cycle « Lettres noires : des ténèbres à la lumière » du 29 mars au 31 mai] a montré aux Français qu’ils ne peuvent pas saisir la littérature française s’ils ne comprennent pas ce que les Africains disent de l’Europe. Et cela se trouve dans le roman africain. La littérature négro-africaine, absente des programmes scolaires en France, ce n’est pas seulement Senghor et Césaire. Quid du sénégalais Boubacar Boris Diop, de l’Ivoirien Ahmadou Kourouma, du Guinéen Tierno Monénembo, de Fiston Mwanza Mujila du Congo-Kinshasa, du Mauritanien Mbarek Beyrouk ?

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Le dynamisme de la littérature africaine n’a pas vraiment d’écho en France. Or il y est parfois fait grand procès à l’Occident. Et c’est bien dommage que l’accusé tourne le dos. Car le jour où il sera de face, ce sera trop tard, il sera condamné !

Vos œuvres sont interdites dans vos pays. Pourtant, vous y êtes lus. Quels liens entretenez-vous avec vos lecteurs congolais et djiboutiens ?

A. A. W. Tout livre intéressant est très difficile à se procurer à Brazzaville ou à Djibouti.

A. M. On y trouve facilement les bouquins de Marc Levy, Guillaume Musso et Denis Sassou-Nguesso.

A. A. W. Que des textes subtils ! Dès qu’il y a un zeste de métaphore, d’allégorie et de pensée, le livre est interdit et devient un objet clandestin. Il circule sous le manteau ou se raconte oralement.

A. M. Ah ça oui, quand le gars dit qu’il a lu le livre et qu’il le raconte autour de lui, c’est magique ! Parfois, il ne l’a pas lu et improvise. Mais c’est beau.

A. A. W. Le livre devient vivant. Paradoxalement, si la dictature fait tout pour interdire les productions d’intellectuels africains, nous n’avons jamais été aussi médiatisés qu’aujourd’hui en France ou aux Etats-Unis. Lorsque [l’auteure nigériane] Chimamanda Ngozi Adichie donne une conférence dans une université prestigieuse, elle a droit à tous les égards.

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A. M. Lorsque je vivais au Congo, la lecture se méritait. Nous allions parfois dormir au Centre culturel français où l’on trouve notamment les livres de Waberi et les miens. Et ces livres circulent, les gens les emportent, les photocopient. Faute de lucidité, la dictature fabrique elle-même le prototype de l’homme qui peut la faire trembler. Car les écrivains engagés et leurs lecteurs la feront trembler un jour !

Quel effet cela fait-il d’écrire des récits qui se déroulent souvent dans vos pays, où vous êtes désormais interdits de séjour et menacés ?

A. A. W. Cela fait sept ans que je n’ai pas foulé le sol de Djibouti. La dernière fois, c’était sur invitation de l’Unesco. Comme au Congo, le pouvoir intimide, menace les écrivains libres. Mes proches restés au pays en font les frais. Le pouvoir a même initié une réunion pour que mon clan se dédise de moi. S’il m’arrive un pépin, mon clan, étant prévenu, ne réagira pas. J’ai dit à mon clan qu’il ne s’inquiète pas. Et je ne me considère pas comme membre d’un clan.

« C’est une vieille tradition de l’écrivain africain que de venir en appui des forces progressistes » Abdourahman Waberi

A. M. Comme Abdourahman, il y a une sorte de fatwa contre moi. Il paraît que je suis visé par une instruction pour « divulgation de fausses nouvelles et outrage à magistrat ». Le point positif, c’est que la justice travaille au Congo. J’attends de voir les poursuites contre Denis Christel Sassou-Nguesso, le fils du président, dont le nom figure dans les « Panama papers ». Mais aussi les autres affaires comme les « disparus du Beach », les détournements des revenus pétroliers par la famille du président, les « biens mal acquis »…

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J’ai évoqué des périodes douloureuses du Congo comme la guerre civile des années 1990 dans Les Petit-Fils nègres de Vercingétorix (éd. Points, 2006). Il y a des critiques sociales dans nos livres, mais les dictateurs ne comprennent pas les paraboles. Donc on doit parfois leur faire des croquis niveau école élémentaire, comme cette lettre ouverte, qu’ils ont pu comprendre.

A. A. W. Les petites mains des dictatures chargées de lire nos livres se contentent de chercher les passages faisant allusion à la politique, à leur régime… Souvent, ils ne comprennent pas qu’un animal puisse être une incarnation de leur maître.

Je me souviens avoir croisé par hasard un premier ministre de Djibouti dans un aéroport : « J’ai aimé ton livre », me dit-il. Je lui demande à quel livre il fait allusion. Et il me répond : « Celui où tu parles d’Amérique et d’Afrique. » Comme ce livre, Aux Etats-Unis d’Afrique (éd. J.-C Lattès, 2005), ne parlait pas de Djibouti, il l’avait apprécié !

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A. M. Ma lettre semble avoir donné de l’urticaire au ministre de la communication du Congo qui s’agite, me dénie la nationalité congolaise, m’accuse de ne pas payer mes impôts au Congo… Un monsieur triste et ignorant. Que cela lui plaise ou pas, je suis congolais. Et je suis le Congolais qui a fait connaître au monde entier la ville de Pointe-Noire, les tréfonds de ses quartiers et son histoire.

Cette « politique d’inimitié », comme le dirait Achille Mbembe, ne peut pas prospérer. Il va falloir parler à ces gens-là dépourvus de culture et de la base intellectuelle nécessaire pour débuter le dialogue. Mais comment discuter avec un régime dont le nouveau ministre de la culture [Léonidas Mottom, nommé le 30 avril] défraie déjà la chronique pornographique avec des images de ses ébats circulant sur le web ? C’est répugnant, humiliant pour le Congo. Mais ce « ministre du Kama-Sutra » n’a pas été limogé, tant le Congo de Denis Sassou-Nguesso a toujours méprisé la culture. Or c’est par la culture que ces Etats peuvent se sauver, enrayer les divisions ethniques, et inspirer la jeunesse.

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Comment conciliez-vous écriture et engagement politique ?

A. A. W. C’est une vieille tradition de l’écrivain africain qui de venir en appui des forces progressistes. Le nigérian Wole Soyinka [prix Nobel de littérature en 1986] a passé vingt-deux mois en prison [entre 1967 et 1969] pour un appel au cessez-le-feu qui fut interprété par le pouvoir comme un soutien au mouvement rebelle du Biafra. L’écrivain kényan Ngugi wa Thiong’o a été emprisonné un an [en 1977] car il voulait faire du théâtre populaire en langue kikuyu, ce qui fut interprété comme une tentative de révolte paysanne… Quand la situation est bloquée, il faut alors un outsider, un esprit libre et indépendant.

« La jeunesse peut trouver dans la parole de l’écrivain une clé pour ouvrir la cage dans laquelle les dictatures enferment les gens » Alain Mabanckou

A. M. L’écrivain africain engagé ne peut pas être un simple spectateur qui regarde la tauromachie et prend le temps de peindre la couleur du sang car c’est excitant et que ça plaît au public. Ces dictatures nous considèrent toujours comme des amuseurs publics qui font des belles phrases. Mais ils ne mesurent pas que la parole de l’écrivain peut croiser les angoisses de la population. Et que la jeunesse peut trouver dans cette parole une clé pour ouvrir la cage dans laquelle les dictatures enferment les gens.

Ce n’est pas une simple posture. C’est une situation d’urgence. On ne voit pas comment s’en sortir sans dire à ces dictateurs ce qu’ils sont, ce qu’ils font et ce qu’ils font subir à leur peuple. L’art n’a de liberté que si le territoire où il s’exerce ou d’où il provient respire la liberté. Or il n’y a pas de liberté à Djibouti, au Congo et dans d’autres pays d’Afrique. Donc s’indigner est une sorte d’allégorie. On ne le fait pas que pour ces deux pays. L’Afrique cherche à aller vers la modernité mais traîne encore des dinosaures usant d’armes, de violence, de treillis militaires pour se maintenir au pouvoir.

Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?

A. A. W. La chance de la littérature africaine, c’est qu’elle est familiale. On peut s’asseoir sur les genoux de nos géants. J’ai rencontré Léopold Sédar Senghor lorsque j’étais étudiant, mais aussi Aimé Césaire et Bernard Dadié.

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Alain a grandi en lisant des grandes plumes congolaises comme Sony Labou Tansi, Tchicaya U Tam’si et d’autres. Moi, je suis pétri des mots de l’écrivain somalien Nuruddin Farah, de l’Ethiopien Heruy Wolde Selassie, mais aussi de Senghor ou Cheikh Anta Diop. C’est notre nourriture intellectuelle.

« Nous nous revendiquons de ces intellectuels africains qui ont osé intervenir et peser sur les débats de société » Alain Mabanckou

Frantz Fanon nous a enseigné qu’il fallait faire au moins aussi bien que le colonisateur et se battre. L’écrivain africain est cofondateur de ce continent et a une tâche intellectuellement « himalayesque ». D’autres ont fini par abdiquer et mettre leur plume au service d’un dictateur, comme le Camerounais Ferdinand Oyono.

A. M. Nous sommes tous deux le produit d’une tradition littéraire de la contestation. Nous sommes les fils ou petits-fils de l’écrivain malien Yambo Ouologuem, du Camerounais Mongo Béti… Nous nous revendiquons de ces intellectuels africains qui ont osé intervenir et peser sur les débats de société. Nous sommes le résultat de ces géants de la littérature africaine qui est née avec la contestation de l’image de l’Africain dans la littérature coloniale. Désormais, ce n’est plus l’image caricaturale de la littérature coloniale que nous contestons. C’est l’image de l’Afrique que renvoient nos dictateurs que nous voudrions effacer. Pour mettre en avant une Afrique libre et éclairée.

Gandhi : une sitographie choisie de la Guinée

Je souhaitais faire un bilan rapide et succinct de quelques papiers parus sur les sites guinéens ces 2 derniers mois.

Pas de modification de la Constitution

Lors de sa rencontre avec Mohamed Ibn Chambas, envoyé spécial du Secrétaire Général des Nations-Unies en Afrique de l'Ouest, Alpha Condé s'était exprimé le 1er Avril dernier sur une question qui suscite le débat en Afrique, à savoir une éventuelle réforme constitutionnelle pour un troisième mandat. Alpha Condé a été clair en affirmant qu'il « ne modifiera jamais la constitution, car ce serait trahir ce pourquoi je me suis toujours battu… En Guinée, il n'y aura pas un troisième mandat ».

Si on oublie le fait que nous étions un 1er Avril, il faut savoir que Denis Sassou Nguesso par exemple, n'a pas modifié la constitution congolaise, mais a fait voter un référendum (plus exactement un plébiscite) pour mettre en place une nouvelle constitution. Dès lors il entame le… premier mandat de la nouvelle république. Je pense n'avoir pas besoin de traduire les déclarations d'Alpha Condé, à défaut de ses intentions.

Des policiers incompétents

« Sur 10 policiers, 7 ne sont pas bien formés ou ne sont pas formés du tout… », avait affirmé Abdoul Kabélè Camara, Ministre de la sécurité, le 1er Avril dernier, et ce n'était pas un poisson d'Avril. Et d'ajouter plus loin que : « certains policiers chargés de la sécurité routière n'étaient pas détenteurs d'un permis de conduire, donc, ignorent le code de la route. Comment ce policier peut sécuriser la circulation s'il ne connaît pas les infractions en matière de circulation routière », s'était-il interrogé.

Pourquoi ce ministre a t-il mis 5 ans pour découvrir ces tares ?

Détournement à Mamou

Inutile de perdre de temps à répondre aux analphabètes qui confondent le détournement individuel du maire pour ses besoins personnels et le détournement de fonds d'un militant au profit exclusif d'un parti politique. En quoi l'UFDG est-elle concernée par le détournement de fonds du maire ? Il faudrait donc rappeler à ces ahuris, que la responsabilité pénale est personnelle en Guinée, et que les détournements du maire de Mamou n'engage que lui et nullement l'UFDG.

Il y avait également deux autres personnes qui sont impliquées, des fonctionnaires de l'État. Doit-on accuser Alpha Condé ou le RPG au titre du parti-État ?

La compétence de nos ministres technocrates

« Ils sont compétents » disait-on, « ils vont casser la baraque… ».

On vient d'apprendre que 3 ministres et non des moindres (Maladho Kaba, Mamakanny Diallo et Mohamed Lamine Doumbouya), ont besoin d'un complément de formation en techniques de négociation et programmation financière. Ça n'est pas un problème en soi - on apprend tous les jours -, le problème c'est de nous avoir tympanisé en affirmant que nous allions voir ce que nous allions voir !!!

En outre, ils sont formés par ceux-là même avec ils devront discuter (Banque mondiale, FMI). Quand ces derniers leur diront éventuellement et subtilement de faire ceci ou cela, qui va contester ? Certes on souhaite tous que l'élève dépasse le maître, mais comment imaginer que ces novices, qui vont recevoir des cours de formation, l'utilisent intelligemment pour appliquer cet enseignement dans le but de défendre les intérêts guinéens, y compris contre le FMI ? On se rappelle par exemple que le Malawi est allé à l'encontre des principes de la Banque mondiale en matière agricole ; or aujourd'hui il est auto-suffisant et exporte ses excédents chez ses voisins. Voulons-nous continuer à importer des denrées alimentaires, comme si nous n'étions pas capables d'en produire ?

En matière de gestion prévisionnelle de l'emploi, on peut mieux faire, car cela signifie également qu'il va falloir attendre que nos ministres terminent leur formation, pour espérer commencer à en voir les résultats. Je les connais à l'avance. Quelles que soient les compétences, s'il n'y a pas d'argent dans les caisses, aucune politique n'est possible. Et ce n'est pas en taxant la population qu'on les renflouera, mais ça tout le monde le sait, sauf ceux qui sont de perpétuels mendiants et qui vivent d'aumône.

Réforme de l'administration

Une équipe d'experts marocains a présenté le 13 Mai au Ministre Sékou Kourouma un pré-rapport sur le projet de réforme de l'administration guinéenne, engagé depuis plus de 5 ans. Celui-ci indique que l'administration manque de stratégies et de méthodologie pour réformer. Les autres facteurs de blocage sont divers, mais outre l'insuffisance des ressources budgétaires, il existe un déficit de ressources humaines tant en quantité qu'en qualité. Ah bon !!!

La Guinée devant ou derrière ?

Selon un site pro gouvernemental, il faut se réjouir que la Guinée truste également les premières places de certains classements. Ainsi l'endettement de la Guinée aurait baissé de 44% entre 2010 et 2016, passant de 3 milliards de $ à 2 milliards. C'est une façon de voir les choses. Moi je la vois autrement, et je ferais partir l'année de référence à 2013 (obtention de l'IPPTE fin Septembre 2012 avec une réduction de dette d'environ 2 milliards de $). Ainsi la Guinée d'Alpha Condé n'avait qu'un milliard de $ de dettes (comme en 1984), mais cette dette est remontée aujourd'hui à 2 milliards, soit 100% d'augmentation. On est donc loin d'une diminution de 44%. En outre, dans ce milliard de $ de dettes supplémentaires, officiellement seuls 150 millions de $ ont été affectés à un projet productif (Kaleta). Où est passé le reste ???

Gandhi, citoyen guinéen

« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace » (Robespierre, Discours sur la liberté de la presse, Mai 1791).

Alpha Ousmane Barry : La Guinée malade de l’opposition laminée par le pouvoir d’Alpha Condé

Guinée Conakry, 06/05/2016. Nouvelle République de Guinée. Plusieurs mois se sont déjà écoulés depuis que mon aîné, Thierno Monenembo, a dénoncé vigoureusement la faiblesse de l’opposition en Guinée. Pour proposer tardivement peut-être, mais jamais trop tard, une observation allant dans le même sens, je voudrais vous soumettre ici les résultats d’un exercice fastidieux et solitaire qui consiste à construire une catégorisation des membres de cette opposition guinéenne. En effet, ce qui capte l’attention d’un regard extérieur sur le mode de vie et les habitudes au sein de notre société est le pragmatisme des Guinéens. Or appréhender ce pragmatisme revient à admettre que, dans une large mesure, être opposant consiste à intégrer un petit groupe de pression dont on peut déserter les rangs dès que le pouvoir propose un poste de responsabilité prometteur. On distingue ainsi : des opposants collabos, comprenant des anciens ministres déchus par exemple, des opposants dominés par la couardise, des députés-prix-de-sauce, des opposants fratricides, que sais-je? Toutefois ces dénominations rébarbatives méritent d’être mieux explicitées pour être comprises de tous.

  • Les opposants collabos – comme Mamadou Bah Badiko, Sidiya Touré, par exemple - sont tous ceux qui, ne disposant plus d’un espace politique, décident de retourner leur veste pour rallier le pouvoir contre lequel ils ont pourtant déversé à gorge déployée les axiologies les plus inimaginables. Ces opposants-là signent leur mort politique, précédant ainsi celle naturelle en cours.
  • Les opposants anciens ministres de leur état, ont eux aussi retourné la veste après leur éviction du pouvoir. Revanchards, ils ne sont opposants que pour la forme. On pourrait les appeler les opposants poids-plume parce qu’ils ne pèsent pas lourd. Ils sont de ceux qui grossissent les rangs de l’opposition, mais qui n’y apportent pas grand-chose. Dans ce groupe, on peut ranger Papa Koly Kourouma, Jean-Marc Telliano, etc. Dans le sens inverse on peut les comparer aux chefs de partis sans militants – tel que Kassory Fofana - des groupes de pression - qui rejoignent le pouvoir pour faire écran. On se souvient qu’aux présidentielles de 2010, notre Professeur national bien aimé, alors candidat, en a fait une stratégie « trompe-l’œil » pour montrer à la face du monde qu’il fédère la majeure partie des forces politiques en Guinée.
  • Les opposants politiques fratricides sont ceux qui ont décidé de ne pas s’entendre et donc de s’affronter en vue d’assurer la consécration politique de leur adversaire. Il s’agit dans ce cas de l’auto-neutralisation en cours avec ses feuilletons entre deux frères d’armes : Cellou Dalen Diallo et Bah Oury. Cette histoire est digne d’intérêt et riche en enseignements pour son apport dans la « redynamisation de la démocratie » en Guinée puisqu’elle a le mérite de renforcer considérablement l’opposition. Des ruines de ce combat épique naîtra, j’en suis sûr, un Parti bien soudé et très puissant, capable de gagner toutes les élections en Guinée. Dorénavant deux groupes bien constitués s’affrontent ; manches retroussés dans chaque camp, on se livre à toutes sortes de calomnies mensongères, relayées par des sites internet qui apportent leur soutien à l’un ou à l’autre protagoniste du duel d’honneur. Avant le feuilleton en cours on se souviendra qu’un conflit a opposé Cellou et Saliou Bella, puis Bah Ousmane. Chacun d’eux a donc croisé le fer avec les responsables de l’UFDG avant de rejoindre l’équipe au pouvoir.
  • Les opposants dépités par la politique, on peut citer en exemple Lansana Kouyaté dont on a siphonné l’électorat au nom du vote utile pour le compte de la communauté mandingue rassemblée derrière le guide suprême du RPG. Victime d’un trafic d’influence au cours des dernières présidentielles, tout se passe comme si Monsieur Kouyaté se demandait depuis cette date à quel saint se vouer et quoi faire maintenant.
  • Les opposants représentants de partis délabrés, parce que délaissés par les militants. Dans cette catégorie figurent en bonne place certains responsables du PUP qui tiennent encore l’étendard, comme en temps de guerre, lorsqu’une armée est en déroute. Hier ils exerçaient le pouvoir, géraient les finances publiques qu’ils distribuaient à profusion. Aujourd’hui ils ne détiennent plus le pouvoir et n’attirent, de ce fait, plus personne.
  • Les opposants silencieux et suivistes, dépassés par les événements, ils font un suivisme béat, à la botte des autres parce qu’ils forment les petits partis sans électorat majeur. On peut les comparer à des filles de joie, compagnes des plus offrant. Versatiles, ils peuvent rejoindre la mouvance présidentielle ou l’opposition selon les circonstances et l’humeur de l’actualité politique.
  • Les députés-prix-de-sauce de l’opposition, ceux-là ne se sont fait élire que pour consolider leurs revenus et non pas pour défendre les citoyens dont ils sont pourtant les représentants légitimes. La voiture de fonction et le salaire sont attractifs et tant pis pour le reste. Dans la terminologie de Pierre Bourdieu (1982), cela s’appelle « la délégation et le fétichisme politique ».
  • Il y a enfin les opposants «perroquets » pour ne pas dire gueulards. On peut citer dans cette catégorie : Docteur Faya Milimono et les deux troublions de l’UFDG (Ousmane Gaoual Diallo et Fodé Oussou). Ils occupent la scène politique guinéenne, parlent de tout et de tort à travers. C’est pourquoi il ne serait pas exagéré de considérer que leurs prises de positions publiques sont parfois fracassantes. On peut citer dans le même sillage un certain Docteur Makanéra. Le problème qui se à Faya Milimono est comment va-t-il fédérer la Forêt ? Cette question est assez délicate dans un pays où les questions politiques se discutent encore au sein des tribus. Or Dieu seul sait qu’il y en a une multitude dans la forêt guinéenne.
  • Comme vous pouvez le constater, cette catégorisation que je viens d’esquisser est certainement non exhaustive, mais elle a le mérite de donner une vue d’ensemble sur la composition des cavaliers de notre jeune démocratie : ceux qui nous représentent, qui nous protègent du pouvoir et sur qui on peut absolument compter pour leur dévouement à défendre notre cause. C’est cette opposition-là qui s’est organisée aussitôt après les présidentielles de 2010. Elle a juré par tous les Saints et au nom de tous les Dieux qu’elle remporterait les législatives que Alpha Condé devait organiser dans la foulée de son accession au pouvoir suprême. Mais en grand démocratique, respectant les institutions guinéennes et les citoyens qu’il aime beaucoup, le nouveau président ne les a organisées finalement qu’à la moitié de son mandat ; rien de plus original d’ailleurs en matière de démocratie guinéenne ! C’est la preuve, on ne peut plus clairement, que notre Professeur national en Sciences politiques a su d’une manière géniale se mettre efficacement au service de sa patrie bien aimée l’expérience accumulée en France pendant plusieurs décennies.

Elu pour préparer le deuxième mandat du président Alpha Condé, le parlement guinéen sera sans doute renouvelé à la moitié de son deuxième mandat en vue de projeter un troisième. Rien de plus logique d’ailleurs, parce qu’il suffit de faire le bilan de la situation politique guinéenne aujourd’hui, pour s’apercevoir qu’aucune opposition structurée et digne de ce nom ne se dresse contre le pouvoir qui a la main totalement libre pour faire ce que bon lui semble. En Basse Guinée et en Haute Guinée, par exemple, des opposants s’y trouvent, mais il n’y a pas d’opposition. En Forêt, constituer une opposition autour de Dadis ou pour défendre Dadis ne tient pas debout. Enfin, en Moyenne Guinée, tous les acteurs politiques ont décidé de s’opposer entre eux, au lieu de s’organiser pour faire face au pouvoir qui les lamine.

A mon avis, plusieurs attitudes de nos opposants méritent qu’on s’y attarde un peu.

  • Tout d’abord, on pourrait les accuser « fortuitement d’ailleurs » de se préoccuper plus de leur situation financière et des avantages que leur confère le statut enviable de député à l’Assemblée Nationale que de l’amélioration du climat sociopolitique en Guinée.
  • Ensuite, après deux ans et demi de manifestations publiques réprimées dans la violence, ils ont enjambé les tombeaux de leurs militants morts, fermé les yeux sur les blessés et les dégâts matériels (boutiques, voitures pillées et incendiées) pour siéger tout tranquillement sans se soucier des sacrifices consentis par les victimes.
  • Enfin, ils ne sont jamais arrivés à faire plier le gouvernement, ni à gagner les élections, mais ils ont accepté religieusement les quelques sièges qu’on leur a attribué à l’Assemblée Nationale. Pour tout cela, ils méritent qu’on leur adresse quotidiennement de vives félicitations de la part de tous les citoyens guinéens très satisfaits de leur dynamisme et de leur performance.

L’expérience a montré qu’en Afrique le pouvoir n’organise jamais des élections pour les perdre, mais pour gagner. Si telle est la règle, il me semble que la meilleure stratégie pour une opposition bien organisée comme se veut la nôtre d’ailleurs, en vue de peser sur les résultats d’un scrutin, consiste non pas à préparer les élections, mais l’après-élection. En prévenant les candidats à la députation-prix-de-sauce qu’en cas de défaite massive aux élections, personne ne siègerait à l’Assemblée nationale et que sur la base de cette entente commune acceptée de tous, tout le monde résiste collectivement devant la tentation de céder pour les avantages que confère le statut de député, ce serait un grand point marqué. Le second consisterait à résister aussi face à la pression du pouvoir en place et des institutions internationales. Ces deux paris gagnés, les députés de la majorité ne pourraient pas siéger seuls à l’Assemblée Nationale. Ce qui aurait pour conséquence de contraindre le pouvoir à négocier. Voilà la voie royale pour une opposition digne de ce nom. Mais il faut qu’elle soit unie et motivée pour y arriver. Or la nôtre n’est malheureusement rien d’autre qu’une opposition-gagne-pain et au service des intérêts individuels de ses membres. Ce canevas servira-t-il de guide à l’opposition guinéenne pour préparer les communales et municipales que Alpha Condé a déjà gagné par avance ?

Alpha Ousmane Barry, Professeur des Universités (France)

Spécialisé en Analyse du discours et Communication politique

Fondateur du Réseau Discours d’Afrique

Gandhi : "Mamady Youla, un autre bonimenteur"

Une déclaration connue… simplement actualisée

La déclaration de politique générale du nouveau Premier Ministre (PM) Mamady Youla le 4 Mai dernier et qui comprend plus d'une trentaine de pages, fut un tissu de lieux communs, de poncifs, et malheureusement de boniments. L'hagiographie consacrée au bilan d'Alpha Condé décrit un monde imaginaire, que je ne préfère même pas commenter, chacun étant désormais lucide sur ce qui a été fait réellement.

Au lieu d'évoquer ces forfanteries, allons à l'essentiel, sans se préoccuper des questions de méthode qui constitueraient le remède absolu, mais sans effets sur des incapables, tant les discours passés nous ont vaccinés. Aujourd'hui seuls les résultats comptent.

D'ailleurs ceux qui sont présentés comme des « technocrates d'une nouvelle génération », parce que, comme le dit le PM, ils sont issus essentiellement des secteurs privés et publics internationaux, ne constitue pas – contrairement à ce qu'il dit - un gage de bonne gouvernance renforcée et d'accélération de la transformation économique et sociale de notre pays.

Oui leur compétence supposée – ce qui ne préjuge nullement de leur honnêteté – peut permettre de faire bouger les choses, mais ceux qui ont travaillé dans des organismes internationaux ne connaissent pas le monde de l'entreprise. Quant à ceux qui ont travaillé dans le privé, il faut relativiser cette storytelling. Mamady Youla par exemple, est présenté comme le DG d'une multinationale, alors qu'il était au départ le représentant de l'État (du fait d'une formation économique) dans le projet Guinea Alumina Corporation. A t-il géré directement et seul une fois le projet établi ? On voit la différence entre un entrepreneur qui engage ses fonds, et celui qui est payé – quoiqu'il arrive, y compris si le projet n'aboutit pas – pour amener un projet à bien. Enelgui, Guinomar et le PAC par exemple où il est passé, ne sont pas synonymes d'entreprises hyper performantes.

Je ne veux pas minimiser les compétences de Youla (même si pour un économiste supposé...), mais je veux remettre les choses en place, car on s'emballe un peu vite en Guinée pour des profils ou des CV, alors que d'une part, lorsqu'on connaît le mode de désignation des représentants dans certains organismes, on devrait rester mesuré, et d'autre part, certains adjoints ne seront que des adjoints parce qu'ils n'ont pas la capacité de diriger seuls.

Il a fallu attendre 100 jours pour se voir infliger un programme dont on connaissait le contenu. Ce n'est pas un bon signe, et je n'y vois qu'une simple opération de communication.

Un simple catalogue de mesures

Mamady Youla a fait l'inventaire complet – secteur par secteur - d'un catalogue montrant l'omnipotence de l'État, qui intervient partout. C'est une habitude, on a même vu encore récemment le PRG interdire l'utilisation de certains klaxons par décret présidentiel !!!

Mais ce catalogue de vœux pieux ne trompe personne, car tout est mélangé : le concret et le rêve, le sérieux et l'anecdotique, les considérations générales et les promesses clientélistes. Les contradictions sont partout, parfois au sein d'une même proposition (j'y reviendrai pour la politique agricole par exemple). Au contraire du PRG qui indexe cyniquement les ex-PM pour dénoncer tout ce qui n'a pas fonctionné en Guinée, Mamady Youla accuse ébola d'avoir gâché l'essor du pays. Il est tellement plus facile et lâche de dire à un jeune chômeur, qu'ébola est responsable de sa situation.

Le discours du PM a été écrit sans être actualisé, car Mamady Youla aurait du prendre soin d'éviter de prétendre que « après 2 années de morosité économique, les perspectives à moyen terme sont bonnes avec une croissance qui devrait être soutenue sur le moyen terme (2017-21) grâce au retour attendu des investisseurs, y compris dans le secteur minier », le jour même où Rio Tinto annonçait le licenciement de 800 salariés et la réduction de certains coûts.

Au final le contenu de sa politique générale manque de vision claire, sans aucun projet mobilisateur et d'un chronogramme d'exécution bien établi, pour l'accomplissement sectoriel des objectifs énumérés. Aucune mesure n'est indiquée par exemple, pour préciser comment le panier de la ménagère va être allégé. Présenter des projets (parfois non financés) pour l'avenir, ce qui évite de faire le bilan des promesses passées, revient à nier les problèmes de pouvoir d'achat des Guinéens.

Au lieu d'évoquer le miroir aux alouettes, alors que rien n'est fait pour y parvenir, le PM devrait s'appuyer, non sur d'hypothétiques investisseurs étrangers, dont certains reculent d'ailleurs, mais sur nos propres forces, et notamment notre capacité à travailler, à former, à innover et à investir. Il est vrai qu'avec un PRG omnipotent qui n'a jamais travaillé, c'est difficile.

Des vœux pieux sans consistance dans de nombreux domaines

L'une des ambitions de ce catalogue consiste à affirmer l'obtention d'un taux de croissance à 2 chiffres d'ici 2020 !!! Je suis sûr que si le PM avait prédit un taux de croissance à 3 chiffres, les députés de la mouvance auraient applaudi. Mais au lieu d'indiquer comment il va y parvenir (parfois cela s'effectue en toute passivité, simplement lorsque les miniers importent davantage de cailloux), il précise qu'il compte sur ses collègues, sic...

Le PM veut restaurer l'autorité de l'État et selon lui cela passe par achever les infrastructures administratives et les équipements marchands réalisés dans le cadre des fêtes tournantes de l'indépendance (Boké, N'Zérékoré, Mamou et Kankan), sic... Cela démontre qu'on les a présentées comme un acquis du bilan d'Alpha Condé, alors qu'en réalité elles n'étaient pas terminées. C'est aussi le cas de nombreuses routes, présentées également comme des acquis. De même professionnaliser les métiers d'administrateurs territoriaux (gouverneurs, préfets et sous-préfets), sans que l'on comprenne ce que cela signifie précisément, c'est continuer à privilégier un État centralisé, malgré la réforme de la décentralisation à venir.

Le PM ne fait que dérouler son catalogue de vœux pieux. Comment pourrait-il en être autrement lorsque les mesures concrètes et compréhensibles par tous, se mesurent à des expressions, telles que : rationaliser, mettre en œuvre, opérationnaliser, renforcer la capacité, intensifier, veiller à élaborer, engager la planification, finaliser un projet, améliorer l'accès… Tous ces termes permettent de faire croire ou donnent l'illusion que certaines administrations travaillent, alors qu'elles ne font que… brasser de l'air.

Le PM n'a pas évité les travers de ses prédécesseurs, consistant à seriner encore, que la Guinée est potentiellement riche, alors que nos cailloux ne valent que s'ils sont transformés sur place, ce qu'aucun gouvernement n'a réussi à faire depuis 1958.

Dans le domaine de l'éducation, on indique qu'on incitera les filles à fréquenter l'école, mais sans indiquer comment. La réforme de l'éducation consiste simplement à octroyer des marchés de gré à gré (de construction d'écoles) au clan mafieux qui dirige le pays et à former les enseignants… mais à quoi et pour faire quoi, on n'en sait rien ?

En matière d'enseignement supérieur, aucune ambition, si ce n'est d'évaluer les institutions et leurs programmes, ce qui suppose que cela n'a toujours pas été fait !!! et d'essayer de créer des PhD et des masters. Dans quels domaines, peu importe, l'essentiel serait d'avoir des docteurs à chaque coin de rue !!! Par contre la Guinée n'a toujours pas d'écoles de commerce et de gestion, ni d'écoles d'ingénieurs. Il est vrai que lorsqu'on est médiocre, on se contente de peu, d'autant qu'on n'évoque jamais l'insertion des étudiants dans le monde du travail.

Pas davantage d'ambition en matière de santé, puisqu'on en est encore à réfléchir à des études de faisabilité de nouvelles constructions. Offrir des soins de qualité aux malades ??? Même pas honte, cependant que les dirigeants vont se soigner ailleurs !!! et faire passer la part du budget à la santé à 10% (multiplication par 3) sans que l'on sache comment y parvenir. Le PM veut garantir une protection sociale adéquate contre la maladie pour tous (qu'est-ce que cela veut dire ?), réduire les effets du handicap et de la misère et apporter un soutien actif aux plus vulnérables pour les préserver de la faim et de la malnutrition (là encore, qu'est-ce que cela signifie ?). Sans compter que l'augmentation de ces prestations sociales (non financées ??? donc démagogiques) n'est pas évalué : demain on rase gratis.

Quant à la politique de la jeunesse, je préfère en rire qu'en pleurer. Là où Moustapha Naïté en promettait 750 000, le PM est plus modeste et promet 200 000 emplois, dont 35 000 pour ramasser les ordures. Certes il n'y a pas de sot métier, mais si ce sont là les seules perspectives à offrir à la jeunesse !!!

Dans le domaine des infrastructures, certaines sont indiquées, mais sans précision de l'année de construction, ni le montant du financement, de sorte qu'il est impossible de contester. Ainsi des tribunaux seront construits à Kindia, Kankan et Mamou (ça n'existait pas ?), et je découvre que l'ENA n'est pas opérationnelle, puisqu'on envisage (quand ?) de construire les locaux.

Dans le domaine des recrutements, on constate qu'une centaine d'auditeurs et de greffiers seront recrutés dans les mêmes conditions (pas d'indication de la date, ni du coût). On a également recruté plus de 4000 policiers, mais la sécurité n'est toujours pas assurée et 2000 agents de santé (qui le savait ?), cependant que la santé est toujours défaillante.

D'autres mesures inconsidérées sont évoquées, notamment la mise en place de certaines structures : ainsi la création d'un Institut pour la paix, une Agence Nationale des Affaires Humanitaires, un Fonds de Secours d'Urgence, un Institut National d'Assurances Maladies Obligatoire, un Haut Conseil des Guinéens de l'Étranger (un serpent de mer) créeront des dépenses dont le coût n'est pas évoqué, et encore moins l'urgence. Même la relance d'Air Guinée (il suffit de claquer des doigts) est annoncée.

L'adoption d'une loi sur l'apologie des crimes de masse et d'incitation à la haine ethnique et régionaliste est envisagée, alors que la Guinée n'a jamais été en guerre, et qu'on est toujours incapable de juger les massacres du 28 Septembre 2009.

Enfin l'existence d'un environnement sain et d'un système d'assainissement de qualité pour chaque ménage guinéen et en tous lieux (y compris dans les écoles et hôpitaux, les marchés les ports) restent une priorité du gouvernement… mais Conakry est toujours un tas d'immondices.

Une politique agricole contraire aux intérêts guinéens

Je veux m'arrêter un peu plus sur la politique agricole, pour montrer l'incompétence de nos dirigeants, qui se contentent d'appliquer les principes de la Banque mondiale, alors que cette dernière a pourtant fait son autocritique en la matière. Manifestement la Guinée n'est pas au courant, préférant utiliser de vieilles méthodes, qui n'ont pourtant pas fait recette. Ceux qui se présentent comme technocrates n'ont donc toujours rien compris, puisque l'un de leurs objectifs stratégiques est une politique agricole reposant sur la sécurité alimentaire et la promotion de filières prioritaires d'exportation.

Il y a pourtant une contradiction – qui ne dérange pas nos dirigeants, sic… - consistant à dire qu'on donne la priorité à la sécurité alimentaire et aux cultures d'exportation, et en même temps prétendre qu'une place importante sera donnée à l'agro-industrie pour la valorisation des produits locaux (en vue d'une autosuffisance alimentaire).

Depuis 60 ans (même sous la première république), l'autosuffisance alimentaire n'a pas été atteinte en Guinée !!! et pourtant René Dumont avait tiré la sonnette d'alarme en 19621. Même la Banque mondiale a privilégié la sécurité alimentaire2, avant de reconnaître son erreur (le démantèlement des politiques publiques agricoles) en 2008 avec les émeutes de la faim.

Le système de subventions aux importations alimentaires, en vue d'éviter les risques d'émeutes de la faim urbaines, se fait en effet au détriment de la production vivrière. Mais préférer la sécurité alimentaire, c'est privilégier le court terme (et les producteurs étrangers) plutôt que de s'assurer par l'autosuffisance alimentaire (et la production nationale), une autonomie alimentaire à long terme. Il faut donc une volonté politique et faire preuve de bon sens économique, ce qui fait défaut en Guinée, pour au moins tenter de résoudre cette contradiction.

La liberté des agriculteurs est une condition sine qua non à la mise en place d'une économie prospère, dont les dividendes seront individuellement (puis collectivement) perceptibles. Une confiscation du bénéfice, via l'impossibilité d'exporter la production locale et l'obligation de vendre localement… à des commerçants triés sur le volet (?), est contraire à une répartition équitable des gains et donc à l'autosuffisance alimentaire. C'est tout le contraire d'une politique agricole conforme aux intérêts du pays, mais cohérente avec les intérêts de certains commerçants ciblés, qui ne font que profiter d'un monopole de vente, et qui n'ont évidemment pas l'atteinte de la sécurité alimentaire des populations comme objectif principal.

Les prix agricoles ont toujours été maintenus artificiellement bas pour acheter la paix sociale dans les villes, aux dépens de la paysannerie. Cela doit cesser. Il faut augmenter les prix agricoles et moderniser le travail agricole pour le rendre rentable, sous peine de décourager et de dévaloriser le travail, en privilégiant la réussite rapide à bon compte (sans aucun travail), mais via la corruption, la protection clientéliste et la recherche de rentes monopolistiques. Le problème est qu'en Guinée, ceux qui peuvent agir contre la pauvreté et l'insécurité alimentaire n'en souffrent pas et ceux qui souffrent n'ont pas les moyens d'agir.

Enfin en matière d'élevage, on aimerait un peu plus de détails sur la mise en œuvre d'un programme d'amélioration génétique des porcins en Guinée forestière et en Basse-Guinée, car je doute que la Guinée possède des généticiens de haut niveau, capables de ce genre d'exploit. Je ne souhaite pas en effet que la Guinée soit une terre d'expériences d'entreprises forcément étrangères, qui choisiraient des Guinéens (une minorité, puisque la grande majorité ne mange pas de porc) comme cobayes de manipulations génétiques.

En conclusion, le programme du PM évoque des dépenses qui feront flamber les déficits publics, mais n'évoque nullement les recettes, forcément assises sur les consommateurs !!! On se rappelle le refus du gouvernement de baisser le prix du carburant par exemple.

Gandhi, citoyen guinéen

« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace » (Robespierre, Discours sur la liberté de la presse, Mai 1791).

1 « L'Afrique noire est mal partie », 1962, le Seuil.

2 « Le développement accéléré en Afrique au Sud du Sahara. Programme indicatif dʹactions. Washington, 1981 (dénommé rapport Berg).

Mamady Youla, premier ministre guinéen : il vaut mieux essayer de se battre pour agrandir la taille du gâteau plutôt que de se battre pour le partager

 

Quasi inconnu du grand public avant sa nomination, en décembre 2015, le Premier ministre, Mamady Youla, issu du secteur privé, a pour mission de relancer l'économie. Interview.

La voix est basse, presque timide. Elle trahit le profil d’un homme peu habitué à l’exercice des interviews et aux joutes politiques. Choisi par Alpha Condé le 26 décembre 2015 pour conduire le premier gouvernement de son second quinquennat, Mamady Youla, 54 ans, était quasi inconnu du grand public avant sa nomination.

Après un passage par la Haute Administration sous la présidence de Lansana Conté en tant que conseiller au ministère des Ressources naturelles, puis des Mines (1997-2003), et, enfin, du Premier ministre (2003-2004), cet homme discret spécialiste des questions minières et économiques a ensuite rejoint le secteur privé. Directeur général de la compagnie Guinea Alumina Corporation (GAC) de 2004 jusqu’à sa nomination à la primature il y a trois mois, il présidait la Chambre des mines de Guinée depuis 2012. Présenté comme un technocrate compétent, Mamady Youla a aujourd’hui la lourde tâche de redresser la situation économique et sociale du pays, fragilisée par deux années de crise sanitaire.

Jeune Afrique : Quels sont les principaux chantiers de votre gouvernement ?

Mamady Youla : Nous avons vécu deux années extrêmement difficiles avec l’épidémie d’Ebola. L’une de nos priorités est de sortir de ce marasme ambiant. Au-delà des pertes en vies humaines et de l’impact social, les conséquences sur l’économie ont été très lourdes. Dans l’immédiat, nous avons donc mis en place un plan de relance post-Ebola, dans lequel nous avons défini un certain nombre de priorités.

Les grands chantiers du domaine de l’énergie vont aussi se poursuivre, avec notamment le barrage hydroélectrique de Souapiti, de même que d’autres projets d’infrastructures, comme les routes de désenclavement, qui permettront aux activités économiques de se développer en milieu rural.

Ce gouvernement est un « mix » entre de jeunes ministres et d’autres, plus expérimentés

Certains reprochent à votre équipe de manquer d’expérience, d’être composée de jeunes technocrates. Que leur répondez-vous ?

Rien n’est jamais parfait. Si le président avait reconduit la même équipe, on l’aurait sûrement accusé d’immobilisme. Il a fait le choix d’amener du sang neuf avec des gens qui ont fait leurs preuves dans leurs parcours respectifs. Ce gouvernement est un « mix » entre de jeunes ministres et d’autres, plus expérimentés, qui sont là depuis le premier quinquennat.

Cette critique vous est aussi adressée personnellement, vous qui avez fait l’essentiel de votre carrière dans le privé et n’avez jamais exercé de fonction politique…

Je ne suis pas si jeune. J’ai près de vingt ans d’expérience et j’ai travaillé plus d’une dizaine d’années dans l’Administration guinéenne avant d’aller dans le secteur privé. Je ne pense pas que ce soit le profil de quelqu’un d’inexpérimenté. Une administration, un ministère ou un État, cela se gère. Pour avoir des réussites économiques, il faut avoir des capacités de gestion.

Peut-on être un bon chef de gouvernement sans être un bon politicien ?

Nous sommes dans un régime présidentiel. Le chef de l’exécutif, c’est le président de la République. C’est avant tout un homme politique. Il a souhaité se faire accompagner par une équipe qui mette l’accent sur la gestion de nos administrations et de nos ministères. Ce qui est cohérent puisque l’un de nos principaux problèmes est la faiblesse de notre gouvernance, qui se ressent dans de nombreux domaines.

Ma mission, à moi, est très claire : rationaliser et améliorer la gouvernance

Est-ce facile d’être le Premier ministre d’un président omniprésent comme Alpha Condé ?

Le chef de l’État est un homme d’action. Il aime s’impliquer et a du mal à se retenir : quand il voit des problèmes, il veut les résoudre. Au-delà de sa personnalité, ma mission, à moi, est très claire : rationaliser et améliorer la gouvernance. Je dois faire en sorte que notre Administration se mette en ordre de marche pour atteindre les objectifs fixés par le chef de l’État.

Êtes-vous, comme on l’entend à Conakry, aussi proche des leaders politiques de la majorité que de ceux de l’opposition ?

J’aime bien me décrire comme un homme de consensus. Je ne suis pas forcément un adepte de la confrontation… Au cours de ma carrière, j’ai eu à rencontrer personnellement la plupart des différents leaders politiques et j’ai eu avec eux des relations tout à fait normales et courtoises. Et ceux qui m’ont connu alors ne peuvent certainement pas dire que je suis une personne difficile.

Pour son second mandat, le chef de l’État a souhaité instaurer un climat d’apaisement

Sidya Touré a rejoint le camp de la majorité, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) est en crise depuis la grâce présidentielle accordée à Bah Oury… Alpha Condé a visiblement réussi à affaiblir l’opposition. Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle ?

Pour son second mandat, le chef de l’État a souhaité instaurer un climat d’apaisement et envoyer des messages de rassemblement aux Guinéens, pour que le pays puisse travailler dans la quiétude. C’est comme cela qu’il faut comprendre ses décisions. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’intentions malicieuses destinées à affaiblir qui que ce soit.

Quel doit être le rôle de Sidya Touré en tant que haut représentant du chef de l’État, un poste qui n’existait pas jusqu’à présent ?

Il est désormais un allié du président. Mais il ne fait pas partie de l’équipe gouvernementale que je dirige. En tant que haut représentant du chef de l’État, il effectuera les missions que ce dernier voudra bien lui confier.

Quel regard portez-vous sur la crise au sein de l’UFDG ?

Je serais tenté de vous dire que c’est le problème de l’UFDG, mais je ne veux pas m’arrêter là parce qu’il s’agit du principal parti d’opposition. Comme dans n’importe quelle formation politique, il peut y avoir des dissensions et des courants différents. Je suis cependant mal placé pour exprimer un avis tranché sur cette question.

Comment faire pour compenser l’impact de l’épidémie d’Ebola sur l’économie ?

C’est une question majeure. Il faut bien comprendre qu’au cours des deux dernières années des régions entières de la Guinée ont été désertées de toute activité économique. Toutes les sociétés, notamment étrangères, qui y évoluaient ont purement et simplement arrêté de fonctionner pendant deux ans. Imaginez le coût que cela représente pour une économie fragile comme la nôtre. Nous avons présenté notre plan de relance 2015-2017 aux principales instances internationales de soutien au développement, mais il n’est financé qu’en partie. Nous lançons donc ici un appel à la communauté internationale pour le soutenir.

2016 est-elle une année d’austérité pour la Guinée ?

Si année d’austérité il y a, ce n’est pas de la volonté du gouvernement. Comme je vous l’ai dit, les deux années de crise Ebola ont eu des conséquences désastreuses pour notre économie. Nous avons eu des manques à gagner très importants sur les recettes fiscales et les revenus extérieurs.

Il vaut mieux essayer de se battre pour agrandir la taille du gâteau plutôt que de se battre pour le partager

Comment interprétez-vous le déclenchement d’une grève générale, la première depuis qu’Alpha Condé est au pouvoir, quelques semaines seulement après le début du second mandat ?

Il faut que les Guinéens comprennent que nous sommes les seuls à pouvoir résoudre nos problèmes. J’ai utilisé cette formule en m’adressant aux syndicalistes : il vaut mieux essayer de se battre pour agrandir la taille du gâteau plutôt que de se battre pour le partager. Ce gâteau, c’est notre PIB. Je pense que nous devons trouver un consensus pour accroître ce PIB plutôt que de continuer à nous battre entre nous. Cela fait plus de dix ans que nous sommes dans un cycle de grèves qui n’en finit pas. Chaque année ou presque, nous avons des mouvements sociaux, des grèves, des mouvements politiques… Accroître le PIB, c’est accroître la richesse nationale et, donc, accroître la possibilité pour la Guinée d’améliorer l’éducation, la santé, etc. Nos efforts doivent aller dans cette direction.

Jeune Afrique

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