Matin frisquet de fin décembre. Le klaxon strident du train minéralier, faisant écho à la voix amplifiée du muezzin, déchire l’aube naissante dans une chorale sublime. Une ombre en haillons faufile entre deux murs, une planche garnie de baguettes de pain en équilibre sur la tête. A l’est, le soleil, l’air timide, entame l’ascension harassante du mont Kakoulima. Conakry émerge progressivement de son lit, drapée d’un épais voile formé par les volutes de poussière et de fumée s’échappant des vieilles guimbardes devenues le décor de la ville.
Comme à l’accoutumée, je suis débout dès potron-minet. Baskets aux pieds, maillot de jogging au dos, je mets à profit quelques jours de congé de fin d’année pour dégonfler une petite bedaine qui commence à s’installer sournoisement me flanquant un aspect d’officier des douanes africain. La pente raide sur la route qui traverse notre quartier est une sacrée aubaine. Je vous en dirai des nouvelles, l’année prochaine…
Cette activité sportive, sporadique, est également une aubaine pour redécouvrir Conakry sous un autre jour : celui de l’écriture et des inscriptions urbaines.
Ça a l’air totalement badin mais ma curiosité innée et mon amour acquis pour la lecture m’ont permis de comprendre que Conakry est un véritable livre ouvert. On peut y lire les transformations continues de la ville, son essor économique, ses fantasmes et ses codes mais aussi ses douleurs et ses plaies cicatrisées ou encore ouvertes. Pour peu qu’on y prête attention, Conakry parle à celui qui écoute, instruit celui qui lit.
Pour s’en rendre compte, le meilleur moyen est de déambuler dans les quartiers, de préférence à pied.
Sur les deux principaux axes routiers de la capitale, les autoroutes Fidel Castro et Leprince, le florilège des affiches publicitaires géantes témoigne de l’entrée de la ville de plein pied dans la société de consommation qui s’universalise. Ici, un panneau d’opérateur de téléphonie mobile annonce des tarifs mirobolants, là une société de paris incite à miser gros pour toucher le jackpot. Miroir aux alouettes pour une jeunesse en proie au chômage, déchirée entre espoir de rester et rêve de partir.
Entre les deux affiches, brusque changement de thème : un Alpha Condé candidat, costume-cravate, étale sur 18 mètres carrés de vinyle un sourire photoshopé. Le slogan de campagne qui barre le panneau est sans appel : « Le progrès en marche ». Ma curiosité également, Monsieur le président. En avant.
Plus loin, sur les hauteurs de Bambéto, une main anonyme a tracé à la chaux sur un pan de mur branlant : « Vive l’UFDG ». A côté, on distingue le dessin maladroit d’un lance-pierres. Mieux que quiconque un gendarme de Conakry sait interpréter ce « message » dans ce quartier qualifié, à tort ou à raison, de « contestataire ». Le « combat » politique s’étale à ciel ouvert.
Redescente dans cet autre quartier de banlieue : Sangoyah. Une épaisse couche de poussière ocre tapisse les toitures des maisons en taules ondulées. Quand les ruelles sont bitumées, elles mènent généralement chez un ancien dignitaire du pouvoir. Mais shiitt, mieux vaut se taire car comme partout ailleurs, les murs ont des oreilles. Mieux, ici ils parlent !
Justement à l’angle des deux rues, on peut lire au mur, écrit par un riverain dans un français approximatif, « interdit de jeter des ordures ici, amende 150.000 FG ». Une interdiction que portent quasiment tous les murs de Conakry. Elle matérialise le conflit entre voisins autour de la gestion des déchets que l’on balance où l’on peut, faute de collecte et de circuits de ramassages organisés et efficaces.« Interdit d’uriner ici » est l’autre inscription qui décore les murs des quartiers ; baromètre de l’absence de toilettes publiques.
Au-delà du montant de l’amende qui varie suivant la courbe de l’inflation (dans le années 90, elle tournait autour de 5.000 francs), les deux formules sont souvent complétées par une menace de sévices corporels auxquels s’exposent les contrevenants. Ainsi, on retrouve les variantes : « interdit d’uriner ici, amende 100.000 francs, plus 50 coups de fouet », «amende 200.000, plus bastonnade », « amende 50.000, plus 2 heures de combat ». La meilleure que j’ai trouvée, est celle qui, pour souligner la rigueur de la punition, était illustrée d’une image montrant une paire de ciseaux qui coupent un pénis urinant. Aïe !
Douloureux aussi est le pari fou de ce… malade mental qui prend les fondations de l’échangeur de l’aéroport Gbessia pour un tableau qu’il s’acharne à peindre à la craie ou au charbon de bois. Des bouts de phrase sortis des méandres de son imagination alternent avec des célèbres proverbes et des citations d’auteurs connus. Un monologue en écriture, le temps que l’impitoyable flotte de Conakry lave les murs du pont. Puis, notre artiste se remet à l’œuvre, et le cycle recommence.
Les taxis, eux, ont choisi l’encre indélébile pour faire parler leurs engins sans âge. Si à Dakar, les taxis-ville arborent une queue de vache à l’arrière-train, ceux de Conakry sont porteurs de messages. Messages de gratitude à l’endroit du Seigneur, « Grâce à Dieu », aux parents, « Grâce à ma mère », ou à un obscur bienfaiteur, « merci maitre ». Ces bout de phrase peints sur les véhicules en disent long sur la traversée du désert de leurs propriétaires qui ne cachent point leur joie d’en sortir. Sur un taxi inter-urbain au décor exubérant, l’on précise que c’est la réussite de « l’enfant de Horé-Fello ». Un Magbana suranné porte, lui, tout « l’espoir de Banamorydougou ».
Un poids lourd au moteur fatigué ploie sous des tonnes de bananes plantain en provenance du sud du pays. Si l’on se fie à l’inscription haut placée sur la cabine, c’est « Jack Bauer » qui est au volant. En réalité, Maitre Niankoye, éreinté par le trajet difficile et brulé par le soleil de Faranah puise dans ces dernières réserves d’énergie pour livrer sa cargaison fragile au marché forestier de Tanéné à Conakry.
« Bonne chance », en lettres capitales, barre tout le flanc gauche d’un «School bus surchargé en route pour Kankan. De la chance, en a vraiment besoin la centaine de passagers de cet ancien autocar américain dans lequel pétaient, jadis sur les routes du Mississipi, une trentaine d’écoliers américains. On continue, certes, à péter dans cette épave d’autocar sur les virages en épingle de Yombokouré, mais pour d’autres raisons…
De l’Amérique, nous vient également Madonna, en posture lascive sur un poster qui colonise les taxis. On se croirait à la veille d’un concert de la superstar à Conakry, ville qu’elle ne saurait même pas géolocaliser sur son Google Earth.
Ce sont des banderoles en percale, tendues entre deux poteaux, qui annoncent les concerts à Conakry. Fantaisies d’écritures et fautes d’orthographe se disputent la vedette sur ces bouts de tissus qui inondent les axes routiers. Les enseignes d’échoppes de quartier, d’atelier de couture et de coiffure, sont le porte-étendard de ce massacre organisé de l’orthographe. Ici, la prononciation d’un mot passe avant le respect des règles d’écriture. Qu’importe ! « Pouleh rauty » ou « poulet rôti » ne change pas la saveur de votre plat dans ce resto de banlieue.
Conakry est dépourvue de graffitis, excepté quelques inscriptions murales que l’on rencontre par exemple au quartier Wanindara, inspirées par le lointain hip-hop américain des années 90 que de petits délinquants tentent de perpétuer. A Kaloum, au centre administratif, les murs témoignent de la guerre des factions de jeunes manipulés par les politiques locaux.
Désignée capitale mondiale du livre en 2017, Conakry offre d’ores et déjà une littérature murale riche et diversifiée. Un livre dont chaque coin de rue est une page ouverte. Il suffit de lever le regard pour en saisir le sens. Bonne lecture et bonne année 2016.
Un pas en avant, deux pas en arrière. Cette nouvelle fait un bon pas en avant en facilitant la transparence des procédures d’expulsion et l’accès aux soins des étrangers souffrant de graves pathologies. C’est tout à l’honneur de la France. Mais elle fait deux pas en arrière en confortant des idéologies discutables sur l’identité nationale française (Généralisation de l’assimilation des résidents étrangers), et des pratiques critiquables sur l’expulsion des étrangers sans titre de séjour (Généralisation de l’assignation à résidence). C’est un heurt sur les immigrés en France.
Un pas en avant : plus de transparence dans les procédures d’éloignement et plus de droits pour les étrangers malades.
En 2010, nous avons été au centre du combat pour une démocratisation de l’assistance juridique aux étrangers « sans papiers » enfermés dans les centres de rétention administrative, et dans les zones d’attente pour personnes en instance d’expulsion. Contrairement aux ONG qui plaidaient pour le maintien d’un monopole dans cette mission, nous pensions que les droits les étrangers seraient mieux défendus si plusieurs acteurs intervenaient pour ce faire. Le gouvernement de Nicolas SARKOZY nous avait donné raison en brisant le monopole qui existait. Avec cette nouvelle loi, le gouvernement de François HOLLANDE nous donne raison en permettant aux journalistes titulaires d’une carte professionnelle d’accéder aux lieux de rétention des étrangers. Cela aidera à la transparence des procédures, et à la défense des droits et libertés individuels des immigrés sur le point d’être expulsés.
Une autre réclamation que nous faisons depuis des années vient d’être satisfaite avec cette nouvelle loi : L’étranger vivant habituellement en France, qui souffre d’une maladie dont le défaut de traitement pourrait entraîner pour lui des conséquences d’une exceptionnelle gravité, pourra plus facilement accéder aux soins en France. Auparavant on lui refusait un titre de séjour lui permettant de soigner sa pathologie en France, dès que l’administration considère qu’il existe dans son pays un système de santé susceptible de le prendre en charge. Dorénavant, pour que l’administration puisse lui refuser le titre de séjour « Etranger malade », il faut non seulement que le système de santé dans pays d’origine offre un traitement approprié, mais encore il faudra qu’il puisse avoir un accès effectif à ces soins. C’est une avancée considérable ! Seul bémol, les médecins chargés de contrôler la nécessité des soins en France sont maintenant sous le contrôle de l’administration, qui devient à la fois juge et partie dans ces procédures. C’est regrettable !
Un pas en arrière : retour aux exigences d’assimilation dictées par l’identité nationale.
A partir du 8 mars 2018, les africain(e)s qui disposent d’un titre de séjour temporaire en France ne pourront plus obtenir une carte de résident si leur niveau de français n’est pas suffisant. Ainsi, la pauvre dame malienne ou sénégalaise, qui a toujours travaillé en France dans des métiers sans qualification où on ne souciait pas de son niveau de langue (femme de ménage, aide à domicile, etc.), sera condamnée à la précarité administrative si elle ne va pas à l’école pour obtenir un bon niveau de français. L’ouvrier africain qui aura travaillé 25 ans en France, et aura ainsi participé à son développement économique, aura plus de mal à faire venir sa femme illettrée restée à Kayes (Mali), à Matam (Sénégal) ou à Yopougon (Côte d’Ivoire). Est-ce légitime ?
Si l’étranger doit faire l’effort de connaître et respecter les valeurs essentielles et les principes de la société et de la République françaises, d’avoir une connaissance minimale de la langue française pour son intégration socioprofessionnelle, il parait démesuré d’exiger de lui qu’il se dépouille de son identité culturelle d’origine, où qu’il ait un niveau élevé de langue française pour jouir de son droit fondamental à une vie privée et familiale normale. Ce droit, consacré par la convention européenne des droits de l’homme et légiféré par la France dans son code des étrangers, tend à devenir une coquille vide.Si on appliquait la même règle aux français vivant au Mali, au Sénégal ou au Congo, en exigeant d’eux qu’ils parlent couramment Bambara, Wolof ou Lingala pour leur intégration sociale, ils déserteraient certainement ces pays. En effet, ils peuvent y vivre des décennies sans connaître un mot de leurs langues, hormis des salutations usuelles comme « I ni sogoma », « Na nga deff » ou « Mboté ». Ce renforcement du degré d’assimilation, qui peut se justifier pour l’étranger qui souhaite devenir français par la naturalisation, parait excessif pour le résident étranger.
Un deuxième pas en arrière : Généralisation de l’assignation résidence pour les étrangers sans titre de séjour.
Par cette loi, le législateur français a voulu éviter la privation de liberté aux étrangers en procédure d’éloignement, en privilégiant l’assignation à résidence à la rétention administrative. Toutefois, en faisant de l’assignation à résidence la règle de droit commun, il risque d’y avoir une généralisation de cette pratique. Par ailleurs, à partir du moment où elle est assortie d’une obligation de se présenter périodiquement aux services de police ou à la gendarmerie, l’assignation à résidence devient une privation de liberté. Les malheurs de l’assignation à résidence des étrangers sans titre de séjour, dont la durée maximale peut atteindre 12 mois avec la nouvelle loi, peuvent être plus dévastateurs que la rétention administrative. En plus du sentiment de culpabilité et d’humiliation vis-à-vis des proches et de l’entourage, l’assignation à résidence empêche l’étranger d’avoir une vie normale. Elle génère le sentiment d’être arrimé au rang d’un délinquant condamné, exécutant une peine de remplacement ou soumis au port d’un bracelet électronique. L’étranger assigné à résidence, qui ne souhaite pas être reconduit dans son pays d’origine, peut être tenté de se soustraire à la procédure d’éloignement. Mais s’il ne rejoint pas la résidence où il est assigné, ou quitte celui-ci sans autorisation administrative, il risque 3 ans de prison. S’il ne respecte pas l’obligation de se présenter périodiquement aux services de police ou à la gendarmerie, il risque un an de prison. Psychiquement, le fait d’être enfermé chez soi pendant 12 mois, de risquer la prison à chaque fois qu’on manque de pointer à la police, et de savoir qu’à chaque moment la police peut frapper à notre porte pour venir nous expulser, peut être plus destructeur que 45 jours en centre de rétention. Malheureusement cette souffrance individuelle et indicible de l’assignation à résidence, loin des cameras et des medias, rongera de plus en plus d’immigrés en France.
Aliou TALL,
Président du Réseau Africain de Défense des Usagers, des Consommateurs et du Citoyens (RADUCC)
un défi pour le gouvernement d’Alpha CONDE pour son quinquennat
Guinea's President Alpha Conde attends a session at the World Economic Forum (WEF) in Davos, January 26, 2012. REUTERS/Christian Hartmann
La République de Guinée Conakry, de par sa position géographique et naturelle, regorge plusieurs richesses du sol et du sol en termes de minerais de fer, de bauxite, de ressources en diamant, en or et autres gemmes.
Au delà de cette richesse du sol et du sol, la République de Guinée est un pays agricole, pastorale, hydroélectrique et halieutique, regorgeant ainsi toutes les richesses, jusqu’à date surnommée le château de l’Afrique et un pays de scandale géologique.
La question que l’on se pose est ce que ces richesses ont-elles apportées une valeur ajoutée aux revenus de l’Etat, de la population sachant bien que le pétrole constitue pour l’Arabie Saoudite, le Venezuela, la Guinée Equatoriale, les pays des Emirats Arabes, ce qu’est les mines, l’agriculture, la pêche pour la Guinée ?
Depuis plus de 56 ans et plus nous parlons de mines, de recherche et de développement minier, de forum minier à travers des installations industrielles qui datent de 1960, 1973, 1975 et 2014, qui constituent des leviers de notre économie nationale sur lesquels sont bâtis une grande partie des recettes budgétaires.
Force est de croire qu’au-delà des mines qui ont été au centre des préoccupations des gouvernants guinéens depuis l’indépendance jusqu’à nos jours et qui sont considérées comme des sources de devises permettant ainsi de garantir nos réserves extérieures et nos recettes intérieures, celles-ci n’ont connues aucune valeur ajoutée en termes de transformation directe et d’impact sur le revenu de la population.
Les causes sont diverses et variées, manque crucial d’énergie à l’époque, la non valorisation des pôles de recherches et développement (RD) pour une innovation continue en matière d’exploration, d’exploitation et de gestion moderne des mines de fer et de la bauxite et la transformation de la terre rouge en alumine, en aluminiums, en fer et en acier vendu sur le marché mondial comme le café, le cacao, l’hévéa, l’anacarde, le coton, l’ananas, la banane, etc…
Le manque d’un véritable Institut National des Mines bien équipé en outils d’études théoriques et pratiques avec des programmes adaptés aux concepts actuels formant ainsi des ingénieurs de très haut niveau, des chercheurs en développement et en innovation minière, en gestion et en exploitation minière, en commercialisation des produits miniers, etc.. Autrement dit, une Ecole de référence Africaine et voir mondiale en tant que premier pays producteur et exportateur de bauxite et de minerai de fer.
Le manque de stratégie à court, à moyen et à long termes, basée sur des études techniques, un cadre juridique cohérent, une étude fiscale, économique, financière, environnementale approfondie ainsi que le suivi et le contrôle des cours sur le marché international pour une bonne évaluation et des anticipations par rapport à la fixation des prix, toute chose qui a déséquilibré de tout le temps les repères quantitatifs et qualitatifs de nos prévisions budgétaires et de l’équilibre macroéconomique durable.
Dans la même dynamique, il faut également procéder au renforcement des Centre de développement et de recherches minières et géologiques par des équipements modernes et une formation continue des cadres et des ingénieurs des mines et géologies.
Les mines n’ayant pas permis d’accroître la richesse nationale et le revenu des populations, il serait nécessaire de se tourner vers d’autres secteurs de développement économique.
Nos richesses étant diversifiées et variées, il va falloir qu’on change de stratégie pour aller vers d’autres secteurs de croissance économique pour une forte création de la richesse nationale par la production accrue et l’exportation des produits agricoles et halieutiques, etc…
Ce qui amènerait à augmenter le volume des transactions courantes de la balance de paiement, de la masse et du transfert des devises étrangères vers notre pays en vue de soutenir notre économie nationale.
Les secteurs agricoles, halieutiques, artisanaux et de services constituent de nos jours à l’instar des pays comme le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Maroc, le Kenya, le Rwanda, etc.., des sources de devises, de production, de commercialisation et de distribution à grande intensité de mains d’œuvre, diminuant ainsi l’exode rurale, la paupérisation et la pauvreté dans notre pays.
Le Manque de conception groupée par Ministère technique, d’organisation professionnelle dans les secteurs indiqués font qu’aujourd’hui l’Etat perd énormément de ressources en devises et de valorisation des ressources humaines (investissement continu sur le capital humain dans ses secteurs).
Les études économiques et statistiques ont démontrées que nos régions naturelles ont des spécificités en termes agricoles, artisanales, halieutiques, etc… D’où la problématique de mise en œuvre des pôles de développement économique et sociale au niveau de ses régions naturelles.
La Spécificité des richesses de nos régions :
Les spécificités agricoles, artisanales, halieutiques, de nos régions, de nos préfectures et des communes rurales de développement (CRD) peuvent nous pousser à porter la réflexion vers une réorganisation des groupements et des coopératives de tout ces secteurs avec un appui constant des pouvoirs publics en terme de financement, de formation, d’information, de sensibilisation dans la conception, la gestion, l’exploitation rationnelle, la recherche et le développement pour une innovation et une autonomisation réelle desdits groupements en terme d’administration.
Les régions forestières regorgent et constituent un potentiel agricole diversifié qui sont entre autres, le café, le cacao, le palmier nain, l’hévéa, la banane plantain, le riz de baffons et autres cultures vivrières.
Les régions du foutah regorgent également les cultures de fonio, de la pomme de terre, de l’oignon, de la tomate, de l’orange, de la clémentine (mandarine), de l’avocat, du citron, qui au-delà de la consommation locale pourraient être restructurées et orientées vers l’exportation et l’industrialisation.
Les régions du mandingue regorgent aussi, d’énormes cultures et de potentiel agricole en riz de pleine, en coton, en igname, en mangue, en maïs, en arachide et d’autres cultures vivrières. Ces produits méritent d’être bien traités et destinés à l’exportation vers les pays de la sous région, l’Afrique et le reste du monde dont la demande en consommation, en commercialisation et en industrialisation se fait sentir.
Les régions de la côte (Basse Guinée), ont des cultures diversifiées et également un potentiel agricole varié en culture des agrumes, en riz des pleine et des baffons, en maïs, en arachide, en coton, en anacarde, en piment, en aubergine, en citron, etc…dont les groupements où coopératives peuvent également être réorganisés et restructurés sous forme de micros entreprises pour améliorer la consommation locale et développer d’autres produits et services à valeurs ajoutées destinés pour l’exportation et l’industrialisation locale.
Pour mener à bien cette politique agricole, artisanale, halieutique à grande échelle, il suffira de regrouper les techniciens des Ministères concernés, les acteurs, les bailleurs locaux et étrangers pour redéfinir de nouvelles stratégies non bureaucratique mais une vision basée sur un partenariat privé-public tourné vers une autonomie totale des coopératives et groupements d’intérêt économique, agricoles, d’artisanats, de pêches artisanales, etc….
C’est pour cette raison qu’il faut aujourd’hui une véritable volonté politique de l’Etat pour accompagner et redynamiser tout ses sous secteurs porteurs de croissance de notre économie.
Le Rôle des Pouvoirs Publics pour une relance des projets sectoriels cités ci-haut :
Le secteur de l’artisanat, de la pêche artisanale et continentale, agricole, etc.. méritent une grande attention particulière de la part des gouvernants guinéens comme c’est le cas du Sénégal, du Ghana, du Kenya, de la Côte d’Ivoire, du Maroc,du Rwanda, etc.. qui aujourd’hui soutiennent à travers des subventions publiques bien contrôlées ou des apports de bailleurs de fonds bilatéraux, l’acquisition des équipements moderne, la formation professionnelle des acteurs des secteurs concernés aux nouveaux concepts et aux nouvel outils et instruments de gestion et d’exploitation des produits et services développés par ceux-ci.
La mise en place et l’élaboration d’un nouveau cadre juridique et réglementaire relatif au fonctionnement de la production, de la transformation, de la commercialisation et de la distribution des produits issus de ses sous secteurs au plan local et international.
Ces productions agricoles, artisanales, de pêches artisanales et continentales variées et diversifiées suivant les spécificités des régions, des préfectures, des communes rurales de développement, constituent de véritables sources de devises pour l’Etat si son appui politique, administratif, juridique et financier est constamment renouvelé et dynamisé par un encadrement sérieux.
C’est pour cette raison, qu’il va falloir porter une attention toute particulière sur ses projets sectoriels pour venir en appoint au secteur des mines en termes de ressources en devises et d’employabilité de main d’œuvre à haute intensité.
Il est vrai que ces cinq (05) dernières années, d’énormes progrès ont été réalisés par la 3ème république pour la viabilisation et l’aménagement des espaces de production, l’équipement en engrais bien que mal conçu et pas bien orienté à certains endroits ce qui a d’ailleurs faussé les rendements en termes de récoltes et de résultats attendus par la population. Autrement dit, il n’y a pas eu de bonne préparation au préalable et de concertation entre les acteurs concernés et les services techniques de l’Etat.
Aussi, l’acquisition des machines agricoles de tout genre qui d’ailleurs ont été commandées par tous les régimes précédents sans aucun résultat positif en termes d’autosuffisance alimentaire, d’employabilité, d’industrialisation du secteur agricole surtout et en plus l’exportation soutenu de ses produits vers les marchés de la sous région, de l’Afrique et le reste du monde, etc…
Ces équipements agricoles au lieu d’être céder gratuitement comme par le passé, doivent être vendus au même titre que les engrais aux différents groupements et coopératives avec des paiements sous forme conventionnelle en tenant compte du prix proposé à cet effet par l’état.
Les mêmes causes produiront toujours les mêmes effets si elles ne sont pas bien conçues, contrôlées, organisées et bien suivies.
Dès lors, il s’agira de mettre en place des cadres de concertation entre les différents acteurs des secteurs concernés, les producteurs, les distributeurs, et ceux chargés de la commercialisation, l’Etat, les structures financières décentralisées, les bailleurs de fonds au plan international (l’AFD, le PNUD, l’UE, l’USAID, le PAPME de la Banque Mondiale, la coopération japonaise, etc…), afin de mener à bien de nouvelles stratégies communes de mise en œuvre de ces projet de développement avec à la clé, l’autonomie administrative et financière de gestion et d’exploitation desdites coopératives et groupements d’intérêt économique (GIE).
A cet égard, il reviendra aux pouvoirs publics de faire promouvoir une communication continue entre les services de l’Etat, les producteurs, les distributeurs, les secteurs de commercialisation pour une bonne synergie d’information, de sensibilisation et d’organisation.
Pour pallier à toutes ces insuffisances, il faudra dès à présent recenser tous les groupements et les coopératives des secteurs concernés par régions, par préfectures et par communes rurales de développement en vue de constituer une base de données, d’une part, et de se projeter sur des rencontres sous forme d’ateliers, de séminaires de formation basés sur des échanges techniques et opérationnels en vue d’identifier tous les besoins en terme d’équipement et leur forme d’utilisation.
Ces groupements et coopératives doivent être constitués de femmes, de jeunes diplômés sans emplois ou non diplômés qui représentent 52 et 60% de la population guinéenne sans compter ceux ou celles qui vivent dans les zones rurales.
Dans ce processus, la formation continue et organisée des acteurs devraient être la clé de voute pour la réussite de tous ces projets sectoriels qui d’ailleurs ont été conçus depuis des années.
La préparation des ouvriers dans les secteurs concernés aux fondamentaux de l’utilisation de ces équipements et des techniques agricoles et culturales avec le concours des ingénieurs agronomes et des cadres administratifs des secteurs Ministériels concernés, la mise à disposition des financements ainsi que les mécanismes d’accès y afférent.
La mise en place des Centres de traitement et de conditionnement des produits agricoles, artisanaux, halieutiques, etc… destinés à l’exportation et à la consommation locale (préparation des produits, emballages sous le label guinée).
La création d’une Agence Nationale d’exportation des produits agricoles et halieutiques comme c’est le cas dans certains pays Africains et Asiatique particulièrement la Chine avec un partenariat privé-public (soit 60% représentant la part de l’état et 40% les groupements et coopératives, etc..).
Cette Agence sera chargée de collecter à travers des achats groupés auprès des producteurs, des pêcheurs en vue d’assurer le traitement et le conditionnement avec des normes de sécurité et d’hygiène requise, tous ces produits destinés à l’exportation sous le contrôle de qualité, la supervision et la régulation de l’état
Dans ce processus, le rôle essentiel de l’Etat dans ses secteurs consiste essentiellement à l’encadrement, la supervision, la normalisation et la régulation laissant ainsi une autonomie de gestion et d’exploitation totale aux groupements et aux coopératives concernées pour leurs propres prises en charge.
Le processus de valorisation et d’intégration de ces métiers dans l’enseignement moyens, technique et professionnel :
Force est de constater la problématique de valorisation et d’intégration de ces corps de métiers dans les réformes de l’enseignement moyens, technique et professionnel pour une dynamique de développement durable de tous les projets sectoriels au plan agricole, artisanal et halieutique.
Autrement dit, ces corps de métiers devraient être intégrés au programme de formation de l’enseignement moyen, technique et professionnel, pour une durée de deux (02) ans ou plus pour ce qui est (des ouvriers agricoles, des machinistes agricoles, des artisans de tout genre, et les autres petits métiers de pêches artisanales, etc…) qui seront à l’avenir les moteurs et les leviers de notre développement économique et social.
Ces agents bien formés, ils seront orientés vers les groupements et les coopératives comme agents techniques d’appui pour accompagner les administrateurs chargés de l’exploitation et de la gestion desdites coopératives pour la conduite dans certains travaux à savoir :
* l’aménagement des terres cultivables, le système de maîtrise d’eau ;
* les méthodes d’irrigation des pleines, les techniques d’aménagement des baffons ;
*l’utilisation rationnelle et la pose des engrais selon les variétés de cultures, l’entretien des équipements agricoles, les techniques de récoltes ;
* les techniques de traitement et de conditionnement des produits agricoles ;
* l’organisation et la gestion de la pêche artisanale, la technique de conditionnement des produits halieutiques, etc… ;
* l’organisation des débarcadères, la gestion de la sécurité des barques ;
* le désigne organisationnel en artisanat, la conception et les techniques de fabrication des produits artisanaux de tout genre, etc..).
Pour assurer et renforcer cette dynamique, l’on pourrait développer des types de coopération en assistance technique avec des pays de la sous région Ouest Africaine, du Maghreb, de l’Europe, de l’Asie, de l’Orient et de l’extrême Orient ainsi que le reste du monde qui ont une grande expertise dans ses secteurs et envisager éventuellement des échanges au plan formation, information sans aucun complexe ainsi que des voyages d’études pour s’imprégner des meilleurs pratiques à ce jour.
Au-delà, il faudra organiser de grands salons et forums sur ces secteurs en invitant des pays amis à dérouler leur expérience en la matière et signer des partenariats de coopération, d’assistance financière et technique avec les acteurs concernés.
Il faut rappeler que toutes les statistiques y compris les études de faisabilités des projets agricoles et celles des autres secteurs cités ci-haut existent réellement depuis longtemps car il suffit de les actualiser en fonction de la demande et de l’environnement actuel pour permettre aux pouvoirs publics de prendre des décisions par rapport à la relance desdits secteurs.
A part, les mines, la Guinée compte tenu de ses richesses variées et diversifiées doit normalement occupée la première place en termes de production, de gestion, d’exploitation et d’exportation des produits agricoles, halieutiques et artisanaux de la sous région Ouest Africaine, de l’Afrique, voir le monde.
L’occupation de ce rang ne se matérialisera que par la perception et la bonne conception des projets, la conduite mesurée et le suivi régulier qui d’ailleurs dépend en grande partie du leadership, de la vision, de l’ambition et du nationalisme de la part des pouvoirs publics guinéens.
Une nation pour sa réussite doit se mettre dans une dynamique de haute compétition dans tous les secteurs socio-économiques à l’échelle nationale, sous régional, régional de son espace continental et le reste du monde.
Dans cette lancé, elle doit pourvoir beaucoup plus d’ouvriers hautement qualifiés que d’universitaires et cela par la création des grandes écoles techniques répondant à la demande d’emploi ainsi qu’au besoin exprimé des sous secteurs de son économie.
Pour gagner ce pari si cher à une nation et à un état, il faut instaurer la culture de résultats positifs sanctionnés par des récompenses sous forme de décoration en médailles d’honneur du travail et du mérite.
Enfin, en mesurant le ratio secteurs agricole, halieutique et artisanal par rapport au PIB de notre économie nationale, ont trouve de loin que ses sous secteurs sont beaucoup plus porteur de croissance économique que les mines dont les prix connaissent une fluctuation de tous les jours sur le marché international.
Mordra, mordra pas, pourvu que ça ne grogne pas ! (Adage poular)
Guinée Conakry, 31/03/2016. Nrgui.com
Doussou Condé, la représente du RPG à New-York aux Etats-Unis d’Amérique est fâchée, mais vraiment fâchée. Et pour cause. Elle se dit déçue de l’attitude d’Alpha Condé vis-à-vis des militants du RPG et de sa gestion du pays. Pour se faire entendre, elle est sortie cette semaine de son silence pour asséner ses vérités crues aux dirigeants et en particulier à Alpha Condé. C’était le mercredi dernier sur les antennes de Lynx FM. Cette combattante des premières heures s’en est prise vertement à certains membres du régime, qui selon elle, se sont « sauvagement enrichis » en l’espace de quelques mois sur le dos des pauvres populations guinéennes. Et elle n’y est pas allée du dos de la cuillère.
Doussou Condé se dit écœurée, frustrée de voir aujourd’hui les « bourreaux » d’hier des militants du RPG aux côté d’Alpha Condé au Palais Sekhoutoureya. Elle a mal au cœur de voir les mêmes qui ont pillé la Guinée pendant 23 ans, se beurrer encore en compagnie du Pr Alpha Condé. Elle juge cela comme une insulte au peuple de Guinée et aux militants du RPG. A la thèse qui veut que madame Doussou comprenne que ce sont ces gens-là qui ont donné le pouvoir à Alpha Condé, sinon le RPG à elle seule ne pourrait jamais le faire gagner, elle balaie d’un revers de main cet argument en affirmant que lors du deuxième tour présidentielle en 2010, les gens avaient voté Alpha Condé par peur de voir Cellou Dalein arriver au pouvoir avec son équipe. Pour la représentante du RPG aux Etats-Unis, n’importe quel guinéen affrontait le candidat de l’UFDG en ce moment-là allait passer haut les mains.
A la question de savoir ce qu’elle pense du comportement des anciens ministres tels qu’Alhouseini Makanera, Papa Koly Kourouma, Domani Doré... Doussou dit qu’ils ont bien fait. Et que ce n’est pas de leur faute. Elle trouve leur réaction normale : « Que voulez-vous ? Les Domani, les Papa Koly, les Makanera et consorts qui parlent aujourd’hui, c’est Alpha qui leur a donné l’occasion ! Qui les connaissait ? Ce sont des arrivistes qui n’ont perdu aucun parent pendant les moments difficiles. Ils n’ont pas souffert, ils n’ont pas connu l’exil. Ils se sont vus un matin bombardés ministres. Pourquoi leur enlever le beurre dans la bouche ? Ils sont plus bénis que les militants du RPG qui ont tout perdu et qui sont aujourd’hui abandonnés ! » Ironise-t-elle avant de s’attaquer à la gestion du pays et de ce qu’elle appelle l’enrichissement sauvage de certains cadres du régime.
« Je ne reconnais plus le Pr Alpha Condé ! Lui, l’homme rigoureux que je connais, comment peut-il laisser ses collaborateurs piller le pays ? Comment peut-il fermer les yeux sur la gabegie, les détournements du denier public ? Les contrats gré à gré ? Des gens que nous connaissions hier, des gens incapables de payer leurs loyers, des gens dont nous connaissions le niveau de vie sont devenus milliardaires en cinq ans. Ils construisent des immeubles à travers Conakry au vu et au su de tout le monde. Comment ont-ils fait ? Ont-ils joué au loto ? Ce que nous avons combattu hier se pratique aujourd’hui sous la conduite d’Alpha CondéOù est passé le leader du RPG des années 93, 98, 2002, 2010 ?», s’interroge-t-elle. Et pour finir, Madame Sanoh Doussou Condé demande aux frondeurs du RPG de se lever et revendiquer. D’aller à la rencontre des jeunes dans les quatre régions de la Guinée.
Eh oui ! Quand la femme se fâche ! Madame la représentante du RPG en Amérique du nord s’en prend à ses compagnons de lutte. A ses amis d’hier parce qu’elle se dit frustrée. Elle dit qu’elle est déçue du Pr Alpha Condé qu’elle ne reconnait plus. Pour cela, elle attaque tous ceux qui bougent avec le Président de la République. Et elle dit avoir détenu des documents qui pourraient éclabousser l’entourage direct du Chef de l’Etat. Dossiers qu’elle promet étaler sur la place publique lors de sa prochaine interview avec des confrères d’un journal africain. Elle lance un défi à tous ceux qui essayeront de lui répondre après son show. Mais que veut Doussou ? C’est elle qui a présenté Pr Alpha Condé aux Guinéens d’après ses dires. C’est elle qui accueillait Alpha Condé à New-York, c’est elle madame Doussou Condé qui a implanté le RPG devant la Maison Blanche. RPG c’est son produit et Alpha Condé est son Président. Mais pourquoi madame Sanoh Doussou Condé est aussi tant fâchée ? Va-t-elle jeter le bébé avec l’eau bain ? C’est elle qui a fabriqué Alpha Condé. Si l’homme devient aujourd’hui un « monstre » comme elle le dit, c’est sa fabrication. C’est elle qui a fait d’Alpha Condé ce qu’il est aujourd’hui, selon elle. A qui donc la faute s’il ne la regarde pas ?
Soyons sérieux. En Afrique, on confond le leader politique à la quête du pouvoir au Président élu. Alpha Condé, leader du RPG est différent d’Alpha Condé Président de la République. Ici il est Chef de l’Etat. Il est le Président de tous les Guinéens et de tous ceux qui vivent en Guinée. Il n’est pas le Président de Doussou Condé et ses amis anciens militants de l’ancien RPG seuls. On reconnait les sacrifices de Doussou Condé et ses compagnons de lutte. Ce sont des patriotes qui se sont battus pour leurs convictions. Ils défendaient une cause : la démocratie. Ils espéraient voir la lumière en Guinée. Le Président Alpha Condé est en train d’éclairer la Guinée. Ils voulaient le changement. Le changement est là. Ou bien que veulent-ils, Madame et ses amis frondeurs ? Qu’on les dépose sur le toit du Palais Sekhoutoureya pour contrôler les faits et gestes de leur Président à eux seuls ? Non. Ce n’est pas démocratique. C’est purement clanique si Alpha agit ainsi.
Et le RPG est un parti structuré et démocratique. Et madame Doussou Condé s’est battue pendant seize ans à cause de cette démocratie. Elle ne doit pas la piétiner. Sinon, c’est elle qui n’est plus reconnaissable et non Alpha Condé.
La nouvelle loi relative au droit des étrangers en France vient d’être promulguée le 07 mars 2016. En généralisant la carte de pluriannuelle et en instituant la carte « Passeport talents », elle atténue la précarité administrative dans laquelle se trouvaient jusqu’ici les étrangers en France. Mais cette évolution positive a un revers : Les étrangers font dorénavant l’objet d’un flicage permanent qui entrave gravement leur vie privée.
La carte pluriannuelle.
Les étrangers en France sont dans une précarité administrative chronique à cause de la carte de séjour temporaire d’un an. Dans des préfectures comme Bobigny (Département de la Seine-Saint-Denis – 93) il est fréquent que des étrangers passent la nuit dehors, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il tonne, qu’il neige, pour pouvoir déposer une demande de titre de séjour. A cause de la longue et fastidieuse procédure de renouvellement de titre de séjour, beaucoup d’étrangers sont en perpétuelle démarche administrative : à peine le titre de séjour renouvelé, il faut s’atteler au prochain renouvellement. Cette réalité empêche l’étranger de bien s’intégrer, d’évoluer dans son travail, ou d’être constant dans ses études. L’administration française reproche à l’étudiant étranger les perturbations et le retard dans l’évolution de son cursus, alors qu’elle peut en être partiellement responsable. Après des entretiens de stage ou d’embauche concluants, beaucoup d’étudiants étrangers perdent le poste proposé, car l’employeur ne veut pas s’ennuyer avec un employé administrativement précaire, dont la date d’expiration du titre de séjour n’est jamais loin. L’administration française reproche aux étrangers voulant obtenir la nationalité française l’absence d’une bonne intégration sociale, alors que la carte de séjour temporaire d’un an n’y est pas favorable. Cette précarité est aussi la source de discriminations par des banques qui ne veulent pas leur accorder un crédit ; des bailleurs qui se désistent au moment de signer le contrat ; des grands magasins qui ne veulent pas leur accorder des crédits de consommation. Avec la généralisation du titre de séjour pluriannuel, on peut espérer une atténuation des fâcheuses frustrations et discriminations sociales à l’égard des étrangers. Maintenant, après un an de séjour en France, l’étranger peut obtenir un titre de séjour de deux à quatre ans. A l’expiration de celui-ci, il pourra directement solliciter une carte de résident de dix ans. Pour les conjoints et parents de français ; les étrangers ayant de fortes attaches en France ou bénéficiant de la protection subsidiaire, la durée de cette carte est limitée à 2 ans. Pour les étrangers malades la durée de la carte est calquée sur la durée des soins nécessaires. Pour les étudiants étrangers la durée de la carte est limitée au temps restant à courir pour l’achèvement de leur cycle d’études. Attention : cette carte sera retirée si l’administration considère que les études de l’étudiant étranger ne sont pas effectives ou sérieuses. Par exemple lorsque l’étudiant étranger n’est pas assidu ou n’avance pas dans sa scolarité (seul un redoublement par cycle est toléré).
La carte « Passeport talents ».
Dans le concours des pôles universitaires et scientifiques d’excellence, la France perd de la vitesse. A force d’enfoncer les étudiants étrangers dans des tracasseries administratives inextricables, ces derniers fuient l’hexagone pour d’autres terres d’accueil académique, en Amérique du Nord et en Asie. Cette nouvelle loi essaie de corriger le tir pour redorer le blason scientifique de la France, et attirer les talents internationaux. Dans l’esprit d’une immigration choisie, une carte « Compétences et talents » a été mise en place en 2006 au profit des étrangers ayant un projet pouvant contribuer au rayonnement de la France et de leurs pays d’origine (les algériens ne sont pas concernés). La nouvelle loi redessine les contours de ce dispositif par la création d’une carte dite « Passeport talent », valable 4 ans, pour l’étranger et sa famille (Son conjoint et ses enfants).
La nouvelle carte « Passeport talents » est délivrée aux catégories d’étrangers suivant :
üA l’étranger qui justifie d’un projet économique innovant, qui fait un investissement économique direct en France ; ou qui a une initiative artistique, littéraire, économique, universitaire, ou scientifique de haut niveau ;
üA l’étranger ayant un master ou expérience professionnelle d’au moins 5 ans qui crée une entreprise en France pour réaliser un projet économique viable ;
üA l’étranger titulaire d’un Master et disposant d’une activité professionnelle, ou qui est recruté par une entreprise innovante ;
üA l’étranger ayant master et faisant des travaux de recherche ou dispensant des enseignements de niveau universitaire dans un établissement public ou privé (Passeport talents/chercheur) ;
üA l’étranger ayant un contrat de travail pour une mission dans une entre entreprise d’un même groupe ;
üA l’étranger représentant légal d’une entreprise en France faisant partie d’un groupe dont il est salarié ou mandataire ;
üA l’étranger artiste-interprète, auteur d’une œuvre littéraire ou artistique,
üA l’étranger ayant une renommée internationale qui veut s’installer en France pour y exercer une activité scientifique, littéraire, artistique, intellectuelle, éducative ou sportive.
üUne carte « Passeport talents », portant la mention « Carte Bleue européenne » peut être délivrée à l’étranger titulaire d’un diplôme de niveau Bac + 3 et d’un contrat de travail d’une durée de 12 mois ou plus, pour un emploi hautement qualifié. Les étrangers titulaires de la « Carte Bleue européenne » dans un Etat de l’Union européenne où ils ont vécu plus de 18 mois, peuvent obtenir la même carte en France.
Le contrôle permanent.
Avec la généralisation de la carte pluriannuelle et la mise en place de la carte « Passeport talents », l’étranger en France pourrait dire « Alléluia » ou « Al hamdoulillah ». Hélas ! Le revers de la médaille est lugubre. En effet, avec cette nouvelle loi, la préfecture va procéder à des contrôles pour vérifier la sincérité des déclarations ou l’authenticité des documents fournis par l’étranger. Elle peut convoquer l’étranger à plusieurs entretiens pour savoir s’il a toujours le droit de séjourner en France. Si l’étranger ne répond pas aux convocations ou empêche les contrôles, son titre de séjour pourra être retiré. Hormis le secret médical, il n’y a plus de secret professionnel pour les étrangers en France. Au prétexte de la lutte contre la fraude au séjour, beaucoup d’organismes publics sont dorénavant obligés, sous peine de commettre un délit, d’espionner l’étranger et de transmettre ses données personnelles sur requête de la préfecture. Il en est ainsi des organismes d’état civil, des administrations chargées du travail et de l’emploi, des organismes de sécurité sociale, des écoles et universités, des fournisseurs d’énergie, de téléphonie er d’internet, des établissements de santé publics et privés ; des établissements bancaires et des organismes financiers ; des greffes des tribunaux de commerce. L’étranger est ainsi dépouillé de sa sphère privée et de son intimité par ces organismes qui deviennent, bon gré mal gré, de nouveaux agents de renseignement sur la vie des étrangers. Cette nouvelle loi installe un système de surveillance généralisé des étrangers en France, et viole, de ce fait, le principe de l’égalité des usagers devant le service public, de même que le droit fondamental au respect de la vie privée. Ce flicage administratif place de facto les étrangers dans un « Etat d’urgence administratif » permanent. Il génère une suspicion de délinquance administrative qui plane sur la tête de tout étranger en France. Les mêmes contrôles et délations institutionnalisées, appliqués aux français, feraient certainement l’objet d’une vague de contestations populaires, politiques ou judiciaires devant le Conseil constitutionnel. En attendant une correction de cette loi, le seul rempart qui reste aux étrangers en France est d’être transparent et de ne rien avoir à se reprocher.
Aliou TALL,
Président du Réseau Africain de Défense des Usagers, des Consommateurs et du Citoyen (RADUCC)
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