Aliou TALL: Franc CFA - mépris - tutelle : l’Afrique humiliée !

Dans une tribune que j’avais écrite en 2013, intitulée « SOMMEIL France-Afrique sur le Franc CFA : A quand le REVEIL ? », je démontrais que la servitude monétaire que subissent depuis 1945 les Etats africains, à cause du Franc CFA, est illégitime. Que la dévaluation du franc CFA et la disparition du franc français justifient l’émancipation monétaire des Etats africains. Mais du Général De Gaulle à Macron, en passant par Sarkozy, les présidents africains sont infantilisés. L’attitude de Macron devant le président Burkinabé en est une illustration. Seuls les peuples africains pourront impulser une rupture.

 

L’Afrique méprisée : De l’injure subliminale de Sarkozy à l’attitude infraliminale de Macron.

Sciemment ou inconsciemment, Sarkozy injuriait tous les africains en affirmant lors de son discours de Dakar que l’Homme Noir a raté le train de l’histoire. Mais ce que Sarkozy disait haut, beaucoup de français et d’européens le pensent bas. l’Eglise catholique qui décrivait le Nègre comme un être sans âme ; les missionnaires catholiques et les écrivains européens qui dressaient un portrait affreux du Nègre, dépeint comme un être paresseux, dont la science ne dépasse pas la répétition de gestes  quotidiens, un être sauvage, cannibale et violent, ont terni l’image du Noir. Ce tableau rétrograde a fait naître chez les européens un complexe subliminal de supériorité à l’égard du Noir, un sentiment de mépris, et parfois de racisme.

Quand le président français Emmanuel Macron se défoule devant la jeunesse africaine au Burkina Faso ; quand il tutoie et ridiculise le président de ce pays, comme s’il faisait un One Man Show satirique, on  atteintl’étape infraliminale du mépris. Macron n’oserait jamais avoir le même ton devant des étudiants français de l’université de Nanterre ou de la Sorbonne ! Il n’oserait jamais se compter ainsi devant le président russe,  Vladimir Poutine, ou Nord coréen, Kim Jong-un. Il ne les ridiculiserait jamais devant leurs populations, encore moins leur intimer l’ordre « Reste là ! », comme il l’a fait au président Burkinabé Roch Kaboré. Mais en Afrique, c’est un jeu d’ENFANT avec des adultes qui refusent de grandir.  On ne risque rien en humiliant un président africain ! On dira que c’était une  blague, qu’il l’a bien aimée.

Le France CFA met sous tutelle les présidents africains et viole la souveraineté de nos Etats.

Françafrique. Ce mot désigne depuis longtemps la tutelle dont on accuse la France d’imposer aux dirigeants africains. Une tutelle pour les intérêts de la France et des dirigeants africains en manque de légitimité, mais qui nuit gravement à ceux des populations, des économies et des Etats africains. La plupart des présidents africains accepte cette sujétion. Ils sont conscients qu’aucune nation ne se développera durablement sans une réelle souveraineté. Or il n’y a pas de souveraineté politique effective sans souveraineté économique. Et aucune souveraineté économique ne peut tenir sans une réelle souveraineté monétaire nationale ou communautaire.  Donc, tant qu’il y aura du Franc CFA, l’Afrique restera colonisée. Pour reprendre Henry FORD, si le peuple africain comprenait bien le micmac financier qu’induit le système monétaire du franc CFA, il y aurait une révolution avant demain matin. Il ne fait aucun doute que l’Afrique a intérêt à avoir un système monétaire autonome, en dehors de celui du franc CFA. C’est une urgence. Il ne s’agit pas de mener une croisade monétaire contre la France. Mais de privilégier les intérêts des économies africaines, en s’extirpant de ce résidu colonial. Au demeurant, il est possible de garder les relations politico-économiques privilégiées en entre la France et l’Afrique, sans perpétrer les frustrations et  les injustices du Franc CFA. Les présidents africains qui trouvent des subterfuges du genre « l’Afrique n’est pas encore prête pour gérer sa propre monnaie », devraient immédiatement démissionner. Car s’ils ne peuvent pas gouverner une monnaie, ils ne peuvent pas gouverner une nation. L’Afrique regorge d’experts juridiques, financiers et économiques capables de piloter et de gérer les mécanismes d’une monnaie nationale ou communautaire. 

Le Franc CFA est une arme d’ingérence et de domination politico-économique.

Comment justifier que le Franc CFA ait permis à la banque de France d’engranger pendant des décennies l’essentiel des réserves de change du Bénin, du Burkina Faso, du Cameroun, du Congo Brazzaville, de la Côte d’ivoire,  du Gabon, de la Guinée Bissau, du Mali, du Niger, de la République Centrafricaine, du Sénégal, du Tchad, du Togo, etc. ?  Pour avorter la révolte grandissante des peuples africains contre cette monnaie néocoloniale, Macron pourrait proposer aux chefs d’Etats africains de revoir les accords monétaires sur le Franc CFA, ou de changer artificiellement le nom du franc CFA. L’idée serait alors de changer l’emballage du camembert toxique, pour convaincre les africains que c’est un nouveau bon camembert. Si les dirigeants africains gobaient une telle duperie, ce serait une infamie pour l’homme Noir. Ce n’est pas Macron qui les alertera de la nécessité de se débarrasser du Franc CFA. Ce n’est pas Macron, produit de la finance, promu par les Jacques Attali, François Henrot et David Rothschild, qui démentira l’affirmation du fondateur de la banque Rothschild, selon laquelle  celui qui a le contrôle de la monnaie d’une nation contrôle ses  normes. Il ne démentira pas non plus Napoléon Bonaparte selon qui ceux contrôlent l’argent d’un gouvernement contrôlent la situation dans ce pays. On est l’esclave de ceux qui créent et contrôlent notre monnaie, tant que cela dure. Alors sortons du franc CFA pour sortir de cet esclavage !

Aliou TALL

Président du RADUCC

Gilles Olakounlé Yabi : Le spectre de la fragmentation de l’Afrique de l’Ouest et de la recolonisation du Sahel

L’économiste Gilles Olakounlé Yabi analyse et s’inquiète de l’ampleur de la présence militaire et sécuritaire franco-européenne dans l’espace sahélien.

Soldats de l’opération « Barkhane » participant aux cérémonies du 14-Juillet sur la base aérienne Adji Kosseï à N’Djamena, au Tchad en 2017.   
Soldats de l’opération « Barkhane » participant aux cérémonies du 14-Juillet sur la base aérienne Adji Kosseï à N’Djamena, au Tchad en 2017.         Crédits : REUTERS    

De nombreuses voix africaines ont réagi aux propos du président français Emmanuel Macron tenus au terme du sommet du G20 en Allemagne. Selon lui, l’Afrique fait face à « un défi civilisationnel » et ses femmes, qui font encore « sept à huit enfants », mettent en péril l’avenir du continent en annihilant tous les efforts de développement. Les Africains qui ont écrit des tribunes pour manifester leur exaspération ont eu raison. Ce n’est pas parce que nous sommes pauvres et faibles, que nous devons accepter de nous faire sermonner, voire insulter, par chaque président français qui arrive au pouvoir.

        Lire aussi : A Hambourg, un G20 moins ambitieux qu’espéré pour l’Afrique    

Mais, à force de se laisser distraire par une communication hasardeuse, on prend le risque de passer à côté de l’enjeu essentiel : l’abandon du champ des idées et de l’action dans les domaines clés pour l’avenir de l’Afrique francophone en particulier à la France et à ses partenaires de l’Union européenne. Invité le 2 juillet à Bamako à l’occasion d’un sommet du G5 Sahel, nouvelle organisation réunissant le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad, le président Macron avait annoncé non seulement le soutien financier et logistique de la France à la future force conjointe du G5 Sahel, mais aussi l’avènement d’une Alliance pour le Sahel. Cette initiative a été lancée lors du conseil des ministres franco-allemand du 13 juillet, signalant un partenariat de plus en plus fort entre Paris et Berlin sur les questions africaines.

Immigration « massive » et « terrorisme islamiste »

Les objectifs politiques des Européens sont assumés : contenir et prévenir une immigration africaine « massive » vers l’Europe et réduire la propagation du « terrorisme islamiste ». Ces deux menaces vitales seraient alimentées par les dizaines de millions à venir de jeunes Africains sans emploi et sans perspectives dans leur pays d’origine. C’est parce qu’ils sont déjà nombreux et sont promis à une croissance exponentielle que la démographie africaine est devenue un sujet majeur de préoccupation pour l’Europe.

        Lire aussi : Au Sahel, Macron et Merkel veulent faire du neuf avec du vieux    

Les objectifs économiques des Etats et des entreprises européennes sont, quant à eux, comme toujours, moins assumés. Il n’y a pourtant rien de mal à reconnaître ce que chacun sait : le « développement » des pays pauvres, ce sont aussi des marchés garantis pour les entreprises des pays riches et des marges de négociation très utiles pour assurer les approvisionnements en matières premières dans des conditions très avantageuses.

L’ampleur de la présence militaire et sécuritaire franco-européenne dans l’espace sahélien d’une part, la nouvelle Alliance pour le Sahel d’autre part, illustrent le désarroi profond dans lequel s’enfonce la vaste région ouest-africaine. La double dépendance du Sahel sur le plan de la sécurité et du financement du développement à l’égard de la France et de l’Europe reflète une tendance plus préoccupante : un affaiblissement sans précédent des organisations régionales africaines sur fond de crise profonde de leadership et de manque de vision politique au niveau des Etats de la région.

Si le président français a osé parler avec assurance de la fécondité africaine, c’est parce que ses services diplomatiques, son état-major militaire, ses officines de renseignement, sa grande agence de développement, ses centres de recherche spécialisés sur les questions de « développement » et ses multinationales qui font leurs plus grosses marges en Afrique, connaissent plutôt finement les réalités et les dynamiques actuelles du continent. La France a toujours su maintenir son dispositif de recherche académique et d’anticipation stratégique sur l’Afrique. En ayant d’ailleurs l’intelligence de ne plus se limiter à ses anciennes colonies.

Diagnostic des problèmes africains

La « leçon sur les problèmes de l’Afrique » donnée par le président français à Hambourg manquait singulièrement de profondeur historique, de réserve diplomatique et de sens du respect, mais son diagnostic des problèmes africains n’était pas totalement erroné. Les défis posés par les trafics criminels, le terrorisme, le manque de perspectives des jeunes, « les transitions politiques complexes » et « les Etats faillis » sont bien réels. Que nombre d’Etats faillis aient été engendrés ou entretenus largement par la France ne change rien au fait qu’ils obèrent en premier lieu l’avenir des populations africaines.

        Lire aussi : La question démographique, épée de Damoclès du développement africain    

Les pays africains n’auraient jamais dû laisser ces fragilités atteindre le degré de gravité actuel. Ils n’auraient jamais dû créer par là même les conditions pour que se déploie à nouveau la logique de l’« aide extérieure », du paternalisme et d’une dépendance trop flagrante. Si l’Afrique de l’Ouest, et pas seulement les pays sahéliens, en est là, c’est essentiellement parce qu’elle se laisse fragmenter au lieu de consolider son intégration.

Si l’Afrique de l’Ouest en est là, c’est parce que tous ses potentiels pays leaders se sont abîmés depuis vingt ans dans des crises graves. C’est parce que le Nigeria, géant démographique et économique, n’a plus joué son rôle moteur pour cet espace, occupé qu’il est par ses fissures multiples, et handicapé par une série d’erreurs de casting présidentiel aux conséquences tragiques. C’est aussi parce que l’Afrique de l’Ouest ne s’est pas dotée de centres de recherche stratégique destinés à informer les prises de décision par les hauts dirigeants des Etats et des organisations régionales.

        Lire aussi : « Au Sahel, notre politique d’aide au développement s’est complètement fourvoyée »    

Au lieu d’avancer dans un processus de rationalisation des organisations régionales et de fusion politique et économique des espaces francophones, anglophones et lusophones, les chefs d’Etat ont au contraire multiplié des initiatives dans des cadres institutionnels concurrents. La crise au Mali a ouvert depuis 2012 un boulevard pour la création d’une nouvelle entité géopolitique : le Sahel désormais doté de sa propre organisation, le G5 Sahel.

Si personne ne remet en cause l’existence de défis spécifiques aux pays du Sahel, il est certain que ses problèmes auraient pu être rattachés à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et qu’on aurait pu créer un cadre de concertation entre la Cédéao et les pays non membres comme la Mauritanie, le Tchad et le Cameroun. Les difficultés du Nigeria, la timidité du Ghana, la fragilité politique et sécuritaire de la Côte d’Ivoire, la faible taille économique des autres pays ont offert la région sur un plateau d’argent à une influence française et européenne durable d’une ampleur problématique.

L’avenir du Sahel, c’est l’Afrique

Accepter le détachement géopolitique progressif du Sahel de l’Afrique de l’Ouest institutionnelle incarnée jusque-là par la Cédéao pourrait être une erreur stratégique majeure. Cela conduirait à casser la dynamique de solidarité entre pays côtiers et pays enclavés et à mettre en danger les principaux chantiers de l’intégration ouest-africaine. Les informations disponibles sur l’Alliance pour le Sahel ne mentionnent ni la Cédéao, ni l’Union africaine comme cadres politiques de référence du dialogue entre les pays du Sahel et leurs partenaires internationaux.

        Lire aussi : « Nous voulons montrer aux populations du Sahel qu’une action publique est entreprise pour eux »    

Les engagements français et européens dans les pays du Sahel depuis 2012 sur le terrain sécuritaire ont sans doute fait plus de bien que de mal. Les nouvelles perspectives dessinées par l’Alliance pour le Sahel peuvent contribuer à des progrès dans ces pays. A condition de s’assurer qu’elles ne gèleront pas les transformations profondes qui doivent intervenir dans les pratiques politiques et le fonctionnement des Etats. Et à condition de ne pas détricoter l’intégration de l’espace ouest-africain.

Si des millions de jeunes devaient dans quelques années émigrer des pays du Sahel à la recherche d’une vie meilleure, ils se dirigeront d’abord massivement vers d’autres pays africains, et non vers l’Europe. Les problèmes du Sahel sont ceux de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique. Les richesses et les potentialités du Sahel aussi. L’avenir du Sahel ne réside pas dans sa recolonisation.

Gilles Olakounlé Yabi, économiste et analyste politique, préside le comité directeur de WATHI (www.wathi.org), laboratoire d’idées citoyen de l’Afrique de l’Ouest.

Aliou Tall : des étudiants africains deviennent SDF en France

(Partie 1 : La responsabilité du bail précaire)

Des milliers de bacheliers et d’étudiants africains se préparent à poursuivre leurs études en France pour la prochaine rentrée universitaire. Ils courent tous derrière un sésame nécessaire à l’obtention du visa : le justificatif de domicile. A défaut d’obtenir une attestation d’hébergement établie par un proche, certains se résignent à signer un bail meublé-étudiant. Mais avec ce bail ils seront inéluctablement, comme beaucoup d’étudiants africains déjà en France, dans la précarité du logement. Les moins chanceux deviennent SDF : Sans Domicile Fixe. Il urge de les conseiller sur les vicissitudes du bail meublé-étudiant ; et de dénoncer la carence et la responsabilité des autorités africaines dans cette misère inadmissible.

Etudiants africains en France, faites attention à l’arnaque de bailleurs sur la qualification de bail meublé.

Le bail meublé est régi par la loi Mermaz du 6 juillet 1986 et par loi dite ALUR du 24 mars 2014, qui vient encadrer rigoureusement la location de logements meublés. Malgré cela, beaucoup de bailleurs, pour pouvoir vous expulser aisément, ont recours systématiquement au bail meublé, sans que le logement loué ne réponde aux critères impératifs posés par la loi pour que cette qualification soit retenue. Dorénavant, le bail ne peut être qualifié de meublé si le logement n’est pas décent, s’il ne dispose pas d’un mobilier suffisant et de qualité pour vous permettre d’y vivre, d’y manger et d’y dormir convenablement. Il ressort de la loi ALUR et d’un décret applicable depuis septembre 2015, que pour être qualifié de meublé, le logement doit obligatoirement disposer des éléments suivants : un lit avec une couette ou une couverture ; une cuisine avec plaques de cuisson et four, une table et des chaises, et des ustensiles de cuisine ; des étagères de rangement ; des lampes et du matériel d’entretien. Si votre logement meublé ne remplit pas ces conditions, vous pouvez faire injonction à votre bailleur de le mettre aux normes. A défaut il manquerait à ses obligations contractuelles et la qualification de bail meublé ne pourra pas être retenue. Il ne pourra pas alors vous expulser au terme initial du bail qui était inférieur ou égal à un an : la nouvelle durée de votre bail sera de 3 ans avec tacite reconduction.

Etudiants africains en France, faites attention à la précarité qu’engendre le bail meublé-étudiant.

Déjà avec le bail meublé de droit commun la durée du bail, qui est d’un an maximum, vous plonge dans une précarité du logement. Mais si ni le bailleur, ni vous, ne mettez expressément fin au contrat, il continue automatiquement par tacite reconduction. Toutefois, vous dépendez toujours de l’humeur du bailleur qui peut assujettir la reconduction du bail à une augmentation du loyer. Si vous la refusez, il peut légalement refuser de renouveler le bail et vous expulser.Votre galère au logement ira de mal en pis si vous acceptez de signer un bail meublé-étudiant : non seulement la durée du bail est ramenée à 9 mois, mais encore vous ne bénéficiez pas de la tacite reconduction.Cela veut dire que même si votre bailleur ne se manifeste pas à la fin du bail, vous devez quitter les lieux. Pour maintenir votre logement meublé-étudiant vous êtes obligé de négocier un nouveau bail. A la fin de celui-ci, vous serez encore obligé de renégocier un nouveau bail pour garder votre logement. Pour rester dans le même logement de la première année de licence au Master, l’étudiant étranger doit négocier 6 fois le renouvellement de son contrat de bail. Même s’il y parvient, ce qui n’est pas gagné d’avance, la loi le plonge dans une précarité structurelle qui peut compromettre la bonne marche de ses études. Donc bail meublé-étudiant doit être un dernier choix, si vous n’avez aucune autre alternative.

Etudiants africains en France, le bail meublé-étudiant convient aux étudiants français, pas à vous.

Cette évolution législative a été plutôt pensée pour les étudiants français qui peuvent retourner vivre chez les parents ou des proches  à la fin de chaque année universitaire : Jean DUPONT, étudiant à la Sorbonne, ira chez ses parents qui disposent à Carcassonne d’une villa de 600 m² avec 5 chambres inoccupées. Nathalie DESCHAMPS, étudiante à Marseille, ira chez son grand-père qui est propriétaire d’une grande concession à Cassis. Que fera l’étudiant malien, camerounais, sénégalais, guinéen, gabonais, etc., qui n’a aucun proche DUPONT ou DESCHAMPS pour l’héberger ? Il ne peut non plus compter sur des proches parents qu’il aurait en France. Ces derniers étant eux-mêmes confrontés à une promiscuité due à une famille nombreuse (A partir de 3 enfants en France) et un logement avec peu de chambres. S’il n’a pas les moyens de rentrer dans son pays pendant l’été, il comptera sur des amis, des promotionnaires d’école ou de faculté, ou des membres de l’association des étudiants ressortissants de son pays d’origine, qui lui viennent temporairement en aide. Etudiants comme lui, avec plus ou moins les mêmes galères existentielles en France, ils ne pourront pas lui offrir une solution pérenne de logement. Il dormira ça et là avec sa petite valise. Il ira passer les vacances d’été dans une autre ville pour y faire un job d’été, sans savoir dans quelles conditions il y dormira. Il devient SDF !

Il est de la responsabilité des gouvernements africains d’affronter cette problématique pour offrir des solutions viables, et non des annonces et mesures en trompe-l’œil, qui ne parviennent même pas à soigner la partie superficielle de la plaie générée par le miroir aux alouettes qu’est le bail meublé-étudiant.

Aliou TALL,

Juriste, Président du RADUCC.

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Baba Hay Thiam : « Guinéens compétents de la diaspora, n’ayez pas peur de rentrer pour développer le pays ! »

L’avocat Baba Hady Thiam, élevé en Guinée et formé à Londres et Paris, partage son expérience d’être revenu s’installer à Conakry.

   Baba Hady Thiam

Le retour des cadres supérieurs d’origine africaine, nés ou partis étudier en Occident, les « repats », fait presque l’objet d’un mythe. Il y a quelques mois, j’ai décidé de franchir le pas en tentant l’aventure « périlleuse » du retour au cocon natal. Six mois plus tard, je ne regrette aucunement cette décision. Permettez-moi de vous livrer ici en toute humilité mon retour d’expérience.

Je fais partie de la catégorie des repats qui ont grandi en Afrique et ont fait leurs études supérieures en Occident. Après avoir passé mon baccalauréat en Guinée, j’ai été diplômé de plusieurs universités au Maroc, puis en France, avant de rejoindre l’école du Barreau de Paris. J’ai par la suite exercé pendant six ans en qualité d’avocat au sein de cabinets internationaux parisiens. Alors que je bénéficiais d’intéressantes perspectives d’évolution dans un cabinet américain majeur en France, j’ai fait le choix d’être « un repat de plus ».

Une évidence

Ce retour au pays a toujours été une évidence pour moi. Tout d’abord parce que la vie m’est plus agréable au contact quotidien de mes racines et de ma famille. Ensuite parce que je me sens pleinement partie intégrante de cette nouvelle génération panafricaine, qui croit et veut prendre part au développement d’une Afrique du XXIe siècle forte, émergente et performante.

En dépit de cette évidence, la décision de retour au pays et sa mise en œuvre ne vont pas de soi, car elles impliquent, à bien des égards, de quitter sa zone de confort, certaines habitudes, un horizon professionnel prometteur, le tout pour un continent que l’on redécouvre. Il faut donc savoir surmonter certaines appréhensions.

 

Ce retour au pays n’est pas forcément idyllique. En effet, certaines désagréables réalités sont déconcertantes : la mauvaise route que tu empruntais pour rendre visite à ta tante il y a vingt ans est dans un état encore plus déplorable, l’électricité demeure un luxe, l’administration est toujours aussi corrompue et défaillante… La médiocrité, le clientélisme et le népotisme sont érigés en valeurs cardinales. Les manques dans certains secteurs clés telles que l’éducation, la santé ou les infrastructures sont criants.

Dans mon cas particulier et avant même ce retour, j’étais pleinement conscient de ces réalités et avais accepté l’idée de ne plus vivre dans le même environnement. Malgré tout cela, j’ai été surpris, lors d’un séjour à Paris de trois semaines au mois de mai, de constater que la vie en Guinée me manquait au bout d’une semaine.

Foi en l’avenir

Six mois, c’est encore tôt pour tirer des conclusions définitives. Néanmoins, je dresse un constat positif.

Tout d’abord, ce retour m’a permis de passer davantage de temps avec ma famille et mon entourage, ce qui n’a pas de prix. Ce retour m’a également permis de prendre pleinement part à des initiatives du secteur privé guinéen avec un impact considérable tel que le GYPC, un club de jeunes professionnels guinéens que nous avons créé pour faire entendre notre voix.

        Lire aussi : La douleur indocile de Williams Sassine, l’insurgé de Guinée    

Aussi, la Guinée demeure un formidable terrain d’opportunités. La croissance aidant – estimée entre 5 % et 6 % pour la période 2017-2020 –, le futur et les perspectives des entreprises locales sont prometteurs. Certains repats guinéens l’ont compris et prennent pleinement leur part, dans le secteur privé notamment, aux immenses opportunités qui se présentent aujourd’hui dans le pays.

Alors j’ai foi en l’avenir avec l’intime conviction que demain ici sera meilleur qu’aujourd’hui.

La jeunesse est le plus bel atout de notre pays. Dans ce cadre, j’ai toujours pensé qu’il est important que les repats guinéens, notamment les jeunes, atteignent une masse critique localement afin de permettre l’émergence du pays. Oui, la Guinée manque cruellement de compétences rompues aux standards internationaux, mais nous ne manquons pas de compatriotes aux compétences reconnues. Simplement, le cadre guinéen est moins enclin à un retour.

Ne pas baisser les bras

Aux potentiels repats guinéens qui hésitent et à la lumière de mon expérience, quelques éléments paraissent essentiels pour un retour réussi, ou à tout le moins éloigné de l’enfer promis : une bonne préparation, l’humilité et l’acceptation de ne pas être le messie (au contraire), le soutien de sa famille et de son entourage et l’acceptation que l’on débute une nouvelle vie avec ses avantages, mais également ses inconvénients. Cet aspect psychologique est primordial. Une fois que l’on a accepté ces inconvénients guinéens, il convient de considérer le temps comme son allié et ne pas baisser les bras à la moindre mésaventure ou frustration.

        Lire aussi : Alpha Condé : « L’Afrique avance quand elle parle d’une seule voix »    

Bien naturellement, je ne suis pas en train de vouloir convaincre la planète entière que tous les Guinéens de la diaspora doivent tout abandonner pour revenir en Guinée. Ce ne serait rendre service à personne que de faire cela. Mon témoignage s’adresse surtout à ceux qui ont envie de rentrer, mais ont peur de franchir le pas.

Il y a de nombreux mythes à déconstruire concernant le retour. Franchir le pas n’est jamais facile, cela est une évidence, et il faut faire des concessions, sans néanmoins se compromettre. Mais, à terme, les inconvénients peuvent se traduire par de belles opportunités et un épanouissement sur la terre de nos aïeux.

Baba Hady Thiam est avocat à Conakry au sein du cabinet Thiam & Associés qu’il a créé.

Par Aliou TALL : Etudiants africains en France : Futurs diplômés – futurs « sans papiers ». (Partie 2)

« Retourne chez toi » ! C’est la solution facile qu’on donne souvent au diplômé africain confronté au dilemme : insertion professionnelle en France ou retour au pays. Les jeunes français, espagnols ou italiens étudient à l’étranger, et personne ne leur prescrit de rentrer chez eux après leurs études. Pourquoi les diplômés africains devaient être exclus da la mobilité internationale des compétences ? Les gouvernements africains devraient plutôt négocier des clauses levant les obstacles titaniques à leur insertion professionnelle en France.

Des clichés et des complexes défavorables au recrutement des diplômés africains en France.

Le fait qu’il y ait du chômage et une conjoncture économique en France justifie-t-il les restrictions au recrutement des diplômés africains ? Il y a du chômage dans d’autres pays développés, ce qui n’empêche pas des jeunes français de s’y rendre pour étudier et travailler après. Il y a des milliers d’étudiants français aux Etats Unis, au Canada, au Royaume Uni, en Allemagne, etc. Ils sont plus de 18 000 en Belgique, alors que ce pays ne compte que 2 000 étudiants en France. Qu’est ce qui justifierait que les 80 000 étudiants français à l’étranger aient le droit d’y chercher un travail après leurs études, alors que les 2 000 étudiants maliens en France devraient rentrer chez eux une fois diplômés ? Le chômage est nettement plus ardu au Mali qu’en France ! Le Mali est nettement moins développé que la France !

Le spectre du chômage en France hante moins les français, les européens et les autres étrangers, que les diplômés africains. Ces derniers doivent surmonter, en plus des tensions du marché de l’emploi, des réticences xénophobes, des discriminations fondées par la différence raciale, culturelle, ou même morphologique (l’accent marqué quand ils parlent français, des clichés racistes développés par des écrivains français comme Diderot, véhiculés par des missionnaires catholiques en Afrique, et confortés par une bulle papale qui considérait les Noirs comme des êtres sans âmes). Il s’en est suivi un complexe de supériorité chez certains cadres Blancs, qui ont du mal à avoir comme collègue ou supérieur hiérarchique un Noir, qui est censé, pour eux, occuper des jobs peu qualifiés, s’il n’est pas chanteur ou sportif de haut niveau : Agent de sécurité dans un supermarché, videur de boite de nuit, maître chien, éboueur, femme de ménage, auxiliaire de vie, etc. Face à ces obstacles tabous, les 12 mois accordés au diplômé africain pour trouver un travail ou quitter la France, sont insuffisants.

Une préférence nationale politiquement correcte.

La réticence des entreprises françaises à recruter des diplômés étrangers est due à la procédure désespérante du changement de statut. Cette procédure les incite indirectement à ne pas les recruter. Si, malgré les obstacles administratifs érigés, un employeur veut quand même recruter un diplômé étranger au regard de ses compétences (Et non de sa gentillesse), ils doivent tous les deux affronter l’opposabilité aux étrangers de la situation de l’emploi en France. C’est dissuasif ! L’administration française a inventé cette notion politiquement correcte, moins fâcheuse que celle de la préférence nationale, étiquetée Front National. Hormis une liste de quelques métiers marqués par des difficultés de recrutement, l’étranger ne pourra pas occuper le poste proposé, tant que l’employeur ne prouve pas qu’il ait essayé de recruter, sans succès, un candidat déjà présent sur le marché du travail. Avec l’application de la circulaire Guéant en 2011, plus de 80% des diplômés étrangers devaient rentrer chez eux une fois diplômés, ou devenir « sans papiers ». Ce taux a baissé depuis l’abrogation de cette circulaire, mais reste important.

Pour que la situation de l’emploi ne lui soit pas opposable, le diplômé étranger doit cumulativement surmonter un cassis puis, subitement, un   dos-d’âne : L’emploi décroché doit être en relation avec sa formation ; et le salaire promis doit en principe être supérieur à 1,5 fois le SMIC. Si un emploi est payé 1800 bruts par mois, le diplômé français pourra l’occuper. Le diplômé étranger lui, avec les mêmes diplômes et les mêmes compétences que le jeune français, devra exiger de l’employeur qu’il lui paye de plus 420,40 euros pour occuper cet emploi. Même s’il est kiroukou dans un conte de fées, il n’y parviendra pas.

Des accords bilatéraux à renégocier urgemment.

Les gouvernements africains doivent renégocier avec la France leurs accords sur la gestion concertée des flux migratoires, afin d’améliorer la situation de leurs étudiants en France, notamment sur l’APS et la non-opposabilité de la situation de l’emploi. A cette fin, je leur propose les pistes suivantes :

-          Généraliser la possibilité de faire un changement de statut avec une licence professionnelle ou un diplôme de niveau Master obtenu au pays d’origine, comme l’ont négocié les autorités du Cameroun, du Burkina Faso, de Maurice et de la Tunisie.

-          L’étudiant étranger qui sollicite une APS est considéré comme ayant définitivement mis un terme à ses études en France. Cette présomption, devenu irréfragable dans la pratique, doit être levée par la révision des accords susmentionnés.

-          Il faut mettre un terme à l’anarchie législative des accords bilatéraux, en uniformisant la durée de l’APS pour tous les étudiants africains. Il faut négocier le renouvellement de plein droit de l’APS  pour une durée de 12 mois. La France a accordé cette possibilité aux diplômés indiens en France. On voit mal comment elle pourrait la refuser aux étudiants des pays d’Afrique avec lesquels elle entretient des relations historiques, fraternelles et économiques privilégiées.

-          Pour les dérogations à la non-opposabilité de la situation de l’emploi aux diplômés africains en France, il faudra négocier des métiers qui correspondent à leurs profils.

-          Il est impératif d’abroger les dispositions insensées des accords bilatéraux qui renvoient au droit français : Une fois ratifié et réciproquement appliqué, le droit issu de ces accords prime sur le droit commun français. Beaucoup de refus de titre de séjour aux étudiants africains sont appuyés sur cette aberration juridique qu’il urge de corriger.

Aliou TALL,

Juriste, président du RADUCC.

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