Deleuze pédagogue

 

Gilles Deleuze (DR)Gilles Deleuze (DR)

« Un cours c’est quelque chose qui se prépare énormément. Si vous voulez cinq minutes, dix minutes d’inspiration, il faut préparer beaucoup, beaucoup, beaucoup », affirme Deleuze dans l’Abécédaire. La préparation des cours chez Deleuze est souvent rapprochée d’une série de pratiques artistiques : « Un cours ça se répète. C’est comme au théâtre… c’est comme dans les chansonnettes, y a des répétitions ».

De prime abord, de telles comparaisons ont quelque chose de convenu pour quelqu’un qui, formé dans les khâgnes et à la Sorbonne de l’après 1945, a connu comme élève et étudiant les « exhibitions souvent théâtralisées de l’improvisation philosophique » décrites par Bourdieu dans ses Méditations pascaliennes. On remarquera cependant que ces rapprochements avec les arts concernent davantage la préparation des cours que leur exécution proprement dite. Il n’existe pas chez Deleuze de justification philosophique de l’exécution théâtrale ou musicale de l’enseignement de la philosophie. La pédagogie deleuzienne ne reproduit pas davantage l’éloge fiévreux de la rencontre avec le professeur de philosophie comme maître à penser inspiré.

A travers la comparaison avec les arts, c’est d’abord d’un véritable dressage qu’il est question, d’où une série d’expressions éminemment suggestives : « Y a pas d’autres mots que ‘se mettre dans la tête’ (…). Or ça va pas du tout de soi trouver intéressant ou passionnant ce qu’on dit (…). Il faut trouver la matière que l’on traite, la matière que l’on brasse, il faut la trouver passionnante (…). Or, il faut parfois se donner de véritables coups de fouet (…). Il faut se monter soi même jusqu’au point où l’on est capable de parler de quelque chose avec enthousiasme. C’est ça la répétition ». Les termes propres à qualifier ce travail de préparation sont d’un côté au plus loin de ceux qu’engagent un rapport à la culture fait de distance et de désinvolture propre aux « détenteurs de naissance ». Mais la présentation de ce travail acharné n’est pas pour autant identique à la valorisation d’une acquisition et d’une thésaurisation laborieuses des connaissances que l’enquête sociologique décèle dans le discours des autodidactes et des membres de la petite bourgeoisie. Trouver sa matière passionnante, intéressante, être « habité » par elle, « se monter » au point de parler avec enthousiasme : comment mieux dire que la croyance (en ce qu’on enseigne) ne va pas de soi, et que, comme le laissent entendre les comparaisons avec la musique et le théâtre, elle suppose, davantage qu’une besogne, une véritable ascèse apte à dresser et à transfigurer un individu ?

Les arts constituent sans doute chez Deleuze un véritable paradigme de l’apprentissage. Ce n’est pas un hasard si c’est dans un livre consacré à un écrivain (Proust et les signes) que le philosophe y a justement exposé son idée de l’apprentissage : « On ne sait jamais comment quelqu’un apprend ; mais, de quelque manière qu’il apprenne, c’est toujours par l’intermédiaire de signes, en perdant son temps, et non par l’assimilation de contenus objectifs. Qui sait comment un écolier devient tout d’un coup ‘bon en latin’, quels signes (au besoin amoureux ou même inavouables) lui ont servi d’apprentissage ? Nous n’apprenons jamais dans les dictionnaires que nos maîtres ou nos parents nous prêtent ». Des interprétations silencieuses de l’amour aux modes d’inculcation totaux et pratiques de l’art (« on n’apprend jamais en faisant comme quelqu’un, mais en faisant avec quelqu’un, qui n’a pas de rapport de ressemblance avec ce qu’on apprend »), en passant par les cercles mondains, la relecture deleuzienne du devenir artiste de Proust porte en lui un hommage à la part implicite de tout apprentissage.

Cette pédagogie du silence qui convertit en signe de gloire les stigmates de l’apprenti (détours, piétinements, lubies, découragements et déceptions), engage également une critique des valeurs proprement scolastiques de la discussion et de l’explicitation, de l’effort et de la bonne volonté. De fait, l’institution scolaire avec ses rituels d’intégration, ses maîtres, ses exercices, mais aussi sa sociabilité étudiante, est bien la grande absente de ce livre sur l’apprentissage dominé par le couple de l’art et de l’amour. Cette absence, ou mieux, cette présence toute négative (on n’apprend pas avec les dictionnaires de ses maîtres, il faut se méfier de l’amitié, fuir la discussion, etc.) peut surprendre chez quelqu’un qui fut reconnu par l’institution scolaire autant qu’il l’a reconnue, et qui dans quelques rares propos autobiographiques donne parfois le sentiment de devoir son salut à une réussite purement scolaire, notamment lorsqu’il évoque les propriétés d’un univers familial (« famille bourgeoise », « inculte », père antisémite, mère catholique) avec lesquelles il a eu le plus visiblement besoin de marquer la distance.

Mais chez ce grand bourgeois parisien, le choix de l’artiste Proust pour décrire le mouvement de l’apprentissage, est peut-être une manière (bien involontaire) de faire la part à l’implicite de sa propre élection scolaire et de son sens des ambitions légitimes. Aux cercles mondains où Proust « perd » son temps, répondent (serait-on tenté de dire) ces groupes à très forte concentration en capital culturel où Deleuze le jeune (alors lycéen) a poursuivi, à l’extérieur de l’Ecole, sa socialisation à l’univers de l’esprit : des « rencontres » organisées par la médiéviste Marie-Magdeleine Davy du temps de l’occupation allemande (où l’on chuchote autour de Deleuze : « Cela va être un nouveau Sartre »), aux réunions chez Marcel Moré, dans son appartement du quai de la Mégisserie, où Georges Bataille et Jean-Paul Sartre débattent sur « Mal et péché »…

Gilles Deleuze (DR)Gilles Deleuze (DR)

À voir Deleuze retrouver et ressusciter dans Proust et les signes un apprentissage silencieux et obscur, opposé aux valeurs scolastiques, on ne peut s’empêcher de reconsidérer certaines anecdotes concernant son propre parcours scolaire, anecdotes qui témoignent de ses rapports problématiques avec les représentants de l’institution philosophique sans doute engendrés par son hubris de prétendant. Considérons le témoignage que Jean Pierre Faye, camarade et ami de Deleuze en classe préparatoire à Louis le Grand,  a rapporté à François Dosse : « Deleuze assiste au lycée Henri-IV à quelques cours de Jean Beaufret qui est alors l’introducteur en France de l’œuvre de Heidegger. Fasciné par son maître, Jean Beaufret affirme à sa suite qu’on ne peut vraiment la comprendre qu’en parlant et en pensant en allemand. La semaine suivante, Deleuze vient le contredire et lui oppose une solution sarcastique en disant avoir trouvé en Alfred Jarry le poète français qui non seulement a compris mais annoncé Heidegger ».

Devant cette scène de défi symbolique, il faudrait commencer par poser des questions en apparence triviales : où était physiquement situé Deleuze dans l’espace de la classe en venant proposer cette « solution » ? Au premier rang, au fond, assis, debout ? Etait-il seul ou « en groupe », c’est-à-dire accompagné par des amis, des admirateurs, des « déjà convaincus » ? Qu’est-ce qui dans la suggestion du jeune Deleuze a pu susciter le scandale pour Jean Beaufret, scandale qui ne semble pas pouvoir se résumer à la situation d’extra-territorialité de Deleuze dans ce cours où il n’est pas officiellement inscrit? Jarry poète, avec sa littérature comique très sexualisée et ses « blagues scato », ne peut-il habiter l’ontologie heideggérienne du Dasein? Surtout, le rapprochement Jarry-Heidegger ne libère-t-il pas tout un inconscient scolaire ? Qu’on songe par exemple que la plus ancienne version connue d’Ubu roi de Jarry, Les Polonais, met en scène, pour le tourner en dérision, un professeur du lycée de Rennes (M. Hebert, professeur de physique), source comique d’une littérature scolaire abondante semble-t-il. Qu’on songe encore au rôle de « précurseur » que Deleuze confère à Alfred Jarry par rapport à Heidegger : comment Beaufret, ami, correspondant, introducteur, et surtout commentateur « mandaté » du philosophe allemand en France, pouvait-il recevoir cette proposition sans sentir, dans toute sa violence, une contestation implicite de son propre statut et d’une situation de quasi monopole d’accès à la lettre heideggérienne, à une époque où les textes du philosophe allemand étaient pratiquement inaccessibles faute de traduction ?

Il y a quelque chose de potache dans le geste de Deleuze, mais sous la légèreté apparente, il faut voir la force de mise à nu scandaleuse d’un tel procédé. Précisément parce qu’il apparaît trop visiblement comme un « truc » d’étudiant destiné à contourner la voie d’accès royal (la langue allemande dans cet exemple) à la lecture du texte sacré, il témoigne sans doute d’un empressement suspect à parvenir. Mais du même coup il trahit brutalement le secret des grands initiés en rendant visible les modalités d’acquisition réelle de l’histoire de la philosophie : soit la série des trucs, des tours, des coups de forces et des artifices plus ou moins audacieux et périlleux, plus ou moins avouables et explicitement transmissibles, mis en œuvre pour réaliser la tâche de connaître une histoire (celle de la philosophie) dont Canguilhem a pu dire « qu’on la sait ou qu’on ne la sait pas ».

Le geste de Deleuze trahit d’autant plus qu’il est sérieux, autrement dit qu’il est le fait d’un vrai croyant cherchant réellement une « solution » pratique à l’appropriation de la philosophie heideggérienne. Bref, loin de constituer une entreprise de protestation naïve, la revendication d’un tel mode d’accès détourné à la lettre philosophique, opposé à un accès « droit » et « conforme », pourrait bien exprimer des prétentions d’autant plus troublantes qu’élevées, forcées peut-être, pour se faire admettre, d’emprunter une forme quasi parodique. On dirait de ces prétentions qu’elles louchent, c’est-à-dire qu’elles regardent simultanément vers la continuation ou la reproduction du jeu qu’elles épousent et vers l’imposition d’une autre norme pour le jeu, au point de « fausser » l’image même de ce sur quoi portent les prétentions légitimes.

D’ailleurs, Deleuze n’aurait-il pas réalisé dans Logique du sens l’analyse de ces prétentions louches à l’occasion d’une relecture de Platon, axée sur l’opposition de la copie et du simulacre, c’est-à-dire sur l’opposition entre des prétendants « bien fondés, garantis par la ressemblance », une ressemblance intérieure et intériorisée (les copies) et ceux qui prétendent « par en dessous, à la faveur d’une agression, d’une insinuation, d’une subversion » (les simulacres) ? L’interprétation de cet univers platonicien et de son mythe du fondement qui hiérarchise les prétendants à l’essence entre les copies, prétendants « possesseurs en seconds », et les simulacres qui ne possèdent que la « mauvaise puissance du faux prétendant », aurait bien des affinités avec une analyse de la participation et de la conduite scolaires, ou des manières d’être au jeu scolaire.

A la limite, dans le cas de celui qui, comme Deleuze en 1969 avec Logique du sens, consomme une rupture (déjà largement entamée) avec ses maîtres académiques, et affirme un peu plus une prétention de producteur venant doubler un statut de reproducteur conquis sur la base d’une série de livres d’histoire de la philosophie, ne pourrait-on comprendre comme une forme de quasi auto-analyse de son propre parcours scolaire ce triomphe des simulacres qui abolit symboliquement le statut malheureux de copiste, dont la limite, en situation scolaire, se situe dans la restitution « déformée » du discours professoral, à force bien souvent d’une recherche d’ajustement aux attentes supposées du maître ?

Au centre expérimental de Vincennes, que Deleuze intègre au début de l’année universitaire 1970-1971, haut lieu de la nouvelle vie étudiante « antiautoritaire » et « antirépressive » de  l’après Mai 1968, la « révolte des simulacres » aura peut-être rencontré dans les dispositions d’un public pratiquement dépourvu d’anciens élèves de classes préparatoires et essentiellement composé d'étudiants inscrits dans d'autres départements, les conditions d’un rendement optimal. A Vincennes,  le professeur de philosophie « parle devant un public qui comporte à des degrés divers des mathématiciens, des musiciens, de formation classique ou de pop’ music, des psychologues, des historiens (…). Un tel enseignement n’est nullement de culture générale, il est pragmatique et expérimental, toujours hors de lui-même, précisément parce que les auditeurs sont amenés à intervenir en fonction de leurs besoins ou d’apports qui sont les leurs ». D’où aussi ce rapport à la culture ouvertement valorisé dans son enseignement vincennois : « J’ai toujours pensé qu’un cours ça impliquait une collaboration entre ceux qui écoutent et celui qui parle – et que cette collaboration ça ne passait pas forcément par la discussion, même ça passait très rarement par la discussion. Les types à qui sert quelque chose qu’ils écoutent, (…) ça leur sert six mois après, et à leur manière, dans un tout autre contexte. Ils le prennent, ils le transforment et tout ça aussi, c’est des merveilles ».

Prendre, transformer, déplacer dans un « tout autre contexte » : encore et toujours cette part silencieuse de l’apprentissage opposé aux valeurs scolastiques de la « discussion » et à la transmission explicite de règles ou de méthodes formalisées, s’y ajoutant le traitement « artiste » de la matière professorale (détournements, transformations, déplacements dans d’autres contextes pratiques) opposé à la restitution par la copie. Cependant, les rapports de l’hérésiarque Deleuze à cette « institution d’avant-garde », n’ont rien de simple ni de simplement heureux.

En 1973, deux ans à peine après son arrivée au centre expérimental, Deleuze exprime déjà une certaine lassitude devant une dimension bien connue du folklore vincennois : « (…) j’ai été soutenu, injurié, interrompu, par des militants, des faux-fous, des vrais-fous, des imbéciles, des types très intelligents, il y avait une certaine rigolade vivante à Vincennes. Ca a duré deux ans, ça suffit, il faut bien changer ». Mais dix années plus tard, à Saint-Denis cette fois, dans un département qui opère une  normalisation de son cursus en cherchant à obtenir le droit à délivrer des diplômes nationaux, quelque chose du « cirque » vincennois s’est bien conservé. En témoigne cette confession du professeur Deleuze à son auditoire lors de la première séance de l’année 1982-1983 : « Quand je réfléchis à mon destin des autres années – là je fais une espèce de confession devant vous, vous me la pardonnez – je me dis : qu’est-ce que je fais depuis dix ans ? Depuis dix ans je fais le clown ! je fais le clown et vous le savez bien, c’est pour ça que vous venez très très nombreux. Je ne dis pas que vous venez pour rigoler, non évidemment, si vous venez c’est que ça vous intéresse, mais c’est du spectacle ». A la lumière de cet extrait, le cirque et la clownerie désignent moins les interventions débridées de la période héroïque vincennoise (faux frais de l’avant-gardisme), que ce qui ramène Vincennes (devenu Saint-Denis) et sa « pédagogie expérimentale » à la situation scolaire traditionnelle du cours d’amphithéâtre, soit à un numéro de virtuose solitaire.

C’est avec cette situation que le programme deleuzien pour l’année 1982-1983 doit permettre de rompre : « Pendant plus de dix ans j’ai fait des cours pour tout le monde, accordez moi cette année d’en faire un qui ne soit pas pour tout le monde (…). Ce que je demande, c’est la formation d’un petit groupe qui accepte à la fois les conditions que je suis en train de proposer, revenir, ressasser et perfectionner, perfectionner avec moi ce qu’on a fait ». Ce programme de transformation du numéro de clown en un atelier de travail, où l’auditoire est invité à venir reprendre et à corriger le maître, serait à classer parmi les indices de ce renouvellement que le Deleuze du début des années 1980 recherche en investissant la peinture et le cinéma, après la décennie 1970 marquée par les folies de la période vincennoise et du travail philosophique et politique avec Guattari.

Gilles Deleuze à Paris 8 (DR)Gilles Deleuze à Paris 8 (DR)

Formulé en termes de vie ou de mort (« mon projet auquel je tiens comme à ma vie, ma vie spirituelle »), un tel programme suppose la volonté de se réapproprier certains outils scolaires comme le tableau, en même temps qu’il touche, l’un après l’autre, à une série d’éléments propres à la situation d’enseignement et qu’il en trahit la solidarité : le rythme et l’allure du cours, le nombre d’auditeurs, la possibilité pour l’auditoire d’être assis, de pouvoir se déplacer (pour accéder au tableau notamment) et donc de collaborer, jusqu’au problème de la compétence et de l’entente implicite entre participants. Tant et si bien qu’au cours de cette mise en question systématique, c’est à une croyance « paris-huitarde » que le programme deleuzien achève de se heurter au moment même où il prétend se mettre en règle avec elle : « J’ai donc besoin d’un groupe restreint. Alors vous me direz : les autres ? Moi je veux, cette année, je ne l’ai jamais demandé les autres années, sauf pour rire, je l’ai demandé mais je n’y croyais pas, cette année j’y crois. J’exclus, ça va de soi, j’exclus de faire ce qu’on appelle un séminaire fermé – parce que ça me paraît honteux, c’est le contraire de ce qu’est Paris 8 – ce n’est pas ça ce que je veux ». Dans un département en voie de normalisation, déplacé de force de Vincennes à Saint-Denis avec l’ensemble de l’université expérimentale, le terrain sur lequel se trouve Deleuze est risqué puisque son programme peut être entendu comme une tentative d’imposition à peine voilée d’un numerus clausus, autrement dit comme une forme d’attentat à la croyance locale (le séminaire « ouvert »).

Mais la discussion avec les étudiants qui s’en suit, au cours de laquelle Deleuze réfrène à la fois l’assurance statutaire de ceux qui sont prêts à organiser « l’auto-sélection » des participants, et où il refuse d’abandonner purement et simplement à leur sentiment d’illégitimité et d’incompétence ceux qui ne voient pas bien comment ils pourraient  travailler  en « groupe restreint » avec le professeur (ceux qui sont donc tentés par l’auto-élimination), illustre aussi cet art étrange dans lequel Deleuze excelle, cet art qui nécessite un peu de schizophrénie. De l’art de conserver la croyance et de l’invoquer dans sa pureté tout en rendant possible l’interprétation de la croyance. De l’art de rendre la croyance aux croyants et à la « libre » discussion entre croyants tout en la mettant de son côté. De l’art de remettre la croyance en jeu pour en rappeler la valeur, tout en se mettant soi-même totalement en jeu, donc de faire sentir le prix et le coût d’une stricte observance de la croyance. On n’en finirait pas d’énumérer les paradoxes propres à un cas si exemplaire de « manipulation » de la croyance, cas qu’il n’y a pas lieu, bien au contraire, d’interpréter cyniquement. N’est-ce pas à travers le risque qu’il prend de heurter une croyance auquel il doit une partie de son succès hérétique des années 1970 que se mesurent aussi les exigences de renouvellement de Gilles Deleuze?

Gilles Deleuze avec Jean-François Lyotard et François Châtelet (DR) Gilles Deleuze avec Jean-François Lyotard et François Châtelet (DR)

Sébastien Charbonnier S., Deleuze pédagogue, l’Harmattan, 2009, page 32.

François Dosse, Gilles Deleuze et Félix Guattari, La Découverte, 2009, page 121.

Deleuze, « En quoi la philosophie peut servir à des mathématiciens ou même à des musiciens – même et surtout quand elle ne parle pas de musique ou de mathématiques », publié dans l’ouvrage collectif : Vincennes ou le désir d’apprendre, Editions Alain Moreau, 1979, p.120-121.

Cours du 2 novembre 1982 (partie 1), « Cinéma : une classification des signes du temps », en ligne sur « La voix de Gilles Deleuze », Université Paris 8.

Deleuze, Pourparlers, Minuit, 1990, page 20.

En outre, dans un département qui, en 1982-1983, est à son niveau le plus bas en nombre d’inscrits depuis la période 1970-1975, il n’est peut-être pas absurde de supposer que Deleuze vit le succès de ses propres cours (en termes d’affluence) comme une menace d’enfermement dans un statut de « dinosaure » vincennois, voué à assurer le rôle de « banque symbolique » au sein d’un département fortement dépendant de la demande externe des autres départements.

« Cinéma : une classification des signes du temps », cours du 2 novembre 1982 (partie 1).

Bruno Meziane

Bruno Meziane est doctorant en philosophie à l'université Paris 8, rattaché au Laboratoire des Logiques Contemporaines de la Philosophie (LLCP).

 source :Médiapart

 

Gandhi : l’alliance Dadis-Dalein : la morale et le droit (partie 3)

La première partie de ces 3 textes, visait à montrer que le pouvoir actuel a instrumentalisé cette tragédie pendant ces 5 dernières années, pour intimider tous les hommes dont il voulait se débarrasser (et notamment Dadis), afin de contrôler de façon totalitaire l'ensemble du pays.

La deuxième partie voulait expliquer pourquoi ce projet d'alliance entre l'UFDG et le FPDD présente certes des inconvénients mais aussi des avantages – aussi bien pour Dadis que pour l'UFDG -, l'unité d'une opposition la plus élargie possible constituant le gage d'une alternance possible.

Cette partie 3 vise à montrer que les massacres du 28 Septembre 2009 devront servir de leçon de morale pour la Guinée, tout en permettant de distinguer la politique, le droit et la morale.

Intro

On a vu précédemment qu'en politique, non seulement l'alliance Dadis/Dalein ne posait pas de problème particulier, mais qu'elle pouvait même être considérée comme un excellent coup politique pour l'UFDG et le FPDD, une mauvaise nouvelle pour le RPG.

Cette troisième partie – peut-être la plus intéressante – vise à nous confronter à nos propres démons eu égard à ce que d'aucuns jugent improbable.

Au-delà des apparences, même celles qui paraissent évidentes à tous, il ne faut jamais avoir une position définitive, tant que les parties prenantes ne se seront pas expliquées de manière contradictoire (en présence des uns et des autres), ceci permettant parfois de remettre en cause ces évidences initiales. Face à des tragédies, l'émotion ne doit pas être l'unique réponse, la répression en constitue une autre, car elle seule peut permettre de façon dissuasive de promouvoir la prévention. Mais le « plus jamais ça » n'est possible que si l'on agit, et pour se faire, il ne faut faire confiance qu'à soi-même, pas aux politiciens, qui ont d'autres intérêts, parfois à leur corps défendant. Si CDD accédait au pouvoir, que réclamerait la majorité des jeunes d'aujourd'hui : de se tourner enfin vers l'avenir, leur avenir, puisqu'ils représentent celui-ci, et la seule façon d'y parvenir est de rassembler toute la communauté nationale autour d'un projet commun. Cela implique donc d'aller vers l'avant – ne pas se retourner sur le passé, surtout si ce passé suppose que la communauté se déchire encore. C'est cynique, mais cela correspond à la réalité. Il suffit de regarder les pays latino, plus proches de nous sur le plan sociologique, mais aussi l'Europe après 1945, pour voir comment ils ont géré la réconciliation et/ou la répression des anciens criminels.

Attention, je ne suis pas en train d'expliquer que la justice ne doit pas se faire, elle est indispensable, mais elle suppose de la faire avec des personnes qualifiées et compétentes, pas avec des revanchards (tels Alpha Condé), pas avec des gens qui ne sont que dans l'émotion, l'important étant que la justice pour toutes les victimes soit réelle, mais se fasse de manière équitable et apaisée.

Rappel de certains éléments de contexte : version officielle du 28 Septembre

Personne n'a évidemment oublié les massacres et viols du 28 Septembre 2009, qui ne sont que les conséquences directes de l'impunité dont ont bénéficié les auteurs des massacres de Janvier et Février 2007. Pourtant 6 ans après, à peine une dizaine de personnes avait été inculpées1. La liste s'est curieusement allongée lorsque Moussa Dadis Camara a précisé qu'il allait rentrer en Guinée2. Quant à ce dernier, il n'a jusqu'à présent été entendu que comme témoin, et n'a toujours pas été inculpé.

De cette affaire, un rapport de l'ONU pointe certains éléments de fait à retenir, dont notamment la présence de rebelles de l'Ulimo recrutés par les bérets rouges (la garde présidentielle de Dadis), ce qui explique sans doute l'inhabituelle violence faite à l'encontre de citoyens guinéens, et notamment des femmes.

Je ne reviendrai par sur ces massacres horribles qui ne resteront pas impunis, quelle que soit la décision des hommes politiques. Il convient juste de rappeler pour le moment la position juridique de Dadis, car c'est ce qui nous intéresse.

Le statut juridique de Dadis

Il existe 2 formes principales de responsabilités, selon lesquelles Dadis pourrait être rendu pénalement responsable de violations du droit pénal international : la responsabilité directe ou celle indirecte du chef militaire ou supérieur hiérarchique3.

La responsabilité directe de Dadis sera établie s'il est prouvé qu’il a commis lui-même individuellement les faits incriminés, mais il n'était pas au stade. Sa responsabilité indirecte peut être mise en cause si par l'intermédiaire d'une autre personne (Toumba ?), il a ordonné, sollicité, favorisé, aidé, encouragé, assisté dans la commission (des faits), fourni des moyens pour la commission de crimes, ou contribué intentionnellement à la commission d'un crime par un groupe de personnes ayant un objectif criminel commun.

Donc même si Dadis n'avait aucune excuse le 28 Septembre 2009 et peut-être n'en aura t-il jamais, il faut un procès – et il aura lieu de toute façon – pour répondre à un certain nombre de questions que l'on ne se posait pas à l'époque, mais qui avec le recul, prennent une dimension que seul un procès permettra d'élucider. Car pour tout le monde Dadis est coupable.

Quelques éléments de doute

Lorsque certains commentateurs évoquent des faits troublants, allant même jusqu'à accuser Alpha Condé d'être derrière tout ça, eu égard à la question « à qui profite le 28 Septembre ? », et le fait que les réponses impliquent de nombreuses zones d'ombre, on est en droit de se poser quelques questions. Je ne prendrai pas à mon compte toutes ces digressions, mais veut néanmoins évoquer quelques éléments pour vous faire partager ces éléments de doute.

L'hypothèse selon laquelle Alpha Condé serait derrière le 28 Septembre est un peu fantaisiste. En revanche, l'idée selon laquelle certains éléments de l'armée proches d'Alpha Condé – on nous a toujours expliqué que l'armée de l'époque était « divisée » entre partisans de Dadis pour majorité originaires de la forêt, et les partisans de Konaté en majorité originaires du Manding - auraient décidé de sévir ou de réprimer sévèrement n'est pas fantaisiste. Alpha Condé et Sékouba Konaté auraient pu être avertis de ce que les rebelles de l'Ulimo (dont certains sont aujourd'hui donzos), allaient faire, et ont préféré fuir, pour ne pas y être mêlés directement.

Dadis ne contrôlant pas toutes ses troupes, divisées au moins entre ces 2 composantes, a quand même envoyé sa garde présidentielle pour empêcher le meeting du stade, mais il aurait demandé à Toumba au dernier moment (c'est ce dernier qui l'affirme) de protéger les leaders politiques. C'est ce que Toumba a raconté partout, et chacun sait qu'il n'a aucun intérêt à défendre Dadis.

Pour illustrer ce manque d'unité, le rapport de l'ONU1 indique que « le lieutenant Aboubacar Chérif Diakité (alias Toumba) a exigé de Cellou Dalein Diallo qu'il descende sur la pelouse [afin de faciliter sa protection, ce qu'il évoquera plus tard], et comme celui-ci refusait de bouger, il a donné l'ordre à des bérets rouges de monter dans la tribune… Les bérets rouges ont assailli les leaders politiques et plusieurs de leurs gardes du corps ont été blessés, notamment par balle, dont celui qui s'est interposé quand le chauffeur du président, Sankara Kaba, a tiré sur Cellou Dalein Diallo ».

En droit, juste sur cet aspect ponctuel, comment prouver que Dadis qui a demandé au patron des bérets rouges Toumba de protéger CDD par exemple, peut-il être responsable d'un simple béret rouge – sous la responsabilité de Toumba - qui tire quand même sur CDD ? Qui est responsable de Sankara Kaba ? Dadis ou Toumba ? Sans compter qu'en Guinée, il y aura toujours de mauvaises langues pour rappeler que Sankara Kaba était le chauffeur personnel de Dadis, cependant que d'autres mauvaises langues diront que Sankara Kaba n'est pas guerzé, donc plutôt proche de l'autre camp au sein de l'armée.

Dadis reste présumé responsable, puisque c'est sa garde présidentielle qui était en première ligne, mais en matière pénale il faudra trouver des éléments de culpabilité. On aimerait bien savoir pourquoi Toumba Diakité non seulement a fait montre de zèle ce jour là (pour le compte de Dadis ou pour autrui ?), et pourquoi, plus de 2 mois plus tard, a voulu faire taire définitivement Dadis, officiellement parce que ce dernier voulait lui imputer la responsabilité entière de ces massacres (et si c'était vrai ?).

On aimerait aussi savoir pourquoi les services de renseignement guinéens sont efficaces quand il faut l'être : lorsqu'il s'agit de trouver les assassins de Mme Boiro, Amadou Oury Diallo (responsable de la section motards de l'UFDG) ou Thierno Aliou Diaouné par exemple, on trouve toujours des coupables, même si ceux-ci sont parfois sujets à caution. En revanche, lesdits services sont particulièrement mauvais dans d'autres cas, notamment lorsqu'il s'agit de trouver les coupables des tirs mortels sur les manifestants, par exemple. De même Toumba court toujours et personne ne semble pressé de le retrouver.

Marcel Guilavogui, arrêté depuis le 31 Mars 2010, contredit les affirmations de Toumba, selon laquelle celui qu'on présente comme le neveu de Dadis, serait le principal responsable des massacres, alors que Marcel Guilavogui nie avoir été au stade. Il est vrai qu'il n'en existe aucune trace dans le rapport de l'ONU, et qu'officiellement il est incarcéré non au titre du 28 Septembre 2009, mais pour rébellion à Kaléya (siège des 7000 recrues de Dadis originaires de la forêt et fermé par Sékouba Konaté après l'attentat de Toumba contre Dadis en Décembre 2009). En fait un autre Marcel, Koivogui celui-là, a été cité de nombreuses fois dans le rapport de l'ONU. Seule une confrontation pourra éventuellement nous éclairer. Pourquoi, alors que la détention préventive, même dans des circonstances exceptionnelles, ne peut jamais excéder 2 ans, Marcel Guilavogui est-il toujours enfermé ?

De même il faut se souvenir que Sékouba Konaté, Ministre de la Défense, et forcément informé de la manifestation, s'était retrouvé hors de Conakry. Pour quelle urgence ?

Les syndicalistes avaient été dissuadés d'aller au stade, mais aussi la société civile, Sydia également en pleine nuit la veille (mais pas CDD ?). Alpha Condé était opportunément absent, bien que membre influent des Forces vives, qui avaient pourtant appelé à la manifestation. Ils n'ont jamais eu à s'expliquer sur ces absences tellement opportunes, qu'on fait croire aujourd'hui encore, que c'est la seule UFDG qui voulait la chute de Dadis.

Et Toumba dans tout ça ?

Aujourd'hui, si j'ai toujours la certitude de la responsabilité présumée de Dadis, en revanche il semble de plus en plus nécessaire pour tous les acteurs, et notamment Dadis, Toumba, Konaté et autres, de venir rapidement s'expliquer à Conakry. Ce devrait d'autant être une exigence de ce régime, que personne ne semble trouver bizarre que Toumba réagisse soudainement, à la demande, comme s'il était téléguidé par quelqu’un, donc comme s’il était protégé par ce régime. Quel est le but de sa réaction ? : intimider Dadis. Dans quel but ? Pour le compte de qui ? Comment Toumba qui s’est toujours plaint pour sa sécurité, indique maintenant qu'il revient aussitôt en Guinée si Dadis revient.

En effet si on peut considérer que Dadis est responsable, pas forcément coupable, un procès nous édifiera. En revanche s'agissant de Toumba, sa culpabilité ne fait aucun doute, aussi bien dans les massacres du stade où il se trouvait avec la fameuse garde présidentielle dont il était le responsable, et dans la tentative de meurtre de Dadis en Décembre 2009. Que Dadis soit innocenté ou reconnu coupable, n'aura aucune conséquence sur la culpabilité de Toumba. Donc au lieu de s'occuper de Dadis, Toumba ferait mieux de s'occuper de lui.

Toumba indiquait dans son entretien à RFI que « Dadis doit se préoccuper des charges morales et juridiques qui pèsent sur lui. Faut pas qu'il vienne semer le trouble, on doit se soucier de la nation, du pays. Ce n'est pas pour encore créer d'autres problèmes ».

Pourquoi au lieu de s'intéresser à son propre sort, il le fait pour celui de Dadis (mais dans ce cas, pour le compte de qui ?). Pourquoi la justice ne l'intéresse que maintenant ? Que Dadis soit coupable ou innocent, cela n'aura aucune conséquence sur la culpabilité de Toumba, bien réelle celle-là. Donc si Toumba s'intéresse à la seule justice, il n'a qu'à rentrer en Guinée. Dadis veut rentrer en Guinée pour se présenter aux élections présidentielles, il n'y a aucune pagaille là-dedans. Mon sentiment est qu'il donne l'impression d'être instrumentalisé par le pouvoir actuel. Car la pagaille, ça c'est le sentiment du pouvoir, pagaille eu égard à ce que le pouvoir a déjà acté.

On a donc du mal à comprendre pourquoi ce régime s'offusque d'une possible alliance de l'UFDG avec Dadis, alors qu'il est incapable de trouver le fameux Toumba.

De même, que fait l'État français, qui a forcément une idée de l'endroit où se trouve Toumba, puisque c'est ce dernier qui a appelé RFI – autrement dit l'État français ?

Bref tout ce paragraphe pour indiquer que l'émotion qui a suivi la fin Septembre 2009, nous avait fait accepter une version officielle, qui plaisait à tout le monde, parce qu'on ne voulait plus de Dadis, et parce que les apparences nous empêchaient de voir autre chose. Aujourd'hui la responsabilité et la culpabilité éventuelles de Dadis restent évidemment très probables, mais elles sont peut-être beaucoup plus partagées qu’on ne le pense, et on ne pourra en juger qu’en ayant tous les éléments à disposition.

Le mépris des partis politiques pour les droits humains

La plus grande surprise du mandat d'Alpha Condé aura été de le voir piétiner les droits humains, lui qui se présente pourtant comme un défenseur de la démocratie (ce qu'il n'est pas), lui qui a grandi plus de 50 ans dans un pays démocratique (mais n'en a tiré aucune leçon), et lui qui a pourtant bénéficié de la lutte de certaines ONG et militants des droits de l'homme, pour sortir de prison. C'est d'autant l'une des plus grandes déception d'Alpha Condé, qu'il se montre ingrat envers les familles des martyrs dont les sacrifices lui ont quand même permis indirectement de se retrouver là où il est aujourd'hui.

Maintenant, s'il fait pire que les autres (eu égard au nombre de victimes en 4 ans), les autres partis politiques ne sont pas très intéressés non plus par la défense des droits humains. Ceux qui font semblant de s'étonner que l'UFDG soit capable d'une telle alliance avec Dadis, oublient que les partis politiques en général, ont abandonné à leur sort non seulement les victimes du 28 Septembre, mais également ceux des manifestations sous Alpha Condé. La justice pour ces victimes n'a jamais été une priorité dans l'agenda des partis de l'opposition, uniquement préoccupés par les élections.

Même à titre symbolique, la proposition d'une loi d'amnistie par les députés de l'opposition – même retoquée par la mouvance – aurait peut-être mis un peu de baume au cœur des victimes. Et ça ils peuvent le faire, contrairement aux plaintes sur le plan pénal, que les partis politiques ne peuvent pas engager collectivement, puisqu'ils ne sont pas victimes à titre personnel.

Que pensent certaines ONG ?

Des hommes politiques

En Guinée, aussi bien du côté du RPG que de l'UFDG, on justifie souvent les erreurs des uns par les crimes des autres. Le rôle de l'intellectuel est donc de chercher à sortir le débat de ce cercle vicieux. Pour cela une seule solution, arrêter de refaire le monde en indiquant des « il faut » et des « y'a qu'à… », et agir par des actes concrets. Je vais donc rapidement essayer d'évoquer les arguments sérieux, qui relatent les indignations de cette alliance.

Il est vrai que les leaders guinéens ne cherchent que le pouvoir, c'est d'ailleurs le but d'un parti politique, donc on peut difficilement les en blâmer.

Il est vrai que l'alliance que l'UFDG vient de faire avec un criminel présumé constitue :

  • une violation des principes élémentaires de la morale politique (ce qui n'est pas répréhensible ni civilement, ni pénalement),
  • une tactique pour s'assurer d'une victoire électorale (en tous cas un moyen supplémentaire de pouvoir y parvenir),
  • un moyen de contrer les menées du pouvoir (assurément, puisque les exils forcés de citoyens guinéens sont monnaie courante sous ce régime),
  • une coopération contre-nature abominable (c'est avec le RPG, qu'une alliance de l'UFDG serait abominable),
  • une avancée vers la « réconciliation nationale » (en tous cas, c'est un acte fort – et non une simple déclaration –, car CDD est lui-même une victime, même si cela n'engage que lui à titre de victime et non l'ensemble de celles-ci).

S'il est vrai que les partis politiques, dont l'UFDG, ne pourront plus vendre lapromesse de changement à l'avenir, il faut s'entendre sur le terme changement. C'est en apparence une mauvaise nouvelle, mais je pense moi au contraire que c'est une bonne nouvelle (j'y reviendrai ci-après).

On reproche à CDD de brader à vil prix le fonds de commerce qu'il a acquis le 28 Septembre 2009, du fait des massacres le ciblant avec sa communauté. Personnellement je ne vois pas de fonds de commerce, car l'UFDG ne se préoccupe pas du 28 Septembre, au moins officiellement. En revanche, l'UFDG a pris à son compte les dépenses médicales et/ou mortuaires de ses militants, tant pour les massacres du 28 Septembre, qu'à l'occasion des manifestations ultérieures.

Il est vrai qu'aucun parti n'est démocratique en Guinée, mais au lieu de critiquer ce fait, il faut créer de nouvelles structures qui elles, respectent l'esprit démocratique et l'état de droit. Seule une pédagogie par l'exemple peut permettre à terme de faire évoluer les choses. Les partis politiques tels qu'ils existent actuellement, ne sont que des écuries présidentielles au service d'un homme, qui considère le parti comme son entreprise personnelle. Pour ce faire, sont nécessaires des débats contradictoires et des décisions par vote, le respect des formes légales dans le fonctionnement des institutions politiques étant d'une importance capitale, ne serait-ce que parce que les partis politiques sont constitutionnellement les seuls habilités à choisir les futurs dirigeants du pays. Une société civile digne de ce nom devra en faire sa mission.

De la morale politique

En politique, il faut éviter de parler de morale, car la notion d'éthique a bien évolué au cours des siècles.

Dans « la République », Platon indiquait que le but de l'État était de faire régner la vertu, d'instaurer une société juste, c'est-à-dire une société dans laquelle sont respectés la sagesse, le courage, la tempérance et la justice. Platon nous a fait rêver, mais si l'utopie reste nécessaire, elle s'éloigne des principes édictés de manière plus récente (XVIème siècle) par Nicolas Machiavel dans le chapitre 8 du « Prince ». Pour ce dernier, l'important en politique est d'obtenir le pouvoir et de le conserver, et pour cela, tous les moyens sont bons. Une faute politique est plus grave qu'un crime moral. Et le critère de la faute est l'échec. Seul un pouvoir fort peut assurer la paix, qui est la condition de tout ordre moral.

Enfin selon la conception kantienne de la politique, la politique permettrait de faire régner un ordre social conforme aux principes de la morale. Le politicien lui-même dans son action, devrait se conformer à ces principes. Emmanuel Kant, philosophe allemand du XVIIIème siècle, pense donc que la morale est la fin visée par la politique.

Il n'est pas question ici de refaire le débat, ni de montrer qu'à l'utopie originale, a succédé ce qu'on appelle aujourd'hui la realpolitik. À tort ou à raison, c'est l'idée qui s'impose de plus en plus et progressivement dans toutes les sociétés.

Il ne faut pas se méprendre, personne ne peut arrêter le cours de la justice et l'impunité n'existe que parce que nous en sommes les complices inconscientes et/ou involontaires. Ceux qui veulent garder espoir peuvent toujours se dire, que si alternance politique il y a, tous les dossiers gelés, et notamment ceux liés aux violences de l'État, seront activés.

Et l’État dans tout ça ?

Il n'y a aucun cynisme de ma part, mais je terminerai mon propos par 2 rappels :

  • en premier lieu l'UFDG, en tant que parti politique ne peut nullement porter plainte sur le plan pénal, car c'est une action individuelle et personnelle. Les victimes d'exactions diverses ne doivent donc pas être à la remorque d'un parti politique quelconque,
  • en second lieu, les victimes doivent harceler l'État guinéen (aujourd'hui incarné par Alpha Condé), pour obtenir réparation sur le plan civil.

En effet, ceux qui parlent des 2 milliards de GNF obtenus par certains leaders politiques en Juin 2010, ils ignorent (pour une fois je crois sincèrement) une chose. Au-delà des coupables individuels, c'est l'État guinéen qui est civilement responsable et qui devrait prendre en charge financièrement les victimes, pas l'UFDG. Alpha Condé se rappelle quelques notions de droit lorsqu'il s'agit d'indemniser les victimes des meurtres d'ébola à Womey, et on ne peut que le féliciter pour cela. On lui reprochera cependant d'oublier les victimes de Womey (celles de la répression sur les villageois) et toutes les victimes de l'État guinéen. La responsabilité pénale est individuelle et entrainera des peines de prison pour les individus coupables d'exaction, mais quel que soit le résultat final, l'État guinéen est responsable civilement de la faute de ses représentants (gendarmes, policiers et autres militaires, voire même civils) qui ont commis des crimes au stade et lors des manifestations.

Il paraît extraordinaire qu'aucun juriste guinéen n'ait engagé de procédure en ce sens, permettant à des attardés de réclamer à CDD exclusivement (et non aux 3 autres, mais surtout à l'État guinéen) la gestion des deux milliards reçus en Juin 2010, à titre de dédommagement des exactions du 28 Septembre 2009 (coups et blessures, mise à sac des domiciles, vol de véhicules et d'objets personnels…).

A priori c'est l'UFDG qui assiste tant bien que mal les morts et les blessés du 28 Septembre et des manifestations. Or c'est l'État guinéen qui n'a pas rendu justice aux victimes de cette répression, pourtant c'est son devoir.

En définitive, loin de moi de vouloir absoudre une telle alliance entre Dadis et Dalein, mais il était nécessaire de recadrer à tête reposée ce débat. Sur le plan pénal l'UFDG ne peut rien pour les victimes (autre qu'un soutien moral et/ou financier pour agir), mais elle ne peut se substituer à elles pour agir. Sur le plan civil, c'est à l'État guinéen de dédommager toutes les victimes d'exactions de représentants de l'État (là encore l'UFDG fait sans doute ce qu'elle peut, mais elle devrait comptabiliser tous les frais engagés et les réclamer à l'État au titre de la responsabilité de ses commettants).

 

Que faire alors ?

Il n'est pas normal d'entendre dire que certains citoyens guinéens sont engagés dans une lutte pour la justice depuis 30 ans. Il faudrait aussi qu'ils se remettent en cause et se posent des questions. La justice divine existe, mais celle des hommes peut aussi agir. Certains ont abandonné le combat, favorisant le recommencement de mêmes histoires. D'autres par lâcheté, ont également laissé tomber le combat contre l'injustice.

Certains pensent que le RPG a aggravé l'impunité et que l'UFDG vient d'en rajouter une couche. Le sursaut peut prendre plusieurs formes, mais il doit être immédiat désormais.

Un Collectif est en voie d'immatriculation, il a pris son temps, justement pour permettre l'expression de tout un chacun, la lenteur étant la contrepartie de la démocratie. Il a vocation à faire de la pédagogie, c'est-à-dire agir concrètement, et expliquer ensuite à chacun comment il a procédé, afin de permettre à chaque citoyen d'en faire autant en démontrant que la justice est à la portée de tous. Pour changer tout ça (l'impunité), une seule voie possible : arrêter de pleurnicher et agir judiciairement. Le Collectif des Actions Citoyennes (c’est ainsi qu’il se nomme) a été créé pour se faire. Il reste à l'écoute de tout soutien humain (plus on est nombreux, mieux c'est), intellectuel (des juristes notamment, mais pas seulement), et financier (les adhésions sont les bienvenues, les dons également).

Conclusion

Ce débat montre s'il en est besoin aux citoyens, que les politiciens sont comme les Guinéens, ni meilleurs, ni pires, car ils ne pensent qu'à eux. Doit-on leur en vouloir, alors qu'ils ne sont qu'à l'image de leurs mandants ?

En politique, il faut parfois se salir les mains ou constater que ça sent mauvais (car il y a des intérêts à défendre). C'est pourquoi elle n'intéresse pas forcément beaucoup de gens – moi y compris -, mais tout le monde apprécie pourtant que quelqu'un nettoie les écuries d'Augias, ou s'y colle pour nous débarrasser des mauvaises odeurs. Donc ne soyons pas hypocrites, ou nous sommes capables de le faire nous-mêmes, ou nous apprécions que quelqu'un le fasse pour nous.

Fort de ce constat, il faut que les Guinéens apprennent à ne pas rester à la traîne des politiciens, dont les agendas et les intérêts sont différents, et se prennent en mains. C’est essentiel. Ainsi la justice se fera indépendamment des partis politiques et ces derniers feront ce qu'ils veulent, sans jugement autre que le vote des électeurs.

 

Gandhi, citoyen guinéen

« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace ». (Robespierre, Discours sur la liberté de la presse, Mai 1791).

1 Dont Claude Pivi, Moussa Tiegboro Camara, Abdoulaye Chérif Diaby…

2 Mamadouba Toto Camara, Resco Camara, Oumar Sanoh, Fodéba Isto Keira, Sory Condé, Ibrahima Sanoh, Mamoudou Condé, Sankara Kaba, Marcel Koivogui, Fatou Sikhe Camara...

3 Il faut aussi avoir à l'esprit qu'Alpha Condé en tant que Ministre de la Défense, supérieur hiérarchique de la gendarmerie, peut également être poursuivi pour les mêmes motifs, dans la mesure où c'est la gendarmerie qui tire mortellement sur les manifestants, même si ce n'est pas le problème pour le moment puisqu'il bénéficie de l'immunité pénale liée à sa fonction. Cela explique ainsi pourquoi les chefs d'État africains refusent souvent de lâcher le pouvoir, eu égard à ces conséquences éventuelles.

4 Rapport de la Commission d'enquête internationale chargée d'établir les faits et les circonstances des évènements du 28 Septembre 2009 en Guinée, page 17.

Médiapart : ce qui fait le lit du djihadisme, c’est le déni de démocratie »

Valls : qu'est-ce qui fait le lit du djihadisme ?

Spécialiste de la mouvance djihadiste, Wassim Nasr bat en brèche l’idée d’une offensive concertée de l’État islamique vendredi, de la Somalie au Koweït, de la Tunisie à la France. Il estime en outre que les États occidentaux, dont la France, font le lit du djihadisme en préférant les dictatures aux forces issues des scrutins démocratiques. Entretien.

Que s’est-il passé ce vendredi entre l’Isère, le Koweït, la Somalie et la Tunisie ? Est-on en face d’une offensive générale de l’État islamique ? Doit-on s’attendre à de nouveaux attentats dans les jours à venir ? « Il faut arrêter de se mettre la tête dans le sable, il est temps de regarder la mouvance djihadiste telle qu’elle est, telle qu’elle se construit », préfère Wassim Nasr. Ce spécialiste de la mouvance djihadiste, par ailleurs journaliste pour la chaîne France 24, bat en brèche l’idée d’une offensive concertée de l’État islamique vendredi. Il estime que les États européens, dont la France, font le lit du djihadisme en préférant les dictatures aux forces issues des scrutins démocratiques. « Qu’est-ce que l’on a à vendre, nous, en Occident ? C’est "liberté, égalité, fraternité". Si l'on se désavoue soi-même sur ces principes-là en soutenant les dictatures, qu’est-ce qui reste ? » Entretien.

Mediapart. Quatre attentats ont eu lieu hier, en Somalie, en Isère, en Tunisie et au Koweït. De grandes théories sont apparues, indiquant que l’État islamique avait souhaité célébrer le premier anniversaire de la fondation de son Califat en lançant une offensive tous azimuts. Mais peut-on seulement lier ces quatre attentats ensemble, en l’absence de revendication commune ?

Wassim Nasr. Absolument pas. La Somalie, ce ne sera certainement pas l’État islamique, qui n’y est pas implanté. L’EI n’a pas encore d’emprise sur le terrain somalien, même si c’est à l’évidence l’un de leurs objectifs. Les Shebabs de Somalie eux-mêmes sont très fractionnés, mais il n’y a pas encore eu de dissidence en leur sein.

En France, tout le monde est allé vite en besogne. Le fait que l’homme ait tué son parton, comme on l'a appris vendredi dans l’après-midi, cela démystifie évidemment son acte et en réduit la portée politique. Ce n’est pas une cible régalienne, un préfet, un policier, un soldat… Quant à la mise en scène, parlons-en : j’ai regardé les photos d’un des drapeaux, ce n’est pas du tout celui de l’État islamique ou d’Al-Qaïda dans la Péninsule arabique (AQPA). C’est simplement une shahada : appelée aussi « profession de foi », la shahada est le témoignage énoncé par le croyant qu’il n’y a pas d’autre dieu hormis Allah et que Mohamed est son dernier prophète, sur un fond blanc.

Nous ne sommes donc pas selon vous devant une offensive généralisée de l’EI pour l’anniversaire du Califat ?

Mais non ! Cette histoire de l’anniversaire du Califat est complètement fantaisiste. Adnani [le porte-parole de l’État islamique, ndlr] a fait un discours le 23 juin en appelant à intensifier les opérations de « résistance » pendant le ramadan. Point. La notion d’anniversaire, ces gens-là s’en fichent complètement ! Vous avez déjà vu cela, vous, des combattants djihadistes parader pour fêter un anniversaire ? C’est ridicule, on regarde encore tout ce qui se passe avec nos yeux d’Occidentaux, en plaquant une grille de lecture qui n’a rien à voir avec la réalité.

En France, en Occident de manière générale, on aime bien approcher ce qui se passe avec des raisonnements que l’on connaît, cela banalise un peu ce que l’on a en face de nous, et cela rassure. C’est plus rassurant de dire : « Ils fêtent le premier anniversaire, donc ils multiplient les attaques », que de dire : « C’est le ramadan, ils intensifient leurs actions, et il y en aura d’autres. »

Nous ne sommes donc pas dans un scénario « l’État islamique contre le monde », qui se serait manifesté avec une grande violence et de manière coordonnée dans la journée du vendredi 26 juin ?

Peut-être y a-t-il eu coordination en ce qui concerne le Koweït et la Tunisie. Mais quand on sait que sur le terrain, les cellules ont une totale liberté d’agir, il ne faut pas prêter à l’État islamique une aura plus importante que celle qui est la sienne. Je ne pense pas que quelqu'un ait donné le « top départ » à Raqqa pour les attentats au Koweït et en Tunisie, cela ne marche pas comme ça. Il y a eu l’appel d’Adnani le 23 juin, et une partie des attaques sont tombées le 26 juin, parce que c’est le vendredi, un jour symbolique.

Mais des attaques, il y en aura d’autres.

Pour préciser votre analyse, l’auteur de l’attentat en Isère n'est pas selon vous un militant inspiré par l’EI ou AQPA ?

Je ne sais pas, pour le moment, nous n’en savons rien. Mais encore une fois, inspiré, cela ne veut pas dire commandité. Je donne toujours l’exemple des frères Kouachi qui étaient commandités et financés, et Coulibaly, qui a agi le même jour, mais dont l’action n’a strictement rien à voir, au niveau de la cible comme du mode opératoire. Dans le premier cas, c’est une action paramilitaire, dans le second, des actes complètement aléatoires.

Bien sûr, l’attentat de l’Isère peut être inspiré par un groupe, mais ce n’est pas pour autant que l’on pourra dire que l’État islamique a monté une opération en Isère. Par ailleurs, je ne connais qu’une organisation qui a les moyens de frapper en France, c’est AQPA, comme elle l’a montré avec les frères Kouachi. À part cela, il faut remonter aux années 1990, et c’étaient des gens qui venaient de l’étranger. Alors, susciter une vocation ici en France, oui, ça peut arriver, mais en général, cela rate. L’attentat de l’Isère, c’est un échec, comme l’action de l’étudiant qui, il y a quelques semaines, voulait attaquer les églises. Mais si l'on pense que d'autres organisations sont capables de multiplier en France les actions comme celle d'AQPA avec les frères Kouachi, on s’égare et on va trop vite en besogne.

La priorité de l'EI? L'ennemi proche, donc les chiites

Pourquoi l’EI a-t-il visé le Koweït ? Parce qu’il s’agissait d’une mosquée fréquentée par des musulmans chiites ?

Oui, il n’y a aucun doute là-dessus, et on sait même que des Iraniens sont morts pendant l’attentat. Ce que les gens n’arrivent pas à comprendre, c’est que l’ennemi premier de l’EI, ce n’est pas l’Occident. C’est d’ailleurs, vous le savez bien, toute la différence entre les modus operandi d’Al-Qaïda et de l’État islamique. Pour l’EI, qui s’est inspiré de Zarqaoui [dirigeant djihadiste irakien mort en 2006, ndlr], c’est l’ennemi proche qui prime : les Iraniens, les Saoudiens, voire la Turquie ensuite… alors que pour Al-Qaïda, le but est de frapper l’Occident. Pourquoi ? Parce qu’ils estiment qu’une fois l’Occident vaincu, les régimes corrompus de la région tomberont.

(..)

Suite à Médiapart

Gandhi : L’alliance Dadis-Dalein : intérêts pour les parti(e)s(partie 2)

La première partie de ces 3 textes, visait à montrer que le pouvoir actuel a instrumentalisé cette tragédie pendant ces 5 dernières années, pour intimider tous les hommes dont il voulait se débarrasser (et notamment Dadis), afin de contrôler de façon totalitaire l'ensemble du pays.

Les réactions passionnées des hommes de propagande du RPG ne visent qu'à empêcher le retour de Dadis en Guinée avant les élections présidentielles, y compris pour ne pas perturber un agencement bien huilé de celles-ci, qui doivent aboutir à la victoire d'Alpha Condé dès le premier tour.

Cette deuxième partie veut expliquer pourquoi ce projet d'alliance entre l'UFDG et le FPDD présente certes des inconvénients mais aussi des avantages – aussi bien pour Dadis que pour l'UFDG -, l'unité d'une opposition la plus élargie possible constituant le gage d'une alternance possible.

Que peut apporter ce projet d'alliance à Dadis ?

À la différence d'un Alpha Condé dont l'unique obsession est de se maintenir au pouvoir en éliminant politiquement tous ses rivaux potentiels (Dadis, Konaté, les ex-PM), Cellou Dalein Diallo (CDD) n'est pas dans la même position. Il convient dès maintenant de montrer que les promesses fantasmées de CDD à Dadis imaginées par les RPGistes (peut-être reprennent-elles tout simplement, celles qu'Alpha Condé aurait faites à Dadis) ne tiennent pas la route.

Protéger Dadis contre les poursuites

Il faut déjà évacuer 2 fausses idées qui circulent sur le net, mais qui ne peuvent prospérer pour n'importe quel PRG.

CDD (comme Alpha Condé) n'a pas la possibilité de gracier Dadis. D'abord la grâce n'intervient qu'après une condamnation, or Dadis n'a pas été condamné, mais même s'il l'était, il n'est pas possible de contourner l'imprescriptibilité des crimes contre l'humanité. Donc pas plus qu'Alpha Condé n'a pu promettre la lune (bien qu'il soit spécialiste), pas davantage CDD ne peut promettre l'impunité.

Quant à une éventuelle amnistie (article 72 de la Constitution), ce n'est pas une compétence du PRG, mais de l'Assemblée Nationale (même si on sait qu'en Guinée c'est la même chose), encore faut-il préciser que les crimes contre l'humanité ne peuvent pas faire l'objet d'une amnistie, la Guinée ayant adhéré au statut de Rome - créant la CPI - le 14 Juillet 2003, et s'est dessaisie se faisant, de sa souveraineté juridictionnelle en matière de crimes internationaux.

Comment Dadis peut-il s'en sortir alors ?

Il y a en fait 2 manières pour Dadis de s'en sortir.

La première semble difficile, car il lui faudrait devenir PRG à vie, dans la mesure où les pays discutent sur la pertinence de mettre en cause la culpabilité des présidents en exercice. L'immunité pénale dont bénéficient ces derniers devrait être étendue (Omar el Béchir du Soudan et Uhuru Kenyatta du Kenya en constituent des illustrations). Dadis est relativement jeune, et je ne suis pas sûr que les Guinéens accepteraient un mandat d'une trentaine, voire d'une quarantaine d'années. De toute façon, cela ne serait plus possible eu égard à l'adoption de l'Acte constitutif de l'Union Africaine en Juillet 2000, interdisant le coup d'État comme mode d'accession au pouvoir, la Guinée n'ayant pas les moyens de vivre de façon autonome, elle serait vite asphyxiée financièrement, Sékouba Konaté en sait quelque chose.

On se souvient que suite aux violences post-électorales de 2007 au Kenya, Uhuru Kenyatta a été mis en examen puis inculpé pour crime contre l'humanité. La législation de son pays ne l'ayant pas empêché de se présenter, il l'a fait aux présidentielles de Mars 2013 et a remporté la victoire devant Raila Odinga. Toutefois les crimes contre l'humanité étant imprescriptibles, il s'est présenté en Octobre 2014 devant la CPI, qui l'a finalement blanchi.

Quant à la seconde manière, je ne l'évoquerai qu'après les présidentielles, ne souhaitant pas rendre service à un régime, qui n'y a manifestement pas pensé, au vu de son comportement.

Que peut apporter ce projet d'alliance à CDD ?

Si on s'en tient aux raisons officielles avancées par l'UFDG, on peut les résumer en 6 points :

  • elle n'isole plus l'UFDG, puisque la vision de celle-ci n’est pas ethnique, sectaire et régionaliste, puisqu'elle est capable de se mettre avec tout le monde. Tout le monde suit l'actualité depuis 2010, et tout le monde a pu constater que l'unique stratégie d'Alpha Condé était de faire croire que l'UFDG était un parti ethnocentriste (3 contre 1), en oubliant que la définition de ce terme implique le rejet des autres. Or il n'a pourtant échappé à personne que l'UFDG est alliée au moins formellement avec l'UFR, le RDIG et le PEDN, ce qui aurait du changer l'image, que le pouvoir s'obstine à vouloir assigner à l'UFDG.
  • elle montre que la réconciliation n'est pas un vain mot, Alpha Condé en parle beaucoup, mais il serait en peine de nous montrer un acte quelconque allant dans ce sens. D'ailleurs puisqu'il prône la réconciliation, il devrait se satisfaire que 2 Guinéens y parviennent. L'UFDG montre avec cette alliance possible avec le FPDD, qu'elle ne veut pas perpétuer la haine quand elle sera au pouvoir. Qu’elle tend la main à tout le monde et qu’elle est capable de pardon, qu’elle est capable d’oublier pour que les Guinéens se réconcilient. C'est un acte fort et non une simple déclaration. Dadis est présumé responsable du 28 Septembre (voir partie 3), et il aura à rendre compte. Toutefois, aussi cynique que cela puisse paraître, en dehors de ce jour maudit, la communauté peule n'a pas eu à se plaindre du régime de Dadis. Sous Alpha Condé en revanche, elle est constamment brimée, intimidée, humiliée, rackettée, emprisonnée… sans répit. C'est sans doute la raison pour laquelle les militants de l'UFDG approuvent pour l'essentiel cette alliance.
  • en politique Alpha Condé est le plus doué de tous les politiciens, l'ennui étant que la Guinée n'a pas besoin de politiciens, mais de développeurs, et en la matière, Alpha Condé est un piètre représentant. Il a montré à tous que la morale ne s'embarrassait pas de considérations. Autour de lui, papillonnent des gens qui l'ont vomi par le passé, et pire, comprend des individus qui sont officiellement inculpés (tels Pivi et Tiegboro par exemple). Non seulement ils n’ont pas été suspendus de leur fonction, dans l'attente d'un procès permettant de les condamner ou de les relaxer, mais ils ont été promus, histoire de montrer que leur sort ne dépendait que de lui.
  • en concrétisant cette alliance possible, CDD a voulu sans doute montrer qu'il avait appris sur le plan politique, y compris sur le machiavélisme qu'il devra désormais assumer. Un véritable acte politique dénué de toute morale, mais plein de réalisme politique et dont les résultats escomptés peuvent être concrets si on peut le dire ainsi. CDD a compris que le plus dur était d'obtenir le pouvoir et à ce titre tous les moyens sont bons, Alpha Condé en ayant fourni maintes illustrations (promouvoir de présumés criminels et inventer une histoire d'empoisonnement par exemple). Ensuite tous ceux qui critiquent CDD iront se prosterner à ses pieds s'il devenait PRG. Ils se reconnaîtront les adversaires zélés d'Alpha Condé d'hier, qui sont ses thuriféraires aujourd'hui. Ils se reconnaitront ceux qui effectuent des virages à 90, voire 180° sur l’échiquier politique. Ils se reconnaitront les transhumants, qui passent de l'opposition à Alpha Condé à son soutien, avant de repartir dans son opposition puis de revenir dans son camp (Kassory détient-il le record en la matière ?). CDD a enfin intégré la donnée selon laquelle, c'est le pouvoir qui est difficile à acquérir, ensuite quasiment tout est permis. Si on n'est pas d'accord avec ces réalités, on ne fait pas de politique. On a longtemps reproché à CDD son absence de réalisme, son conformisme outrancier face à un requin. Cet acte est son baptême du feu. À partir du moment où les 2 objectifs d'un parti politique sont l'accession du parti au pouvoir et l'éducation civique et politique de ses militants, la question du projet d'alliance ne devrait surprendre personne. CDD pense à tort ou à raison que Dadis pourrait l'aider à conquérir le pouvoir, et d'un point de vue cynique et politique c'est tout à fait dans la logique. Constatant que la gestion des cas particuliers de Pivi, Tiegboro et même Dadis, ne dérangeait personne (en dehors des victimes) aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur, CDD a voulu s'aventurer sur ce chemin.
  • Alpha Condé n'a pas pris ses responsabilités, pire il a joué avec Dadis, puisque ce dernier n'est pas inculpé, n'ayant que le statut de témoin. Néanmoins tout le monde a pu s'apercevoir qu'il n'était pas libre de ses mouvements, à l'image de Guinéens très fortement intimidés, voire « expulsés » de chez eux, comme les deux Sy Savané (l'ex-enseignant Mamadou Billo et l'ex-militaire Abdoulaye), les journalistes Sékou Chérif Diallo, Mandian Sidibé, Mouctar Bah et Bah Oury, et j'en passe… En fait on reproche à CDD de vouloir faire alliance avec un citoyen libre, en oubliant qu'Alpha Condé emploie des personnes inculpées (ce qui ne signifie pas accusées), mais indique néanmoins une hiérarchie dans le lien avec les massacres, et cela ne choque personne. Pourrait-on dire que Dadis a été quasiment absous par Alpha Condé, puisque lui (et non ses collaborateurs) est passé au travers d'une inculpation ?

D'autres arguments sont avancés par des militants et/ou sympathisants, qui saluent ce projet d'alliance comme un coup de génie politique, qui mettra fin aux tergiversations d'Alpha Condé brandissant comme une épée de Damoclès sur la tête de Dadis, le spectre de la CPI.

D'autres indiquent que l'histoire est un éternel recommencement, et ceux qui arguent du mariage de la carpe et du lapin feraient bien de regarder ce qui se passe ailleurs. Qui aurait imaginé une alliance Alhassane Ouattara1 et Henri Konan Bédié alliés après une guerre civile face à Laurent Gbagbo ? Les communautés peule et guerzée qu'on essaie d'opposer constituent le plus grand nombre de victimes d'Alpha Condé depuis 2011. En termes de décompte macabre les guerzés ont même payé le plus lourd tribut. Or il n'y a pas eu de guerre civile en Guinée, et en s'alliant, ces 2 communautés risquent de se faire entendre. En Côte d'Ivoire, c'est finalement Laurent Gbagbo – pourtant au pouvoir - qui est finalement allé à la CPI. Avis aux amateurs.

De même, certains estiment que ceux qui dénoncent l'alliance entre l'UFDG et le FPDD, feraient bien de se regarder dans la glace, car il n'y a aucune comparaison avec l’alliance du RPG avec le PDG, autrement plus criminelle que celle avec Dadis. Ce n'est évidemment pas faux, si ce n'est le fait qu'il ne faut pas justifier un crime par un autre.

 

Que doit faire l'opposition ?

Avec cette dynamique de rassemblement, l'UFDG ne doit pas se limiter au FPDD, même si symboliquement cela restera un énorme « coup », mais doit élargir avec le RDIG et le PEDN – sans se contenter d'une alliance formelle -, revoir les relations avec l'UFR, et montrer que l'UFDG sait aller vers les autres, ce qu'on lui reproche souvent, moi y compris. Le changement de stratégie récent de l'UFR est un coup dur porté à la stratégie d'union prônée jusque là par l'UFDG, mais tout parti en Guinée, doit faire avec ces revirements incessants (voir le GPT par exemple) et intégrer ces données. L'UFR peut au pire très bien s'abstenir, ne pas voter pour l'UFDG ne signifie pas forcément voter pour le RPG. Sydia ne peut se battre pour l'alternance, pour faire comme Kassory Fofana ensuite.

Puisque CDD a mis tout le monde devant le fait accompli, il est désormais obligé de concrétiser d'autres alliances plus formelles, et cela passe au minimum par un projet de gouvernement commun, car on aurait du mal à comprendre qu'à 4 mois des élections, le parti n'ait pas encore de projet politique.

De toute façon, CDD fait un projet d'alliance avec un électorat et non avec un homme. La présidentielle n'autorise que les politiciens désignés par leur parti (et non les candidatures libres). Si vous voulez séduire l'électorat de la forêt, il faut nécessairement dialoguer avec les leaders de la région, tels Papa Koly Kourouma, Jean-Marie Doré, Jean-Marc Teliano, Georges Faraguet Tounkara, Faya Millimouno et aujourd'hui Dadis Camara. Et il ne faut négliger personne, arrêter de ne vouloir ne comptabiliser que leur assise électorale. Le Bloc Libéral par exemple, il ne faut pas imaginer que même s'il semble ne rien être aujourd'hui en termes d'électeurs, il peut par contre devenir beaucoup demain.

CDD doit chercher à rassembler, y compris au sein de la mouvance (quelle que soit la personnalité politique incohérente de Boubacar Barry, il faut tenter de le récupérer puisqu'il ne sert plus à rien à Alpha Condé aujourd'hui). Tout le monde connaît la personnalité très ambiguë de Jean-Marie Doré, mais au plan symbolique y a t-il pire en apparence que Dadis pour Dalein ? De même Papa Koly Kourouma pour élargir l'assise en forêt, etc... bref, il faut poursuivre cette dynamique.

Toutes les forces opposées à la gouvernance d'Alpha Condé doivent donc unir leurs efforts pour amener l'alternance, car c'est la seule voie réaliste susceptible d'être profitable à la Guinée. Mais se limiter uniquement aux élections qui n'intéressent pas les Guinéens, et fermer les yeux sur l'aggravation de la misère et le désespoir des jeunes, est contre-productif pour l'opposition.

L'opposition doit donc multiplier les initiatives susceptibles de déstabiliser un tant soit peu le pouvoir, et cela passe par la contestation des élections présidentielles faites d'avance. Elles ne servent qu'à légitimer pour l'extérieur, des résultats acquis d'avance.

Quid du dialogue ?

Il a fallu attendre 3 ans pour rendre le résultat iconoclaste de 2010 – personne n'était dupe, mais tant pis pour le vaincu – un peu plus cohérent, et profité ensuite des élections législatives de Septembre 2013 pour tester l'organisation d'Alpha Condé. Comme on n'est jamais trop prudent, il avait néanmoins pris soin d'augmenter le fichier électoral d'un million d'électeurs en Haute Guinée (pour ne prendre aucun risque). Toutefois tout ne s'est pas passé comme prévu, car la majorité qualifiée qui devait en résulter, majorité nécessaire pour modifier la constitution et prévoir un nombre de mandats indéterminé par exemple, n'a pas fonctionné conformément à ses espérances. Cela est dû à plusieurs raisons qu'il n'est pas utile de rappeler ici. Mais un homme averti en vaut deux, Alpha Condé a donc entrepris d'améliorer son système, là encore en gonflant artificiellement son électorat en Haute Guinée (pourtant les RPGistes sont partout disent-ils), mais cela suppose que les hommes de confiance – on a remplacé entre temps les conseillers communaux et communautaires fades et tièdes, c'est-à-dire non zélés pour le RPG – pour s'éviter de mauvaises surprises, et on essaie de mettre la communauté internationale hors-jeu – sauf éventuellement l'OIF dont on connaît la loyauté vis-à-vis des pouvoirs en place -, notamment au niveau de la CENI.

Donc le dialogue ne servira à rien, sauf à montrer la bonne foi d'Alpha Condé qui dialogue, même si dialogue signifie inviter l'opposition à écouter – mais écouter seulement – ce que l'on a à leur dire. Il sert accessoirement à perdre du temps, mais on ne négocie rien. Tout juste peut-on annuler les élections locales annoncées en Mars 2016…. pour les reporter à Avril ou Mai 2016 par exemple ?

Les élections communales et communautaires ne peuvent absolument pas - dans l'esprit d'Alpha Condé - avoir lieu avant les élections présidentielles, car elles feraient exploser le système mis en place, pour gagner les élections. Tout juste pouvaient-ils éventuellement consentir le couplage de celles-ci, mais uniquement s'ils étaient poussés dans leur dernier retranchement, ce qui n'aurait évidemment pas changé l'organisation des présidentielles, le plus important, mais l'aurait quelque peu contrarié quand même. Toutefois avec l'alliance Dadis/Dalein, ce n'est même pas possible de l'envisager, car cela implique des éléments d'incertitude au niveau des bureaux de vote, tout ce qu'il faut éviter.

Chacun peut constater que le pouvoir insiste sur l'indépendance de la CENI, mais bizarrement cette dernière attend toujours les injonctions du pouvoir pour agir. Lorsque l'opposition demande de suspendre ses activités, la CENI met en avant son indépendance, mais lorsque c'est le pouvoir, cette indépendance disparaît, et bizarrement elle s'exécute. N'est-ce pas à l'injonction du gouvernement que la CENI a annulé le chronogramme des élections locales ? Que doit-on comprendre ?

Les inconvénients

Certains de ceux qui soutiennent Alpha Condé, estiment que CDD a commis la plus grosse faute de sa vie (il est toujours plus facile de critiquer les autres que de se regarder dans la glace), mais ils devraient au contraire se réjouir. Car s'il a commis une faute, le RPG en profitera. On ne comprend donc pas leur sortie sur la toile pour s'offusquer, là où ils devraient se réjouir, à moins que ….

Les inconvénients n'existent que sur le plan moral, car sur le plan politique, je n'en vois pas. D'ailleurs toutes les critiques faites à ce projet d'alliance mettent surtout en avant cet aspect, comme si le manque d'éthique constituait un délit. Ce qui serait immoral pour CDD (nouer une alliance avec un citoyen libre de ses mouvements), serait parfaitement moral pour Alpha Condé, qui a promu des personnes inculpées. On marche sur la tête.

CDD est une victime du 28 Septembre, pourtant il n'a jamais porté plainte, ce qui signifie qu'il a sans doute intégré pour lui-même le fait qu'en Guinée, la violence constituait un comportement quasi normal. Cela ne signifie nullement que l'affaire est enterrée. Alpha Condé a souvent rappelé comme pour nous endormir, qu'il existait au moins 400 plaintes de citoyens guinéens sur les massacres du 28 Septembre. La justice suit son cours et si quelqu'un peut se reprocher d'avoir joué avec le feu, c'est bien Alpha Condé.

Cette démarche est en fait une véritable surprise, puisque jusqu'à présent l'UFDG ne se distinguait qu'en réaction aux comportements du régime, et souvent pour se plaindre verbalement, ce qui en irrite plus d'un, y compris parfois au sein de son propre camp. Pour une fois CDD a pris une initiative inattendue, et c'est ce caractère qui a surpris tout le monde. Les différentes réactions de la mouvance attestent que cette initiative contrarie l'agencement prévu par elle. Les réactions des militants de l’UFDG (hors les victimes) sont au contraire majoritairement favorables, ce qui constitue une autorisation de leur président à poursuivre le rassemblement et l’élargissement…

Gandhi, citoyen guinéen

« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace ». (Robespierre, Discours sur la liberté de la presse, Mai 1791).

1 dont Alpha Condé se targue d'être le conseiller politique.

On comprend mieux désormais, la légalisation de l’utilisation des armes à feux de ses gendarmes – Alpha Condé est le Ministre de la Défense - contre des manifestants. C’est un avertissement donné à tous ceux qui seraient tentés de contester ses résultats de victoire dès le premier tour.

Moustapha Sylla Alpha : Condé: Peut-il gagner ?

 

2015/6/25

Candidat à sa propre succession, Alpha Condé réunit pour cette élection présidentielle du 11 octobre 2015 tous les atouts pour battre ses adversaires avec la manière. Tout plaide en sa faveur comme dirait l’autre. Son expérience dans la gestion du pouvoir d’Etat, ses actions qui parlent à sa place tant au plan national qu’international font de lui un candidat qui garde sans conteste une longueur l’avance sur ses adversaires. Le candidat Alpha Condé se présente donc comme un favori à la recherche d’une victoire incontestable.

En attendant de revenir certainement avec plus de détails sur son bilan des cinq dernières années, on peut affirmer que le programme de société du Professeur a connu des concrétisations dans tous les domaines. Ce n’est donc pas un fait du hasard si la Guinée ces cinq dernières années ne fait que recevoir des lauriers. En effet, sur le plan interne, malgré la pernicieuse Ebola, la crise internationale et ses effets pervers, la Guinée, grâce à des mesures audacieuses, a su résister. Mieux, elle a su développer des initiatives qui, tout en contribuant à faire face à la crise, permettent dans le même temps de continuer à mettre en œuvre les différents programmes et projets de développement en adéquation avec les objectifs recherchés dans les axes principaux du programme quinquennal. Ainsi de la valorisation du capital humain au rayonnement international de la Guinée en passant par l’élargissement des opportunités de création de richesses, la modernisation des infrastructures économiques et des services, le raffermissement de la bonne gouvernance et la promotion de la culture des arts et du sport, des réalisations ont été faites, plaçant la Guinée au nombre des pays résolument engagés pour l’émergence. En sus des actions concrètes au plan interne qui ont pour socle la stabilité sociale malgré les petits cris de petits politiciens, la Guinée au cours des cinq dernières années n’a cessé d’apporter sa contribution à la résolution des crises et autres conflits à travers le continent. Le président Alpha Condé est sollicité au Mali, en Guinée-Bissau, en Somalie et Haïti.

Lors de ses dernières tournées en Haute Guinée, en Forêt et au Foutah, c’était l’apothéose, signe que les jeunes, les femmes et les vieux sont mobilisés derrière Alpha Condé.

Que retenir des interventions qui ont ponctué ces différents déplacements ? Les jeunes, les femmes, les anciens, et enfin les responsables des associations ont tous marqué leur soutien au candidat Alpha Condé. Pour les jeunes, fer de lance du développement de la Guinée, Alpha Condé a leur “soutien indéfectible et irréversible”. Ils marquent leur disponibilité constante et permanente à l’homme qui, à leurs yeux dans les faits et les actions, est à même d’assurer leur présent et de garantir leur avenir. Il est le seul à pouvoir «barrer la route aux tâtonnements et aux balbutiements de certains vendeurs d’illusions qui prennent leurs rêves pour des réalités, et des réalités pour des rêves».

Même ton, même ferveur et même poigne chez les femmes qui représentent la majorité de la population guinéenne. Dans le programme quinquennal finissant du professeur Alpha Condé, les femmes ont été mises sur orbite pour impulser le développement de la Guinée. Les réalisations en faveur de la femme à ce jour sont immenses et leurs impacts sur leurs conditions de vie évidents. Pour cette militante du RPG à Mamou, « il y a de l’avenir pour nos enfants... C’est pour toutes ces raisons que nous sommes irréductiblement déterminées à continuer à avancer avec Alpha Condé pour sauvegarder la paix sociale ». En clair, les femmes renouvèlent leur confiance à Alpha Condé pour présider aux destinées de la Guinée pour les cinq (5) années à venir.

En ce qui concerne, les sages, la déclaration d’Elhadj Biro Diallo à Mamou se passe de commentaires : « Ce que nous devons faire tous en tant que fils de ce pays, c’est d’accepter Alpha Condé pendant 5 ans encore au pouvoir, car il fera quelque chose de meilleure que ce qu’il a déjà fait. En moins de 5 ans, il a construit Boké, Nzérékoré, vous avez vu ce qu’il a fait ici (Mamou) et est en train de faire beaucoup plus à Kankan. Si le peuple de Guinée accepte de lui accorder un deuxième mandat, je pense qu’à la fin de son quinquennat, nous pourrons dire Dieu merci de nous avoir donné un responsable comme lui ».

Au regard de tout ce qui précède et bien d’autres atouts que nous évoquerons prochainement, on peut dire que le candidat Alpha Condé part à cette présidentielle avec toutes les faveurs. Entre un candidat ayant déjà fait ses preuves et des candidats à la recherche de preuves, le choix est certainement vite fait. « Pour cette campagne présidentielle à venir, en principe, Alpha Condé ne devrait pas parler, ses réalisations le feront à sa place », faisait remarquer un de ses admirateurs lors d’une rencontre politique. Il n’a manifestement pas tort. En tous cas, sans tambours ni trompettes, la Guinée de Alpha Condé avance malgré les difficultés de tous ordres. Et cette donne indiscutable fait du candidat Condé un favori dont la victoire au soir du 11 octobre prochain pourrait être considérée comme la reconnaissance de l’engagement d’un homme pour son peuple et pour son pays.

Mustapha Sylla

 

Sous-catégories